9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 18:28

N° I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Florilège | Astres & Animaux / Nature en poésie

 

 

 

 

 

 

 

Déchirez le voile

 

 

 

Photographie & poème engagés par

 

Berthilia Swann

Poétesse & autrice engagée

 

 

collage

© Crédit photo : Berthilia Swann, « Déchirez le voile », image composée de plusieurs photographies. Technique utilisée :  collage, 2025.

 

« Déchirez le voile » est un poème qui défend une meilleure écologie :

 

 

 



 

Déchirez le voile 

De l’ombre qui plane

Au-dessus de leurs vies

D’ailes et d’hirondelles

D'âmes fébriles et fidèles

Souillées par les affres

De fantômes en oublies

Au milieu de gouffres profonds et troublés

De bateaux pétroliers des bas-fonds, d'épaves échouées

Tuant les mers, les océans bleutés

Le monde des sous lieux habités

Plongeant, les poissons et animaux marins ébranlés

Sans oxygène, ni bouées.

 

 

 

Déchirez le voile

Des pollutions diffusées et lâchées

Dans nos mers, couleurs noires ensanglantées

De restes, de carcasses parsemées

Circulant, à la dérive par les vents et marées.



 

Déchirez le voile

Que l’on saurait voir, ni toucher

De peur d’en être contaminé

De ces eaux troubles, salies et infectées

Des mains impropres et souillées

D’en plaire ou déplaire aux masques portés

Pour une écologie pure et enchantée.

 

© Berthilia Swann

 

***

Pour citer cet écopoème engagé, inédit & illustré

 

Berthilia Swann (poème & illustration), « Déchirez le voile », peinture par Delphin Enjolras (1865-1945), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 9 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/swann-dechirezlevoile

 

 

 

 

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27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 17:34

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Cuisiner en poétisant | Annonces diverses / Avis de parution

 

 

 

 

 

 

 

 

Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de récits « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion, 2025.  Image fournie par l’auteure.

​​​​​© Crédit photo : Détail de la quatrième de couverture de l’ouvrage cité ci-haut.

 

 

La revue Le Pan Poétique Des Muses a la joie de vous annoncer la parution le nouvel ouvrage intitulé « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger (chez les éditions Astérion) de notre rédactrice Françoise Urban-Menninger. Nous publions ci-dessous et en avant-première la première de couverture et la présentaion de l’œuvre par la maison d’édition.

 

 

Présentation du recueil par les éditions Astérion :

 

 

Françoise Urban-Menninger, lauréate nationale de la nouvelle universitaire en 1993, publie avec L'heure du thé son 4e recueil de récits dans la lignée de Katherine Mansfield, Virginia Woolf, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton ou encore Eleonora Carrington, des autrices qu'elle affectionne particulièrement. On décèle, ici et là, des pointes de surréalisme et l'on songe à Paul Eluard, André Breton, voire Guillaume Apollinaire… Mais la nouvelliste possède un style singulier dont la petite musique n'a pas fini de nous surprendre en égrenant ses notes au charme envoûtant !

 

Poète et nouvelliste, née à Mulhouse en 1953, Françoise Urban-Menninger est l'auteure d'une trentaine d'ouvrages ainsi que chroniqueuse pour les sites Exigence Littérature et Le Pan Poétique des Muses. Présidente de la commission littéraire de l'Académie rhénane, elle organise de nombreux événements littéraires en Alsace, participe à des salons du livre, intervient lors de colloques et collabore à plusieurs revues de littérature en France et à l'étranger.

 

***

Pour citer cet avis de parution illustré & inédit

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/lppdm-heureduthe

 

 

 

 

 

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 19:15

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Revue matrimoine | Voix-Voies de la sororité | Philosphies & sagesses en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques

 

 

 

 

 

 

 

Une femme la nuit

 

 

 

 

 

Poème féministe par

 

 Amel Boudali

 

 

 



 

Je suis 

une femme la nuit

je dresse

mes mains-torches

de tous les égarés

j'éclaire le chemin

hormis le mien

je me consume 

et sur ma route

tout n'est 

qu'ombres voilées


 

je suis

une femme entière

non la moitié d'un autre


 

au visage tatoué

par les jours amers

aux joues enflammées

des caresses du simoun

aux mains creusées de veines

vertes et espérantes

comme les chemins de mai

dans mes montagnes rêches

ma gorge est le palais

de mille chants anciens

qui courent  

jusque dans les vallées

et viennent se mêler

aux clapotis des vagues

pour être fécondés 

par l'écume des ans

et résonner nouveaux

au cœur de mes enfants

mes moissons de juillet

sont en bouche amères


 

une femme entière

non la moitié d'un autre


 

mes filles indénombrables

portent en bandoulière

leur corps à vif qui

cogne aux portes

de la vie

et s'écorche aux regards

hérissés de tessons

de couteaux et de haine

des corps entiers

non les moitiés d'un autre

mes filles de juillet

se languissent encore

des fruits de cette moisson

leur marche a commencé

à l'aube de notre histoire

dans le jour de nos villes

leurs semis en chemin 

germinent en cris de joies

de peines et de révolte

et dans leur sillon

elles déposent les corps

des compagnes brûlées

égorgées écorchées

d'où renaîtront encore

d'autres corps en marche

 

des compagnes brûlées

égorgées écorchées

mais toutes

toutes

entières non la moitié d'un autre

 

© Amel Boudali

 

Biographie

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poétesse Amel BOUDALI.

​​​​​

Amel BOUDALI est née à Alger. Elle a suivi ses études en France au cours desquelles elle a consacré un travail de recherche aux connivences esthétiques et éthiques entre les œuvres de Mohammed Dib et de  Guillevic. 

Attentive aux voix poétiques contemporaines, elle publie des lectures de recueils sur son blog « Cultures Plurielles » dédié à l'actualité poétique de tous horizons.

Elle a publié aux éditions LansKine le recueil Mers (2025).

Elle enseigne depuis une quinzaine d'années dans le secondaire auprès de jeunes réfugié-e-s.

 

***

Pour citer ce poème engagé, féministe, gnomique, illustré & inédit

 

Amel Boudali, « Une femme la nuit », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 20 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/ab-unefemmelanuit

 

 

 

 

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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 17:34

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges  | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

 

 

 

À tous les blessés

 

 

 

 

 

 

Poème historique & photographie par

 

Camille Aubaude

 

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

 

Blogue officiel :

https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

 

© Crédit photo : John Faed (1819-1902), « Le Rêve du poète » (1881-1882), actuellement exposé au Musée Marmottan dans le cadre de l’exposition sur « Le Sommeil » & les rêves (voir aussi https://www.marmottan.fr/expositions/lempire-du-sommeil/). Huile sur toile, 104,7 x 142,9 cm 46,5 × 76 cm, Collections (RSA), Edimbourg, Royal Scottish Academy of Art & Architecture  Dublin, National Gallery of Ireland. Cette peinture tombée dans le domaine public est photographiée par Camille Aubaude « Tableau romantique & poétique représentant le poète face à un ciel peuplé de souffrances ».


 

 

Femmes de mystères, encore

nous sommes un peu beaucoup 

passionnément Marie Stuart faite 

pour régner, femme de génie

brisée par la fatalité.


 

Continuité de la Reine d’Écosse 

fille des Guise et de Lorraine 

enfance vermeille au château d’ambroisie 

où la feuille d’acanthe

porte les promesses de vertes vallées.


 

Août 1548, le port de Roscoff.

Une pierre garde l’empreinte du soulier d’une reine de six ans

venue en Bretagne avec les bannières de l’Écosse.

Révolution et génie tiennent tête à la barbarie.


 

Un mariage royal à Notre-Dame de Paris 

les fêtes de la jeunesse, l’appel d’un règne éclairé 

de grâces admirables, de voluptés

et puis la maladie implorant l’injuste déclin.

Grâce et finesse face à la Révolution totalitaire.


 

Ô l’affreuse gloire des errances 

pour un règne humilié par les guerres

les atrocités où toutes les Marie Stuart 

aux yeux brillants succombent dans l’oubli.

« Ma fin sera mon commencement », dit-elle à son bourreau

qui s’y reprend trois fois pour faire taire cette voix.


 

L’humaine boucherie outrageant la Nature, 

l’implacable douleur ensevelissent le pouvoir temporel.

Marie joue du luth, elle chiffre ses lettres

pour fuir l’indolence, s’affranchit des lâchetés

de la censure sans grâce et volupté.


 

Des tyrans, des cerbères, le Néant en toile de fond,

le Patriarcat questionné par nos lettres et nos livres.

La reine rivale, Élisabeth Première, revit la mort 

injuste de sa Mère, Anne Boleyn, aimée des Amboisiens.


 

Seulette dans sa cour, dépossédée de ses rentes

trahie par son fils bientôt roi, Marie Stuart exaspère, 

« trop intelligente », subtile, profonde et fine.

Marie espère revoir les belles figures

d’Amboise où elle goûta le nectar d’ambroisie.


 

Prisonnière, elle élève des animaux,

pourfend ceux qui dénoncent

dans un sombre château cerné de bocages.


 

Épistolière couronnée de Sagesse

Marie crypte la grâce de son être

s’écrit dans le mystère épistolaire

à présent décrypté, en 2025, grâce

à une Révolution planétaire, linéaire

qui va de plus en plus vite.

 

© Camille Aubaude

***

Pour citer ce poème historique, élégiaque, engagé, féministe, illustré & inédit

 

Camille Aubaude (poème & photographie), « À tous les blessés », peinture par John Faed (1819-1902), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 18 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/ca-atouslesblesses

 

 

 

 

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 18:33

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Entretiens poétiques, artistiques & féministes | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Entretiens

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview avec Nora BALILE à l’occasion de

 

la parution de son nouveau recueil de poésie

 

« Rouge Alchimie »

 

 

 

 

 

Propos recueillis & images (fournies) par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

Entrevue avec la créatrice

 

Nora BALILE

Poétesse, conteuse, chanteuse et slameuse belgo-marocaine

Formée à la pédagogie, à l’art-thérapie ainsi qu’aux arts de la scène... a été professeure de sciences humaines

 

 

 

 

© Crédit photo : Le visuel officiel de la présentation du nouveau recueil de Nora BALILE (poétesse, conteuse, chanteuse et slameuse).

​​​​​

Avant-propos

 

À l’occasion de la parution de son nouveau recueil « Rouge Alchimie », nous avons le plaisir de rencontrer Nora Balile, poétesse belgo-marocaine à la voix singulière et lumineuse. Dans cette œuvre où le feu du verbe rencontre la douceur du vécu, elle explore les métamorphoses intérieures, les élans du cœur et les couleurs intenses de l’existence.

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée du recueil de poésie intitulé « Rouge Alchimie » par Nora BALILE.

 

 

Au fil de cet entretien, Nora Balile accepte de se livrer avec sincérité, de répondre ouvertement à nos questions et de nous entraîner dans son univers poétique ensoleillé, vibrant de sensibilité, d’énergie et d’espoir. Entre confidences, visions créatives et éclats d’inspiration, elle nous ouvre les portes d’une écriture où chaque mot devient souffle et lumière.

Entrons ensemble dans les entrelacs de « Rouge Alchimie » et découvrons la poésie telle qu’elle la vit : un espace de transformation, de chaleur humaine et de vérité intérieure.

 

Entretien avec Nora BALILE 

 

Hanen Marouani — Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours et de vos origines ? Comment ces cultures, belge et marocaine, nourrissent-elles votre écriture ?

 

Nora Balile — Je suis Nora Balile, poétesse, conteuse, chanteuse et slameuse belgo-marocaine.

Formée à la pédagogie, à l’art-thérapie ainsi qu’aux arts de la parole et de la scène (déclamation, improvisation, éloquence et théâtre), j’ai longtemps été professeure de sciences humaines avant de changer radicalement de direction de vie. 

À l’âge de quarante ans, un burn-out m’a fait chavirer et m’a laissée à terre. Il m’a fallu du temps pour me relever, petit à petit, grâce à la résilience qui m’a toujours habitée : mon art.

C’est alors que j’ai commencé mon chemin d’artiste. Depuis une dizaine d’années, je parcours les routes pour conter des histoires aux mille couleurs, aux enfants comme aux adultes. Je chante, j’écris et je compose des chansons et des mélodies. Et puis est venue ma plus belle histoire d’amour : la poésie. 

Mes origines et cette double identité nourrissent mes créations artistiques. Je suis composée de deux pays, deux patries, deux paysages intérieurs, deux couleurs. L’inspiration naît de cet équilibre de l’entre-deux, de ce mélange à la fleur d’oranger du Maroc et au chocolat belge.

Cela s’entend jusque dans ma manière de m’exprimer, avec l’accent de ma belgitude, de conter le bruit et les ruelles de Bruxelles, de peindre dans mes mots le ciel gris et sa constance.

De l’autre côté du rivage, il y a les amandiers qui chantent dans mon oralité sur scène et dans l’exaltation à déclamer ma poésie.

Les poèmes deviennent alors Méditerranée et prennent la teinte rouge ocre des montagnes de l’Atlas. Tout mon art devient la poésie de ces deux imaginaires, à la fois lointains et proches, ici et là-bas.

 

H.M — À quel moment la poésie est-elle entrée dans votre vie ? Était-ce un besoin, un hasard, une évidence ?

 

N.B — La poésie est entrée dans ma vie de manière inattendue, comme une perle que l’on découvrirait sur le coin d’une table après un service, sans s’y attendre. L’éclat d’une rencontre s’est déposé doucement, sans que je n’imagine qu’un jour elle ferait partie de moi, boulimique et viscérale.

Elle est née de l’écriture de mes chansons. Le retour du public m’a fait prendre conscience que mes textes étaient proches de ce genre littéraire. Tout s’est fait naturellement :de chanson en chanson, de poème en poème, perle de poésie…

Oui, c’était un besoin : celui de me raconter, de me révéler, de me relever, de me guérir, de m’inventer d’autres pays, de mettre à jour mes paysages intérieurs, de hurler mes interdits et mes silences.

Puis le hasard des rencontres, des scènes de slam, des concerts, des festivals de poésie, des ouvrages collectifs et des médias a consolidé cette évidence.

L’évidence d’une seule vérité : la poésie est toute ma vie, la vie d’une poétesse.


 

 

H.M — Quels auteurs, poètes ou artistes ont le plus influencé votre univers poétique ?

 

N.B — Les artistes qui m’ont le plus influencée sont surtout des auteurs-interprètes tels que Jacques Brel, Barbara ou Charles Aznavour.

Mais mes références viennent aussi du théâtre : Racine, Molière, et plus récemment le dramaturge Bernard-Marie Koltès.

J’aime également les poétesses comme Marceline Desbordes-Valmore, parmi d’autres. Mes inspirations viennent de tous horizons, très éclectiques et portées par des langages littéraires variés.


 

H.M — Comment décrivez-vous votre voix poétique à quelqu’un qui ne vous a jamais lue ?

 

N.B — Il est difficile de se définir soi-même…

Mais je dirais que ma voix poétique est empreinte d’un désir de mettre au monde mon histoire et celle des autres. J’explore des thèmes comme la résilience, les émotions humaines, la guérison, la quête d’identité, l’émancipation de la femme — autant de sujets qui portent un message d’espoir et de libération. 

On décrit souvent ma poésie comme intime, engagée, nomade, avec des textes ayant une dimension orale, percutante et musicale. Je pars de mon intimité pour toucher à l’universel, transformant mon histoire personnelle en un chant sacré pour la condition féminine. Même lorsqu’elle explore l’ombre et les difficultés, ma poésie reste orientée vers la lumière, l’ouverture des possibles, la quête d’un horizon infini. 

Je cherche à donner une voix aux sans-voix et aux silencieuses, avec l’envie de parcourir le monde, au-delà des frontières, pour partager ma poésie à travers des rencontres poétiques et musicales.


 

H.M— Le titre est très évocateur. Pourquoi avoir choisi « Rouge Alchimie » ? Que symbolisent pour vous le rouge et l’alchimie ?

 

N.B — Le titre m’est venu au moment où je traversais une période de crise liée à la maladie. Je me souviens : j’étais assise sur un banc de pierre, épuisée par l’intensité des douleurs et de la fatigue renouvelée. J’avais trouvé un autre titre, mais au fond de moi, je me disais : « Ce n’est pas ça. » Et puis, je ne sais par quel mystère ou lien mystique, "Rouge Alchimie" m’est apparu à l’esprit…

L’alchimie symbolise pour moi le feu de la transformation, la transcendance, la renaissance. Le rouge, c’est ma couleur, celle que j’aime le plus. Voici, exprimé de manière poétique, ce qu’évoquent pour moi le Rouge et l’Alchimie :

« C’est le rouge d’un feu incandescent,

le rouge d’un destin qui s’enflamme,

le rouge d’une passion qui dévore,

le rouge d’une lune qui ensorcelle,

le rouge d’une fleur aux armes déloyales,

le rouge d’une lave endormie,

le rouge de l’histoire des femmes.»

 (Extrait du livre « Rouge Alchimie »)


 

H.M— Quelle a été la genèse de ce recueil ? Est-il né d’un moment précis, d’une urgence intérieure ?

 

N.B — Oui, ce fut un moment précis, une véritable urgence intérieure. La genèse de ce livre a commencé lorsque je me suis retrouvée alitée, sur mon canapé, il y a un an et demi. La maladie avait pris le dessus comme une tornade qui vous met à terre. Désespérée et en grande souffrance, je devais trouver d’urgence une issue pour échapper aux douleurs qui m’assaillaient jour et nuit.

J’ai hurlé de l’intérieur des larmes de peine, car il n’existe pas de traitement pour ce handicap invisible qu’est la fibromyalgie. Alors, j’ai pris un stylo, et je me suis mise à écrire, écrire, encore et encore, sans répit, sans reprendre mon souffle. Cela a duré des semaines, des mois, une année et plus encore. 

Il fallait que je me distraite, que je m’enfuie de ce vacarme incessant, de cette impression de n’être plus qu’un corps malade réduit au silence, celui d’une femme atteinte d’un handicap invisible.

 

H.M — Quels sont les grands thèmes dominants de « Rouge Alchimie » ? Y retrouve-t-on une continuité ou une rupture avec vos précédents ouvrages ? 

 

N.B — Les grands thèmes de ce livre sont la résilience, la traversée de l’épreuve — qu’il s’agisse de la maladie ou d’autres formes de souffrance. J’y mets en lumière et en voix ces maladies invisibles, de véritables handicaps du quotidien, dont la fibromyalgie, qui reste encore aujourd’hui un mystère pour la médecine moderne.

J’évoque aussi la lignée des femmes guérisseuses à travers l’Histoire, en convoquant certaines figures mythologiques. Et bien sûr, la métamorphose : celle d’une possible guérison, d’une transformation profonde face à la fatalité. C’est un appel à garder espoir, à marcher toujours vers la lumière, à être ensemble sur cette route. Tellement de choses encore à dire…

 

 « Entonner un chant sacré,

 croire que tout est possible,

même si l’impossible est scellé. »

 (Extrait du livre « Rouge Alchimie »)

 

Oui, il y a bien une continuité entre ce livre et mes précédents ouvrages. Le fil invisible qui les relie, c’est celui d’une histoire : la mienne, mais aussi celle de tous les êtres. Des sujets universels traversent ma poésie — un chemin de résilience pour porter un message avec ma plume de poétesse.


 

H.M — Votre écriture semble mêler passion, transformation et quête spirituelle. Quelle place accordez-vous à la métamorphose dans votre poésie ?

 

N.B — Ce livre a une dimension particulière, car il a pris naissance dans un moment de ma vie profondément mystique. Durant la phase d’écriture, j’ai ressenti un espace autre, plus vaste que notre simple compréhension humaine : celui de la spiritualité. La métamorphose occupe une place centrale dans mes créations. C’est une métaphore : dans la dernière partie du livre, ou peut-être la première d’une grande renaissance, elle s’offre comme une offrande — un nouveau regard sur la maladie et un nouvel espoir de guérison.

Se réconcilier avec son histoire de femme touchée en plein vol par la maladie, renaître de ses cendres après la chute d’Icare, et cheminer avec les guérisseuses les plus lumineuses…

 « Étendre le linge de nos grands-mères,

laver la mémoire d’hier.

Une délicate prairie se repose,

reste le blanc éclatant d’une métamorphose. » (Extrait du livre « Rouge Alchimie »)

 

© Crédit photo : Premier portrait photographique d’art
thérapeutique de la créatrice Nora BALILE.

 

 

H.M — Le recueil explore-t-il une dimension féminine ou féministe particulière ?

 

N.B — Oui, assurément. Il m’est difficile, lorsque j’écris, de ne pas parler de la femme et de cette démarche qui consiste à libérer la parole féminine pour l’émancipation des autres Elles — ou devrais-je dire des autres Ailes.

Dans ce livre, c’est d’abord l’histoire d’une femme, même si elle tend vers l’universalité.

J’y donne une dimension profondément féminine, car une partie du recueil est consacrée aux guérisseuses — ces femmes médecins, déesses de la santé, dames aux herbes folles…

Il était essentiel pour moi de les convoquer dans cet ouvrage, afin de raviver leurs mémoires et rappeler que la puissance des femmes est une énergie qui guérit, qui transforme — une alchimie rouge, flamboyante et sacrée.


 

H.M — Quelle importance accordez-vous à la musicalité du poème, à sa forme, à la sonorité des mots ?

 

N.B — Je n’y accorde pas une importance volontaire ou calculée : c’est un chemin naturel que ma plume emprunte, sans réflexion préalable.

La musicalité vient d’elle-même, c’est une respiration instinctive. Il m’arrive parfois de vouloir faire rimer certains poèmes, simplement pour entendre ma poésie chanter. Mais, le plus souvent, je ne sais pas à l’avance comment les toiles de mots vont se tisser. Ce n’est qu’au moment du travail d’écriture, lorsque je façonne la matière brute en pierre opale, que j’en prends vraiment conscience.


 

H.M — Comment se déroule votre processus d’écriture : inspiration soudaine, travail quotidien ou lente maturation ?

 

N.B — Les trois à la fois ! L’inspiration soudaine, le travail quotidien et la lente maturation.

Je m’explique : le début d’un projet d’écriture naît d’une pulsion, d’une urgence à raconter ce qui me traverse — un élan presque vital. Puis vient le travail d’écriture : je dépose les textes au quotidien, presque tous les jours, de manière de plus en plus régulière. La maturation, elle, accompagne tout le processus : avant, pendant et après.

Souvent, je travaille sur plusieurs projets à la fois. Cela ressemble à une danse tzigane aux mille feux, où l’intensité reste au cœur du processus créatif. La plume d’une poétesse nomade.


 

H.M — Quelle relation entretenez-vous avec les images, les symboles et la couleur, notamment ce rouge qui traverse tout le recueil ?

 

N.B — Les images sont très importantes pour moi : elles constituent un langage artistique essentiel à ma sensibilité. J’aime ce qui est visuel, ce qui parle en images — c’est un amour sans explication, un univers qui m’inspire profondément. Les symboles, eux, relèvent davantage de l’inconscient et du mystère. Ils m’échappent souvent, comme une matière indéfinissable, à la fois lointaine et proche, semblable à un mirage.

Quant au rouge, comme je l’ai déjà exprimé, il est ma couleur vitale. C’est celle qui me donne la force de me lever, de revendiquer, de raconter avec incarnation. 

Elle me solidifie lorsque je fonds dans l’espace de mes pensées. Elle m’aide à replonger dans le feu de ma reconstruction, à puiser dans les histoires des guérisseuses. Et puis, le rouge, c’est aussi la couleur de la passion, de l’amour, du désir élégant — un héritage ancestral porté par les femmes.


 

H.M — Vos poèmes semblent parfois proches de la prière ou de l’incantation. La poésie est-elle pour vous une forme de spiritualité ?

 

N.B — Oui, il m’arrive d’écrire des poèmes proches de la prière, porteurs d’une dimension spirituelle — particulièrement dans la troisième partie de « Rouge Alchimie ». Ce n’est pas une constante dans mon écriture, ni ma dominante stylistique, mais dans ce livre, la spiritualité et la prière sont très présentes.

 

« La prière

Entendre une douce mélopée,

je prie encore

et demande pardon.

Ai-je simplement rêvé ?

 

M’inonder d’absolu,

la vérité, un mensonge mis à nu.

Je dépose mon livre de chevet,

les yeux inondés vers la lumière. »

 (Extrait du livre « Rouge Alchimie »)

 

 

 

© Crédit photo : Deuxième portrait photographique d’art
thérapeutique de la créatrice Nora BALILE.

 

 

H.M — Dans un monde traversé par tant de fractures, quel rôle attribuez-vous aujourd’hui à la poésie ? Pensez-vous que le poète ait encore un pouvoir de transformation, ou au moins de consolation, dans la société actuelle ?

 

N.B — La poésie a un rôle très puissant, car elle parle à l’inconscient collectif. Elle permet de faire voyager les idées, de proposer d’autres manières de voir le monde — du plus vaste à l’infime.

Elle ne se voile pas : elle reste proche d’une vérité crue, parfois nue, parfois habillée. Elle nous invite à réfléchir sur le regard que l’humain pose sur sa propre condition, de manière subtile et engagée.

Les métaphores deviennent alors des espaces infinis, des refuges où l’on peut se retrouver sans se confronter directement à soi ou à l’autre.

Elles déposent un espoir quand tout s’assombrit, et s’arment de résilience grâce à la force des mots. Ce ne sont pas seulement des poèmes que l’on écrit : c’est un acte politique, un geste pour préserver la beauté de l’art animé par l’âme terrestre et céleste. La poésie, c’est la réalité sans fard ni paillettes, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Le poète a toujours un rôle précieux : il est un messager de l’âme, un lien entre le visible et l’invisible.

Il offre une vision différente, fait bouger les lignes, éveille les consciences.

 

 « Rêver encore,

rêver d’accalmie et de beau temps,

rêver encore… »

(Extrait du livre « Rouge Alchimie »)

 

H.M — Comment réagissez-vous à la réception de vos poèmes par le public ? 

 

N.B — Lorsque je suis sur scène pour déclamer mes poèmes, je suis, bien sûr, heureuse lorsque le public me fait de beaux retours. Mais ce qui compte le plus pour moi, c’est d’avoir transmis un message, d’avoir fait voyager les âmes venues m’écouter. Les sourires, les regards, les échanges deviennent alors des ciels bleus.

Quand je viens de publier un livre, comme c’est le cas actuellement, je me sens vulnérable et anxieuse, sensible à la moindre vibration que mes mots peuvent susciter. Je suis portée par l’exaltation, mais aussi par la peur de ne pas trouver d’écho chez le lecteur. C’est un risque à prendre, mais un risque empli de bonheur.

 

H.M — Que souhaiteriez-vous que le lecteur emporte de « Rouge Alchimie » , une fois le livre refermé ?

 

 

N.B —

 « L’ivresse de la poésie.

La liberté d’être.

Le courage des petits pas.

Les victoires et les défaites.

La lumière dans les nuits les plus sombres.

La pensée délicate pour l’autre.

L’audace de se rendre visible. »

 

Que chacun se souvienne que la maladie ne définit personne. Que les matins blêmes résistent à la fatalité. Que tout passe, même après les plus grandes tempêtes. Que l’on se relève, même avec des ailes brisées.

 

« Croire encore à la beauté de chaque geste malgré l’épreuve,

d’un rouge qui illumine nos existences d’un soleil flamboyant. » (Nora Balile)

 

 

H.M — Quels sont vos projets littéraires à venir ?

 

N.B — Des ouvrages collectifs de poètes, plusieurs recueils de poésie en cours d’écriture, des scènes de poésie en Belgique et à l’étranger — notamment au Maroc et en France. Je participerai aussi à des rencontres littéraires autour de mon nouveau livre « Rouge Alchimie ». Et bien d’autres aventures encore… Celles d’une poétesse nomade.

 

H.M — Si vous deviez résumer « Rouge Alchimie » en trois mots, lesquels choisiriez-vous ? 

 

N.B — Résilience - L’Absolu- Métamorphose !

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de poésie intitulé « Rouge Alchimie » par Nora BALILE.

 

—————

Pour citer cet entretien lumineux, engagé, illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Interview avec Nora BALILE à l’occasion de la parution de son nouveau recueil de poésie « Rouge Alchimie » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 6 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/hm-norabalile

 

 

 

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