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Haïku du cœur, Trois ans dans le même train, Visages d’enfance & L’amour étouffe
Poèmes d'amour par
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Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), illustration d'une nature morte en un joli brin fruité avec un papillon, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.
Haïku du cœur
Si mes yeux s’éteignent,
ton regard
ne manquera pas à mon cœur.
21/03/24 Paris
Trois ans dans le même train
Je devais partir tard du travail aujourd’hui.
Il y avait une fête.
Je n’aime pas le bruit.
Je n’ai pas tenu.
J’ai mis de la musique.
J’ai allumé une cigarette.
La chanson s’appelait Le vent souffle.
Dans la rue, le vent était tel
que j’ai failli me fâcher avec la chanson.
Je ne contourne jamais
le bâtiment aux vitres grises.
J’ai décidé que,
avant d’entrer au travail,
à chaque retour aussi,
je regarderais les vitres
et me dirais :
Bonjour. Ça va ?
Pour la première fois en trois ans,
tu t’es reflété derrière moi
sur le verre gris.
Avant que je ne me retourne,
tu étais déjà
quelques pas devant.
Je n’ai jamais le temps
de compter tes pas.
Ici, à l’angle de Porte de Saint-Ouen,
il y a toujours du vent
et il lutte contre tes cheveux.
Cette guerre ressemble à un tango.
Depuis trois ans,
chaque matin dans le train,
en route vers le travail,
et chaque soir,
en route vers la maison,
je tente de te reconnaître.
Je t’ai rarement vu la tête levée.
C’est un mystère.
Nous approchons de l’allée.
Tu es loin devant.
Je te regarde enlever ton manteau.
Un rayon de soleil tombe de biais
sur tes bras bronzés.
Je n’arrive pas à détourner les yeux.
Tu portes encore
les mêmes baskets qu’il y a trois ans.
Ce jean, je l’ai déjà vu.
Ce sac aussi, bleu pétrole.
Je sais déjà
que tu ne changes jamais de parfum.
Je crois que tu ne fumes plus.
J’ai déjà écrit sur toi.
Je disais : je sais presque tout.
Après tout,
nous prenons le même train
depuis trois ans,
chaque matin,
chaque soir.
Mais comment tu parviens
à disparaître sur le quai,
je n’ai jamais compris.
Tu maîtrises l’art
de ne pas être reconnu.
11/06/2024
Visages d’enfance
Toi et moi, sans doute,
pleurerons encore ensemble.
Jamais aussi nus,
face à face.
La mort
nous a rendu
nos visages d’enfance.
23/10/2024
Saint-Ouen-l’Aumône
L’amour étouffe Seuil
C’est un mensonge
de croire
qu’on sauve l’aimé
par l’amour
au moment de l’abandon.
L’amour, alors,
étouffe.
C’est son oubli
— net, brutal —
qui ouvre la respiration,
qui rend à l’autre
la joie.
17/02/2024
Paris
© Léla Lashkhi
***
Pour citer ces poèmes d'amour, illustrés & inédits
Léla Lashkhi, « Haïku du cœur », « Trois ans dans le même train », « Visages d’enfance » & « L’amour étouffe », peinture par Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 17 février 2026. URL :
https://www.pandesmuses.fr/2026noi/lashkhi-amour
Mise en page par Aude
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