23 octobre 2025 4 23 /10 /octobre /2025 13:44

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Voix-Voies de la sororité

 

 

 

 

 

 

 

 

Francesca Woodman

 

 

 

 

 

Extraits engagés & images par

 

Carmen Pennarun

 

Extraits poétiques reproduits dans cette revue avec l'aimable autorisation de l’auteure.

 

 

 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 1.

​​​​​


 

[Page 35]

 

 

Elle connut des heures si creuses

le miroir de l’instant ne renvoyant

qu’un leurre, une apparence

d’où elle n’était qu’absence

 

Le silence devint son maître :

 

personne à qui expliquer

les visions qui la hantaient

 

personne ne pouvait percevoir  

les choses de là où elle les observait

 

Une porte en elle s’était ouverte

et les courants d’air laissaient

s’engouffrer les encombrements

– son ordre contrariait toutes les normes

 

Elle tenait ferme son objectif

dont rien ne parvenait à la distraire

 

De ses fantaisies néo-gothiques

feuilles de route d’un esprit juvénile

elle enfanta son Art loin des modèles

parentaux. Elle édifia des piliers

aux ports de caryatides – les effigies

de ses flammes intérieures

 

Sur un temps de latence

elle régla sa vie, sans jamais parvenir

à embrasser le mystère de sa propre création


 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 2.

​​​​​



 

 

[Page 73]

 

Elle sème la confusion

brouille les pistes

nous (é)conduit

en zones d’ombres

vers des visions

théâtralisées

où le macabre

et le vivant

cohabitent

 

 

S’offrent à nous

(la photo est un présent)

des visions de cauchemar

où il ne manque au sujet

que le sourire, car il n’est

en rien passif et semble

nous indiquer la porte

de sortie du rêve

 

Les personnages

toujours prêts à s’enfuir

dont une partie du corps

échappe à l’enfermement

nous prennent dans leur champ

de vision. Une relation s’établit

entre le modèle et l’observateur

un retournement de situation

une inversion de rôle !

 

Aucune soumission

 

Aucune fatalité

 

Là où paraît l’enfermement

le regard indique une issue -

la voie fuyante vers la sortie

Il rend possible le décryptage

des situations incongrues

Son langage est à décoder

entre l’intrusion de l’objectif

et le vacillement des personnages

dans un espace où le temps

ne parvient pas à les fixer

sur le papier

Leur moi s’échappe

du cliché faisant d’eux des figures

absentes de l’obscurité qui les a vus

naître grâce aux échelles de lumière

que l’artiste a mis à leur disposition



 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 3.

 

 

[Page 107]


 

Elle déchire la cloison

et sort de la chambre

de papier

Elle décline l'illusion

de la photographie

ce mur qui compresse

notre image, la fige

sur un temps mort


 

L'adolescente s'interroge

devant le cadeau offert :

cet appareil, lui permettra-t-il

de réaliser des clichés flottants

pourra-t-elle l'utiliser comme on

laisse un robinet ouvert autorisant

l'écoulement de la vie, sans rupture

- en constante recherche de prises ?


 

Sa photographie ne reflétera pas

des formes dépossédées de vie

alors elle accolera la fragilité

de sa nudité à la mort

elle trompera le temps

en jouant avec une stèle

comme si elle était fenêtre

elle la traversera en toute ingénuité


 

La mort est un gain

que la vie transperce


 

La mort est une perte

que la photographie pénètre

 

L’œuvre est ce que l’artiste

parvient à soustraire du néant


 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 4.

 

[Page 109]

 

 

Tes pieds nus sur le vieux plancher

est-ce par peur des échardes

qu’ils s’en vont sautant

comme ceux d’un chimpanzé ?

Mais déjà tu t’accroches à l’embrasure

d’une porte et te voilà suspendue

au col d’une « mère maison »

qui est sur le point de t’effondrer.


 

 

Pourquoi tes ailes

plus pratiques que des échelles

les as-tu prêtées aux anges

sans oser les reprendre

au moment du grand saut

habillé d’une robe chemisier ?


 

La vie est un rythme

qui s’entend dans le studio

il fugue d’un accessoire à l’autre :

croquis, photos, poèmes,

collants, gants, nippes bohèmes

c’est jour de grande lessive

le chambardement en continu


 

 

Les gants s’en prennent aux étiquettes

tandis que tu disparais des autoportraits

car tu es en bas, pauvre nature morte

auréolée d’une longue chevelure blonde

 


 

Elle gît… verbe dont je haïs l’infinitif

il rompt définitivement avec le flux de la vie

aux yeux de ceux qui aiment il est anéantissement

car qui aime ne peut saisir

ce que l’éternité a conçu,

ce que de tous temps elle contemplait

et qu’elle prolongera en sensibilité

hors du champ de l’artiste*

 

 

 

© Carmen Pennarun,

© Quelques poèmes extraits de mon ouvrage « Dans l’arc d’un regard de caryatide », livre auto-édité en 2019. Tout le recueil est consacré à Francesca Woodman : cette jeune photographe qui s'est donné la mort et dont le travail sur la photographie sortait tant le corps féminin de la vision que les regards masculins renvoyaient, en général (et continuent de renvoyer).

***

Pour citer ces poèmes engagés, féministes, élégiaques & illustrés

 

Carmen Pennarun (poèmes & photographies), « Francesca Woodman », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/cpennarun-francescawoodman

 

 

 

 

 

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16 octobre 2025 4 16 /10 /octobre /2025 18:01

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Astres & animaux / Nature en poésie... & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux poèmes par Yang Geum-Hee

 

 

 

 

 

Deux poèmes, biographie traduits & image (fournie) par

 

Irina Moga

 

Site Web :

http://www.irinamoga.com/

 

Deux poèmes par

 

YANG Geum-Hee*

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de l’autrice Yang Geum-Hee.

 

 

 

Nids d’oiseaux

 

 

 

Les oiseaux ne bâtissent pas leur demeure
pour eux-mêmes,
mais pour leurs petits.
Ils tressent leurs nids dans les buissons,
ou nichent au creux des arbres,
et s’y réchauffent, cœur contre cœur.

 

De cette tendresse naît leur force :
ils deviennent le vent,
ils deviennent les nuages,
ouvrant leur voie vers l’azur.

 

Car ils le savent — leur destin est l’essor,
et jamais un nid n’est fait pour y rester.


 

 

Rêve de la déesse du printemps

 

 

Perséphone, fille de Zeus et Déméter,
Quelles couleurs composent la lassitude de la déesse du printemps ?
Parmi les forsythias d’or et les violettes,
Éclosent cerisiers et fleurs aux tons pourpres.
Mais près de la pierre mélancolique, sous l’arbre,
L’après-midi parle une langue solitaire.

 

Les nuages errent, vagabonds du ciel,
Prenant forme, se dissipant sans fin.
Mille ans ont passé — puis mille encore —
À méditer dans l’herbe, on rêve à la déesse du printemps.

 

Les grains de sable roulent sans repos, encore et encore,
Forgeant des mondes nouveaux à chaque tour dans ses songes.
Les vents de printemps frappent le dos de l’arbre,
Et dans l’après-midi muet, le printemps parle une langue voilée.

 

 

 

Biographie 

 

La poétesse Mme Yang Geum-Hee a publié quatre recueils de poésie et a remporté huit prix littéraires. Elle a été la présidente fondatrice de l’Association Littéraire d’Ieodo, rédactrice en chef de Jejuin News, chercheuse au Centre Jeju Sea Grant, professeure invitée à l’Université Internationale de Jeju, ainsi que la deuxième présidente de l’Association Coréenne de Littérature Mondiale.
Actuellement, elle est éditorialiste pour le Samda Ilbo, douzième présidente de Jeju PEN, et vice-présidente de la Coopération pour la paix en Corée.
Sa poésie a été traduite et présentée dans de nombreux pays.

 

 

© Biographie & poèmes traduits de l’anglais par Irina Moga, avec la permission de l’autrice.

* Yang Geum-Hee (Yang est le patronyme, Geum-Hee le prénom à la manière coréenne).

 

—————

Pour citer ces poèmes & biographie traduits en français & illustrés

 

Irina Moga (poèmes & biographie traduits), « Deux poèmes par Yang Geum-Hee », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 16 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/irinamoga-yanggeumhee

 

 

 

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15 octobre 2025 3 15 /10 /octobre /2025 17:31

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Bémols artistiques | Critique & réception | Poésie visuelle POÉSIE &/ou olfactive | Cuisiner en poétisant 

 


 

 

 

 

 

 

 

Les œufs Bénédicte à la galerie

 

la Pierre Large à Strasbourg

 

 

 

 

 

 

Critique & images par

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

 

© Crédit photo : , Image no 1 de l’exposition « Les œufs Bénédicte » au féminin proposés par la plasticienne Bénédicte Bach à la galerie la Pierre Large à Strasbourg prise par Françoise Urban-Menninger, octobre 2025.

 

 

 

On connaissait « les œufs Bénédict » du nom de l’ inventeur de la recette à New York en 1930, nous avons maintenant « les œufs Bénédicte » au féminin proposés par la plasticienne Bénédicte Bach.

 

Ses œufs se déclinent sur six variations car de la naissance à la mort, les corps, avec lesquels ils ont partie liée, ne cessent de se transformer au fil d’un temps qui les fait et les défait.

Bénédicte Bach explore ces  différentes métamorphoses depuis la petite fille qu’elle a été à la mère qu’elle est devenue en donnant naissance à son fils.

 

Pour ce faire et dans l’attente de la mise au monde de son enfant, c’est à Rome qu’elle est allée se ressourcer et qu’elle a trouvé la sérénité. Il en résulte une série de magnifiques photographies de sculptures en noir et blanc nimbées de luminescence.

 

 

© Crédit photo : , Image no 2 de l’exposition « Les œufs Bénédicte » au féminin proposés par la plasticienne Bénédicte Bach à la galerie la Pierre Large à Strasbourg prise par Françoise Urban-Menninger, octobre 2025.

 

 

Dans sa série de boîtes de Petri, l’artiste a observé l’évolution de micro-cultures, un univers en miniature où la beauté des images irradiantes de couleurs confine à celle d’une mort annoncée mais toujours joyeuse, pimentée de petits grains de folie et d’un zeste de poésie.

Car chez la femme qu’elle est devenue, la petite fille ne cesse de renaître dans un renouveau toujours recommencé qui accompagne la créatrice et qu’elle met en scène. C’est ainsi qu’on la voit donner le biberon à un immense ours en peluche. Ailleurs, son corps qu’elle photographie elle-même avec un déclenchement à retardement, devient cet obscur objet du désir, puis le temps poursuit son œuvre comme Bénédicte Bach s’adonne à la sienne.

 

Au-delà des images et de la magnifique vidéo qui invite à appréhender « le lait des rêves » qui se transmet de mère en fille, la plasticienne, également autrice, a rédigé un texte très intime « Egographie » qui raconte la « difficulté d’être mère », car écrit-elle, en parodiant Simone de Beauvoir « On ne naît pas mère, on le devient ».

 

 

© Crédit photo : , Image no 3 de l’exposition « Les œufs Bénédicte » au féminin proposés par la plasticienne Bénédicte Bach à la galerie la Pierre Large à Strasbourg prise par Françoise Urban-Menninger, octobre 2025.

 

Et c’est en faisant un pied-de-nez aux idées reçues concernant la maternité que Bénédicte Bach donne à entendre sa voix singulière et féministe dans le chœur universel des mères, le tout, bien évidemment, nimbé d’un léger et savoureux nuage de poésie !

 

© Françoise Urban-Menninger

 

Exposition à découvrir à la Pierre Large à Strasbourg jusqu’au 25 octobre du mercredi au samedi de 16H à 19H, URL. www.galeriepierrelarge.fr


 

***

Pour citer ce bémol artistique illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger (texte & photographies fournies), « Les œufs Bénédicte à la galerie la Pierre Large à Strasbourg », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 15 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fum-lesoeufsbenedicte

 

 

 

 

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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 18:48

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Poésie, musique & art audiovisuel | Astres & animaux / Nature en poésie

 


 

 

 

 

 

 

 

Douces eaux du Léthé

 

 

 

 

 

 

Chanson par

 

Joan Ott

 

 

 

Crédit photo : Jean Delville (1867-1953), « Dante buvant les eaux de Léthé », 1919, peinture tombée dans le domaine public, Capture d’écran d’une image libre de droits via les réseaux sociaux.

 

 


 

Au rivage du lac

À l’heure où point l’aurore

Sous les nuées opaques

Teintées de rouge et d’or

Couchée dans l’herbe humide

Et froide de rosée

Elle est sourde au timide

Chant du vanneau huppé


 

Ses yeux clos ne voient pas

Le jaune bouton d’or

Elle n’entend ni ne voit

Allongée elle dort

Inconsciente et sans rêve

Dans son sommeil profond

Elle ne sait ni la sève

Ni le soleil tout blond


 

Sa main comme une serre

Qui serre et serre encore

Miettes de somnifères

Et flacon d’alcool fort

Est bleue comme ses lèvres

Plus livides que la mort

Quelques fleurettes mièvres

Complètent le décor


 

Elle ne sait rien du jour

Elle aspire à la nuit

A la nuit pour toujours

Elle n’aime plus la vie

Mais le jeune soleil

Darde ses doux rayons

Sur celle qui sommeille

Voilée de cheveux blonds


 

Alors elle ouvre un œil 

Reconnaît le flacon

Le vert tendre des feuilles

La grappe de houblon

La frêle coccinelle

Les fleurs qui sentent bon

Parfum de citronnelle

Le lac froid et sans fond

 

 

Elle s’étire et soupire

Maudit sa maladresse

Malgré elle un sourire

Pour l’aube qui la presse

Lui dit de revenir

De chasser sa détresse

Sa funeste tristesse

Et jusqu’au souvenir


 

Combien d’amants volages

Et combien de maîtresses

Victimes des outrages

De leurs amours traîtresses

Ont traversé les âges

Ariane abandonnées

Oubliées aux rivages

Par mille et un Thésée


 

Elle se relève sage

Dans ses mains rassemblées

Recueille son courage

En perles de rosée

Ô le divin breuvage

Douces eaux du Léthé

Le vent tourne la page

Thésée est oublié

 

© Joan Ott

***

Pour citer ce poème illustré & inédit

 

Joan Ott, « Douces eaux du Léthé », peinture par Jean Delville (1867-1953), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menningermis en ligne le 27 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/joanott-douceseauxdulethe

 

 

 

 

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13 septembre 2025 6 13 /09 /septembre /2025 17:55

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Florilèges | Spiritualités en poésie | Astres & animaux / Nature en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

Narcisse es-tu là ?

& autres poèmes

 

 

 

 

Poèmes d’amour par

 

NYX

 

Poétesse lyrique & tragique

 

 

 

Crédit photo : Allégorie anonyme de la nuit avec une colombe, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

Mon écriture explore l’amour sous ses visages tragiques et mythologiques, entre lyrisme intime et symboles universels. Mes poèmes explorent la passion, la perte et la solitude avec une voix intime et dramatique.

 

 

 

 

Narcisse es-tu là ?

Reprendre souffle.

La course est terminée,

le sort rompu,

le miroir brisé.

Narcisse a cessé de se mirer,

résigné de cette lutte impossible,

de cette quête d’un amour hors de portée.

Alors moi aussi,

j’arrête de courir.

Mon amour pour toi

tire sa révérence.

 

La nuée perdue

Un sentiment étrange,

quand l’alouette s’arrache à la nuée.

Seule, elle découvre d’autres cieux,

et devient cette alouette allochtone,

égarée dans un monde qui la rejette.

Elle voudrait rejoindre la nuée,

retrouver l’élan premier,

mais la nuée a mué,

sans elle.

Alors l’alouette erre,

éternelle étrangère,

ni des siens,

ni des vôtres.

 

Orphée 

On dit que l’espoir est le plus cruel des poisons,

plus âpre que la ciguë.

Il consume à petit feu

et pourtant on en redemande.

J’ai attendu ton retour,

qu’en amant tu descendes,

que tu m’arraches aux Enfers,

et que tu convainques

Hadès et Perséphone.

Mais hélas,

dans cette version du mythe,

Orphée n’a pas bravé l’ombre.

Il a trouvé une autre Eurydice.

Et moi je me demande :

ai-je vraiment fléchi pour toi ?

 

Les âmes sœurs aveugles

Je cherche ton reflet

dans les yeux de chaque passant,

dans le rire qui éclate

à la table d’à côté.

Me cherches-tu aussi,

toi, mon âme sœur égarée ?

Encore un soir de solitude

où ton absence se fait chair.

Cupidon n’était pas ivre,

il nous a visés droit au cœur.

Mais sa flèche, cruelle ironie,

nous a transpercé les yeux.

Comment te reconnaître,

toi qui es mien,

si l’amour même nous aveugle ?

 

Folle de toi

Hier encore,

je t’aurais cru éternel,

le seul visage inscrit

au fronton de ma vie.

Et moi,

satellite de ma propre solitude,

je t’observe disparaître.

Sont fous

ceux qui veulent retenir

les étoiles filantes.

Pires encore

ceux qui aiment

quand l’amour a quitté le navire.

Folle, oui.

Mais cruellement folle,

de toi.

 

Amour destructeur

J’irais confier mon cœur à Hadès,

qu’il l’enfouisse au plus profond du Tartare,

loin des cieux, loin des flèches d’or.

Car c’est le seul moyen que j’ai trouvé

pour échapper à Cupidon,

et préserver ce cœur fragile

d’un amour trop ardent,

d’un amour destructeur,

de notre amour.

—————

Pour citer ces poèmes d'amour inédits

 

NYX, « Narcisse es-tu là ? et autres poèmes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 13 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/nyx-poemes

 

 

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

 

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