30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 09:00

 

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Revue culturelle des Amériques | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages 

 

 

 

 

 

 

 

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William Klein, l’ami américain

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Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste

 

 

 

 

​​© Crédit photo : William Kein & Mustapha Saha.

 

Paris, 14 septembre 2022. William Klein, l’infatigable défenseur de causes perdues, l’inlassable créateur d’esthétiques suspendues, l’indéfectible agitateur de révolutions perdues, est parti le samedi 10 septembre 2022, à l’âge respectable de 96 ans. Spleenétique été. Disparitions en série d’amis fidèles, des artistes exceptionnels avec qui j’ai travaillé, Jean-Jacques Sempé (1932-2022), Alain Tanner (1929-2022), qui nous a filmés, avec Omar blondin Diop notamment (Alain Tanner et Jean-Pierre Goretta, Mai 68 à Paris), William Klein (1926-2022)  (William Klein, Gros soirs et petits matins, 1968-1978).

 

William Klein fusionne les apparences, les références, les occurrences, la peinture, l’écriture, la photographie, le cinéma, la pop culture, le psychédélisme, l’underground, la contestation, l'insubordination. En 1958, il réalise le court métrage Broadway by light. Il prend le pouls de la vie nocturne newyorkaise. Il subvertit les formes et les couleurs. Une rythmologie urbaine réglée sur les enseignes lumineuses. La jungle scintillante perd sa vitalité au lever du jour. Fulgurance introductive : « Les américains ont inventé le jazz pour se consoler de la mort. Ils ont créé Broadway pour s’apaiser de la nuit ». L’implacable logique diurne, le tout visible en surface, indécelable en profondeur, explose la nuit en pyrotechnie. 

 

Avec New York, Life is good and good for you in New York, William Klein trance witness revels, l’artiste rompt radicalement avec les codes institutionnalisés du reportage. Il intègre les décadrages, les flous, les artefacts. La photographie se libère des compositions contraignantes. L’instant décisif n’est pas donné au départ. Il faut le créer. L’esthétique traditionnelle est bouleversée par les bricolages techniques, les grossissements, les bougés, les dilatations, les déformations, les jeux des ombres et des lumières. La recherche de formes détonantes relègue au second plan les moments significatifs, les éléments explicatifs. La singularité personnelle prime sur le motif. Les spécificités du médium l’emportent sur la substance informative. La texture floutée, la matérialité médiumnique deviennent des données premières de l’art photographique. Les photographes sont des artistes à part entière. La photographie n’est qu’un support parmi d’autres.

 

1967. Le long métrage collectif Loin du Vietnam alterne le documentaire et la fiction, le simulacre de théâtre et la réalité brute. Les onze séquences sont réalisées par William Klein, Chris Marker, Joris Ivens, Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Claude Lelouche. Guerre du Nord contre le Sud, de l’Occident contre l’Orient. Participent à l’aventure Jean Lacouture, François Maspéro, pierre angulaire du vocabulaire, et cent cinquante techniciens. Les étudiants de Nanterre sont, au moins en partie, à l’origine du projet. Ils demandent à Chris Marker, dès 1966, un film susceptible d’accompagner leurs débats. Mai 68, prémonitoirement annoncé par La Chinoise de Jean-Luc Godard, se profile à l’horizon. La rhétorique de Loin du Vietnam s’inscrit dans un dualisme éthique. « The rich get richer, the poor get killed », les riches de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus exterminés. Le message est binaire, clair, efficace. Mélange des styles, des genres, avec une exigence de cohérence qui exclut les contributions d’Agnès Varda, de Jacques Demi, de Ruy Guerra, bobines à jamais perdues. Guernica de Pablo Picasso illustre l’intention. L’animation de Folon, les œuvres de Roy Lichtenstein, l’esthétique du collage, orientent le regard vers le pop art. Les actualités cruelles s’insèrent dans un univers artistique.

 

Je me souviens de la projection de Loin du Vietnam au Palais de Chaillot, du débat qui a suivi avec les réalisateurs, de l’enthousiasme solidaire des deux mille spectateurs. Pour la première fois, un film provoque une réflexion sur un événement réel. Le dossier composé d’optiques différentes, d’approches hétérogènes, reflète la diversité de perceptions du même phénomène, la passion pour la cause vietnamienne en partage. Les crimes contre l’humanité s’exhibent impunément sur les écrans comme des performances technologiques, des prouesses invulnérables,  des écrasements imparables. « La guerre du Vietnam, qu’est-ce que c’est pour vous, pour nous, qui assistons de loin, oui, qui assistons la rage au cœur et les yeux ouverts sur l’horreur, mais rivés sur place, en spectateurs révoltés ou pas, conscients ou non de ce qui se joue là-bas, quotidiennement sollicités, harcelés, tenus en haleine, en éveil par l’information multiforme, la presse, la radio, la télévision qui ont rendu cette guerre comme jamais dans l’histoire, immédiatement présente et perceptible à chacun, dans chaque foyer, à chaque instant, et en direct comme une opération à cœur ouvert ? » (Michel Capdenac, Loin du VietnamLes lettres françaises, 18 décembre 1967).

 

Le film est victime de plusieurs alertes à la bombe et d’une attaque du cinéma Kinopanorama par un commando du groupuscule fasciste Occident. Sa diffusion dans les salles est définitivement compromise. « Des manifestants du mouvement Occident interrompent la projection du film  Loin du Vietnam. Deux blessés, deux arrestations » (Le Monde, 21 décembre 1967). Nous organisons en contre-attaque plusieurs projections à la faculté de Nanterre. Aux États-Unis, le film est critiqué par la presse, mais chaleureusement reçu par le public. « Le film Loin du Vietnam, présenté au Festival de New-York, a été salué, au Lincoln Center, par une ovation » (Le Monde, 4 octobre 1967).

D'emblée, des images d'un porte-avions de la septième flotte filmés sur place par Claude Lelouche fait toucher du doigt le contraste entre une énorme machine de guerre et les outils artisanaux d'un peuple vietnamien qui la tient en échec. « Jean-Luc Godard, faute d'avoir pu tourner les images dont il dit avoir rêvé, offre un long monologue dont les idées ne peuvent faire oublier le narcissisme qui l'encombre et relègue le pays en flammes loin derrière une agaçante méditation obsessionnelle » (Claude Julien, Le Monde, 4 octobre 1967).

 

Le 21 octobre 1967, Chris Marker et François Reichenbach filment en couleurs, pas à pas, la gigantesque manifestation contre la guerre au Vietnam à Washington, qui se donne comme objectif symbolique l’occupation du Pentagone. Cette première marche fait descendre les protestations universitaires dans la société civile. Des étudiants brûlent leur fichier militaire devant les caméras. Des actions concrétisent l’engagement, interdiction d’accès aux enceintes universitaires des recruteurs de l’armée, aide aux insoumis. Demeure de cette journée l’emblématique photographie de Marc Riboud d’une étudiante offrant une fleur aux soldats. Une époque révolue où l’Amérique libérale, encore confiante dans sa puissance indestructible, autorise la liberté d’expression. Les images d’un pays en déperdition ébranlent durablement l’opinion. La guerre du Vietnam se perd sur le tapis bleu de la communication. En bombardant le Nord-Vietnam en février 1965, les américains rallument les brasiers mal éteints des guerres coloniales. Ils ouvrent une période marquée par des convergences anti-impérialistes entre étudiants occidentaux et intellectuels du tiers-monde. La mobilisation contre la guerre du Vietnam devient le catalyseur international des révoltes. 

 

1968. William Klein et Kris Marker nous rejoignent à la Sorbonne, à l’Odéon, aux Beaux-Arts, dans les quartiers généraux du Mouvement du 22 Mars, institutions décloisonnées, affranchies de leur tutelle étatique, rendues à la créativité de leurs usagers. Nos affinités intellectuelles s’imposent dès la première rencontre. Je poursuis, à la Faculté de Nanterre, des études en sociologie urbaine avec Henri Lefebvre. Nous partageons les mêmes convictions pour une culture cosmopolite, diversitaire, plurale. Je découvre les livres de William Klein sur les grandes villes, New York (éditions du Seuil, 1956), Rome (éditions du Seuil, 1958), Tokyo (éditions Delpire, 1964). Les critiques mondains, fascinés par la concupiscence de leur propre monde, le qualifie d’esthète du chaos. William Klein s’est toujours assumé comme un artiste anarchiste, au plein sens philosophique du mot, contre tous les formes de pouvoir, contre toutes les formes d’oppression. Son art se nourrit des palpitations de la vie réelle dans ses enchevêtrements, ses tumultes, ses marasmes.

 

Mai 68, notre territoire. William Klein habite au cœur du quartier latin. Nous nous réunissons souvent dans son salon devenu un prétoire révolutionnaire. L’Ecole nationale de photographie et de cinéma,  rue Vaugirard, nous fournit des caméras. Nous jouons aux chasseurs d’images. William Klein mène la danse du cinéma de rue. Hantise permanente de nous faire confisquer les pellicules par la police. Les films sont développés en Belgique et en Italie. Nous immortalisons sur le vif l’incandescence urbaine. Chaque instant apporte ses imprévisibilités. Nous voulons saisir l’insoupçonnable au vol. Les rues se transforment en agoras grouillantes. Les lampadaires se métamorphosent en arbres à palabres. À l’atelier populaire des Beaux-Arts, je conçois une affiche avec le slogan La beauté dans la rue la laideur au pouvoir et une étudiante jetant un livre sur la police. L’assemblée simplifie la légende en La beauté est dans la rue et me fait remanier le livre en pavé. Je reprends par la suite l’alexandrin dans mon poème Le Temps des barricades.

 

En février 2012, nous rendons hommage, William Klein et moi, à notre ami commun Pierre Clémenti dans le cadre des Journées Cinématographiques Dionysiaques de Saint-Denis. Nous évoquons les week-ends interminables passés dans la maison de Pierre Clémenti à Croissy avant qu’il ne tombe dans un traquenard italien. Je réalise une affiche pour l’événement. Pierre Clémenti, mémorable acteur dans les films Luis Bunuel, Pier Paolo Pasolini, Glauber Rocha, Jacques Rivette, James Ivory…, auteur et metteur en scène au théâtre de Chronique d’une mort retardée, figure discrète de l’underground français, réalisateur de films inclassables, Visa de censure n° X, La Révolution n’est qu’un début, continuons le combat, carte de vœux, L’Ange et le Démon, New Old, Cheick point Charlie, À l’Ombre de la canaille bleue…, emporté prématurément par un cancer du foie en 1999, à l’âge de 57 ans. William Klein me dit « Nous sommes les derniers témoins ». Je pense qu’il fait allusion à Mai 68. Je lui demande : « Témoins de quoi ? ». Il me répond : « Les derniers témoins de la décomposition du monde ».


 

 

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Pour citer ces texte & image inédits

 

Mustapha Saha (hommage & photo), « William Klein, l’ami américain », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 30 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/msaha-williamklein

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 Art cinématographique Amour en poésie
19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 16:55

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège

 


 

 

 

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les femmes font tourner la terre

 

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Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 Artiste peintre & sculptrice

 

Maria-Grazia Surace

 

Ses sites & page facebook officiels :

http://mariagrazia-surace.com

https://www.saatchiart.com/mariagraziasurace

https://www.facebook.com/mariagrazia.surace.art

 

 

 

 

© Crédit photo :  Image de la sculpture "Goddess" de l'artiste peintre et sculptrice Maria-Grazia Surace, Buste doré.

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les femmes font danser la lumière

sur la musique des rivières

et font tomber la douce pluie

sur les paupières de la nuit

 


 

les femmes font tourner la terre

dans leur ventre de mères

elles enfantent le monde

dans la magnificence de cette ronde


 

où chaque matin revient

un poème à la main

un pan de ciel et de soleil

pour enrober l'âme qui s'éveille


 

 

© Françoise Urban-Menninger, 2022.

 

 

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Pour citer ces poème & sculpture féministes & inédits

 

​Françoise Urban-Menninger, « les femmes font tourner la terre », poème illustré par l'artiste peintre & sculptrice Maria-Grazia Surace, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 19 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/fum-lesfemmes

 

 

 

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 16:46

​​​N° 11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège | Astres & animaux & REVUE ORIENTALES (O) | N°2-1 | Créations poétiques 

 

 

 

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Mes voyages olfactifs 

 

 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

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Crédit photo : Un Papillon butinant des fleurs, Commons.

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Un parfum du voyage

 


 

Ton amour est un parfum du voyage imaginaire, un presque rien peuplé de rêves orientaux, de jasmins, de fleurs orientales qui exhalent leurs douces mélancolies marines et romantiques.

Ton amour est un parfum d'enfance au goût de la nostalgie d'une terre lointaine et exotique...

 

Ton amour aux senteurs d'agrumes, d'amandiers, de roses de Damas et d'eau de fleurs d'oranger me somme de rester au plus près de la mer, au plus près des battements du cœur.. au plus près des mères lattaquiottes.

 

Ô mère.. ton amour maternel me fait fleurir tel le champ des souvenirs de l'enfance de l'univers.

Passagères nous sommes, toi et moi ne faisons que traverser ce réel sans jamais nous arrêter ni nous retourner en arrière.

Mère.. je voyage ici et là et sans toi, je demeure étrangère.. un papillon solitaire aux couleurs d'automne... Ton amour est ma patrie.. mon unique Mer.

 

 

 

Crédit photo : Fleurs d'oranger, Commons.

 

 

L'amour est un voyage 

 

 

 

I

 

L'amour est un voyage

incessamment recommencé

au gré de ses naufrages, ton amour me promène

aux quatre coins de la terre

 

 

L'amour est un voyage

sans cesse renouvelé

aux confins des partances

aux ports encensés de désirs

t'aimer est mieux que mourir

d'ennui dans la solitude des solitudes

dans la baie des habitudes


 


 

 

Crédit photo : Jasmins,  Commons.

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Autocritique

 

II

 

Ton amour est un voyage fictif

en couleur d'emphase, au parfum d'antan

ton amour ravage mon cœur d'enfant

qui ne grandit plus depuis.

 

 

© DS., été 2022.

 

 

 

 

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Pour citer ces poèmes inédits

 

Dina Sahyouni, « Mes voyages olfactifs »Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 8 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/ds-mesvoyagesolfactifs

 

 

 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 14:40

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Articles & témoignages / Poésie des aïeules | Voix & Voies de la sororité 
 

 

 

 

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Amitié féminine

 

 

 

 

 

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Renée Vivien (1877-1909)

Texte choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : "Ruth and Naomi", St James, domaine public, no 1.

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Brève présentation

 

Ce superbe récit d'amitié entre femmes est inspiré par la Bible et se trouve dans VIVIEN, Renée (1877-1909), La dame à la louve, Paris, Alphonse LEMERRE éditeur, 23-31, passage Choiseul, MDCCCCIV/1904, pp. 185-188.

​​​​​​Le recueil de contes appartient au domaine public et on peut le lire ou le télécharger sur la bibliothèque numérique Gallica (partie intégrante de la Bibliothèque Nationale de France).

 


À travers ce conte biblique de l'amitié au féminin entre deux femmes juives d'Orient, Renée Vivien tente de défaire le préjugé péjoratif sur les femmes qui les représente comme éduquées pour se querelle, se jalouser ou encore se haïr...

Le récit de l'amitié solide entre Ruth et Naomi donne à Renée Vivien l'opportunité historique de réhabiliter la capacité des femmes à devenir amies et à entretenir entre elles des relations humaines amicales faites de solidarité, d'entraide, de compréhension, d'affection, plus sincères et authentiques que celles des hommes (amitiés masculines transformées en fraternité. L'amitié désintéressée décrite dans ce conte ouvre la voie à la (voire annonce de ce que l'on qualifie désormais de) sororité.

 

Grâce à sa définition de l'amour amical ainsi que celui qui est défini par la vie, la correspondance et les œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore (voir ex. « L'amie » et le numéro du Journal Des Muses dédié à l'amour chez elle, 2022), les femmes ont de beaux exemples concrets de l'amour amical et de l'amitié au féminin qui peuvent donner naissance à la sororité.

 

Cette amitié a la musique bleue des "cithares" et le parfum d'une "violette" comme caractéristiques. Elle est également accessible à toutes celles qui l'attendent et la désirent ardemment. Le "parfum de violette" est probablement celui d'une sororité qui permet aux femmes d'apprendre de leurs expériences communes et de reconsidérer leurs capacités d'agir dans leurs sociétés respectives pour se libérer et valoriser leurs compétences. Renée Vivien dessine sous l'apparent attribut habituel acculé aux femmes de son l'époque, c'est-à-dire le "féminin", une structure sociale plus solide et puissante que la fraternité en employant toujours le vocabulaire connoté de son époque. Ainsi, son conte "L'amitié féminine" au titre et contenu apparemment inofensifs narrent une amitié féministe bien lucide, intergénérationnelle et ultra puissante qui dépasse de loin la notion de la fraternité et murmure celle à venir.. celle de la sororité.

L'aïeule Vivien nous l'explique féministement tout au long du conte et particulièrement dans les dernières lignes en parlant de "l'Avenir"...

En effet, et d'une façon générale, nous observons que les représentations picturales de Ruth et Naomi à travers les siècles s'accordent avec le récit de Renée Vivien (cf. voir les peintures exposées en exemple in situ).


 

 

Crédit photo : Jan Victors,"Ruth and Naomi", 1653, domaine public, no 2.

 

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L'amitié féminine 

 

 

 

    De toutes les lourdes sottises dont les Philistins de lettres accablent leurs lecteurs, voici, je crois, la plus formidable :

    « Les femmes sont incapables d'amitié. Jamais il n'y eut de David et de Jonathan parmi les femmes. »

    Me sera-t-il permis d'insinuer que l'affection de David pour Jonathan m'a toujours paru plus passionnée que fraternelle ? Je n'en veux pour preuve que l'oraison funèbre du jeune conquérant :

 

Tu faisais tout mon plaisir.

Ton amour pour moi était admirable,

Au-dessus de l'amour des femmes.

 

    Je ne crois pas que ce soient là de blanches larmes d'amitié douloureuse. J'y reconnais plutôt les larmes de sang d'une ardeur veuve.

    Combien est plus désintéressée la magnifique tendresse de Ruth la Moabite pour Naomi ! Aucune langueur charnelle ne pouvait se glisser dans l'amitié de ces deux femmes. Naomi n'était plus jeune. Elle dit-elle-même : Je suis trop vieille pour me remarier.

    Je ne connais rien d'aussi beau, d'aussi simple et d'aussi poignant que ce passage :

    Naomi dit à Ruth : Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne, comme ta belle-sœur. Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi. Où tu iras, j'irai, où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ; où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi !

    Comme la plus belle musique, ces paroles vous laissent sans voix et sans haleine devant l'Infini.

   

 

Crédit photo : "Naomi, Ruth en Orpa", domaine public, no 3. 

 

 

 

À l'offre résignée de Naomi, que le Tout-Puissant ramène les mains vides dans le pays natal, Ruth la Moabite répond par cette phrase d'une implorante humilité : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi, qui prépare, ainsi qu'un prélude murmurant, l'ampleur d'orgue de la strophe incomparable : Où tu iras, j'irai...

    Jamais aucun sanglot d'amour n'égala cette ferveur ni cette abnégation. Le poème de l'amitié surpasse ici le poème de l'amour. C'est l'albe dévouement, la passion blanche. Et cette tendresse s'étend jusqu'au tombeau : Où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée.

    Naomi, dont le nom signifie beauté, douceur, sois honorée pour l'amitié que tu inspiras à ta bru, et que célébrèrent ainsi les vierges d'Israël :

    « … Ta belle-fille qui t'aime... elle qui vaut mieux pour toi que sept fils... »

 

 

 

Crédit photo : Ary Scheffer,"Naomi et Ruth", cette peinture se trouve dans l'église de Notre-Dame, domaine public, no 4. 

 

 

    En vérité, le Livre de Ruth est l'apothéose de l'amitié magnanime. L'amitié, fusion chaste des âmes, neige fondue dans la neige... L'amitié, sanglot de cithares et parfum de violette...

    Croyez-moi, ô Naomis et Ruths de l'Avenir, ce qu'il y a de meilleur et de plus doux dans l'amour c'est l'amitié.

 

 

 

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Pour citer ce conte présenté de l'aïeule sur l'amitié

 

Renée Vivien, « Amitié féminine », extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909),​​​​​​ La dame à la louve (1904) choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni pour Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 5 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/vivien-amitiefeminine


 

 

 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 09:08

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur| Articles & témoignages | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages 

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¡OYE MATILDE !

 

Un hommage du poète argentin

 

 Carlos Arturo Schang à Matilde Urrutia,

 

la troisième épouse de Pablo Neruda

 

 

 

 

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© ​​​​​​​Crédit photo : Le poète Carlos Arturo Schang lisant des extraits de son recueil de poèmes "¡OYE MATILDE !". Image fournie par la traductrice.

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“¿Qué son todas las acciones y pensamientos de los hombres durante siglos contra un solo instante de amor?” Hödelin,  Hyperion.

¡OYE MATILDE! En este poemario Carlos Arturo «  Goyo » Schang procura de habla de la ubicación del amor en su vida. Inaugura el libro por un encuentro ficticio en un bar con Matilde, la musa de Pablo Neruda con la cual platicó bebiendo alcohol. Encuentro que se hizo por medio de un amigo común. Muy buena introducción. Hago honor a su osadía. Matilde es para él es modelo de mujer por excelencia: la mujer amable, la mujer-culto la mujer-faro.

El sentimiento amoroso toma diversas formas bajo su pluma . ¿No era Cervantes quien decía en Don Quijote: “La pluma es la lengua del alma”? Toma su pluma para expresar su estado de ánimo con mucha sinceridad Así sus amores se ven consecutivamente clandestinos, imposibles, muertos hacia fantasmales. Tal vez el amor se hace dolor que le quema en el pecho: “Pero pienso que algún día / todas las flores llevaran tu nombre,/ y este dolor en el pecho, por tenerte, / se ira vestido de primavera.” Su amor es tan tenaz que dice: “Siento un rayo de sol tibio/ sobre mi espalda; / y creo que es tu mano. / No dejo de pensarte…” 

Me parece que su universo es blanco pues notamos la recurrencia de este color a lo largo de su poemario; puesto que el blanco es el símbolo de pureza, probablemente el poeta necesita volver a ser un hombre nuevo para alcanzar un alto grado de pureza. Montando “mil caballos blancos”, “La luna blanca” le guía para conquistar la mujer amada quien es una “gaviota blanca” y se encuentra “frente a un jarrón blanco”. Una canción “con aromas de flor blanca” Hay también la “camisa blanca” de la mujer que se fue, expuesta en el perchero bajo sus ojos en su cuarto. ¿Qué nostalgia?

En sus versos se esconden muchas insinuaciones sutiles, muchas alusiones que se pueden leer entre las líneas: “Sin apuro serás la reina de la Isla Negra/ y en tules blancos amarás el néctar.” O todavía: “¿[…]sueña conmigo/ y haces de mi un torbellino?”

Las mujeres que pueblan su imaginario tienen sabor de especia como “canela” igual que sus besos; tienen “ojos de copa de vino”, “el andar de risas de trigo” y les busca en sus noches: ¿“Quien eres? Y yo, que te buscaba/ sin conocerte, solo te imaginaba.”

París, Versalles son también depositarios de sus amores: “Paris sabe de tu lengua, / sabe que buscas” sin duda el sabor de un “Paris carnal” a través de las “noches de Montmartre”.

 

¡OYE MATILDE ! un libro de poemas y cartas de amor poblado de recuerdos románticos, reminiscencias, erotismo, sensualidad y fantasmas que nos comparte Carlos Arturo Schang y que se encuentra entre esperanza e incertidumbre. Es también un guiño a la historia de amor de Matilde y Pablo Neruda. Se termina sobre una nota muy insólita.

 

 

« Que sont toutes les actions et les pensées des hommes durant des siècles contre un seul instant de l’amour ? » Hödelin, Hypérion.

 

OYE MATHILDE ! Dans ce recueil de poèmes, Carlos Arturo  « Goyo » Schang essaie de parler de la place de l'amour dans sa vie. Le livre commence par une rencontre fictive dans un bar avec Matilde, la muse de Pablo Neruda avec qui il discute en buvant de l'alcool. Rencontre orchestrée par l'intermédiaire d'un ami commun. Très bonne introduction. J'honore son audace. Pour lui, Matilde est un modèle de femme par excellence : la femme gentille, la femme-culte, la femme phare.

Le sentiment amoureux prend diverses formes sous sa plume. N'est-ce pas Cervantès qui a dit dans Don Quichotte : « La plume est la langue de l'âme » ? Il prend sa plume pour exprimer son état d'âme avec une grande sincérité. Ainsi, ses amours sont successivement clandestines, impossibles, mortes voire fantomatiques.

L'amour devient peut-être une oppressante douleur : « Mais je pense qu'un jour / toutes les fleurs porteront ton nom, / et cette douleur dans la poitrine, pour t'avoir, / s'en ira vêtue de printemps. »

 Son amour est si tenace qu'il dit : « Je sens un chaud rayon de soleil / dans mon dos ; / et je pense que c'est ta main. / Je ne cesse de penser à toi... »

 

Il me semble que son univers est blanc car on remarque la récurrence de cette couleur tout au long de son recueil de poèmes ; puisque le blanc est le symbole de la pureté, le poète a probablement besoin de redevenir un homme nouveau pour atteindre un haut degré de pureté. Chevauchant « mille chevaux blancs », « La Lune Blanche » le guide à la conquête de la femme qu'il aime qui est une « mouette blanche » et se tient « devant un vase blanc ». Une chanson « aux arômes de fleurs blanches ». Il y a aussi la « chemise blanche » de la femme qui est partie, exposée sur le portemanteau, à sa vue, dans sa chambre. Quelle nostalgie ?

 

Beaucoup d'insinuations subtiles se cachent dans ses vers, beaucoup d'allusions peuvent être lues entre les lignes : « Ne te presse pas tu seras la reine de l'Ile Noire / et en tulles blancs tu aimeras le nectar. » Ou encore : « [… ] rêve de moi / et fais de moi un tourbillon ? »

Les femmes qui peuplent son imaginaire ont une saveur épicée comme la « cannelle » tout comme leurs baisers ; elles ont des « yeux de verre à vin », « la marche du rire des blés » et il les cherche dans ses nuits : « Qui es-tu ? Et moi, qui te cherchais / sans te connaître, je ne faisais que t'imaginer. »

Paris, Versailles sont aussi les dépositaires de son amour : « Paris connaît ta langue, / sait ce que tu cherches » sans doute le goût d'un « Paris charnel » à travers les « nuits de Montmartre ».

OYE MATILDE !, un livre de poèmes et de lettres d'amour, peuplé de souvenirs romantiques, de réminiscences, d'érotisme, de sensualité et de fantasmes que Carlos Arturo Schang nous fait partager et qui se situe entre espoir et incertitude. C'est aussi un clin d'œil à l'histoire d'amour de Matilde et Pablo Neruda.  Ce livre se termine sur une note très insolite.

 

© Maggy DE COSTER



 

NDLR : Ingénieur-agronome dans une autre vie, poète argentin Carlos Arturo Schang m’a fait l’honneur de me demander de lui faire la préface de son dernier recueil de poèmes ¡OYE MATHILDE ! publié en Argentine en langue espagnol que nous avons traduit pour nos lecteurs francophones.


 

 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit

 

Maggy De Coster, « ¡OYE MATILDE ! Un hommage du poète argentin Carlos Arturo Schang à Matilde Urrutia, la troisième épouse de Pablo Neruda », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 5 septembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-oyematilde

 

 

 

 

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