La revue Le Pan Poétique Des Muses a la joie de vous annoncer la parution le nouvel ouvrage intitulé « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger (chez les éditions Astérion) de notre rédactrice Françoise Urban-Menninger. Nous publions ci-dessous et en avant-première la première de couverture et la présentaion de l’œuvre par la maison d’édition.
Présentation du recueil par les éditions Astérion :
Françoise Urban-Menninger, lauréate nationale de la nouvelle universitaire en 1993, publie avec L'heure du thé son 4e recueil de récits dans la lignée de Katherine Mansfield, Virginia Woolf, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton ou encore Eleonora Carrington, des autrices qu'elle affectionne particulièrement. On décèle, ici et là, des pointes de surréalisme et l'on songe à Paul Eluard, André Breton, voire Guillaume Apollinaire… Mais la nouvelliste possède un style singulier dont la petite musique n'a pas fini de nous surprendre en égrenant ses notes au charme envoûtant !
Poète et nouvelliste, née à Mulhouse en 1953, Françoise Urban-Menninger est l'auteure d'une trentaine d'ouvrages ainsi que chroniqueuse pour les sites Exigence Littérature et Le Pan Poétique des Muses. Présidente de la commission littéraire de l'Académie rhénane, elle organise de nombreux événements littéraires en Alsace, participe à des salons du livre, intervient lors de colloques et collabore à plusieurs revues de littérature en France et à l'étranger.
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Pour citer cet avis de parution illustré & inédit
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES,« Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :
Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), illustration d'une nature morte de fleurs avec un papillon, peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.
Elle était sortie de ma vie depuis cinq ans. Cinq ans déjà… Tout me rappelait ce bonheur défunt. La nuque d’une femme marchant devant moi dans la rue, un parfum volatil, un sourire qui ne m’était pas destiné. Une ombre parfois… Je vivais dans le souvenir, dans son souvenir. Parfois, c’était insupportable. J’avais envie de hurler ma détresse au monde entier. J’étais devenu laconique, muré dans un silence destructeur. Ma vie avait basculé en quelque sorte. J’étais un autre homme à la personnalité fuyante, qui refusait toute compagnie.
Et puis, il y avait eu cette jeune femme, nouvelle venue dans l’immeuble, qui avait emménagé dans l’appartement voisin du mien. La première fois que je l’avais vue, je n’avais rien remarqué de particulier en elle et, c’est vrai, les femmes avaient cessé de m’intéresser, du moins essayais-je de m’en persuader. J’étais rentré tard, je n’avais plus d’horaires depuis la disparition de Sabine ; plus rien n’avait d’importance.
Elle était là, dans le couloir, à l’entrée, considérant les boîtes aux lettres avec attention à ce qu’il paraissait. L’air éperdu, elle m’a regardé brièvement puis elle a souri. J’ai détourné les yeux, voulant continuer mon chemin. Il me tardait de m’enfermer entre mes quatre murs avec une bouteille de Mercurey, l’un des vins préférés de Sabine qui était bourguignonne d’origine. Ce soir-là, j’ai dû vider la bouteille plus vite que d’habitude avant de sombrer dans le sommeil lourd de l’ivrogne qui n’a plus rien à perdre.
Je n’avais rien changé dans l’appartement depuis la disparition de ma compagne. J’avais songé à prendre une femme de ménage qui s’occuperait de mon intérieur mais l’idée qu’une autre aurait pu toucher, déplacer ses objets personnels m’était insupportable. Ses parfums et autres produits de toilette reposaient dans la petite armoire de la salle de bains. Ses précieux bibelots ornaient toujours notre appartement. Je les époussetais soigneusement à intervalles réguliers. Je n’avais pas eu le courage de l’exclure de ma vie davantage. Ses vêtements étaient toujours alignés dans le vieux placard de notre chambre, notamment cette robe mauve boutonnée sur le côté que j’aimais tant…Son sac à main dormait toujours dans le salon à la même place. Rien n’avait bougé. C’était le palais de la Belle au bois dormant sauf que les rôles étaient inversés puisque la Belle avait quitté le château à jamais. J’avais l’illusion que je me réveillerais un matin avec Sabine à mes côtés, en train de me caresser les cheveux. Un peu comme dans un conte de fées.
Un soir, en rentrant du travail, j’avais entamé la bouteille de Mercurey comme à l’accoutumée puis j’ai entendu frapper à la porte. D’abord, je n’ai pas réagi. Depuis combien de temps n’avais-je pas entendu ce bruit ? Quelques instants plus tard, une voix féminine a retenti : « Monsieur…Monsieur ? Vous êtes là ? » Une voix jeune et mélodieuse qui me rappelait celle de quelqu’un. Je n’avais pas envie de bouger, pas le courage surtout. Etait-ce l’effet du vin ? Il me semblait que Sabine était assise à mes côtés sur le vieux canapé défoncé
Qui avait dû être vert. A nouveau, j’entendis frapper à la porte et la même voix s’éleva : « Monsieur ?... »
J’ai réussi à m’arracher au confort relatif du canapé hors d’âge. Elle était là… l’inconnue de l’immeuble qui m’avait souri un soir. Elle prononça ces quelques mots déconcertants : « C’est moi… »
J’étais troublé. D’abord, je ne sus quoi répondre puis je finis par articuler : « Qui…moi ?
J’avais l’impression d’être dans un rêve. Il y avait ce prénom adoré prononcé par une femme inconnue. Inconnue… et pourtant…ce parfum, l’odeur de ce parfum de Dior m’était familière. La tête me tournait… Sabine, son parfum…Le parfum de Sabine…Tout vacillait et surtout mes certitudes. Je crois que j’ai fini par m’évanouir.
Lorsque je me suis réveillé, elle était assise là, sur notre canapé, à sa place. J’avais la tête sur ses genoux et elle me souriait. La tête me tournait. Où étais-je ? Qui était cette femme ? « Sabine », ai-je murmuré. Elle a souri encore une fois en me tendant un verre : « Buvez. Ḉa vous fera du bien. »
Je n’ai rien répondu. J’ai bu le breuvage sans savoir de quoi il s’agissait puis j’ai perdu connaissance.
Le lendemain, un samedi, je me suis réveillé très tard, avec une violente migraine. J’avais dû imaginer les événements de la veille, le vin, peut-être. J’ai eu honte. Il y avait longtemps, si longtemps que je ne m’étais pas rendu sur la tombe de Sabine. Ces derniers temps, je l’avais négligée. Je me culpabilisais.
Il pleuvait. Une pluie fine et pénétrante. Le cimetière était à proximité de mon domicile. Marcher me ferait du bien, pensais-je. La tombe de la personne aimée n’était plus très loin lorsque je l’ai vue. C’était l’inconnue de la veille, celle qui avait perturbé mon existence de solitaire. Je n’avais donc pas rêvé ?... Elle m’a croisé avec toujours le même sourire aux lèvres : « Bonjour, murmura-t-elle, à une autre fois. » Je me retournai : elle avait disparu. La même odeur de parfum flottait dans l’air, imprégnant tout. Ce parfum…Le sien, celui de Sabine…Comment était-ce possible ? Il y avait un bouquet d’œillets blancs sur la tombe de mon amour. Ses fleurs préférées…Qui donc avait eu cette attention ?
Je ne comprenais plus rien. Quelque chose me dépassait. J’avais très envie d’emporter un des œillets blancs pour le déposer dans l’appartement afin de le garder jusqu’à ce qu’il se réduise en poussière, comme notre amour. Je ne l’ai pas fait. Je n’aimais pas ou plutôt je n’aimais plus les symboles même si notre vie en avait été parsemée comme autant de petits rites quotidiens censés unir les êtres. Je n’avais rien à opposer à la disparition de ma Sabine. J’aurais dû m’interroger sur l’apparition de l’inconnue dans ma vie, sur ce prénom qui était celui de ma compagne, sur le parfum qui nous servait de trait d’union sans oublier la présence de ma voisine dans le cimetière, ce bouquet mystérieux… mais je n’en avais pas la force. Je survivais depuis cinq ans, rien de plus. Je n’avais jamais eu de goût pour les mystères je crois et encore moins pour les énigmes tellement notre vie à deux était placée sous le signe de la connivence, d’une forme de relation fusionnelle où tout était limpide. Ma vie avait perdu son unité et toute signification. Tout autre que moi aurait cherché à en savoir plus sur l’inconnue, sur cet enchaînement de faits qui ne devait rien au hasard, l’aurait interrogée peut-être... Sabine, la vraie, avait disparu de ma vie ou plutôt elle était morte. Quoi d’autre. Plus rien n’avait d’importance désormais.
Ce soir-là, la jeune femme ne frappa pas à ma porte. Elle se contenta d’entrer, la bouteille de Mercurey à la main et me sourit. Sabine –puisque c’était son nom- s’assit à mes côtés sur ce vieux canapé que je n’aurais changé pour rien au monde. Nous n’échangeâmes aucune parole. Je suppose qu’elle finit par s’en aller. Je me suis réveillé, hébété, sur ledit canapé. La bouteille était vide. Là encore, j’aurais pu avoir rêvé. L’odeur persistante du parfum de Sabine flottait dans l’air confiné de l’appartement. Tout était dans l’ordre. Dans l’ordre, oui mais lequel ?
Je m’aperçois que je n’ai donné aucune description des deux Sabine. A quoi bon ? La mienne était aussi blonde − une vraie blonde, je tiens à le préciser − que l’inconnue était brune. Quelle importance ? Je subissais les événements. Je crois avoir parlé de mon peu d’intérêt pour la métaphysique.
Un soir, ma voisine est entrée, la bouteille à la main. Je lui ai tendu le cadeau que je lui destinais, ce parfum de Dior qui nous tient presque lieu de langage. Elle m’a regardé, a souri sans prononcer un mot. Elle a commencé à se déshabiller sans cesser de me fixer des yeux. Ses yeux… c’est curieux, je n’arrive pas à leur donner une couleur précise. J’ai l’impression qu’elle change au gré des jours. Et ceux de Sabine ? Etaient-ils bleus, marron… ? J’ai oublié…
Sabine fait partie de ma vie depuis cinq ans à présent. Cinq ans déjà… Si quelqu’un me parlait d’une autre femme, endormie pour l’éternité dans le petit cimetière proche de mon domicile, j’en serais le premier étonné. Ma compagne aime particulièrement le Mercurey : elle est d’origine bourguignonne, elle utilise toujours le même parfum de Dior. Ah oui, j’oubliais… elle a une prédilection pour les œillets blancs.
Pour citer cette nouvelle engagée, illustrée & inédite
Denis Emorine,« Les Sabines », peinture par Barbara Regina Dietzsch (1706-1783),Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 19 octobre 2025. URL :
Paris. Vendredi, 4 octobre 2024. Les éditions de Minuit republient Liberté de Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel (1895-1952), également connu sous les pseudonymes Didier Desroches, Jean du Haut, Maurice Hervent. Il fallait bien brouiller les pistes pendant la résistance.
Été 1941. Paris sous occupation allemande. La destinataire initiale du poème est Nusch Éluard (1906-1946), de son nom de naissance Maria Benz, alsacienne, muse incomparable des surréalistes. Paul Eluard lui dédie, après sa mort, ces vers terribles, gravés sur la stèle de sa tombe au cimetière du Père Lachaise : « Vingt-huit novembre mille neuf cent quarante six. Nous ne vieillirons pas ensemble. Voici le jour en trop. Le temps déborde. Mon amour si léger prend le poids d’un supplice ». L’auteur explique la genèse de Liberté : « En composant les premières strophes, je pense révéler, pour conclure, la femme que j’aime. Mais, je m’aperçois rapidement que le seul mot qui se présente à mon esprit est liberté. Ainsi la femme que j’aime incarne un désir plus grand qu’elle ». Le poème, entamé en 1941, est achevé en mai 1942. Le manuscrit est confié à Max-Pol Fouchet, directeur de la revue littéraire et poétique Fontaine à Alger, foyer de l résistance intellectuelle. Le poème est publié, pour la première fois, en juin 1942 sous le titre Une seule pensée pour éviter l’interdiction. Max-Pol Foucher reçoit néanmoins un avertissement des autorités pétainistes : « La Censure centrale remarque depuis longtemps que votre revue, de caractère strictement littéraire, publie des poèmes, des contes, des analyses critiques où l’on trouve des allusions transparentes aux événements politiques, allusions nettement hostiles ».
Liberté est également publiée à Paris, en septembre 1942, par le groupe La Main à plume, dans une plaquette de vingt-huit pages, tirée en cinq mille exemplaires, clandestinement distribuée dans les universités, les lycées, les usines. Le poète, menacé d’arrestation, quitte son domicile. De novembre 1943 à mars 1944, Nusch et Paul Eluard se réfugient dans l’hôpital psychiatrique de Saint Alban en Lozère. Ils rentrent à Paris au printemps 1944. Paul Eluard fonde, avec Louis Parrot, L’Eternelle Revue avec l’exergue : « Une fois de plus, la poésie mise au défi se regroupe, crie, accuse, espère ». De santé fragile, le poète est foudroyé par une crise cardiaque à l’âge de cinquante-six ans. Le gouvernement français, engoncé dans les guerres coloniales, refuse de lui accorder des funérailles nationales.
Dès décembre 1942, Liberté est reproduit, en France et à l’étranger, dans de nombreuses publication, dans la revue France Libre à Londres notamment. Le poème est souvent repris sans nom d’auteur. Il gagne d’emblée le domaine public. Il est illustré par des artistes de renom, mis en musique par Francis Poulenc. Pendant l’été 1943, le compositeur crée Figure humaine, cantate pour double chœur mixte a capella. Jean Lurçat réalise une tapisserie aujourd’hui conservé au Centre Beaubourg Paris. Le service britannique Political Warfare Executive publie Liberté dans la Revue du Monde Libre et le largue par avion sur la France dans le cadre des opérations Nickel Raid. Deux aviateurs y laissent la vie.
Cinq dessins Liberté, j’écris ton nom, encre, gouache et graphite sur papier, commandés en 1953 par l’éditeur Pierre Seghers à Fernand Léger (1881-1955), un an après le décès du poète, donation de Louise et Michel Leiris en 1984, sont visibles au Centre Beaubourg Paris. Paul Eluard est représenté pensif, coloré de vert, de bleu, de jaune et de rouge. Fernand Léger réalise un livre accordéon, imprimé au pochoir, en tirage limité de 212 exemplaires. En novembre 2016, l’ouvrage reparaît à l‘identique. Au cinquième étage du siège du Parti communiste français, construit par Oscar Niemeyer place du colonel Fabien à Paris, trône le poème Liberté illustré par Fernand Léger, une tapisserie tissée en avril 1963 dans les Atelier Tabard Frères à Aubusson.
Paul Eluard s’engage tout au long de sa vie contre le colonialisme. Il soutient les marocains pendant la guerre du Rif (1921-1927). Il s’oppose, à l’exposition coloniale de 1931, dirigée par le maréchal Hubert Lyautey, honorée de la présence du sultan du Maroc, Mohammed Ben Youssef. Le pavillon marocain est un palais avec une porte monumentale, entouré de patios. L’orientalisme dans son expression la plus caricaturale. J’ai visité récemment le château d’Hubert Lyautey dans le petit village lorrain de Thorey, à une trentaine de kilomètres de Nancy, grande demeure surchargée de tableaux pittoresques, d’objets artisanaux, de photographies avec les deux sultans de l’entre-deux-guerres. Au dernier étage, une peinture géante représentant Moulay Youssef, un salon marocain archaïque, désuet. Des personnages pathétiques veillent sur l’héritage.
Tract Ne visitez pas L’Exposition Coloniale. « Brigandage colonial. On a envoyé en Afrique, en Asie, des navires, des pelles, des pioches pour créer du travail contre un salaire misérable, comme un don fait aux indigènes. Il est donc naturel, prétend-on, que le labeur de ces millions d’esclaves nous rapporte des montagnes d’or. Nous tenons les zélateurs de cette entreprise pour des rapaces. Les Hubert Lyautey, les Jacques-Louis Dumesnil, les Paul Doumer, qui tiennent le haut du pavé dans la France du Moulin Rouge, ne sont que des figurants du carnaval des squelettes. Les promesses de l’affiche de recrutement des troupes coloniales sont éloquentes : une vie facile, des négresses alléchantes, des pousse-pousse tirés par les indigènes. Rien n’est épargné pour la promotion. Un sultan chérifien en personne bat la grosse caisse à la porte de son palais en carton-pâte. Les conquérants des paradis coloniaux s’enorgueillissent du Luna-park de Vincennes. Contre les discours patriotiques, les exécutions capitales, exigez l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux, des fonctionnaires responsables des massacres du Maroc, d’Annam, du Liban » (André Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret, Georges Sadoul, Pierre Unik, André Thirion, René Crevel, Louis Aragon, René Char, Maxime Alexandre, Yves Tanguy, Georges Malkine).
Une contre-exposition s’intitule La Vérité sur les colonies. L’artiste allemand John Heartfield, de son nom d’état civil Helmut Herzfeld (1891-1968), ami de Louis Aragon, réalise un photomontage de deux poings levés, noir et blanc, couverture de la revue Social Kunst, n° 8, 1932, préfiguration des luttes pour l’indépendance. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. Une photographie de Man Ray est publiée dans le magazine Vogue de mai 1926 sous le titre Visage de nacre, Masque d’ébène. L’égérie Kiki de Montparnasse pose avec un masque africain. Le négatif décline des spectres. Aux lendemains de l’exposition coloniale, des œuvres déshabillent l’imaginaire occidental. Se tournent en dérision les fantasmes esclavagistes. Le magazine Vu publie, en 1934, un hors série sur la colonisation. Sur une d’Alexandre Liberman. un colosse noir porte la civilisation occidentale sur la tête. Projection délirante. Force physique, mollesse cérébrale. Victor Hugo lui –même, concepteur de la colonisation africaine, anti-esclavagiste convaincu, raciste avéré, n’appelle-t-il pas les noirs les pieds plats. Années trente, les génies du jazz se révèlent. Se célèbrent les métissages, au nez et à la barbe du suprématisme. En 1934, Nancy Cunard publie à Londres Negro Anthology, avec 250 textes d’auteurs de 155 autrices et auteurs africains, caraïbéens, américains. L’ouvrage de neuf cents pages n’est traduit en français aux éditions du Sandre qu’en 2023.
Je reçois, aujourd’hui même, un opus d’une vingtaine de pages signé Raoul Vaneigem, titré Abolir la prédation, redevenir humain, Appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique, éditions Grevis. L’incipit, d’une formule percutante dont le philosophe a le secret, résume l’enfer actuel. « Nous avons fait de l’homme la honte de l’humanité. Du plus lointain des temps à nos jours, aucune société n’atteint le degré d’indignité et d’abjection attesté par une société agro-marchande qui passe, depuis dix-mille ans, pour la civilisation par excellence. Ce qui s’impose ainsi, en fait, c’est la dénaturation de l’être humain. On chercherait en vain parmi les carnassiers les plus impitoyables, une cruauté aussi délibérée, une férocité aussi inventive. L’opinion publique préformée prend parti pour l’un ou l’autre belligérant, comme s’il s’agissait d’un match de football. Les paris sont ouverts. Les hourras des spectateurs couvrent les hurlements des foules massacrées. Les rapacités financières orchestrent la dénaturation humaine, rythment les apathies, ponctuent les frustrations, déchaînent la haine meurtrière ».
Manque, pour comprendre cette traversée des ténèbres, la pensée percutante, turbulente, du philosophe Gilles Deleuze. « Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. Les affects tristes diminuent notre capacité d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Les tyrans, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, d’administrer nos petites terreurs intimes, de neutraliser les surgissements de la vie. Leur arme de dissuasion est la mort. Les vampires ne nous lâcheront pas tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contamination » (Gilles Deleuze).
Les humains perdent leur créativité. Ils ne pilotent plus leur destinée. Les ethnocides, les liberticides engouffrent l’insoutenable, l’invivable dans des régions entières. Le génocide le plus atroce, le plus brutal, le plus sanglant se justifie par des raisons sécuritaires. Qui vole aujourd’hui au secours des palestiniens en dehors des indignations de la rue ? Des voix juives intelligentes, courageuses, s’élèvent, au sein de l’impérialisme américain, contre l’ignominie sioniste. Légitime défense du pot de fer contre le pot de terre. Les discours fascistes, les actes monstrueux, les arguments fallacieux trouvent échos favorables dans les grands médias. Les consciences dévoyées s’abreuvent au spectacle des civils abattus à bout portant, des villes rasées par les bombes au phosphore blanc. Le profit prospère dans la destruction. La vie est un crime aux yeux des exterminateurs, des sociopathes détenteurs de pouvoir étatique. Contrairement aux psychopathes qui se défoulent sur des souffre-douleurs particuliers, les sociopathes ciblent des collectivités entières. Le massacre se digitalise. La boucherie se rentabilise. Les gouvernances décrédibilisées, noyées dans leur emphatique ignorantisme, aspirées par le vide, se militarisent faute d’autres moyens de s’imposer. Le pire se professe comme une fatalité. C’est la mort qui se démocratise. Je me dis : l’humanité touche le fond, elle ne peut que remonter. Je constate que le fond se creuse encore plus. Les incultes deviennent les maîtres, les charlatans les gourous, les intellectuels médiatiques les marionnettes. Les jeunes sous tutelle. Les vieux sous curatelle. La peur, une drogue populaire. Que revoit-on aujourd’hui dans plusieurs capitales européennes ? Des défilés de chemises noires, des revenants phalangistes, des spectres fascistes.
Dans ce monde à la dérive, déshumanisé, technocratisé, déconscientisé, robotisé, le salut ne peut venir que de l’art et de la poésie. Comme en Mai 68. Nous avons chanté, le temps d’une fête révolutionnaire, pacifique, le désir de liberté et la liberté des désirs. Les graines semées tardent à refleurir. Les monstruosités déculpabilisées, des dévastations décriminalisées sont de retour. Le poème est plus vital, plus salutaire que jamais. Réciter Liberté de Paul Eluard. Regarder Guernica de Pablo Picasso. Combiner leurs variations allégoriques. Leurs correspondances métaphoriques. Et l’âme étincelle de mille espérances.
Mustapha Saha, « Un poème peut transformer le monde », photographie par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 26 août 2025. URL :
Chronique du livre en anglais de Pamela Shields, Max Ernst and The Génie of Amboise. Amazon éditions, 2024 (voir aussi URL. www.pamela-shields.com).
« Il n’est probablement pas et ne sera jamais aussi célèbre que ses contemporains, Picasso ou Dali. Ceux-ci étaient bien décidés à ne jamais être oubliés. Ernst l’espérait. Dali et Picasso devinrent des parodies d’eux-mêmes. Ernst jamais. » (203)
Le ton est donné, puissant et juste. Cet artiste allemand amoureux de Paris, marié en troisièmes noces à Peggy Guggenheim, parti vivre avec une autre épouse américaine en ermite dans le désert de l’Arizona, est un homme universel.
Marié en quatrièmes noces à Dorothea Tanning, il a choisi la Touraine, à l’âge de 64 ans, et érigé son chef-d’œuvre La Fontaine au Génie dans la ville d’Amboise. Après avoir été considéré comme ennemi de la France en tant qu’Allemand, c’est en citoyen français décoré de la Légion d’honneur qu’il meurt en 1975. Il a déshérité son fils Jimmy Ernst au profit de son épouse Dorothea Tanning, une peintre d’exception. Il a toujours aimé des femmes d’exception. Pendant sa passion avec Leonora Carrington, alors qu’ils avaient loué une maison à Saint-Martin d’Ardèche, il fut déporté dans un camp en 1939. Sans nouvelles de lui, Leonora passa en Espagne, fut internée à Madrid et réussit à s’enfuir au Mexique. La première épouse de l’inventeur de La Fontaine au Génie, Lou (Dr Louise Straus) a été assassinée à Auschwitz. Très cultivée, Lou a traduit en allemand le poème de W. B. Yeats, The Choice, qu’elle lisait à leur fils Jimmy :
L’intelligence humaine est obligée de choisir
Entre la perfection de la vie ou celle du travail.
Qui était Max Ernst ?
La poétesse surréaliste Valentine Penrose le « méprise ». En 1928, lors de vacances avec son mari Roland Penrose, Max et sa seconde épouse Marie-Berthe Aurenche, Valentine a déclaré que Max avait « un caractère cruel et sadique, qu’il aimait blesser la douce, naïve et gentille Marie-Berthe » qu’il traitait « honteusement ». Valentine Penrose l’a jugé comme « un opportuniste qui cultivait des amitié avec des gens aisés et les exploitait dans son seul intérêt » (p. 152-53). Comment pouvait-elle juger ? Les Penrose étaient des amis de Gala et Paul Éluard. Valentine, extrêmement belle, dont les poèmes étaient admirés par Éluard, est une des rares femmes qui n’ait pas succombé au charme de Max, précise Pamela Shields. L’art expose à la jalousie forcément méchante, et il y a le revers de la médaille (voir photomatons avec Marie).
La façon exceptionnelle dont Pamela Shields présente la démarche spirituelle de cet Allemand transfuge et apatride expose en toute intelligence la multiplicité du personnage. D’origine modeste, il a connu à travers les femmes quelques-unes des plus fascinantes cultures de son temps (juive, française, anglaise, américaine), que son talent a unifiées par une ineffable quête intérieure. Voir cet artiste allemand tel un papillon qui se métamorphose jusqu’à l’imago (la mort) est hâtif, comme un amphibien est contestable et comme un ermite-sirène au pelage d’ours est le portrait de Leonora Carrington (voir photo).
Ses mœurs auraient pu l’égarer. En fait, elles sont foncièrement liées à l’œuvre (cf. sur la Toile Europe après la pluie, Aquis Submersus, en particulier). L’ensemble est un mystère que Pamela Shields intériorise avec humour pour la seule quête qui vaille, la quête de la liberté dans l’art. La célèbre « affaire » du ménage à trois de Gala, Paul Éluard et Max Ernst, en 1919, montre que cela « défie toute classification » (p. 208), même celle de « surréaliste » qu’il utilisait.
Les formules de l’essayiste anglaise reflètent la pensée de Max Ernst. Elles sont convaincantes sans être conventionnelles. Pamela Shields démontre comment Max Ernst applique à sa peinture qualifiée « onirique » voire « métaphysique », les théories freudiennes du rêve. L’amour intense que Paul Éluard voua à Max servit beaucoup à cet Allemand raffiné, révolté, qui venait d’abandonner sa femme et son fils parce qu’il n’était pas fait pour une vie routinière. L’amour inconditionnel que lui porta son fils suffit à remplir un livre. Jimmy Ernst a sauvé la vie de son père, exilé de sa patrie au titre d’« artiste dégénéré ».
Pamela Shields considère que Dorothea était plus talentueuse que Max Ernst. Que dire de Leonora Carrington, dite « surréalisante », « female iconoclaste » ? Son portait de Max avec une chimère de Licorne couronne cette passion amoureuse et dit la Solitude. Pamela Shields devrait lui consacrer une biographie, ainsi qu’aux autres « affins » amoureux du génial Max Ernst... La passion charnelle de l’autrice de La Maison de la Peur (préface et illustrations de Max Ernst, 1938) et Le Cornet acoustique (1974) a fini avec un mariage arrangé pour quitter l’Europe en guerre. Leonora a connu Frida Kahlo à Mexico. Ses sculptures nourrissent une « sorcellerie ironique » (Carlos Fuentes). Elle fut une mère exemplaire.
Louise, dite Lou, mérite une biographie. La première ! Elle a aimé Max Ernst à l’époque dadaïste. Pourquoi a-t-elle a refusé de rejoindre leur fils Jimmy en Amérique ? Elle a fait partie du dernier convoi pour Auschwitz.
Max, qui n’est pas un opportuniste, a eu une profonde relation avec Michel Debré, quand il a été maire d’Amboise. C’est grâce à Amboise et à Dorothea que Max a pu se consacrer à La Fontaine au Génie d’Amboise. Le lieu n’est pas neutre… les grenouilles et les tortues encore moins. Et ces langues d’étrangers, tous ces « drôles », fous sans l’être. Cette sculpture monumentale porte au sommet un Grand Génie, une figure d’oiseau penaud, ou un crapaud, que l’on retrouve en totem (voir photos), rappelant les petites figures en plomb exhumées du lit de la Seine et copiées par Alberto Giacometti1. Le contraste entre ces figures tordues et la barque de la Déesse Séquana (la Seine) fait écho à la dualité de l’homme blessé et de la Beauté. La connaissance « invisible à première vue » : « augenblick » (all.) contient « l’œil » — et la pierre —, l’Inconnu est actualisé, c’est l’instant du jaillissement, la genèse (sur la Toile, « im ersten Augenblick » est traduit par « tout d’abord »)…
J’ai assisté à l’inauguration de ce monument avec mon grand-père. Ce Grand Génie entourée de tortues et de grenouilles a été incompris. L’œuvre a provoqué un véritable tollé dans Amboise. Ainsi que la Légion d’honneur décernée à un artiste2.
« Génie » signifie la connaissance heureuse. C’est un des mots qui exprime l’indissoluble dualité d’Éros et de Thanatos. La synthèse des deux sens du mot « génie » est donnée dans cette pensée du grand poète Gérard de Nerval sur le philosophe italien Giambattista Vico,
« Vico, qui prétend que les divinités s’incarnent sous la forme des grands génies, des bons rois, des bienfaiteurs du monde ; de là la nécessité d’honorer les morts illustres, et sans doute un peu les vivants. »
Je reprends mon Mythe d’Isis (2024, p. 82), car dans les Illuminés, Gérard de Nerval a pré-intitulé « La Doctrine des Génies » le chapitre « Du mysticisme révolutionnaire ». Quiconque s’intéresse à la Révolution française fait face à cette notion de « génie », et à celle de « fontaine de régénération ».
« Par génie nous entendrons tout à la fois mouvement, origine et terme, couronnement et vérité [...] » écrit Jean-Pierre Richard dans Études sur le Romantisme (p. 17 à 18).
Un artiste aussi cultivé que Max Ernst, entouré de « génies féminins », n’a pu ignorer « la Doctrine des Génies ». Encore moins la « fontaine de régénération » érigée sur les ruines de la prison de la Bastille en 1789, qui avait des attributs de la Déesse Isis.
Quelle est « la Doctrine des Génies » ? Plutarque, dans Isis et Osiris, rappelle que des principes cosmogoniques incarnés par les divinités égyptiennes ont été considérés comme des « génies », c’est-à-dire des intermédiaires à caractère humain ou non entre les dieux et les humains.
Plutarque reprend la définition du principe divin attribuée à Pythagore :
« Dieu est une âme répandue dans tous les êtres de la Nature et dont les âmes humaines sont tirées. (note p. 87) ».
Cette grande âme est la base d’une gradation entre les règnes divins et humains. Elle est hiérarchisée en trois hypostases, ouvertes sur le cosmos : les dieux, les êtres humains et les « Génies », « ceux qui ressemblaient à Pythagore »…
Nous retrouvons chez Apulée une tripartition entre « Les dieux visibles » (I-II,116-121, p. 19-22), à savoir les planètes, « Les dieux invisibles » (II-III, 121-124, p. 22-23), les douze dieux romains, et le « Rôle des démons » (VI,132-134, p. 26-27), ces derniers, comme les Génies, étant des « puissances divines intermédiaires ». (« Du dieu de Socrate » — « De Deo Socratis » — dans Opuscules Philosophiques et Fragments, Les Belles Lettres, 1973).
Les livres d’Hermès Trismégiste, Poimandrès. Traités II-XVII du Corpus Hermeticum. Asclepius. Fragments extraits de Stobée (Les Belles Lettres, 1954-1960) reprennent cette doctrine des Génies pour les divinités égyptiennes, et à la fin du XIXe siècle, Le Rameau d’Or de Sir James Frazer (Laffont, 1983), livre à la portée de tout artiste préoccupé par les symboles.
Les Génies sont les plus proches possible de l’être humain, mais appartiennent à l’essence divine. Ils unissent deux catégories opposées par convention. Humains et dieux se fondent non pour abolir leur nature unique, mais pour former une identité tierce, habitée par la loi de la fécondité universelle. Cette pensée animiste irrigue la création artistique de Max Ernst, qui fut en symbiose avec ses « génies féminins ».
Si la notion d’échange prend une telle importance, c’est parce que cette pensée néo-pythagoricienne est fondée sur l’évhémérisme et la doctrine de réincarnation.
Les âmes pures de certains humains animaient les Génies, qui sont :
« un de ces êtres exceptionnels qui vivaient en contact direct avec la divinité. Quant aux âmes complètement purifiées, elles étaient affranchies du cercle des naissances » (Plutarque, p. 88)
La fontaine d’Amboise renvoie à la métempsychose, la doctrine de migration des âmes, et à la Fontaine de Régénération (cf. le chapitre éponyme du Mythe d’Isis).
Profitons de la perche tendue par Pamela Shields pour citer la dispute sur les génies reproduite dans de célèbres récits mystiques. Le premier est Le Comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes (1670). La « scission » entre l’auteur, l’abbé de Villars et le père Bougeant est ainsi décrite :
« Le dernier niait vivement la transformation des dieux antiques en génies élémentaires, et prétendait que n’ayant pu être détruits, en qualité de purs esprits, ils avaient été destinés à fournir des âmes aux animaux, lesquelles se renouvelaient, en passant d’un corps à l’autre selon les affinités ». (II,1120)
« La Doctrine des Génies » pose un strict continuum avec la personne humaine ou divine initiale.
Laquelle à Amboise ? Louise de Savoie ? Et tant d’autres, que l’essai Out of the Shadows. The Ladies of Royal Château Amboise (Les femmes du château d’Amboise sortent de l’ombre), de Pamela Shields (2022) présente de façon « géniale », et pour la première fois…
La doctrine de la métempsycose est aussi troublante que La Fontaine au Génie, tortues, grenouille et Assistants. Alors revient l’accusation d’hérésie, qui a tourmenté la passion idéale cultivée pour la « Nature naturante » des Alchimistes. Il y a juste un siècle, l’hérésie a mué en art « dégénéré ».
Max et Dorothea ont travaillé avec le seul sculpteur et peintre d’Amboise, Al Sarcy, un nom d’artiste choisi pour faire oriental (l’Orient symbolique et non réel). Ce sculpteur a laissé une œuvre sculpturale monumentale à la Maison des Pages alors propriété du poète Tristan Lamoureux (nom de plume de Jacques Mareuse). Le sens ésotérique, et les vastes proportions de ce chef d’œuvre sculptural dépassent les compétences d’Al Sarcy. L’influence de ce couple d’artistes allemand et américaine est incontestable. Elle mériterait une étude, si tout n’était pas piétiné par des rivalités. Pamela Shields déplore que les librairies amboisiennes n’aient pas un seul livre présentant Max Ernst et Dorothea Tanning. Un galeriste d’Amboise qui possède une œuvre de Max Ernst ne connaissait pas la fontaine, aussi invisible que scandaleuse. Heureusement, de nombreux musées protègent leurs œuvres (voir la maison Max Ernst & Dorothea Tanning, 37420 Huismes, tél : 06 89 93 52 23). Pamela Shields rappelle le soutien que ces deux personnalités reçurent du maire de Huismes, très honoré qu’elles aient choisi ce village pour créer et se reposer. Dorothea ne s’est jamais remariée, disant : Max était « la seule personne dont j’avais besoin. » (p. 227).
Pamela Shields projette en pleine lumière le rôle transformatif de cet artiste apatride. Comme Pamela Shields et Mark Playle, Max Ernst et Dorothea Tanning ont pensé trouver dans le « jardin de la France » un paradis pour leur retraite. Et la renaissance, un plaisir toujours renouvelé comme l’eau d’une fontaine. Max Ernst fut amoureux d’étrangères aussi talentueuses que lui. Il a encouragé leur création, réussissant autant une œuvre artistique « palingénésique » que sa vie sentimentale où Éros et Thanatos sont éternels. « Le diable porte pierre ».
Pamela Shields estime que le Surréalisme est aussi important que l’art de la Renaissance. Elle fait preuve d’un jugement sérieux, fondé sur de réelles connaissances : Max Ernst a été surréaliste avant la parution du Manifeste du Surréalisme d’André Breton, en 1924 !
1. Voir article Euronews.com du 14 mars 2024. Ces figurines sont conservées au Musée Carnavalet et dans la crypte de Notre-Dame. Certaines pièces furent dans les collections privées d’André Breton et Giacometti.
2. Marcel Aubaud a présidé l’Amicale des Anciens Combattants de la Grande Guerre de 1914-18. Chevalier de la Légion d’honneur, après Max Ernst, il a reçu la Médaille de la Ville d’Amboise. Comme André Breton, mais pas pour les mêmes motifs, il refusait que la Légion d’honneur soit attribuée à un artiste. Voir ses mémoires, Un imprimeur dans la tourmente, La Maison des Pages éditions, 2025.
3. Voir Julia Kristeva, Prélude à une éthique du féminin, livre et entretien à la librairie Mollat sur youtube (déc. 2024).
Camillæ ou Camille Aubaude (texte & images), « Qui est Max Ernst ? », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 12 avril 2025. URL :
Ce poème surréaliste s'inspire de la canicule. Il est illustré par des peintures de l'artiste suisse André Evard photographiées par Claude Menninger au Musée Messmer à Riegel en Allemagne.
Pour citer cet écopoème (surréaliste, climatopoétique, inédit) & ces photographies inédites
Françoise Urban-Menninger, « le mot soleil », poème illustré par trois peintures de l'artiste André Evard photographiées par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, mis en ligne le 16 août 2024. URL :
RÉCEMMENT, LE SITE « PANDESMUSES.FR » A BASCULÉ EN HTTPS ET LA DEUXIÈME PHASE DE SA MAINTENANCE PRENDRA DES MOIS VOIRE UN AN. NOTRE SITE A GARDÉ SON ANCIEN THÈME GRAPHIQUE MAIS BEAUCOUP DE PAGES DOIVENT RETROUVER LEUR PRÉSENTATION INITIALE. EN OUTRE, UN CLASSEMENT GÉNÉRAL PAR PÉRIODE SE MET PETIT À PETIT EN PLACE AVEC QUELQUES NOUVEAUTÉS POUR FACILITER VOS RECHERCHES SUR NOTRE SITE. TOUT CELA PERTURBE ET RALENTIT LA MISE EN LIGNE DE NOUVEAUX DOCUMENTS, MERCI BIEN DE VOTRE COMPRÉHENSION !
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