21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 16:37

Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Poésie & littérature pour la jeunesse | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

 

Sage repère (Asperger)

 

 

 

 

 

 

Témoignage poétique par

 

Nina Lem

 

 

 

 

Crédit photo : Visuel en soutien aux personnes neurodiverses & atypiques, surtout autistes. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

 

Ce poème en prose est un témoignage sur l’autisme sans déficience intellectuelle, autour du camouflage, de la surcharge sensorielle et du décalage social, entre vécu intérieur et écriture plus littéraire :

 

 

 

 

 

Je vais essayer de poser des mots sur quelque chose qui déborde toujours des mots : l’autisme sans déficience intellectuelle, l’autisme Asperger.

Pendant longtemps, il n’y a eu qu’un ressenti : le décalage. Comme une présence au monde légèrement désaccordée, sans en connaître la cause.

Alors j’ai appris.

J’ai appris les visages, les gestes, les silences. J’ai appris à observer, à comprendre, à reproduire. À m’adapter jusqu’à devenir presque invisible.

On appelle cela le camouflage.

Chez les femmes autistes, il est souvent imperceptible. Mais derrière, il y a une vigilance constante : comme si chaque interaction devait être traduite en temps réel, sans pause possible.

À l’intérieur, mon cerveau ne s’arrête pas. Un hamster dans une roue silencieuse. Il retient les détails que d’autres laissent passer : plaques d’immatriculation, dates, anniversaires, fragments du quotidien. Tout s’accumule, tout reste.

Et rien ne s’éteint vraiment.

Le monde, lui, arrive sans filtre.

Les bruits, les lumières, les odeurs peuvent devenir trop. Certains lieux débordent d’un coup, comme les magasins de parfum, où je dois parfois sortir sans expliquer, simplement parce que c’est trop.

La foule aussi. Le mouvement aussi. Le trop partout.

Et puis il y a les autres. Leur humour, leurs évidences, leurs sous-entendus. Je comprends souvent après. Toujours après. Quand la scène est déjà passée.

Alors je m’ajuste, je traduis, je compose. Et cela fatigue profondément.

Je ne suis jamais complètement au repos dans le monde.

Mais il y a une autre part.

Une intensité. Des intérêts profonds. Une attention aux détails. Une manière de percevoir autrement, en couches, en nuances, comme les grands artistes.

Et puis il y a les enfants.

Avec eux, tout devient plus simple. Moins de codes, moins de détours. Le monde est direct, sincère, sans masque.

Dans ces moments-là, je ne traduis plus.

Je suis là.

Et peut-être que c’est cela, vivre entre les mondes : chercher un langage commun, et parfois le trouver dans une simplicité qui ne demande aucune adaptation.

Les enfants ne sont-ils pas, d’une certaine façon, encore proches de ce regard en arc-en-ciel… que j’ai moi aussi ?

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) » Antoine de Saint-Exupéry*

Peut-être que ce n’est pas moi qui suis ailleurs.

Peut-être que c’est simplement le monde qui a oublié comment regarder.

 

© Nina Lem

 

* Voir Le petit prince.

 

***​​​​​​

  

Pour citer ce témoignage poétique, engagé, illustré & inédit

 

Nina Lem, « Sage repère (Asperger) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE », mis en ligne le 21 mars 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/megalesia26/2026noii/nl-sagerepere

 

 

 

 

Mise en page par David

 

© Tous droits réservés

Retour à la Table du festival Megalesia 2026 ▼ Lien à venir

17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:42

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Poésie & littérature pour la jeunesse

 

 

 

 

 

 

 

 

La clé de l’énigme

 

 

 

 

 

Texte & photographie (fournie) par

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

Crédit photo : Une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875) en 1845, « peuple du monde, chine », illustration tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits du Web & fournie par Françoise Urban-Menninger.

 

                                        



 

Dans une maison à colombages, à l’orée d’une forêt empreinte de mystérieuses légendes, vivait une femme sans âge qui écrivait des contes de fées pour les enfants mais aussi pour les plus grands.

 

Avant de se jeter à plume perdue dans une nouvelle histoire, la conteuse avait toujours soin de se désaltérer en savourant quelques gorgées de thé au jasmin dans la plus belle de ses tasses en porcelaine ramenée par une lointaine ancêtre lors d’un voyage au cœur de la Chine impériale.

 

Au moment où elle s’apprêtait à déguster son breuvage selon son rituel habituel, elle s’aperçut, en versant le thé infusé dans la tasse ronde et accueillante, telle la corolle d’une rose vermillonne aux pétales liserés d’or, que celle-ci était fêlée autour de son anse.

 

La vieille dame en fut sur-le-champ fort chagrine et toute retournée. Il lui sembla que son âme, elle-même venait de se lézarder... Alors que de grosses larmes tièdes roulaient sur ses joues parcheminées pour venir se diluer dans le thé parfumé qui exhalait son arôme délicat, elle découvrit avec étonnement que de minuscules personnages sortaient les uns après les autres de la fente qui béait comme une bouche. De tout petits chinois nattés, vêtus de kimonos en cachemire brodés et chamarrés lui faisaient signe dans des jonques fleuries où abondaient des jarres de riz, des corbeilles chargées de papayes, de physalis, de litchis ou de fruits du dragon, des cages d’oiseaux en bambou emplies de rossignols et de perruches à colliers, des coffres en bois de santal débordants de pierreries, de châles en soie brodés, de vases Ming d’une valeur inestimable…

 

Le temps de chausser ses lunettes sur son nez qu’elle avait en forme de trompette, la saynète miniaturisée s’était déjà évanouie, voire volatilisée.

 

Sans doute, ai-je eu la berlue, se disait la vieille dame. Je vieillis, il faudrait que je me repose davantage. Et sur ce, elle s’endormit derechef dans sa chaise longue préférée en jonc tressé.

 

Elle dormit le temps que prit une araignée grise pour tisser au-dessus de sa tête, une toile aux fils d’argent qui retint ses cheveux blancs dans une assez jolie résille de fine dentelle où l’arachnide  se fixa en son centre telle une épingle à chapeau.

 

La vieille dame finit par émerger de son somme, habitée par une sourde inquiétude, la tête vidée de ses rêves et de toute fantaisie. Elle avait l’impression que toute son imagination l’avait quittée, abandonnée et qu’il ne lui restait plus qu’une araignée logeant dans les méandres de son cerveau.

 

La fêlure de sa tasse n’était-elle point pour quelque chose dans cet état d’esprit pour le moins délabré? N’était-elle pas elle-même fêlée à l’instar de sa fragile porcelaine de Chine ?

 

Elle quitta sa chaise trop longue pour son corps tassé et rabougri afin de se mirer dans l’ovale d’une antique psyché aux moulures dorées et plusieurs fois mordorées qui lui venait d’une trisaïeule qui avait parcouru les Indes à dos d’éléphant.

La glace du miroir était fendue de part en part sur toute sa surface.

À cette vue, la très vieille dame se sentit défaillir et son cœur se brisa, laissant s’échapper une myriade d’étoiles filantes.



 

Alors qu’elle se croyait morte, une main, aux longs doigts effilés et aux ongles nacrés, sortit de la fente du miroir et lui tendit une petite clé en forme de E majuscule finement ciselée. La conteuse s’en saisit en tremblant et aussitôt la main, qui avait un court instant frôlé la sienne, dans un imperceptible glissement du temps sur lui-même, disparut comme elle était apparue.

 

La très vieille dame serra la minuscule clé dans l’un de ses poings fermés et se rappela soudain qu’elle avait autrefois écrit un conte qui ressemblait beaucoup à cette étrange histoire à dormir debout qu’elle était en train de vivre à présent.

 

Elle se pinça  le nez...mais bien sûr, elle ne rêvait pas, puisque sa tête était vide de toute rêverie.

 

Était-elle en train d’écrire ?

 

Non, bien évidemment, car sa plume était posée à côté de l’encrier vide, lui aussi. Et les petits Chinois qu’elle avait vu de ses yeux sortir de la tasse à thé, n’étaient-ils pas les personnages de ses premiers contes?

 

Que se passait-il, se demandait encore une fois, la très très vieille dame dans son salon, au milieu des mille et un livres qu’elle avait écrits au cours de sa très longue vie.

 

Elle venait à peine de se poser cette question que de toutes les fissures des murs de sa maison, des meubles centenaires et des objets hétéroclites, une foultitude de reines, de princesses, de rois, de pages, de lutins, de dragons et toutes sortes d’animaux fabuleux émergèrent en un cortège interminable qui se mit à débouler et à parader dans la pièce sans fanfare ni tambour !

 

Les pages de ses livres se détachèrent les unes après les autres et vinrent virevolter autour d’elle dans une folie joyeuse et contagieuse. La vieille dame fut entraînée malgré elle dans cette farandole ensorcelée et en quelques mots, moins qu’il n’en faut pour l’écrire, elle entra dans son dernier livre avec à la main la clé de l’énigme.

 

Elle n’en sortit jamais et sans doute est-elle toujours enfermée dans l’épilogue de son ultime légende, dans l’un ou l’autre de ces beaux livres reliés et richement illustrés qui remplissent les rayons des  bibliothèques et réjouissent le cœur des enfants.

 

Son âme, ses rêves, bien sûr, l’avaient précédée depuis longtemps dans cet exode, cette fuite hors du temps et de l’espace, à la croisée de la vie et de la mort que sont les contes éternels et intangibles.

 

Cette histoire que vous lisez, nul ne sait qui l’a écrite et vous la relatera. Nul ne le sait, si ce ne sont les petits génies qui dorment dans l’encre des mots et remontent comme des bulles transparentes quand ils en ressentent le désir, sur les fils d’argent de l’échelle du temps pour ouvrir, dans notre quotidien terne et trop prévisible, quelques brèches de lumière où la poésie assure l’équilibre du monde.

 

 

 

© Francoise Urban-Menninger, conte inédit ayant trait au mystère de la création littéraire, décembre 2025.

***

Pour citer ce conte inédit & illustré

 

Francoise Urban-Menninger, « La clé de l’énigme » avec une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fum-lacledelenigme

 

 

Mise en page par David

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro IV▼

22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 14:28

Événements poétiques | Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles & N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Poésie & littérature pour la jeunesse

 

 

 

 

 

 

 

Soyons enfants, soyons jeunes filles

 

 

 

 

 

 

Poème engagé par

 

Maxance Lardjane

 

Doctorant ès Lettres à l’Université Polytechnique

Hauts-de-France, LARSH

 

 

Crédit photo : Camille Métra (ou Métra-Hubbard, 1864-1936), « Portrait de jeune fille blonde », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran de l'image libre de droits du Web.

 

​​​​​

 

 

C'est terrible ! Entends-tu, mon amour

Le grand bruit de la cloche au lointain ?

C'est le monde, le vrai, qui toujours

Nous rappelle à ses dogmes malsains

 


 

C'est le cri de cet orphelinat

Dans lequel nos deux cœurs sont tombés ;

Dans lequel il n'y a – à part toi –

Que des dogmes retors, surannés :

 

 

 

Pourquoi m'apprend-t-on à m'habiller

À la mode des victoriennes ;

Pourquoi veut-on tant me voir valser

Et qu'un œil de mâle me fasse sienne ?

Pourquoi me veut-on si féminine

Alors que je m'adore en garçonne

Et que toi, mon âme féline

Tu m'apprends le vrai monde comme personne ?

 

 

 

Pourquoi donc toute cette étiquette

Et ces leçons pour entretenir

Une maison ? Pourquoi ces cours bêtes

Pour apprendre à réprimer ses rires ?

 

 

 

Non, amour, je suis mieux avec toi,

À me faire avec toi buissonnière ;

À me cacher le jour dans tes bois

En joignant mes mains dans ta prière :

Avec toi, faire comme dans les contes

Qu'en cachette nous lisons la nuit

Sous les pâles lueurs des pénombres

Et les frémissements des esprits

 

 

 

Contre l'autre, imaginer sans fin

Que nous chassons la baleine blanche,

Rêver de pouvoir main dans la main

S'aventurer de branches en branches ;

Rêver d'aller ailleurs que nos livres,

Partir vraiment dans un sous-marin,

Voguer vers la Lune et bien plus loin…

Que l'imagination nous délivre !

Avoir des droits, des désirs, des rêves

Pouvoir être docteure, suffragette,

Écrivaine et faiseuse de grèves,

Changer le monde jusqu'à sa tête…

 

 

 

Horrible cloche. Horrible doyen

Qui bannirait nos chastes unions.

Horrible rappel de tous ces lions

Qui nous jugeraient d'un œil de coin !

 

 

 

Va-t-en ma douce, et reviens-moi vite,

Même si j'ai toujours avec moi

Ton cœur, et que tu as le mien... vite !

Sinon le doyen te punira !

Va-t-en, va-t-en... j'entends du bruit... vite !

Que tes paumes sont douces, mon cœur.

Mais il faut se séparer... si vite !

Mais bientôt nous fuirons... âme sœur !

 

© Maxance Lardjane
Doctorant ès Lettres | Université Polytechnique Hauts-de-France | LARSH. Sa thèse porte sur la présence de l'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore dans le champ littéraire français, du XIXe siècle à nos jours.

 

***

Pour citer ce poème romantique, féministe, lyrique, engagé, illustré & inédit

 

Maxance Lardjane, « Soyons enfants, soyons jeunes filles » avec une peinture par Camille Métra (1864-1936), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2025 | « Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles » & AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 22 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/11octobre25/2025noiv/mlardjane-soyonsjeunesfilles

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro IV & à la Table des poèmes

5 juin 2025 4 05 /06 /juin /2025 17:37

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & Réception | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

 

 

 

 

 

Le récit « Souvenirs de Chine » écrit & illustré par Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix vient de paraître aux Éditions Astérion

 

 

 

 

 

 

Chronique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographies par

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix

 

 

 

© Crédit photo :  Première et quatrième de couverture illustrée de « Souvenirs de Chine » de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, Éditions Astérion, 2025.

 

 

Ce merveilleux petit livre aux images joyeuses et colorées est signé par une heureuse grand-mère qui a fait des milliers de kilomètres pour retrouver son petit-fils Aurélien à Shanghai en Chine.

 

© Crédit photo :  Première de couverture illustrée de « Souvenirs de Chine » de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, Éditions Astérion, 2025.

 

Magnifiquement écrit, émaillé de notes d’humour et de tendresse, cet opuscule transporte le lecteur dans l’Empire du Milieu où son esprit voyage mais aussi, où son imaginaire est comblé par moult détails sur l’art d’élever les enfants et de les éduquer dans les écoles chinoises où « toute classe débute par le chant. » De nombreuses anecdotes, telle celle du « bouquet de ballons » ou encore la scène des « Tang-Tang », à savoir la revendication d’une poignée de bonbons par Aurélien mais aussi par son Ayï (nom donné à la nounou en Chine) nous amènent à découvrir des saynètes qui nous font sourire.

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix nous fait partager son bonheur qu’elle résume ainsi « Bienheureuse la Mère-Grand qui chantonne avec son petit-fils car elle est au paradis sur terre. »

 

© Crédit photo : Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix avec son petit fils. Image no 1 de ses « Souvenirs de Chine ».

 

Ces Souvenirs de Chine sont autant de caresses faites au petit Aurélien qui, n’en doutons pas, se voit léguer le plus émouvant des cadeaux, celui de l’amour indéfectible d’une grand-mère aimante qui n’hésite pas à prendre un billet d’avion pour retrouver le petit Aurélien à Shanghai et qui nous confie en aparté « Grand-mère est arrivée pour entendre son petit-fils chanter. »

 

© Crédit photo :  Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix avec Aurélien & son nounou à Shanghai. Image no 2 de ses « Souvenirs de Chine ».

 

Un vrai plaisir de lecture que ce livre à s’offrir et à déguster sans modération tout en le prolongeant par la contemplation des photographies prises par l’autrice.

 

 

© Françoise Urban-Menninger, Juin 2025.

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Le récit « Souvenirs de Chine » écrit & illustré par Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix vient de paraître aux Éditions Astérion » avec des photographies par Marie-Jeanne Langrognet-DelacroixLe Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 5 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-mjldsouvenirsdechine

 

 

 

Mise en page par David

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

25 décembre 2024 3 25 /12 /décembre /2024 17:24

N° IV | AUTOMNE 2024 | NUMÉRO SPÉCIAL 2024 | Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) | 1er Volet | Critique & réception | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

 

 

​​​​​​​

​​​​​

 

 

La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes

 

Récit poétique de Lucrèce Luciani

 

paru aux éditions Azoé

 

 

 

 

Critique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

© Crédit photo : Illustration photographique utilisée pour la première de couverture de l'ouvrage intitulé « La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes » par Edouard Boubat (Paris, Luxembourg, 1947) de l’autrice Lucrèce Luciani aux éditions Azoé.

​​​

 

 

Peut-être trouvera-t-on dans l’anagramme de magie « la formule alchimique du trouble qui s’empare de la pensée à chaque fois qu’il s’agit de dire que c’est une image », se demandait Mathieu Bouvier. Et si c’était là, ce « trouble » qui a envoûté Lucrèce Luciani qui, depuis quarante ans est accompagnée par l’une des premières photographies prise par Edouard Boubat La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes qu’elle contemple et qui la contemple sur sa table de chevet.

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du récit poétique « La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes » de Lucrèce Luciani aux éditions Azoé.

​​​

​​​

Un trouble indéfinissable s’installe dans ce récit poétique où ce sont les feuilles que l’on dit « mortes » qui habillent le corps d’une petite fille saisie de dos dans le Jardin du Luxembourg, cette minuscule passante inconnue focalise pourtant toutes les figures réelles ou irréelles qui habitent l’esprit de l’autrice.

Cette image tout à la fois éphémère et intemporelle, Lucrèce Luciani va la transmuter en lumière, « je demandais à la petite fille de la photo de devenir mon étoile », et ce récit de s’étoiler par la grâce empreinte de mélancolie de l’écriture lumineuse de l’autrice.

Car qui est cette petite fille annoncée dans le conte, où Petite-Aile, née dans la forêt de l’imaginaire de la narratrice, apparaît subitement dans le Jardin du Luxembourg comme par enchantement ?

Elle est photographiée par Edouard Boubat qui tombe sous le charme de cette enfant qui s’est confectionné un manteau de feuilles et qui semble contenir, tout en étant unique, toutes les petites filles de la terre, celles qui hantent encore la mémoire de l’autrice et qui y ont laissé leur trace comme « La petite fille brûlée au napalm ».

De cette petite fille qui « ne bougeait pas d’une feuille », Lucrèce Luciani nous confie «Elle me sort du noir/ moi/ qui ne suis qu’un trou noir/ au milieu de moi.» 

S’ensuit alors une kyrielle de vers incandescents, trempés dans ce feu de Dieu de la luminescence « Elle est ma Cendrillon / dans son carrosse de feuilles / en-lu-mi-nées/ de lumière et de feu. », « elle brasille de sorcellerie / elle explose d’exquise douleur / sous la mise à feu de Poésis. »

 

© Crédit photo : Quatrième de couverture du récit poétique « La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes », de Lucrèce Luciani aux éditions Azoé avec la biographie de l’autrice et la présentation du livre.

​​​

 

Cette Petite-fille-aux-feuilles-mortes renvoie bien évidemment aux feuilles d’écriture que l’autrice couvre d’encre «  Tout est feuille / a dit le poète et / n’est-ce pas mieux que le sempiternel / Tout est poussière ? », se demande-t-elle et de conclure « Il y a de la simplicité/ à être une feuille / d’arbre comme d’écriture, / c’est-à-dire une Protée. » Une « Protée » dont on sait que le nom renvoie aussi bien au Feu divin qui se cache sous les eaux qu’à ses multiples métamorphoses. Cette image comme la figure de Protée ne cesse de se renouveler et de se démultiplier pour renaître entre les lignes de ce recueil qui jamais ne s’effeuille mais bien au contraire se feuillette dans cet infini où se perd, se cherche et se retrouve, l’autrice en quête d’un « doublon », « d’un reflet », «d’un écho » avec lequel elle fusionne « On est le même corps / à deux têtes / On est les mêmes / en soeurs siamoises. » Et de poursuivre « Elle est cette vraie œuvre d’art / qui ne console pas / qui ne distrait pas/ avec du technicolor / et de la musique sans notes. » Cette image se situe dans cet « étant » évoqué par Heidegger, à la fois dans l’être et le non-être, elle y flotte à jamais insaisissable car, écrit Lucrèce Luciani « Je suis la Bête / derrière la Belle / et sans cesse mes yeux / épient une rose / blanche. »

« Rose blanche », on songe à la Divine comédie de Dante qui s’achève sur une rose blanche mystique telle l’unique rose blanche de la Vierge au Buisson de Roses peinte par Schongauer, une rose qui transcende le verbe dans une parole muette.

Nul doute que Lucrèce Luciani nous aura transporté dans cet entre-deux où vie et mort se côtoient jusqu’à se confondre dans un temps suspendu où «…. le regard cloué en elle, la magie a opéré. / La sienne. » Cette « magie » devient la nôtre à cette lecture qui nous octroie de fabuleuses embellies en soulevant sous les feuilles plus vives que mortes, que certains ramassent à la pelle, la magnificence d’images, de métaphores et de réminiscences qui ont partie liée avec l’âme de notre inconscient collectif car l’autrice de nous déclarer qu’il n’y a qu’en « Littérature qu’un être surnaturel, maudit, imaginaire – c’est-à-dire privé d’ombre – peut réellement s’inventer une existence. »

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

***

 

 

Pour citer ce texte inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « La Petite-Fille-Aux-Feuilles-Mortes. Récit poétique de Lucrèce Luciani paru aux éditions Azoé », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, mis en ligne le 25 décembre 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noiv/fum-ll-lapetite

 

 

Mise en page par Aude

​​​​​​

© Tous droits réservés 

Retour au Sommaire du numéro▼ Lien à venir

Bienvenue !

 

L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une

  • Bracelets d'été
    Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges / Nature en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Créations poétiques Bracelets d'été...
  • Sur une corde raide
    Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Dossier majeur | Florilège | Revue politique Sur une corde raide Ensemble de poèmes par Martine L. Jacquot Poète, romancière, nouvelliste...
  • Sous le soleil des œuvres de femmes
    Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges / Le Printemps des Poètes & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Créations poétiques Sous le soleil...
  • Biographie de Armenida QYQJA
    Biographie & publications disponibles numériquement Armenida QYQJA Poète & auteure polyglotte Est une auteure albano-canadienne. Sa poésie explore souvent l'amour, l'identité, l'exil et la guerre. Née à Tirana, en Albanie, en 1977, elle a immigré au Canada...
  • Communiqué de presse dédié à la poétesse Najwa Benchebab
    Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Métiers du livre | Presse, média, femmes genre & poésie | Annonces diverses / Avis de parution & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Varia &...
  • J’entreprends d’étirer mon cœur, poèmes d’Odile Bischoff. Recueil paru aux Éditions Astérion
    Événements poétiques | NO II / Hors-Série 2026 | Festival International Megalesia 2026 « Poétique Printanière » | Critique & réception J’entreprends d’étirer mon cœur, poèmes d’Odile Bischoff. Recueil paru aux Éditions Astérion Réception & photographies...
  • 2026 | Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix Poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 8 Avril | Revue Matrimoine 2026 | Le Prix International de Poésie pour l'ensemble...
  • 2026 | Le Prix International de Mécènes... 
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix Poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 8 Avril | REVUE MATRIMOINE 2026 | Le Prix International de Mécènes de la Poésie de...
  • 2026 | Le Prix International de Spécialiste de Poésie...
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix Poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 8 Avril | Revue Matrimoine | Poeticiennes ou théoriciennes de la poésie 2026 | Le...
  • 2026 | Le Prix International de Poésie Audiovisuelle...
    II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix Poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 8 Avril | Revue Matrimoine | Poésie & arts audiovisuels / Poésie audiovisuelle 2026 | Le Prix International...