21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 15:11

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Sourires & rires  féministes / Poésie des aïeules | Travestissements poétiques

 

 

 

 

 

 

 

Les inconvénients du suicide

 

 

 

 

 

 

Élisa Fleury (1795-1862)

 

Poème choisi, transcrit & commenté brièvement pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photo : Noël Coypel (1628-1707), allégorie mythique de « L'Abondance » (1700), peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.

 

 

 

 

L'autre jour, certain misanthrope,

À deux mains tenant son menton,

Disait : « D'après mon horoscope,

Je dois mourir sans rejeton.

Si je dispose de mon être,

Du genre humain je me dépêtre.

Le suicide est radical...

Vivre malgré soi, ça fait mal.


 

 

« Je puis choisir entre la corde,

Le pistolet et le poison ;

Au besoin même je m'accorde

Et la rivière et le charbon.

Pendons-nous, sans plus de harangue...

Comme je vais tirer la langue !

C'est mourir comme un animal...

Rien que d'y penser, ça fait mal.


 

 

« Faisons-nous sauter la cervelle,

C'est un moyen expéditif...

J'appuierai sur la chanterelle

De cet instrument portatif...

Mais non, malgré moi je m'arrête,

Dans un instant ma pauvre tête

Serait à jour comme un fanal...

Rien que d'y penser, ça fait mal.


 

 

« De poison prenons une dose...

Il suffit d'un peu d'arsenic,

Mêlé d'un doigt de couperose

Que je distille à l'alambic.

Mes veines seront desséchées,

Mais j'aurai d'horribles tranchées

Dans le conduit intestinal...

Rien que d'y penser, ça fait mal.

 


 

« M'y voici, je me détermine :

C'est le charbon qui me sourit ;

J'en allume plein ma terrine,

Et j'attends la mort dans mon lit...

Mais si j'ai de fortes nausées,

Mes artères seront brisées,

J'aurai le transport cérébral...

Rien que d'y penser, ça fait mal.


 

 

« Afin d'abréger ma souffrance,

Il vaut mieux me jeter à l'eau.

Oui, mais je vais courir la chance

D'être accroché sous un bateau.

Si par hasard je me ravise,

Avec l'habit et la chemise

J'y puis laisser mon os dorsal !...

Rien que d'y penser, ça fait mal.


 

 

« Comme ma vue est obscurcie !

D'où me vient donc ce tremblement ?

Une attaque d'apoplexie

Me frappe-t-elle en ce moment ?...

J'ai contre la mort, qui m'approche,

De l'éther, des sets dans ma poche.

Vite, éloignons à l'instant fatal...

Rien que d'y penser, ça fait mal. »

​​​​​​​

 

Le poème d'humour transcrit ci-haut est un extrait, il provient de FLEURY, Élisa (Madame), Album de poésies et chansons, par Mme Élisa Fleury, 2ème édition, Paris, Imprimerie Simon RAÇON et CIE, 1858, pp. 52-54. Le recueil cité appartient au domaine public. Ce joli poème où la poète use du travestissement poétique indirect au masculin en narrant puis en faisant parler son personnage et de la figure poétique de l’énumération pour lister les moyens connus pour se suicider représente une manière humoristique efficace pour dépeindre l'autoportrait caricatural du misanthrope réaliste du XIXe siècle. Il consitue ainsi un échantillon du matrimoine de la poésie humoristique et caricaturale du typage sociologique en poésie comme de la Sociopoétique.

 

***

Pour citer ce poème humoristique de l'aïeule & illustré

 

Élisa Fleury (1795-1862), « Les inconvénients du suicide », poème de FLEURY, Élisa, Album de poésies et chansons (1858), choisi, transcrit & commenté brièvement par Dina Sahyouni, peinture par Noël Coypel (1628-1707), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 21 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fleury-inconvenientsdusuicide

 

 

 

 

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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 17:33

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Bémols artistiques | Critique & réception

 

 

 

 

 

 

 

Le temps de vivre,

 

interprété par Camille Chamoux.

 

Mis en scène par Vincent Dedienne

 

 

 

 

 

 

Chronique & image par

 

Camille Aubaude

 

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

 

Blogue officiel :

https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

 

© Crédit photo : Capture d’écran d’une image du spectacle « Le temps de vivre » (interprété par Camille Chamoux & Mis en scène par Vincent Dediennees) par Camille Aubaude.

 

 

 

Tout le monde de Camille Chamoux

 

 

Une belle blonde dotée d’une vitalité extrême tient son public en haleine dans un divertissement intitulé « Le temps de vivre ».

Ce "seule en scène" n’est pas qu’un divertissement : c’est une plongée dans les abysses par une écriture hautement maîtrisée. Soixante-dix minutes d’« exposé sur la finitude », en l’an 2021, l’année noire, où tant d’artistes et d’écrivains ont été anéantis par la pandémie du covid, et leurs œuvres oubliées. Ce monologue chargé de références littéraires est drôle, euphorisant.


 

L’écriture contemporaine a de plus en plus la mémoire courte. On nous apprend rarement à apprécier ce qui est ancien et qui nous survivra. Ces élucubrations fort bien orchestrées montrent qu’une seule personne peut catalyser l’énergie qui servait jadis à créer un opéra. La télépathie avec l’auditoire marche à fond.

Quatre siècles après « la Sévigné de tout le monde », Camille Chamoux reconstruit un quotidien déjanté, le sien, le vôtre, en réussissant une sorte de mise en scène de ce qui nous menace, et qui n’est pas rien puisque la révolution numérique peut faire du monde un enfer. Le style éblouissant n’est pas fait pour les critiques, et il rend perplexe.

 

La rigueur des connaissances littéraires, du niveau de Normale Sup, sert de cadre à la trivialité brute et pince sans rire, à laquelle nous ont initiés les seules en scène de Blanche Gardin. Certes, les fèces sont supposées faire rire à une époque de « libération » obligée, mais si l’art religieux nous a épargné la scatologie pendant des siècles et des siècles, n’est-ce pas pour se respecter, s’entraider, croire en soi, et délivrer une sagesse symbolique ?

Ce qu’essaie de faire Camille Chamoux, même par des concessions à la catharsis.

L’intrusion récurrente du téléphone portable est un des gags toujours réussis. Ce démon frappe à la porte de nos pensées. La récitante est lancée dans des propos fort décousus, elle saisit son portable et dit : « Pierre Perret est mort », puis elle s’adresse au public : « Ne vérifiez pas, c’est un spectacle ». Le débit clair contrôle tout ce qui est imprévisible. Un record ! Les faits quotidiens sont passés au peigne fin pour nous faire rire d’une vie de dingue, celle qui va beaucoup trop vite, une fausse vie dont nous ressentons tous la menace. 

 

Au temps de Zouc, les femmes humoristes avaient une peine folle à percer, et la folie les guettait. Le monde de fièvre continuelle de Camille Chamoux n’est plus celui d’une femme qui fait le ménage mais un message à la Chantal Akerman, qui pourrait devenir un objet d’étude. Son point de vue sur la reproduction sape tout ce qui ressortit à l’amour maternel, dans un effet de dédramatisation salutaire. La violence cathartique s’exprime alors avec passion, et Camille Chamoux le dit pour Virginie Despentes dont elle mime l’œuvre littéraire.

« Le temps de vivre » est le corps des contradictions : un divertissement qui pose les questions essentielles, et met les points sur les /i/ du rejet du lyrisme aujourd’hui.

 

© Camille Aubaude

 

***

Pour citer ce texte inédit & illustré

 

Camille Aubaude (texte & photographie), « Le temps de vivre, interprété par Camille Chamoux. Mis en scène par Vincent Dedienne », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 18 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/ca-letempsdevivre

 

 

 

 

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5 juin 2025 4 05 /06 /juin /2025 17:37

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & Réception | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

 

 

 

 

 

Le récit « Souvenirs de Chine » écrit & illustré par Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix vient de paraître aux Éditions Astérion

 

 

 

 

 

 

Chronique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographies par

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix

 

 

 

© Crédit photo :  Première et quatrième de couverture illustrée de « Souvenirs de Chine » de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, Éditions Astérion, 2025.

 

 

Ce merveilleux petit livre aux images joyeuses et colorées est signé par une heureuse grand-mère qui a fait des milliers de kilomètres pour retrouver son petit-fils Aurélien à Shanghai en Chine.

 

© Crédit photo :  Première de couverture illustrée de « Souvenirs de Chine » de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, Éditions Astérion, 2025.

 

Magnifiquement écrit, émaillé de notes d’humour et de tendresse, cet opuscule transporte le lecteur dans l’Empire du Milieu où son esprit voyage mais aussi, où son imaginaire est comblé par moult détails sur l’art d’élever les enfants et de les éduquer dans les écoles chinoises où « toute classe débute par le chant. » De nombreuses anecdotes, telle celle du « bouquet de ballons » ou encore la scène des « Tang-Tang », à savoir la revendication d’une poignée de bonbons par Aurélien mais aussi par son Ayï (nom donné à la nounou en Chine) nous amènent à découvrir des saynètes qui nous font sourire.

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix nous fait partager son bonheur qu’elle résume ainsi « Bienheureuse la Mère-Grand qui chantonne avec son petit-fils car elle est au paradis sur terre. »

 

© Crédit photo : Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix avec son petit fils. Image no 1 de ses « Souvenirs de Chine ».

 

Ces Souvenirs de Chine sont autant de caresses faites au petit Aurélien qui, n’en doutons pas, se voit léguer le plus émouvant des cadeaux, celui de l’amour indéfectible d’une grand-mère aimante qui n’hésite pas à prendre un billet d’avion pour retrouver le petit Aurélien à Shanghai et qui nous confie en aparté « Grand-mère est arrivée pour entendre son petit-fils chanter. »

 

© Crédit photo :  Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix avec Aurélien & son nounou à Shanghai. Image no 2 de ses « Souvenirs de Chine ».

 

Un vrai plaisir de lecture que ce livre à s’offrir et à déguster sans modération tout en le prolongeant par la contemplation des photographies prises par l’autrice.

 

 

© Françoise Urban-Menninger, Juin 2025.

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Le récit « Souvenirs de Chine » écrit & illustré par Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix vient de paraître aux Éditions Astérion » avec des photographies par Marie-Jeanne Langrognet-DelacroixLe Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 5 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-mjldsouvenirsdechine

 

 

 

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26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 17:18

Événements poétiques | Charmille de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles & N° IV | AUTOMNE 2024 | NUMÉRO SPÉCIAL 2024 | Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) | 1er Volet | Florilège | Poésie & littérature pour la jeunesse

 

 

 

 

 

 

​​​​​​​

 

 

 

Les pieds ont une pointe

 

​​​​​

 

 

 

 

 

Métapoème par

 

Monique Charles-Pichon

 

Agrégée de philosophie, docteur en psychologie,

autrice, romancière & poétesse

 

 

 

 

Crédit photo : Alice Pike Barney, « Ballerine », peinture à l'huile tombée dans le domaine public, capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons.

 

 


 

Les pieds ont une pointe

D’ironie

Le petit rat le sait

Qui fait la toupie

Le corps corseté

La grâce amidonnée

Prise au piège

 

 

 

Crédit photo : Alice P Ballerine, Спящая_красавица, capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons.

 

© Monique Charles-Pichon.

 

 

***


Pour citer poème lyrique & inédit

 

Monique Charles-Pichon, « Les pieds ont une pointe », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2024 | « Charmille de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2024 » & AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, mis en ligne le 26 octobre 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/11octobre24/noiv/mcp-unepointe

 

 


​​​

 

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​​​​​​

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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 17:23

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Sourires & rires  féministes

 

 

 

 

 

 

 

 

Le réveil-Matin

 

 

&

 

 

 Appartements à louer

​​​​​​

 

 

 

 

Élisa Fleury (1795-1862)

 

Poèmes choisis & transcrits pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photo : Henry Caro-Delvaille, "Portrait de jeune femme rousse", 1900, image de Commons.

 

Le réveil-Matin

Musique de Paul Henrion

 

 

I

 

Ma vieille tante Gribiche,

En fermant les yeux,

Ne laissa, n'étant pas riche,

Rien de précieux.

Hier on fit le partage

Du pauvre butin,

Et j'eus, pour tout héritage,

Son réveil-matin.

 

 

II

 

Or, cette Samaritaine

Vient mal à propos ;

Il faut à ma soixantaine

Beaucoup de repos ;

Pour que le sommeil m'abrège

Un triste chemin,

Voyons, à qui donnerai-je

Mon réveil-matin ?

 

 

III

 

Ce petit clerc de notaire

Que je vois là-haut

A, dit-on, beaucoup à faire,

C'est ce qu'il lui faut ;

Mais il lorgne la voisine,

Brune à l'œil mutin,

Qui lui tient lieu, j'imagine,

De réveil-matin.

 

 

IV

 

Ce monsieur, qui n'a ni rentes

Ni profession,

Suit les modes délirantes

De la fashion ;

Dans son logis que tapisse

Velours ou satin,

Les créanciers font l'office

De réveil-matin.

 

 

V


 

Cet autre, à l'œil de vipère,

Oui loge au grenier,

N'est bon époux ni bon père,

Il est usurier.

Au jour l'écho me rejette

Un son argentin,

Cet homme a dans sa cassette

Son réveil-matin.

 

 

VI

 

Voici la douce Marie

Dont le père est mort,

La pauvre enfant pleure, prie,

Soupire et s'endort ;

Orpheline, elle est sans armes

Contre le destin ;

Ne donnons pas à ses larmes

Un réveil-matin.

 

 

VII

 

Plus bas, quelle joie éclate ?

Bon, J'ai deviné,

L'heureux ménage d'Agathe

Compte un premier-né.

Dieu, quand il met sur la terre

L'ange ou le lutin,

Attache au cœur de la mère

Un réveil-matin.


 

 

VIII

 

Triste ou gai, dans cette vie,

Chacun a le sien,

Et personne, je parie,

Ne voudra du mien.

Si l'on me fait cette niche

J'irai, c'est certain,

Rendre à ma tante Gribiche

Son réveil-matin.

 

 

 

 

 

Appartements à louer

 

 

 

Vous, dont l'esprit tant soit peu satirique

Est à l'affût de nouveaux aliments,

Pour crayonner plus d'un tableau comique,

Amusez-vous à voir des logements.


 

 

Vous surprendrez Céline à sa toilette,

Ayant sur elle un peu moins qu'un peignoir ;

Plus loin Sainval à gants blancs et lorgnette,

Prêt à dîner avec un radis noir.

 

 

 

Que de tableaux je peindrais sans médire !

Car je vois tout, et j'ai, par ce moyen,

Presque toujours d'amples sujets de rire,

Et le plaisir de m'amuser pour rien.


 

 

 

Maint écriteau m'offre sur ses deux faces,

Pour occuper mon œil observateur :

Appartement et cave orné de glaces.

Que n'orne-t-on l'esprit du rédacteur ?


 

 

 

Le nez au vent, comme en entrant au Louvre,

Je veux d'abord m'adresser au portier :

Où donc est-il ? Enfin, je le découvre

Dans l'antre obscur que masque l'escalier.


 

 

 

Du vasistas, par où l'on vous épie,

Sort une odeur de chou, de cuir et d'ail.

Là, femme, enfants, chien, chat, lapins et pie,

Sont confondus dans le même bercail.


 

Un vieil argus, de l'œil dont il dispose,

Trace un béquet, lorgne entrer et sortir,

Chantant du nez : «  Tu n'auras pas ma rose. »

Ce n'est pas moi qui voudrais la flétrir.


 

Bref, nous montons ; j'entre au premier étages ;

Là, que d'apprêts ! quel chaos sans égal !

Un vieux rentier, grotesque personnage,

Donne aujourd'hui festin, concert et bal.


 

Sur chaque meuble on dépose à la hâte

Fleurs, fruits, rubans, pâtés, filets de bœuf ;

L'amphitryon, que cet exemple gâte,

Sur un melon pose un faux toupet neuf.


 

Moins bien logé qu'au Colisée à Rome,

Dans un salon qu'on traverse en dix pas,

Les conviés seront à l'aise comme

Des hannetons entassés dans un bas.


 

En pénétrant dans la pièce voisine,

Nous dérangeons la dame du logis.

Elle est coquette et fait, à la sourdine,

En brun foncé teindre ses cheveux gris.


 

Sèche et pincée, à côté de sa mère,

Évélina, qui se croit un Rembrandt,

Veut terminer le portrait de son père :

C'est bien plutôt celui du Juif-Errant.


 

Allons, Oscar, soyez donc raisonnable,

Dit le papa, grave comme un bedeau,

À son bambin qui, grimpé sur la table,

A grignoté déjà plus d'un gâteau.


 

À la cuisine on embroche, on fricasse ;

Pour s'illustrer, Babet, en un clin d'œil,

Fait des sirops avec de la mélasse

Et des sandwichs d'un reste de chevreuil.


 

En traversant la chambre de la bonne,

Je vois par terre un bouton en métal ;

Le coq gaulais m'apprend que la friponne

A du penchant pour un municipal.


 

Je sais aussi du portier, qui babille,

Que le papa, sans doter peu d'attraits,

Voudrait trouver un mari pour sa fille ;

Mais le brave homme en sera pour ses frais.


 

Bien des pardons, dis-je avec politesse,

En saluant ces sots prétentieux,

Qui m'ont fourni, chacun dans son espèce,

Quelques quatrains aussi stupides qu'eux.

 

Les poèmes d'humour ci-dessus sont des extraits, ils proviennent de FLEURY, Élisa (Madame), Album de poésies et chansons, par Mme Élisa Fleury, 2ème édition, Paris, Imprimerie Simon RAÇON et CIE, 1858, pp. 45-48 pour le premier puis pp. 50-52 pour le second. Le recueil cité appartient au domaine public. Ces deux poèmes représentent assez bien une manière humoristique de dire, dépeindre et penser la vie citadine et urbaine. Ils consituent ainsi un précieux échantillon de la Sociopoétique.

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes humoristiques de l'aïeule

 

 

Élisa Fleury,​ « Le réveil-Matin » & « Appartements à louer », extraits de FLEURY, Élisa, Album de poésies et chansons (1858), choisis & transcrits par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 4 novembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/fleury-reveil-matin

 

 

 

 

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APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.

L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

SIÉFÉGP, 27 novembre 2025

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