19 septembre 2025 5 19 /09 /septembre /2025 18:01

Événements poétiques | Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles & N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Florilèges | Poésie & littérature pour la jeunesse


 

 

 

 

 

 

 

 

le grand regret de ma mère

 

 

 

 

 

 

Poème engagé & féministe

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

© Crédit photo : « Une vieille affiche scolaire publiée dans les années 50, image libre de droits fournie par Françoise Urban-Menninger.

 

 

 

elle n’avait que onze ans

quand ma mère quitta l’école

pour s’occuper de ses sept frères

et sœurs lorsque ma grand-mère veuve

fit des ménages pour nourrir sa famille


 

ce fut son grand regret

de ne plus pouvoir étudier

très souvent elle m’en parlait

et c’est ainsi que le livre devint l’objet

qu’elle ne cessa de sacraliser


 

impossible « de faire une corne »

en guise de marque-page

car c’était « profaner » l’ouvrage

le vieux dictionnaire offert par sa mère

était le livre qu’elle préférait


 

sur un rayon de ma bibliothèque

il reste le témoin et le dépositaire

de l’amour que ma mère

portait aux livres et l’école

qu’elle avait dû quitter trop tôt


 

sa grande fierté fut la parution

de mes premiers recueils de poèmes

dont elle fut en quelque sorte

« l’agent littéraire » car partout où elle allait

elle en chantait les louanges


 

aujourd’hui c’est à travers mes écrits

que ma ma mère renaît à la vie

dans le jardin de mes allées fleuries

où je lui rends grâce de m’avoir ouvert

les pages du grand livre de l’univers


 

© Françoise Urban-Menninger

***

Pour citer ce poème féministe, engagé pour l'égalité des sexes, illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger (texte & photographie fournie), « le grand regret de ma mère », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2025 | « Forêt de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles » & ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 19 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/11octobre25/fum-grandregret

 

 

 

 

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13 septembre 2025 6 13 /09 /septembre /2025 17:55

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Florilèges | Spiritualités en poésie | Astres & animaux / Nature en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

Narcisse es-tu là ?

& autres poèmes

 

 

 

 

Poèmes d’amour par

 

NYX

 

Poétesse lyrique & tragique

 

 

 

Crédit photo : Allégorie anonyme de la nuit avec une colombe, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

Mon écriture explore l’amour sous ses visages tragiques et mythologiques, entre lyrisme intime et symboles universels. Mes poèmes explorent la passion, la perte et la solitude avec une voix intime et dramatique.

 

 

 

 

Narcisse es-tu là ?

Reprendre souffle.

La course est terminée,

le sort rompu,

le miroir brisé.

Narcisse a cessé de se mirer,

résigné de cette lutte impossible,

de cette quête d’un amour hors de portée.

Alors moi aussi,

j’arrête de courir.

Mon amour pour toi

tire sa révérence.

 

La nuée perdue

Un sentiment étrange,

quand l’alouette s’arrache à la nuée.

Seule, elle découvre d’autres cieux,

et devient cette alouette allochtone,

égarée dans un monde qui la rejette.

Elle voudrait rejoindre la nuée,

retrouver l’élan premier,

mais la nuée a mué,

sans elle.

Alors l’alouette erre,

éternelle étrangère,

ni des siens,

ni des vôtres.

 

Orphée 

On dit que l’espoir est le plus cruel des poisons,

plus âpre que la ciguë.

Il consume à petit feu

et pourtant on en redemande.

J’ai attendu ton retour,

qu’en amant tu descendes,

que tu m’arraches aux Enfers,

et que tu convainques

Hadès et Perséphone.

Mais hélas,

dans cette version du mythe,

Orphée n’a pas bravé l’ombre.

Il a trouvé une autre Eurydice.

Et moi je me demande :

ai-je vraiment fléchi pour toi ?

 

Les âmes sœurs aveugles

Je cherche ton reflet

dans les yeux de chaque passant,

dans le rire qui éclate

à la table d’à côté.

Me cherches-tu aussi,

toi, mon âme sœur égarée ?

Encore un soir de solitude

où ton absence se fait chair.

Cupidon n’était pas ivre,

il nous a visés droit au cœur.

Mais sa flèche, cruelle ironie,

nous a transpercé les yeux.

Comment te reconnaître,

toi qui es mien,

si l’amour même nous aveugle ?

 

Folle de toi

Hier encore,

je t’aurais cru éternel,

le seul visage inscrit

au fronton de ma vie.

Et moi,

satellite de ma propre solitude,

je t’observe disparaître.

Sont fous

ceux qui veulent retenir

les étoiles filantes.

Pires encore

ceux qui aiment

quand l’amour a quitté le navire.

Folle, oui.

Mais cruellement folle,

de toi.

 

Amour destructeur

J’irais confier mon cœur à Hadès,

qu’il l’enfouisse au plus profond du Tartare,

loin des cieux, loin des flèches d’or.

Car c’est le seul moyen que j’ai trouvé

pour échapper à Cupidon,

et préserver ce cœur fragile

d’un amour trop ardent,

d’un amour destructeur,

de notre amour.

—————

Pour citer ces poèmes d'amour inédits

 

NYX, « Narcisse es-tu là ? et autres poèmes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 13 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/nyx-poemes

 

 

 

 

 

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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 16:40

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Articles & Témoignages | Spiritualités en poésie

 

 

 

 

 

 

 

Trésor caché

 

 

 

 

 

Poème par

 

Naomi khooseeal

Poétesse mauricienne & étudiante en langue française

 

 

 

Crédit photo : Aniela Trębicka (peintresse polonaise), « Basket with roses », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Commons.

 


 

Je sais qu’avec toi, c’est autre chose.
Avec toi même mon apparence était différente, j’étais radiante.
Avec toi j’avais une sécurité pas possible.
J’aimais tellement ton odeur.

Tu as été ma personne depuis le premier jour,
tu es ma personne.
Tu me manques plus que tout autre chose.
Tout ce que tu es.
Tout ce que tu ressens.
Tout ce que les mots ne peuvent exprimer.
Tout ce qu’un regard aurait dit.

Comme preuve d’amour je te laisse partir.
Ma plus grande déclaration.
Ma plus grande tristesse.

On dit que là où est ton cœur, là sera ton trésor.
Alors préserve-le avec la plus grande délicatesse.

 

 

© Naomi khooseeal​​​​​​​

***

Pour citer ce poème gnomique inédit & illustré

 

Naomi khooseeal, « Trésor caché » avec une peinture de l’artiste Aniela Trębicka, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 3 septembre. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/nk-tresorcache

 

 

 

 

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27 août 2025 3 27 /08 /août /2025 15:32

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Articles & Témoignages | Spiritualités en poésie

 

 

 

 

 

 

 

La couleur de l’âme en poésie

 

 

 

 

 

Texte & photo fournie par

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

Crédit photo : Louis Janmot, (de son vrai nom Anne-François-Louis Janmot, 1814-1892, artiste peintre & poète lyonnais), Série d’œuvres : « Poème de l'âme 16 : Le Vol de l’âme », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

 

En voulant rendre « le verbe poétique accessible un jour ou l’autre, à tous les sens », Arthur Rimbaud attribue une couleur à chaque voyelle. Vassily Kandinsky peint la couleur indépendamment de la forme, elle est pour lui l’expression de l’âme humaine, il associe les couleurs aux sonorités de notre intériorité en harmonie avec la musique du monde, il écrit « La couleur est une énergie qui influence directement l’âme ».

 

Mais quelle est donc pour l’artiste, poète, peintre, danseur ou musicien la couleur de l’âme ? Comment l’appréhende-t-on ? C’est dans le poème en train de s’écrire et dans ce qu’il a toujours d’inachevé que l’on tentera de saisir cette couleur de l’âme par définition insaisissable car elle se révèle dans « un vacillement », nous dit le philosophe Gaston Bachelard « où je ne suis pas encore ce qui s’anéantit ».

 

Pour certains auteurs comme Guy de Maupassant « L’âme a la couleur du regard. L’âme bleue seule porte en elle du rêve, elle a pris son azur aux flots et à l’espace ». Il rejoint Georges Rodenbach pour qui « Les yeux sont les fenêtres de l’âme ». Cette couleur de l’âme s’il en est une se transmute dans l’écriture poétique, c’est le poème sans nul doute qui donne sa couleur à l’âme !

 

                                         

le bleu de l’âme*

 

revenir dans le bleu de l’âme

où tremblent parfois des ombres pâles

je plonge ma main dans l’étang

où tremblent des bouts de ciel

 

je ne peux les saisir

que dans la lumière du poème

où j’arrime à mes vers

l’autre rive de moi-même

 

 

© Françoise Urban-Menninger, ce court texte est une réflexion partagée avec différents artistes...

 

* Poème extrait du recueil de poésies intitulé Renaître dans le poème paru aux éditions Astérion.

 

***

Pour citer ce témoignage inédit & illustré

Françoise Urban-Menninger, « La couleur de l’âme en poésie » avec une peinture du poète & artiste lyonnais Louis Janmot (1814-1892), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 27 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-lacouleurdelameenpoesie

 

 

 

 

 

 

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26 août 2025 2 26 /08 /août /2025 15:35

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... | Articles & témoignages | Revue & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Un poème peut transformer le monde

 


 

 

 

 

Texte & portrait pictural par

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

Photographies par

 

Élisabeth Bouillot-Saha

 

Artiste photographe

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha, de droite à gauche : « Portrait de Nusch Eluard par Mustapha Saha ».

 

 

Paris. Vendredi, 4 octobre 2024. Les éditions de Minuit republient Liberté de Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel (1895-1952), également connu sous les pseudonymes Didier Desroches, Jean du Haut, Maurice Hervent. Il fallait bien brouiller les pistes pendant la résistance.

Été 1941. Paris sous occupation allemande. La destinataire initiale du poème est Nusch Éluard (1906-1946), de son nom de naissance Maria Benz, alsacienne, muse incomparable des surréalistes. Paul Eluard lui dédie, après sa mort, ces vers terribles, gravés sur la stèle de sa tombe au cimetière du Père Lachaise : « Vingt-huit novembre mille neuf cent quarante six. Nous ne vieillirons pas ensemble. Voici le jour en trop. Le temps déborde. Mon amour si léger prend le poids d’un supplice ». L’auteur explique la genèse de Liberté : « En composant les premières strophes, je pense révéler, pour conclure, la femme que j’aime. Mais, je m’aperçois rapidement que le seul mot qui se présente à mon esprit est liberté. Ainsi la femme que j’aime incarne un désir plus grand qu’elle ». Le poème, entamé en 1941, est achevé en mai 1942. Le manuscrit est confié à Max-Pol Fouchet, directeur de la revue littéraire et poétique Fontaine à Alger, foyer de l résistance intellectuelle. Le poème est publié, pour la première fois, en juin 1942 sous le titre Une seule pensée pour éviter l’interdiction. Max-Pol Foucher reçoit néanmoins un avertissement des autorités pétainistes : « La Censure centrale remarque depuis longtemps que votre revue, de caractère strictement littéraire, publie des poèmes, des contes, des analyses critiques où l’on trouve des allusions transparentes aux événements politiques, allusions nettement hostiles ».

Liberté est également publiée à Paris, en septembre 1942, par le groupe La Main à plume, dans une plaquette de vingt-huit pages, tirée en cinq mille exemplaires, clandestinement distribuée dans les universités, les lycées, les usines. Le poète, menacé d’arrestation, quitte son domicile. De novembre 1943 à mars 1944, Nusch et Paul Eluard se réfugient dans l’hôpital psychiatrique de Saint Alban en Lozère. Ils rentrent à Paris au printemps 1944. Paul Eluard fonde, avec Louis Parrot, L’Eternelle Revue avec l’exergue : « Une fois de plus, la poésie mise au défi se regroupe, crie, accuse, espère ». De santé fragile, le poète est foudroyé par une crise cardiaque à l’âge de cinquante-six ans. Le gouvernement français, engoncé dans les guerres coloniales, refuse de lui accorder des funérailles nationales.

Dès décembre 1942, Liberté est reproduit, en France et à l’étranger, dans de nombreuses publication, dans la revue France Libre à Londres notamment. Le poème est souvent repris sans nom d’auteur. Il gagne d’emblée le domaine public. Il est illustré par des artistes de renom, mis en musique par Francis Poulenc. Pendant l’été 1943, le compositeur crée Figure humaine, cantate pour double chœur mixte a capella. Jean Lurçat réalise une tapisserie aujourd’hui conservé au Centre Beaubourg Paris. Le service britannique Political Warfare Executive publie Liberté dans la Revue du Monde Libre et le largue par avion sur la France dans le cadre des opérations Nickel Raid. Deux aviateurs y laissent la vie.   

Cinq dessins Liberté, j’écris ton nom, encre, gouache et graphite sur papier, commandés en 1953 par l’éditeur Pierre Seghers à Fernand Léger (1881-1955), un an après le décès du poète, donation de Louise et Michel Leiris en 1984, sont visibles au Centre Beaubourg Paris. Paul Eluard est représenté pensif, coloré de vert, de bleu, de jaune et de rouge. Fernand Léger réalise un livre accordéon, imprimé au pochoir, en tirage limité de 212 exemplaires. En novembre 2016, l’ouvrage reparaît à l‘identique. Au cinquième étage du siège du Parti communiste français, construit par Oscar Niemeyer place du colonel Fabien à Paris, trône le poème Liberté illustré par Fernand Léger, une tapisserie tissée en avril 1963 dans les Atelier Tabard Frères à Aubusson. 

 

Paul Eluard s’engage tout au long de sa vie contre le colonialisme. Il soutient les marocains pendant la guerre du Rif (1921-1927). Il s’oppose, à l’exposition coloniale de 1931, dirigée par le maréchal Hubert Lyautey, honorée de la présence du sultan du Maroc, Mohammed Ben Youssef. Le pavillon marocain est un palais avec une porte monumentale, entouré de patios. L’orientalisme dans son expression la plus caricaturale. J’ai visité récemment le château d’Hubert Lyautey dans le petit village lorrain de Thorey,  à une trentaine de kilomètres de Nancy, grande demeure surchargée de tableaux pittoresques, d’objets artisanaux, de photographies avec les deux sultans de l’entre-deux-guerres. Au dernier étage, une peinture géante représentant Moulay Youssef, un salon marocain archaïque, désuet. Des personnages pathétiques veillent sur l’héritage.

 

Tract Ne visitez pas L’Exposition Coloniale. « Brigandage colonial. On a envoyé en Afrique, en Asie, des navires, des pelles, des pioches pour créer du travail contre un salaire misérable, comme un don fait aux indigènes. Il est donc naturel, prétend-on,  que le labeur de ces millions d’esclaves nous rapporte des montagnes d’or. Nous tenons les zélateurs de cette entreprise pour des rapaces. Les Hubert Lyautey, les Jacques-Louis Dumesnil, les Paul Doumer, qui tiennent le haut du pavé dans la France du Moulin Rouge, ne sont que des figurants du carnaval des squelettes. Les promesses de l’affiche de recrutement des troupes coloniales sont éloquentes : une vie facile, des négresses alléchantes, des pousse-pousse tirés par les indigènes. Rien n’est épargné pour la promotion. Un sultan chérifien en personne bat la grosse caisse à la porte de son palais en carton-pâte. Les conquérants des paradis coloniaux s’enorgueillissent du Luna-park de Vincennes. Contre les discours patriotiques, les exécutions capitales, exigez l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux, des fonctionnaires responsables des massacres du Maroc, d’Annam, du Liban » (André Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret, Georges Sadoul, Pierre Unik, André Thirion, René Crevel, Louis Aragon, René Char, Maxime Alexandre, Yves Tanguy, Georges Malkine).  

 

​​​​​© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha, de droite à gauche : « Portrait de Paul Eluard par Pablo Picasso ».

 

Une contre-exposition s’intitule La Vérité sur les colonies. L’artiste allemand John Heartfield, de son nom d’état civil Helmut Herzfeld (1891-1968), ami de Louis Aragon, réalise un photomontage de deux poings levés, noir et blanc, couverture de la revue Social Kunst, n° 8, 1932, préfiguration des luttes pour l’indépendance. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. Une photographie de Man Ray est publiée dans le magazine Vogue de mai 1926 sous le titre Visage de nacre, Masque d’ébène. L’égérie Kiki de Montparnasse pose avec un masque africain. Le négatif décline des spectres. Aux lendemains de l’exposition coloniale, des œuvres déshabillent l’imaginaire occidental. Se tournent en dérision les fantasmes esclavagistes. Le magazine Vu publie, en 1934, un hors série sur la colonisation. Sur une d’Alexandre Liberman. un colosse noir porte la civilisation occidentale sur la tête. Projection délirante. Force physique, mollesse cérébrale. Victor Hugo lui –même, concepteur de la colonisation africaine, anti-esclavagiste convaincu, raciste avéré, n’appelle-t-il pas les noirs les pieds plats. Années trente, les génies du jazz se révèlent. Se célèbrent les métissages, au nez et à la barbe du suprématisme. En 1934, Nancy Cunard publie à Londres Negro Anthology, avec 250 textes d’auteurs de 155 autrices et auteurs africains, caraïbéens, américains. L’ouvrage de neuf cents pages n’est traduit en français aux éditions du Sandre qu’en 2023. 

 

Je reçois, aujourd’hui même, un opus d’une vingtaine de pages signé Raoul Vaneigem, titré Abolir la prédation, redevenir humain, Appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique, éditions Grevis. L’incipit, d’une formule percutante dont le philosophe a le secret, résume l’enfer actuel. « Nous avons fait de l’homme la honte de l’humanité. Du plus lointain des temps à nos jours, aucune société n’atteint le degré d’indignité et d’abjection attesté par une société agro-marchande qui passe, depuis dix-mille ans, pour la civilisation par excellence. Ce qui s’impose ainsi, en fait, c’est la dénaturation de l’être humain. On chercherait en vain parmi les carnassiers les plus impitoyables, une cruauté aussi délibérée, une férocité aussi inventive. L’opinion publique préformée prend parti pour l’un ou l’autre belligérant, comme s’il s’agissait d’un match de football. Les paris sont ouverts. Les hourras des spectateurs couvrent les hurlements des foules massacrées. Les rapacités financières orchestrent la dénaturation humaine, rythment les apathies, ponctuent les frustrations, déchaînent la haine meurtrière ». 

 

Manque, pour comprendre cette traversée des ténèbres, la pensée percutante, turbulente, du philosophe Gilles Deleuze. « Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. Les affects tristes diminuent notre capacité d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Les tyrans, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, d’administrer nos petites terreurs intimes, de neutraliser les surgissements de la vie. Leur arme de dissuasion est la mort. Les vampires ne nous lâcheront pas tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contamination » (Gilles Deleuze). 

 

Les humains perdent leur créativité. Ils ne pilotent plus leur destinée. Les ethnocides, les liberticides engouffrent l’insoutenable, l’invivable dans des régions entières. Le génocide le plus atroce, le plus brutal, le plus  sanglant se justifie par des raisons  sécuritaires. Qui vole aujourd’hui au secours des palestiniens en dehors des indignations de la rue ? Des voix juives intelligentes, courageuses, s’élèvent, au sein de l’impérialisme américain, contre l’ignominie sioniste. Légitime défense du pot de fer contre le pot de terre. Les discours fascistes, les actes monstrueux, les arguments fallacieux trouvent échos favorables dans les grands médias. Les consciences dévoyées s’abreuvent au spectacle des civils abattus à bout portant, des villes rasées par les bombes au phosphore blanc. Le profit prospère dans la destruction. La vie est un crime aux yeux des exterminateurs, des sociopathes détenteurs de pouvoir étatique. Contrairement aux psychopathes qui se défoulent sur des souffre-douleurs particuliers, les sociopathes ciblent des collectivités entières. Le massacre se digitalise. La boucherie se rentabilise. Les gouvernances décrédibilisées, noyées dans leur emphatique ignorantisme, aspirées par le vide, se militarisent faute d’autres moyens de s’imposer. Le pire se professe comme une fatalité. C’est la mort qui se démocratise. Je me dis : l’humanité touche le fond, elle ne peut que remonter. Je constate que le fond se creuse encore plus. Les incultes deviennent les maîtres, les charlatans les gourous, les intellectuels médiatiques les marionnettes. Les jeunes sous tutelle. Les vieux sous curatelle. La peur, une drogue populaire. Que revoit-on aujourd’hui dans plusieurs capitales européennes ? Des défilés de chemises noires, des revenants phalangistes, des spectres fascistes. 

 

Dans ce monde à la dérive, déshumanisé, technocratisé, déconscientisé, robotisé, le salut ne peut venir que de l’art et de la poésie. Comme en Mai 68. Nous avons chanté, le temps d’une fête révolutionnaire, pacifique,  le désir de liberté et la liberté des désirs. Les graines semées tardent à refleurir. Les monstruosités déculpabilisées, des dévastations décriminalisées sont de retour.  Le poème est plus vital, plus salutaire que jamais. Réciter Liberté de Paul Eluard. Regarder Guernica de Pablo Picasso. Combiner leurs variations allégoriques. Leurs correspondances métaphoriques. Et l’âme étincelle de mille espérances.

 

© Mustapha Saha

—————

Pour citer cet article engagé, illustré & inédit

 

Mustapha Saha, « Un poème peut transformer le monde », photographie par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 26 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/ms-poeme

 

 

 

 

 

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  • Emma Lazarus, La Liberté éclairant le Monde (Poésie au fil de la vie). Sélection et traduction des poèmes par Annpôl Kassis, Éditions Constellations, 2026, 91 p. 17€
    N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Dossier mineur Articles & témoignages | Revue Matrimoine Emma Lazarus, La Liberté éclairant le Monde (Poésie au fil de la vie). Sélection & traduction des...
  • Sa seule épouse, roman de Peace Adzo Medie, traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne
    N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception | Revue Matrimoine | Voix-voies de la sororité | Revue Poépolitique | Revue culturelle des continents & ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier Sa seule épouse...