18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 12:21

 

 

 

N° 8| SOMMAIRE 

 

 

 


 

 

PENSER LA MALADIE & 

 

LA VIEILLESSE EN POÉSIE 

 

2ÈME VOLET

 

 

Sous la direction de Françoise URBAN-MENNINGER

 

Nous continuons la mise en ligne interrompue involontairement en 2018 avant

la parution du numéro en version imprimée  en fin septembre 2021.

 

Le Pan Poétique des Muses publie ce deuxième volet du sixième numéro afin de répondre à vos nombreuses demandes de publication

 

Date butoir de réception de vos contributions : 31 août 2021.

Fin de la mise en ligne du numéro :

30 septembre 2021.

 

Merci bien de votre intérêt pour cette thématique !

 

Page en construction... 

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Équipe de la version en ligne :

Françoise Urban-Menninger (dir.)

Couverture illustrée par l'artiste : Valérie Schott.

Illustrations par plusieurs artistes 

Réalisation technique :

Aude & David SIMON

Nous écrire :

contactlppdm@pandesmuses.fr. 

 

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

Revue féministe, internationale & multilingue

 

de poésie entre théories & pratiques

 

diffusée en version électronique (apériodique) et en version imprimée (4 numéros par an)

 

Le Pan poétique des muses ISSN Imprimé : 2492-0487

 

Logodupan

© www.pandesmuses.fr

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteure/auteur est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, est l'unique responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

Appel à contribution du n°6 :

 

"Penser la maladie et la vieillesse en poésie"

 

 

Sommaire

 

 

Éditorial

 

Françoise Urban-Menninger, « Éditorial »

 

Bémols artistiques

 

Françoise Urban-Menninger, « Le Pain de Terre à Niederhergheim, un village en Alsace. Le nouvel atelier-galerie de Marie-Rose Gutleben » 

Jean-Paul Gavard-Perret, « Aphrodite Fur met le paquet »

 

Critique & réception

 

SIÉFÉGP, « Françoise Urban-Menninger vous présente le livre Hildegarde de Léo Henry, Prix de l'Académie de Rhénane » 

Françoise Urban-Menninger, « Souvenirs tissés de ma sœur Germaine, récits de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, ouvrage paru chez Astérion », « Dialogues avec le jour d'Isabelle Poncet-Rimaud. Recueil de poèmes paru chez Unicité »

Maggy de Coster, « Franck Delbarre, Je t’emmène voir les coquelicots, poèmes entremêlés d’histoires, Éditions Sajat, 2020, 12€ », « Éric Sauray, Claire, Catherine et Défilé, Les trois femmes les plus puissantes d’Haïti, Kefemas Éditions, 2017, 76 p., 4,99€ » 

 

 

Entretien poétique, artistique & féministe

Dina Sahyouni, « Conversation avec Françoise Urban-Menninger sur la vieillesse et la maladie en poésie », photographie inédite d'une œuvre de l'artiste Hélène de Beauvoir

 

 

Dossier majeur

 

 

Penser la maladie & la vieillesse en poésie 

 

Articles & témoignages 

 

Dina Sahyouni, « Conversation avec Françoise Urban-Menninger sur la vieillesse et la maladie en poésie », photographie inédite d'une œuvre de l'artiste Hélène de Beauvoir

 

 

Dossier mineur

 

Muses & Poètes

 

Poésie, Femmes & Genre

 

 

 

Articles & témoignages

 

Maggy De Coster, « Mort du grand poète catalan Joan Margarit »

 

 

Florilège des dossiers

 

Majeur

 

Laurent Chaineux Schenmetzler, « Je te parlerai » & « Error system data » 

Françoise Urban-Menninger, « Mon corps et moi », « la rose en fer forgé », « le jardin des ombres » & « que regarde-t-elle cette femme » (peinture de Joseph Edrei) 

Louise Fournier (aieule), « La fièvre » & « Adieux à la poésie » 

Christelle Reix (poèmes & dessin inédits), « Des rides... »  & « Vieille » 

Yannick Resch, « Cadeau de Noël », « Habiter la vie » « Pour elle » 

Sarah Mostrel (poèmes, photographies & peinture), « Jeunesse », « Chagrin » 

Huguette Bertrand, « Les vieux » 

Pierre Zehnacker (texte & illustration), « Mutisme » 

Dina Sahyouni, « Une larme d'encrier  » 

Claude Luezior, « Reliques »

 

Mineur

 

Tiphaine Mora, « Ève » 

Maggy De Coster, « Como decíamos / Comme nous disions hier. Poèmes de Celia Vázquez », poèmes d'amour bilingues inédits choisis & traduits par

Mokhtar El Amraoui, « Femmes ! » « Les cris d'une rebelle »  

 

 

La poésie dans tous ses états ou

 

Varia d'articles & écrits poétiques 

 

Articles & témoignages 

 

Maggy De Coster, « Mort du grand poète catalan Joan Margarit »

 

Poétextes

Maggy De Coster, « Como decíamos / Comme nous disions hier. Poèmes de Celia Vázquez »« Poèmes de Silvia Pepió, traduits de l’espagnol par Maggy De Coster »

منى جمال الدّين ​​​​​/Mona Gamal El Dine, « مواطن ٌ بدرجة ِ لاجئ / L'exilé »

 

 

Réception d'autrefois

 

Réflexions féministes sur l'actualité 

 

​​​​Françoise Urban-Menninger« Où sont les hommes ? » 

 

Muses au masculin Instant

 

Claude Luezior, « Lettre à Assureur » 

Mustapha Saha, « L'Arpenteur d'infini »

 

Instant poétique en compagnie de...

 

......... 

 

Poésie de la jeunesse

 

............... 

 

Poèmes des ancêtres

(aïeules/aïeux)

......... 

 

Handicaps & diversité inclusive

Mhamed Hassani, « Un été pas comme les autres » 

 

Poésie érotique

Laurent Chaineux Schenmetzler, « free vol »

Nicole Hardouin, « Audace »

Jean-Paul Gavard-Perret, « Hautes combes »

 

Sourires & rires féministes 

Françoise Urban-Menninger« La poissonnière »

Véro Ferré, « Les tétons flingueurs »

 

Poésie & musique

.................

 

Poésie audiovisuelle ou poésie & arts audiovisuels

[uniquement en ligne]

Nicole Coppey, « Éternellement » & « Sur le sable, dans son essence »

 

Travestissements poétiques

 

 

Voies-voix des philia & agapè la sororité

 

Françoise Urban-Menninger, « Souvenirs tissés de ma sœur Germaine, récits de Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, ouvrage paru chez Astérion » 

 

S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

Huguette Lerolle, « Femme »

​Mustapha Saha (propos & photographies), « In memoriam. Hommage au photographe Bruno Barbey »

 

Revue Matrimoine

 

SIÉFÉGP, « Françoise Urban-Menninger vous présente le livre Hildegarde de Léo Henry, Prix de l'Académie de Rhénane » 

 

Revue culturelle d'Europe

 

Jean-Paul Gavard-Perret, « Aphrodite Fur met le paquet »

Maggy de Coster (texte & photographies inédits), « Carnet de voyage, Août 2021. La Croatie : En passant par Zagreb, Zadar, Split, Trogir, Komin & Dubrovnik »

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

​Mustapha Saha (propos & photographies), «  Pour l'Islam des Lumières » 

 

Revue culturelle des Amériques

 

 

 

 

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Initiative labellisée par

le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes

 

 

 

Lettre n° 9 (Avant-première de nos dernières publications de 2016)

 

Page créée le 1er juillet par Aude & David SIMON 

 

Édition en cours....

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 8 Muses et féminins en poésie
18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 12:20

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​​​​​​N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie | Édito

 

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Éditorial 

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

La vieillesse en poésie existe-t-elle réellement ? On peut en douter quand on découvre le magnifique livre de Léo Henry qui nous présente une Hildegarde féministe avant l'heure !

Quant aux thèmes choisis par les poètes, ils sont universels, l'éloge de la mère dans « Mutisme » pour Pierre Zehnacker, les souvenirs d'enfance et d'adolescence que Marie-Jeanne Langrognet « tisse » en mémoire de sa sœur, voire « Les reliques » de l'enfance chères à Claude Luezior ou encore le texte « Les vieux » d'Huguette Bertrand qui préfigure notre devenir et notre fin inéluctable... Retenons dans ce poème l'image de « leur sourire fleuri » pour clore ce dossier sur une note apaisée et songeons à ceux et à celles qui nous ont quittés comme Huguette Lerolle qui nous lègue la part belle de son âme dans son merveilleux poème intitulé tout simplement « Femme »  tel un cri qui traverse et transcende l'éternité de sa nuit.

 

 

© F. Urban-Menninger

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Françoise Urban-Menninger, « Éditorial », texte inédit, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 18 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8/fum-editorial

 

 

Mise en page par David Simon

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 8 Muses et féminins en poésie
17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 10:53

 

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Dossier & N° 10 | Célébrations | Entretien artistique & Féministe | Réflexions féministes sur l'actualité | Revue culturelle d'Afrique & d'Orient

 

 

 

 

 

 

 

La situation de la femme noire dans 

 

le domaine artistique au Maghreb :

 

l’expérience de la peintre tunisienne

 

Youssra Chouchène

 

 

 

 

 

 

​​

Propos recueillis par

 

Rym Gamanda

 

Chercheuse en littérature africaine francophone subsaharienne

Membre d’APELA & Doctorante à l'Université de Sfax (Tunisie)

 

 

Entrevue-enquête avec l'artiste

 

Youssra Chouchène

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Introduction

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre représentant une orientale noire, peinture. 

 

 

 

 

Un monde malaisé et une situation sanitaire déséquilibrée au cours de ces deux dernières années continuent à semer l’inquiétude, le scepticisme et le doute dans les esprits des terriens. Un retour à soi et une attention accordée à l’autre semblent devenir non seulement un refuge mais aussi un besoin immédiat. Les êtres humains se trouvent dans l'urgence d’interroger la nature de leurs rapports à l’autre et d’évaluer le degré de la mise en pratique des valeurs humaines et morales comme la justice, l’égalité et la solidarité. Les vagues de contestation soulevées dans plusieurs pays aux quatre coins du monde ont mis le point d’orgue sur la subsistance d’une violence plurielle et protéiforme qui a poussé des groupes à crier gare et à stigmatiser des comportements déplorables exercés à leurs égards. En Tunisie, la femme maghrébine noire revendique son intégration sociale et condamne le racisme et l’iniquité. 

 

Dans ce contexte, nous avons choisi d'interroger la situation de la jeune femme magrébine noire dans un domaine qui a toujours donné l’impression d’être le plus humain des domaines et des secteurs à savoir le domaine artistique dans le contexte maghrébin. Pour bien illustrer notre idée, nous avons choisi d’accorder notre attention au parcours de l’artiste Youssra Chouchène. En effet, cette talentueuse peintre noire est tunisienne. Originaire de Djerba, l’île des rêves qui a nourri son inspiration et sa créativité, elle a participé à de nombreuses expositions artistiques à l’échelle nationale et internationale. Elle a également contribué à plusieurs concours au cours desquels elle a remporté les premiers prix, comme le concours de Nasa Challenge et le concours Euro-méditerranéen.  La passion pour le Design de produits industriels a poussé la jeune Yousra à en faire son métier pour creuser son chemin dans l’art et pour concrétiser ses ambitions et ses rêves de toujours. Tout cela n’a fait qu’aiguiser sa sensibilité pour la peinture.

 

Ses créations artistiques sont d’une grande expressivité et d’une profonde sensibilité. Elles captent l’œil et accrochent le regard par leur contenu vibrant et réaliste qui affiche une forte prédilection pour le portrait des femmes de sa communauté et de son pays en mettant en valeur l’héritage berbère, la chaleur émotionnelle et orientale et les paysages multicolores et lumineuses. Les traits physiologiques des portraits féminins peints par l'artiste expriment aussi méticuleusement l'amertume, l'insatisfaction et l'indignation de la femme dans le monde arabe en mettant l'accent sur "l'orientale" noire, victime jusque-là d'une condition défavorable et injuste (patriarcat, sexisme, racisme, phallocratie…) Et la problématique qui s’impose par elle-même en faisant un tour autour de ses toiles consiste à s’interroger si on a affaire, dans ses tableaux à la peinture d'une autobiographie féminine orientale et maghrébine noire. Ceci vient de l’impression qu’on a dès le premier contact avec ses toiles. Ainsi, ces dernières racontent-elles des bribes de l'histoire de cette catégorie de femmes. Diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux Arts, elle a accepté de répondre volontiers à nos quelques questions qui interrogent son parcours et sa situation en tant qu’artiste noire dans son pays arabo-musulman : la Tunisie.

 

 

 

Entretien

 

 

 

 

1 Nous avons remarqué la prégnance des femmes dans vos toiles, des femmes dans plusieurs et différents états ayant souvent des humeurs contradictoires : des femmes souriantes, des femmes danseuses, des femmes travailleuses et même des femmes qui crient et qui pleurent. Mais ce qui a attiré notre attention, c’est l’omniprésence de la femme noire qui occupe vos tableaux d’une façon marquante. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de cet intérêt et de cette prédilection pour les portraits des femmes et surtout la femme noire ?

 

 

Y.C Tout d’abord, je voudrais vous remercier infiniment de m’avoir accordée cette chance de me présenter en tant qu’Artiste Tunisienne Noire qui a toujours préféré s’exprimer dans un langage artistique, pictural et symbolique qu’elle trouve le plus capable de transmettre ses idées et ses sentiments.

En réponse à votre question, je dirais que la femme c’est tout simplement moi; la femme Tunisienne en particulier et la femme Maghrébine et Africaine en général qui est aussi, encore et toujours moi. Cette femme exceptionnelle à qui j’ai voulu accorder une place centrale dans mes tableaux, est la reine de mes tableaux !

La femme noire, c’est moi en grand « M », non seulement dans ma « tunisianité » mais aussi et surtout dans mon africanité ! Des toiles comme « The scream », « Silence » ou « La danseuse » rendent hommage à la femme noire mais elles mettent aussi en lumière des fragments de son vécu, des épisodes ou des « petites histoires » de sa vie quotidienne et des états d’âme de cette femme de couleur à qui on manquait d’accorder l’attention nécessaire et la considération qu’elle mérite d’avoir dans sa propre patrie et sur sa propre terre. C’est un passage en revue, une invitation à venir voir ce qu’elle endure et c’est surtout un instant de partage de ce qu’elle ressent au quotidien et de ce qu’elle peut encore faire et réaliser malgré tout. 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 1.

 

 

2 Oui tout à fait ! Nous avons remarqué que la femme Noire dans vos toiles semble insatisfaite et souvent malheureuse ! Elle semble associer inquiétude et tristesse. D’où provient cette mélancolie intrigante qui la submerge ? Quelles en sont les causes principales ?

 

 

Y.C Mes créations prennent les couleurs de mes humeurs et mes femmes peintes disent ma crainte de l'avenir, mes inquiétudes et mon insatisfaction actuelle face à ma situation en tant que femme noire dans mon pays. L’insatisfaction donne naissance à la contestation  qui est la raison d’être de mes œuvres.  

 

 

3 Peut-on dire dans ce cas que vous êtes engagée à prendre, à travers la peinture, une position contestataire contre des pratiques qui vous déplaisent comme la discrimination par exemple ? Pour vous, l’art est-il une arme efficace pour défendre une cause notamment la cause noire ?

 

YC Pour moi, la cause noire est principale mais mon engagement par et pour l’art couvre d’autres causes également.

Mon grand souci était de pouvoir exprimer le refus de l’exclusion dont la femme noire se sent victime dans sa vie quotidienne et professionnelle. Par la peinture, j’ai voulu stigmatiser les injustices, le racisme sous toutes ses formes et coutures et la ségrégation patente et latente. J’ai voulu mettre à nu des facettes d’un mal qui gangrène encore mon pays en 2021 à savoir la discrimination raciale. Je peux même ajouter que j’ai voulu défendre le procès des personnes défavorisées, les « sans-voix » et toutes celles et tous ceux qui ont un jour été victimes de l’iniquité.

 

 

4 À l’optique de tout ce que vous venez de dire, il y a aussi un point commun qui rassemblerait toutes vos femmes. Elles semblent être en état d’attente perpétuelle. Aspirent-elles à un avenir meilleur ?

 

YC Mes femmes, sont comme moi, dans l’attente d’un avenir incertain. Elles sont sceptiques et l’état de doute leur est constant. Une panoplie d’interrogations bourdonne dans leurs esprits. Elles cherchent toujours le pourquoi des choses et la raison suprême de leur place subalterne qui contredit leur humanité et leur intellectualité.

 

 

 

5 Je comprends parfaitement votre inquiétude mais je pense aussi qu’il y a une lueur d’espoir voire une lumière qui jaillit de l’ombre ? Parmi vos toiles, je me rappelle très bien de la femme noire qui danse et je pense que c’est la parfaite illustration de l’hymne à la joie et à la vie. Est-ce une invitation à être optimiste ?

 

 

YC  J’ai toujours été contre la capitulation. Ne jamais baisser les bras est mon slogan existentiel. Malgré les difficultés que j’ai rencontrées dans ma vie, j’ai toujours préféré garder le sourire et préserver mon esprit jovial. Dans mes œuvres, les couleurs ternes sont toujours traversées par des couleurs-lumières par quoi je voulais transmettre l’idée que la joie et l’espoir seront toujours des forces défiantes qui nous permettront de surmonter tous les malheurs du monde et que l’optimisme est une facette du combat et de résilience.

 

 

 

6 Vous dites « pour moi, la peinture est une fenêtre sur la vie. Elle exprime non seulement ce que je ressens mais elle est également mon porte-parole. C’est un miroir qui reflète mon image sous un autre angle. »

Dans quelle mesure, la peinture présente-t-elle pour vous un moyen d’extériorisation de votre intériorité et un reflet de votre intimité profonde ? Peut-on dire que l’art constitue une thérapie qui vous permettrait de mettre à nu un mal vécu ou une peine sentie ? 

 

 

YC Pour moi, les portraits que je peins ne sont pas seulement de simples dessins mais surtout mes compagnons éternels, mes amis et mes confidents à qui je raconte mes secrets les plus enfouis. Ce sont aussi des traces et des témoins d’un parcours turbulent et pluriel. Chaque ligne, chaque touche et chaque couleur contient une histoire ou une épreuve vécue ou endurée. Mes toiles sont aussi la langue avec laquelle j’essaye de communiquer avec le monde extérieur, d’inscrire ma vision du monde et d’exprimer mes opinions. Prendre mes crayons et mes couleurs équivaut, pour moi, au fait de rompre le silence, de dire les choses sans réserve et sans retenue, de libérer mes mois enchaînés et de me sentir affranchie. C’est ainsi que je pratique comme vous l’avez bien dit, ma propre thérapie.

 

 

 

7 Parmi les portraits que vous avez dessinés, pourriez-vous nous choisir un qui semble vous représenter le plus parfaitement ? Et quelles étaient les circonstances qui ont donné sa naissance ?

 

YC « Silence » est le portrait le plus cher à mon cœur. C’est un tableau en noir et blanc, qui expose une femme noire en état de détresse. Les yeux embués de larmes qui coulent et qui couvrent le visage entier. La femme est imprégnée par son silence intrigant et le regard morose traduit une tristesse mêlée à la déception. J’ai peint ce tableau pour tracer mon expérience douloureuse quand j’étais responsable de design de produits industriels dans une entreprise. Là-bas et en tant que travailleuse salariée, j’étais victime d’injustice et d’humiliation à plusieurs reprises de la part de mon patron. Le jour même de la réalisation de ce portrait (qui n’était que l’effet de cette injustice tragiquement éprouvée), j’ai revendiqué mon droit d’êtredignement payée comme mes collègues de travail. Mon directeur a refusé d’augmenter mon salaire et de me mettre dans le même pied d’égalité avec les autres employés. Sa réaction qui était accompagnée d’un ton dédaigneux et moqueurm’a beaucoup bouleversée et je me suis rendue compte du tragique de ma situation en tant que jeune femme noire qui a opté pour l’art de design comme noble métier et moyen d’expression. 

 

 

 

8 Selon vos propos et votre expérience racontée, la femme noire artiste avance dans des conditions défavorables et difficiles et elle occupe une place seconde et subalterne malgré ses atouts intellectuels. Est-elleétrangère dans son propre pays ?

 

 

YC Effectivement ! Dans l’entreprise où j’ai travaillé un bon moment, j’ai eu toujours l’impression d’occuper une position inférieure. Consciente des efforts que j’ai fournis, de mon assiduité et de mon sérieux au travail, je me suis toujours demandée pourquoi cette iniquité exercée à mon égard et pourquoi me priver de mon droit d’une rémunération méritée surtout qu’on adossait des tâches qui débordaient ma spécialité de désigner ?! Je faisais presque tout. J’étais obligée de garder le silence, faute de moyens et par crainte d’être exclue de mon travail ; moi qui appartiens à une classe très moyenne. J’ai travaillé sous la pression du harcèlement moral et de la violence verbale exercées par « mon maître » du travail.

 

 

9 Vous nous avez parlé d’une expérience difficultueuse qui nous a donné un aperçu sur votre parcours professionnel sulfureux. Le domaine artistique semble être un univers difficilement accessible à la femme noire tunisienne et un univers où elle se trouve exposée à plusieurs embûches et à de dures épreuves. Qu’en est-il de votre parcours académique ?

 

 

YC [sourire] Il n’était pas très différentde mon parcours professionnel. [Après un silence plus ou moins long] Je vais vous raconter une anecdote ! Originaire de Djerba, j’ai dû me déplacer à une autre ville pour poursuivre mes études supérieures. J’ai déposé mon dossier de candidature et au fond de moi, j’étais presque sûre d’être acceptée vu la moyenne considérable et le bon scoreque j’avais. À ma grande surprise, ma candidature a été refusée sans raison convaincante sachant que des candidats qui avaient des moyennes inférieures à la mienne ont été acceptés. Je ne vous cache pas que cela m’a beaucoup vexée mais j’ai fini par réussir à accéder à cet institutgrâce au soutien d’une amie à moi. Et depuis, j’aidécidé de travailler jour et nuit pour prouver au directeur qui m’a exclue au début de l’année, que j’étais digne d’être là et qu’une femme noire ne manque pas d’esprit, de créativité artistique et de talent non plus surtout pour réussir et pour y arriver. Par mes propres efforts et par la grâce de Dieu, j’étais la première de ma promotion dans ce même institut. 

 

 

10 L’injustice vous a suivie dans les différentes étapes de votre parcours mais vous avez toujours fait preuve de courage, de persévérance et de résilience.  Pourquoi avez-vous souvent préféré garder le silence et réagir avec le travail et l’action ?

 

 

YC Mes toiles étaient mes réactions, mes prises de positions, mes cris de révolte et mes contestations. Par exemple, mon tableau TheScream incarne beaucoup ce retour réactionnaire, le cri sorti de la bouche de cette femme noire est un cri d’indignation et d’un « C’est Assez ! » et d’un « It’sEnough ! » dégagés de plus profond de l’âme. Je me rappelle très bien que ce tableau était dessiné sous le choc lors d’un cambriolage dont j’ai été victime à la ville de Sousse et personne n’a voulu me soutenir ou m’aider quand l’incident s’est passé. Je me suis retrouvée seule face à mes agresseurs et je me suis retrouvée seule à affronter le mal et la violence. J’ai crié à haute voix mais personne n’a voulu m’écouter ou me soutenir.

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 2. 

 

 

11  C’est vraiment dur ce que vous avez malheureusement vécu mais je vous félicite pour votre polyvalence et belle énergie qui sont toujours là. C’est vrai que vous exprimez votre contestation non seulement à travers des toiles de peinture mais vous pratiquez aussi la photographie et le maquillage artistique puisque vous créez de votre propre visage et de votre propre corps des tableaux d’art pour exprimer vos attitudes et pour transmettre des messages d’une femme insurgée contre le racisme, l’injustice et la misogynie ; ces fléaux desquels vous avez tant soufferts. Pour vous, le maquillage artistique est-il une autre facette de militantisme ou un talent de plus qui s’ajoute à plusieurs de vos bijoux et trésors distingués et uniques ?

 

 

YC Des incidents qui se passent partout et quotidiennement révèlent le mal et le côté monstrueux de certaines personnes qui font perdre l’équilibre et la stabilité aux quatre coins du monde. L’affaire Georges Floyd aux États-Unis a secoué la planète entière. C’était horrible ! « I can’tbreath » ; est un cri d’étouffementqui a fait fondre mon cœur et m’a obsédée. Il y a des milliers de personnes noires dans ce monde qui répètent silencieusement et douloureusement « Je ne peux pas respirer ». Ils en ont assez de discrimination et de racisme et c’est afin de condamner cette injustice que j’ai réalisé l’œuvre de maquillage artistique où j’ai divisé mon visage en deux couleurs : la couleur noire qui est la mienne et la couleur blanche que j’ai ajoutée pour montrer que nous sommes toutes et tous des êtres humains, semblables et identiques. La peau, quelle que soit sa couleur demeure une épiderme extérieure qui n’influence en rien notre identité humaine.

 

 

12 Que pensez-vous de la visibilité de la femme noire artiste dans les médias tunisiens ? A-t-elle les mêmes chances d’apparition que « les autres femmes » ?  

 

 

YC D’après ce que je vois tous les jours, il s’agit d’une apparition très modeste et presque inexistante. La femme noire et particulièrementl’artiste noire, je ne lavois presque pas passer ou s’afficher dans nos chaînes de télévision et je ne me rappelle pas l’avoir écoutée sur nos ondes à la radio. Elle est donc quasiment absente et si je vous parle de ma propre expérience, je n’ai jamais été invitée par les médias audio-visuels. Et pourtant, il ya parmi nous beaucoup de femmes talentueuses cachées et éclipsées qui aspirent au succès mais elles se trouvent presque écartées et ignorées.

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 3.

 

 

13 D’après tout ce que vous venez d’affirmer ou de témoigner, l’avenir semble flou et dur à projeter. Pouvez-vous nous parler encore des rêvesqui vous habitent et des ambitions qui restent à concrétiser dans l’avenir proche ou lointain surtout que vous êtes encore très jeune et vous avez encore un long chemin devant vous ?

 

 

YC Tout d’abord, je rêve d’un monde où le racisme ne trouvera jamais de place et où l’égalité règnera partout. Je rêve d’un avenir meilleur où la femme noire se sentira prospère et épanouie au sein de son propre pays et où elle sera considérée et reconnue dans toute sa « tunisianité » mais aussi dans son africanité. Je rêve de devenir une peintre très célèbre, connue à l’échelle internationale et je souhaite de tout mon cœur avoir l’opportunité et la chance d’ouvrir ma propre entreprise pour exercer mon talent préféré qui est le Design. J’aspire aussi de voyager ailleurs et de découvrir d’autres horizons ! Merci pour cette attention à mon égard et l’égard de mon art.

 

 

Biographies :

 

 

Youssra CHOUCHÈNE. Tunisienne, originaire de Djerba. Elle est artiste en design de produits et particulièrement en peinture. Ses tableaux affichent un intérêt exacerbé pour la femme dans sa pluralité, notamment la femme maghrébine. Son talent prodige lui a permis de remporter plusieurs prix et médailles à l'échelle nationale et internationale comme le 2ème prix du concours de Nasa Challenge et celui du concours Euro-méditéranéen. Elle est également passionnée par la photographie et le maquillage artistique.

 

 

Rym GAMANDA est doctorante Tunisienne à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Sfax. Chercheuse en littérature africaine francophone subsaharienne et membre d’APELA, l’association pour l’étude des Littératures Africaines. Elle travaille essentiellement sur la question du « Féminin » en rapport avec l’identité sexuée.

Elle est diplômée de l’Université de Rouen en pédagogique du FLE et elle a participé à plusieurs formations à distance portant sur les techniques innovantes en classe du FLE.

 

 

©RG

 

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Pour citer cet entretien-témoignage  

 

 

Rym Gamanda, « La situation de la femme noire dans le domaine artistique au Maghreb : l’expérience de la peintre tunisienne Youssra Chouchène », entretien-témoignage inédit illustré par quatre œuvres de l'artiste Youssra Chouchène, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1mis en ligne le 16 septembre 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/rg-youssrachouchene

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 REVUE ORIENTALES Muses et féminins en poésie Féminismes
16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 17:04

​​​

​​​N° 10 | Célébrations | Dossier majeur | Florilège

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Béatrice Bonhomme

 

 

 

 

 

 

Michel Orban

 

 

 

 

 

Ta poésie est souffle d’oiseau,

Parole du regard, silence de la lumière.

Elle métamorphose l’anonymat du désert

En lieu-dit du bout du monde.

Elle déshabille la pierre,

Laissant ainsi apparaître le chemin.

Elle nous ramène au bleu

De l’éternité du quotidien.

 

 

 

 

 

©M. Orban

 

 

Lien biographique :

 

***

 

 

Pour citer ce poème élogieux 

 

Michel Orban, « À Béatrice Bonhomme », poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 16 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/mo-abeatricebonhomme

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 Muses et féminins en poésie

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