1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 16:00

N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Dossiers majeur & mineur | Florilèges  | Astres & animaux / Nature en poésie


 

 

 

 

 

 

 

1,2,3… Ver-t-s pour toi & la terre

 

 

 

 

Poèmes écoféministes par

 

Sandrine Daraut

 

 

​​​​​

Crédit photo : Victoria Dubourg (1840-1926), nature morte, un panier de « Roses ». Peinture tombée dans le domaine public, image capturée par cette revue d'une photographie libre de droits.

 

 

 

À Jennifer Lavallé et George Sand

 

À Aurore

 

George Sand

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

George Sand



 

au cœur du *********

des oasis de poésie1

quelle idée fixe !


 

L’arbre brûle l’idée fixe

Dérèglements climatiques 

Le déni 

Je ne suis pas rigoureuse

J’écris un haïku sur quatre lignes trouées

J’aime les pointillés

Danser sans pas

La tête dans les nuages la note a du sel

Liberté 

J’écris ton nom libéré.e 

 

Poème du présent, le haïku se définit comme un instantané émotionnel – la sensation décrite de façon détachée laissant une part de réflexion au public.

Traditionnellement, les visions exprimées résultent d’une observation environnementale précise, qui fait notamment intervenir un terme relatif aux saisons.

 

en chœur de printemps

la poésie sans IA

notes sakura

 

Le respect de l’environnement est en effet très présent dans l’art de vivre japonais. Des agendas répertorient même les animaux, les coutumes, denrées, expressions et fleurs; sur une année luni-solaire.

  – Six souffles saisonniers ou sekki divisent les quatre saisons annuelles

– Trois ko ou micro-climats fractionnent, à leur tour, chaque sekki.

 

les Batman

elles sont moins malades que nous

protection des forêts

 

Printemps

  • Arrivée du vent d’est
  • Les bouscarles2 quittent les montagnes
  • Remontée des poisson

—---------

  • Pluie
  • Brumes matinales
  • Premiers bourgeons et pousses d’herbe

—---------

  • Retour des insectes
  • Premières fleurs de pêcher
  • Naissance des papillons

—---------

ÉQUINOXE

 

  • Apparition des nids de moineaux
  • Premières fleurs de cerisier3
  • Premiers orages

—---------

  • Retour des hirondelles
  • Vol vers le nord des oies sauvages
  • Apparition des premiers arcs-en-ciel

—---------

  • Les premiers roseaux
  • Dernières gelées et pousses des plants de riz
  • Premières pivoines

—---------

Été

  • Premiers cris des grenouilles
  • Remontée des vers
  • Pousses de bambou

—---------

  • Le ver à soie déguste les feuilles de mûrier
  • Nombreuses fleurs de carthame4
  • Le blé mûr est prêt à être récolté

—---------​​​​​​

  • Sortie des mantes religieuses
  • L’envol des lucioles
  • Les prunes sont jaunes

 

SOLSTICE 

 

  • La fin des fleurs de brunelle5
  • Apparition des iris
  • Arrivée des pousses de pinellies ternées6

—---------​​​​​​​

  • Vent chaud estival
  • Premières fleurs de lotus
  • Les petits faucons commencent à voler

—---------​​​​​​​

  • Premiers fruits de paulownias7
  • Moiteur
  • Parfois de fortes pluies

—---------

Automne​​​​​​​

  • Retour du vent frais
  • Le chant des cigales du soir
  • Arrivée d’un épais brouillard

—---------

  • Premières fleurs de coton
  • Températures plus douces
  • Le riz est mûr

—---------​​​​​​​

  • La rosée blanche
  • Premiers chants des bergeronnettes
  • Migration vers le sud des hirondelles

 

ÉQUINOXE

 

  • La fin du tonnerre
  • Préparation des insectes à l’hibernation
  • Drainage de l’eau des champs cultivés

—---------

  • Retour des oies sauvages
  • Fleurs de chrysanthème
  • Le chant des grillons pour entrer dans les maisons

—----------​​​​​​​

  • Premières gelées
  • Parfois de courtes averses
  • Érables et vignes vierges rougeoient

—----------

Hiver​​​​​​​

  • Premières fleurs de camélia8​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​
  • Début du gel des sols
  • Premières jonquilles et narcisses

—----------

  • Plus d’arcs-en-ciel
  • Vent du nord emportant les dernières feuilles
  • Les mandarines Tachibana9 deviennent oranges

—----------​​​​​​​

  • Températures plus froides
  • Hibernation des ours
  • Remontée des saumons en bancs

 

SOLSTICE 

  • Poussée des brunelles
  • Les cerfs n’ont plus de bois
  • Poussée du blé sous la neige​​​​​​​

 

—----------

  • Le céleri japonais (persil seri) foisonne
  • Les sources coulent de nouveau
  • Premiers cris des faisans

—----------

  • Premiers bourgeons des
  • pétasites du Japon10
  • En montagne, les cours d’eau
  • sont recouverts d’une épaisse couche glacée
  • Les poules recommencent à pondre​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​

 

 

canicule au printemps 

les glaciers fondent à vue d’œil

soupirs du vent


 

les figues sont vertes

mon risotto estival

à fleur de courgette 

 

Le haïjin11 japonais est, partant, aux premières loges pour éprouver le réchauffement climatique. Indirectement, il peut donc donner à voir quant aux bouleversements environnementaux associés – toujours dans le registre du constat allusif. De fait, la mécanique de composition – plus que jamais entachée d’incertitude – s’en trouvera sans doute modifiée, au profit de l’usage d’un vocabulaire plus courant. Le pouvoir de suggestion de ce petit poème ne pourra cependant que s’en trouver renforcé dans le cadre de la transmission, et de l’expression d’une fugacité, d’une vulnérabilité de cette Nature qui nous nourrit. 

 

Dans ce rapport au réel, la contradiction entre l’aspect codifié du haïku traditionnel et les dérives du capitalisme, de l’industrialisation à tout-va – dégradant le milieu de vie – peut aussi se trouver traduite dans la césure (ou kireji). Ce vocable, en japonais, renvoie à quatre catégories d’émotions;

– L’étonnement, la surprise

– L’exagération 

– La mélancolie, le recul 

– L’interrogation, le questionnement 

 

 

 

le dernier haïku 

abeilles et fleurs à foison

le jour d’avant


 

les cigales en boucle 

cri couvert des mûres brûlées 

haie es-tu là ?

 

Aussi, guidée par la seule émotion, la juxtaposition irrationnelle d’évocations du réel peut permettre de mieux accepter une situation environnementale anxiogène, en se reconnectant à la Nature, ici et maintenant, tout en considérant ces aspects socioculturels comme étant aussi importants que tout élément budgétaire…

 

En consignant ses observations, en se concentrant sur tel ou tel ressenti sensoriel (en plein air), vous vous reconnectez à vous-même. En ralentissant, en posant vos couverts par exemple, pour vous concentrer sur l’essentiel de ce qui vous entoure à l’instant t, vous vous recentrez sur vos cinq sens. Dans la détente, comme en prenant le temps de mastiquer, la prise de conscience qu’il est nécessaire de prêter attention et d’écouter son inspiration constitue, dès lors, un préambule du passage à l’acte.


 

12Margarita (Notes de fond; tequila+cointreau)

Marcher en crabe (Notes de coeur; citron vert+rose)

En voie d’esquive (Notes de fond; marée+algues) (Notes de tête; encre)

Reste p(l)age blanche (Notes de fond; désinfectant)13

Et pour véritablement s’en persuader, pourquoi ne pas physiquement se remplir (également les poumons) de ce moment poétique de vie, de ce fragment d’accueil –intuitif et simple - de notre présence et représentation face à l’existant ? 

Je vous suggère consécutivement de prendre part à l’expérience suivante.

Fermez les yeux – ou pas –pour vous connecter à votre ressenti du moment. Comment vous sentez-vous dans l’espace, au niveau de vos points d’appui,...?

 

À présent, accueillez la présence de votre respiration – comme si c’était pour vous la première fois. Prêtez aussi attention au rythme de cette respiration, à son amplitude. Ressentez le trajet de l’air qui entre, puis qui sort de votre corps. Considérez la température de votre respiration, sa composition, peut-être son odeur… 

Portez votre attention sur vos sensations à l’inspiration, puis à l’expiration. Peut-être ressentez-vous de la chaleur, des fourmillements…? Cela se produit-il dans une partie de votre corps en particulier ?...

 

Maintenant, posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Vous respirez ainsi comme vous en avez l’habitude. Ressentez-vous un mouvement au niveau de vos mains ? Si oui, vos mains bougent-elles de la même façon? …

Désormais, prenez le temps de respirer profondément en vous concentrant sur vos sensations corporelles en ce moment. Vous pouvez renouveler cette respiration profonde en essayant d’accueillir les impressions agréables voire positives que vous procure cette prise de conscience. 

Vous inspirez donc toujours profondément puis, vous retenez l’air pendant quelques instants pour dire, en une expiration, le haïku suivant ; 

Voie des sables cheveux au vent 

coquillages et mots valsent

un haïku 

 

Vous accueillez l’émotion correspondant aux sens que vous pouvez associer à  cette première lecture. Vous pouvez renouveler l’expérience, toujours après avoir inspiré profondément, vous redites en un souffle…

 

Voie des sables cheveux au vent 

coquillages et mots valsent

un haïku 

 

Vous pouvez réfléchir à une seconde signification pour vous. À chaque nouvelle inspiration, les images, les sensations que vous associez à ce tercet se précisent. 

Vous respirez toujours profondément et vous sentez vos muscles se relâcher progressivement. Peu à peu l’apaisement gagne tout votre corps.

Et tout doucement, vous pouvez à présent revenir à une respiration plus libre et habituelle pour vous. Prenez encore le temps de profiter des perceptions, des sentiments… Laissez toutes ces sensations s’installer en vous et à leur tour vous inspirer ; peut-être jusqu’à vous donner l’envie d’écrire des haïkus, à votre tour…

Prenez le temps d’accueillir et de ressentir profondément le positif qui se dégage de votre corps et de votre esprit. Dégustez profondément ce ressenti pour qu’il vous accompagne le plus longtemps possible…

 

 

© Sandrine Daraut

 

 

 

Notes

 

1. Edgar Morin, 2023, POESIS.

2. Petit passereau semblable à la fauvette.

3. Les cerisiers ornementaux en fleur  sont appelés sakuras au Japon.

4. Assez proches des chardons, les pigments colorés sont utilisés pour la teinture.

5. Appartenant au genre Prunella, ce sont des plantes herbacées vivaces, qui se trouvent autant en Asie qu’en Europe.

6. Originaire de Chine, cette plante médicinale est indiquée pour décongestionner les voies respiratoires, pour lutter contre les flatulences intestinales et contre les nausées ou vomissements.

7. En raison de sa croissance rapide, cet arbre d’ornement peut présenter un intérêt écologique de par une forte absorption de CO2.

8. Originaire d’Asie méridionale de l’Est – depuis l’Himalaya – et d’Asie orientale, ce genre comprenant près de 400 espèces, est aussi présent en Indonésie et au Japon.

9. L’espèce, originaire de Chine, a été introduite au Japon, aux alentours du premier siècle avant J-C. Agrume du genre Citrus, en japonais Tachibana タチバナ, ヤマトタチバナ,ニッポンタチバナ (Tachibana, yamatotachibana, nippontachibana) , en chinois 立花橘 (Lìhuā jú), en coréen 향산감귤 (hyangsang am gyul) Mandarines Hyangsan aussi 홍 굴 (hong gul) ou mandarine rouge.

10. Les jeunes pousses et les bourgeons floraux sont consommés comme « légumes sauvages ».

11. Les poètes écrivant des haïkus sont appelés haijin ou haïkiste.

12. Haïku librement inspiré de L’invention de la mer, Laure Limongi, Le Tripode, 2025.

13. « Les notes de fond désignent la basse continue, pourrait-on dire pour utiliser une métaphore musicale. Elles sont tenaces et structurantes. » (L’invention de la mer, p. 178).

​​​​​​​« Les notes de cœur apportent de la rondeur et du dialogue avec les autres notes, tout en participant de l’aspect évolutif d’une fragrance. » (ibid., p. 178).

« Enfin, les notes de tête sont les premières qui apparaissent, volatiles voire facétieuses, étonnantes ou émouvantes, rassurantes ou inquiétantes, en tout cas fugaces et à interpréter selon l’architecture qui les soutient. » (ibidem., p. 178).

***

  

Pour citer cet ensemble écopoétique, engagé, illustré & inédit

 

Sandrine Daraut, « 1,2,3… Ver-t-s pour toi et la terre », peinture par Victoria Dubourg (1840-1926), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2026 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1er Volet, mis en ligne le 1er octobre 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noiii/sdaraut-ver-t-s

 

 

 

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 11:39

N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Dossier Mineur | Articles & témoignages | Nature en poésie / Astres & animaux

 

 


 

 

À propos de

Ce que l'univers murmure 

de Didier Aubourg

 

 

 

 

 

Critique & image par

 

Armelle Aellen


Auteure, chroniqueuse, responsable de collection & membre de

 

la SGDL, Chartre des auteurs, illustrateurs jeunesse & de la SOFIA


 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de poèmes intitulé « Ce que l'univers murmure » de Didier Aubourg.

 

 

 

Que reste-t-il d'une âme quand sa lumière nous atteint encore : un signal du passé, une présence ?

Cette lecture s'en tient à l'architecture du recueil : la poésie, c'est au lecteur de la découvrir.

 

Dès la dédicace, s'installe un métronome de la disparition, qui marque le tempo du recueil. La mort est évoquée sans que le mot soit prononcé, dans un langage d'astronome : « Comme une étoile dont l'éclat nous atteint encore ». L'image repose sur un fait physique : la lumière d'une étoile peut nous parvenir longtemps après que sa source s'est éteinte. Le recueil se referme, lui, sur une formulation directe : « au-delà de ma propre mort ».

Ces poèmes consacrés à la cosmologie se lisent alors comme un détour avant d'arriver à ce fameux mot que la dédicace évite. Le cosmos n'est pas seulement le sujet du recueil : il devient une manière de penser et de traverser le deuil.

Le sommaire est tout aussi parlant. La fin , de « Le Sourire sur la Plage » à « À toi qui m'as vu arrivé et que j'ai vu partir », forge une progression que jalonnent « Refuge entre deux mondes », « La Traversée », « Dissolution » et « Le Cercle de Lumière ». C'est une véritable séquence de passage. La plage du sourire semble rejoindre celle du dernier poème, où l'on lit « Toi qui es revenue un jour sur une plage ». Ce dernier poème occupe une place particulière en faisant entendre explicitement une relation entre le « je » et le « tu ».

Les illustrations des cinq parties accompagnent une disparition progressive : une explosion d'encre, un tronc et ses racines, deux silhouettes, des arches en ruine, une silhouette seule, de dos, qui s'efface. La progression visuelle va de la matière et de la dispersion vers la figure humaine, puis de deux silhouettes vers une seule, jusqu'à l'effacement.

Le cosmos devient signal, et le vocabulaire de la transmission n'a rien d'étonnant chez Didier Aubourg, ingénieur, dont c'est le premier recueil poétique publié. Plusieurs titres de poèmes appartiennent à ce vocabulaire : « Transmissions Stellaires », « Le Souffle Messager », « Écho d'un battement ».

Cette dimension technique ouvre une autre lecture du « murmure de l'univers ». En télécommunication, le signal est inséparable du bruit de fond. Le fond diffus cosmologique, le plus ancien rayonnement de l'univers, a été détecté en 1964-1965 par les radioastronomes Arno Penzias et Robert Wilson, aux Bell Labs, qui cherchaient à comprendre un bruit parasite capté par leur antenne. Le titre du recueil s'entend alors à deux niveaux : comme métaphore poétique et comme évocation d'une écoute technique du cosmos.

Une tension traverse les parties : le titre évoque le murmure, tandis que le silence s'installe dès la Partie III (« Les Silences du Cœur ») avant de devenir le titre entier de la Partie V (« Quand tout devient Silence »). « Le Cercle de Lumière » conserve pourtant les deux notions : « s'embrassent en silence », « écho d'un murmure ».

Dans ce poème, le vers « Le cercle s'efface, et pourtant tout commence » marque, à mes yeux, une bascule. Il contredit le « cercle parfait » évoqué deux strophes plus haut : le cercle n'est plus seulement une figure d'ordre et de retour, il peut disparaître. Le poème cesse alors de développer son imaginaire cosmologique et devient un chant de deuil. La disparition transforme le sens du cercle.

En somme, ce recueil, dédié « À ma mère », parle de disparition avec les mots du ciel : c'est une cosmologie du deuil. Le cosmos n'y est pas seulement un univers à décrire, il devient un langage pour penser la disparition, la transmission et ce qui subsiste après l'effacement. Les motifs scientifiques cessent d'être de simples images et entrent en tension avec l'expérience intime : c'est là que la poésie prend le relais de la cosmologie.

Il reste à ouvrir le recueil, à traverser ses cinq parties, de « Ce que le Vide Contient » jusqu'à l'adresse finale, et à découvrir ce que l'univers y murmure.

 

© Armelle Aellen Dupiat

 

***

  

Pour citer ce texte, illustré & inédit

 

Armelle Aellen, (texte & photographie), « À propos de Ce que l'univers murmure de Didier Aubourg », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2026 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1er Volet, mis en ligne le 30 septembre 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noiii/aa-da-cequeluniversmurmure

 

 

 

 

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29 septembre 2026 2 29 /09 /septembre /2026 17:00

N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Dossier Mineur | Articles & témoignages

 

 

 


 

 

écrire ces mots, poèmes de

Chantal Nicolas Charpenet, recueil

publié aux éditions Astérion

 

 

 

 

 

Critique & images par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

© Crédit photo : Portrait de l’autrice Chantal Nicolas Charpenet.

 

 

Volontairement simple mais pas simpliste, écrire ces mots, sans majuscule, renvoie aux petits plaisirs et grands bonheurs, le temps qui passe, selon le sous-titre de ce recueil, que signe Chantal Nicolas Charpenet qui nous invite à partager des instants de vie à l’aune d’une poésie authentique car profondément et charnellement vécue.

 

Chantal Nicolas Charpenet, née en 1945 à Paris, a suivi des études de Lettres Supérieures, puis est sortie diplômée de Sciences Po en 1966 ; elle a publié plusieurs ouvrages, notamment Maisons d’enfance et autres lieux ou encore Rencontres avec chiens dans le parc de l’Orangerie. Les titres témoignent des liens que l’autrice s’emploie à tisser avec autrui ou à retisser avec les réminiscences de son enfance car écrire, dit-elle « c’est se découvrir soi-même ».

 

 

© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger,  Première & quatrième de couverture illustrée de l’œuvre « écrire ces mots ». Poèmes de Chantal Nicolas Charpenet, recueil publié aux éditions Astérion.

 

 

Généreuse, la poète rêve d’ouvrir les portes d’une maison dans le midi où, s’écrie-t-elle « J’écrirais fenêtres ouvertes,  / Le cœur ouvert ».

Car c’est bien une ouverture d’âme et d’esprit qui caractérise Chantal Nicolas Charpenet, issue d’une famille de huit enfants. C’est dans une vie riche en voyages et expériences personnelles qu’elle puise son inspiration.

Au diapason de la nature qu’elle encense elle s’exclame « C’est le soleil qui entre dans les cœurs » ! Quant à L’instant magique, c’est celui de l’amour qu’elle éternise

«  Qu’importe notre âge / Nous avons bon visage / Et le corps et le cœur / En plein accord ».

 

Outre, l’écriture dont elle a fait son métier en tant que journaliste d’entreprise à Paris, l’autrice fut chargée de mission académique à l’égalité des chances entre filles et garçons. On retrouve l’esprit d’une femme libre, empreint d’humour mais aussi de résilience quand elle nous confie « Je cours vers mon amour, / Ou je l’attends qui accourt, / Quand j’ai un amour » .

La nostalgie devient parfois cette Ombre légère qui plane dans ses songes, celle d’un rêve récurrent, celui d’un homme qui tombe du cerisier devant sa fenêtre …

 

Ce petit livre que l’on lit d’un trait et reprend page après page pour en apprécier les fragments de vie déposés sur les pages d’un cahier nous donnent à goûter la saveur de mots choisis au charme intemporel  « Parfois la flamme jaillit / Sur un cahier j’écris / La braise devient cri/ Et les vers poésie. » Et même si le temps passe trop vite, l’écriture est le lieu où l’autrice renaît, c’est le fil rouge de sa vie « Quand je suis heureuse, je vis, / Quand je suis malheureuse, je survis, / Entre les deux, j’écris ; /  

Enfin, m’en vient l’envie. »

 

© Françoise Urban-Menninger

***

  

Pour citer ce texte, illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, (texte & photos), « écrire ces mots, poèmes de Chantal Nicolas Charpenet, recueil publié aux éditions Astérion », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2026 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1er Volet, mis en ligne le 29 septembre 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noiii/fum-cnc-ecrirecesmots

 

 

 

 

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 07:01

N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Dossier mineur | Florilège | Nature en poésie | Voix-Voies de la sororité | Revue poépolitique & ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques

 

 

 


 

 

Entre deux abîmes, Elle est seule... & Un avenir qui n'existe pas

 

 

 

Poèmes engagés par

 

Saghi Farahmandpour

 

Poétesse, autrice francophone, traductrice,

interprète & docteure en langue & littérature française

 

 

 

Crédit photo : Aurore de Lafond de Fénion, « Fleurette à la fontaine de la Garenne ». Peinture tombée dans le domaine public, image capturée par LPpdm d'une photographie libre de droits.

​​​​

 

 

Entre deux abîmes

 

 

Dans le désert extra-muros de la cité

Entre deux abîmes profonds

Lorsque les lambeaux de lumière lunaire suintèrent furtivement et mélodieusement 

À travers les barreaux de la cellule et ceux de la folie

Dans la petite pièce moite plongée dans les ténèbres 

Elle posa

Pour un court instant

Son regard sur les écrits confus illisibles

Sur les noms inconnus gravés sur le mur

Une vieille douleur 

Jaillissant des lettres gribouillées, résonna en elle 

Et des gémissements plaintifs, tel des poignards

S’abattirent sur son corps couvert d’ecchymoses

La résonance d'une goutte d'eau 

Tombant sur le sol froid et noir de la pièce

Repoussa la clarté fragmentée de la lune

Elle aussi, comme des milliers d'autres femmes disparues 

Au fond de l'abîme fatal 

Griffonna son nom 

Sur le mur humide 

Et, laissée dans l’angoisse de sa claustration amère

Se noya dans son propre sang. 


 


 

Elle est seule...

 

 

Elle est seule…

Elle contemple un ciel qu'elle n'a jamais vu

Elle est plongée dans le grondement des vagues déferlantes des mers 

Dans les notes cristallines et harmonieuses d'une nature colorée qu'elle n'a jamais entendue ;

Elle est seule…

Dans le ciel de sa maison

L’étoile scintillante du matin 

Sous les ailes rouges du crépuscule

Ne sème pas de graines argentées 

Le soleil 

A rassemblé ses rayons lumineux en désordre dans le bol d’argent de la lune

La lumière 

Derrière les vitres poudreuses de chez elle

N’apparaît que dans un coin caché du ciel ;

Elle est seule…

Elle erre à la recherche de la clarté 

À côté de la mèche d'une bougie 

Qui s'est consumée jusqu'au bout derrière la fenêtre grillée de la maison ;

Elle est seule…

Elle effleure les poussières dorées de lumière qui, emportées par la joie, dansent dans l’air

Elle dessine le reflet bleu du ciel éclatant 

Avec ses cheveux lisses et flottants sur ses épaules blanches et nues

Elle, les lèvres entrouvertes, chante une étrange chanson de libération

Elle se serre étroitement contre elle-même 

Et caresse doucement à maintes et maintes reprises son corps solitaire de ses mains froides.

 


 

Un avenir qui n'existe pas

 

 

L'écho sourd de mon soupir

Vacille

Chaque jour

Sous les épaules frêles des hautes falaises

Entre les mains habiles du destin

Au cœur du ciel imbibé de sang qui provoque des tempêtes

Il tourne

Chaque jour

Autour des cris perçants et déchirants des corps non ensevelis

Parmi d'innombrables photos encadrées récemment brisées

À côté des genoux d'une mère assise par terre, qui effeuille les fleurs une à une 

Près des sanglots séchés d’un père familier

L'écho de mon soupir fébrile

Craint 

Chaque jour

La clameur immense, la terreur flagrante des yeux ridés

Et l’incertitude d’un avenir qui n'existe pas

Un avenir dont j'ignore à qui il est destiné.




© Saghi Farahmandpour

—————

  

Pour citer ces poèmes Poèmes féministes, inédits & illustrés

 

Saghi Farahmandpour, « Entre deux abîmes »,  « Elle est seule...» & « Un avenir qui n'existe pas », peinture par Aurore de Lafond de Fénion, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2026 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1er Volet & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 25 septembre 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noiii/sf-seule

 

 

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:40

Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges

 

 

 

 

 

 

 

Héritage invisible

 

 

 

 

 

 

Poème historique, réaliste & vécue par

 

Nina Lem

 


 

© Crédit photo : Nina Lem, Arrière Grand-mère de la poétesse avec sa maman,  image de ses archives personnelles.

 

 

 

Ma petite mamie est née en 1932, d’un père algérien et d’une mère française.
Elle portait en elle deux terres, deux lumières. Enfant, elle était belle, avec ses cheveux bouclés, sa peau mate et ce regard profond qui semblait déjà contenir beaucoup.

Elle a grandi à Bordeaux, puis, devenue femme, elle a suivi son mari, militaire, jusqu’à Mascara, dans le nord-ouest de l’Algérie, loin des côtes, au temps de l’Algérie française.

Là-bas, elle a vécu un conte de fées.

Une vie aisée, presque irréelle. Une maison, du personnel, une existence douce où elle se sentait comme une princesse. Trois enfants sont nés de cet amour.

Puis la guerre est venue briser ce monde.

Pour la protéger, son mari l’a fait partir avant l’indépendance, avec leurs enfants. Il lui a promis de la rejoindre à la fin de la guerre. Il lui a acheté une propriété dans le Médoc, en Gironde, et lui envoyait de quoi vivre.

Mais il n’est jamais revenu.

Tué pendant la guerre, il a laissé derrière lui une femme seule, avec trois enfants et un double deuil à porter : celui de l’homme qu’elle aimait, et celui de Mascara, cette ville où elle avait connu le bonheur.

Quelques années plus tard, elle a rencontré mon grand-père, celui qu’elle appelait « le chat botté ». Peut-être parce qu’il savait user de ruse… ou de tromperie.

Sa vie a basculé une seconde fois.

De femme fortunée, elle est devenue une mère soumise, battue, contrainte de travailler pour élever cinq enfants, dont celui qui deviendrait mon père.

Peu à peu, la femme coquette et apprêtée s’est effacée. À sa place, une mélancolie silencieuse s’est installée, une tristesse discrète qui ne l’a jamais vraiment quittée.

 

© Crédit photo : Nina Lem, des ancêtres de la poétesse,  image de ses archives personnelles.

 

Sa foi est devenue son refuge. Chaque jour, elle priait, avec cette patience obstinée de celles qui continuent d’espérer.

Puis je suis née, en 1981.

Et dans sa vie, une lumière s’est rallumée.

J’étais « sa petite ».

Elle m’a élevée pendant deux ans et demi, aux côtés de mes parents qui vivaient chez elle. Elle était l’amour inconditionnel. Elle m’a donné tant d’amour… et c’est la seule personne que j’aie connue qui aimait les autres avec une telle évidence.

Elle ne s’est jamais fâchée ni n’a élevé la voix.

Une douceur constante l’accompagnait, quelles que soient les épreuves.

Elle détestait le mal.

Elle aimait profondément les animaux, tous ceux que l’on abandonne, qu’elle recueillait comme elle recueillait les êtres.

Avec elle, je me sentais en sécurité. Aimée, entièrement.

Je passais mes vacances chez elle toute mon enfance.

Je grandissais avec elle sans savoir que quelque chose, déjà, se transmettait en silence. Pas des mots, pas des leçons. Mais une manière d’être au monde.

Elle parlait peu d’elle-même. Pourtant, l’Algérie était partout, sans jamais être vraiment nommée. Elle apparaissait dans les odeurs, dans les recettes, dans des gestes simples venus d’ailleurs.

La fleur d’oranger n’était pas seulement une senteur. C’était une présence. Aujourd’hui encore, il suffit que je la croise pour que tout revienne, sans effort, comme si elle ouvrait une porte invisible.

Il y avait aussi les gâteaux à la figue, les crêpes aux pommes, les plats improvisés avec les restes de la veille. Une cuisine de transmission, où rien ne se perdait, où tout devenait tendresse.

Je n’ai jamais appris ces recettes. Je les ai absorbées.

Je me souviens de la machine à coudre Singer. J’aimais jouer avec la pédale, sentir le rythme sous mon pied, comme si quelque chose de vivant répondait à mes gestes.

Il y avait aussi le piano orgue, ses sons un peu étranges, un peu magiques, qui remplissaient la maison.

Et puis les siestes avec elle, entourée des animaux. Ils étaient toujours là, au pied du lit, comme une présence tranquille. Je m’endormais dans cette chaleur mêlée de souffle, de silence et de vie.

Elle avait une manière d’aimer qui ne ressemblait à aucune autre.

Sans démonstration excessive. Sans attente. Sans condition.

À ses côtés, le monde paraissait toujours un peu plus stable, comme protégé.

Elle avait pourtant traversé des vies entières. Des pertes. Des ruptures. Des renaissances aussi.

Mais rien de tout cela ne transparaissait dans sa manière d’être avec moi.

Je me souviens de la grande statue de la Sainte Vierge, comme à Lourdes. Sa présence faisait partie du quotidien, silencieuse et familière. C’est dans cette atmosphère, au fil des jours, qu’elle m’a appris mes premières prières.

Je me souviens des mercredis après le catéchisme.

Elle m’attendait avec des douceurs, comme si chaque retour méritait une fête silencieuse. Il y avait toujours quelque chose de sucré, caché, prêt à être offert.

Je me souviens aussi du magasin, de la caisse, et de ces gestes qu’elle avait pour les autres, sans jamais compter.

Le cimetière faisait partie de nos promenades.

Elle y déposait des fleurs avec une régularité presque rituelle. Et moi, enfant, je regardais ces tombes inégales, certaines fleuries, d’autres non. Je ne comprenais pas pourquoi certaines semblaient oubliées.

Alors je rééquilibrais.

Sans savoir que ce geste disait déjà quelque chose de moi.

Il reste aujourd’hui quelque chose qui ne s’explique pas vraiment.

Pas une absence.

Plutôt une continuité.

Comme si ce qu’elle m’a transmis n’avait plus besoin d’elle pour continuer d’exister.

Dans certains parfums.
Dans certaines saveurs.
Dans certaines façons d’aimer sans bruit.

Et parfois, sans prévenir, j’ai encore l’impression qu’elle est là.
Pas dans un souvenir précis.
Mais dans une manière plus douce de tenir le monde.
Elle continue de vivre à travers moi. Et c’est ainsi que je l’aime encore.

Nina Lem

 

 

***​​​​​​

  

Pour citer ce témoignage poétique, engagé, illustré & inédit

 

Nina Lem (poème & images), « Héritage invisible », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE », mis en ligne le 12 mai 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/megalesia26/2026noii/nl-heritageinvisible

 

 

 

 

 

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