« C’est quoi être une belle personne ? » interroge Lise Renard dans l’un de ses écrits où l’on croirait entendre la voix du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Elle y répond avec son cœur grand ouvert qui illumine de rayons de soleil les pages de ce merveilleux recueil : « Elle est celle qui donne sans compter, qui croit aux belles histoires, aux rêves d’enfants et aux sourires sincères ».
D’emblée, quand on rencontre Lise Renard, jeune étudiante en architecture, son sourire nous émeut tant sa personnalité dégage un charme empreint d’une grâce infinie, celle d’un elfe ou d’une fée…
Les illustrations délicates et raffinées de son amie Manon Marquis Eeken, étudiante en design graphique, déroulent le fil rouge né d’une légende japonaise qui nous invite à comprendre « que ceux qui doivent se rencontrer se rencontrent, que ceux qui doivent se retrouver se retrouvent... » Sans doute ma rencontre avec lise Renard dans un salon du livre était-elle prédestinée si l’on en croit cette légende car ce fil rouge, une fois saisi, nous conduit tel le fil d’Ariane dans cette part secrète de l’être où Lise Renard se confie « ...Je ressens le vécu, les blessures / je fonctionne à l’intuition et à la force de mes ressentis / L’être humain me touche. »
Étonnant de maturité, ce recueil né d’une blessure d’amour, nous offre des aphorismes d’une grande profondeur et de sagesse « Le deuil, c’est de l’amour qui ne sait plus où aller », affirme l’autrice.
Si Lise Renard se sent à « Contre-Temps », c’est bien parce qu’elle a « l’impression de penser, de réfléchir, d’évoluer différemment que les autres ». Et c’est cette différence qui rend cette jeune femme si attachante. Sa sincérité, ses interrogations dans un monde où elle a « l’impression de ressentir trop fort » réveillent en nous des sentiments enfouis,voire enfuis…
« Comment désaimer » se demande-t-elle, et nous voilà désarmés car ce fil rouge qui parcourt le livre, c’est le fil ténu d’un amour qui restera, écrit-elle dans le même temps, « mon plus beau souvenir ». Et c’est par le biais de l’écriture, ce fil de lumière où les mots s’égrènent telles des perles que Lise Renard renoue avec elle-même et renaît au monde. « La vie est courte alors vivez-la à votre façon, avec vos valeurs, et ne laissez personne éteindre votre lumière », écrit-elle.
« Ce livre est une mise à nu », résume-t-elle et d’ajouter « J’ai envie qu’on se reconnaisse dans mes mots », plus loin «... qu’on guérisse avec mes émotions » et de nous offrir une petite musique de l’âme à la fois singulière et familière qui nous ramène aux confins de nous-mêmes pour écouter « Une princesse qui voulait sortir du silence » et réenchanter cette vie qui nous fait et nous défait.
Françoise Urban-Menninger (texte & photographie de l’autrice), « À Contre-Temps, poèmes de Lise Renard, Illustrés par Manon Marquis Eeken. Recueil paru aux éditions les Bonnes feuilles », illustrations par la poète & Manon Marquis Eeken, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE », mis en ligne le 25 mars 2026. URL :
En librairie depuis le 11 mars, le dernier livre de Lyane Guillaume, Perverseou le roman de Jane (éd. du Rocher), se présente comme une enquête biographique, menée par une narratrice contemporaine, autour d’une femme de lettres qu’elle a découverte : Jane de La Vaudère (1857-1908). Depuis longtemps tombée dans l’oubli, celle-ci a fini par devenir un véritable mystère. Le Pan poétique des Muses a rencontré Lyane pour lui demander comment elle avait conçu et mené son récit, parfois proche du roman policier. Pour lui demander aussi de présenter celle dont ses lecteurs n’ont sans doute jamais entendu parler, mais qu’ils découvriront avec plaisir et intérêt, et peut-être même fascination.
Entretien mené par @JVaudere
@JVaudere – Jusqu’à présent les principaux héros, romanesques ou historiques, de ce que vous appelez vos « fictions documentaires », ont été des héroïnes. En consacrant votre dernier livre à une femme de lettres de la Belle Époque, vous ne faites pas exception à la règle. Vous est-il plus facile d’écrire au sujet des femmes ? Ou bien est-ce un parti pris ?
Lyane Guillaume – Si j’ai commencé dès mon premier roman à explorer le thème des femmes, ce n’est pas véritablement par « féminisme » au sens militant du terme. Je ne crois pas trop à cette « sororité » qui lierait spontanément les humains de sexe féminin entre eux. C’est au départ pour une raison tout bêtement « pratique ». Je m’explique : jeune professeure inscrite en thèse sur le thème de la « tradition orale du conte persan », j’avais choisi non pas de « suivre » (je déteste ce verbe), mais d’accompagner mon ami et futur mari en Afghanistan, où il fut le dernier directeur-adjoint de la mission archéologique française en Afghanistan (la DAFA). J’abandonnai vite mon projet de thèse : les Soviétiques venaient d’envahir le pays !
Ayant toujours rêvé d’« écrire », je me suis dit que le moment était venu d’observer, de prendre des notes, de raconter, de témoigner par l’écriture, et cela en étant « sur le terrain » à un moment déterminant de l’Histoire. Première démarche : interviewer les habitants de Kaboul. Pas facile d’interroger des hommes quand on est une femme, en plus une jeune Française. C’est pourquoi je me tournai vers les femmes et compris aussitôt que mes interviews seraient meilleures. Au risque de céder aux clichés, je dirais que les femmes sont plus spontanées, paradoxalement moins « corsetées », et n’hésitent pas à aborder tous les sujets. Un homme (surtout un farouche Pachtoune !) ne s’abaisserait jamais à parler cuisine, vie de couple, enfants… alors que les pratiques alimentaires, la sexualité, l’éducation, sont fondamentales pour comprendre une société de l’intérieur et dans son ensemble. D’après Marx, « tout est politique ». J’acquiesce ! Mon expérience auprès des femmes afghanes fut tellement positive, que j’allais continuer en Inde, puis en Russie, en Ouzbékistan, en Ukraine… Et jusqu’à Paris où Jane de la Vaudère et moi-même, nous allions nous rencontrer.
C’est par hasard que vous avez découvert l’existence de Jane de La Vaudère : découverte liée à son dernier lieu de résidence parisien, place des Ternes (17e). Quand vous avez décidé d’en faire le sujet de votre prochain livre, n’avez-vous pas été alarmée par l’oubli total dans lequel elle avait sombré, et la rareté des archives la concernant ?
Par hasard, en effet ! Nous avons toujours été, mon mari et moi, des passionnés de l’architecture parisienne. Quand nous avons quitté la (très haussmannienne) place de la République pour nous installer dans l’Ouest parisien, nous avons eu un coup de cœur pour le 9 place des Ternes, appelé autrefois « la cité mondaine », un immeuble post-haussmannien à la limite du 17e et du 8e arrondissement. Édifié autour d’une cour circulaire arborée, d’ailleurs « classée », cet immeuble est une curiosité architecturale. Il est largement décrit dans mon livre : c’est ici que Jane de la Vaudère vécut les cinq dernières années de sa vie. En m’y installant il y a une dizaine d’années, je ne le savais pas, bien sûr… Pour les habitants de l’immeuble, la femme célèbre qui avait vécu là (dix ans), c’était… Carla Bruni ! Puis le temps a passé, nous vivions à l’étranger, et un beau jour, lors d’un passage à Paris, je tombe par hasard chez un bouquiniste sur un ouvrage en plusieurs volumes signés André Becq de Fouquières, mondain érudit qui publie en 1954, sous le titre de Mon Paris et ses parisiens, une sorte de guide des célébrités de la capitale à travers leurs lieux de vie, appartements ou hôtels particuliers.
À la rubrique « place des Ternes », je lis que notre immeuble a abrité plusieurs célébrités dont une certaine Jane de la Vaudère (1857-1908), auteur de « cinq ou six recueils de poèmes et de nombreux romans, Mortelle étreinte, Les Demi-Sexes, Les Androgynes ». Et Fouquières d’ajouter : « Il me paraît improbable que ses œuvres littéraires lui vaillent un jour d’être arrachée à l’oubli ». Le ton un rien condescendant de Fouquières, l’ironie à peine voilée qu’il adopte pour évoquer Jane et son œuvre m’ont choquée. Quel machisme ! Intriguée et même piquée au vif, j’ai vérifié sur google et constaté que cette femme avait beaucoup écrit et connu un immense succès. Lorsque, agacée, j’écris à la fin d’un chapitre de Perverse : « Mais enfin, qui de Jane de la Vaudère ou d’André Becq de Fouquières bénéficie du plus grand nombre d’entrées sur google ? Jane ! », c’est ma façon à moi de (sans jeu de mots) clouer le bec à cet arrogant faussement pudique, profondément réactionnaire et… jaloux.
Il n’en a pas fallu davantage pour que je jette mon dévolu sur Jane. Très vite, j’ai constaté qu’elle était en effet tombée dans l’oubli et que ses romans étaient quasi introuvables (cela commence à changer). D’où mes innombrables visites, étalées sur de longs mois, à la BNF où l’œuvre de Jane est préservée… BNF dont je souligne le côté écrasant et carcéral, en contraste avec le charmant et poétique hôtel de Massa qui abrite la Société Des Gens de Lettres (SGDL), passage obligé pour un auteur de la Belle époque, et dont Jane elle-même fut un membre actif. Signe du destin : je suis moi-même membre de la SGDL.
Que Jane ait été oubliée ne m’a pas fait peur. Au contraire, cela me l’a rendue encore plus intéressante car enfin… Pourquoi ? Il y avait du mystère là-dessous. Et élucider ce mystère a été l’objet de cette « enquête biographique » dans laquelle je me suis lancée, en m’appuyant à la fois sur une documentation rigoureuse et en ménageant une forme de suspense.
Je me méfie des vedettes. J’ai toujours été attirée par les gens de l’ombre. Mon dernier livre raconte la vie d’une danseuse des Ballets russes, Tamara Karsavina. Non pas une parfaite inconnue mais une personnalité qui fut effacée par celle d’Anna Pavlova, que tout le monde connaît. Et pourtant, Tamara vécut bien plus longtemps qu’Anna et lui était supérieure sur tous les plans. Ce qui m’attire : les artistes inconnus ou méconnus qui auraient mérité une reconnaissance. J’ai donc commencé par lire tous les écrits de Jane, y compris ses articles sur Gallica. Je dois, à ce titre, rendre hommage à Michael Scrive1qui n’a eu de cesse de me conseiller, de me guider, et que je remercie en fin de volume. En même temps, je découvrais la rareté des archives la concernant, comme si nombre d’entre elles avaient été détruites ! Pire : le nom de Jane de la Vaudère ne figure pas sur le tombeau familial au cimetière de Montparnasse !
Vos lecteurs vont découvrir que La Vaudère fut, à bien des égards, une femme exceptionnelle. Comment la présenteriez-vous ?
Jane de la Vaudère, une femme exceptionnelle ! Cela va sans dire… Et c’est peut-être précisément parce qu’elle était exceptionnelle qu’elle a été effacée, voire occultée. La jalousie, vous dis-je… Pas seulement bien sûr, mais n’oublions pas qu’elle obtint à peu près tout ce qu’elle désirait, gagna beaucoup d’argent et ne pouvait que susciter l’envie. En plus, elle était séduisante, avec ce petit je-ne-sais-quoi d’énigmatique, propre à la « femme fatale » en vogue dans ces années-là. Elle était très intelligente, avide de connaissances, dotée d’une imagination sans borne et d’une grande capacité de travail, ambitieuse, certes, mais courageuse aussi car enfin, elle dut faire face aux trahisons de son mari, à ses dettes (qu’elle épongeait, ce qui dénote une certaine générosité). Et plus tard, elle dut affronter les attaques violentes et cruelles de ce rustre de Han Ryner qui, dans Le Massacre des amazones, la traite de « pornographe » et l’humilie.
J’ajoute que Jane n’avait pas été une petite fille vraiment désirée, elle s’est retrouvée orpheline tôt… des frustrations qui ont dû décupler son désir de devenir une écrivaine célèbre, et son énergie créatrice. Une fonceuse, cette Jane, un winner au féminin. Elle était douée d’une vivacité d’esprit et une réactivité hors du commun : elle sentait son époque, elle la humait, en faisait aussitôt son miel, n’hésitait pas à traiter de l’actualité (les attentats anarchistes à Paris en 1894, la loi de 1901 sur les congrégations, l’incendie du Bazar de la Charité, le massacre des Arméniens par les Turcs). Elle s’intéressait à tout, à l’actualité, à la mode, à l’économie, à la science (les rayons X qui transforment le patient en fantôme !), au progrès technique dont sa génération fut le témoin (souvent visionnaire, elle anticipe sur l’usage de l’automobile et prédit l’invention de la caravane). Et même aux faits divers, comme le scandale du « bal des Quat’z’arts », dans la mesure où ils sont révélateurs d’une réalité sociologique. Les articles de presse de Jane, comme ses romans de mœurs, révèlent une aptitude incroyable à l’analyse sociologique. Rien de didactique. Quelques mots suffisent à décrire, par exemple, un salon petit-bourgeois. Et le couple qui vit là et rêve de marier richement sa progéniture, on le voit, sous nos yeux.
J’aime aussi chez Jane des qualités que peu d’observateurs ont soulignées : sa sensibilité exacerbée, quasi proustienne, à la beauté sous toutes ses formes : la ligne d’un cou féminin, les teintes changeantes d’un paysage, l’agencement raffinée d’un appartement, et un goût, que je partage, pour les « belles toilettes » comme on disait à l’époque. J’en répertorie un certain nombre dans Perverse. Jane aurait pu être styliste ou chroniqueuse de mode. Elle raffole des couleurs, de leurs nuances, comme elle raffole des mots, les mots rares surtout. Elle s’en délecte comme de friandises. Elle illustre et défend notre langue comme personne. J’aime aussi la sensualité de Jane. Quand elle décrit un plat, on en hume les fumets avec délectation, on en ressent sur la langue toutes les saveurs. Cette sensualité irrigue son style inimitable.
Dans l’œuvre de Jane de La Vaudère, à quoi vos préférences vont-elles ? Et chez la femme, qu’est-ce qui suscite le plus votre admiration ? Et quel est le défaut, s’il y en a un, qui vous déplaît franchement ?
J’aime tout chez Jane, y compris son théâtre et sa poésie, mais ce sont surtout ses romans et ses nouvelles qui m’ont fascinée. Sur le plan de la forme, j’admire sa maîtrise de l’art du récit et de l’intrigue, son style si poétique. Sur le fond, sa compréhension de tout ce qui touche à l’amour, aux relations hommes-femmes, la force avec laquelle elle a su dénoncer certaines dérives comme le machisme, l’autosatisfaction masculine et ce qu’on appelle aujourd’hui les violences faites aux femmes. Y compris et surtout la position de l’islam vis-à-vis d’elles : « Comment respecter une religion, se demande Jane dans La Porte de félicité2, qui asservit les femmes au point d’avoir consacré le principe de polygamie ? ».
Jane dénonce aussi le phénomène de l’emprise, un sujet devenu d’actualité : ne parle-t-on pas des « pervers narcissiques » ? Ceux-là, Jane les avait repérés avant tout le monde ! La plupart de ses romans traitent de l’emprise sous toutes ses formes (et là, je cite Perverse) : « Celle du manipulateur sur l’esprit naïf, celle du jeu qui a mené Gaston (son mari) à la ruine, celle de l’homme brutal sur la femme qu’il veut corriger, celle de la drogue, celle de l’argent à tout prix qui pousse l’individu à la folie et au crime ». En outre, Jane n’hésite pas à aborder des sujets délicats comme l’homosexualité, l’incompatibilité physique entre deux êtres, ou franchement tabous comme l’ovariectomie, véritable problème de santé publique, qui sévit dans les milieux huppés parisiens au tournant du siècle. Des jeunes femmes désireuses de jouir pleinement et en toute liberté de leur sexualité, prenaient le risque d’une opération irréversible, l’ablation des ovaires. Même nos féministes des années 1970-80 n’étaient pas allées jusque-là !
Jane avait des défauts (mais qui n’en a pas ?) : rusée, dissimulatrice, procédurière, peu fidèle en amitié, arriviste… mais je suis tentée de tout lui pardonner à cause de son talent. Son opportunisme, par exemple, un mot qui peut sembler négatif mais qui est l’atout de celui qui veut parvenir à ses fins. Elle avait tout compris avant tout le monde et anticipe sur le star-system : la pub, l’auto-promotion, l’art de se donner une visibilité, de plaire au lectorat, la nécessité, même si on a du talent, d’être soutenue, reconnue par des célébrités de tout bord. L’épanouissement de la presse, la vogue des reportages « people », Jane a senti tout cela et a sauté dans la barque. On peut trouver condamnable son habileté à se faufiler dans le succès d’autrui pour en profiter mais elle ne le fit jamais au détriment de quiconque. En se moquant, à travers Le Peintre des frissons, de Colette et Missy après le scandale du Moulin Rouge en 1907, elle savait bien qu’elle ne leur portait pas vraiment préjudice : ces dames étaient déjà tellement célèbres ! Je pardonne moins à Jane d’avoir republié certains de ses romans sous des titres différents mais après tout, ce sont les éditeurs les responsables.
L’audace des sujets traités par La Vaudère, ou le caractère érotique de certains de ses romans, tendent à faire oublier les caractéristiques proprement littéraires de son œuvre. Qu’est-ce qui fait de La Vaudère une autrice originale ?
Jane est une pionnière du best-seller moderne. Elle avait compris que ce qui plaît le plus au lectorat (les choses ont-elles tellement changé ?) c’est l’érotisme et l’exotisme. Mêler les deux est gage de succès. Mais en quoi traiter de ces sujets nuirait-il au style, à la qualité de l’écriture ? Faut- il être moralisateur, ou triste, ou donneur de leçon, pour avoir du talent ? Rabelais n’a jamais été un « bonnet de nuit » et Dieu merci, sinon, il n’aurait pas écrit son Gargantua. Je pense qu’au contraire, Jane a dû se régaler, et son plaisir se ressent, à raconter, de sa plume subtile, les péripéties de ses personnages à travers un Orient qui n’était pas que « rêvé » puisqu’elle se documentait énormément, à évoquer leurs ébats amoureux et érotiques. Là encore, on s’y croit ! Évidemment, à notre époque marquée par le wokisme, les scènes particulièrement lestes, où de jeunes bayadères de huit ans lutinent avec un « monsieur » et même en redemandent… cela peut heurter. De même, j’ai du mal à suivre Jane dans les scènes sadiques, mais je reconnais qu’elles sont fortes.
Pour autant, certains passages ne passent plus, moins par leur caractère sulfureux (on a fait pire depuis) qu’à cause des progrès de la technologie. A travers la télévision, le cinéma, internet et maintenant l’IA, l’audio-visuel crée des images dont l’impact est sans commune mesure avec les effets ressentis à la lecture d’un texte. J’évoque cette problématique à travers un dialogue entre la narratrice-enquêtrice et sa voisine âgée, Emma de R. Elles se lisent mutuellement des passages du Mystère de Kama, en louent le style, se bouchent les oreilles aussi, parfois puis… éclatent de rire. Une façon de chasser la gêne ? L’intuition que l’écriture s’épuise à décrire une situation que la seule image ferait surgir en direct, et avec une brutalité que les mots les plus scabreux peinent à suggérer ? Dans ce sens, une partie de son œuvre a sans doute un peu vieilli…
Pour moi, ce qui fait l’originalité de Jane, c’est la façon flamboyante et décomplexée dont elle a su concilier ce qui peut paraître antagoniste : le roman populaire et le roman savant, la prose poétique et le récit historique, le caressant et le tranchant, le précieux et l’effronté, le divertissant et le sérieux. Son œuvre remet en question la notion de « roman de gare » qui apparaîtra après-guerre. Qu’est-ce qu’un bon roman ? Dans mon enfance, Françoise Sagan était méprisée par les intellectuels. A présent, elle est célébrée. Qui nous dit ce qu’il adviendra, par exemple, de l’œuvre d’Amélie Nothomb ? Sera-t-elle considérée comme une romancière de seconde zone, ou au contraire comme une « grande écrivaine » ? Se souviendra-t-on encore d’elle dans un siècle ? Faut-il, comme le voulait le « Nouveau roman » et ses avatars, entre les années 1950-198O, qu’un roman soit ennuyeux et indigent pour être considéré comme « littéraire » ? Les mystères de la notoriété sont impénétrables.
Même si le style de Jane est élégamment chantourné, comparable à cet « Art nouveau » tout en courbes et volutes en vogue à l’époque dans l’architecture et le mobilier, il est fluide. Rien de pesant. Les livres de Jane se lisent assez « facilement » (avec le Larousse à portée de main, tout de même) puisque tel est le critère actuel. On n’a qu’une hâte : connaître la fin de l’histoire. J’ajoute que Jane est une touche-à-tout surdouée, une flamboyante incarnation de tous les courants de ce temps (naturalisme à la Zola, décadentisme à la Huysmans, littérature fantastique ou d’anticipation) dans ce qu’ils ont de plus original. En ce sens, elle occupe une place stratégique dans notre littérature. Paradoxalement, cette faculté d’adaptation, cet art de marier les contraires lui ont peut-être nui. Ce qui est simple, univoque, immédiatement perceptible, plaît plus spontanément que ce qui est complexe, polymorphe. Dans mon livre, j’établis un parallèle entre Jane de la Vaudère et Jean Boussard, architecte éclectique et génial de la « cité mondaine », l’immeuble où Jane passa les cinq dernières années de sa vie, lui aussi oublié.
La Vaudère fut très tôt accusée de plagiat. Toutefois Sharon Larson, une universitaire américaine qui lui a consacré un livre de recherches fouillées3, a montré qu’il s’agissait non d’un plagiat/recopiage, mais d’un plagiat/déconstruction. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?
J’ai beau aimer et défendre Jane de la Vaudère, je veux bien admettre qu’elle a plagié, cela dans des proportions, j’allais dire, « raisonnables ». Et bien souvent, les démonstrations sont peu convaincantes, de mauvaise foi… voire burlesques ! Un exemple : « Ses seins ondulent et relèvent leur pistil rose comme des plantes altérées de soleil » (Jane de la Vaudère) ; « Ses seins ondulent et, au frottement de ses colliers qui tourbillonnent, leurs bouts se dressent » (Huysmans). A mon avis, l’ondulation des seins n’est pas un phénomène rare dans la littérature ! J’ai relu Notre cœur de Maupassant et n’y ai rien trouvé qui me rappelle Les Demi-Sexes que je venais de découvrir. Pire : je me suis ennuyée avec le premier tandis que le second me passionna. Des études ont été menées sur ce sujet, en particulier dans le bel essai de Sharon Larson. D’abord, je pense que le plagiat était courant à l’époque (Alexandre Dumas) en dépit de la Convention internationale de Berne pour les œuvres littéraires signée en 1886, mais les ennemis de Jane de la Vaudère se sont acharnés sur elle parce qu’elle était Jane de la Vaudère. Comme je l’écris dans Perverse : « Auteure à succès de romans dérangeants, elle excite la rage des envieux, lesquels ont décidé de la mettre au ban de la littérature, de l’excommunier, de la détruire. » Vous imaginez la rage qu’il fallait entretenir en soi pour passer des heures et des heures à décortiquer un texte pour en traquer la moindre phrase ressemblant à celle d’un auteur adoubé par l’Université et l’Académie ? Cela à une époque ou « Turnitin », le logiciel anti-plagiat, n’existait pas.
Pour autant, la trouvaille de Sharon Larson, et j’en parle naturellement dans Perverse, est d’avoir débusqué dans l’œuvre de Jane ce qu’elle appelle « le plagiat de guérilla ». Jane aurait délibérément utilisé certaines phrases d’auteurs hommes en les modifiant dans le but de dénoncer leur côté misogyne. Il s’agirait non pas de plagiat mais de pastiche, censé participer à la « déconstruction du stéréotype masculin ». Un exemple concret : lorsque Maupassant décrit dans Notre cœur une étreinte hétérosexuelle, Jane reprend la phrase mot pour mot en substituant le féminin au masculin, la métamorphosant en étreinte lesbienne. Un message codé entre féministes, en somme.
Si vous deviez conseiller la lecture de trois livres de La Vaudère, lesquels seraient-ils, et pourquoi ?
J’aime tous les livres de Jane de la Vaudère, dont certains sont de véritables pépites et j’ai bien du mal à en sélectionner trois. Je me souviens de mon éblouissement en découvrant Le Mystère de Kama, le premier roman que j’ai lu d’elle. Cette écriture langoureuse et nerveuse à la fois, comme les méandres dessinés par la trajectoire d’un boa, ce mélange de sensualité et de violence, cette richesse du vocabulaire, cette imagination débordante, ce sens des couleurs ! Je me croyais plongée au cœur, non pas d’un tableau orientaliste mais d’une véritable reconstitution cinématographique. Pour moi qui avais vécu en Inde, pratiqué la danse indienne, écrit sur l’Inde (sur les Grands Moghols, une dynastie qui passionna notre auteure), je retrouvai une sœur, par-delà le temps. Et le récit du destin cruel de Viamalah, prisonnière de l’emprise d’un mage avide de pouvoir, est bien plus évocateur et convaincant sur le sort des femmes que n’importe quel essai didactique ou ouvrage de propagande féministe.
Outre Le Mystère de Kama, je conseillerais Sapho Dompteuse, un roman tardif où Jane brosse un tableau des mœurs de la Belle Epoque dans le milieu de la « bamboche » (cabarets, cirques, galas, brasseries) mais avec une écriture somptueuse qui rappelle celle de ses romans indiens ou indonésiens. Exotisme et parisianisme en un seul récit ! Comme je l’écris dans Perverse : « Toutes les obsessions de Jane s’y déploient et jaillissent en feu d’artifice : amour-passion, jalousie, érotisme, sadisme, masochisme, effets de miroirs, morts par le feu, fausses morts, divination, prophétie, folie, excès en tout genre… », sans parler de descriptions, dignes de Proust, du glamour de la Belle Epoque : intérieurs luxueux, femmes-fleurs, filles-fées en tenue vaporeuse, aux visages de poupée « poudrerizés ».
Enfin, je me suis régalé à la lecture de Confessions galantes, que Jane a écrit en collaboration avec son ami Théodore Cahu, dit Théo-Critt, une ancien militaire devenu journaliste. On suppose qu’il fut l’amant de Jane mais on ne sait rien des amours de notre auteure et l’on ne peut que se perdre en conjectures. Il s’agit d’un essai épistolaire à quatre mains, très documenté, sur le thème de l’amour à travers le monde, les civilisations, les époques. Ces analyses d’une grande finesse n’ont pas pris une ride et pourraient figurer dans la collection contemporaine du Dictionnaire amoureux.
Je me rends compte que je n’ai pas mentionné ses récits fantastiques ou franchement « délirants » ! Si je pouvais donner encore un titre, je choisirais une nouvelle, « Pour une étoile », tirée du recueil La Mystérieuse : sur fond de voie lactée glaciale où dérivent d’innombrables univers, le vivant naît d’un mollusque qui, traversé par hasard par une goutte d’eau, se voit aussitôt doté d’un appareil digestif qui le conduira à sa perte. Si le contenu tient du roman d’anticipation, le style annonce, bien à l’avance, l’esthétique psychédélique.
Vous êtes sévère avec le mari de Jane, Gaston Crapez (de La Vaudère), dont elle finit par divorcer. Il aurait été un provincial dépourvu d’envergure. Et vous ajoutez que les contemporaines de Jane qui atteignirent la notoriété furent épaulées par des maris ou des compagnons influents (par exemple, la romancière Rachilde avait épousé Alfred Vallette, le directeur de la revue du Mercure de France), pour en conclure que la solitude de Jane fut l’une des causes de son effacements des mémoires. On est tenté de vous donner raison : mais n’avait-elle pas toutes les ressources nécessaires pour avoir à ses côtés, après son divorce, une telle présence masculine ?
Que sait-on, objectivement, de la personnalité de Gaston Crapez, le mari de Jane, qu’elle épousa à 18 ans et dont elle divorça à 41 ? Qu’il la trompait puisque c’est grâce à des lettres d’amour qu’elle obtint le divorce à son avantage. Qu’il faisait des dettes… qu’elle épongea ! Rien de bien attachant chez cet homme. Dans une « fiction documentaire » (puisque mon enquête biographique en est une), comme dans un roman, il faut donner de la chair aux personnages. J’ai fait le choix, car c’est un choix personnel, faute de preuves, d’une personnalité falote, coureur de jupons comme l’étaient les bourgeois de l’époque, mais sans méchanceté. Au début, Jane supporte son mari en le méprisant un peu puis elle finit par ne plus le supporter. Dans un récit, il faut aussi des scènes fortes. D’où cet épisode, j’en conviens assez abrupt, où Jane qui a rejoint Gaston au Moulin-Rouge, voit des « grues de bas étage » interpeller son mari de la façon la plus explicite et la plus vulgaire : « Pourquoi tu viens plus nous voir à l’estaminet des fortifs ? Tu nous manques, tu sais, gros vicelard ». Dans mon livre, je concède tout de même à ce brave homme un intérêt (imaginaire) pour l’amélioration du « rouissage du chanvre » qui polluait les eaux de la Sarthe. « En notable manceau soucieux de la réputation de sa ville et de la sienne, Gaston souhaitait mettre fin à ces nuisances ».
À l’époque, les femmes de Lettres qui réussissaient le mieux le devait aussi (j’ai bien dit « aussi » car le talent est évidemment indispensable) à un mari ou un compagnon en vue du monde politique ou médiatique. Je peux vous dire qu’il n’en va guère autrement de nos jours. Pour autant, la réciproque (une femme aidant son compagnon par ses relations) doit être vraie aussi. Qui aime soutient ! Ce n’est pas la raison principale de « l’invisibilisation » de Jane car elle avait toutes les ressources pour se doter, après son divorce, d’un mari ou d’un compagnon influent, belle, riche, célèbre, bien née, très entreprenante de surcroît, voire fin stratège comme elle l’était. Cela dit, elle avait déjà dépassé la quarantaine (un âge certain en ce temps) et nombre de ses romans de mœurs se font l’écho de la situation peu enviable d’une femme seule, déjà vieillissante, que les hommes ne regardent même plus. Quoi qu’il en soit, sa liberté était pour Jane son bien le plus précieux. Pourquoi se serait-elle « encombrée » d’un mari, influent ou pas ?
Je pense en revanche qu’elle ne s’est jamais privée de faire appel à des amis, ou amants (réels ou potentiels ?), pour obtenir ce qu’elle voulait. La façon dont elle rentre en contact avec Zola pour lui proposer l’adaptation à la scène de sa nouvelle « Pour une nuit d’amour », est très directe : « Ayez donc l’amabilité, monsieur, de me dire quand je pourrai vous rencontrer » écrit-elle dès sa première lettre. Culotté !
Il n’y a jamais une seule explication à un phénomène. Les raisons de l’invisibilisation de Jane sont multiples. Je tente de les explorer au long de mon récit. Le fait que la lignée familiale se soit éteinte assez vite, les rivalités familiales (celle entre Jane et sa sœur à mon avis déterminante), tout cela a joué. Les accusations de plagiat aussi. Sans parler de sa réputation de romancière scandaleuse. En outre, le génie de Proust, que les courants littéraires précédents préparaient, son omniprésence écrasante dans notre littérature, ont fait de l’ombre à Jane comme à bien des auteurs de sa génération. Seul Huysmans s’en tire bien. Puis les années trente orientées vers l’engagement ont balayé cette littérature jugée précieuse et inutile. Les modes changent en littérature comme ailleurs. André de Fouquière parle dans Mon Paris et ses parisiens d’un parfum « éventé ». La NRF, par exemple, avec son culte de l’écriture blanche, ne pouvait comprendre et apprécier Jane de la Vaudère. Dieu merci, elle est en train d’être redécouverte et j’espère que son œuvre sera rééditée dans son intégralité.
La Vaudère s’est déclarée « farouchement féministe ». Elle n’a pourtant jamais rejoint les cercles ou les journaux féministes de son temps. Et on se la représente mal en suffragette. Elle s’est aussi moquée de certaines dérives du féminisme. Comment qualifieriez-vous le féminisme « vaudérien » ?
Ce qui caractérisait Jane, je l’ai dit, c’est l’indépendance sous toutes ses formes. Sa liberté d’agir, sa liberté de pensée passait avant tout. C’est pourquoi j’ai mis en exergue de mon livre un extrait d’une lettre de Maupassant à Catulle Mendès : « Je veux n’être lié à aucun parti politique, quel qu’il soit, à aucune religion, à aucune secte, à aucune école ; ne jamais entrer dans aucune association professant certaines doctrines, ne m’incliner devant aucun dogme, devant aucune prime et aucun principe, et cela uniquement pour conserver le droit d’en dire du mal ».
Ses opinions sont toujours nuancées, mesurées, jamais tranchées, d’où sa méfiance vis à vis de l’engagement. Si elle se rend au procès de Zola, défenseur de Dreyfus, elle n’écrira jamais sur l’Affaire. Elle déteste le militantisme, celui des féministes en particulier. Elle n’a jamais adhéré à un groupe, n’a jamais écrit pour La Fronde, le journal féministe créé en 1897 par Marguerite Durand. Jane garde toujours une distance critique vis-à-vis de tout. Elle est aussi très moqueuse et manie avec talent l’humour et la fantaisie. Elle se gausse beaucoup des snobs mais aussi des décadents comme Jean Lorrain, dans Les Androgynes. Son ironie vis-à-vis des suffragettes à la française est mordante. Dans un de ses « contes rapides » (peut-être ce qu’elle a écrit de mieux) destinés à la presse, elle ridiculise, sous le nom de Crespeline des Orgelets, la militante féministe Hubertine Auclert qui, lors de la « Conférence des Vierges mûres » explique à l’auditoire féminin qu’elles devraient se passer des hommes.
Les revendications féministes de Jane ne sont pas idéologiques mais basées sur l’expérience. Ainsi, dans Ambitieuse, elle condamne l’éducation des filles basée sur l’ignorance, comparable à celle qu’elle-même a reçue, et qualifie la nuit de noce de « viol légal ». Pas de généralisations de la part de Jane, pas de gesticulations dans le style des théories anti-mâles de Céline Reenoz (qui soutient que l’homme descend du haricot), mais des témoignages, des analyses précises et documentées. Et puis, j’ajoute ceci : Jane était très féminine, elle aimait séduire. Bref, elle adorait les hommes !
Terminons, si vous le voulez bien, par les méthodes de travail de Lyane Guillaume. Comment écrivez-vous ? Faites-vous partie des écrivains à programme (ceux qui commencent par établir un plan), ou des écrivains à processus (qui laissent le texte se construire à mesure qu’ils l’écrivent) ? A partir de vos brouillons, allez-vous vers le resserrement, l’élimination du trop-plein, ou bien partez-vous vers de nouveaux développements ?
Si mes livres sont tous plus ou moins des « fictions documentaires », les thèmes sont différents et la méthode varie de l’un à l’autre. S’il fallait trouver un dénominateur commun, je dirais que je dessine d’abord un plan général qui va du point de départ au point d’arrivée de l’histoire. L’intrigue et les personnages doivent évoluer. Le plan suggère ce mouvement, avec un point d’orgue au moment où la courbe amorce sa descente. Tout cela est un peu théorique car en fait, un roman est un processus organique : de A doit naître B, de qui découlera C, etc. Un épisode en appelle logiquement un autre. Parfois, un épisode inattendu s’impose, que l’on suit. Pour ma part, j’essaie de tout contrôler, de tout baliser pour ne pas me perdre. Le rythme aussi est très important. Le petit trot doit parfois s’amplifier puis se transformer en galop, puis on revient au petit trot. Proust compare un roman à la confection d’une robe. Pour moi, c’est plutôt une broderie, un patchwork. Les bouts de tissus, les fils de couleurs entremêlés finissent par donner un tableau. Au lieu de raconter de façon linéaire, à la troisième personne, la vie de Jane, j’ai opté pour un schéma plus incarné : montrer une narratrice-enquêtrice contemporaine (un alter ego mais très différente de moi) qui fait ses recherches, passe des heures à la BNF, se rend au château de la Vaudère, au cimetière de Montparnasse, accumule la documentation puis suggère des hypothèses pour combler les trous, fort nombreux, de la vie de Jane. Cela par déduction ou rapprochement. On la voit douter, se décourager, sentir l’emprise de son héroïne sur elle.
L’autre avantage de ce « récit dans le récit » était de m’offrir une mise en perspective vivante : pour mettre en parallèle le féminisme d’alors et celui d’aujourd’hui par exemple. Pour créer des personnages secondaires qui font évoluer l’histoire. Il me permettait aussi des jeux de miroirs typiques de l’art et de la littérature « fin de siècle » : la narratrice trouve par hasard au musée de Caen le tableau qui servira d’illustration de couverture à son livre. Mon éditeur n’avait pas d’autre choix que de l’accepter ! Même chose pour le titre. Vivre à Paris m’a beaucoup servi. Pour aller à la BNF ou à la SGDL d’abord, pour m’imprégner des lieux surtout : je vis dans le quartier où Jane a eu trois adresses, dans l’immeuble où elle a passé les cinq dernières années de sa vie ! Et tout près du parc Monceau dont elle parle souvent dans son œuvre. « Dis-moi qui sont tes voisins, je te dirai qui tu es ». Cette maxime m’a guidée souvent. Pour peaufiner un livre, il faut en effet savoir éliminer et resserrer mais tout dépend du thème. Pour Perverse, j’ai plutôt eu tendance à développer mais toujours dans l’esprit d’un processus organique, d’une nécessité de baliser, par souci de concision.
Dernière chose, de façon tout à fait irrationnelle, un auteur construit souvent son histoire autour d’une image, d’une vision. Pour moi, c’était un cercueil tournant autour du jardin circulaire de ma cour. Un souvenir personnel. Une de mes voisines, belle-fille d’un personnage politique connu, est devenue Emma de R. dans mon livre. J’adore ce personnage. Il apparaît par intermittence dans l’histoire comme une bonne fée à la fois fantaisiste et donneuse de leçons, et clôt le récit. Celui-ci s’achève d’ailleurs par une « happy end » et une sorte de pirouette humoristique : la narratrice, comme son héroïne, a beau être féministe, elle garde ce bon vieux réflexe de « femme nourricière » qui se doit de recevoir son visiteur avec une petite collation digne de ce nom !
Notes
1Parent de Jane de La Vaudère, née Jeanne Scrive (ndlr).
2Roman consacré aux massacres des Arméniens commis en Turquie à la fin du XIXe siècle (ndlr).
3Resurrecting Jane de La Vaudère : Literary Shapeshifter of the Belle Epoque, Pennsylvania State University, 2022.
Pour citer cet entretien féministe, illustré & inédit
@JVaudere, « Conversation autour du livre Perverse ou le roman de Jane », peinture par Frans Minnaert (1929-2011), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 11 mars 2026. URL :
L’Association Apulivre et l’Association Maison Amazigh de Saint-Denis sont organisatrices ce 24 janvier 2026 de la Journée Mondiale de la Culture africaine et afrodescendante, dans les locaux de la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis, en Région parisienne, de 13h à 19h.
Cet événement sera en hommage au chanteur et poète kabyle Lounès Matoub (né le 24 janvier 1956 et assassiné pour ses idées le 25 juin 1998).
Nadia Matoub, veuve de Lounès Matoub, sera la marraine de cette journée culturelle et internationale.
Né le 24 janvier 1956 en Kabylie, Lounès Matoub fut assassiné le 25 juin 1998. Il demeure jusqu'alors une figure artistique contemporaine et africaine majeure de la liberté d’expression, de la poésie et de la lutte pour la dignité. Il mena également des actions en faveur de la laïcité et de sa langue et culture amazighe. C’est à cette date hautement symbolique, celle de sa naissance, qu’est organisée cette année la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante. Un hasard heureux qui nous permet à la fois de créer et de commémorer. Cette rencontre culturelle et citoyenne se veut un espace de réflexion, de transmission et de partage autour de l’héritage artistique et politique de Matoub Lounès, un artiste kabyle, africain et universel, dont la voix continue d’inspirer les combats pour la liberté, la justice et la solidarité.
Une programmation riche et variée sera proposée au public : salon du livre, conférences et lectures poétiques. De très nombreux auteurs, intellectuels et personnalités culturelles seront présents, tous en relation avec l’espace africain international, pris dans la complexité de ses diasporas et de ses influences.
Cette journée sera pour nous telle une ode à la liberté et à la résistance. Un lieu de pensée et d’hospitalité, valeurs fondamentalement nécessaires pour l’humanité contemporaine. L'Afrique comme un horizon d'espoir et de mémoire. Un écho pour toutes les voix du monde.
Alexandra Cretté (texte & photographies), « La Journée Mondiale de la Culture africaine et afrodescendante », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 17 janvier 2026. URL :
Artiste renommé en Suisse, il est né en 1876 à Renan dans le Jura bernois, puis il s’installe avec sa mère à La Chaux-de-Fonds. Dès 1908, il réalise ses premiers collages, puis ses créations non-figuratives avant d’aborder ses chefs-d’œuvre surréalistes et, plus tard, de jouer un rôle prépondérant dans l’art abstrait en Suisse.
Une exposition rétrospective dans la galerie Messmer, qui possède un important fonds de ses toiles et aquarelles, permet de s’immerger dans la beauté d’œuvres éminemment poétiques.
Ses paysages d’hiver confinent vers une épure de lumière où un fin trait noir surligne la blancheur immaculée de la neige.
Peints en 1916, des sapins s’embrasent sous les rayons du soleil, ils s’abstraient d’eux-mêmes dans une clarté qui les transcende. Un arbre, peint dans un champ doré par les blés, semble plongé dans un océan de vagues ocres qui le bercent.
Des roses éblouissantes en bouquets, l’une d’entre elles couchée et esseulée dans l’herbe, des œillets blancs sur fond rose disposés dans un vase sur un meuble aux teintes vertes, font chanter les toiles dans une symphonie de couleurs. On peut lire sous les tableaux cette pensée de Max Liebermann « Farben sind das lächeln der Natur », « Les couleurs sont le sourire de la Nature ».
Ce sourire de la nature, on le pressent dans la série de fruits qu’André Evard décline à l’infini.
Des oranges sur fond bleu, des pommes vertes sur fond rose, des pommes dans une prairie, peintes en 1941 se fondent dans un jeté de lumière irradiant. Une énorme poire verte peinte en 1944 paraît s’échapper de son cadre qui n’est autre que l’écrin de ce fruit sensuel et généreux, prêt à être croqué des yeux !
Pour clore cette fin d’année et pour ouvrir la prochaine, la galerie Messmer nous offre un feu d’artifice de lumière qui dépasse le langage en laissant place aux émotions et à l’indicible. On découvre sur un mur cette citation de Goethe à laquelle on ne peut qu’adhérer « Blumen sprechen dort, wo worte fehlen », « Les fleurs parlent là où les mots manquent ».
Une série de tableaux, que d’aucuns qualifieraient de « natures mortes », et dont l’expression anglaise « stille life » convient beaucoup mieux, évoque cette « vie tranquille » où des cruches et des pommes nous font entrer par le biais de leur simplicité dans un temps immobile empreint d’humilité et de sérénité. Même les oiseaux semblent nous emporter sur leurs ailes jusque dans les nuages où la neige floconne paisiblement en myriades de fleurs féeriques.
André Evard a poursuivi sa quête de lumière et de beauté jusqu’à son décès en 1972, il nous en lègue la quintessence dans une musique silencieuse qui s’égrène dans les notes luminescentes de chacune de ses œuvres dont ses couchers de soleil qui nous font signe depuis l’autre côté de ses toiles.
À noter que l’artiste méconnu, voire inconnu en France aura ses œuvres exposées au musée Powerlong de Shanghai en Chine en 2026 dans le cadre du 150e anniversaire de sa naissance, marquant ainsi sa place incontournable dans l’art mondial.
***
Pour citer ce bémol artistique illustré & inédit
Françoise Urban-Menninger, « Passer l’hiver dans le flamboiement des couleurs du peintre André Evard à la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne », peintures parAndré Evard (1876-1972), photographiées par Claude Menninger, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 7 janvier 2026. URL :
Crédit photo : Portrait photographique de la créatrice « Alfonsina Storni » capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le site Commons.
La mer et la mort occupent une place importante dans la poésie d’Alfonsina Storni.
Atteinte d’un cancer du sein, la journaliste et poète postmoderniste Alfonsina Storni se suicide par la noyade en 1938, à l’âge de 46 ans à Mar de la Plata (Argentine).
Composée par l’auteur-compositeur argentin Ariel Ramírez, avec l’intellectuel et parolier argentin Felix Luna, la chanson ci-dessous a été interprétée par la chanteuse argentine Mercedes Sosa en 1969 et plus tard par la chanteuse chilienne Violeta Parra avant d’être reprise par bien d’autres interprètes de renom.
Alfonsina y El Mar
Por la blanda arena
Que lame el mar
Su pequeña huella
No vuelve más
Un sendero solo
De pena y silencio llegó
Hasta el agua profunda
Un sendero solo
De penas mudas llegó
Hasta la espuma
Sabe Dios qué angustia
Te acompañó
Qué dolores viejos
Calló tu voz
Para recostarte
Arrullada en el canto
De las caracolas marinas
La canción que canta
en el fondo oscuro del mar
La caracola
Te vas Alfonsina
Con tu soledad
¿Qué poemas nuevos
Fuiste a buscar?
Una voz antigua
De viento y de sal
Te requiebra el alma
Y la está llevando
Y te vas hacia allá
Como en sueños
Dormida, Alfonsina,
Vestida de mar
Cinco sirenitas
Te llevarán
Por caminos de algas
Y de coral
Y fosforescentes
Caballos marinos harán
Una ronda a tu lado
Y los habitantes
Del agua van a jugar
Pronto a tu lado
Bájame la lámpara
Un poco más
Déjame que duerma
Nodriza, en paz
Y si llama él
No le digas que estoy, dile que
Alfonsina no vuelve
Y si llama él
No le digas nunca que estoy
Di que me he ido
(Chanson d’Ariel Ramírez et Felix Luna, en hommage à Alsonsina Storni)
Maggy de Coster, « Quand la mer devient la voie du suicide ! une chanson pour la poète argentine Alfonsina Storni ! », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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