14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:16

 

 

Dossier 2 | Florilège de textes poétiques

Poésie militante 

 

 

 

Femmes !

 

 

 

&

 

 

 

Les cris d'une rebelle

 

 

 

 

Mokhtar El Amraoui

 

 

Femmes !

 

 

 

L'impossible ne peut être femmes !

Nous aurons toujours la taille de nos rêves !

 

Nous rejoindrons, de notre florale impatience,

Dans la lumière de nos espérances,

Le suc flamboyant des étoiles

Et le rire assourdissant des dansantes comètes !

 

 

Nos fièvres habillées des houles des naissances

Nous offriront, comme toujours, tout ce temps

Pour tisser, dans nos profondeurs ailées,

Tous ces fruits volants de l’amour

Qui naissent et s’abritent au creux de nos reins,

En amples saisons tracées au miel des matins,

S’élevant des caresses de nos mains !

 

 

Femmes !

 

Flammes d’amour et de paix !

Écrites par tous les éléments,

Nous réchauffons, de nos racines,

Toutes ces tiges d'or qui poussent

Couronnées, dans la mousse de nos rêves,

Par les ascendantes douces gerbes ailées de notre sève !

 

Femmes !

Le possible est aussi femmes !

 

 

***

 

 

Les cris d'une rebelle

 

 

 

 

Hé toi, infâme, qui te crois roi de la femme, ta proie !

Je te dis qu’aujourd’hui je me libère de ta terreur !

Je sors de ta geôle d’horreurs,

Pour revendiquer mes droits !

Je n’ai plus peur de tes horreurs d’empoisonneur

Ni de tes diktats d’emprisonneur !

Je sors arracher ma part légitime de bonheur !

J’ai décidé de mettre fin à tous mes malheurs !

À partir d’aujourd’hui, je ne veux plus ressentir de frayeur !

J’accoucherai, libre, de toutes mes futures heures

Tout en splendeurs, malgré toi, tyrannique protecteur,

Bien loin de la lourdeur de mes silences en pleurs,

De mes souffrances et interminables douleurs !

Aujourd’hui, c’est la grande heure !

J’ai rendez-vous avec mes ailes !

J’ai décidé de sortir du tunnel !

Je vais manifester, en tout zèle,

Pour te dire que je ne serai jamais ta petite bonniche toute belle

Ni ton caniche, ni ta potiche poubelle !

Pour mon statut de femme libre, je serai à jamais rebelle !

Aujourd’hui, je te confie, petit roi, toutes mes heures

Impayées de nettoyage, de cuisine et de vaisselle !

Tu vas le voir, toi le fort, ce n’est que du sport, rien que du pur bonheur !

Aujourd’hui, je ne veux plus être ton balai, chère idole,

Ni ta serpillière, ni ta gardienne de casseroles !

J’ai décidé d’ôter, à jamais, de ma vie, cette sinistre camisole !

Aujourd’hui, je descends dans la rue, pour casser tous ces vieux rôles,

Pour crier mon droit à l’égalité, au respect et à la parole !

Tu peux te rire de moi, me trouver bien drôle,

Me traiter de folle ou de frivole

Mais c’est décidé ! Pour mes droits, aujourd’hui,

De cette horrible cage, je m’envole !

Si jamais tu changes d’avis

Et acceptes de vivre avec moi, sans ton mépris,

Viens, alors, à mes côtés et hissons ensemble cette banderole

Sur laquelle il est écrit "Liberté, parité et dignité !''

 

 

Ces deux poèmes sont extraits du manuscrit Le souffle des ressacs de © Mokhtar El Amraoui.

***

 

Pour citer ces poèmes

 

Mokhtar El Amraoui, « Femmes ! » & « Les cris d'une rebelle », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Supplément au n°6 sur « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/

2017/8/rebelle.html
 

 

© Tous droits réservés | Retour au sommaire du Supplément | n°6

 

Lien à venir

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 13:49

 

S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

 

 

                                       

 

Ouest Trans appelle à une mobilisation collective

 

 

afin de garantir notre accès aux soins !

 

 

 

L'association Ouest Trans

 

 

© Crédit photo : Logo de l'association Ouest Trans

 

 

En Bretagne, la CPAM 29 (Finistère) discrimine !


 

Les personnes trans sont discriminées par la CPAM 29 : nous appelons à la mobilisation des partenaires locaux et nationaux, associations, collectifs et individu.e.s trans et allié.e.s. afin de dénoncer cet état de fait !

Ouest Trans vient d’apprendre la réponse négative à la procédure de recours entamée par l’un de ses adhérents. Après une rencontre peu satisfaisante ayant eu lieu au printemps avec l’association, la CPAM 29 fait toujours preuve d’un manque de volonté manifeste à améliorer l’accès aux soins des personnes trans et à s’engager contre les discriminations au sein même de leur propre administration et à simplement assurer le respect des droits de leurs assuré.e.s.

La CPAM du Finistère vient en effet de légitimer (en recours) une demande d'entente préalable pour une mammectomie selon une procédure "exceptionnelle" qui n'a aucune existence légale et s'appuie sur un protocole non-officiel établi par le médecin conseil national et l'organisme des tutelles : cette opération n’est en aucun cas soumis à entente préalable par le Code de la Sécurité Sociale.

Déjà alertée par plusieurs témoignages de refus de remboursement concernant des chirurgies de certaines personnes dans le cadre de leurs transitions, Ouest Trans a envoyé le 23 mars une lettre à la CPAM29 afin de débloquer ces situations de manière urgente. Plus d'un mois après, une réponse nous est parvenue afin de fixer un rendez-vous. Cette rencontre a eu lieu le 16 juin à la CPAM de Quimper en présence de deux des membres du bureau de Ouest Trans ainsi que du Directeur de la CPAM 29, M. Joel Quiniou et du Dr Isabelle Caprais, médecin conseil et responsable de l'échelon local du service médical.

Lors de ce rendez-vous, les réponses qui nous ont été faites sont restées vagues et insatisfaisantes, aucun engagement ne nous a été signifié et aucune preuve ne nous a été donnée d’une volonté quelconque de la part de la CPAM 29 de respecter les droits des personnes trans d'un point de vue général, ni même de débloquer les situations individuelles problématiques en cours.

Alors que des rendez-vous similaires avec les CPAM 35 et CPAM 22 avaient permis d'aboutir à un éclaircissement satisfaisant et des échanges constructifs allant dans le sens d'une véritable prise en compte des difficultés rencontrées par les personnes trans, la CPAM 29 est restée fermée au dialogue, et semble être restée sur un point de vue rigide, complètement aveugle aux réalités sociales de ses assuré.e.s.


 

Le Finistère , une situation « d'exception » préoccupante.


 

Depuis la création de Ouest Trans, nous avons pu nous rendre plusieurs fois dans le Finistère, notamment pour y tenir des groupes de parole. Nous avons été choqués par plusieurs témoignages de situations catastrophiques que peuvent rencontrer les personnes trans, à un niveau administratif mais surtout au niveau de l'accès au soin. En effet, des signalements de cas de maltraitances médicales nous ont été rapportés, ainsi que, plus globalement, de nombreux obstacles à l’accès aux soins, et à leur remboursement.

Nous rappelons que la situation géographique des personnes trans est souvent un obstacle supplémentaire dans leurs démarches, elle ne fait qu'accentuer des situations de précarité financière et renforce leur isolement, les privant ainsi d'informations sur leurs droits et de soutien communautaire mais aussi quelquefois d'une simple sociabilité sécurisante.


 

Face à l’urgence de la situation en Finistère, Ouest Trans appelle à une mobilisation collective afin de garantir notre accès aux soins !


 

Si vous rencontrez vous aussi des difficultés auprès de la CPAM 29 concernant vos droits à remboursement de chirurgies, vous pouvez saisir le défenseur des droits, individuellement ou avec l’aide d'une association de plus de 5 ans d'existence. N'hésitez pas à nous contacter pour que nous aidions dans cette démarche.

Si une demande d'entente préalable vous est demandée pour une mastectomie, n'hésitez pas à faire un recours dans les deux mois après la notification du rejet, puis à aller jusqu'au tribunal administratif si il le faut (procédure non payante).

 

Voir aussi le document ci-joint à télécharger et à diffuser dans vos réseaux. 

MERCI !

Lettre ouverte de l'association Ouest Trans

Coordonnées :

Association Ouest Trans
MJC La Paillette
2 rue du Pré de Bris
35000 Rennes

Contact : ouesttrans@gmail.com
ouesttrans.wix.com/ouesttrans

***

 

Pour citer ce texte


L'association Ouest Trans, (texte, logo et PDF) « Ouest Trans appelle à une mobilisation collective afin de garantir notre accès aux soins !», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 11, mis en ligne le 9 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/lettre-ouest-trans.html

 

© Tous droits réservés                            Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 11:09

 

N°7 | Bémol artistique

Avant-première, article

 

 

 

L’apport des femmes haïtiennes dans la peinture

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Forme d’expression traditionnelle en Haïti, la peinture décorait les églises dès le XVIIIe siècle. Les riches familles de l’époque coloniale importaient des tableaux d’Europe ou faisaient venir des peintres occidentaux sur place, d’autres envoyaient leurs esclaves libres en France pour y apprendre la peinture et exploiter leur talent.

 

Après l’indépendance en 1804, le roi Christophe crée au Cap-Haïtien la première Académie de peinture haïtienne. En 1816, à l’instigation du président Pétion voit le jour une école d’Art à Port-au-Prince où viennent enseigner des peintres français. Entre 1830 et 1860, les sujets historiques liés à l’esclavage, au vodou constituent alors les sujets de prédilection des artistes peintres.

 

 

Que dire de l’apport des femmes dans la peinture haïtienne ?

 

 

D’après le critique d’art haïtien Michel-Philippe Lerebours, Clara Petit, d’origine louisianaise peintre et pianiste, fut la première femme peintre haïtienne en 1825. À la fin du XIXème siècle c’est Lorvana Pierrot, fille du président haïtien du même nom, qui co-illustra « le Serment des ancêtres », une épopée haïtienne.

Selon Mireille Pérodin Jérôme « sur près de huit cent peintres et sculpteurs recensés, quatre-vingt-dix environ sont des femmes, et seulement une dizaine sont d’origine populaire. » 1

Un autre constat : la plupart des femmes peintres qui ont fait carrière dans la peinture sont issues de la bourgeoisie et de l’aristocratie haïtiennes et ont eu l’heur de fréquenter les meilleures écoles d’art à l’étranger.

 

© Crédit photo : Peinture de Luce Turnier, image fournie par Maggy de Coster

 

Dans les années trente, quelques femmes issues de la bourgeoisie haïtienne investissent le domaine pictural et de façon notoire, il convient de citer : Tamara Baussan, Andrée Naudé, Mme Clainville Bloncourt, Hélène Schomberg.

Par ailleurs, en 1931 et en 1937, Mme Duraciné Vaval, en son domicile privé donnait à voir ses tableaux aux couleurs locales, après avoir exposé à Paris. Jusqu’en 1939 un petit groupe de femmes peintres évoluait au Club Union et au Cercle Port-au-Princien où est convié un public sélect.

Un esprit nouveau va naître avec la création du Centre d’Art. Les femmes, quoique toujours minoritaires, se révèlent de plus en plus performantes et créatives. Cependant le 14 mai 1944, à la création du Centre d’art par l’américain Dewitt Peters, Andrée Malebranche fait figure d’exception. Trois mois plus tard, soit en août 1944, le Centre d’Art accueille le tout premier vernissage de Marie-José Nadal, alors, jeune adolescente de 13 ans et demi, qui fondera plus tard la Galerie Marassa et assurera la promotion du mouvement « Les femmes-peintres » avant de publier en 1986 une anthologie de peinture haïtienne.

De nombreuses jeunes filles comme Hilda et Clara Williams, Elzire Malebranche, Hélène Schomberg vont grossir le nombre de femmes peintres mais certaines finissent par s’arrêter à mi-chemin pour des raisons que nous évoquerons plus loin. Cependant il convient de souligner qu’elles ont tout de même fait preuve d’une grande détermination. Comme dit Edgard La Selve « Pour mériter l’estime, il ne suffit pas d’avoir fait de grandes choses mais il suffit de les avoir tentées. »

Chef de foyer, épouse et mère, la femme n’avait pas toujours eu la possibilité de faire carrière dans l’art pictural ou sculptural. Pilier de la nation haïtienne depuis l’Indépendance en 1804, elle est à la fois mère, épouse et chef de foyer et doit faire face à toute sorte d’obstacles et de préjugés. Hilda Williams, première femme sculptrice, Luce Turnier, Rose-Marie Desruisseau constituent celles que je pourrais appeler les insoumises en ce sens qu’elles infléchissent aux normes et valeurs qui prédisposent les femmes à vivre une vie convenue. Divorcées toutes les trois – deux fois pour Luce Turnier –, elles parviennent toutes les trois et en toute autonomie à réaliser leurs rêves.  En effet, il a fallu attendre la fin des années quarante pour que les femmes s’engagent professionnellement dans la peinture en se taillant une part de marché aux côtés des hommes. Peintre avant-gardiste pour l’époque, Marie-Josée Nadal, choquait dans ses représentations.

Chez Andrée Naudé, c’est l’abstraction qui prévaut. Chez Michel Manuel c’est L’observation du milieu ambiant et la transcription des rythmes. Quant à Luce Turnier, peintre singulière, elle finira par s’imposer aux côtés des hommes qui n’ont pas manqué de s’inspirer de sa technique de travail à partir des fibres de coco. Elle utilisait toute une palette d’objets naturels pour vivifier ses toiles où dominent portraits et natures mortes. Au cours d’une interview qu’elle m’avait accordée de son vivant, elle m’a confié : « Ma vie d’artiste n’a pas été aussi facile que celle de mes consœurs du Centre d’Art, Madame Baussan, Madame Naudé. J’ai connu beaucoup d’écueils durant 30 ans, histoire de dire que le grand public était monté contre ce qui se passait au Centre d’Art. Après un long séjour en France, je suis revenue au pays… C’est à ce moment que j’ai trouvé un public plus favorable à ma peinture. Mes débuts, je les ai connus au milieu du mépris général, soit dit sans animosité ; je fais simplement état des faits. Maintenant je suis blindée en ce qui concerne les difficultés économiques et morales. »2

Autre femme peintre de renom. Il s’agit de parler de Rose-Marie Desruisseau. Sa peinture est axée sur la recherche et la rigueur sans pour autant verser dans l’académisme. Peinture historique, culte du terroir, imprégnation du vodou, émanation d’érotisme, usage de symboles justifiés, voilà ce qui se dégage de ses tableaux. Il convient de citer également Michèle Manuel, née en 1935 qui, depuis 1970, n’a de cesse d’exposer en Haïti aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe après avoir reçu une formation à lAcademia de Dibujo y Pintura à San Juan de Porto Rico. Membre du groupe des femmes peintres, elle a eu l’honneur d’avoir en 1981 un timbre à l’effigie de ses tableaux.

En mars 2000 la ville de Paris, présentait au Musée d’art naïf de la Halle Saint Pierre une importante exposition intitulée « Haïti, anges et démons », plus de 200 œuvres et parmi celles-ci, une cinquantaine de peintures des artistes de Saint-Soleil. À cette occasion, il m’était permis, en tant que journaliste, de découvrir les toiles de Louisiane Saint-Fleurant, la seule femme peintre de Saint-Soleil, une communauté des peintres créée en 1973 à l’instigation de Maud Robard et de Serge Garoute alias Tiga, à Soisson-la-Montagne située à 50 km de Port-au-Prince. Ces peintres produisent une peinture mythique à la gloire des dieux du panthéon vodou, on dirait qu’il s’agit d’une offrande à ces dieux tutélaires.

Ces montagnards qui ne sont guère exposés aux influences de la ville, qui n’ont jamais entendu parler d’une quelconque école picturale ont su donner à admirer une peinture saisissante. Et Malraux lors de sa visite à cette communauté en 1975 parle de « l'expérience la plus saisissante et la seule contrôlable de la peinture magique du XXème siècle. »

Notons que chez cette catégorie d’artistes tout est empirique même si certains effets optiques laissent à penser à une quelconque influence néo-impressionniste. Contrairement à la peinture naïve qui est non académique et libre, cette peinture est une peinture inspirée. Si l’on en croit Malraux on pourra même parler de génération spontanée de peintres. Et pour cause, dans son ouvrage posthume L’intemporel, où le chapitre XI est consacré à ces peintres, il écrit : « Ce n’est pas courant de rencontrer une peinture dont on ne décèle ni d’où elle vient ni à qui elle parle. » 3 C’est une peinture difficilement définissable qui laisse percevoir des formes, des successions de traits formant des visages, des croix, des objets, des animaux polymorphes, bref, une peinture particulière et chargée de mystères dans laquelle perdurent des zones d’ombre.

 

 

Dans cette perspective il est à se demander si le vodou participe de l’expression picturale ?

 

 

Les ethnologues se perdent en conjectures à ce propos. Selon Jacques Stephen Alexis « Le vaudou est le reflet de notre infrastructure économique arriérée, d’une civilisation de la houe et de la machette dans un monde de tracteurs et de machines perfectionnées, le reflet du caractère semi-féodal sinon tribal de notre société. Le vaudou est un opium, et s’il faut recueillir soigneusement l’apport musical, choral, poétique, chorégraphique, verbal même, en un mot, toute la symbolique artistique d’un peuple qui a mis dans le vaudou tous les trésors que dans l’ignorance où on l’a laissé, il n’a pu le mettre ailleurs. Il faut combattre ce respect fétichiste d’un certain folklorisme nationaliste et bêlant. Il faut verser un autre contenu humain, universel, dynamique dans les merveilleux moules qui recèlent toujours les aberrations religieuses et superstitieuses les plus grégaires. » 4

Et Price Mars de considérer cet art populaire comme s’inspirant du folklore en créant un art proprement haïtien. Notre propos ici n’est pas de parler des caractéristiques de la peinture naïve mais sans faire de digression nous voulons simplement souligner que la reconnaissance de la peinture naïve grâce au cubain José Gomez Sicre donne lieu à un espace discursif conférant à cet art une valeur de culture populaire authentique c’est-à-dire qui répond au projet progressiste d’un humaniste nouveau. À ce compte Jean Price-Mars résume cette peinture en ces termes : « une peinture où s’édifie la trame de notre caractère de peuple, notre âme nationale. » 5

Difficile à cerner, la peinture naïve haïtienne donne lieu à toute sorte d’élucubrations intellectuelles de la part des chercheurs. Et pour cause, Alfred Métraux y voit des allusions aux ferronneries et aux broderies du xviiième siècle français.6 Quant à Jean Kerboull, il insiste sur l’apport de la magie européenne et de la franc-maçonnerie.7 Le spécialiste Michel-Philippe Lerebours, pour sa part, y voit l’influence indirecte de l’art musulman étant donné la présence d’esclaves islamisés dans la colonie.8

Nous ne saurions conclure sans faire allusion, ne serait-ce que sommairement, aux femmes peintres issues de l’immigration. En effet, chez cette catégorie de peintres, on ne décèle pas toujours la persistance de la coloration ethnique, elles s’ouvrent plutôt à la modernité ou à l’universalité. En un mot, elles sont en phase avec leur époque ou le milieu dans lequel elles évoluent.

 

 

Notes

 

1 Jérôme Mireille Pérodin, Le sens d’un hommage, Haïti au toit de la Grande Arche, Port-au-prince (Haiti), Ed. Henri Deschamps, 1998.

Margaret Lizaire, « Rencontre avec Luce Turnier », Elles Magazine, n°1, p. 21-22, 1985.

3 André Malraux, L’Intemporel, La Métamorphose des Dieux. III, Paris, Gallimard, 1976.

4 Jacques-Stephen Alexis, Contribution à la table ronde sur le folklore et le nationalisme organisée par le Cercle Trianon, le 2 janvier 1956, Optique (Port-au-Prince), juin, p. 25-34, 1956.

5 Jean Price Mars, Ainsi parla l’oncle, Compiègne (France), Imprimerie de Compiègne, 1928.

6 Alfred Métraux, Le Vaudou haïtien. Paris, Gallimard, Alfred, 1958.

7 Jean Kerboull, Le Vodou, pratiques magiques. Paris, Belfond, 1977.

8 Michel-Philippe Lerebours, Haïti et ses peintres de 1804 à 1980. Souffrances et espoirs d’un peuple. Port-au-Prince, Imprimeur II, 2 vol, 1989.

 

***

Pour citer ce bémol

 

Maggy de Coster, « L’apport des femmes haïtiennes dans la peinture », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7|Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/haitiennes-peinture.html

 

© Tous droits réservés                        Retour au n°7|Sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 07:16

 

N°7 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

 

 

                                                   

Avant-première, hommage

 

 

 

Nocturnes avec Chopin

 

 

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste-peintre

 

 

© Crédit photo : Portrait de Jeanne Moreau par Mustapha Saha.

Peinture sur toile. Dimensions 100 x 81 cm.

 

 

 

 

La plume en détresse s’endort dans l’écritoire

La compagne du soir proteste et se résigne

L’âme sans consistance explore sa bétoire

La longue nuit blanche d’un non-dit se désigne

 

 

Le corps s’ankylose dans l’antique fauteuil

La grande lassitude éploie son arantèle

La nocturne évoque la défunte d’Auteuil

Le croquis rappelle sa sculpture sur stèle

 

 

La stance en souffrance dénie ses métaphores

Le livre à peine ouvert s’enferme dans sa peau

La cactée cafardeuse expire dans l’amphore

Le manteau solitaire écrase son chapeau

 

 

La sonate en boucle tricote ses finesses

Le verre sur desserte ignore sa chopine

L’abat-jour capture l’imprudente vanesse

Les reflets sur plafond déclinent leurs épines

 

 

La toile inachevée trône sur chevalet

L’horizon rouge et noir de clarté désespère

La vague orpheline s’estompe sous galets

La muse infertile d’angoisse s’exaspère
 

 

Là-bas dans le lointain l’obscure profondeur

Une ombre fugace traverse la colline

Le génie de l’absente en exquise pudeur

Pose sur la vitre ses bulles cristallines


 

***

 

Pour citer ce poème


Mustapha Saha, (texte et illustration) « Nocturnes avec Chopin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7|Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/nocturnes.html

 

© Tous droits réservés                        Retour au n°7|Sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 10:38

 

Agenda | Newsletters

 

 

 

Un été poétique malgré tout !

 

 

 

Le Pan Poétique des Muses (sigle LPpdm)

 

 

 

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

 

Le Pan Poétique des Muses, première revue féministe plurilingue et pluridisciplinaire de poésie qui intègre les études des femmes et les études de genre (gender en anglais) dans son concept, continue lentement ses publications électroniques et imprimées (reprises dès le retour des imprimeurs de leurs vacances en septembre). Vos contributions à nos appels à textes sont évidemment souhaitées lorsqu'elles correspondent à notre ligne éditoriale axée en général sur la poésie et en particulier sur les femmes et le genre dans la poésie en sciences humaines et sociales.

Par ailleurs, cette revue traite des questions théoriques en les confrontant aux pratiques poétiques contemporaines et des siècles passés. Le Pan Poétique des Muses accepte également de mettre en ligne des articles/poèmes déjà parus (merci de fournir l'autorisation de l'éditeur de reproduire les textes). Vos suggestions, chroniques, vidéos, annonces d'événements poétiques et artistiques (etc.) sont aussi les bienvenues. N'hésitez pas à visiter le site www.pandesmuses.fr et à vous familiariser avec nos différentes rubriques pour nous envoyer ensuite votre texte/image/vidéo/audio pour

 

  • le Supplément au sixième numéro sur la maladie et la vieillesse en poésie pour répondre à vos nombreuses demandes de publication. Les textes sont mis en ligne au fur et à mesure de leur sélection avant leur parution imprimée en automne 2017.

  • le septième numéro de la revue porte sur les femmes, la peinture et la poésie sous la direction de Maggy de Coster. On souhaite y explorer entre autres les présences des femmes poètes (ou poétesses) et artistes peintres en poésie. N'hésitez pas à y participer.

  • la campagne 2017-2018 pour contribuer à l'Encyclopédie évolutive de la poésie mineure démarre en juin 2017
  • le premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur "Les théoriciennes de la poésie"
  • notre premier concours international pour sélectionner les dix meilleurs articles sur la poésie et les dix meilleures contributions poétiques, musicales, humoristiques, artistiques (etc.) sur l'un des thèmes suivants : les animaux, le handicap et la joie. Les sélectionné-e-s bénéficieront d'un numéro collectif en ligne et d'une attestation individuelle signée par Le Pan Poétique des Muses. Règlement : deux propositions au maximum par auteur-e. Dates butoirs : du premier août 2017 au premier octobre 2017 compris. contact.revue@pandesmuses.fr
  • la Lettre n°11

Annonces de la Société internationale d’études des femmes et d’études de genre en poésie (SIÉFÉGP) :

  • le Semainier des muses (sigle SDM), premier journal paritaire en poésie a changé de périodicité par manque de temps... Il paraît dès 2017 en deux formats quatre fois par an, les contemporaines de cette année sont : Sandrine Davin (printemps 2017, en cours de réédition) et Carole Clotis (été 2017, parution en septembre). 
  • le deuxième numéro de la revue paritaire en poésie Iris & Mêtis messagères bleues des muses 2017 porte sur des extraits d'un ouvrage de Mario Portillo (parution en septembre).
  • l'association Société internationale d'études des femmes et d'études de genre en poésie (SIÉFÉGP) fonctionne grâce aux dons et à la vente de ses ouvrages. Elle a bien évidemment besoin de votre soutien financier ici et/ou .
     

 

Depuis un certain temps, l'édition (numérique et papier) du périodique est entièrement soumise aux disponibilités des membres de la rédaction grenobloise qui travaillent par alternance. La rédaction grenobloise gère aussi tous les autres organismes bénévoles créés depuis 2010 par Dina Sahyouni (pour penser la problématique du genre, des femmes et des féminins en poésie). Cette rédaction fait ainsi tout ce qu'elle peut pour répondre à vos attentes, cependant la tâche à accomplir est vraiment ardue avec des moyens matériels, financiers et humains bien modestes. Votre soutien de nos projets est donc nécessaire. Par ailleurs, nous espérons compter sur une rédaction comme celle de Grenoble mais située dans une autre ville pour améliorer nos diffusion et site.  

Bel été à vous !

LPpdm de Grenoble

 

***

 

Rappel de nos dernières parutions en ligne

 

Lettre n°10 | N°6 | Printemps 2017

 

 

***

Pour citer ce texte


LPpdm, « Un été poétique malgré tout ! », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Agenda | Newsletters [En Ligne], mis en ligne le 1er août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/etepoetique.html

 

© Tous droits réservés                      Retour au sommaire

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Newsletter
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 11:19

 

Annonce de concours poétique

 


 

Concours de « POETA »

 

 

 

Tatjana Debeljački


 

 

© Crédit photo : Le visuel du concours à télécharger, fourni par l'auteure

 

 

« POETA » ouvre un concours nommé  « HAIKU »  « Cœur serbe de Johannes »

Le thème est défini en fonction du roman « Cœur serbe de Johannes » par Veselin Dželetović

 

Règlement

Un auteur peut envoyer deux haïkus ou un haïku. Tous les haïkus reçus sont en compétition pour être publié dans un book. Le poème doit être tapé dans le corps du message et le haïku (noir et blanc) doit être au format JPG, et envoyé à haikujohan@gmail.com  avec le nom de l'auteur et le nom du haïku qui doit être envoyé à la fois serbe ou en anglais, les entrées de l' étranger peuvent être uniquement en anglais avec un nom complet et le nom et le lieu de résidence. La compétition dure du 1er Août 2017 jusqu'au 28 Février 2018. Tous les auteurs recevront les informations nécessaires en temps voulu.

 

« POETA » otvara konkurs pod nazivom « HAIKU "Srpsko srce Johanovo" Tema je Prema Romanu "Srpsko srce Johanovo"  

Autora, Veselina Dželetovića. Jedan autor Moze poslati DVE haïku pesme ili jednu haigu. Sve haïku pesme koje budu poslate konkurišu za objavljivanje knjige. Radove otkucati u telu poruke i haiga (crno-bela) da bude u-u JPG, OBAVEZNO naslovljene imenom autora i imenom haikua Slati na E-mail adresu: haikujohan@gmail.com. Autor treba da pošalje haiku na srpskom ili engleskom jeziku, van zemlje môže biti na engleskom jeziku. Sa punim imenom i prezimenom, i mestom boravka. Konkurs traje od 1. 8,2017. faire 28.2. 2018. godine. SVI autori Bice pravovremeno obavešteni o svemu.

 

***

 

Pour citer ce concours

 

Tatjana Debeljački, « Concours de "POETA" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 31 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/concourspoeta.html

 

© Tous droits réservés                              Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 09:58

 

Poème
 

 

Rencontre

 

 

Texte et illustration

Huguette Bertrand

Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure-éditrice

Site personnel : http://www.espacepoetique.com/Espace/intime.html

 

 

© Crédit photo : "Rencontre" par Huguette Bertrand

 

 

 

 

Se saluer à travers les branches

devant la colère du vent

quand les jours se tordent

dans les reliefs du ciel

 

Se saluer à travers la voix

à travers l’œil

pour faire durer le temps

pour dérober l'espace entre nos gestes

et inscrire un pacte

au registre de nos mémoires

 

Se reconnaître à travers une parole intense

comme des fous entêtés

et sous la caresse des mots

diluer un peu de soi dans la lumière diffuse*

 

 

 

* Ce poème est un extrait reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure-éditrice : D'une rive à l'autre / Da una riva all'altra, poèmes illustrés, Éditions En Marge, Qc, Canada, juin 2017 https://issuu.com/immaginepoesia/docs/d_une_rive____l_autre

 

***

Pour citer ce poème

 

Huguette Bertrand (poème illustré par), « Rencontre », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 27 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/hb-rencontre.html

 

© Tous droits réservés                  Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 12:43

 

Bémol artistique | compte rendu de

 

Splendeurs de l’écriture au Maroc. Exposition à l’Institut du Monde Arabe (mars-avril 2017)

 

 

Mystères calligraphiques du Maroc

 

 

 

 

Mustapha Saha

 

Illustrations par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 1 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Sil fallait un palladium de lancestrale attraction culturelle du Maroc, ne serait-ce pas cette exposition exceptionnelle de ses trésors livresques à lInstitut du Monde Arabe de Paris du 23 Mars au 6 Avril 2017. Conçue comme une manifestation complémentaire du cafouilleux pavillon marocain au Salon du Livre, léblouissante rétrospective aura sans doute, malgré sa brièveté, un impact plus remarquable et plus durable. Les livres sacrés côtoyant les ouvrages profanes, sortis d'un sommeil millénaire, témoignent dépoques où lécriture, matrice dune civilisation des signes, sincarne dans des chefs-dœuvre impérissables. L’ambiance éthérique, baignée de luminosités subliminaires, réunit les théories fondatrices dans un nichoir régénérateur. Une scénographie digne des bibliothèques vaticanes. Des siècles de lumière, enrichis par leffervescence intellectuelle des medersas et des ribats des villes, des montagnes et des confins désertiques, imprégnés par le paradigme andalou où les sciences et les philosophies partagent les connaissances dans une interactivité pionnière. Une écriture somptueusement présente dans larchitecture, lartisanat, la structure et la texture de toutes les créations humaines. Ces livres uniques déclinent en concert la diversité marocaine, confluence historique et géographique des cultures, combinatoire symbiotique de pensées plurielles. Le rouleau de la Torah de vingt-mètre sur parchemin embobine deux milles ans de judaïté marocaine. Le savant Haïm Zafrani a magistralement mis cette histoire en perspective. Lévangile en arabe du douzième siècle rappelle lantique chrétienté maghrébine, fondatrice du catholicisme latin. Les figures de Tertullien, de Saint-Cyprien, de Saint-Augustin se profilent en ombres glorifiantes. Se dégagent des grimoires exposés des corrélations secrètes, au-delà de leurs similitudes esthétiques, comme si les sillons jadis ouverts attendaient de nouvelles irrigations pour féconder des floraisons insoupçonnables. Le sel et le miel dune culture cumulative.

 

 

Abderrahmane Ibn Khaldoun lègue le manuscrit « Le Livre des exemples » (Kitab al-ibar) à la Bibliothèque Qararouiyyine en 1396 sans se douter que son ouvrage ferait le voyage parisien sept siècles plus tard. La graphie multicolore se couronne de sphères florales à l’image des sinuosités narratives. Le grand œuvre, source incontournable sur la complexité synergique de l’arabité conquérante et de la berbérité absorptive, étonne toujours les chercheurs par ses intuitions théoriques, ses découvertes méthodologiques, ses prouesses dialectiques. Ibn Khaldoun trouve, dans l’interconnexion des savoirs et des époques, une belle illustration de cette sociabilité naturelle actionnée par les mécanismes des comportements historiques et la pérennisation des singularités temporelles quand elles émanent dune totalité sociétale indéracinable et mouvante. Une déchronologie des urbanités et des ruralités structurables, des inventivités considérables, des transmutations incorporables. Lhistoire et la sociologie sont théorisées comme des sciences dépurées des spéculations doctrinaires. Au-delà des interférences permanentes des faits sociaux et des dynamiques transformatrices, établies comme bases épistémologiques du savoir analytique, Ibn Khaldoun pose la problématique de la connaissance de soi dans une approche mystique et synthétique de lêtre comme entité réflexive. Lintrospective exploration des ressorts intimes de la pensée emprunte les fibres sensibles de la précognition, les fulgurations charnelles de l’osmose chamanique, la voie pascalienne de lintelligence du cœur. Le concept de « moujahada » définit cet effort contre la concupiscence, le personnalisme, légoïsme, impulsés par les pressions extérieures. La connaissance de soi se libère des dénaturations idéologiques comme le signe calligraphique se dételle de sa bride sémantique. « Connais-toi toi-même » recommande la pythie à Socrate. Les concepts façonnent le devenir quand ils fusionnent et dynamisent la réalité présente, la subjectivité pensante et la volonté agissante.

 

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 2 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

Les œuvres exhumées reflètent, avec éclat, leur contexte socioculturel de liberté de la recherche et de la pensée, avant la chape de plomb dun dogmatisme séculaire. Une reconstitution synchronique du puzzle didactique désintégré par les options immobilistes. Le quinzième siècle apparaît dans cette optique comme un ultime feu dartifice dune longue et prolifique allégresse cognitive. Le patrimoine livresque jalousement protégé ravive en sourdine des mélancolies informulables, des nostalgies inconsolables, des désolations incalculables. Sont réunis dans la magnificence des enluminures, des dorures, des reliures, les florilèges théologiques et les spicilèges scientifiques. Les Corans, majestueuses balises, ponctuent la visite d’intangibles providences. En ces temps où lenseignement des disciplines profanes est remis en cause pour putative incompatibilité religieuse, on aurait aimé voir sous les vitrines tamisées des manuscrits du Discours décisif, du Traité du dévoilement, de lIncohérence de lIncohérence dIbn Rochd (Averroès) qui cite, dans son traité ''Accord de la religion et de la philosophie", de nombreux versets exhortant lintelligence humaine à comprendre les mécanismes subtiles de lunivers. « Lunivers ne fait connaître lArtisan que par la connaissance de lart, et plus la connaissance de lart est parfaite et plus parfaite est la connaissance de lArtisan ». Le savant musulman doit être, en conséquence, versé dans toutes les sciences. Nest-ce pas le sens explicite de cette exposition atypique.

 

Dans la salle du haut conseil, suspendue entre terre et ciel face à Notre-Dame de Paris, ces savoirs encyclopédiques, coulés dans des stylistiques prosodiques, réunissent en conférence filiative lagronome Al-Tolaytili (mort en 1067), le chimiste Al-Jaldaki (mort en 1342), l’astronome Al Jadiri (1375 – 1416) Un manuscrit témoigne du Kitab al-Tasrif (Livre de la méthode), somme médicale en trente volumes d'Abou al-Qasim Khalaf ibn Abbas al-Zahrawi (Aboulcassis 940-1013). La médecine et la chirurgie doivent à ce praticien des découvertes fondamentales et des applications vitales qui le placent au rang dHippocrate, Galien et Celse. Le « Sommaire des opérations arithmétiques » dIbn al-Banna al-Marrakushi al-Azdi (1256-1321) porte les parfums envoûtants de l’époque mérinide où les villes impériales se parent des plus belles universités. Nest-ce pas Ibn al-Banna qui forge le concept « climat », de larabe « al-manakh », appliqué aux données météorologiques. Sinvitent à l’homérique séminaire le géographe Al Idrissi, concepteur du planisphère médiéval de référence et découvreur de précieuses plantes médicinales, et lexplorateur Ibn Batoutta, chroniqueur des splendeurs civilisationnelles et observateur avisé des mœurs diversitaires de son siècle. Comment ne pas penser à la Conférence des oiseaux du poète soufi Attar où lêtre taraudé entre élévation intellectuelle et régression factuelle, na de cesse descalader les montagnes de lespérance pour rechuter dans les ravines de lignorance.

 

Je mimmobilise devant le recueil des prières du quinzième siècle de Mohammed Al-Jazouli (mort en 1465). Mon âme simmerge dans une ensorcelante vapeur émotionnelle. Létat de grâce instantané ne provient daucune servitude spirituelle. Le grimoire refoule la lecture intrusive, lintelligibilité nominative, linduction interprétative. Il se donne comme une aimantation sensitive, une lévitation réflective, une exaltation contemplative. La calligraphie arabe institue lécriture comme un art sacré, une perfection figurative, véhicule de linaltérable révélation dans sa pureté originelle. Une écriture mystique dans ses entrelacs labyrinthiques où lattraction visuelle envoile de beauté le mystère divin, drape les mots de nimbe séraphique, fixe lineffable dans sa musicalité graphique. Un art elliptique, évocateur de la mémoire des sables, révélateur de la source méconnaissable, générateur de formes invraisemblables. La majesté verticale et la fluidité transversale effectuent la jonction entre orbitale transmigration et sommitale suspension. Chaque ouvrage, lucarne sur linvisible, se trame comme une œuvre totale, porteuse de sa propre signification symbolique, dans une combinaison cosmique de plénitude et dinfinitude propice à la béatitude. Par un étrange effet cinétique, les lignes sentrelacent et se déplacent, les signes se brassent et sembrassent, les caractères senchaînent et se déchaînent dans une danse scripturaire. L’étymologie sestompe dans lincompressible harmonie. Les configurations vibratoires entraînent limaginaire au-delà du miroir. Lalphabet, en résonance plastique avec les subtilités morphologiques et phonétiques de la langue, sanamorphose librement sur surface disponible. Les cursives se transfigurent au gré de linspiration créative. Le regard shypnotise. Le corps sélectrise. La conscience s’intériorise.

 

 

La calligraphie arabe se déploie dans un espace-temps élastique, qui déborde les codifications restrictives, façonne l'inexplicable dans les artefacts embryonnaires, trace des territoires à la mesure de sa quête visionnaire. Le calligramme exprime sa vastitude dans la luxuriance végétale et géométrique. Les diacritiques élargissent le champ de lexpression artistique au-delà des académismes convenus. La flexibilité des lettres permet des extensions infinies, génératrices dinconcevables sortilèges. Les règles fondamentales acquises, toutes les improvisations sont permises. Les mots se métamorphosent au gré de létincelle inspiratrice. Le carré dor sétoile de points de fuite. Le plein creuse son relief dans le vide. Le calame, antique instrument décriture, clef d’or de la clairvoyance anagogique, est doté de pouvoirs magiques. Il cadence le rythme et guide le mouvement comme baguette de sourcier. Il est avatar physique et souffle métaphysique, fibrille dermique et chandelle cosmique, investigation de lâme et illumination de lesprit. Le signe graphique englobe le sens et lessence. Le décryptable, pellicule superficielle, obstrue laccès aux profondeurs où se niche la lumière des lumières. La méditation gnostique recommande la contemplation des versets coraniques dans leur splendeur calligraphique, dans leur résonance cristalline, pour entrevoir limpénétrable. Lécriture-mère, table inamissible dinébranlables sagesses, se manifeste sur terre par des versets translucides et limpides.

 

 

Lalphabet nord-arabique, ultime héritier du syllabaire phénicien, synthèse des écritures sémitiques, se détache au cinquième siècle de ses matrices nabatéenne et sinaïtique, en concordance avec la poésie bédouine, qui lui procure son articulation consonantique, sa richesse euphonique, sa perfection sémantique. La révélation coranique, conçue comme prophétie des prophéties, donne à cette langue miraculeuse une aura thaumaturgique. Chaque signe est, dès lors, une apothéose allégorique, une nitescence adorative en connexion avec la source divine. La calligraphie monumentale, sculptée, gravée, ciselée, imprègne lurbanité fonctionnelle de transcendance subliminale. Les mosquées, les mausolées, les medersas, sornementent de cet art sémiotique comme des livres de pierre couvant leurs fastueuses bibliothèques. Les bois ciselés, les zelliges parementés, les plâtres sculptés, les tissus brodés inscrivent lintarissable dans le périssable. Le Coran, étymologiquement récitation, est une injonction à la lecture. La psalmodie transforme la déclamation en captivante vocalise. Le message théogonique, inimitable par définition dans sa formulation didactique et dans son idéalité poétique, sinitialise par limpératif denseigner lécriture, unique remède à lobscurantisme. La foi saccomplit et sépanouit dans lacquisition des savoirs, dans la lecture pénétrative et l’authentification dissertative. L’alchimie du calame et de lencrier, sources originelles de lintellect, revêtent, de ce fait, une magnitude anagogique qui dépasse sa fonction scripturale. Toute chose existante a été créée de la même encre primordiale. L’écriture sabsorbe de lessence première. Limpulsion calligraphique ressasse lacte créateur comme une réminiscence onirique. Limaginal se manifeste dans le virginal. La tropologie des lettres articule les arcanes de lindicible, dessine les contours de linaccessible, profile les mystères de lintransmissible. Le syllabaire, en intime correspondance avec les vingt-huit phases lunaires, séprouve et se médite dans sa trajectoire entre nadir et zénith. Les combinaisons numériques transmutent les quatre éléments, lair, leau, la terre et le feu, en arcanes cabalistiques. Se retrouvent dans les capsules talismaniques les concordances ésotériques. Tous les parcours, dans leurs latences et leurs pénitences, mènent à la lettre initiale, l« alef », axe focal de lunicité du créateur et de ses créations. L« alef » pour le soufisme sauto-crée et se recrée dans la spontanéité de sa complétude. Le « ba », miroir horizontal, reflète la phosphorescence azurine. La couleur bleue apparaît comme une réminiscence céleste. Verticalité et transversalité tissent indéfiniment leur toile incommensurable. La belle écriture ne se nomme-elle-pas en arabe « al khatt », le trait libérateur des pesanteurs terrestres, la ligne perceptible de linconnaissable ? Lexercice calligraphique, pérégrination spirituelle, est une ascèse comportementale, une purification mentale, une chorégraphie digitale. Le geste navigue entre terre et ciel. Les chants soufis se visualisent dans les courbures, les ligatures, les flexions et déflexions anaglyptiques. Un art charnel, sensoriel, sensuel, où la transmission des techniques ancestrales est une initiation spectrale. Le signe calligraphique trace les sillages du miracle des miracles, le périple ascensionnel sur un éclair, l’incursion dans l’indicible, le dévoilement de lincompréhensible, le discernement de lénigme capitale sans connaissance préalable.

 

Les monarques marocains comprennent, dès la première dynastie, le magnétisme de l’écriture, l’occulte influence de l’empreinte, l’intercession magique du calame dans la séduction des âmes. Au dixième siècle, l’idrisside Yahya IV s’entoure de scribes, de copistes, de calligraphes, d’enlumineurs, de relieurs, de savants, de philosophes, de poètes, s’encense de tous les connaissances profanes et religieuses. Le malékisme instaure en filigrane un rite consensualiste, combinaison latitudinaire de justesse exégétique, d’interprétation pragmatique et d’intellection critique. La bibliothèque de l’almoravide Youssef Ibn Tachfin s’enrichit des trésors livresques des rois omeyyades d’Andalousie et de leur diversité philosophique. Les thèses et les antithèses se confrontent dans le silence cryptographique. Les livres, joyaux des principautés et des royaumes, ponctuent les mystères historiques. Le livre en soi est un écrin sacré, un reliquaire consacré, un prodige nacré. L’almohade Abdelmoumen, constructeur de bibliothèques mémorables, conserve ses ouvrages thaumaturgiques dans des coffrets d’ébène, incrustés d’or et de pierres précieuses. La recherche des manuscrits rares s’engage comme une aventure hypothétique, emprunte des chemins amphigouriques, mobilise des relais énigmatiques. L’acquisition se vit comme une conquête extatique. Le souverain couve dans le livre sacramental la clef de son pouvoir metemporique. Les sultans se doivent d’être des érudits et des lettrés. Sans l’incitation du philosophe Ibn Tofail et le soutien de Yacoub al-Mansour, les grands commentaires d’Aristote par Ibn Rochd, n’auraient probablement jamais vu le jour. Al Mourtada inaugure la tradition, toujours en vigueur, des rois calligraphes sanctifiant leurs actions solennelles dans l’art de l’écriture. L’acte par son onction graphique se pérennise.

 

© Crédit photo : Splendeurs de l’écriture au Maroc.

Exposition à l’Institut du Monde Arabe (Paris mars 2017) 3 par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

La bibliophilie devient sous les Mérinides, privés d’ascendance chérifienne, une philosophie d’existence. Le roi Abou Inan, fondateur de plusieurs universités mythiques, auquel Ibn Khaldoun dédie son encyclopédique Kitab al-Ibar et Ibn Bathouta sa mythique Rihla, voyage avec sa bibliothèque. La connaissance épargne mégardes et maladresses. L’omniprésence de l’intellect insuffle la sagesse. Le saadien Ahmed Al Mansour Dahbi étudie, annote et commente livres scientifiques et traités philosophiques. La calligraphie s’exécute sous son règne à l’encre d’or, se pare érubescences séraphines, s’humecte d’ambre et d’eau de roses, se parfume de santal et d’oliban. L’écriture aspire et respire toutes les essences de la beauté. En 1912, Moulay Hafid, contraint de signer le traité du Protectorat, s’empresse d’emmurer la bibliothèque royale dans son palais de Fès pour soutirer ses secrets talismaniques à la puissance colonisatrice. Le patrimoine miraculeux n’est redécouvert par hasard qu’après l’indépendance, un demi-siècle plus tard, à l’occasion de travaux de restauration.

Le Maroc a toujours été un pays de séditions tribales, de défense acharnée des particularités locales, des singularités culturelles, des historicités structurelles, un pays de belligérances récurrentes entre atavismes égalitaires et centralités autoritaires, entre transversalités délibératoires et verticalités discriminatoires. Un pays opiniâtrement diversitaire où les violences épuratoires se conjuguent avec les solidarités absolutoires. Les styles calligraphiques canoniques, personnalisés par les grandes monarchies, sont des sceaux de pouvoir, reproduits dans les actes officiels, qui signifient, selon leur lustre, le prestige des signataires. Le « maghribi » sest développé comme une affirmation dautonomie régionale, comme un défi au califat moyen-oriental. La culture mauresque sest dotée dune écriture distinctive pour construire sa civilisation symbiotique. Quand le saadien Moulay Zaydan est destitué en 1653 à Marrakech, il pense avant tout à sauvegarder son irremplaçable bibliothèque. Il confie quatre mille livres au vaisseau français de Jean-Philippe de Castellane, en amarrage à Safi, pour les mettre à l’abri à Agadir. Commence la plus hallucinante des confiscations culturelles. Le consul, las d’attendre sa rémunération, lève l’ancre avec le butin providentiel et se fait arraisonner, à son tour, au large de Salé, par des portugais sous domination espagnole. L’incroyable bibliothèque, déclarée bien inaliénable par la papauté, est toujours sous scellés à l’Escurial, après avoir été amputée par le funeste incendie de 1671. Moulay Zaydan et ses successeurs tentent en vain de récupérer le trésor des trésors. La perte est vécue comme une malédiction divine. L’emprise spirituelle se légitime par l’attache ontologique au Livre, la faculté perceptive des secrets démiurgiques. La gouvernance par la sacralité sémiotique se sacralise. L’image impériale par la beauté graphique s’immortalise. L’intronisation se phosphore de haute couture scripturale. Le ressort médiumnique de la calligraphie n’est-il pas justement la transfiguration de la parabole en symbole, du magistère en mystère, du vertige des pouvoirs en prestige des savoirs…

 

***

 

Pour citer ce bémol

 


Mustapha Saha, « Mystères calligraphiques du Maroc  », illustrations par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 26 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/calligraphies.html

 

© Tous droits réservés                            Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 17:57

 

Article

 

 

Carnet de voyage II : 

 

le MUPANAH

 

(Musée du Panthéon National Haïtien)

 

Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

© Crédit photo : Statuette en silex par Maggy de Coster

 

 

 

© Crédit photo : Service à café décoratif en acajou verni par Maggy de Coster


 

© Crédits photos : de gauche à droite ; Deux appliques murales en fer martelé,

l’une au naturel et l’autre peinte par Maggy de Coster

Le MUPANAH (Musée du Panthéon National Haïtien)

© Crédit photo :  "Image-1 du MUPANAH" par Maggy de Coster

Le MUPANAH, (Musée du Panthéon National Haïtien) a été inauguré le 7 janvier 1983 et retrace l’histoire mouvementée de la République d’Haïti depuis la Période Indienne qui débuta avec les Ciboneys, une peuplade venue d’Amérique du nord, puis les Tainos, une branche des Arawaks descendant des Calibis de l’Amazonie, jusqu’à nos jours, en passant par la Période Espagnole avec la découverte de l’Ile par Christophe Colomb le 5 décembre 1492, la Période Esclavagiste, qui débuta en 1697 par le traité de Ryswick en vertu duquel l’Espagne céda à la France le tiers occidental de l’Ile, la Période révolutionnaire illustra le soulèvement des esclaves en août 1791 lors de la cérémonie du Bois-Caïman, la Période postrévolutionnaire, marquée par l’assassinat en 1806 du Père de l’Indépendance, Jean-Jacques Dessalines et la scission du pays : la République à l’Ouest présidée par Alexandre Pétion et la Royauté au Nord avec Henri Christophe. Le Président Boyer, entre 1822 et 1844 procéda non seulement à la réunification du pays mais de l’Ile toute entière (La République Dominicaine comprise) tandis que Le Second Empire avec Faustin 1er resplendit de 1849 à 1859.

 

© Crédit photo :  "Image-2 du MUPANAH" par Maggy de Coster

 

La Période contemporaine est marquée par le débarquement de l’armée américaine le 28 juillet 1915 qui y resta jusqu’en 1934. Le MUPANAH recèle aussi une collection d’œuvres d’art occupant la galerie d’exposition permanente, des objets d’art décoratif, des documents historiques, des pièces relevant des fouilles archéologiques, sans oublier le sarcophage où sont conservés les restes symboliques de Toussaint Louverture (de la terre de Fort-de-Joux) ainsi que la couronne de l’empire sertie de pierres précieuses.

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Carnet de voyage II : le MUPANAH (Musée du Panthéon National Haïtien) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 25 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/carnetdevoyage2.html

 

© Tous droits réservés                                 Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 10:18

 

Article

 

 

Carnet de voyage

 

I

 

Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

HAÏTI, 12-19 juillet 2017

 

Ancienne colonie française, partageant l’Île d’Haïti avec la République Dominicaine, la République d’Haïti, a du mal à se relever malgré son illustre histoire qui lui a valu le titre de première République noire. Pays malheureux mais qui « En 1939, adopta un décret-loi octroyant la naturalisation haïtienne immédiate à tous les Juifs désireux de l’obtenir » (cf. « Avant que les ombres s’effacent », Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser éditeur, 296 p., 21€). Après la Seconde Guerre mondiale, lors de la création de la création Société des Nations (SDN), actuellement appelée Les Nations Unies, jadis, il manqua une voix à la France et c’est grâce à celle de son ancienne colonie, en l’occurrence Haïti, qu’elle obtint le quorum.

Depuis novembre 2016 le pays a un nouveau président, Jovenel Moïse, 49 ans qui remue beaucoup d’air, en sillonnant les villes et les faubourgs comme s’il était encore en campagne haranguant le peuple des heures durant. Quant aux parlementaires ils s’accordent le droit d’ingérence dans la vie ministérielle rien que pour placer les personnes de leur choix à des postes clés, le clientélisme étant un appendice de la vie politique haïtienne.

Les élus locaux sont plutôt au service de leur coterie que du peuple car dans ce pays le passe-droit, la corruption et l’impunité sont le fer de lance de l’appareil d’État. Certains endroits sont tellement oubliés que les résidents doivent miser sur la bonne foi ou le bon vouloir des élus pour obtenir ce qu’ils sont en droit d’attendre en tant que citoyens.

L’état est démissionnaire : les rues de la capitale sont des dépotoirs à ciel ouvert, car les détritus ne sont pas ramassés, les particuliers doivent payer une entreprise privée pour l’enlèvement des ordures ménagères s’ils ne veulent pas les déverser sur la voie publique comme le font certains officiels. Sauf aux abords du Palais National (NDLR, non encore reconstruit de puis le séisme du 7 janvier 2010) où le Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), retraçant les différentes étapes de l’Histoire d’Haïti : le seul endroit digne d’intérêt dans Port-au-Prince où même les trottoirs sont occupés par des échoppes de fortune abritant des commerces de toutes sortes : ferraille, pièces détachées pour automobile et moto.

Quant à l’eau potable n’en parlons pas car on doit se fournir en eau minérale vendue dans les grandes surfaces ou se munir d’une fontaine d’eau distillée et pour se laver et pour la cuisson, on doit avoir un réservoir à pompe alimenté par un camion-citerne relevant d’un système privé de distribution d’eau et tout est à la charge des particuliers.

Quant à l’électricité chacun doit avoir son propre générateur sinon les plus mal lotis doivent se contenter d’une lampe tempête à pétrole. Les camionnettes de transport en commun, appelés tap-tap (onomatopée caractérisant le bruit du moteur), les bus colorés, chargés de marchandises, de bétail et d’humains circulent brinquebalant, hors du temps, à côté de grosses cylindrées, des véhicules tout terrain, un chassé-croisé dangereux dans les artères défoncées et congestionnées d’une capitale polluée, surpeuplée et au bord de l’asphyxie, où s’entassent des immondices et où les effluves des égouts sont susceptibles de vous porter à l’évanouissement.

L’insalubrité des rues est tellement criante que pour ne pas être malade et suffoqué par la chaleur on circule en voiture, les vitres fermées et le climatiseur en marche. Loin de la cohue de la nauséeuse capitale, dans les hauteurs des villes avoisinantes, à flanc de collines, sont juchées les demeures de caractère, les somptueuses villas des nantis, ceintes de hautes murailles, surmontées de barbelés et gardées par des molosses dont seuls l’aboiement réitérés peuvent vous faire penser qu’il y a âme qui vive.

Le coût de la vie grimpe de façon exponentielle alors que les salaires stagnent tout comme l’économie. Certains employés sont sous-payés et reçoivent leurs payes au bout de plusieurs mois de retard sans les arriérés. En revanche les locaux qui travaillent pour les compagnies et ONG internationales implantées en Haïti ont un revenu décent. Il y a quelques années de cela, un jeune coopérant français laissait entendre : « si j’étais payé par le gouvernement haïtien, je ne pourrais jamais manger de la viande ». Rien n’a changé depuis, bien au contraire. On ne peut même pas parler de revenu minimum. Le système D est de rigueur : on lutte pour la survie. Cela dit, on assiste de plus en plus à une paupérisation de la classe moyenne dont le pouvoir d’achat diminue considérablement. Elle s’endette pour ne pas se déclasser, donc elle vit au-dessus de ses moyens alors que la classe populaire croupit dans la misère. La gourde, la monnaie nationale, n’est qu’une monnaie de singe par rapport au dollar qui a droit de cité.

Pays essentiellement agricole, dit-on, Haïti vit essentiellement d’importation et les produits importés ne sont guère accessibles à la majorité vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Cela dit, les produits alimentaires, même les plus basiques en provenance d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et de France envahissent les rayons des supermarchés gérés par les géants de la grande distribution internationale alors que les produits locaux sont aux abonnés absents si l’on excepte la maigre place faite aux pâtisseries locales. Il n’y a que l’artisanat, l’art et la culture en général (bien que les salles de cinéma soient fermées par manque de courant électrique) qui occupent encore une grande place dans la vie haïtienne.

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Carnet de voyage I », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 24 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/7/carnetdevoyage1.html

 

© Tous droits réservés                                 Retour au sommaire

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

Rechercher

À La Une

  • Lettre n°12 | Vers des vers verts...
    Publication successive du 27 septembre jusqu'au 31 octobre 2017 Lettre n°12 Vers des vers verts... © Crédit photo : Roses par DS, septembre 2017 . ISSN numérique : 2116-1046 Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques...
  • N°7 |Automne 2017|Femmes, poésie et peinture
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER © Crédit photo : œuvre artistique sans titre...
  • N°7|Femmes, poésie et peinture|Sommaire
    N°7 | Sommaire N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER Mise en ligne progressive avant sa parution en version imprimée en décembre 2017 © Crédit photo : œuvre artistique sans titre de Maggy de COSTER...
  • La peinture de Louise Cara ou l'espace du monde en son féminin
    N °7 | Dossier majeur | Articles & témoignages La peinture de Louise Cara ou l'espace du monde en son féminin Nicole Barrière Illustration de Louise Cara © Crédit photo : Toile "Trames" (157 x 150 cm, TM, 2013) de de l'artiste peintre Louise Cara. La...
  • Les belles ancêtres
    N °7 | Dossiers majeur & mineur | Textes poétiques Les belles ancêtres Ghyslaine Leloup Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure et des éditions L'Harmattan © Crédit photo : 1ère de couverture illustrée de Sur le seuil,...
  • Le concours international, poétique & artistique du périodique Le Pan Poétique des Muses. Édition 2017 sur les animaux, le handicap & la joie
    Événements poétiques | 2017 | Concours international (1ère édition) Le concours international, poétique & artistique du périodique Le Pan Poétique des Muses Édition 2017 sur les animaux, le handicap & la joie N'hésitez pas à prendre part au 1er concours...
  • La voix d'un enfant inconnu
    1er concours international de poésie Poème inédit pour "Les voix de la paix et de la tolérance" Poème sélectionné sur le thème "la joie" La voix d'un enfant inconnu Mona Gamal El-Dine En souvenir des enfants coptes massacrés sur le chemin de monastère...
  • Inspiration et improvisation sur le poème calligramme « Neige »
    Lettre n°12 | Poèmes Performance poétique & artistique Poésie, musique & art audiovisuel Inspiration et improvisation sur le poème calligramme « Neige » Nicole Coppey Sites officiels : http://www.nicolecoppey.com/ & http://www.123.musique.ch Chaîne officielle...
  • À une artiste & Pygmalion
    N °7 | Dossier majeur | Textes poétiques Poèmes des ancêtres À une artiste & Pygmalion Louise Ackermann (1813-1890) Crédit photo : domaine public, Gallica, estampe de Louise Ackermann* À une artiste [P. 13/P. 39 PDF ] Puisque les plus heureux ont des...
  • The pain and Instead of my will
    1er concours international de poésie /1 st international competition Poèmes sélectionnés sur le thème "le handicap" /Selected poems on "Disability" The pain and Instead of my will Tatjana Debeljački The pain I take a nap and IT HURTS, I fall asleep, wake...