27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 17:33

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

À Sète, au festival

 

 

« Voix vives » édition 2025*

 

 

 

 

 

Témoignage & images par

 

Amel Boudali

 

 

 

 

© Crédit photo : Amel Boudali en mode lecture avec Isaac Alonso Araque, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

 

J'ai eu cette année le bonheur d'être conviée au festival de poésie Voix Vives de Méditerranée qui s'est déroulé du 18 au 26 juillet dans la belle ville de Sète. Maïthé Vallès-Bled, directrice de ce festival accompagnée de toute une équipe de poètes et artistes animateurs des rencontres ainsi que de très nombreux bénévoles dévoués à cet événement, orchestre chaque année cette grande fête de la poésie.

 

© Crédit photo : Crac Poétique, poésie et performance avec Capitaine Alexandre. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les rencontres se déroulent au cœur de la ville en plein air : rues, parc, cafés, cours d'immeuble, patios, médiathèques etc. plus de 70000 spectateurs assistent gratuitement à des lectures de poèmes, des rencontres entre poètes et artistes, musiciens et conteurs. 

 

J'ai pu ainsi présenter mon recueil Mers à paraître à la rentrée 2025 aux éditions LansKine. 

 

​​​​​© Crédits photos : Première & quatrième de couverture illustrée de l’œuvre de Amel BOUDALI « Mers » aux éditions LansKine 2025. Images fournies par Hanen Marouani.

 

Chaque jour, j'ai eu la joie de partager mes poèmes avec un public attentif et bienveillant lors de lectures / rencontres avec les poètes et poétesses, ou de moments plus intimistes comme les ateliers d'écriture partagés avec les lecteurs. Lire des poèmes demeure l'une de mes plus grandes réjouissances : depuis l'enfance (ce sont des souvenirs heureux de ma petite enfance où mon père aimait à nous lire les grands poètes Hugo, Rutebeuf, Mahmoud Darwich, Nazim Hikmet etc.), j'aime prendre le temps de faire résonner les textes, de ménager les silences nécessaires à la poésie, de ne pas imposer aux auditeurs mes émotions mais tenter de créer un espace partagé entre le spectateur et moi pour que le texte respire.

 

© Crédit photo : Sous un même ciel avec Sapho. à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Ma lecture en barque sur le canal royal demeure un moment fort : lire des poèmes de mon recueil Mers in situ, si je puis dire, a amplifié les sensations et j'ai mis du temps pour revenir à quai. Et quelle joie de reconnaître au fil de ces rencontres des visages déjà entraperçus ! Une sorte de connivence et de profonde empathie se noue au cours de ces instants. Ces moments sont précieux car ils déjouent le poncif sur le caractère élitiste de la poésie. Les événements poétiques se déroulent au cœur de la ville et le désir de poésie est grand, comme en témoigne la présence constante du public.

 

© Crédit photo : Lecture de Samer Abou Hawwesh, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les échanges avec les lecteurs et lectrices sont riches d'émotions et de surprises et, en tant que poète ou poétesse, on assiste ému-e-s à la réception de ses œuvres, qui ne nous appartiennent déjà plus tout à fait. 

 

Au cours de cette semaine, 70 poètes et poétesses prennent la parole. Leurs voix résonnent aux quatre coins de la ville et il suffit de déambuler dans les rues avec le programme en main pour découvrir Samer Abou Hawwesh, grande voix palestinienne, Maïsse Alrim Kharfoul de Syrie ou encore Nassuf Djailani, de Mayotte, entre autres. C'est une source inépuisable d'inspirations et l'on se nourrit profondément à l'écoute de telles voix. J'ai été particulièrement touchée par la poésie solaire et révoltée d'Alicia Es. Martinez Juan, poétesse espagnole, mais également la délicate poésie de Jean le Boël ou le slam habité du Capitaine Alexandre. 

 

© Crédit photo : Soirée de clôture du festival en compagnie du poète Michel Dunand et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Cette manifestation ouvre grand sa scène aux poétesses de Méditerranée et d'ailleurs. Que ce soit dans les thématiques ou les sensibilités, une palette riche et nuancée de voix s'exprime dans toute sa diversité. D'autres regards portés sur le monde, la politique ou l'amour émergent de ces voix singulières : Sanja Bakovic, Gonca Ozmen, Claire Lajus, Christine de Calmy ou encore Céline de Saër, Assala Lamaa, Aurélie Allexandre d'Albronn, Isabelle Junca et tant d'autres.

 

© Crédit photo : voix féminines : avec les poétesses Maïté Soler, Gonca Ozmer, Sanja Bakovic et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

* Ces quelques réflexions autour de l'expérience si enrichissante du festival de Sète de la poétesse franco-algérienne Amel Boudali sont un bref témoignage donné suite à des questions qui lui ont été posées par la rédactrice Hanen Marouani des revues poéféministes Le Pan Poétique Des Muses & Orientales.

 

—————

Pour citer ce témoignage illustré & inédit

 

Amel Boudali (texte & images), « À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/ab-voixvives

 

 

 

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25 novembre 2025 2 25 /11 /novembre /2025 18:52

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Annonces diverses / Avis de parution

 

 

 

 

 

 

À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie & de création artistique »

 

 

​​​​​© Crédit photo : Couverture illustrée de l’ouvrage  « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique » par Mohamed Bouhouch, image fournie par l’artiste suisse romande Nicole Coppey.

 

Le Pan Poétique Des Muses a la joie de vous annoncer la parution prochaine de l'œuvre dédiée à la créatrice romande Nicole Coppey intitulée « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique » par Mohamed Bouhouch. Nous publions ici ses première et quatrième de couverture en avant-première :

 

 

​​​​​© Crédits photos : Première & quatrième de couverture illustrée de l’ouvrage  « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique » par Mohamed Bouhouch, images fournies par l’artiste.

 

 

À consulter aussi le site officiel de l’artiste : http://www.123musique.ch/nicolecoppey/

***

Pour citer cet avis de parution illustré & inédit

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 25 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/lppdm-aparaitre

 

 

 

 

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19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 16:41

Biographie & publications disponibles numériquement

 

 

 

 

 

 

 

Mariela CORDERO

 

 

 

Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle,

conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie

& coordinatrice des sections #PoesíaVenezolana & 

#PoesíaMundial dans la Revue Poesía Poémame.

 

 

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de l’autrice Mariela Cordero, août 2025.​​​​​​​

 

 

 

 

Née à Valencia au Venezuela en 1985 Mariela CORDERO est avocate, poète, écrivaine, traductrice et artiste visuelle. Sa poésie a été publiée dans diverses anthologies internationales. Elle a reçu plusieurs distinctions, parmi lesquelles : le Troisième Prix de Poésie Alejandra Pizarnik (Argentine, 2014) ; le Premier Prix du II Concours Ibéro-américain de Poésie Euler Granda (Équateur, 2015) ; le Deuxième Prix de Poésie du Concours Littéraire International Bilingue Tracceperlameta Edizioni (Italie, 2015) ; le Prix Micropoèmes en espagnol du IIIème concours TRANSPalabr@RTE (2015) ; la Première Place au Concours International de Poésie #AniversarioPoetasHispanos, mention qualité littéraire (Espagne, 2016) ; Finaliste du Prix International de Poésie Aco Karamanow (Macédoine, 2022) ; le Prix Mondial César Vallejo pour l'Excellence Littéraire (2023) ; le Prix International Sahitto pour l'Excellence Littéraire (2023) ; et le Prix Littéraire Naji Naaman (Liban, 2025). Ses recueils de poèmes publiés incluent : El cuerpo de la duda (Editorial Publicarte, Caracas, Venezuela, 2013) ; Transfigurar es un país que amas (Editorial Dos Islas, Miami, États-Unis, 2020) ; et La larga noche de las jaurías (Editorial Nautilus, Espagne, 2023). Elle a participé à plusieurs rencontres et festivals littéraires internationaux, tels que : The Princeton Festival (États-Unis), le Festival Internacional de Poesía Parque Chas (Argentine), le Festival International Bitola Memoria Literaria, le Festival Internacional de Poesía Xochimilco (Mexique), le X Festival Ibéro-américain de Fusagasugá (Colombie, 2023), et le Festival Mondial de Poésie de Kaohsiung (Taïwan). Ses poèmes ont été traduits en hindi, tchèque, estonien, serbe, shona, ouzbek, roumain, macédonien, coréen, hébreu, bengali, anglais, arabe, chinois, russe et polonais.

Actuellement, elle est conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie de Corée du Sud et coordonne les sections #PoesíaVenezolana et #PoesíaMundial dans la Revue Poesía Poémame (Espagne).

 

Ses publications disponibles numériquement sur ce site :​​​​​

​​​​​​

Voir aussi

 

 

Mariela CORDERO

 

 

 

 

Page individuelle créée le 19 novembre 2025 et en cours de construction.

Dernière actualisation : le 1er décembre 2025.

 

 

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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 15:27

Événements poétiques | Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles

 

 

 

 

​​​​​​​

 

 

 

Adieu d'une petite fille à l'école

 

​​​​​

 

 

Poème par

Marceline Desbordes-Valmore  (1786-1859)

 

Poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni

 

Peinture par

 

Mary Cassatt (1844-1926)

 

 

Crédit photo : Mary Cassatt (1844-1926), « Augusta Reading to Her Daughter » (1910),  peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran de l’image libre de droits du Web.

 

Adieu d'une petite fille à l'école

 

Mon cœur battait à peine, et vous l'avez formé ;

Vos mains ont dénoué le fil de ma pensée,

Madame ! et votre image est à jamais tracée

Sur les jours de l'enfant que vous avez aimé !

 

Si le bonheur m'attend, ce sera votre ouvrage ;

Vos soins l'auront semé sur mon doux avenir ;

Et si pour m'éprouver mon sort couve un orage,

Votre jeune roseau cherchera du courage,

Madame ! en s'appuyant sur votre souvenir !

 

 

Référence livresque

 

Le poème transcrit ci-haut provient du recueil de poèmes de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les Poésies de l'enfance, [par Mme Desbordes-Valmore, Troisième édition revue et augmentée], Paris, GARNIER Frères, Libraires-Éditeurs (6, Rue Des Saints-Pères, et Palais-Royal, 215), 1876. [Publié par Ath. Mourier, avec une préface de MM. P. et H. Valmore.] 2e édition.... 1876, p. 56 La source livresque citée appartient au domaine public et elle est consultable par l'intermédiaire du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

***

Pour citer ce poème illustré

 

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), « Adieu d'une petite fille à l'école », peinture par Mary Cassatt (1844-1926), poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les Poésies de l'enfance [...] (1876), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2025 | « Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles », mis en ligne le 15 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/11octobre25/mdv-adieu

 

 

 

 

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14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 19:00

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort ante mortem

 

 

 

 

 

Article & photographies par

 

Colette Mauri

 

Docteure en psychologie clinique & pathologique, psychologue clinicienne, danse-thérapeute, chorégraphe & autrice

Site officiel : https://www.artesmovendi.net

 

 

 

 

 

 

Si le mal de vivre peut mener à l’acte de mort volontaire, il peut également prendre différentes formes de survie, où vie et mort se côtoient, s’entremêlent. L’art du poète dit, pour traverser perte et détresse, traçant un passage vivant.


 

Orphée : Le poète et la mort

 

 

© Crédit photo : Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875), « Orphée ramenant Eurydice des enfers  », peinture à l‘huile (1861), Musée des Beaux-Arts, Houston, Texas, États-Unis.

 

 

 

Après avoir perdu Eurydice une première fois, le jour même de son mariage, Orphée descend aux enfers, séjour des ombres, pour la ramener avec lui dans le monde des vivants. Mais, impatient de la voir, il se retourne et elle disparaît à tout jamais, la perdant une seconde fois. Désespéré, le poète musicien s’enferme dans la solitude, faisant vibrer les cordes de sa lyre pour accompagner ses chants. Vivant en marge de la Cité et de son ordre établi, Orphée se console avec le poème, le chant, la musique, mais l’abîme de la mort sera toujours présent à lui. Dans l’abstinence, les pratiques purificatrices d’une souillure initiale seront autant de rites d’expiation visant à retrouver la pureté de la vie. L’âme étant condamnée à un cycle de réincarnations, les rites orphiques auront pour but de le briser, comme le prônera l’orphisme, mouvement spirituel qui multipliera ses initiés.

Ainsi, aucune autre nymphe ne peut prendre la place de son épouse bien-aimée. L’ombre d’Eurydice ne disparaît pas, elle est toujours vivante en lui. Dans l’impossibilité de vivre sans elle, de désinvestir son objet d’amour pour s’en détacher, elle continue de vivre psychiquement. Si Orphée ne peut renoncer à Eurydice, le lien qui le noue à elle est celui de la mort. Liés à travers la mort, sa vie est sacrifiée dans un don de soi suicidaire. Mélancolique, vivant mort, il vit dans la mort avant la mort. Une forme de vie suicidaire ? Deuil impossible car l’ombre de l’objet est tombée sur le Moi (Freud, Deuil et Mélancolie, 1916). Ce processus psychique qui caractérise la mélancolie mène parfois à mourir réellement, à se donner la mort, comme Roméo sans Juliette.


 

La mort ante mortem

 

Être morte vivante, comme Camille Claudel, comme Adèle Hugo, pour lesquelles, le choc de la séparation amoureuse est insurmontable. Inconsolables, elles se laissent dépérir de la perte d’un amour passionnel. Que devient cet amour fusionnel ? Si la relation amoureuse fusionnelle produit une identification dans le miroir de l’autre, la violence de la perte de l’être aimé peut engendrer une perte de l’amour de soi-même. Blessure narcissique dont l’intensité expose à une régression menaçant l’intégrité du sujet, qui, dé-narcissisé, est poussé à sombrer dans l’effondrement narcissique. Faire mourir l’autre en soi équivaut à mourir soi-même, à se laisser mourir. Lorsque l’imploration reste sans réponse (Claudel, L’Implorante), perdre l’aimé mène à se perdre soi-même dans une dépression profonde, voire mélancolique jusqu’à déclencher un état de confusion, s’accompagnant même de délires, en réaction à la violence subie. Être mort vivant est l’expression d’un geste suicidaire. Une mort ante mortem, où le geste s’étirant à l’infini suspend l’acte final de la mort. La souffrance incommensurable suscitée par la détresse due à l’effondrement existentiel conduit du geste suicidaire à l’acte du suicide. À souhaiter la destruction de l’autre, la culpabilité à commettre l’irréparable se manifeste. Dans l’impossibilité de détruire l’autre, les pulsions destructrices agressives se retournent sur soi, et, activant un conflit psychique interne aux racines bien en-deçà de la séparation amoureuse, se profile le suicide comme résolution. Lorsque l’abîme de l’abandon menace de mourir d’amour, la passion mène au péril de la mélancolie, exposant à un acte définitif irrévocable.

 

© Crédit photo : Camille Claudel (1864-1943), « L’Implorante », sculpture en bronze, détail, (1894), Musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine.

 

 

Perte et détresse

 

Les événements de la vie accentués, aggravés par les phénomènes sociaux peuvent mener à l’acte suicidaire, lorsque le dérèglement du lien social perturbe, chez l’individu, ses états affectifs et ressentis émotionnels. Émile Durkheim, le premier, a distingué quatre types de suicide — égoïste, altruiste, anomique, fataliste (Le Suicide. Étude de sociologie, 1897), qu’il relie à des facteurs sociaux prégnants dérégulant une société donnée. L’opposition égoïste / altruiste est liée à une insuffisance ou un excès d’intégration dans la société, d’adaptation à ses normes et ses attendus. L’opposition anomique / fataliste renvoie à une insuffisance ou un excès d’ordre social, en rapport aux situations de crise économique, de phénomènes sociaux graves. L’augmentation du taux de suicide chez les jeunes, liée à la période de Covid 19, en est une illustration. Pour autant, l’implication de la part psychique du sujet ne s’efface en rien. Lorsque pénétrées d’événements extrêmement violents, les histoires de vie peuvent en garder une trace mortifère qui, parfois, perdurera à travers les générations suivantes. Le lien par la mort existe lorsque le traumatisme de la perte d’un être cher crée un trou réel, un manque interne impossible à accepter, à symboliser, à dépasser. La tentative de maintenir la présence de l’absent peut générer un attachement par la mort. Ainsi, la disparition due à la guerre, l’absence inexpliquée, la mort imprévue ou prévue, marquent les membres d’une famille, à travers une transmission inconsciente indélébile, non élaborée psychiquement, portant parfois à une fatale répétition. Entre absence et présence, la figure omniprésente de la mort agit dans un plan en-deçà de la conscience, en arrière-fond de l’existence depuis bien avant le traumatisme de la perte déclenchant le geste, voire l’acte suicidaire. Vécu dans la détresse de relations affectives premières imprégnées d’angoisse d’abandon et de séparation, le manque originaire, initial, reste toujours présent en fond. Il peut être réactivé par la souffrance due aux événements de la vie.


 

L’art pour dire

 

Dans ses carnets, André Blanchard (Les Carnets, 1988-1989) témoigne de cet état mélancolique permanent, généré par la figure du parent mort dont l’effacement est inconcevable. Contrairement aux ouvrages d’autres auteurs, ses écrits ne sont pas autobiographiques au sens d’une narration d’histoire personnelle, d’intime mal de vivre. Pour autant, la force de l’écriture introspective, de soi-même et de son existence, se nourrit de fragments, d’évocations, d’allusions, et d’états de mal-être vécus. Face à la souffrance et à une angoisse suicidaire suscitée, écrire permet d’exprimer au plus près, et simultanément de mettre à distance, de dire indirectement. L’art aussi, sculpture, musique, danse… dit sans dire vraiment, en maintenant un clivage et par là, une déliaison évitant l’élaboration d’un sens à donner. Quel processus est engagé ? S’agit-il d’éviter les questions existentielles, dans un agir répétitif sans résolution ? Ou bien d’assumer la faille intime en acceptant les vicissitudes ? Sans élaboration, sans langage pour exprimer le mal de vivre existentiel, l’ombre de la mort peut devenir inéluctable, dans une funeste fatalité.


 

L’art pour vivre

 

 

© Crédit photo : Edvard Munch (1863-1944), « Souvenir d’enfance » peinture à l’huile, carton (1892), Musée Munch, Oslo, Norvège.

 

 

Travail d’élaboration que l’art représente, en posant un acte pour supporter l’insupportable. Ainsi la peinture d’Edvard Munch marqué par le destin funeste des êtres aimés, par l’impuissance absolue face à la mort. Celle de sa mère lorsqu’il a cinq ans, puis celle de sa sœur neuf ans plus tard, malades de tuberculose, produisent une absence inconsolable, un vide interne irrémédiable. L’impossible oubli se traduit dans Souvenir d’Enfance (1892), où l’enfant collé, accroché à sa mère préfigure la perte, ou encore dans L’enfant malade (1894), signant l’impuissance à sauver sa sœur malade. La répétition dans ses œuvres picturales a pour fonction de se prémunir contre l’angoisse de la perte. Dans une permanente quête de sens existentiel, représenter l’insupportable encore et encore, dans le cri infini de ses tableaux, permet de supporter de vivre, de persister dans la vie, malgré l’enfer à endurer, comme l’exprime son Autoportrait en enfer (1903). Sans entrer dans le détail de l’événement marquant l’arrêt de la relation avec sa compagne Tulla Larsen, le coup de feu qui part dans une mise en scène amoureuse, interroge sur l’articulation de la question existentielle de la vie ou de la mort. Scénario où, sans intention préalable, elle blesse réellement l’artiste, précipitant la fin de leur amour.


 

L’ordalie

 

Prendre le risque de mourir ou de rester en vie… les comportements à risque de cette nature détiennent une dimension ordalique, au sens de la coutume médiévale où l’épreuve par élément naturel imposée appelait au jugement de Dieu afin de déterminer par le feu (marcher sur des braises), l’eau (être jeté dans la rivière)…, la culpabilité ou non du sujet. Lorsqu’elles comportent un risque mortel, les prises de risques extrêmes correspondent à une forme de l’ordalie. Les sujets répètent un comportement d’auto-épreuve qu’ils s’imposent à eux-mêmes, mais dont l’issue ne doit pas être prévisible. Pile ou face, la vie ou la mort, comme à la roulette russe, une façon de s’en remettre au destin, au sort, au hasard… pour mériter de continuer à vivre ou non. S’il s’agit bien d’un risque vital auquel s’abandonner, et dont le dénouement reste indéterminé, ce défi est choisi et non subi. Et si la vie triomphe de la mort, le droit à la vie devient une renaissance auto-engendrée et une maîtrise symbolique sur la mort. Le paradoxe est risquer de mourir pour renaître encore et être plus fort que la mort. Dans une mise en danger répétée, les sports extrêmes en font le pari, les addictions aussi, comme celle du jeu pathologique où perte et dépendance détiennent une dimension mortifère, voire suicidaire, bien décrite par Fédor Dostoïevsky (Le joueur, 1866).


 

La vie ante mortem

 

Différentes formes de conduites suicidaires côtoient l’issue fatale d’un acte qui ne sait dire autrement le mal de vivre. Il apparaît que la part inconsciente du sujet est active dans l’acte de mourir ou de vivre. Le lien à la vie en passe par le lien survivant au disparu et vivant dans l’absence. Autant de signes d’une présence dans l’absence, surgissant à travers tous ces petits riens qui ont laissé l’empreinte d’une relation affective profonde vivante. Autant de signes manifestant la présence portant à vivre qui perdure.

 

© Colette Mauri

***

Pour citer cet article illustré & inédit

 

Colette Mauri (texte & photographies), « La mort ante mortem », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/cmauri-mortantemortem

 

 

 

 

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