Poème choisi, transcrit & commenté brièvement pour cette revue par Dina Sahyouni
Crédit photo : Noël Coypel (1628-1707), allégorie mythique de « L'Abondance » (1700), peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.
L'autre jour, certain misanthrope,
À deux mains tenant son menton,
Disait : « D'après mon horoscope,
Je dois mourir sans rejeton.
Si je dispose de mon être,
Du genre humain je me dépêtre.
Le suicide est radical...
Vivre malgré soi, ça fait mal.
« Je puis choisir entre la corde,
Le pistolet et le poison ;
Au besoin même je m'accorde
Et la rivière et le charbon.
Pendons-nous, sans plus de harangue...
Comme je vais tirer la langue !
C'est mourir comme un animal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Faisons-nous sauter la cervelle,
C'est un moyen expéditif...
J'appuierai sur la chanterelle
De cet instrument portatif...
Mais non, malgré moi je m'arrête,
Dans un instant ma pauvre tête
Serait à jour comme un fanal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« De poison prenons une dose...
Il suffit d'un peu d'arsenic,
Mêlé d'un doigt de couperose
Que je distille à l'alambic.
Mes veines seront desséchées,
Mais j'aurai d'horribles tranchées
Dans le conduit intestinal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« M'y voici, je me détermine :
C'est le charbon qui me sourit ;
J'en allume plein ma terrine,
Et j'attends la mort dans mon lit...
Mais si j'ai de fortes nausées,
Mes artères seront brisées,
J'aurai le transport cérébral...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Afin d'abréger ma souffrance,
Il vaut mieux me jeter à l'eau.
Oui, mais je vais courir la chance
D'être accroché sous un bateau.
Si par hasard je me ravise,
Avec l'habit et la chemise
J'y puis laisser mon os dorsal !...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Comme ma vue est obscurcie !
D'où me vient donc ce tremblement ?
Une attaque d'apoplexie
Me frappe-t-elle en ce moment ?...
J'ai contre la mort, qui m'approche,
De l'éther, des sets dans ma poche.
Vite, éloignons à l'instant fatal...
Rien que d'y penser, ça fait mal. »
Le poème d'humour transcrit ci-haut est un extrait, il provient de FLEURY, Élisa (Madame), Album de poésies et chansons, par Mme Élisa Fleury, 2ème édition, Paris, Imprimerie Simon RAÇON et CIE, 1858, pp. 52-54. Le recueil cité appartient au domaine public. Ce joli poème où la poète use du travestissement poétique indirect au masculin en narrant puis en faisant parler son personnage et de la figure poétique de l’énumération pour lister les moyens connus pour se suicider représente une manière humoristique efficace pour dépeindre l'autoportrait caricatural du misanthrope réaliste du XIXe siècle. Il consitue ainsi un échantillon du matrimoine de la poésie humoristique et caricaturale du typage sociologique en poésie comme de la Sociopoétique.
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Pour citer ce poème humoristique de l'aïeule & illustré
Élisa Fleury (1795-1862),« Les inconvénients du suicide », poème de FLEURY, Élisa,Album de poésies et chansons (1858), choisi, transcrit & commenté brièvement par Dina Sahyouni, peinture par Noël Coypel (1628-1707), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 21 décembre 2025. URL :
Événements poétiques | Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles & N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Spiritualités en poésie
Crédit photo : Mary Cassatt (1844-1926), « Mother and Child », peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran de l’image libre de droits du Web.
Si l'enfant sommeille,
Il verra l'abeille,
Quand elle aura fait son miel,
Danser entre terre et ciel,
Si l'enfant repose,
Un ange tout rose,
Que la nuit seule on peut voir,
Viendra lui dire : Bonsoir !
Si l'enfant est sage,
Sur son doux visage,
La Vierge se penchera,
Et longtemps lui parlera !
Si mon enfant m'aime,
Dieu dira lui-même
« J'aime cet enfant qui dort ;
Qu'on lui porte un rêve d'or.
Fermez ses paupières,
Et sur ses prières,
De mes jardins pleins de fleurs,
Faites glisser les couleurs
Ourlez-lui des langes,
Avec vos doigts d'anges,
Et laissez sur son chevet
Pleuvoir votre blanc duvet.
Mettez-lui des ailes
Comme aux tourterelles,
Pour venir dans mon soleil,
Danser jusqu'à son réveil !
Qu'il fasse un voyage
Aux bras d'un nuage,
Et laissez-le, s'il lui plaît,
Boire à mes ruisseaux de lait !
Donnez-lui la chambre
De perles et d'ambre,
Et qu'il partage en dormant
Nos gâteaux de diamant.
Brodez-lui des voiles
Avec mes étoiles,
Pour qu'il navigue en bateau
Sur mon lac d'azur et d'eau !
Que la lune éclaire,
L'eau pour lui plus claire,
Et qu'il prenne, au lac changeant,
Mes plus fins poissons d'argent !
Mais je veux qu'il dorme,
Et qu'il se conforme
Au silence des oiseaux,
Dans leurs maisons de roseaux !
Car si l'enfant pleure,
On entendra l'heure
Tinter partout qu'un enfant
A fait ce que Dieu défend !
L'écho de la rue
Au bruit accourue,
Quand l'heure aura soupiré,
Dira : L'enfant a pleuré !
Et sa tendre mère,
Dans sa nuit amère,
Pour son ingrat nourrisson
Ne fera plus de chanson !
S'il brame, s'il crie,
Par l'aube en furie
Ce cher agneau révolté
Sera peut-être emporté !
Un si petit être
Par le toit, peut-être,
Tout en criant s'en ira,
Et jamais ne reviendra !
Qu'il rôde en ce monde,
Sans qu'on lui réponde ;
Jamais l'enfant que je dis
Ne verra mon paradis ! »
Oui, mais s'il est sage,
Sur son doux visage
La Vierge se penchera
Et longtemps lui parlera !
Marceline Desbordes-Valmore, Lyon.
Référence livresque
Le poème transcrit ci-haut provient du recueil de poèmes de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les Poésies de l'enfance, [par Mme Desbordes-Valmore, Troisième édition revue et augmentée], Paris, GARNIER Frères, Libraires-Éditeurs (6, Rue Des Saints-Pères, et Palais-Royal, 215), 1876. [Publié par Ath. Mourier, avec une préface de MM. P. et H. Valmore.] 2e édition.... 1876, pp. 127-131. La source livresque citée appartient au domaine public et elle est consultable par l'intermédiaire du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.
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Pour citer ce poème illustré
Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), « Dormeuse », peinture par Mary Cassatt (1844-1926), poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les Poésies de l'enfance [...] (1876), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2025 | « Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles » & AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 novembre 2025. URL :
Le jour meurt. C'est le soir de printemps consacré à la Bonne Déessei. Couvrez d'un voile impénétrable l'image de mon père, afin que les regards de la Virginale Immortelle ne soient point offensés par la vue d'un hommeii.
Cette nuit, la maison de mon père sera le temple où s'accompliront les rites sacrés…
Qu'elle est belle, la statue de la Fille de Faunusiii ! Bona Dea, daigne abaisser en souriant tes yeux sur nos chœurs et sur nos offrandes.
J'ai tressé de mes mains la couronne de violettes qui ceindra ton front... Que ton front de marbre est vaste et solennel, ô Déesse !
Voici le vase d'or dans lequel j'ai versé le vin de Lesbos. Le vin est lumineux comme les cheveux de Peithô. Il est pourpre comme la chlamyde d'Apollon. Il réjouira l'âme dansante des femmes enlacéesiv.
… Amatav, trois fois précieuse, ferme tes belles paupières, semblables aux fleurs sombres. Abandonne à mes mains ardentes tes enfantines mains.
Je t'aime. Moi, Caïa Venantia Paullina, fille de Caïus Venantius Paullinus, je t'aime, petite esclave gauloise. Tu n'étais qu'une enfant chétive et sans grâcevi, et les marchands te dédaignaient. Mais je t'ai aussitôt et fervemment chérie pour ta lassitude et pour ta fragilité. Je t'ouvris mes bras, je voulus te consoler autant que t'étreindre…
Car je suis l'être qui domine et qui protègevii. Je t'aime d'un amour impérieux et doux. Je t'aime comme un amant et comme une sœur. Tu m'obéiras, ô mon souci ! mais tu feras de moi tout ce que tu voudras. Je serai à la fois ton maître et ta chose. Je t'aime avec la fureur d'un désir mâle et avec l'alanguissement d'une tendresse féminine.
… Je t'ouvris jadis mes bras, autant pour te consoler que pour t'étreindre. Ta nudité grelottante, que je ne convoitais pas encore, me charmait pour sa candeur. Je t'aimais d'être tremblante et d'être frêle. Ma force était attirée vers ta faiblesse. Car je suis l'être qui domine et qui protège.
Et maintenant tu es belle, Amata. Tes seins, pareils aux pierres polies, sont durs et frais au toucher. Tes yeux verts reflètent le feuillage smaragdin des chênes. La blancheur de ton corps a la transparence des perles du gui. Tes cheveux dénoués ont la splendeur des forêts d'octobre.
Et parce que tu es belle, Amata, parce que tu es la plus gracieuse des adolescentes, je te révélerai la puissance et la douceur de l'amour féminin.
Je t'apprendrai, si tu me livres ta chair consentante, l'art multiple du Plaisir. Je t'apprendrai la lenteur savante des mains qui prolongent leurs frôlements attardés. Je t'apprendrai la ténacité des lèvres qui s'acharnent délicatement. Tu sauras la toute-puissance des caresses légères.
Lorsque tu n'étais encore qu'une enfant chétive et sans grâce, je t'appris les odes de Sappho la Lesbienne, dont le beau nom dorien est Psappha. Sache, ô ma belle esclave ! que, parce que je suis sa Prêtresse, Psappha, étendue parmi les lotus du Léthé, sourit lorsque je l'invoque et protège mes amours. Elle m'aidera à vaincre et à retenir ton cœur indécis, Amata.
Je t'aime comme autrefois Psappha aimait Atthis, la fuyante et l'incertaineviii.
… Parce que tu es la plus gracieuse des adolescentes, Amata, je te révélerai la puissance et la douceur de l'amour des femmes.
Tu es libre, ô ma belle esclave ! Voici la robe de lin que j'ai tissée pour toi... Elle est blanche, Amata, elle est attirante au toucher autant que ton corps lui-même. Tu es libre. Tu peux franchir le seuil de cette maison qui protégea ton enfance. Tu peux retourner dans ton pays, sans que je t'adresse un blâme ni un reproche, sans que j'assombrisse ta joie par une plainte.
Car l'amour des femmes ne ressemble point à l'amour des hommes. Je t'aime pour toi et non pour moi-même. Je ne veux de toi que le sourire de tes lèvresix et le rayonnement de ton regard.
Pourquoi suis-je belle à tes yeux ? Car c'est toi qui es belle et non point moix. Mes cheveux n'ont point l'or vespéral de tes cheveux. Mes yeux n'ont point la clarté lointaine de tes yeux. Mes lèvres n'ont point la ciselure de tes lèvres. En vérité, c'est toi qui es belle et non point moi.
Jamais je ne vis une parthène aussi désirable que toi, ô ma volupté ! ô ma langueur !... Auprès de toi, je ne suis point belle. Si une vierge plus aimable te plaît davantage, possède-la. Je ne veux que le sourire de tes lèvres.
Je t’aime.
Mes perles seront plus lumineuses sur ton cou. Mes béryls seront plus limpides à ton bras. Prends mes colliers. Prends aussi mes anneauxxi. Ainsi tu seras parée pour la fête de la Bonne Déesse.
Elle est simple et douce et miséricordieuse aux femmes. Elle hait les hommes, parce que l'homme est féroce et brutal. L'homme n'aime que son orgueil ou sa bestialité. Il n'est ni juste ni loyal. Il n'est sincère que dans sa vanité. Et la Déesse est toute vérité et toute justice. Elle est pitoyable comme l'eau qui rafraîchit les lèvres et le soleil qui réchauffe les membres. Elle est l’Âme clémente de l'univers.
C'est Elle qui fit jaillir les premières fleurs. Les fleurs sont l’œuvre d'amour de la Bonne Déesse, la marque de sa faveur pour les mortelles.
Elle n'aime que les visages de femmes. Aucun homme ne doit souiller de sa présence le temple vénérable où elle rend ses oracles. Et les Prêtresses seules ont entendu le son divin de sa voix.
Elle est la Fille de Faunus. Elle est la prophétique et chaste Faunaxii. Mais son nom mystérieux, qui ne doit point être proféré par les lèvres profanes d'un homme, je te le dirai secrètement : c'est Oma. Ne divulgue point le nom sacréxiii.
Le jour meurt. C'est le soir de printemps consacré à la Bonne Déesse. Les Vestales ont enguirlandé, de leurs mains chastes, les murs que parfument les feuillages.
Ne dirait-on pas une forêt immobile ?... Les dernières lueurs traînent sur ta chevelure pâle... Tu sembles une Hamadryade encadrée d'ombres et de verdures…
Les Vestales ont enguirlandé, de leurs mains chastes, les murs que parfument les feuillages. Elles ont choisi les simples fleurs et les herbes chères entre toutes à Fauna : le mélilot, le thym, le cerfeuil, le fenouil et le persil. Et voici les hyacinthes... Voici les rosesxiv…
La Bonne Déesse est heureuse de la joie de l'univers. Les Nymphes pitoyables la servent et l'honorent, les Nymphes qui, par les étés fébriles, apportent dans le creux de leurs mains une eau plus douce que le miel...
La Déesse a coloré les pommiers vermeils. Elle a blondi le crocus virginal des jardins. Elle a empourpré le bleu nocturne des violettes.
Fauna sourit à l'amour des femmes enlacées. C'est pourquoi, la nuit venue, les femmes uniront leurs lèvres devant sa belle statue, que Théano la Grecque a savamment modelée. La chevelure est d'or massif, les membres d'ivoire et les yeux d'émeraudes... Mais ta chevelure est plus lumineuse encore, et tes membres plus polis, et tes yeux plus profondément verts...
Mes mains ferventes ont ceint de pampres le front divinxv... Un serpent s'enroule aux pieds délicats... Car celle qui est l'Éternelle Douceur est aussi l'Éternelle Sagessexvi.
Les épouses qui viendront cette nuit se sont purifiées en se refusant à l'étreinte des époux. Mais elles sont moins chères à la Déesse que les vierges sacrées.
Voici la nuit, azurée comme le voile qui protège l'Image Divine, et qui ne doit être soulevé que par les mains des Prêtresses. Car la Déesse ne se dévoile qu'au soir de printemps où s'unissent pieusement les femmes enlacées.
Viens, Amata, ma belle esclave. Si tu m'aimes un peu, tu m'accorderas le baiser que mes lèvres anxieuses attendent de tes lèvres. Tu te plieras à mon étreinte volontaire. Tu t'abandonneras à ma caresse implorante…
Mais je ne t'importunerai point de mon désir ni de ma tendresse, Bien-Aimée... Je ne veux que le sourire de tes lèvres.
* Nous proposons ici la version abrégée, avec des notes limitées en nombre et allégées, de notre édition annotée du récit « Bona Dea » de Renée Vivien, à paraître prochainement.
i Pour récrire son propre ‘texte-mythe’ Renée Vivien a pu se servir de maints détails que la tradition antique nous a livrés sur le complexe mythico-religieux de la Bonne Déesse, dont le caractère nocturne de la cérémonie de décembre, contraire à toutes les lois romaines qui interdisaient aux femmes de se réunir la nuit, avait fait dire à Cicéron : nocturna mulierum sacrificia ne sunto praeter olla quae pro populo rite fiant (Leg. 2, 9, 21). Culte mystérieux, et peut-être « à mystère » (Cic. Att. 5, 21, 14), le culte matronal privé, pro populo Romano, célébré en décembre par les plus nobles matrones de la société romaine avec la participation active des Vestales et sous la conduite de la mère ou de l’épouse du magistrat cum imperio, présentait en effet dans sa singulière configuration aristocratique et son schéma rituel nocturne, avec ses interdits et ses exceptions à certains tabous, un caractère tout à fait particulier par rapport à la fête populaire du 1er mai, officiée dans le sanctuaire sub saxo de l’Aventin, par les magistrae et les ministrae (à savoir les prêtresses attachées au service du temple de la Bona Dea et aux soins des fidèles). Sans pouvoir approfondir ici la dimension hautement symbolique du récit de Renée Vivien et sa configuration nocturne et mystique, soutenue par l'indétermination des coordonnées spatio-temporelles et une écriture pour ainsi dire ‘rituelle’, portée par une syntaxe lyrique, on se contentera d’en faire noter la symbologie personnelle liée à la saison printanière en lieu de l’aspect hivernal de la cérémonie matronale.
ii Comme l’écrit Sénèque dans l’Épître XCVII à Lucilius, la présence des hommes était si sévèrement interdite des rites sacrés de Bona Dea que l’on couvrait même les représentations de tout mâle du monde animal : …sic submotis extra conspectum omnibus viris, ut picturae quoque masculorum animalium contegantur… (Epist. 97). Cf. aussi Juvénal, Satire VI, 340-341.
iii Bona Dea ne serait à l’origine qu’une appellation de Fauna, l’épouse- sœur ou la fille du dieu agreste du Latium archaïque Faunus, selon les deux différentes versions du récit mythique que les auteurs anciens nous ont transmises. Voir les notes suivantes 12 ; 13 et 16.
iv L’interdiction faite aux femmes romaines de boire du vin (à savoir toutes les femmes en âge de procréer, à l’exception des prostituées) est attestée par les auteurs anciens, selon lesquels la consommation du temetum ou merum (le vin pur, non trafiqué), conduisant à l’ivresse, favorisait l’intempérance sexuelle et l’adultère. Dans la Rome archaïque, la seule exception à ce tabou semble être constituée par les sacra de Bona Dea-Fauna, où le vin entrait dans la libation rituelle, mais sous une forme dissimulée : une amphore « voilée » ou « couverte » (obvoluta vini amphora, Lactance, Div. Inst., I, 22 ; vini amphora […] obtecta, Arnobe, Adv. Nat., V, 18, 3). À propos du travestissement cultuel et lexical du vin sacré, dont le nom n’était jamais prononcé, Macrobe nous informe qu’il était appelé lac (« lait ») et versé dans un vase nommé mellarium (« pot à miel »), qui l’assimilait aussi à du miel (Macr., Sat., I, 12, 25 : […] quod vinum in templum eius non suo nomine soleat inferri, sed vas in quo vinum inditum est mellarium nominetur et vinum lac nuncupetur). La consommation contra morem du vin sacré représentait, en effet, une importante violation, visant à renforcer non seulement l’efficacité du rite, mais aussi à « libérer les femmes de la pression sociale » (N. Boëls-Janssen, 1993, p. 453). Sur cet aspect fondamental du complexe mythico-cultuel de Bona Dea-Fauna, cf. aussi G. Piccaluga (1964); M. Bettini (1995) ; F. Marcattili (2010) et J. Fabre-Serris (2014).
vOn notera que d’après Aulu-Gelle (Noct. Att. 1.12.14) les prêtresses de Vesta étaient appelées Amatae. Le nom « Amata », proféré lors de la sélection de la nouvelle vierge Vestale par le Pontifex Maximus, selon la formule du rite de la captio virginis (« ita te, Amata, capio »), serait pour la plupart des commentateurs modernes une « apostrofe affettuosa » (G. Giannelli, 1913, p. 56).
viL’expression « sans grâce » est à prendre dans le sens d’impubère, encore « dépourvue des grâces d’Aphrodite », c’est-à-dire d’une adolescente qui n’ayant encore atteint l’âge du mariage ne peut susciter aucun désir (cf. C. Calame, 2013, p. 9), comme la jeune Atthis du fr. 49 de Sappho (σμίκρα μοι πάις ἔμμεν’ ἐφαίνεο κἄχαρις), que Renée Vivien avait déjà traduit fidèlement dans Sapho (« Tu me semblais une enfant petite et sans grâce », 1903, p. 68) et qu’elle repropose avec une légère variation ici et dans Une Femme m’apparut... (1904, chap. II, p. 24).
viiCf.Une Femme m’apparut... : « Je me sentais l'orgueil attendri de l'être qui domine et qui protège. » (ibid., chap. XVI, p. 208).
viii À noter que dans l’adaptation du fr. 129 de Sappho, Renée Vivien qualifie Atthis d’« Amante incertaine » (Sapho, op. cit., p. 19).
ixCf. le poème « Amata » (Sillages, 1908, p. 24) et notre article “Bona Dea ou « d’un amour impérieux et doux »”, Le Pan poétique des muses, n. 1, Hiver-Printemps 2024.
x À remarquer la reprise textuelle des vers 31-32 de l’« Erotion » de Swinburne (« Why am I fair at all before thee, [...] / seeing thou art fair, not I »), prélevés dans la traduction française placée en épigraphe du chap. XVIII de L’Être double (« … Pourquoi suis-je belle à tes yeux ? […] / puisque c’est toi qui es belle, non point moi », 1904, p. 173). Cf. aussi le poème « D’après Swinburne » (À l’Heure des Mains jointes, 1906, pp. 39-42).
xiCf. « Amata » (Sillages, op. cit.). D’après Juvénal, lors de la cérémonie de décembre, les matrones « … toto posuere monilia collo » (Sat. II, 85).
xii D’après ce que nous rapporte Macrobe, Bona Dea, appelée « la déesse des femmes » par les Grecs, était, comme dit Varron, la fille de Faunus et un modèle de chasteté : Haec apud Graecos ἡ Θεὸς Γυναικεία dicitur, quam Varro Fauni filiam tradit adeopudicam, ut extra γυναικωνῖτιν numquam sit egressa nec nomen eius in publico fuerit auditum nec virum umquam viderit vel a viro visa sit, propter quod nec vir templum eius ingreditur (Sat. I, 12, 27). Le don prophétique et oraculaire de Fauna-Bona Dea, appelée aussi Fatua ou Fenta, est témoigné par les auteurs anciens, notamment par Macrobe (Sat. I, 12, 21-22), Arnobe (Nat. 5, 18,) et Lactance (Inst. 1, 22, 9).
xiii Sur le nom secret de la déesse, Renée Vivien a assurément emprunté à la notice VIII 314 du commentaire de Servius à l’Énéide, mais l’appellation de « Oma » peut faire supposer que l’autrice aurait eu accès à des éditions sans indication de passages lacunaires ou corrompus : hic Faunus habuisse filiam dicitur †omam castita et disciplinis omnibus eruditam, quam quidam, quod nomine dici prohibitum fuerat, Bonam Deam appellatam volunt.
xiv Les participantes à la cérémonie ornaient le lieu du culte de toutes les fleurs et les plantes qu’elles pouvaient trouver au mois de décembre, et avec des branches de vigne elles décoraient aussi l’effigie de la déesse. Sur l’importance de la vigne dans le complexe mythico-cultuel de Bona Dea-Fauna, cf. G. Piccaluga, art. cit., et N. Boëls-Janssen, op.cit. Voir la note suivante.
xv Macrobe précise que dans le temple de la Bona Dea on mettait une branche de vigne au-dessus de sa statue : quod super caput eius extendatur vitis (Sat. I, 12, 25).
xvi Le serpent, comme attribut de la déesse, est attesté par la documentation iconographique, où la divinité est représentée avec une corne d’abondance dans la main gauche et dans l’autre une patère où vient boire un serpent. Plutarque dit qu’on plaçait un serpent auprès de l’image de la déesse lors de la fête de décembre (Caes. 9, 5), et Macrobe affirme que son sanctuaire abritait des serpents apprivoisés (Sat. I, 12, 25 : serpentesque in templo eius nec terrentes nec timentes indifferenter appareant). Au-delà des complexes correspondances et même des incongruités entre les deux récits étiologiques et le culte de Bona Dea, le serpent est selon Nicole Boëls-Janssen « Fauna elle-même, comme l'indique son rôle cultuel : il est l'animal sacré que l'on place auprès de l'image de la déesse, elle-même décorée d'une branche de vigne » et, comme la vigne, sa présence dans le rituel refléterait assez bien « l'ensemble des épiphanies de la Déesse, sous ses trois formes : humaine, végétale et animale » (op. cit. p. 459). Si le caractère éminemment lunaire et, à l’origine, « féminin » de cet animal chtonien, symbole de connaissance et « de renaissance éternelle », expliquerait la nature exclusivement féminine du rite (ibid., p. 463), de même, sa présence dans le petit bestiaire personnel de Renée Vivien, ne saurait être réduite à l’expression d’un goût d’époque ou à cette imagerie modern style trop souvent invoquée comme clef de lecture.
Ce document aura une publication imprimée dans le journal
Le Musée Poétique.
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Pour citer ce poème en prose inédit & illustré
Patrizia Lo Verde, « Bona Dea. Texte original de Renée Vivien, transcrit et annoté » illustrations par Cristina Rap, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 3 mai 2024. URL :
Événements poétiques | Bouquet de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2023 & N°14 | Poésie & Littérature pour la jeunesse / Poésie des aïeules
Poème choisi, transcrit & documenté par Dina Sahyouni
Crédit photo : « Petite fée », peinture, capture d'écran par LPpdm de l'image disponible sur Commons.
Quand je ne trouve rien à dire,
Des gens, des choses, ni de rien,
Il me semble que tout m'inspire
En pensant à toi, mon doux bien !
Ma Fille ! à l'air de souveraine,
Ma Fille ! au beau regard si doux !
Qui fait que du sort d'une reine
Dont on pourrait être jaloux,
Je ne voudrais jamais l'échange
Avec mes jours auprès de toi,
Car ta présence, ô mon bel ange !
Est le Ciel, ici-bas, pour moi !
Les Tilleuls, 16 septembre 1901.
Référence livresque
Le poème transcrit ci-haut provient de l'ouvrage tombé dans le domaine public de l'Anthologie critique des poètes, Paris,Collection de la poétique, 1911, p. 116. Pour le moment, on ignore les dates de naissance et de mort de Sophie Passant et n'avons que les informations qui suivent sur elle qui ont été trouvées et transcrites de la source livresque citée et consultable par l'intermédiaire du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.
Présentation de la poète tombée dans le domaine public et transcrite par Dina Sahyouni :
Sophie PASSANT selon ST-CH., p. 115 de l'Anthologie critique des poètes, Paris,Collection de la poétique, 1911.
Sophie Passant
Les poèmes de Mme Sophie Passant réunis sous le nom de « Veillées » témoignent d'un esprit clair, logique et judicieusement pondéré. Je penserais volontiers en lisant les vers de ce poète à ce mot d'un moraliste oublié « La sagesse est moins apparente encore dans les yeux que sous la plume d'un écrivain. Ne me faites pas voir le portrait d'un sage ; mais une phrase de sa main ». Les vers de Mme Passant ne reflètent ni trouble, ni incertitude, ni doute, ni inquiétude. Elle est fort éloignée de l'âme décadente du doux et sensualiste féminisme contemporain. Son âme, à travers ses poèmes, se présente cependant à nous sans austérité. C'est une âme sentimentale comme toutes les âmes de poète ; et si sa littérature est de bon ton ; elle n'en reste pas moins poétique. Elle se plaît aux mille aspects de la vie et ne dédaigne pas de sourire en égrenant une charade ou un compliment.
Cette présentation est publiée numériquement et à titre indicatif pour témoigner de la manière dont on parlait ou présentait les auteures en 1911.
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Pour citer ce poème de l'aïeule
Sophie Passant,« Ma fille », poème choisi, transcrit & documenté par Dina Sahyouni de l'Anthologie critique des poètes (1911), Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2023 | « Bouquet de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2023 » & N° 14 | ÉTÉ-AUTOMNE 2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le 12 octobre 2023. URL. http://www.pandesmuses.fr/11octobre23/no14/mafille
Poème choisi, transcrit & commenté par Dina Sahyouni
Crédit photo : Barbier, « Inondation à Paris », janvier 1910, peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran d'image trouvée sur le site Commons par LPpdm.
À Madame Lucie Félix-Faure-Goyau
Dans les champs un lugubre exode
Entraîne des gens harassés,
Parmi les sillons défoncés...
Silence ! C'est la mort qui rôde.
S'avançant à chaque moment,
Comme un loup-cervier prêt à mordre,
Dans l'horreur et dans le désordre,
Passant irrésistiblement,
C'est l'eau qui monte, l'eau qui chante
Sa grande chanson d'épouvante,
Force énigmatique et méchante,
Qui, sous la neige et la tourmente,
Vient étendre son linceul noir,
Sur des deuils et du désespoir !...
Les travailleurs de la campagne,
Qui ne connaissent pas la peur,
Sont glacés jusqu'au fond du cœur,
Et la terreur les accompagne !
Les enfants courent demi-nus,
Appelant à grands cris leur mère,
qui s'affole et qui ne sait plus,
Que sangloter sur leur misère !...
Car, sous les auvents démolis,
C'est le craquement lamentable
Des murs qui croulent dans l'étable
Sur les troupeaux ensevelis...
Oh ! pour ceux qui sont sans demeure,
Pour chaque petiot qui pleure,
Et voudrait un morceau de pain,
Donnons, sans attendre à demain.
C'est dur la faim, dur la déroute,
C'est dur de pleurer dans la nuit ;
Pour ceux que le fléau poursuit
Et qui grelottent sur la route.
Donnons, qu'un vent d'humanité
Passe sur notre âme qui tremble,
Pour que nous fassions, tous ensemble,
Le geste de fraternité !
Crédit photo : « Inondation de 1910 à Paris, rue de Seine » image du domaine public, capture d'écran d'image trouvée sur le site Commons par LPpdm.
Référence livresque
Le poème transcrit ci-haut provient de l'ouvrage tombé dans le domaine public de VIRENQUE, Claire (18??-1922), Les souvenez-vous, Paris, Bibliothèque du temps présent Librairie Henri Falque (précédemment au 2 rue Honoré-Chevalier – 86, rue Bonaparte, 76, rue de Rennes), 1911, pp. 75-77.
Cette édition cite deux autres recueil de poésies écrits par Claire Virenque. De la même auteure/autrice ;
L'enclos du rêve, 1 vol., Alphonse LEMERRE éditeur et Les heures d'amour (poèmes chrétiens), 1 vol., Édition de La Poétique.
Commentaire sur ce poème philanthropique et humanitaire :
Le poème humanitaire intitulé « Fraternité » est dédié voire est adressé à Lucie Félix-Faure-Goyau. Et l'on y observe une description détaillée des conséquences désastreuses de l'inondation de 1910. Ce poème historique ou poème document fait partie simultanément d'un ensemble très important d'écrits poétiques et des poétiques linguistiques et artistiques relevant des archives et témoignages historiques et artistiques qui documentent l'histoire des faits divers, faits sociaux, événements, scandales, phénomènes, crises et catastrophes (naturelles, militaires, sexuelles, sanitaires, humanitaires, écologiques, etc.)
***
Pour citer ce poème témoignage & humanitaire de l'aïeule
Claire Virenque,« Fraternité (après l'inondation de 1910) », poème choisi, transcrit & commenté par Dina Sahyouni de VIRENQUE, Claire (18??-1922), Les souvenez-vous (1911), Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 14 | ÉTÉ-AUTOMNE 2023 « Les conteuses en poésie », volume 1, mis en ligne le 12 octobre 2023. URL :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
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