Crédit photo : Elisabetta Sirani, "Melpomène, la Muse de la tragédie", domaine public, Wikimedia.
À mes vers
Dans les sombres forêts qu'un Dieu caché tourmente,
Quand le chêne effrayé sent fléchir ses rameaux
Et jette sous les cieux sa voix qui se lamente,
Calme, la fleur sourit, se mirant sur les eaux,
Le vol de l'ouragan sème en vain l'épouvante ;
Elle garde, tranquille, à l'abri des roseaux,
Pendant que le torrent près d'elle gronde ou chante ;
Son parfum au poète et sa graine aux oiseaux.
Soyez tels, ô mes vers ! si l'amour vous inspire ;
Rendez-vous sans tarder où quelque âme soupire,
Cherchant le ciel d'azur sous l'orage vainqueur,
Et, discrets confidents, pour calmer ses alarmes,
Comme aux sources des bois vous baignant à ses larmes,
Dans ce cœur attristé faites naître une fleur !
À une femme poète
Tu demandais des fleurs, en voici pour ta tombe,
Ô toi qui vis trop tôt le rivage inconnu
Où la rose flétrie et la feuille qui tombe,
Pleuvent sur les mourants dont le jour est venu !
Recouvrez son front pâle, ô sombres scabieuses,
Mariez votre pourpre au muguet argenté,
Inclinez-vous sur elle, ô pervenches pleureuses,
Que sous un dais de fleurs son sein soit abrité !
En voyant de mes mains s'échapper vos corolles
Où les pleurs de mes yeux se plaisent à couler,
Qu'elle ait, dans le tombeau de plus douces paroles
Pour le céleste ami qui la vient consoler !
Car les frêles mourants dont le destin s'achève
Avant l'heure marquée à tout homme ici-bas,
Dans l'éternelle nuit ne cessent point leur rêve ;
La foule les oublie et ne les entend pas !
Mais nous qui comprenons les plaintes de la brise,
Nous, poètes errants au hasard emportés,
Nous savons deviner, quand un rameau se brise
Ce qu'il contient de pleurs pour les jours regrettés !
Aussi lorsque, le soir, passent des bruits étranges,
Nous, sans nous effrayer, nous écoutons, rêveurs,
Les immobiles morts parler avec les anges
Dont les lyres d'argent frémissent dans nos cœurs !
Recouvrez son front pâle, ô sombres scabieuses,
Mariez votre pourpre au muguet argenté ;
Inclinez-vous sur elle, ô pervenches pleureuses,
Louisa va sourire en renvoyant l'été !
Les poèmes ci-dessus proviennent de FLEURENTIN, Zoé (1815-1863), Poésies élégiaques (Ancienne élève de la Maison impériale de Saint-Denis), Paris, au bureau de la revue de la Province, C. VANIER, Libraire-Éditeur, 25 rue de Buffault, 1861, pp. 3-4 puis 28-30.Ce recueil de poèmes appartient au domaine public.
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Pour citer ces poèmes élégiaques
Zoé Fleurentin, « À mes vers » & « À une femme poète », deux extraits de FLEURENTIN, Zoé (1815-1863), Poésies élégiaques, (1861), choisis & transcrits par Dina Sahyouni pour Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 30 juillet 2022,Url :
Sarah Mostrel (poèmes & peinture), « Des parfums divinement poétiques »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 28 juillet 2022,Url :
Hanen Marouani, « La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste Tuniso-canadienne Sarah Manai ; Femme-Fleur : des poèmes visuels et olfactifs », photographies de Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 19 juillet 2022. URL :
C'était dans le sentiment que les choses sont sans importance que le vieux facteur restait assis près de la fenêtre, regardant les ombres des gens passer dans la rue. Le souvenir de sa vie, de son mariage même, de ses tournées entrecoupées de menus bavardages, de quelques fêtes entre amis, s'estompait au fil des jours, comme si les images, longtemps encloses dans sa mémoire, se racornissaient, se désagrégeaient, redevenaient de minuscules particules, sans lien, indéchiffrables, lorsqu'elles se confondaient avec les grains de sable d'une plage immense, restée immuable, quant à elle, dans un recoin de sa tête.
Il avait dit une fois à sa femme Véronique qu'un jour il rencontrerait Dieu. Si infime que je sois, avait-il ajouté. Pour des raisons qui échappent à l'analyse comme à la conscience, cette rencontre n'avait jamais eu lieu. Il en gardait une manière de rancune confuse et sans objet, qui imprimait dans ses pensées une coloration mélancolique, la certitude d'un manque définitif et sans remède. Je ne suis pas né pour les grandes révélations, se disait-il, et il serait certainement absurde de m'en faire grief. Et pourtant c'est comme une souffrance, qui se serait attachée à mes pieds comme un gros boulet, obscur et fatal, qui vous entraîne inexorablement vers le fond. Dans ses souvenirs, il cherchait en vain le paysage d'une petite colline isolée, sur les pentes de laquelle il avait rencontré un jour une grande fille lumineuse aux allures de sylphide, et se demandait s'il n'aurait pas dû saisir dans ses yeux pleins d'ombre le reflet du divin.
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Pour citer ces poème en prose & peinture inédits
Pierre Zehnacker (poème & peinture),« Le divin »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 18 juillet 2022,Url :
Sur les franges de l’essentiel, suivi de Écritures, la nouvelle publication de Claude Luezior, au titre ample et majestueux, est un recueil de poèmes et proses au format à l’italienne, illustré en couverture d’une huile sur toile de Jean-Pierre Moulin.
Le liminaire, d’entrée de jeu, nous happe. Par son thème (l’évolution de l’écriture), ses images hautement picturales. Son goût de silex sur la langue râpeuse des origines. Ses ombres de mammouth qui s’étrécissent dans les casses de Gutenberg et vont se dissoudre dans les tweets de l’abrutissement digital.
Puis viennent les poèmes, denses, ciselés. On retiendra, dans Clarté, cette vision de l’aube perçue comme « ce grêle espoir / dans le cambouis de failles / que j’ai crues éternelles » ; dans le poème suivant, ce « soleil (qui) émerge en majesté », comme un « monocle de feu » ; l’émouvant (p.30) : « scarifiée par les tourments, la jeune femme a choisi un chemin de cendres […] » ; l’Orage, habité par les forces telluriques ; Racines, à la nudité âpre, au goût de sable et de rocaille ; et puis ce magnifique, aux accents persiens (p.86) : « Aux grands flots offerte, seule face à l’assaut, la lagune, telle une fiancée polie par les caresses […] »
On ne saurait clore cette succincte et incomplète énumération sans évoquer ce poème magistral qu’est Rupture, la beauté de ses images et de sa symbolique – cette flamme de l’amour enfui face à l’hostilité du monde et à l’érosion du temps : « nous serons, l’un à l’autre / ces labyrinthes de craie / quand les torches vives / devaient porter leur feu » […] « si tendre et innocente / la braise de nos nuits / restera le trait d’union / de nos chairs qui s’éteignent » […] « et dans l’eau précieuse / de tes regards en amande / restera la transparence / d’un commencement ».
Écritures (deuxième partie du recueil), réflexion-introspection poétique sur l’art d’écrire, par sa tonalité à la fois grave et légère, ne manquera pas de faire résonance chez ceux et celles qui s’adonnent, peu ou prou, à « l’ancienne et très vague mais jalouse pratique » (Mallarmé). On appréciera notamment : Écrire, Burine ta page, Mouettes, ainsi que les savoureux Saint-Graal et Alerte.
De ce corpus, une perle nous saute au visage et à l’âme – perle qui à elle seule justifierait l’existence de ce recueil :
« Écrire, c’est officier sous la voûte des étoiles, c’est chercher le gui à mains nues, sur les ramures du chêne. » (Hallucinogènes).
Mais on ne saurait prendre congé sans évoquer la préoccupation anxieuse (et encolérée) de Luezior pour les « malheurs du monde », sa violence, ses injustices. Sous la forme de petits textes en prose serrée, elle parsème régulièrement le recueil, telle une basse continue. Dans ce genre d’exercice, forcément la poésie rogne ses ailes, mais la prose fine et ciselée du poète transmute sans effort ce déficit poétique en parole universelle.
Quoi qu’il en soit, il le sait : « Écrire est un acte dangereux : c’est une mise à nu avant l’immolation. »
François Folscheid,« Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel, suivi de Écritures, Éditions Traversées, 2022, isbn : 9782931077047, 128 p., Virton, Belgique »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 16 juillet 2022,Url :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
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