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Sage repère (Asperger)
Témoignage poétique par
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Crédit photo : Visuel en soutien aux personnes neurodiverses & atypiques, surtout autistes. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
Ce poème en prose est un témoignage sur l’autisme sans déficience intellectuelle, autour du camouflage, de la surcharge sensorielle et du décalage social, entre vécu intérieur et écriture plus littéraire :
Je vais essayer de poser des mots sur quelque chose qui déborde toujours des mots : l’autisme sans déficience intellectuelle, l’autisme Asperger.
Pendant longtemps, il n’y a eu qu’un ressenti : le décalage. Comme une présence au monde légèrement désaccordée, sans en connaître la cause.
Alors j’ai appris.
J’ai appris les visages, les gestes, les silences. J’ai appris à observer, à comprendre, à reproduire. À m’adapter jusqu’à devenir presque invisible.
On appelle cela le camouflage.
Chez les femmes autistes, il est souvent imperceptible. Mais derrière, il y a une vigilance constante : comme si chaque interaction devait être traduite en temps réel, sans pause possible.
À l’intérieur, mon cerveau ne s’arrête pas. Un hamster dans une roue silencieuse. Il retient les détails que d’autres laissent passer : plaques d’immatriculation, dates, anniversaires, fragments du quotidien. Tout s’accumule, tout reste.
Et rien ne s’éteint vraiment.
Le monde, lui, arrive sans filtre.
Les bruits, les lumières, les odeurs peuvent devenir trop. Certains lieux débordent d’un coup, comme les magasins de parfum, où je dois parfois sortir sans expliquer, simplement parce que c’est trop.
La foule aussi. Le mouvement aussi. Le trop partout.
Et puis il y a les autres. Leur humour, leurs évidences, leurs sous-entendus. Je comprends souvent après. Toujours après. Quand la scène est déjà passée.
Alors je m’ajuste, je traduis, je compose. Et cela fatigue profondément.
Je ne suis jamais complètement au repos dans le monde.
Mais il y a une autre part.
Une intensité. Des intérêts profonds. Une attention aux détails. Une manière de percevoir autrement, en couches, en nuances, comme les grands artistes.
Et puis il y a les enfants.
Avec eux, tout devient plus simple. Moins de codes, moins de détours. Le monde est direct, sincère, sans masque.
Dans ces moments-là, je ne traduis plus.
Je suis là.
Et peut-être que c’est cela, vivre entre les mondes : chercher un langage commun, et parfois le trouver dans une simplicité qui ne demande aucune adaptation.
Les enfants ne sont-ils pas, d’une certaine façon, encore proches de ce regard en arc-en-ciel… que j’ai moi aussi ?
« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) » Antoine de Saint-Exupéry*
Peut-être que ce n’est pas moi qui suis ailleurs.
Peut-être que c’est simplement le monde qui a oublié comment regarder.
© Nina Lem
* Voir Le petit prince.
***
Pour citer ce témoignage poétique, engagé, illustré & inédit
Nina Lem, « Sage repère (Asperger) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE », mis en ligne le 21 mars 2026. URL :
https://www.pandesmuses.fr/megalesia26/2026noii/nl-sagerepere
Mise en page par David
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