5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 14:40

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Articles & témoignages / Poésie des aïeules | Voix & Voies de la sororité 
 

 

 

 

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Amitié féminine

 

 

 

 

 

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Renée Vivien (1877-1909)

Texte choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : "Ruth and Naomi", St James, domaine public, no 1.

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Brève présentation

 

Ce superbe récit d'amitié entre femmes est inspiré par la Bible et se trouve dans VIVIEN, Renée (1877-1909), La dame à la louve, Paris, Alphonse LEMERRE éditeur, 23-31, passage Choiseul, MDCCCCIV/1904, pp. 185-188.

​​​​​​Le recueil de contes appartient au domaine public et on peut le lire ou le télécharger sur la bibliothèque numérique Gallica (partie intégrante de la Bibliothèque Nationale de France).

 


À travers ce conte biblique de l'amitié au féminin entre deux femmes juives d'Orient, Renée Vivien tente de défaire le préjugé péjoratif sur les femmes qui les représente comme éduquées pour se querelle, se jalouser ou encore se haïr...

Le récit de l'amitié solide entre Ruth et Naomi donne à Renée Vivien l'opportunité historique de réhabiliter la capacité des femmes à devenir amies et à entretenir entre elles des relations humaines amicales faites de solidarité, d'entraide, de compréhension, d'affection, plus sincères et authentiques que celles des hommes (amitiés masculines transformées en fraternité. L'amitié désintéressée décrite dans ce conte ouvre la voie à la (voire annonce de ce que l'on qualifie désormais de) sororité.

 

Grâce à sa définition de l'amour amical ainsi que celui qui est défini par la vie, la correspondance et les œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore (voir ex. « L'amie » et le numéro du Journal Des Muses dédié à l'amour chez elle, 2022), les femmes ont de beaux exemples concrets de l'amour amical et de l'amitié au féminin qui peuvent donner naissance à la sororité.

 

Cette amitié a la musique bleue des "cithares" et le parfum d'une "violette" comme caractéristiques. Elle est également accessible à toutes celles qui l'attendent et la désirent ardemment. Le "parfum de violette" est probablement celui d'une sororité qui permet aux femmes d'apprendre de leurs expériences communes et de reconsidérer leurs capacités d'agir dans leurs sociétés respectives pour se libérer et valoriser leurs compétences. Renée Vivien dessine sous l'apparent attribut habituel acculé aux femmes de son l'époque, c'est-à-dire le "féminin", une structure sociale plus solide et puissante que la fraternité en employant toujours le vocabulaire connoté de son époque. Ainsi, son conte "L'amitié féminine" au titre et contenu apparemment inofensifs narrent une amitié féministe bien lucide, intergénérationnelle et ultra puissante qui dépasse de loin la notion de la fraternité et murmure celle à venir.. celle de la sororité.

L'aïeule Vivien nous l'explique féministement tout au long du conte et particulièrement dans les dernières lignes en parlant de "l'Avenir"...

En effet, et d'une façon générale, nous observons que les représentations picturales de Ruth et Naomi à travers les siècles s'accordent avec le récit de Renée Vivien (cf. voir les peintures exposées en exemple in situ).


 

 

Crédit photo : Jan Victors,"Ruth and Naomi", 1653, domaine public, no 2.

 

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L'amitié féminine 

 

 

 

    De toutes les lourdes sottises dont les Philistins de lettres accablent leurs lecteurs, voici, je crois, la plus formidable :

    « Les femmes sont incapables d'amitié. Jamais il n'y eut de David et de Jonathan parmi les femmes. »

    Me sera-t-il permis d'insinuer que l'affection de David pour Jonathan m'a toujours paru plus passionnée que fraternelle ? Je n'en veux pour preuve que l'oraison funèbre du jeune conquérant :

 

Tu faisais tout mon plaisir.

Ton amour pour moi était admirable,

Au-dessus de l'amour des femmes.

 

    Je ne crois pas que ce soient là de blanches larmes d'amitié douloureuse. J'y reconnais plutôt les larmes de sang d'une ardeur veuve.

    Combien est plus désintéressée la magnifique tendresse de Ruth la Moabite pour Naomi ! Aucune langueur charnelle ne pouvait se glisser dans l'amitié de ces deux femmes. Naomi n'était plus jeune. Elle dit-elle-même : Je suis trop vieille pour me remarier.

    Je ne connais rien d'aussi beau, d'aussi simple et d'aussi poignant que ce passage :

    Naomi dit à Ruth : Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne, comme ta belle-sœur. Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi. Où tu iras, j'irai, où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ; où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi !

    Comme la plus belle musique, ces paroles vous laissent sans voix et sans haleine devant l'Infini.

   

 

Crédit photo : "Naomi, Ruth en Orpa", domaine public, no 3. 

 

 

 

À l'offre résignée de Naomi, que le Tout-Puissant ramène les mains vides dans le pays natal, Ruth la Moabite répond par cette phrase d'une implorante humilité : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi, qui prépare, ainsi qu'un prélude murmurant, l'ampleur d'orgue de la strophe incomparable : Où tu iras, j'irai...

    Jamais aucun sanglot d'amour n'égala cette ferveur ni cette abnégation. Le poème de l'amitié surpasse ici le poème de l'amour. C'est l'albe dévouement, la passion blanche. Et cette tendresse s'étend jusqu'au tombeau : Où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée.

    Naomi, dont le nom signifie beauté, douceur, sois honorée pour l'amitié que tu inspiras à ta bru, et que célébrèrent ainsi les vierges d'Israël :

    « … Ta belle-fille qui t'aime... elle qui vaut mieux pour toi que sept fils... »

 

 

 

Crédit photo : Ary Scheffer,"Naomi et Ruth", cette peinture se trouve dans l'église de Notre-Dame, domaine public, no 4. 

 

 

    En vérité, le Livre de Ruth est l'apothéose de l'amitié magnanime. L'amitié, fusion chaste des âmes, neige fondue dans la neige... L'amitié, sanglot de cithares et parfum de violette...

    Croyez-moi, ô Naomis et Ruths de l'Avenir, ce qu'il y a de meilleur et de plus doux dans l'amour c'est l'amitié.

 

 

 

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Pour citer ce conte présenté de l'aïeule sur l'amitié

 

Renée Vivien, « Amitié féminine », extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909),​​​​​​ La dame à la louve (1904) choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni pour Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 5 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/vivien-amitiefeminine


 

 

 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 09:08

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur| Articles & témoignages | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages 

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¡OYE MATILDE !

 

Un hommage du poète argentin

 

 Carlos Arturo Schang à Matilde Urrutia,

 

la troisième épouse de Pablo Neruda

 

 

 

 

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© ​​​​​​​Crédit photo : Le poète Carlos Arturo Schang lisant des extraits de son recueil de poèmes "¡OYE MATILDE !". Image fournie par la traductrice.

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“¿Qué son todas las acciones y pensamientos de los hombres durante siglos contra un solo instante de amor?” Hödelin,  Hyperion.

¡OYE MATILDE! En este poemario Carlos Arturo «  Goyo » Schang procura de habla de la ubicación del amor en su vida. Inaugura el libro por un encuentro ficticio en un bar con Matilde, la musa de Pablo Neruda con la cual platicó bebiendo alcohol. Encuentro que se hizo por medio de un amigo común. Muy buena introducción. Hago honor a su osadía. Matilde es para él es modelo de mujer por excelencia: la mujer amable, la mujer-culto la mujer-faro.

El sentimiento amoroso toma diversas formas bajo su pluma . ¿No era Cervantes quien decía en Don Quijote: “La pluma es la lengua del alma”? Toma su pluma para expresar su estado de ánimo con mucha sinceridad Así sus amores se ven consecutivamente clandestinos, imposibles, muertos hacia fantasmales. Tal vez el amor se hace dolor que le quema en el pecho: “Pero pienso que algún día / todas las flores llevaran tu nombre,/ y este dolor en el pecho, por tenerte, / se ira vestido de primavera.” Su amor es tan tenaz que dice: “Siento un rayo de sol tibio/ sobre mi espalda; / y creo que es tu mano. / No dejo de pensarte…” 

Me parece que su universo es blanco pues notamos la recurrencia de este color a lo largo de su poemario; puesto que el blanco es el símbolo de pureza, probablemente el poeta necesita volver a ser un hombre nuevo para alcanzar un alto grado de pureza. Montando “mil caballos blancos”, “La luna blanca” le guía para conquistar la mujer amada quien es una “gaviota blanca” y se encuentra “frente a un jarrón blanco”. Una canción “con aromas de flor blanca” Hay también la “camisa blanca” de la mujer que se fue, expuesta en el perchero bajo sus ojos en su cuarto. ¿Qué nostalgia?

En sus versos se esconden muchas insinuaciones sutiles, muchas alusiones que se pueden leer entre las líneas: “Sin apuro serás la reina de la Isla Negra/ y en tules blancos amarás el néctar.” O todavía: “¿[…]sueña conmigo/ y haces de mi un torbellino?”

Las mujeres que pueblan su imaginario tienen sabor de especia como “canela” igual que sus besos; tienen “ojos de copa de vino”, “el andar de risas de trigo” y les busca en sus noches: ¿“Quien eres? Y yo, que te buscaba/ sin conocerte, solo te imaginaba.”

París, Versalles son también depositarios de sus amores: “Paris sabe de tu lengua, / sabe que buscas” sin duda el sabor de un “Paris carnal” a través de las “noches de Montmartre”.

 

¡OYE MATILDE ! un libro de poemas y cartas de amor poblado de recuerdos románticos, reminiscencias, erotismo, sensualidad y fantasmas que nos comparte Carlos Arturo Schang y que se encuentra entre esperanza e incertidumbre. Es también un guiño a la historia de amor de Matilde y Pablo Neruda. Se termina sobre una nota muy insólita.

 

 

« Que sont toutes les actions et les pensées des hommes durant des siècles contre un seul instant de l’amour ? » Hödelin, Hypérion.

 

OYE MATHILDE ! Dans ce recueil de poèmes, Carlos Arturo  « Goyo » Schang essaie de parler de la place de l'amour dans sa vie. Le livre commence par une rencontre fictive dans un bar avec Matilde, la muse de Pablo Neruda avec qui il discute en buvant de l'alcool. Rencontre orchestrée par l'intermédiaire d'un ami commun. Très bonne introduction. J'honore son audace. Pour lui, Matilde est un modèle de femme par excellence : la femme gentille, la femme-culte, la femme phare.

Le sentiment amoureux prend diverses formes sous sa plume. N'est-ce pas Cervantès qui a dit dans Don Quichotte : « La plume est la langue de l'âme » ? Il prend sa plume pour exprimer son état d'âme avec une grande sincérité. Ainsi, ses amours sont successivement clandestines, impossibles, mortes voire fantomatiques.

L'amour devient peut-être une oppressante douleur : « Mais je pense qu'un jour / toutes les fleurs porteront ton nom, / et cette douleur dans la poitrine, pour t'avoir, / s'en ira vêtue de printemps. »

 Son amour est si tenace qu'il dit : « Je sens un chaud rayon de soleil / dans mon dos ; / et je pense que c'est ta main. / Je ne cesse de penser à toi... »

 

Il me semble que son univers est blanc car on remarque la récurrence de cette couleur tout au long de son recueil de poèmes ; puisque le blanc est le symbole de la pureté, le poète a probablement besoin de redevenir un homme nouveau pour atteindre un haut degré de pureté. Chevauchant « mille chevaux blancs », « La Lune Blanche » le guide à la conquête de la femme qu'il aime qui est une « mouette blanche » et se tient « devant un vase blanc ». Une chanson « aux arômes de fleurs blanches ». Il y a aussi la « chemise blanche » de la femme qui est partie, exposée sur le portemanteau, à sa vue, dans sa chambre. Quelle nostalgie ?

 

Beaucoup d'insinuations subtiles se cachent dans ses vers, beaucoup d'allusions peuvent être lues entre les lignes : « Ne te presse pas tu seras la reine de l'Ile Noire / et en tulles blancs tu aimeras le nectar. » Ou encore : « [… ] rêve de moi / et fais de moi un tourbillon ? »

Les femmes qui peuplent son imaginaire ont une saveur épicée comme la « cannelle » tout comme leurs baisers ; elles ont des « yeux de verre à vin », « la marche du rire des blés » et il les cherche dans ses nuits : « Qui es-tu ? Et moi, qui te cherchais / sans te connaître, je ne faisais que t'imaginer. »

Paris, Versailles sont aussi les dépositaires de son amour : « Paris connaît ta langue, / sait ce que tu cherches » sans doute le goût d'un « Paris charnel » à travers les « nuits de Montmartre ».

OYE MATILDE !, un livre de poèmes et de lettres d'amour, peuplé de souvenirs romantiques, de réminiscences, d'érotisme, de sensualité et de fantasmes que Carlos Arturo Schang nous fait partager et qui se situe entre espoir et incertitude. C'est aussi un clin d'œil à l'histoire d'amour de Matilde et Pablo Neruda.  Ce livre se termine sur une note très insolite.

 

© Maggy DE COSTER



 

NDLR : Ingénieur-agronome dans une autre vie, poète argentin Carlos Arturo Schang m’a fait l’honneur de me demander de lui faire la préface de son dernier recueil de poèmes ¡OYE MATHILDE ! publié en Argentine en langue espagnol que nous avons traduit pour nos lecteurs francophones.


 

 

 

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Pour citer ce texte inédit

 

Maggy De Coster, « ¡OYE MATILDE ! Un hommage du poète argentin Carlos Arturo Schang à Matilde Urrutia, la troisième épouse de Pablo Neruda », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 5 septembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-oyematilde

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 Amour en poésie Muses et féminins en poésie
26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 17:50

N°12 | Poémusique des Femmes & Genre | Critique & Réception | Astres & animaux

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Anne-Lise Blanchard

 

Qui entend le jargon de l’oie

 

Éclats d’encres, 2006, 47 pages, 12€

 

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

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Crédit photo : Marie Petiet (ou Marie Du jardin Beaumetz, 1854–1893), Jeune fille aux oies, Wikimedia.

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C’est le culte des saisons qui rythme le cycle de la vie.  Ainsi Anne-Lise Blanchard nous décrit chacune d’elles avec ses particularités, ses contrastes comme la « Lumière incertaine » de l’automne où un : « Très haut un vol d’oies » semble parler à  sa solitude  quand « le silence crépite ». Bel oxymore.  La présence des animaux de tous genres est  récurrente dans la poésie d’Anne-Lise Blanchard : animaux domestiques, symboles de fidélité et d'affection, animaux volants, symboles de liberté, les mouettes,  le merle, les grues ;  les poissons symboles de bonheur, n’est-ce pas qu’on dit : heureux comme un poisson dans l’eau ? Bref, la symbolique des êtres est très présente chez elle car :

 

« les mouettes dérivent vers la mer » en ce  « Temps ouaté de l’hiver »

où :

«  une grue blanche interroge

terre et ciel confondus ».

 

Comprendre le langage des oiseaux c’est se mettre à l’écoute de la nature aussi s’écrie-t-elle :

 

«  Qui entend le jargon de l’oie »

On a tant à apprendre de la nature par le biais de ses créatures ailées :

«  Céder au sourire

qui affleure de l’endormi

don de la mésange » 

 

La  vie nous offre de ces césures enchantées dont il faut profiter à tout jamais car on ne sait jamais de quoi sera fait demain : 

 

« Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’huy les roses de la vie. »

 

 

Crédit photo : Des oies flamandes, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

En corollaire à cette pensée épicurienne, Anne-Lise Blanchard nous enseigne :

 

«  À l’abreuvoir des oiseaux 

faire sienne les courbes 

de la parenthèse de demain »

 

Mais que dire de ces :

 

« Choses tues de l’hiver

que les oies sauvages dispersent

préparant le printemps »

 

Ou de :

« Ces grues qui font halte

dans l’épais de la boue »

 

Elle revient toujours à l’enfance comme une rengaine ou une douce ritournelle  pour nous apprendre que :

 

«  Le rire de l’oiseau

À l’oblique des murs gris

Surprend en nous l’enfance » 

 

 

© Maggy DE COSTER

 

***

 

Pour citer ce billet inédit​​​​​​

 

Maggy De Coster, « Anne-Lise Blanchard, Qui entend le jargon de l’oie, Éclats d’encres, 2006, 47 pages, 12€ »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre » mis en ligne le 26 août 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/mdc-blanchard-jargondeloie

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 17:04

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Critique & réception | Astres & animaux

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Anne-Lise Blanchard

 

Sur les paupières du vent

 

Donner à voir, 2008, 45 pages, 6,50€

 

 

 

 

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

​​​​​​​Crédit photo : mer, image de Wikimedia.

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Injonction des couleurs,  célébration des saisons, vénération de notre mère Nature dans son essence et ses composantes.

 

 

« Ce sont des arbres ébouriffés

Qui pointent leurs oreilles noires

hors de la couette

violette

de la nuit » 

(p. 7)

 

Bel agencement de couleurs car la nuit toujours vêtue de noir est nuancée d’une couette violette, la couleur violette étant le symbole de spiritualité, de calme, que sais-je encore ? 

Les couleurs semblent beaucoup à la poète voyant « chaton au ventre blanc qui  palpite ».

 

Cette injonction de couleurs se retrouve dans plusieurs pages du recueil . À la page 9, elle nous conte que :

 

«  le bouquet blanc

Qui ensoleille  ma lampe

éteinte

a jauni 

sans prévenir.»

 

Même par mauvais temps, l’univers chromatique de la poète ne varie pas. Lisons à la page 21 :

 

« Il fait un froid de canard,

les passants

se teintent de rouge vert bleu, »

 

Cette palette chromatique est bien large chez elle au point que  même : 

 

« le vent

 se poudre de couleurs pastel. » 

(p. 34) 

 

À  la page 41, elle nous invite à voir » « les méandres dorés » ainsi que « le milan noir ». À la page 43,  c’est « sur le soulier bleu » que le marais dépose son duvet.. Rien  qu’ « un rêve /de déserts roses »

 

Bref, Anne-Lise Blanchard puise son inspiration dans l’univers botanique, floral, minéral et zoologique.

 

© Maggy DE COSTER                   

 

***

 

Pour citer ce billet inédit

 

Maggy De Coster, « Anne-Lise Blanchard, Sur les paupières du vent, Donner à voir, 2008, 45 pages, 6,50€  », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 26 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-blanchard-paupieresduvent

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 11:39

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Critique & réception | Astres & animaux

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Anne-Lise Blanchard

 

Ce chant étroit

 

Interventions À Haute Voix,

 

2003, 56 pages, 9€

 

 

 

 

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

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​​​Crédit photo : "Young woman charming the fish", domaine public, Wikimedia.

 ​​​​​​​

 

 

Ce chant étroit se subdivise en trois parties : L’épaisseur du silence, Chaussés de vent et Le bleu incendié.

Ce chant, limpide et dépouillé, semble venir des profondeurs d’une âme recueillie. Fait « mots tressés d’ombre et de vacarme », il s’élève comme des pétales de rêves labellisés par l'éloquence du silence et même « Les murs font silence ». Effrayant et saisissant constat. C’est l’éternelle présence de la mer sous quelque forme que ce soit qui supplée à la mère consolante :

 


 

«  J’appelle la mer

de sable de cailloux

d’écume et d’ailleurs

passent 

les grands vaisseaux d’encre 

sur ce papier de soie

bleue

– Alger Marseille sans retour-

rendu au silence »

   

Un silence contagieux qui s’est généralisé jusqu’à gagner les forces vives de la nature tels les arbres dont on n’entend plus le bruissement des feuilles sous l’emprise du vent ni les mélodies des oiseaux qui égayent la nature.

 

«  De matin le ciel

a pris l’épaisseur du

silence

les oiseaux les arbres

les jeux d’eau

se sont tus

et

c’est comme si toute la nature

se mettait en congé

de l’opiniâtre été »

 

Il nous semble que la poète a le don de la perception de l’in-vu aussi nous éclaire-t-elle : 

 

«  Dans les yeux du chat

la présence de l’eau

la patience du monde »

 

Tout est dit en peu de mots. Indubitablement l’eau recèle la mémoire du monde donc elle demeure  partout présente.

 

Elle verse aussi dans l’observation scrupuleuse de la montagne généreuse et protéiforme qui accueille la végétation et s’offre en pâture aux animaux.  

 

« La montagne

sa cotte de velours ôtée

quand l’écorce se craquèle

laissant place

au vif verdoyant »

 

Elle abreuve des calices de pluie, disparaisse sous la neige, affronte de violentes tempêtes mais elle demeure « cet espace redessiné »  

 

Anne-Lise Blanchard est en osmose avec les êtres de la nature, elle est fascinée par les étendues, l’immensité, les odeurs, les couleurs, les formes. Éprise de liberté, elle se laisse porter par sa curiosité qui la pousse à entrer en interférence avec les choses vues.

 

Chez elle, les mots s’étirent sans fioriture à l’infini  et se déposent comme des  caresses veloutées sur les aspérités de la vie. Et l’espoir naît de la liberté qui naît de la lumière.

 

© Maggy DE COSTER

 

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Pour citer ce texte inédit

 

Maggy De Coster, « Anne-Lise Blanchard, Ce chant étroit, Interventions À Haute Voix, 2003, 56 pages, 9€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 26 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-blanchard-cechantetroit

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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