13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 11:39

 

Poèmes inédits pour le festival Megalesia 2017

 

 

Cinq poèmes aux muses

 

François Ibanez

 

 

 

À deux pas

 

 

Des connexions

Tracent une ligne

Sinueuse dans le vide

 

Elle, lisant mais

Les rouges

Sans source ni concept

Connexions

Télépathiques découvrent

Les idées

Les fantasmes ailés

 

J’adhère à l’esprit

Qui

Jaillit dans

Un tumulte de silence

 

***
 


 

Insomnies

 

 

Épaulé par distraction

Ce sommeil qui silence

N'a de quoi

Les jambes et les

Bleus sont soudains

 

Cartographie les cœurs

Qui s'emmêlent

 

L'extrême suffisance

Il ne doit pas s'enfuir dans la nuit

Je demeure

 

***

 

 

Malédiction

 

 

Coulée des prémices

L'interstice accusé en fond

Je blêmis toujours

Me dévoile

Et me détruit

 

Mes genoux se fissurent

Mes poignets blessés par les

Forces qui retiennent le silence

 

La route lourde et faible

Mes pas s'enlisent des parchemins de vase

 

Accroché au pire

 

Par

Une

Malédiction au parfum mièvre

 

***

 

Tourbillon

 

Que les sens rougissent

Surviennent et dévorent

 

Je reçois le flux les limites

Qui s'effacent

L'atmosphère pressent

Un danger qui les ronces

Dans les épines

Qui déchirent

 

Je reçois sans compter

 

***

 

Vert et lumière

 

 

La prairie verte aux couleurs saturées

Transperce le bleu du ciel

Ces vagues

Qui

Rythment

Le flux sanguin

 

Les mots

S'enfoncent dans le bitume

 

L'écho noyé dans le vent

 

***

 

Biographie

 

Françoise Ibanez est un poète et musicien niçois (punk, rock, rock'n'roll) qui a publié plus d'une douzaine de disques chez plusieurs éditeurs. Il a déjà publié dans une cinquantaine de revues, est l'auteur d'un blog : http://francoisibanezpoesie.blogspot.fr/. Projets en cours : Deux recueils devraient paraître (à compte d'éditeur) théoriquement en 2017 et 2018 chez A Contre-Pied et Tarmac.

***

Pour citer ces poèmes

 

François Ibanez, « Cinq poèmes aux muses », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10/Megalesia 2017 mis en ligne le 13 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/poemesauxmuses.html

 

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 14:47

 

Lettre inédite pour le festival Megalesia 2017

 

 

Lettre à une passante

 

Dina Sahyouni

Chère passante,

 

Tu écris sur les corps meurtris, ta tendresse, ta détresse, ta souplesse d'esprit et ta liberté d'être paria ici...

Toi, chère passante, chère mère des désirs et plaisirs des êtres handicapés que l'on oublie, tu nous apprends aussi la vie.

Loin d'être celle que l'on crucifie, loin d'être celle qui sourit à la vie, tu souris à la mort tout en côtoyant la nuit.

Mie du temps volage, mie des oubliés, toi chère passante, tu es une fleur bleue malmenée par le tourbillon de nos cris.*

© DS, 2017

 

* Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assistant_sexuel & http://www.leparisien.fr/societe/moi-pascal-50-ans-assistant-sexuel-26-11-2010-1166338.php. Ce poème est inspiré en partie de l'histoire d'une personne réelle : http://www.francetvinfo.fr/sante/comment-je-suis-devenue-accompagnante-sexuelle-pour-handicapes_847787.html

 

***

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Lettre à une passante », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10/Megalesia 2017 mis en ligne le 12 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/unepassante.html

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 11:00

 

Poème inédit sur l'amour

 

 L’aurore

 

 

Vatsala Radhakeesoon

 

 

 

L’aurore est là,
Elle dit :
Les idées noires,
les mots sombres
sont du passé



Mais moi,
je suis sceptique,
je veux bien m’évader
dans ma bulle de solitude



Et toi, mon amour
tu me retiens par ton regard,
Tes bras autour de moi
comme dans une valse,
Tout doucement,
Tu me dis :
Regarde.
L’aurore attend le soleil,
Ne crois-tu pas qu’ils
s’aiment pour l’éternité ?

 



 

 

Biographie

 

Vatsala Radhakeesoon est née en 1977 à L’Ile Maurice. Elle commença à écrire des poèmes dès l’âge de 14 ans. Son premier recueil de poésie en anglais When Solitude Speaks fut publié en 2013. Elle continue à écrire des poèmes en Anglais, Français, Kreol Morisien et Hindi.

 

***

Pour citer ce poème

 

Vatsala Radhakeesoon, « L’aurore », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 10 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/aurore.html

 

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 17:41

 

Poèmes sur l'amour & l'amitié

 

 

 

 

Chanson d'amour  

 

&

 

Vivre et laisser vivre

 

 

 

 

Poèmes, musiques, interprétation et réalisation par

 

Marie Mazaudou

 

 

 

Chanson d'amour

 

 

https://youtu.be/UV9h--nWuys

 
 
 

© Tous droits réservés

***

 

Vivre et laisser vivre

 

https://youtu.be/GEAZ82nn2Wo

 

https://youtu.be/GEAZ82nn2Wo

***

Pour citer ces poèmes filmés

 

Marie Mazaudou (poèmes, musiques, interprétation et réalisation par), « Chanson d'amour » & « Vivre et laisser vivre », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 7 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/laisservivre.html

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 13:59

 

Poème

 

 

Je ou le porté disparu

 

 Dina Sahyouni

Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure et de sa maison d'édition

 

 

 © Crédit photo : Fortuna par Jean-François Félix Armand Bernard (1829 - 1894) 

 

 

Le vide creuse une place,
Il se déplace en moi.

Le vide creuse une place
Il casse, menace le moi.

Le vide anime mon être,
Dépouille mon paraître,
Me lapide…

Le vide creuse une place,
Il se déplace en moi.

Le vide me hait,
Me rend fait
De mes blessures.
Il me sature.

Le vide-nid me remplace,
Me dédicace,
Dénigre la carapace, langagière.
Il m’efface. "Je" me classe :
Case invisible.



 

© DS, 2009

 

***

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Je ou le porté disparu », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/je-disparu.html


 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 13:04

 

Poèmes sur l'amour & l'amitié

 

 

Dis-moi... Te reverrai-je ?

 

&

 

Fleurs d'Amour

 

 

Nicole Coppey

Site officiel : http://www.nicolecoppey.com/

 

 

 

Poème sur l'Afrique, il a été tourné au Sahara en Afrique du Nord

 

 

Dis-moi... Te reverrai-je ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=A63fg5AdPms

 

© Nicole Coppey

 

***

Poème musical sur l'amour

Fleurs d'amour

 

https://m.youtube.com/watch?v=fdHsFSMLTzg

© Nicole Coppey

Site de référence : www.nicolecoppey.com

 

***

Pour citer ces poèmes

 

Nicole Coppey, « Dis-moi... Te reverrai-je ? » & « Fleurs d'Amour », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/dis-moi.html

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 12:30

 

Poésie & théâtre

 

Chronique d’Edmond

 

au Théâtre du Palais Royal

 

 

Camille Aubaude

Rédactrice de la revue LPpdm, membre de la SIEFEGP

responsable de la rubrique en ligne Chroniques de Camille Aubaude

Sites officiels : http://www.camilleaubaude.com/

& www.lamaisondespages.com/

Blog officiel : https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

© Crédit photo : portrait de Rosemonde Gérard à la Villa Arnaga (pays basque),

image fournie par Camille Aubaude

 

 

 

Le poète Edmond Rostand revit dans l’univers du théâtre, porté par le grand acteur de l'époque, le célèbre Coquelin, superbe matamore. On est littéralement happé par une mise en scène qui donne sa place à l’ivresse d’écrire, qui montre le créateur, Edmond, assis à son bureau pour écrire Cyrano quand il a le couteau sous la gorge. À la différence de Cyrano, Edmond ne s’attaque pas à l’hypocrisie et aux fausses valeurs. Le spectacle se déploie comme un sortilège où se drapent d’excellents comédiens, dont une jeune Roxane très sensible à la poésie d’Edmond Rostand, une « fan », en somme, qui admire sans écrire.

 

Rosemonde Gérard, la femme d’Edmond Rostand, est dépossédée de son génie poétique. Une technique dramatique ou un oubli ? Même s’il s’agit d’un univers de fantaisie, on est si loin de la réalité que c’en est agaçant. Dans un simple respect de véracité, le talent merveilleux et la grande beauté Rosemonde Gérard devraient être représentés dans la pièce d’Alexis Michalik, qui, à 32 ans, peut ignorer une poétesse du XXe siècle que je n’ai même pas réussi à publier sur la Toile, car ses poèmes ne sont pas libres de droits. Mais peut-il la traiter de la sorte en présentant une pièce sur son époux ?

 

De plus, en 2017, il n’est plus possible d’imposer la domination masculine. Je n’ai pas été la seule à trouver stéréotypé le rôle de l’épouse du « grand homme ». N’est-ce pas maladroit dans une pièce fort bien menée ? Je ne suis pas la seule non plus à avoir lu Rosemonde Gérard, primée à 24 ans par l’Académie française pour Les Pipeaux (1889), alors qu’Edmond Rostand était inconnu.

 

Voir ainsi humiliée, jalouse de Roxane, Rosemonde Gérard qui, avec Lucis Delarue Mardrus et Amélie Murat était une grande créatrice du XXe siècle accrédite le mouvement actuel qui veut séparer l’art des « mascus » de celui des femmes. J’entends le nom de Rosemonde déformé par Sarah Bernard, dans une scène où l’admirable poétesse est montrée en bonne femme qui donne la bouillie aux enfants. Wikipédia indique que Rosemonde Gérard a interprété Roxane de Cyrano de Bergerac, avec Sarah Bernhardt lui donnant la réplique en « Cyrano ». Comble d’éreintement de la créatrice, l’actrice qui endosse le rôle de Rosemonde endosse à la fin celui d’une prostituée du bordel « Aux Belles poules ». Ce n’était pas suffisant, voilà qu’elle caquète !

 

Nurse, femme au foyer jalouse, pute, poule sans langage, j’ai cru que l’éviction de la créatrice était portée à son comble. Eh bien non ! je vous réserve d’écouter le mot de la fin qu’en 2017, toujours, cette pièce met dans la bouche de Rosemonde Gérard quand son mari connaît enfin la gloire. C’est lamentable !

Je ne suis pas seule à admirer cette poétesse dont chaque poème est une épure. D’autres que moi pensent qu’éteindre la gloire d’une créatrice d’une extrême élégance est assez choquant. Dira-t-on dans quelque temps qu’elle révèle l’inconscient mascu... ? Question…

La pièce ayant un grand succès, demandons à Alexis Michalik d’y apporter des retouches pour ne pas condamner au silence une poétesse.

 

***

Pour citer ce texte

 

Camille Aubaude, « Chronique d’Edmond au Théâtre du Palais Royal », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/edmond.html


 

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 10:10

 

Poèmes reproduits & suivis de la biographie de l'auteure

 

 

Extraits du dernier recueil

 

Le fruit obscur

 

paru aux Éditions du Cygne, janvier 2017

 

 

 

 

Dana Shishmanian

 

Poèmes reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure et de sa maison d'édition

 

 

Extraits du dernier recueil Le fruit obscur paru aux Éditions du Cygne, janvier 2017

 

© Crédit photo : 1ère de couverture de l'ouvrage illustrée des éditions du Cygne

 

 

Daphnis

 

Sur les cordes des violons

s’avancent à petits pas

de pauvres êtres

des animaux des elfes des humains

non nés – qui sait…

je les entends qui chuchotent

qui soupirent qui trébuchent

près de l’entrée de ma bouche

essoufflés

ils se tiennent maintenant tranquilles

en attendant sans doute

que je les dévore

ogre des sons

masticateur de manne

pilleur de mystères

mais non

fatigué

je m’écroule dans l’herbe

m’abandonne aux couleurs

de l’après-midi d’un faune

m’endors

et rêve de la danse de Chloé

sous la lune naissante

au réveil

mon corps nu

gît dans son sang

 

***

Parthénogenèse

 

L’orchestre est rentré dans ma tête

pour l’envahir ou peut-être

pour s’y cacher

il pousse des cris

des hurlements des rires

hystériques

mon cerveau tout gonflé n’a plus de place

sous ma calotte crânienne

alors j’enlève celle-ci comme une perruque

et je salue avec

tel un chapeau

les musiciens qui sortent en rangs serrés

jouant à fond leurs instruments

soufflant à tue-tête dans leurs vents

rythmant leur marche tambours battants

tous regorgeant de mon sang


***

Rock progressif

 

Entrecoupé

entrelacé

entrecroisé

ce rythme a fait exploser ma tête

y a creusé un trou

en a absorbé le cerveau

ma tête vide est pleine de sons

tel un tambour chamanique

quand j’applaudis

elle bouge comme un tambourin de gitane agité dans les mains

et les clochettes gambadent autour de mes oreilles

alors que j’ai déjà glissé au-delà

de la porte du son

dans le silence feutré

où je m’enfonce comme un papillon transpercé

 


***

 

Concerto électro-acoustique

 

Mon corps de son remplace mon corps de chair

temps bref figé en espace

limité à l’intérieur

sans limites dedans

le tam tam du sang

les cris des nerfs

piqués par des doigts malhabiles

une écoute enfouie

clapotis d’eau

entre des tempes amincies

crâne sculpté au laser

réapprendre la marche

des fourmis sur la peau

faire sonner les cloches

en balançant sa tête entre les murs

ô quel chant profond sort de tes mains

en cor de chasse se change mon aura sauvage

lumière glisse dans les graves

nuit s’aiguise gouffre monte

épuisement du natif

avènement de l’étranger

sans figure

obsession du continuum en un point

discontinuité lisse

coagulation furtive des dissemblables

dispersion des semblables

adhérences non adhérentes

incongruités d’humeur

spasmes orgasmiques

exthanasiques

chuchotement de feuilles mortes

suintement de violons en sueur

sifflements de tympans frappés à la baguette

percussions ennemies

complices dans l’étouffement

le soliste s’éteint dans le solipsisme

l’accordéon expire en s’étirant

les vents s’étouffent les cordes se nouent

clignotent encore les cliquetis des célestas

comme feux follets sur des ondes sismiques

le chaudron se déversera

de sa lave un jour

 

***


 

L’égarement de Kundry

 

As-tu jamais tiré un horizon tel une corde

le long du cou d’un violon

jouant de mille membres à la fois

l’organiste fait jaillir le soleil de tous les pores de la terre

et remet ensuite la lune dessus comme un couvercle sonore

Kundry n’as-tu pas de place pour t’étendre

si ce n’est la forêt profonde des sons

à venir

***


 

© Crédit photo : Dana Shishmanian  (image fournie par l'auteure)

 

Dana Shishmanian est diplômée en lettres modernes, spécialité littérature comparée, de l’Université de Bucarest. Elle vit et travaille en France depuis 1983. Elle a publié des poèmes dans des revues, sur le Net, dans des anthologies, et collabore régulièrement à la revue en ligne Francopolis. Elle est l’auteur de plusieurs recueils personnels dont les derniers sont parus à Échappée belle édition et aux Éditions du cygne.

En 2010 elle a animé avec l’écrivain mauricien Khal Torabully l’anthologie Poètes pour Haïti, parue en janvier 2011 dans la collection Témoignage poétique de L’Harmattan.

***

Pour citer ces poèmes

 

Dana Shishmanian, « Extraits du dernier recueil Le fruit obscur paru aux Éditions du Cygne, janvier 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 5 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/fruitobscur.html


 

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:13

 

Poème traduit suivi de la biographie de l'auteur

 

 

Promenade amnésique

 

 

 

Ara Alexandre Shishmanian

 

Traduction du roumain : Dana Shishmanian

 

Poème reproduit avec l'aimable autorisation des auteurs et de leur maison d'édition

 

 

 

 

La mémoire est un palais inconnu, hanté par des fantômes –

vapeurs perdus d’une respiration grelottante –

quelqu’un respire donc dans la mémoire

et la mémoire même n’est peut-être que cette respiration

incompréhensible

matérialisée par le froid

 

la mélancolie était peinte sur les murs

en des couleurs transparentes,

et disparaissait continuellement dans une orgie de solitude,

l’obscurité racontait tout au sujet de l’horreur des éclipses

et les ombres n’arrêtaient pas de cueillir des syllabes

dans l’éclipse d’Œdipe

 

l’œil interroge, du vol des paupières, l’horizon des mirages

combien de pages se cachent dans les livres de ces mains

feuilletées jusqu’au sang

combien de lettres, dans cet arc-en-ciel

lu par des rayons altérés

 

les regards planaient doucement tels des messagers

descendant de l’abolition mélancolique du soleil,

le palais de la mémoire fredonnait  

se fondant dans les reflets des miroirs  –

l’autre s’était perdu dans les couloirs alors que Personne

avait encore un labyrinthe à atteindre,

seul s’était perdu dans sa propre solitude,

et mort déjà, il attendait sa résurrection

à l’entrée ou peut-être seulement à la sortie,

il attendait sa résurrection

ou n’attendait, éventuellement, que son non-soi

 

Personne arrachait à travers une fenêtre ouverte

les algues de quelques vols oubliés

et n’arrivait pas à comprendre depuis quand l’air

était devenu si océanique et lui-même, si amnésique  –

les tréfonds des absences lui avaient enseigné peut-être

à plonger ses regards avec autant d’intensité hypnotique

comme dans des cavernes où l’on aurait oublié plusieurs fois

sa propre ombre

 

on aurait pu raconter bien d’autres souvenirs –

quoique le plus véridique de tous

demeure sans doute le silence –

si Personne n’avait compris, à peine étonné,

que pendant tout ce temps il avait déambulé uniquement

à l’intérieur de la respiration de mésonge du néant –

à savoir, sa propre respiration

 

 

 

Traduction du roumain : Dana Shishmanian (extrait du recueil Le sang de la ville, L’Harmattan, novembre 2016)

 

***

Présentation du poète traduit

 

Historien des religions, diplômé de l’Université de Bucarest, Ara Alexandre Shishmanian a dû s’exiler en France en 1983, suite à des persécutions politiques. Il a publié des études sur l’Inde védique et la Gnose, dans des publications de spécialité en Belgique, France, Italie, Roumanie, États-Unis. Il est également l’auteur de 17 volumes de poèmes publiés en Roumanie depuis 1997.  

© Crédit photo : Ara Alexandre Shishmanian (image fournie par Dana Shishmanian)

Des poèmes en traduction française et anglaise sont parus dans des revues et anthologies et sur des sites de poésie en France et États-Unis.

Recueils : Fenêtre avec esseulement (juillet 2014), Le sang de la ville (novembre 2016), dans la collection Accent tonique de l’Harmattan (traduction française par Dana Shishmanian).

 

 

Présentation en français d'Ara Alexandre Shishmanian : Dana Shishmanian

 

***

Pour citer ce texte

 

Ara Alexandre Shishmanian, « Promenade amnésique », poème traduit du roumain et suivi d'une présentation du poète par Dana Shishmanian, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 5 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/promenadeamnesique.html

 

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:52

 

Femmes, poésie & peinture                                             

Avant-première

 

 

Rocío Durán-Barba

 

Regards croisés/Miradas cruzadas

 

Alpamanda, Editorial, 2016, 238 p., 15€

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

© Crédit photo : 1ère de couverture de l'ouvrage illustrée de l'éditeur

(image fournie par Maggy de Coster)

 

 

 

Henri Michaux en 1929 avait,  dans son roman Ecuador,  fait la lumière sur les us et coutumes des Indigènes. Aujourd’hui c’est Rocío Durán-Barba, poète, juriste et journaliste franco-équatorienne, qui avec une anthologie bilingue français-espagnol, inscrit la France et l’Équateur dans une horizontalité picturo-poétique en créant une synergie entre 12  peintres équatoriens  et 12 poètes français avec 45 tableaux.

Depuis l’Antiquité la peinture et la poésie ont toujours évolué en parfaite harmonie tout en gardant chacune sa place, sa personnalité, son autonomie et ce, parce que tout simplement l’une peut exister sans l’autre. La peinture a un effet miroir par rapport à la poésie car le poète en s’inspirant d’un tableau fait un décryptage des éléments perçus par son imaginaire tout en scrutant la toile. Ce sont ses émotions, c’est  sa perception des éléments qu’il traduit, c’est-à-dire tout ce que l’œuvre lui évoque. Il  lui apporte un éclairage qui peut être considéré comme une valeur ajoutée, il est en quelque sorte le défenseur de l’œuvre car il la met en lumière par un jeu de  mots et d’images, donc le poète est un peintre en puissance qui offre une vision dynamique de l’œuvre picturale.

Et c’est avec raison que le poète lyrique grec Simonide de Céos opine : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. »

Plus près de nous, c’est Apollinaire qui volait au secours des peintres, en vulgarisant leurs œuvres par ses écrits comme dans son ouvrage intitulé Les Peintres Cubistes.

Cela dit, le poète peut être tellement imprégné d’une peinture qu’il verse dans une sorte d’appréciation salutaire, véritable parti-pris de l’esthétique de l’œuvre qu’il traduit en langage poétique sans la démonter. Il y a tant à dire…

 

***

 

L’anthologie s’ouvre sur 4 poèmes de Francis Combes, inspirés des toiles du peintre Enriquestuardo Àlvarez. Un des deux tableaux inspirateurs est éponyme du poème intitulé : Bienaventuranzas (cf. P. 31)

 

Sur le mur dédoré de l’histoire,

le peuple se dresse toujours

drapé dans son suaire de sang

et c’est de ses propres mains

qu’il posera

sur sa tête

 

Ce poème est paré d’un réalisme troublant tant il est en corrélation avec sa  source, ce qui illustre mon assertion ci-dessus.

 

Sylvestre Clancier, a opté  pour la toile de Jorge Perugachy : Virgenes del sol (trad. Vierges du soleil) à laquelle il a consacré deux poèmes sans titre. Dans le premier dont l’incipit est « Miroirs sans tain », il met en lumière le mystère qui se dégage de la toile, les évocations de lumière :

 

Les corps ont leurs mystères

Que les dieux nus ignorent

Ils gardent leurs secrets

Quand leurs corps enlacés

Se font ombres et lumières

(cf. P. 140, § 11)

 

Quant à Françoise Coulmin, elle  a eu un coup de cœur pour le peintre Hernán Zúñiga, qu’elle  célèbre dans son poème intitulé : « Triompher des extrêmes »

 

Des corps glorieux

dégoulinant de laves froides

seins cicatrices chairs griffées rayées

comme pour se purifier de boues anciennes

( cf. P. 207, 4ème §)


 

De   Rocío Durán-Barba, nous donnons à lire un extrait de son intitulé « Poème Bleu » :

« Devant moi le bleu. Langage invisible. Dans le courant du temps. Le tremblement du pinceau. Murmurant souvenirs. Désespérés-tendres. Entre Quito et Paris. Murmurant chemins. Aux bords dénudé Étales. » Dans la contemplation :

 

Bleu le Bleu

Il ne me dit pas une couleur

Me dit un climat

une ambiance

un théâtre

 

Climat d’identité

ponctué de rites

        mœurs

            mémoires

                mythes

 

Ambiance du haut plateau andin

avec son arcane

    ses lutins

    son arc-en-ciel

        Suspendus près du soleil

 

Il me dit le théâtre

        de notre histoire

        de notre printemps     bleu

(cf. P. 225)

 

 

La préférence de Christophe Dauphin va à la peinture de Jorge CHALCO qui glorifie « les esprits qui gardent la sagesse et la nature. »

L’Amazonie trouve tellement grâce à ses yeux de poète qu’il lui prête une plastique de femme. Très belle description qui donne à voir une forêt avec une végétation luxuriante comme un éden retrouvé.


 

Elle se dessine comme un corps de femme qu’emporte

Un courant d’air qui roule

Entre les pages des condors de l’automne


 

On remarque bien que chez ces poètes le rapport au corps est manifeste et la symphonie des couleurs est très présente. C’est aussi la célébration des mémoires d’un peuple, la révélation des Andes dans toute leur splendeur.

 

    ***

 

En fin de compte disons que la peinture donne à la poésie un corps et la poésie lui donne un esprit. La poésie est immatérielle, elle interpelle l’oreille par la lecture mais la peinture interpelle la vue. La peinture accompagne la poésie qui, à son tour, lui rend hommage.

 

Regards croisés/Miradas cruzadas de Rocío Durán-Barba est une anthologie où la poésie semble être le corollaire de la peinture. Cependant, nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de parité en ce qui concerne les peintres car nous n’avons relevé que la présence deux femmes : Mariella García et Rosy Revello. Tout de même nous saluons cette belle initiative qui est celle d’une femme.*

 

 

* Un appel à contribution pour un dossier sur « Femmes, poésie & peinture » sera prochainement lancé par le périodique Le Pan poétique des muses.

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Rocío Durán-Barba, Regards croisés/Miradas cruzadas, Alpamanda, Editorial, 2016, 238 p., 15€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 4 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/miradas.html

 

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