À Jennifer Lavallé et George Sand
À Aurore
George Sand
La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.
Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.
Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.
George Sand
au cœur du *********
des oasis de poésie1
quelle idée fixe !
L’arbre brûle l’idée fixe
Dérèglements climatiques
Le déni
Je ne suis pas rigoureuse
J’écris un haïku sur quatre lignes trouées
J’aime les pointillés
Danser sans pas
La tête dans les nuages la note a du sel
Liberté
J’écris ton nom libéré.e
Poème du présent, le haïku se définit comme un instantané émotionnel – la sensation décrite de façon détachée laissant une part de réflexion au public.
Traditionnellement, les visions exprimées résultent d’une observation environnementale précise, qui fait notamment intervenir un terme relatif aux saisons.
en chœur de printemps
la poésie sans IA
notes sakura
Le respect de l’environnement est en effet très présent dans l’art de vivre japonais. Des agendas répertorient même les animaux, les coutumes, denrées, expressions et fleurs; sur une année luni-solaire.
– Six souffles saisonniers ou sekki divisent les quatre saisons annuelles
– Trois ko ou micro-climats fractionnent, à leur tour, chaque sekki.
les Batman
elles sont moins malades que nous
protection des forêts
Printemps
- Arrivée du vent d’est
- Les bouscarles2 quittent les montagnes
- Remontée des poisson
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- Pluie
- Brumes matinales
- Premiers bourgeons et pousses d’herbe
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- Retour des insectes
- Premières fleurs de pêcher
- Naissance des papillons
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ÉQUINOXE
- Apparition des nids de moineaux
- Premières fleurs de cerisier3
- Premiers orages
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- Retour des hirondelles
- Vol vers le nord des oies sauvages
- Apparition des premiers arcs-en-ciel
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- Les premiers roseaux
- Dernières gelées et pousses des plants de riz
- Premières pivoines
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Été
- Premiers cris des grenouilles
- Remontée des vers
- Pousses de bambou
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- Le ver à soie déguste les feuilles de mûrier
- Nombreuses fleurs de carthame4
- Le blé mûr est prêt à être récolté
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- Sortie des mantes religieuses
- L’envol des lucioles
- Les prunes sont jaunes
SOLSTICE
- La fin des fleurs de brunelle5
- Apparition des iris
- Arrivée des pousses de pinellies ternées6
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- Vent chaud estival
- Premières fleurs de lotus
- Les petits faucons commencent à voler
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- Premiers fruits de paulownias7
- Moiteur
- Parfois de fortes pluies
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Automne
- Retour du vent frais
- Le chant des cigales du soir
- Arrivée d’un épais brouillard
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- Premières fleurs de coton
- Températures plus douces
- Le riz est mûr
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- La rosée blanche
- Premiers chants des bergeronnettes
- Migration vers le sud des hirondelles
ÉQUINOXE
- La fin du tonnerre
- Préparation des insectes à l’hibernation
- Drainage de l’eau des champs cultivés
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- Retour des oies sauvages
- Fleurs de chrysanthème
- Le chant des grillons pour entrer dans les maisons
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- Premières gelées
- Parfois de courtes averses
- Érables et vignes vierges rougeoient
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Hiver
- Premières fleurs de camélia8
- Début du gel des sols
- Premières jonquilles et narcisses
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- Plus d’arcs-en-ciel
- Vent du nord emportant les dernières feuilles
- Les mandarines Tachibana9 deviennent oranges
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- Températures plus froides
- Hibernation des ours
- Remontée des saumons en bancs
SOLSTICE
- Poussée des brunelles
- Les cerfs n’ont plus de bois
- Poussée du blé sous la neige
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- Le céleri japonais (persil seri) foisonne
- Les sources coulent de nouveau
- Premiers cris des faisans
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- Premiers bourgeons des
- pétasites du Japon10
- En montagne, les cours d’eau
- sont recouverts d’une épaisse couche glacée
- Les poules recommencent à pondre
canicule au printemps
les glaciers fondent à vue d’œil
soupirs du vent
les figues sont vertes
mon risotto estival
à fleur de courgette
Le haïjin11 japonais est, partant, aux premières loges pour éprouver le réchauffement climatique. Indirectement, il peut donc donner à voir quant aux bouleversements environnementaux associés – toujours dans le registre du constat allusif. De fait, la mécanique de composition – plus que jamais entachée d’incertitude – s’en trouvera sans doute modifiée, au profit de l’usage d’un vocabulaire plus courant. Le pouvoir de suggestion de ce petit poème ne pourra cependant que s’en trouver renforcé dans le cadre de la transmission, et de l’expression d’une fugacité, d’une vulnérabilité de cette Nature qui nous nourrit.
Dans ce rapport au réel, la contradiction entre l’aspect codifié du haïku traditionnel et les dérives du capitalisme, de l’industrialisation à tout-va – dégradant le milieu de vie – peut aussi se trouver traduite dans la césure (ou kireji). Ce vocable, en japonais, renvoie à quatre catégories d’émotions;
– L’étonnement, la surprise
– L’exagération
– La mélancolie, le recul
– L’interrogation, le questionnement
le dernier haïku
abeilles et fleurs à foison
le jour d’avant
les cigales en boucle
cri couvert des mûres brûlées
haie es-tu là ?
Aussi, guidée par la seule émotion, la juxtaposition irrationnelle d’évocations du réel peut permettre de mieux accepter une situation environnementale anxiogène, en se reconnectant à la Nature, ici et maintenant, tout en considérant ces aspects socioculturels comme étant aussi importants que tout élément budgétaire…
En consignant ses observations, en se concentrant sur tel ou tel ressenti sensoriel (en plein air), vous vous reconnectez à vous-même. En ralentissant, en posant vos couverts par exemple, pour vous concentrer sur l’essentiel de ce qui vous entoure à l’instant t, vous vous recentrez sur vos cinq sens. Dans la détente, comme en prenant le temps de mastiquer, la prise de conscience qu’il est nécessaire de prêter attention et d’écouter son inspiration constitue, dès lors, un préambule du passage à l’acte.
12Margarita (Notes de fond; tequila+cointreau)
Marcher en crabe (Notes de coeur; citron vert+rose)
En voie d’esquive (Notes de fond; marée+algues) (Notes de tête; encre)
Reste p(l)age blanche (Notes de fond; désinfectant)13
Et pour véritablement s’en persuader, pourquoi ne pas physiquement se remplir (également les poumons) de ce moment poétique de vie, de ce fragment d’accueil –intuitif et simple - de notre présence et représentation face à l’existant ?
Je vous suggère consécutivement de prendre part à l’expérience suivante.
Fermez les yeux – ou pas –pour vous connecter à votre ressenti du moment. Comment vous sentez-vous dans l’espace, au niveau de vos points d’appui,...?
À présent, accueillez la présence de votre respiration – comme si c’était pour vous la première fois. Prêtez aussi attention au rythme de cette respiration, à son amplitude. Ressentez le trajet de l’air qui entre, puis qui sort de votre corps. Considérez la température de votre respiration, sa composition, peut-être son odeur…
Portez votre attention sur vos sensations à l’inspiration, puis à l’expiration. Peut-être ressentez-vous de la chaleur, des fourmillements…? Cela se produit-il dans une partie de votre corps en particulier ?...
Maintenant, posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Vous respirez ainsi comme vous en avez l’habitude. Ressentez-vous un mouvement au niveau de vos mains ? Si oui, vos mains bougent-elles de la même façon? …
Désormais, prenez le temps de respirer profondément en vous concentrant sur vos sensations corporelles en ce moment. Vous pouvez renouveler cette respiration profonde en essayant d’accueillir les impressions agréables voire positives que vous procure cette prise de conscience.
Vous inspirez donc toujours profondément puis, vous retenez l’air pendant quelques instants pour dire, en une expiration, le haïku suivant ;
Voie des sables cheveux au vent
coquillages et mots valsent
un haïku
Vous accueillez l’émotion correspondant aux sens que vous pouvez associer à cette première lecture. Vous pouvez renouveler l’expérience, toujours après avoir inspiré profondément, vous redites en un souffle…
Voie des sables cheveux au vent
coquillages et mots valsent
un haïku
Vous pouvez réfléchir à une seconde signification pour vous. À chaque nouvelle inspiration, les images, les sensations que vous associez à ce tercet se précisent.
Vous respirez toujours profondément et vous sentez vos muscles se relâcher progressivement. Peu à peu l’apaisement gagne tout votre corps.
Et tout doucement, vous pouvez à présent revenir à une respiration plus libre et habituelle pour vous. Prenez encore le temps de profiter des perceptions, des sentiments… Laissez toutes ces sensations s’installer en vous et à leur tour vous inspirer ; peut-être jusqu’à vous donner l’envie d’écrire des haïkus, à votre tour…
Prenez le temps d’accueillir et de ressentir profondément le positif qui se dégage de votre corps et de votre esprit. Dégustez profondément ce ressenti pour qu’il vous accompagne le plus longtemps possible…
© Sandrine Daraut
Notes
1. Edgar Morin, 2023, POESIS.
2. Petit passereau semblable à la fauvette.
3. Les cerisiers ornementaux en fleur sont appelés sakuras au Japon.
4. Assez proches des chardons, les pigments colorés sont utilisés pour la teinture.
5. Appartenant au genre Prunella, ce sont des plantes herbacées vivaces, qui se trouvent autant en Asie qu’en Europe.
6. Originaire de Chine, cette plante médicinale est indiquée pour décongestionner les voies respiratoires, pour lutter contre les flatulences intestinales et contre les nausées ou vomissements.
7. En raison de sa croissance rapide, cet arbre d’ornement peut présenter un intérêt écologique de par une forte absorption de CO2.
8. Originaire d’Asie méridionale de l’Est – depuis l’Himalaya – et d’Asie orientale, ce genre comprenant près de 400 espèces, est aussi présent en Indonésie et au Japon.
9. L’espèce, originaire de Chine, a été introduite au Japon, aux alentours du premier siècle avant J-C. Agrume du genre Citrus, en japonais Tachibana タチバナ, ヤマトタチバナ,ニッポンタチバナ (Tachibana, yamatotachibana, nippontachibana) , en chinois 立花橘 (Lìhuā jú), en coréen 향산감귤 (hyangsang am gyul) Mandarines Hyangsan aussi 홍 굴 (hong gul) ou mandarine rouge.
10. Les jeunes pousses et les bourgeons floraux sont consommés comme « légumes sauvages ».
11. Les poètes écrivant des haïkus sont appelés haijin ou haïkiste.
12. Haïku librement inspiré de L’invention de la mer, Laure Limongi, Le Tripode, 2025.
13. « Les notes de fond désignent la basse continue, pourrait-on dire pour utiliser une métaphore musicale. Elles sont tenaces et structurantes. » (L’invention de la mer, p. 178).
« Les notes de cœur apportent de la rondeur et du dialogue avec les autres notes, tout en participant de l’aspect évolutif d’une fragrance. » (ibid., p. 178).
« Enfin, les notes de tête sont les premières qui apparaissent, volatiles voire facétieuses, étonnantes ou émouvantes, rassurantes ou inquiétantes, en tout cas fugaces et à interpréter selon l’architecture qui les soutient. » (ibidem., p. 178).