20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 19:15

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège  | Revue matrimoine | Voix/Voies de la sororité | Poésie & philosphie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques

 

 

 

 

 

 

 

Une femme la nuit

 

 

 

 

 

Poème féministe par

 

 Amel Boudali

 

 

 



 

Je suis 

une femme la nuit

je dresse

mes mains-torches

de tous les égarés

j'éclaire le chemin

hormis le mien

je me consume 

et sur ma route

tout n'est 

qu'ombres voilées


 

je suis

une femme entière

non la moitié d'un autre


 

au visage tatoué

par les jours amers

aux joues enflammées

des caresses du simoun

aux mains creusées de veines

vertes et espérantes

comme les chemins de mai

dans mes montagnes rêches

ma gorge est le palais

de mille chants anciens

qui courent  

jusque dans les vallées

et viennent se mêler

aux clapotis des vagues

pour être fécondés 

par l'écume des ans

et résonner nouveaux

au cœur de mes enfants

mes moissons de juillet

sont en bouche amères


 

une femme entière

non la moitié d'un autre


 

mes filles indénombrables

portent en bandoulière

leur corps à vif qui

cogne aux portes

de la vie

et s'écorche aux regards

hérissés de tessons

de couteaux et de haine

des corps entiers

non les moitiés d'un autre

mes filles de juillet

se languissent encore

des fruits de cette moisson

leur marche a commencé

à l'aube de notre histoire

dans le jour de nos villes

leurs semis en chemin 

germinent en cris de joies

de peines et de révolte

et dans leur sillon

elles déposent les corps

des compagnes brûlées

égorgées écorchées

d'où renaîtront encore

d'autres corps en marche

 

des compagnes brûlées

égorgées écorchées

mais toutes

toutes

entières non la moitié d'un autre

 

© Amel Boudali

 

Biographie

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poétesse Amel BOUDALI.

​​​​​

Amel BOUDALI est née à Alger. Elle a suivi ses études en France au cours desquelles elle a consacré un travail de recherche aux connivences esthétiques et éthiques entre les œuvres de Mohammed Dib et de  Guillevic. 

Attentive aux voix poétiques contemporaines, elle publie des lectures de recueils sur son blog « Cultures Plurielles » dédié à l'actualité poétique de tous horizons.

Elle a publié aux éditions LansKine le recueil Mers (2025).

Elle enseigne depuis une quinzaine d'années dans le secondaire auprès de jeunes réfugié-e-s.

 

***

Pour citer ce poème engagé, féministe, gnomique, illustré & inédit

 

Amel Boudali, « Une femme la nuit », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 20 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/ab-unefemmelanuit

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros IV & 5▼ Liens à venir

27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 17:52

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Fictions féministes


 

 

 

 

 

 

 

le voyage de l’éternel retour

 

 

 

 

 

 

Poème & photographie (fournie)

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

 

 

Crédit photo : Franz Marc (1880-1916), « Frau im Wind am Meer » ou « Femme dans le vent au bord de la mer », tableau peint en 1907 & tombé dans le domaine public, image libre de droits fournie par Françoise Urban-Menninger.

 

 

 

 

suis-je encore moi-même

quand sous le miroir de l’onde

ma mort m’étreint

de ses longs bras verdis d’algues marines


 

j’ai entrepris le voyage de l’éternel retour

qui de moi à moi

me ramène dans le ventre originel

où naît cette langueur d’être au monde


 

les vagues revêtues de lamelles d’argent

y ont des ondulations de serpent

parmi elles je me transmute

en une chevelure d’écume


 

la houle se propage en moi

défait la chair bleue du poème

le ciel zébré d’éclairs

soulève parfois mon âme sous les flots


 

j’ai encré ma rime en pleine mer

car je n’ai pour tout horizon

que cette dernière saison

où la mort me fait danser dans sa lumière

 

 

© Françoise Urban-Menninger, octobre 2025.


 

***

Pour citer ce poème lyrique, engagé, élégiaque & illustré

 

Françoise Urban-Menninger, « le voyage de l’éternel retour », peinture par Franz Marc (1880-1916), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fum-voyagedeleternelretour

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro IV▼ Lien à venir

23 octobre 2025 4 23 /10 /octobre /2025 13:44

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Voix / Voies de la sororité

 

 

 

 

 

 

 

 

Francesca Woodman

 

 

 

 

 

Extraits engagés & images par

 

Carmen Pennarun

 

Extraits poétiques reproduits dans cette revue avec l'aimable autorisation de l’auteure.

 

 

 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 1.

​​​​​


 

[Page 35]

 

 

Elle connut des heures si creuses

le miroir de l’instant ne renvoyant

qu’un leurre, une apparence

d’où elle n’était qu’absence

 

Le silence devint son maître :

 

personne à qui expliquer

les visions qui la hantaient

 

personne ne pouvait percevoir  

les choses de là où elle les observait

 

Une porte en elle s’était ouverte

et les courants d’air laissaient

s’engouffrer les encombrements

– son ordre contrariait toutes les normes

 

Elle tenait ferme son objectif

dont rien ne parvenait à la distraire

 

De ses fantaisies néo-gothiques

feuilles de route d’un esprit juvénile

elle enfanta son Art loin des modèles

parentaux. Elle édifia des piliers

aux ports de caryatides – les effigies

de ses flammes intérieures

 

Sur un temps de latence

elle régla sa vie, sans jamais parvenir

à embrasser le mystère de sa propre création


 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 2.

​​​​​



 

 

[Page 73]

 

Elle sème la confusion

brouille les pistes

nous (é)conduit

en zones d’ombres

vers des visions

théâtralisées

où le macabre

et le vivant

cohabitent

 

 

S’offrent à nous

(la photo est un présent)

des visions de cauchemar

où il ne manque au sujet

que le sourire, car il n’est

en rien passif et semble

nous indiquer la porte

de sortie du rêve

 

Les personnages

toujours prêts à s’enfuir

dont une partie du corps

échappe à l’enfermement

nous prennent dans leur champ

de vision. Une relation s’établit

entre le modèle et l’observateur

un retournement de situation

une inversion de rôle !

 

Aucune soumission

 

Aucune fatalité

 

Là où paraît l’enfermement

le regard indique une issue -

la voie fuyante vers la sortie

Il rend possible le décryptage

des situations incongrues

Son langage est à décoder

entre l’intrusion de l’objectif

et le vacillement des personnages

dans un espace où le temps

ne parvient pas à les fixer

sur le papier

Leur moi s’échappe

du cliché faisant d’eux des figures

absentes de l’obscurité qui les a vus

naître grâce aux échelles de lumière

que l’artiste a mis à leur disposition



 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 3.

 

 

[Page 107]


 

Elle déchire la cloison

et sort de la chambre

de papier

Elle décline l'illusion

de la photographie

ce mur qui compresse

notre image, la fige

sur un temps mort


 

L'adolescente s'interroge

devant le cadeau offert :

cet appareil, lui permettra-t-il

de réaliser des clichés flottants

pourra-t-elle l'utiliser comme on

laisse un robinet ouvert autorisant

l'écoulement de la vie, sans rupture

- en constante recherche de prises ?


 

Sa photographie ne reflétera pas

des formes dépossédées de vie

alors elle accolera la fragilité

de sa nudité à la mort

elle trompera le temps

en jouant avec une stèle

comme si elle était fenêtre

elle la traversera en toute ingénuité


 

La mort est un gain

que la vie transperce


 

La mort est une perte

que la photographie pénètre

 

L’œuvre est ce que l’artiste

parvient à soustraire du néant


 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 4.

 

[Page 109]

 

 

Tes pieds nus sur le vieux plancher

est-ce par peur des échardes

qu’ils s’en vont sautant

comme ceux d’un chimpanzé ?

Mais déjà tu t’accroches à l’embrasure

d’une porte et te voilà suspendue

au col d’une « mère maison »

qui est sur le point de t’effondrer.


 

 

Pourquoi tes ailes

plus pratiques que des échelles

les as-tu prêtées aux anges

sans oser les reprendre

au moment du grand saut

habillé d’une robe chemisier ?


 

La vie est un rythme

qui s’entend dans le studio

il fugue d’un accessoire à l’autre :

croquis, photos, poèmes,

collants, gants, nippes bohèmes

c’est jour de grande lessive

le chambardement en continu


 

 

Les gants s’en prennent aux étiquettes

tandis que tu disparais des autoportraits

car tu es en bas, pauvre nature morte

auréolée d’une longue chevelure blonde

 


 

Elle gît… verbe dont je haïs l’infinitif

il rompt définitivement avec le flux de la vie

aux yeux de ceux qui aiment il est anéantissement

car qui aime ne peut saisir

ce que l’éternité a conçu,

ce que de tous temps elle contemplait

et qu’elle prolongera en sensibilité

hors du champ de l’artiste*

 

 

 

© Carmen Pennarun,

© Quelques poèmes extraits de mon ouvrage « Dans l’arc d’un regard de caryatide », livre auto-édité en 2019. Tout le recueil est consacré à Francesca Woodman : cette jeune photographe qui s'est donné la mort et dont le travail sur la photographie sortait tant le corps féminin de la vision que les regards masculins renvoyaient, en général (et continuent de renvoyer).

***

Pour citer ces poèmes engagés, féministes, élégiaques & illustrés

 

Carmen Pennarun (poèmes & photographies), « Francesca Woodman », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/cpennarun-francescawoodman

 

 

 

 

 

Mise en page par David

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro IV▼ Lien à venir

7 juin 2025 6 07 /06 /juin /2025 13:13

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & Témoignages | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

​​​​​​​

​​​​​

 

Suzanne Valadon

 

 

(1865-1938)

 

 

 

 

 

 

 

Notice biographique par

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com

Facebook https://www.facebook.com/sarah.mostrel

Chaîne You Tube : https://www.youtube.com/user/SarahMostrel

 

 

 

Crédit photo : Suzanne Valadon (1865-1938), « Autoportrait », peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran par LPpdm d’une photographie libre de droits trouvée sur le web.

 

Peintre avant-gardiste, Suzanne Valadon ne fut pas seulement la « Muse de Montmartre » mais bien une peintre à part entière. Née le 23 septembre 1865 à Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne, d’une mère blanchisseuse Madeleine Valade et d’un père inconnu, Marie Clémentine dite Maria est issue de la classe ouvrière et quitte à cinq ans les environs de Limoges pour Paris où sa mère l’envoie au monastère Saint-Jean-de-Montmartre. Mais elle n’est pas faite pour ce cadre très strict. Elle ne tient pas en place et déjà, dessine à la craie et au charbon sur les trottoirs et sur les murs. À l’adolescence, elle s’enfuit et tente de survivre comme elle peut. Elle devient couturière puis trapéziste au cirque Molier, mais l’acrobate se blesse en plein exercice et c’en est fini de sa carrière circassienne. Que faire alors ? 

 

Marie a un physique très particulier, est une jolie femme et attire les peintres. Elle s’intéresse à l’art, les observe, elle s’initie au dessin, pratique le fusain, la sanguine tandis qu’ils la prennent comme modèle, à commencer par Puvis de Chavanne, puis Renoir, dont elle est un temps la maîtresse, Van Gogh, Toulouse-Lautrec (qui est son amant pendant deux ans et à cause de qui elle faillit se suicider lors de leur rupture alors qu’il refuse de l’épouser). Auprès d’eux, elle apprend les techniques des maîtres, se fascine pour le trait, la couleur, les portraits. Sur injonction de Lautrec qui lui lance : « Toi qui poses nue pour des vieillards, tu devrais t’appeler Suzanne ! », elle décide de changer de prénom… 

 

« Suzanne » baigne dans un milieu montmartrois alors très actif. Ce sont les temps qui précèdent la bohème montmartroise. Picasso, van Dongen ne vont pas tarder à arriver au Bateau Lavoir, au Lapin agile. Dans les cabarets, on s’amuse, les chansonniers poussent de la voix, les rues Lepic, Caulaincourt, Tourlaque sont on ne peut plus animées. Le sculpteur Bartholomé présente Suzanne à Degas qui la surnomme « Mariala terrible » et l’encourage à tenir le crayon, la mine de plomb, à se lancer dans la peinture. Il lui achète quelques œuvres.

 

En 1883, à 18 ans, elle accouche d’un fils, mais son mode de vie ne permet pas d’identifier le père. Elle a en effet une vie très libre, elle fréquente des chansonniers comme Maurice Boissy, des hommes de lettres comme l’Espagnol Miquel Utrillo y Molins, un aristocrate, ingénieur, critique d’art et peintre décorateur. Maurice naît un 26 décembre, au 8 rue du Poteau et est reconnu à huit ans par le peintre catalan Miquel Utrillo. Elle ne s’occupe pas beaucoup du gamin, laissé souvent à sa grand-mère à Pierrefitte-sur-Seine. Le petit va grandir de façon très instable et développera plus tard des troubles psychiatriques, des problèmes l’alcool, non sans que sa mère ne détecte en lui un talent exceptionnel en matière d’art. À 27 ans, Maurice Utrillo commencera à vivre de sa peinture et deviendra célèbre. 

 

En attendant, Suzanne, qui laisse éperdument amoureux Erik Satie après une nuit d’amour endiablée, progresse et expose ses premières toiles. En 1894, elle est la première femme à entrer à la Société nationale des beaux- arts avec cinq dessins. (Élisabeth Vigée-Lebrun, Rosa Bonheur, Camille Claudel forceront aussi les portes de l’art et de la SNBA en vue de reconnaissance.)

 

En 1896, à 31 ans, Valadon épouse Paul Mousis, ami d’Erik Satie. Le riche agent de change lui permet enfin de se consacrer entièrement à son art, mais elle vend peu, on n’achète pas à une femme ! Le couple s’installe au 12 rue Cortot, là où Renoir a fait en 1876 son atelier, depuis lequel il transporte chaque jour sa toile pour aller peindre sur le motif Le Bal du moulin de la Galette… Là où le fauve Charles Camoin et le postimpressioniste Émile Bernard, ami de Gauguin, ont séjourné. 

 

Suzanne s’adonne à sa passion et accroît sa notoriété. Elle peint des natures mortes, des paysages, continue ses fameux portraits, croquis et nus qui la distinguent… et choquent. « Il faut avoir le courage de regarder le modèle en face si l’on veut atteindre l’âme. Ne m’amenez jamais pour peindre une femme qui cherche l’aimable ou le joli, je la décevrais tout de suite », explique l’artiste. Le marchand Ambroise Vollard édite ses gravures.

 

La marchande d’art Berthe Weill l’aide à participer à dix-neuf expositions mais il reste très difficile pour Suzanne de s’imposer dans ce monde d’hommes. Après 13 ans d’union, son mariage casse. 

L’autodidacte expose au Salon d’automne à Paris (dont elle deviendra sociétaire en 1920 jusqu’en 1933) et s’éprend d’un jeune électricien, peintre amateur d’origine alsacienne, André Utter, ami de son fils. Il a 28 ans, soit 21 ans de moins qu’elle, il est « d’une grande beauté avec sa tignasse blonde, ses yeux bleus et son teint vif », comme le décrit son ami peintre et écrivain Edmond Heuzé. Le coup de foudre a lieu, elle l’épouse en 1914.  Maurice Utrillo, André Utter et Suzanne Valadon ont des relations très agitées. On évoque le trio en termes de « Trinité maudite » car ils sont excentriques, Suzanne est connue pour ses frasques, Maurice, pour ses excès en alcool. André, fils d’un ferblantier et d’une femme de chambre est le second mari de Suzanne Valadon, pour qui il pose, et le beau-père de Maurice Utrillo. Pas simple !

 

En 1923, ils achètent le château de Saint-Bernard, qui surplombe la Saône. Chacun possède alors un atelier face aux monts du Beaujolais. Peintres, photographes, sculpteurs, personnalités littéraires, politiques et artistiques lyonnaises s’y pressent. En 1924, Suzanne signe un contrat avec la galerie Bernheim-Jeune. Le groupe éclate, mais donne naissance au Salon du Sud-Est à Lyon. On y verra André Derain, Raoul Dufy, Claude Monet, Auguste Renoir, Albert André, Paul Signac, Pierre Bonnard, des impressionnistes et néo-impressionnistes, de l’art nègre. 


 

En 1935, Maurice Utrillo (51 ans), peintre du Sacré-Cœur, rencontre Lucie Valore. Elle a cinq ans de plus que lui, a déjà été mariée deux fois, à Joseph Bernaud, sculpteur qui lui a donné une fille Alice Fernande Bernaud ; et à Robert Pauwels, un riche banquier belge, avec qui elle va connaître Valadon et Utrillo à qui ils achètent des toiles. L’ancienne comédienne devient veuve et propose à Suzanne qui s’inquiète pour son fils, d’épouser Maurice. En 1940, initiée par son mari, elle commence à peindre, à graver et à prendre soin de sa notoriété. (Elle fondera neuf ans après la mort de Maurice en 1963 l’Association Maurice-Utrillo qui gère un centre de documentation sur Utrillo, Suzanne Valadon, André Utter et Lucie Valore…).

 

Suzanne Valadon s’éteindra le 7 avril 1938 à Paris, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque. Figure mythique de Montmartre, elle est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen, tandis qu’Utrillo, décédé en 1955, à Dax où il était en cure, repose au cimetière de Montmartre.

 

 

© Sarah Mostrel, extrait de « Femmes inspirantes » (éd. Non Nobis) reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste-autrice et sa maison d’édition.

***

Pour citer cet extrait inédit

Sarah Mostrel, « Suzanne Valadon (1865-1938) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 7 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/sm-suzannevaladon

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

3 juin 2025 2 03 /06 /juin /2025 17:32

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & Témoignages | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

​​​​​​​

​​​​​

 

Rosa Bonheur

 

 

 

(1822-1899)

 

 

 

 

 

 

Notice biographique par

 

Sarah Mostrel

 

Site : 

https://sarahmostrel.wordpress.com

Facebook : https://www.facebook.com/sarah.mostrel

Chaîne You Tube :

https://www.youtube.com/user/SarahMostrel

 

 

Crédit photo : Anna (Elizabeth) Klumpke (1856-1942), « Portrait de Rosa Bonheur » dans son atelier, 1898, peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran par LPpdm d’une photographie libre de droits trouvée sur le web.

 

 

 

   Avec un nom pareil, elle était sans nul doute prédestinée au bonheur. Née le 16 mars 1822 à Bordeaux, Marie-Rosalie baigne dans le domaine artistique dès son plus jeune âge. Son père Raymond Bonheur, issu d’une famille de cuisiniers toulousains, est peintre. Sa mère, Sophie Marquis, musicienne, fait la connaissance de l’ami de Goya quand il lui donne des cours de dessin. À l’époque, les filles n’ont pas accès aux écoles d’art. Une chance donc pour Sophie qui tombe amoureuse très vite de son prof. Le couple se marie en 1821. Rosa naît un an plus tard. L’enfance est une période relativement heureuse pour la petite. Partageant sa vie entre la ville et le château de Grimont, à Quinsac (Gironde), elle se souvient qu’entre elle et ses deux frères Isidore (né en 1924) et Auguste (né en 1927) : « J’étais le plus garçon de tous. ». « Je vois encore l’empressement avec lequel je courais au pré où l’on menait paître les bœufs. Ils ont failli me corner bien des fois, ne se doutant pas que la petite fille qu’ils poursuivaient devait passer sa vie à faire admirer la beauté de leur pelage ». Un jour, les choses changent. Adepte de Saint-Simon, Raymond part pour Paris. Un abandon difficile pour l’enfant de 5 ans qui le rejoindra un an plus tard avec sa mère, son frère Auguste et sa sœur Juliette bébé. Autant l’enfance de Rosa, à la campagne, a été faste, autant sa jeunesse va être miséreuse. En attendant, elle rêve. Sophie n’ayant pas connu son père (elle a été adoptée par Jean-Baptiste Dublan de Lahet, un commerçant bordelais), Rosalie imagine que du côté maternel, elle est issue d’une famille royale, et fantasme sur ce grand-père qu’elle ne connaît pas. Elle sait aussi que sa mère n’a pu s’émanciper que grâce à son tuteur qui lui a alloué un professeur de danse, de chant, de musique, puis de dessin — discipline qui lui a permis de rencontrer son mari. La mort de M. Dublan de Lahet va l’éclairer sur ses origines. Le riche commerçant qu’elle croyait étranger est en fait son grand-père ! Une révélation ! Rosa grandit dans la pauvreté. Elle a du mal avec sa scolarité. Sa maman trime dur. Prof de musique, elle donne des cours de piano le jour, prend des ouvrages de couture la nuit, et a du mal à tenir le coup. Très attentive à sa fille aînée, elle se met à lui enseigner la lecture et l’écriture en associant un animal à chaque lettre de l’alphabet. Ce qui va être déterminant pour la suite. Hélas, Sophie meurt alors que Rosalie n’a que 11 ans. Un crève-cœur pour elle qui doit désormais se débrouiller pour vivre. Elle rentre en apprentissage en tant que couturière, est placée en pension, mais c’est dans l’atelier de son père que vont se révéler ses talents. Elle veut venger sa mère, qui n’a pu vivre de son art. C’est décidé, elle s’y consacrera toute sa vie !

 

     À 17 ans, Rosalie Bonheur se fait déjà remarquer artistiquement. A 19 ans, elle expose ses animaux peints et sculptés au Salon de peinture et de sculpture de Paris. Raymond épouse en secondes noces, en 1842, Marguerite Peyrol, qui lui donne un fils, Germain (lequel deviendra aussi peintre, comme tous ses frères et sœurs…), tandis qu’on continue de s’émerveiller des réalisations de celle qui prend le nom de Rosa au Salon de 1844. 

Dès lors, elle va être récompensée de plusieurs prix, dont la médaille de 3e classe (bronze) au Salon de 1845 et une médaille de 1re classe (or) au Salon de 1848. L’État lui commande une œuvre, Le Labourage nivernais, qui va trouver sa place au musée du Louvre. Sa renommée est faite. A 27 ans, elle est nommée directrice de l’École 

Impériale gratuite de dessin pour demoiselles. Elle y restera jusqu’en 1860. « Je vais faire de vous des Léonard de Vinci en jupons ! » assène-t-elle à ses élèves.

 

     Son œuvre continue de subjuguer. On y perçoit souvent une peinture d’homme tant son tracé est fort, nerveux, solide. Un de ses grands formats Le Marché aux chevaux est acheté par le marchand et collectionneur d’art britannique Ernest Gambart, ce qui lui vaut une notoriété internationale. Elle part en Angleterre, rencontre Géricault, voyage en Écosse, en Belgique, on la présente à la reine Victoria, qui s’émeut de ses créations. A 38 ans, elle part vivre à By, près du village de Thomery en Seine-et-Marne. Là, elle installe son atelier avec, à disposition, les animaux qui lui servent de modèles : un lion, une lionne, un cerf, un mouton sauvage, une gazelle, des chevaux, en tout, près de 200 ! En 1865, l’impératrice Eugénie la décore de l’insigne de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Rosa est définitivement reconnue pour son talent, mais aussi pour sa personnalité affirmée. 

 

    Garçon manqué, elle n’a aucune intention de se marier, au vu des mauvais souvenirs des relations de son père avec sa mère. Elle fume le cigare, chasse, porte des pantalons (pour cela, elle doit avoir une permission de travestissement, renouvelable tous les six mois auprès de la préfecture de Paris. « Quel ennui d’être limitée dans ses gestes quand on est une fille ! », soutient-elle alors que cette demande de travestissement ne sera abrogée qu’en… 2013). Elle a des cheveux courts, monte à cheval et surtout, entend rester indépendante, affligée que sa mère n’ait pu développer une carrière artistique car trop écrasée par Raymond. 

Le décollage artistique de la peintre va heureusement perdurer, et la hisser au sommet. Rosa gagne de l’argent grâce à son art et s’aperçoit qu’elle peut se débrouiller seule. Elle aide financièrement sa famille, est une femme, mais accomplit des choses jusque-là réservées aux hommes ! 

 

   Alors que Raymond avait dans son adolescence réalisé le portrait de la jeune Nathalie Micas (1824-1889), Rosa s’était liée d’amitié avec cette jeune fille de deux ans plus jeune qu’elle. Elle la rejoint et s’établit avec elle (et vivra avec elle plus de 40 ans, jusqu’à sa mort en mai 1889). Nathalie est aussi devenue peintre. Passionnée par les questions mécaniques et scientifiques, elle vient aussi d’inventer un système de freins pour arrêter les trains. La relation fait jaser, Rosa n’en a que faire. « Nathalie [Micas] était la compagne de mon enfance, elle avait été témoin de mes luttes et de mes misères, elle avait partagé mes joies et mes douleurs », écrira Rosa amoureusement. 

 

    En 1889, la peintre animalière fait une étonnante rencontre. « Le colonel Cody » alias Buffalo Bill de passage en France avec son spectacle de cirque, le Wild West Show. Elle est subjuguée. Ils se lient d’amitié, elle veut étudier les buffles, les bisons, il est curieux de ses peintures, lui offre une panoplie de Sioux. Elle réalisera pour lui un portrait. À cette occasion, elle rencontre Anna Klumpke, jeune peintre américaine qui partagera sa vie jusqu’à sa mort et à qui elle léguera son héritage, ainsi que le soin d’achever sa biographie. A 77 ans, l’artiste est emportée par une congestion pulmonaire fulgurante. Elle sera inhumée au Père-Lachaise, à Paris, près de Nathalie.

 

 

© Sarah Mostrel, extrait de « Femmes inspirantes » (éd. Non Nobis) reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste-autrice et sa maison d’édition.

***

Pour citer cet extrait inédit

 

Sarah Mostrel, « Rosa Bonheur (1822-1899) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 3 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/sm-rosabonheur

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

Bienvenue !

 

 

APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.

L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

SIÉFÉGP, 27 novembre 2025

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une

  • AUTOMNE 2025 | NO IV
    Le 3e Marché de la Poésie de Lille - organisé par le Centre littéraire Escales des lettres et l'association c/i/r/c/é ( Marché de la Poésie de Paris) - vous donne rendez-vous les 12, 13 et 1... VOUS AVEZ ENCORE LA POSSIBLITÉ DE NOUS ADRESSER PAR COURRIEL...
  • Carte de souhaits pour vous !
    Carte de vœux Les équipes des périodiques Le Pan Poétique des Muses, Semainier des Muses, Iris & Mêtis, Orientales, Marceline Desbordes-Valmore, etc. & de l'association SIÉFÉGP* vous souhaitent des Joyeuses fêtes de fin d’année 2025 ! Crédit photo : Image...
  • Le livre des transgressions
    N°I | HIVER 2026 | 1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages | Revue Poépolitique | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier Le livre des transgressions Article & peinture par...
  • Soir de novembre aux Sables-d’Or
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Astres & animaux / Nature en poésie Soir de novembre aux Sables-d’Or Poème & image par Carmen Pennarun © Crédit photo : Carmen Pennarun, une ancienne photographie d'une...
  • Prière
    N° I | HIVER 2026 |1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Spiritualiés, croyances & mysticismes en poésie Prière Poème lyrique par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle,...
  • Fertile
    N° I | HIVER 2026 |1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Dossier mineur | Florilège | Spiritualiés, croyances & mysticismes en poésie | Revue Poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Fertile Poème élégiaque & engagé...
  • Déchirez le voile
    N° I | HIVER 2026 |1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Dossier mineur | Florilège | Astres & Animaux / Nature en poésie Déchirez le voile Photographie & poème engagés par Berthilia Swann Poétesse & autrice engagée collage © Crédit photo...
  • Événement littéraire : Et les livres deviennent femmes !
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Critique & réception | Métiers du livre | Actions pour l’égalité des sexes Événement littéraire : Et les livres deviennent femmes ! Photographies & article inédits par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir...
  • L'éblouissement, Ville et Les variations de mon propre feu
    REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques L'éblouissement, Ville & Les variations de mon propre feu Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie...
  • انام بجانبي واترك نسختي علی الكرسي
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges / Muses au masculin انام بجانبي واترك نسختي علی الكرسي Poème surréaliste par Mohamed Ben/ بن (عيسی) محمد Crédit photo : Zikpui, chaise traditionnelle, capture d’écran...