Crédit photo : Artemisia Gentileschi (1593–1653), « Suicide of Lucretia », 1627. Peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.
Christiane Bozza, « Les âmes mortes », peinture par Artemisia Gentileschi (1593–1653),Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 2 octobre 2025. URL :
Crédit photo : Angelica Kauffmann (1741-1807), « Composition Royal Academy of Arts », peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.
Christiane Bozza, « Qu'est-ce donc que la vie », peinture par Angelica Kauffmann (1741-1807),Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 2 octobre 2025. URL :
On se souvient peu de Jacques Rigaut (1898-1929). Poète dadaïste, qui n’a pas la notoriété d’un Apollinaire ou d’un Breton, et pourtant il a incarné dans sa chair ce vertige de la disparition. Dès ses premiers textes, il affirmait que « le suicide est mon métier ». Phrase provocatrice peut-être, mais surtout prophétique. Rigaut a tenu parole : en 1929, à trente ans, il s’est tiré une balle dans le cœur, méthodiquement, presque comme on rédige une dernière strophe.
Ce suicide, oublié ou tu par pudeur, interroge. Faut-il voir dans cette fidélité à une idée fixe une forme d’achèvement esthétique ? Ou bien la conséquence d’une incapacité à vivre en dehors du scandale ?
Là où d’autres, comme Virginia Woolf ou Sylvia Plath, ont laissé des lettres ou des poèmes qui éclairent leur geste, Rigaut a choisi le silence définitif. La littérature, ici, se réduit à l’acte lui-même.
La poésie et le suicide s’entrecroisent souvent dans l’ombre. Gérard de Nerval (1808-1855), errant dans les ruelles de Paris, laissait flotter ces mots comme un viatique : « Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé… » avant de se pendre, au petit matin, rue de la Vieille-Lanterne.
Alejandra Pizarnik (1936-1972), la voix brisée de Buenos Aires, écrivait : « Je ne veux pas aller rien de plus loin que le fond », avant d’avaler des barbituriques à trente-six ans.
Jean-Pierre Duprey (1930-1952), poète surréaliste et sculpteur, murmurait : « Je donne à la nuit des yeux pour voir », avant de se pendre à trente ans, fidèle lui aussi à l’appel du gouffre.
Durkheim sociologue (1858-1917), au XIXᵉ siècle, tentait de classer le suicide : égoïste, altruiste ou anomique. Mais peut-on réduire ces gestes extrêmes à des catégories sociales ? Ce serait oublier que pour Rigaut comme pour Nerval, Pizarnik ou Duprey, la poésie elle-même était déjà une mise en danger, un pas de trop au bord du vide.
La fascination du public pour ces disparitions volontaires ne s’est jamais éteinte. Les médias, les romans, le cinéma transforment parfois le geste en mythe. Mais le cas de Rigaut, comme celui d’autres poètes effacés, nous laisse face à une question nue : et si le suicide, au lieu d’être l’échec de la création, en était la pointe extrême ?
Nerval s’est pendu à une grille parisienne, Rigaut a retourné son arme contre lui, Pizarnik s’est endormie dans les barbituriques, Duprey a rejoint la nuit par sa propre main. Quatre éclats, quatre gestes, quatre manières de dire l’impossible. Tous ont brûlé leurs ailes au soleil de la vérité, et leur chute compose aujourd’hui une constellation tragique. Peut-être faut-il voir en eux non des vaincus, mais des astres noirs : des poètes qui, pour avoir trop regardé le gouffre, se sont confondus avec lui.*
* « Poésie et suicide » fait écho au thème du « Mal de vivre dans la mort volontaire » avec l'œuvre intitulée : « The Death of Chatterton de Henry Wallis » en suport visuel.
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Pour citer ce texte illustré & inédit
Armelle Aellen Dupiat, « Poésie et suicide », peinture par Henry Wallis (1830-1916),Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er octobre 2025. URL :
Quand on ouvre un livre d’Ara Alexandre Shishmanian, on est submergé par une atmosphère irréelle semblable à celle que l’on éprouve en regardant le film de Jean Cocteau « Le sang d’un poète » ou « L’année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais.
Nous suivons « l’escalier sans marches » jusque dans cet entre-deux où rêve et réalité ont partie liée avec, ce que Dana Shishmanian, la préfacière de ce livre, appelle « le romantisme le plus absolu, le plus intransigeant, le plus spiritualiste, tendant vers une supraconscience libérée du langage... »
Ce n’est pas par hasard que le Bel animal moderne en bois peint de Victor Brauner figure sur la couverture de cet ouvrage, il est déjà une clé qui nous fait entrer dans un outre-monde où l’on perçoit des murmures d’âmes échappées des confins de l’infini.
Ces murmures que l’auteur appréhende dans « les syllabes des anciennes voies », il dit les jeter dans « l’abîme du néant pour pêcher avec la canne de mon poème un esprit encore plus absurde – et seulement ainsi, nouveau. »
Et voilà que le mot nous est lancé dans ce vide abyssal où la raison n’a plus lieu d’être. L’absurde est le fil rouge de ce recueil où l’on rencontre « la fille absurde » qui nous renvoie à l’image hallucinante de « la corde violacée de la solitude ».
Les images puissantes et surréelles du poète irradient, se font brûlots en approchant les contrées de l’impensable. Nul doute que Ara Alexandre Shishmanian se situe parmi les visionnaires tels Victor Hugo ou Arthur Rimbaud. Avec l’auteur, nous nous hasardons de l’autre côté des mots où « le fou tient un nombre flou à la main ».
Le langage se dérègle, la pensée se dézingue, on entre dans ce « flou », dans l’oneïros, ce rêve éveillé où ne nous appartenons plus. Mais nous sommes-nous un jour appartenu ? La lucidité n’est-elle pas alors de dénoncer comme Ionesco l’absurde qui gère la marche du monde? Car ne nous y trompons pas, l’absurde possède sa propre logique « ...à travers le labyrinthe ». Autrement dit, notre seule certitude est celle de notre mort annoncée dès la naissance. C’est bien pour cette raison que Ara Alexandre Shishmanian hante « le pays sans nom ».
Ce que l’auteur nous invite à entreprendre dans ce recueil, c’est un voyage à travers nous-mêmes. Il écrit « je me promène à travers moi-même ou peut-être à travers un autre, disloqué ».
Oui, promenons-nous à travers nous-mêmes dans ce livre inclassable, dans « le vide sans balustrade » où « le cri muet de la foule monte vers le ciel... » Car seul ce cri qui nous traverse depuis l’aube des temps nous permet d’appréhender le mystère de notre finitude. « Le destin doit être traversé », écrit encore le poète, « tu peux encore vivre », « te sauver de ce monde de mort », ajoute-t-il. Alors à nous de « trouver la porte dans une clef » car « le génie est la corde tendue entre l’abîme et l’arrêve »...Nulle réponse ne nous est offerte, seules les questions questionnent dans cette quête toujours inachevée de la lumière qui vacille au bout de notre nuit….
Françoise Urban-Menninger, « Oniriques, poèmes d’Ara Alexandre Shishmanian. Recueil paru chez PHOS 2025 »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er octobre 2025. URL :
Événements poétiques | Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles & N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Florilèges
Pour citer ce poème féministe, engagé, illustré & inédit
Sarah Mostrel (texte & dessin), « Un paradis perdu »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2025 | « Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles » & ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 30 septembre 2025. URL :
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