N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Critique & réception | Dossier mineur | Articles & témoignages
À propos de L’heure du thé et autres nouvelles de Françoise Urban-Menninger
Texte & image (fournie) par
© Crédit photo : Première de couverture illustrée de « L’heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion, 2025. Image fournie par la critique.
Dans ce délicieux recueil « L’heure du thé... » de Françoise Urban- Menninger, chaque nouvelle aussi brève soit-elle, (40 nouvelles sur 141 pages) s’inscrit dans une quête de l'âme. Une recherche soutenue par plusieurs voix qui s’entretissent et se répondent entre le corps qui pèse et l’esprit qui s’envole, dérive, se libère de l’ancrage charnel.
Des voix empreintes de poésie et de songes philosophiques où, en toute simplicité et sans explication douteuse, le réel n’occulte jamais sa propre démesure et ses instants de vertige par un sursaut de rationalisme réducteur. Il y a là une tension bien dosée et vibrante entre des pôles apparemment opposés.
Ainsi, dans « L’esprit vagabond », une perspective linéaire inversée fait pressentir que la vie ne conduit plus vers la mort mais en devient l’expérience consciente logée en nous comme une braise.
Dans le songe onirique « On devient ce que l’on mange », seul un excès de sensibilité permet à Valérie, mordant dans une figue, de capter l’instant de sa métamorphose subtile, sentant ses propres frontières se fluidifier jusqu’à devenir « ombre violette et sucrée ». Aventure caméléonesque qu’elle ne pourra s’empêcher de reproduire en croquant d’autres fruits ou légumes jusqu’à éprouver, par « la langue secrète du corps », l’expérience sensible qui soulève la question cruciale de l'identité : être multiple au cours d’une même vie permet-il de retrouver son intégrité voire son unité lorsque nous rendrons l'âme ?
Ailleurs, une femme d’une « démarche chaloupée » et chorégraphique qui devient une manière de « découper l'air et de le draper » autour d’elle, permet à son corps de ne plus être son propre fardeau, « La peau d’âne », mais le refuge intime « où se nouent, le miracle de la vie et l'échéance inéluctable de la mort ».
La métamorphose en figue, la sensation de devenir l'étang, l'envol vers le soleil d'Icare sont toutes des formes d’une même transcendance. On ne fuit pas le corps, on le traverse pour atteindre l'essence. Mais encore, comment habiter pleinement et en toute liberté cette âme qui brûle dans un corps voué à disparaître, semble être la question centrale et sous-jacente qui fuse à travers l’ensemble de ces nouvelles. Entre réel et surgissement d’un irréel intimement entrelacés, la réponse proposée est à la fois simple et vertigineuse : en écoutant la danse. Celle de l'âme sur la page, celle du corps qui découpe l'air, celle du goût qui transforme en figue et celle du regard qui semble bien ne jamais chercher à conclure mais plutôt à en perpétrer l’envol à la croisée du feu et de la cendre, du fruit et de l'arbre, du premier souffle et du dernier regard. « J’ai toujours su qu’il y avait eu erreur sur la personne. Je ne suis pas celle que l’on croit que je suis, je l’ai toujours su. » Et dans cet entre-deux, il n'y a pas de fardeau, seulement la matière infinie : « Le cheminement de l'écriture est déjà en soi une aventure extraordinaire car il use de tours et détours secrets en opérant au plus intime de l'être. » Les visions, les sensations ne servent pas à fuir le réel mais à l’approfondir en découvrant les songes secrets qui nous habitent, voire nous hantent, sans pour autant que nous en prenions toujours conscience.
« Ce matin, j’ai trouvé le printemps couché en rond sur ma table de travail. Il jouait comme un gros chat paisible avec la pelote du soleil qui roulait sur le bois lustré de mon bureau et tirait des fils de lumière dans la chambre tout entière tissée de jaune d’or. »
© Myette Ronday, mars 2026.
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Pour citer ce texte illustré & inédit
Myette Ronday, « À propos de « L’heure du thé et autres nouvelles de Françoise Urban-Menninger », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 16 mars 2026. URL :
https://www.pandesmuses.fr/2026noi/mronday-nouvelles
Mise en page par David
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