18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 13:54

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Rencontre avec la poète serbe Nina Živančević

 

 

 

 

 

Propos recueillis & image fournie par

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poète serbe Nina Živančević.


Biographie de l’invitée

 

Poète d’origine serbe, Nina Živančević a publié une vingtaine de recueils de poésie, pour la plupart dans sa langue maternelle, mais aussi en anglais. Sa poésie à forte teneur humaniste, traduite en français, est un apport substantiel à la langue de Molière. Elle a enseigné la littérature et le film d’avant-garde à la Sorbonne et en ce moment elle fait partie du conseil théorique à la maison d’Éditions Erratum Press. Nous avons eu l’heur de l’interviewer.

 

 

Entrevue 

 

Maggy De Coster : En tant qu’universitaire, vous avez un parcours très riche. Que pouvez-vous nous en dire ?

 

Nina Živančević : Ça dépend du champ d’intérêt  de l’interrogateur. Je me suis intéressée depuis toujours aux soi-disant « avant-gardes » : les avant-gardes historiques et ceux de notre époque donc nos avant-gardes contemporains. Mais comme j’ai travaillé à New York pendant 20 ans, mon cœur est resté toujours proche de l’Expressionnisme et du Néo-expressionnisme. Quand je pense aux équivalents en France et plutôt en poésie, l’expressionnisme correspond au travail de René Schickele.

 

 

MDC : Comment êtes-vous venue à la poésie et comment la vivez-vous ?

 

NZ : Je crains que mes réponses soient toutes liées à mon amour pour ledit Expressionnisme. J’ai eu un penchant pour une poésie d’expression forte quand j’étais jeune fille et cet éveil, je le dois à mon père, Vladimir Živančević, qui fut un des derniers surréalistes.

 

 

MDC : Personne n’a la science infuse, dit-on. Alors en tant que poète cosmopolite, quels sont les poètes qui vous ont le plus influencée ?

 

NZ : En effet, il y  a un très grand nombre de poètes qui ont laissé leurs traces sur ma poésie. Cela dit, je suis très consciente de l’héritage poétique d’Ovide, de Propertius de la Rome antique ; de Villon, de Dante, de Shakespeare et de John Donne pour les époques suivantes. Au sujet des poètes d'expression allemande, citons Goethe, Hölderlin et Celan. Ensuite il y a tous les poètes modernes et postmodernes d’expression slave, surtout les poétesses comme Marina Tsvetaïeva, Anna Akhmatova et Zinaïda Hippius et aussi de nombreux  poètes dits « de bibliothèque Orientale », notamment les poètes persans comme Rûmî, Hafiz et Kabir que j’ai tenté de transposer en serbe, ma langue maternelle.


 

MDC : Parmi les poètes surréalistes, lesquels vous ont le plus marquée ?

 

NZ : C'est une bonne question ! Les poètes surréalistes que j'admire ne sont pas nécessairement ceux qui ont profondément marqué ma poésie ; disons que j'admire René Char et Robert Desnos, mais on peut retrouver dans ma prose des influences cachées de Gherasim Luca, d’Alain Jouffroy et de Nanos Valaoritis, je ne sais pas, je les aime tous, car ils parlent de mon inconscient.

 

 

MDC : Quel rôle la poésie peut-elle jouer en temps de guerre ?

 

NZ : Elle peut jouer un rôle énorme.  La poésie parle toujours de l'espoir, de la lutte contre la tyrannie, de la liberté du corps et de l'âme et elle est le dernier hébergement de l'humanité à l’ère de l'oppression technologique.

 

 

MDC : Selon Dostoïevski dans l’Idiot «  la beauté sauvera le monde » ; la beauté de poésie peut-elle sauver le monde ?

 

N Z : Absolument ! C'est peut-être son rôle principal, et dans son rôle de sauveur du monde 'immonde', la beauté  provient  seulement de nos mots et de la littérature, et elle héberge toutes les facettes des  arts vivants. 

 

 

© Propos recueillis par Maggy De Coster

 

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Pour citer cet entretien poétique, pacifique, engagé, illustré & inédit

 

Maggy De Coster, « Rencontre avec la poète serbe Nina Živančević »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE », mis en ligne le 18 mars 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/megalesia26/2026noii/mdc-ninazivancevic

 

 

 

 

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 17:22

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Critique & réception | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

BAYT – Habiter le poème

de Nour CADOUR 

 

 

 

 

 

Article & images (fournies) par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du recueil de poèmes BAYT – Habiter le poème de Nour Cadour. Œuvre bilingue français-arabe, traduit par le poète et metteur en scène Moez Awled Ahmed, parue dans la collection « La Lune sur un plateau » des éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2025.

 

 

Une maison de langue à parcourir

 

Avec BAYT – Habiter le poème, Nour Cadour propose bien plus qu’un recueil : une demeure poétique à traverser. L’ouvrage, bilingue français-arabe, associe chaque poème écrit en français par l’autrice à sa traduction arabe réalisée par le poète et metteur en scène Moez Awled Ahmed. Cette disposition invite à une lecture libre : séparée, successive ou parallèle, selon le rythme et la sensibilité du lecteur. Chaque texte devient ainsi un espace intérieur à investir.

 

 

Une poétique annoncée dès la couverture

 

La couverture impose un bleu profond, méditatif, qui apaise autant qu’il interroge. Le titre BAYT, en capitales noires, évoque une architecture stable, presque sacrée, tandis que le sous-titre Habiter le poème agit comme une déclaration d’intention. Le poème n’est pas un objet figé : il est un lieu de vie.

Ce bleu fait écho au précédent recueil de Nour Cadour, Le bleu de la mer s’est enfui, et convoque des images récurrentes de son univers : la mer, la nuit, la lune, les espaces de veille et d’errance intérieure. Il symbolise l’entre-deux : entre mémoire et présent, exil et ancrage, traversée et refuge.

Le recueil comme architecture intérieure

 

La structure du livre épouse explicitement la métaphore de la maison. Le lecteur est guidé à travers différentes « pièces », qui organisent le parcours poétique :

 

  • L’entrée (Matkhal al-Bayt) : le seuil, lieu d’accueil et d’ouverture.
  • Le salon (Saaloun al-Bayt) : espace de circulation, de dialogue et de partage.
  • La cuisine (Al-Matbahu) : lieu de transformation, où la langue et l’expérience se métamorphosent.
  • La salle de bain (Al-Hamam) : espace d’intimité, de purification et de vulnérabilité.
  • La chambre (Al-Ghorfatu) : lieu du repos, de la mémoire et des confidences.
  • La sortie (Khuruj) : passage vers l’extérieur, ouverture et traversée.

 

À cette progression s’ajoutent les présentations de l’autrice, du traducteur et de la collection La Lune sur un plateau (7ᵉ collection des éditions Les Carnets du Dessert de Lune). L’ensemble compose une maison cohérente et hospitalière, où chaque étape a sa fonction symbolique.

 

 

Des poèmes brefs, sans titre, ouverts au lecteur

 

Les poèmes sont courts, souvent contenus sur une page ou une demi-page, et délibérément sans titre. Cette brièveté renforce leur intensité et leur disponibilité. La mise en regard du français et de l’arabe permet une circulation fluide entre les langues : le lecteur n’est jamais enfermé dans une seule voie de lecture.

Chaque poème fonctionne comme une pièce autonome : un lieu intime, mais jamais clos, que chacun peut habiter selon sa propre expérience.

 

© Crédit photo : Sublime portrait artistique & floral de la poétesse Nour Cadour entourée par ses recueils de poésie et des fleurs.

 

 

Une écriture de l’intime à portée universelle

 

La poésie de Nour Cadour s’enracine dans l’intime tout en s’ouvrant à l’universel. Les motifs de la lune, du seuil et de la maison traversent le recueil comme des figures de veille et de protection. La parole poétique devient hospitalière : elle accueille l’autre, le lecteur, et lui permet de reconnaître sa propre maison dans celle du poème.

 

 

Une voix et une traduction en dialogue

 

Nour Cadour, poétesse et romancière franco-syrienne née en 1990, développe une écriture singulière à la croisée de la médecine et de la poésie, attentive au corps autant qu’à la langue. Son parcours, marqué par de nombreuses publications et distinctions, éclaire la profondeur de ce recueil.

La traduction arabe de Moez Awled Ahmed ne se limite pas à un transfert linguistique : elle constitue un véritable geste poétique. Elle réactive la mémoire du texte, l’inscrit dans un dialogue interculturel et élargit l’espace du poème entre France, Syrie et Tunisie.

 

 

Habiter le monde par le poème

 

 

Reçu symboliquement le 18 décembre 2025, journée internationale de la langue arabe et journée internationale des migrants, BAYT – Habiter le poème prend une résonance particulière. Le recueil affirme que la poésie peut être un lieu : un espace de résistance douce, de transmission et de partage. Habiter le poème, ici, revient à habiter le monde autrement, par la langue et par l’écoute…par la poésie.

 

© Hanen Marouani

 

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Pour citer cet article illustré, engagé, métapoétique & inédit

 

Hanen Marouani (texte & images fournies) « BAYT – Habiter le poème de Nour CADOUR », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 20 février 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/hm-nc-bayt

 

 

 

 

 

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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 18:23

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages | Revue Poépolitique | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Le livre des transgressions

 

 

 

 

Article & peinture par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, portrait pictural de la poétesse transgressive, dionysiaque « Mririda N’Aït Attik », peinture, dimensions 65x50cm.

 

 

 

Paris. Vendredi, 4 décembre 2025. Rim Battal présente à Montmartre, son roman, Je me regarderai dans les yeux, éditions Bayard. La narratrice, dix-sept ans, dénonce, dès la première phrase, avec des mots crus, le chantage à la virginité. « Cela n’a pas duré plus de cinq minutes, mais, j’eus l’impression de passer une journée entière, les jambes écartées, nues, sur cette table d’examen médical ». Le récit peut être résumé par une paraphrase du fameux incipit de Paul Nizan dans Aden Arabie : « J’avais dix-sept ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». La violence familiale décrite dans son insupportable cruauté physique, psychologique, langagière, dans son exercice sadique. Reproduction atavique des maltraitances. La suspicion guette à la porte. Chaque mot s’interprète comme un aveu de faute. L’opinion publique, juge fantomatique, se sollicite à chaque résistivité. Insolences impuissantes en réponse. Radiographie clinique des manies, des lubies, des marottes adolescentes internétiquement universalisées. Fétichisme des griffes vestimentaires. Anglicismes superfétatoires. Tubes anglo-saxons dans les oreillettes. L’autorité filiale se supporte dans l’instinctive résilience. Insubordination. Désobéissance. Rébellion. Schéma classique, basique, du conflit de générations. Préjugés réciproques. Egotismes inconciliables.

 

 

Mensonge et transgression.

 

Le mot mensonge fuse immédiatement. Il marque la narration de bout en bout. Il devient concept. Autant l’hypocrisie est une simulation des sentiments, autant le mensonge est une dissimulation des pensées, des arrière-pensées, des intentions cachées. Le mensonge est un code de communication. Il est à la fois banal et global. La duplicité est une structure mentale. Voir mon texte Psychopathologie politique d’une société schizophrène, disponible sur le web. Quand le mensonge se généralise, il cesse d’être condamnable. Il entre dans les mœurs. Il se place à l’intersection du vrai et du faux. Le marocain agrée, dédouane, justifie le mensonge comme stratégie de survie. Il l’accommode et s’en accommode. Il l’intériorise. Il le standardise comme norme de comportement. Du coup, le mensonge ne se jauge plus sur des critères éthiques. Mais, sur son excellence ou son imperfection. Il s’inscrit sur le terrain de la performance, de la concurrence, de la compétition. Les roublards se valorisent en s’avouant grands menteurs. Les pauvres eux-mêmes manient la tartufferie bourgeoise. « Mon père, bel homme, drôle et fourbe, est menteur lui aussi, comme ma tante, comme moi, comme tout le monde, mieux que tout le monde. C’est d’ailleurs mon père qui m’a appris l’art du mensonge, qui m’a fourni ses armes, que je retourne contre lui, sans qu’il s’en offusque. Il appelle ça diplomatie ». La transgression ne se fait pas ouvertement. Il transite par le mensonge. Il faut, coûte que coûte, préserver l’essentiel, la respectabilité. Quand le mensonge est flagrant, une seule défense, la dénégation ferme, énergique, inflexible. La mauvaise foi est admise quand elle sauve la face, quand elle évite la mauvaise réputation. Celui qui ment le mieux se fait louanger, admirer, honorer. L’art du louvoiement s’apprend dès l’enfance. Ne survivent au milieu des rapaces que les caméléons. 

Je relis, à cette occasion, la controverse de 1796 sur le droit de mentir entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant. Sommes-nous autorisés à mentir dans des situations ordinaires ou exceptionnelles ? Pouvons-nous, pour nous tirer d’embarras, faire des promesses que nous ne tiendrons pas ? Pour Emmanuel Kant, renoncer au devoir de dire la vérité conduirait à la destruction de la société. La sincérité est aussi un devoir envers soi-même. Il existe deux sortes de mensonges. Le mensonge extérieur où l’on se rend ridicule aux yeux des autres. Le mensonge intérieur où l’on se rend méprisable à ses propres yeux. Emmanuel Kant accepte, tout au plus, le mensonge par bienveillance au titre d’un impératif de prudence. Pour Benjamin Constant, « Tout le monde n’a pas droit à la vérité. L'exagération des principes est le moyen le plus infaillible de les rendre inapplicables. Le principe moral de dire la vérité, s'il était pris d'une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible ». Nul humain n’a droit à la vérité si elle nuit à autrui. La franchise elle-même se relativise en fonction de la situation. En toute circonstance, le mensonge pour sauver une vie vaut mieux que la vérité. Mentir par humanité est un droit et un devoir. C’est la valeur éthique de l’action et de l’intention qui prévaut.

Le terme transgression provient du latin gradior, qui signifie franchir une ligne, et de trans, traverser, passer de l’autre côté. La transgression est donc le rejet des ordres, des obligations, des règles, des lois, des conservatismes, des conformismes, des adaptations factuelles et des accoutumances perpétuelles. C’est une subversivité. La transgression passe par le dévergondage linguistique, lexicographique, symbolique, symptomatologique, sémiologique. L’impertinence, l’arrogance, la brocarde, l’incartade, l’invective sont des signes avant-coureurs de rupture de ban. Les prescriptions sociales, morales, sont circonscrites par des restrictions, des improbations, des interdictions, des proscriptions, des prohibitions. La transgression est une tortille de traverse, audacieuse, aventureuse, génératrice d’opportunités inattendues. Une démarche prométhéenne. Une quête de la semence de feu. Elle a cours dans les marges sociétales, urbaines, les interfaces diversitaires, contestataires, dans les lieux de passage propices aux créativités, aux inventivités, aux innovations. Marge, Margo, veut dire bordure en latin. C’est aussi l’espace blanc autour d’un texte écrit, où se griffonnent les remarques, les observations, les objections. La marge connecte le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, le personnel et l’impersonnel. Hormis les vies parallèles choisies par les artistes, les poètes, les philosophes, les marginalisations, en général, sont des désocialisations, des exclusions, des bannissements. Des flux hétéroclites circulent dans les périphéries, se croisent, se rencontrent. Ces jonctions, ces embranchements, ces hybridations, ces métissages fécondent les nouveautés. La marge est rhizomique. Elle développe en tous sens ses potentialités. Cf. Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, éditions de Minuit, 1980.

La transgression, comme la transnavigation, la transmutation, la transfiguration, est un dérivement, un débordement, un surpassement, une infraction de l’inébranlable, de l’irrévocable, de l’imprescriptible, une mise à mal des sacralités. Le transgresseur cherche surtout à s’émanciper de la tutelle qui le paralyse. « Après avoir rendu stupide leur bétail domestique, après avoir pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors de parc, les tuteurs leur expliquent le danger qu’il y aurait à essayer de marcher tout seul. Or, le danger n’est pas si grand que cela, étant donné que quelques chutes finiraient bien par leur apprendre à marcher. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Pour répandre ces lumières, il n'est besoin de rien d'autre que de la liberté, à savoir l'usage public de sa raison dans tous les domaines » (Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les lumières, 1784).

Les gens fonctionnent avec des habitus censés contenir des solutions toutes faites aux problèmes qui les accrochent. Tout individu est une composition d’habitudes dans un tout cohérent, consistant. Les habitudes se rigidifient. Elles perdent leur souplesse. L’inadaptation est provoquée par les réactions produites mécaniquement. Avant que la nouveauté née dans les marges ne s’ancre dans les réalités sociales, le flux informationnel la jugule, la neutralise, l’annule. C’est la rapidité de l’information qui dissout les fluctuations transformatrices. Les manipulations médiatiques, les falsifications idéologiques opèrent comme des rouleaux compresseurs. C’est ce qui arrive au mouvement GenZ 212. Son succès le freine, l’entrave, l’étouffe. Il ne lui laisse plus, au bout d’un certain temps, l’initiative d’actions originales. Il l’immobilise dans postures défensives. S’ajoutent des carences culturelles. Absence de chercheurs, de penseurs capables de dresser des topographies, des cartographies du champ social. La plupart des intellectuels, des universitaires n’ont d’autres préoccupations que leurs distinctions, leurs décorations, leurs palmes mandarinales. La société inégalitaire perpétue, avec ses logistiques bureaucratiques, ses motrices institutionnelles, ses turbines financières, les privilèges acquis. La nouveauté se refoule, se sanctionne, se liquide. La gouvernance technocratique récupère les nouveautés, les recyclent, les mercatisent, la rentabilisent. La protestation s’effectue sur des trajets balisés, signalisés, fléchés, au lieu s’inventer ses propres itinéraires. Que GenZ 212 ne soit pas reconnue comme interlocuteur valable est suffisamment révélateur du cynisme étatique. La rhétorique sacrale incrimine la transgression comme attitude immorale, irrévérente, honteuse. Au lieu de se frayer des passages désorientants, déconcertants, désarçonnants, la transgression se laisse aiguiller sur les charmilles piquetées par les interdits. 

Au Moyen-Âge, aucun exhibitionnisme n’est considéré comme une atteinte à la pudeur publique. Les lieux saints s’ornent de scènes lubriques. « Dans le livre de prières médiéval, en marge des psaumes, une femme sculptée ouvre son sexe avec ses mains. Dans le chœur de petits monstres de bois, les mamelles pendantes, regardent les moines chanter. Sur le chapeau du pèlerin, à côté des coquilles Saint Jacques, une vulve couronnée est portée en triomphe par des phallus. Ces images sont produites et regardées sans gêne pendant plusieurs siècles » (Gil Bartholeyns, Pierre-Olivier Dittmar, Vincent Jolivet, Image et transgression au Moyen-Age, Presses Universitaires de France, 2008). J’ai visité la chapelle Kermaria an Iskuit à Ploua, dans les côtes d’Armor. Ici la transgression est religieuse. Dans La Danse macabre, qui se déroule le long des murs nord et sud de la nef, ce sont les morts qui sont en mouvement. Les nouveaux arrivés en enfer s’immobilisent dans une posture hiératique. Ces morts ne sont pas des squelettes, mais des cadavres desséchés comme des momies. Certains avec des cheveux et des rires sardoniques. Se dégage étrangement, à cause des déhanchements, une étrange atmosphère érotique. Les fresques remonteraient au quinzième siècle. Elles s’inspirent des peintures du cimentière parisien des Innocents détruit au dix-septième siècle. La mort, au Moyen-Âge est présente dans des œuvres réalistes et des spectacles vivants, dénommés Danses de Macchabées ou Les Passions. L’église veut ramener les vivants à leur condition mortelle, leur rappeler leur destinée finale. Dans la Bretagne prospère, les paysans repus sont mis en garde contre l’inanité des richesses ici-bas. Chaque vivant est escorté par un mort. Une seule femme, vêtue de blanc, figure probablement la vanité de la beauté, à moins qu’elle ne soit la mort elle-même travestie en amante fatale. Les morts et les vivants déclinent des attitudes diversifiées, des gestuelles naturelles, modulées dans les prise de mains et de bras. Le message chorégraphique est clair. Pour bien mourir, il faut danser. Dans la procession, le pape, le roi, le cardinal, le patriarche, le connétable, l’archevêque, le chevalier, l’archevêque, l’abbé, l’astrologue, le médecin, le banquier, le laboureur, le musicien avec sa cornemuse, le moine mendiant, l’indigent. Tous ces puissants et moins puissants paraissent acquiescer à l’ultime échéance. La mort équitable, égalitaire, n’épargne ni petit ni grand. Elle frappe sans distinction d’âge, de genre, de rang. Dans cet-au-delà où le mensonge n’opère plus, il n’y a que l’art et la poésie qui sont des transgressions immanentes de la camarde.

 

Interférences webiques.

 

La révolution numérique bouleverse tous les repères. Il n’y a plus de vérité. Il n’y a plus de mensonge. Il n’y que des données. Toutes les sources s’égalent. Tous les énoncés se valent et s’équivalent. Toutes les formulations s’avalent. Les mégadonnées, big data, utilisent des ordinateurs surpuissants, des technologies sophistiquées, des méthodes analytiques, des traitements parallélisés, au-delà de la cognition anthropienne, au-delà de l’imaginable. L’intelligence artificielle règne. Elle est d’ores et déjà requise pour gérer les relations individuelles et collectives. Le minuscule cerveau humain est de plus en plus mis au rebut. Sur les réseaux sociaux, fake news, diktats alimentaires, charlatanismes en tous genres vident les cervelles de leur esprit critique. Les manières, les comportements, le opinions se télécommandent, se téléguident, se pilotent à distance. Le marocain invente, avant le reste de la planète, la postvérité, machine infernale, virale, de dérégulation, de désinformation, de déculturation. Il ne crédibilise que les rumeurs insensées. L’effet rebond, backfire effect, se dispense de vérifier la fiabilité des sources. C’est le phénomène du buzz internétique. Le bruit parasitaire s’accepte comme musique dès lors qu’il se propage rapidement. Le marocain, est un donneur de leçons sans pareil. Il se complaît dans le syndrome de la surconfiance, dunning-kruger effect. Il surévalue ses compétences propres. Il éprouve le besoin de déverser quotidiennement ses bavardages, ses verbiages, ses commérages. Les cérémonies de thé n’ont d’autre but que le partage des confabulations. Les contrevérités se dégorgent sans scrupule, sans vergogne, sans retenue. Plus c’est gros, plus ça passe. La trivialité fait mouche, s’imite, se propage. Toute la société marocaine vit de faux-semblants.

Avec la révolte de Génération Z 212, rebelle et loyaliste, réfractaire et légaliste, indignée par les inégalités et respectueuse des conventions, la transgression reprend sa dimension publique. Au pays où chaque réalité est un tabou, toute indocilité est une transgression. Ressurgit l’esprit frondeur des territorialités insoumises. La paradoxalité marocaine, entre centralité anxieuse de sa prépotence et tribalité soucieuse de son autarcique existence, se réinvente. Une révolte surgie des jeux vidéo, de la fantasmagorie manga, de l’hyperréalité webique. Derrière l’initiative anonymisée, clandestinisée, énigmatisée, des étudiants, des doctorants prédestinés au chômage. La bouteille à la mer draine des adhésions massives, des sympathies populaires, des manifestations spectaculaires. La génération Z, formatée par le néolibéralisme, le compétitionisme, l’hyperindividualisme, se détourne de la réussite matérielle. Elle prend fait et cause pour les classes indigentes, déclassées, malheureuses. Une génération pragmatique, incrédule à l’égard des grands récits, désabusée des traditionalismes obsolètes, des modernismes malhonnêtes, des politiques sourdes et muettes. Une génération en quête de sens, sans formation philosophique, hélas, pour concevoir des utopies réalisables. Elle ignore que le bien commun et l’intérêt général rousseauistes ne sont pas de mise dans le technocratisme. L’implacable répression étouffe le mouvement dans l’œuf. GenZ 212 n’a plus qu’une revendication prioritaire, l’amnistie des centaines de jeunes et d’adolescents incarcérés, punis de peines de prison ferme de trois à quinze ans. Cette génération souffre d’un déficit de mémoire historique. Elle ne sait rien de l’insurrection du 23 mars 1965, partie du lycée d’excellence Moulay Abdellah de Casablanca, relayée par les bidonvilles, sanctionnée de mille morts. Elle vit en temps réel. Son univers est algorithmique. Sa révolution semble hypothétique. 

Il faut prêter l’oreille à Gilles Deleuze : « Nous vivons dans un monde désagréable où les gens et les pouvoirs établis nous communiquent des affects tristes, qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour nous transformer en esclaves. Les tyrans, les prêtres, les imams, les preneurs d’âmes nous persuadent que la vie est dure, lourde, invivable. Les pouvoirs ont besoin de nous angoisser, comme dit Paul Virilio, d’administrer nos petites terreurs intimes. On a beau dire quel malheur la mort, il aurait fallu vivre véritablement pour avoir quelque chose à perdre. Les malades de l’âme et du corps, les vampires, ne nous lâchent pas. Ils nous transfèrent leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contagion. Ce n’est pas facile d’être un être libre. Pour être libre, il faut fuir la peste, initier des rencontres, augmenter la force d’agir, propulser les jovialités. Le corps ne se réduit pas à l’organisme. La pensée ne se réduit pas à la conscience » (Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, éditions Flammarion, 1977). J’ai parcouru tous les communiqués de GenZ 212. En dehors de trois propositions légitimes, leurs communications tournent en rond. Leurs idées restent bloquées sur les mêmes leitmotivs, les mêmes refrains, les mêmes rengaines. Mon enthousiasme de départ s’émousse au fur et à mesure que se dévoilent les maladresses, les lacunes, les erreurs tactiques. Des changements imperceptibles opèrent souterrainement. Comment les détecter, les visibiliser, les concrétiser ? Les jeunes ne reconnaissent pas la vieille taupe, chère à Karl Marx, qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement. Ils ignorent l’allégorie de la guêpe et de l’orchidée dont l’improbable union produit des effets bénéfiques pour les deux parties. Les animateurs de GenZ 212, issus des classes moyennes, renvoient d’eux-mêmes l’image de protecteurs, de bienfaiteurs, d’anges-gardiens. Ils assènent des préceptes, des formules figées, des sentences définitives. Ils édictent des directives, des consignes, des mots d’ordre. Ils se proclament pacifistes pour ne pas déranger l’ordre établi. Là réside le malentendu avec les classes populaires. La gouvernance en face, une fois l’effet de surprise passé, joue l’atout démobilisateur de la peur.

 

Mririda N’Aït Attik (1900-1946 ?)

 

Nous évoquons Mririda N’Aït Attik, poétesse transgressive, dionysiaque, emblématique de l’époque coloniale, tombée dans l’oubli après sa disparition mystérieuse. Nulle sépulture connue n’abrite son corps. Nul cénotaphe ne rappelle sa mémoire. Seul l’écrivain, l’explorateur René Euloge (1900-1985), son traducteur, son confident, son amant, a sauvegardé son œuvre. Il est temps que Mririda N’Aït Attik acquiert sa pleine aura dans la littérature marocaine. Les jeunes générations ont besoin de son exemple. « On m’appelle Mririda. Mririda, l’agile rainette des prés. Je n’ai pas ses yeux d’or. Je n’ai pas sa gorge opaline. Je n’ai pas sa robe verte pomme. Mais j’ai ses stridulations envoûtantes. Qui volent jusqu’aux oreilles des bergers. Qui émerveillent toutes les gens de la vallée. Dès mes premiers pas dans les champs. J’ai pris délicatement dans mes mains. Les rainettes agiles, craintives, frissonnantes. J’ai embrassé longuement leur bouche. Ainsi m’ont-elles appris leurs vocalises ensorcelantes. Leurs cantabiles cristallines, vibrantes. Dans les nuits d’été baignées de lune. Grâce aux virtuosités transmises par les rainettes. On m’appelle Mririda ». 

L’une de mes tantes habitait à Azilal, en haute montagne. Je séjournais souvent chez elle, dans un paysage paradisiaque de sources, d’étangs, de cascades, de thuyas, de cèdres, de pins. Elle connaissait les chants de Mririda par cœur, en amazigh. Elle me les traduisait en français. J’étais adolescent. Elle me disait malicieusement : « maintenant, tu as l’âge de les comprendre ». Un rite d’initiation en somme. Mririda (1900-1946 ?), poétesse orale, libertine, sensuelle, voluptueuse, lascive. La transgressivité est un franchissement frondeur des lignes, des frontières, des limites, un outrepassement du sentiment de honte, une bravade morale. La poésie de Mririda outrepasse les anathèmes. Elle la chante au marché. Elle embarque qui lui plait. Elle rencontre René Euloge (1900-1985), instituteur colonial, écrivain, artiste peintre, photographe, russophone, arabophone, amazighophone. Le français parcourt les territoires alpestres, partage la vie des bergers, recueilles les contes, les légendes, les chants, les poèmes, les complaintes, les mélopées, les récits qu’il consigne studieusement sur des carnets négligés pendant de nombreuses années. Il est le premier européen à découvrir les cimes inaccessibles et les profondes vallées du haut-Atlas. Il reste dans son pays de prédilection après l’indépendance. Il meurt à Marrakech. Il publie les élégies de Mririda dans les années cinquante, Les Chants de la Tassaout.

On ne sait de la biographie de Mririda que ce que rapporte René Euloge. Il la qualifie d’hétaïre comme les compagnes sexuelles de la Grèce antique. Il définit sa poésie comme un art brut, fruste, rude, ardent, s’apparentant aux ballades, lais et rondeaux du Moyen-Âge européen.  Une poésie qui, dans un naturel désarmant, ne craint ni la gaillardise ni la grivoiserie. La rusticité lyrique rend palpables la quotidienneté pastorale. Superstitions préislamiques, invocations idolâtres, spiritisme, magie, sorcellerie, sur fond de sensualisme, de spontanéisme, de délectation, de dérision. Les adages, les proverbes, les maximes, substantifiques moelles de la sagesse traditionnelle, agissent comme des ponctuations. La candeur épouse la grâce. La fraîcheur laisse trace. Dans la bourgade d’Azilal, flanquée de remparts inescaladables, de tours à meurtrières, Mririda, la trentaine à peine, est tolérée avec quelques filles de petite vertu. Elle n’a pour séduire que ses longs cheveux noirs, aux reflets d’anthracite, et ses yeux immenses. Son teint est précocement fané. Elle chante ses poèmes en prolongeant les syllabes finales. Personne ne se soucie d’elle. Ses mots sont incompréhensibles aux soldats coloniaux, aux supplétifs locaux. Elle ne cherche pas non plus à séduire les chalands. René Euloge fait sa connaissance sur recommandation d’un ami. Elle l’invite à prendre le thé chez elle. Il la retrouve régulièrement, à la tombée de la nuit, vêtue de fines étoffes et de somptueux brocarts, fleurant la rose et le jasmin. Il traduit ses poésies en respectant au mieux la sémantique orale.  Mririda, drapée d’un manteau de laine à bandes amarantes, écarlates et blanches, élève ses bras cerclés d’armilles d’argent comme une danseuse céleste. Elle prend des poses hiératiques sans en soupçonner l’envoûtante impact. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, René Euloge retourne à Azilal et à Magdaz, village natal de sa poétesse. Sa recherche de Mririda, entre présomptions hasardeuses et fausses pistes, reste vaine. Elle a disparu à jamais. Demeure sa poésie sauvée du néant. 

 

 

© Mustapha Saha.

Sociologue.

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Pour citer cet article engagé, illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peinture), « Le livre des transgressions », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 15 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ms-transgressions

 

 

 

 

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2 décembre 2025 2 02 /12 /décembre /2025 17:17

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges / Muses au masculin

 

 

 

 

 

 

 

 

انام بجانبي واترك نسختي علی الكرسي

 

 

 

 

 

Poème surréaliste par

 

 Mohamed Ben/

بن (عيسی) محمد

 

 

 

Crédit photo : Zikpui, chaise traditionnelle, capture d’écran d’une image libre de droits du site Commons.

 

 

 

غريبة تلك الغرفة

تهرب نحوها الاصداء كي تموت

جدرانها يكسوها غبار الاحلام المتروكة

كلما فتح الباب

ترتج ارضيتها

تحت قرع نعال لا تری

 

وفي الوسط كرسي قديم

صابر ينتظر

كملك ميت

 

وعلی الكرسي معطف

مازال دافيء

كان الاشباح ترتديه

تقدمت ببطء وجلست علی الكرسي

تذكرت ان المعطف معطفي

وانا من وضعه علی الكرسي

قبل ان اخرج من الغرفة

 

حين مشيت بداخلي

كمن يمشي في مكتبة مهجورة

رفوف متداعية

وغبار يتسلق الهواء 

كدخان صامت

 

وفي كل كتاب

 عوالم لم اعشها

وابواب موصدة

بدون مقابض

لا تفتح الا من الجهة الاخری

 

بداخلي في الغرفة الغريبة

اسمع جمجمتي وهي تبكي

 كطفلة رضيعة

تخلت امها عنها

كما اسمع درج الطاولة القديمة في ركن الغرفة

ينغلق ببطء معدني

كباب يغلق علی ارواح مشردة

 

في الغرفة التي دخلتها بداخلي

جدران تنزف

ظلال موتي

تبدو كصلوات سقطت

من سماء سوداء

والهواء كصمت سائل

لا يابه بي

ولا يذكرني

ربما مشغول بترتيب العالم 

عالم الغرفة 

كلما حاولت ان اتكلم

لا احد يسمعني

صرت صمتا

والصمت لا يسمع نفسه

 

انام بجنبي

واترك نسخة مني

تجلس علی الكرسي القديم

كي تحرس الصمت

 

نسختي العاجزة 

علی الكرسي بقيت

 تنتظر يدا تطفيء

اخر مصباح

كي تعترف الظلمة

بنفسها

 

انام بجنبي

مفتوح العينين

 متصلب كتمثال من رخام اسقطته العواصف

تلك العواصف التي

فتحت في ظهري جرحا مفتوحا

كنهر اسود

تستقر الطيور الجارحة علی حوافه

تلك الطيور التي

عادت من منافيها البعيدة

 

 

كي تری كيف تتسع 

حواف النهر اكثر

ويسقط جسد السماء بداخله

 

عادت كي تری

كيف تصعد ارواح الراحلين

من جوف النهر

كفوانيس باهتة

من بئر مهجورة

فامد يدي نحوهم

فيعبر كفي ضوء اسود

لتقوم الذاكرة

عارية كعجوز

تخرج؟من الكهف عارية

 

كان النهر يعرفني جيدا

حينما كنت امشي بمحاذاته

فاسمع ككل الجراح 

التي حاولت دفنها

لكنها تقفز صاعدة

كسمك بحثا عن حفنة هواء

 

النهر يعرف اني لست سوی ظل

يجره الماء باتجاه البحر

وان البحر لا يتذكر اسمائي

الا كحبات ملح

لاسقة في صخورأالشاطيءإالممتد

 

 

***

Pour citer ce poème surréaliste, inédit & illustré

 

Mohamed Ben, « انام بجانبي واترك نسختي علی الكرسي »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 10 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/mben-الكرسي

 

 

 

 

 

 

 

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27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 17:33

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

À Sète, au festival

 

 

« Voix vives » édition 2025*

 

 

 

 

 

Témoignage & images par

 

Amel Boudali

 

 

 

 

© Crédit photo : Amel Boudali en mode lecture avec Isaac Alonso Araque, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

 

J'ai eu cette année le bonheur d'être conviée au festival de poésie Voix Vives de Méditerranée qui s'est déroulé du 18 au 26 juillet dans la belle ville de Sète. Maïthé Vallès-Bled, directrice de ce festival accompagnée de toute une équipe de poètes et artistes animateurs des rencontres ainsi que de très nombreux bénévoles dévoués à cet événement, orchestre chaque année cette grande fête de la poésie.

 

© Crédit photo : Crac Poétique, poésie et performance avec Capitaine Alexandre. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les rencontres se déroulent au cœur de la ville en plein air : rues, parc, cafés, cours d'immeuble, patios, médiathèques etc. plus de 70000 spectateurs assistent gratuitement à des lectures de poèmes, des rencontres entre poètes et artistes, musiciens et conteurs. 

 

J'ai pu ainsi présenter mon recueil Mers à paraître à la rentrée 2025 aux éditions LansKine. 

 

​​​​​© Crédits photos : Première & quatrième de couverture illustrée de l’œuvre de Amel BOUDALI « Mers » aux éditions LansKine 2025. Images fournies par Hanen Marouani.

 

Chaque jour, j'ai eu la joie de partager mes poèmes avec un public attentif et bienveillant lors de lectures / rencontres avec les poètes et poétesses, ou de moments plus intimistes comme les ateliers d'écriture partagés avec les lecteurs. Lire des poèmes demeure l'une de mes plus grandes réjouissances : depuis l'enfance (ce sont des souvenirs heureux de ma petite enfance où mon père aimait à nous lire les grands poètes Hugo, Rutebeuf, Mahmoud Darwich, Nazim Hikmet etc.), j'aime prendre le temps de faire résonner les textes, de ménager les silences nécessaires à la poésie, de ne pas imposer aux auditeurs mes émotions mais tenter de créer un espace partagé entre le spectateur et moi pour que le texte respire.

 

© Crédit photo : Sous un même ciel avec Sapho. à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Ma lecture en barque sur le canal royal demeure un moment fort : lire des poèmes de mon recueil Mers in situ, si je puis dire, a amplifié les sensations et j'ai mis du temps pour revenir à quai. Et quelle joie de reconnaître au fil de ces rencontres des visages déjà entraperçus ! Une sorte de connivence et de profonde empathie se noue au cours de ces instants. Ces moments sont précieux car ils déjouent le poncif sur le caractère élitiste de la poésie. Les événements poétiques se déroulent au cœur de la ville et le désir de poésie est grand, comme en témoigne la présence constante du public.

 

© Crédit photo : Lecture de Samer Abou Hawwesh, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les échanges avec les lecteurs et lectrices sont riches d'émotions et de surprises et, en tant que poète ou poétesse, on assiste ému-e-s à la réception de ses œuvres, qui ne nous appartiennent déjà plus tout à fait. 

 

Au cours de cette semaine, 70 poètes et poétesses prennent la parole. Leurs voix résonnent aux quatre coins de la ville et il suffit de déambuler dans les rues avec le programme en main pour découvrir Samer Abou Hawwesh, grande voix palestinienne, Maïsse Alrim Kharfoul de Syrie ou encore Nassuf Djailani, de Mayotte, entre autres. C'est une source inépuisable d'inspirations et l'on se nourrit profondément à l'écoute de telles voix. J'ai été particulièrement touchée par la poésie solaire et révoltée d'Alicia Es. Martinez Juan, poétesse espagnole, mais également la délicate poésie de Jean le Boël ou le slam habité du Capitaine Alexandre. 

 

© Crédit photo : Soirée de clôture du festival en compagnie du poète Michel Dunand et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Cette manifestation ouvre grand sa scène aux poétesses de Méditerranée et d'ailleurs. Que ce soit dans les thématiques ou les sensibilités, une palette riche et nuancée de voix s'exprime dans toute sa diversité. D'autres regards portés sur le monde, la politique ou l'amour émergent de ces voix singulières : Sanja Bakovic, Gonca Ozmen, Claire Lajus, Christine de Calmy ou encore Céline de Saër, Assala Lamaa, Aurélie Allexandre d'Albronn, Isabelle Junca et tant d'autres.

 

© Crédit photo : voix féminines : avec les poétesses Maïté Soler, Gonca Ozmer, Sanja Bakovic et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

* Ces quelques réflexions autour de l'expérience si enrichissante du festival de Sète de la poétesse franco-algérienne Amel Boudali sont un bref témoignage donné suite à des questions qui lui ont été posées par la rédactrice Hanen Marouani des revues poéféministes Le Pan Poétique Des Muses & Orientales.

 

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Pour citer ce témoignage illustré & inédit

 

Amel Boudali (texte & images), « À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/ab-voixvives

 

 

 

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SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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