15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 08:30

 

Événements poétiques| ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 17

 

 

 

 

 

Remember ! 

 

 

 

 

 

 

 

Amable Tastu (1795-1885)

 

Poème choisi, transcrit & remanié pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Edma Trimolet (peinture de), domaine public, Commons.

 

 

Le texte reproduit ci-dessous provient de FUSTER Charles (éd. ou morceaux réunis par), L'Année des Poètes, textes édités avec quatre pages, d'autographes, des dessins, des portraits et des notices bibliographiques, Quatrième volume, Paris, Librairie Fischbacher, 33, rue de seine, 1893., poème « Remember ! » par Amable TASTU (1795-1885), pp. 16-17. Cet ouvrage appartient au domaine public.

 

 

 

Aux amis, le 1er janvier 1869.

 

 

Heure dernière de l'année,

Tu n'es plus celle que ma voix,

Aujourd'hui faible et surannée,

Se plut à chanter autrefois !

Hélas ! chaque jour nous enlève

Quelque parcelle du beau rêve

Que garde l'avenir jaloux.

Après eux, l'espoir et le doute

Ne laissent qu'un mot sur la route :

Souvenez-vous !

 

 

Oui, des leçons trop tôt venues,

Des nœuds trop souvent déliés,

Des vérités trop tard connues,

Des devoirs trop vite oubliés,

De tout ce qui passe sur terre,

De tout ce dort au-dessous,

De tout ce qu'il faut dire ou taire,

Souvenez-vous !

 

 

Car voici le mois de colère,

Le sombre, le terrible mois

Qui, sous le glaive populaire,

Voit tomber les têtes des rois !

Ici, la pieuse victime

Nous jette un pardon magnanime ;

Là-bas, deux mots trop faits pour nous :

L'un : Ne touchez pas à la hache !

L'autre, où le mystère se cache :

Souvenez-vous !

 

 

Ah ! ne touchez pas à la hache !

Malheur à qui lève le bras !

Car le sang nous lègue une tache

Qui creuse et ne s'efface pas.

Loyaux enfants d'une patrie

Moins souvent frappée et flétrie

Par des traîtres que par des fous,

De peur que cette tache noire

Ne salisse encore notre histoire,

Souvenez-vous !

 

 

Jeunes femmes, dans vos familles,

Où tant d'espoirs vous sont commis,

Faites des mères de vos filles,

Faites des Français de vos fils !

Vous qui m'écoutez, jeunes hommes,

Songez que le temps où nous sommes

Du bien fait la tâche de tous ;

Haines, regrets, vaine espérance,

Oubliez tout, – mais de la France

Souvenez-vous !

 

 

Qui sait si, dans son cours rapide,

L'année, à son prochain retour,

Ne verra pas ma place vide

Au banquet qui marque ce jour ?

Alors, si du cœur à l'oreille

Quelque chose monte, et réveille

Comme un écho lointain et doux,

Amis, de cette vieille mère,

Qui vous aima, qui vous fut chère,

Souvenez-vous !

 

 

***

 

pour citer ce poème

 

Amable Tastu (1795-1885), « Remember ! », poème extrait de FUSTER Charles (éd.), L'Année des Poètes, (1893), choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 15 novembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/tastu-remember

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Reconfinement
14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 08:30

 

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 16

 

 

 

 

 

Rêve intermittent

 

 

d'une nuit triste

 

 

 

 

 

 

 

Jeanne Loiseau

 

Poème choisi, transcrit & remanié pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Edma Trimolet (peinture de), domaine public, Commons.

 

 

Le texte reproduit ci-dessous provient de LESUEUR, Daniel (1854-1921 pseudonyme de Jeanne LOISEAU), Rêves et visions, [Titres des volets ou des Sous-titres : Souvenirs, Visions divines, Visions antiques, Sonnets philosophiques, Échos et reflets, Paroles d'amitié, Paroles  d'amour], Paris, Alphonse Lemerre, éditeur 23-31, passage Choiseul, MDCCCLXXXIX (1889), « Échos et reflets », pp. 94-99. Ce recueil appartient au domaine public.

 

 

 

Ô champs paternels hérissés de charmilles

Où glissent le soir des flots de jeunes filles !

 

Ô frais pâturage où de limpides eaux

Font bondir la chèvre et chanter les roseaux !

 

Ô terre natale ! à votre nom que j'aime,

Mon âme s'en va toute hors d'elle-même ;

 

Mon âme se prend à chanter sans effort ;

À pleurer aussi tant mon amour est fort !

 

J'ai vécu d'aimer, j'ai donc vécu de larmes ;

Et voilà pourquoi mes pleurs eurent leurs charmes.

 

Voilà, mon pays, n'en ayant pu mourir,

Pourquoi j'aime encore au risque de souffrir.

 

Voilà, mon berceau, ma colline enchantée,

Dont j'ai tant foulé la robe veloutée,

 

Pourquoi je m'envole à vos bleus horizons,

Rasant les flots d'or des pliantes moissons.

 

La vache mugit sur votre pente douce,

Tant elle a d'herbage et d'odorante mousse,

 

Et comme au repos appelant le passant,

Le suit d'un regard humide et caressant.

 

Jamais les bergers pour leurs brebis errantes

N'ont trouvé tant d'eau qu'à vos sources courantes.

 

J'y rampai débile en mes plus jeunes mois,

Et je devins rose au souffle de vos bois.

 

Les bruns laboureurs m'asseyaient dans la plaine

Où les bleds nouveaux nourrissaient mon haleine.

 

Albertine aussi, sœur des blancs papillons,

Poursuivait les fleurs dans les mêmes sillons ;

 

Car la liberté toute riante et mûre

Est là, comme aux cieux, sans glaive, sans armure,

 

Sans peur, sans audace et sans austérité,

Disant : « Aimez-moi, je suis la liberté ! »

 

Ô patrie absente ! ô fécondes campagnes,

Où vinrent s'asseoir les servantes Espagne !

 

Antiques noyers, vrais maîtres de ces lieux,

Qui versez tant d'ombre où dorment nos aïeux !

 

Échos tout vibrants de la voix de mon père

Qui chantait pour tous : «  Espère ! espère ! espère ! »

 

Ce chant apporté par des soldats pieux,

Ardents à planter tant de croix sous nos cieux,

 

Ce chant apporté par des soldats pieux,

Ardents à planter tant de croix sous nos cieux,

 

Tant de hauts clochers remplis d'airain sonore,

Dont les carillons les rappellent encore :

 

Je vous enverrai ma vive et blonde enfant,

Qui rit quand elle a ses longs cheveux au vent.

 

Parmi les enfants nés à votre mamelle,

Vous n'en ayez pas qui soit si charmant qu'elle !

 

Un vieillard a dit en regardant ses yeux :

« Il faut que sa mère ait vu ce rêve aux cieux ! »

 

En la soulevant par ses blanches aisselles

J'ai cru bien souvent que j'y sentais des ailes !

 

Ce fruit de mon âme, à cultiver si doux,

S'il faut le céder, ce ne sera qu'à vous !

 

Du lait qui vous vient d'une source divine

Gonflez le cœur pur de cette frêle ondine.

 

Le lait jaillissant d'un sol vierge et fleuri

Lui paira le mien qui fut triste et tari.

 

Pour voiler son front qu'une flamme environne

Ouvrez vos bluets en signe de couronne :

 

Des pieds si petits n'écrasent pas les fleurs,

et son innocence a toutes leurs couleurs.

 

Un soir, près de l'eau, des femmes l'ont bénie,

Et mon cœur profond soupira d'harmonie.

 

Dans ce cœur penché vers son jeune avenir

Votre nom tinta prophète souvenir,

 

Et j'ai répondu de ma voix toute pleine

Au souffle embaumé de votre errante haleine.

 

Vers vos nids chantants laissez-la donc aller ;

L'enfant sait déjà qu'ils naissent pour voler.

 

Déjà son esprit, prenant goût au silence,

Monte où sans appui l'alouette s'élance,

 

Et s'isole, et nage au fond du lac d'azur

Et puis redescend le gosier plein d'air pur.

 

Que de l'oiseau gris l'hymne haute et pieuse

Rende à tout jamais son âme harmonieuse !....

 

Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m'ont parlé,

Humectant sa voix d'un long rythme perlé ! ….

 

Avant de gagner sa couche de fougère,

Laissez-la courir, curieuse et légère,

 

Au bois où la lune épanche ses lueurs

Dans l'arbre qui tremble inondé de ses pleurs,

 

Afin qu'en dormant sous vos images vertes

Ses grâces d'enfant en soient toutes couvertes.

 

Des rideaux mouvants la chaste profondeur

Maintiendra l'air pur alentour de son cœur,

 

Vis-à-vis les fleurs qu'un rien fait tressaillir

Elle ira danser, sans jamais les cueillir,

Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles,

Et savent pleurer comme les jeunes filles.

 

Sans piquer son front vos abeilles, là-bas,

L'instruiront, rêveuse, à mesurer ses pas ;

 

Car l'insecte armé d'une sourde cymbale

Donne à la pensée une censure égale.

 

Ainsi s'en ira, calme et libre et content,

Ce filet d'eau vive au bonheur qui l'attend ;

 

Et d'un chêne creux la Madone oubliée

La regardera dans l'herbe agenouillée.

 

Quand je la berçais, doux poids de mes genoux !

Mon chant, mes baisers, tout lui parlait de vous,

 

Ô champs paternels, hérissés de charmilles

Où glissent, le soir, des flots de jeunes filles.

 

Que ma fille monte à vos flancs ronds et verts,

Et soyez béni, doux point de l'Univers !

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Jeanne Loiseau, « Rêve intermittent d'une nuit triste », poème extrait de LESUEUR, Daniel (1854-1921 pseudonyme de Jeanne LOISEAU), Rêves et visions, (1889), choisi, transcrit & remanié par Dina Sahyouni Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 14 novembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/jl-revetriste

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Reconfinement
13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 09:00

 

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 15

 

 

 

 

 

Rêve-oreiller

 

 

 

Pascal Dandois

 

 

 

Crédit photo : Lautrec," Dans le lit/in bed", 1893, ima e de Commmons, domaine public. 

 

 

 

 

Par accident/Je me suis rendormi/Sur l’oreiller où j’avais rêvé de toi/En vraie/Et, malencontreusement/En me réveillant/J’ai revécu l’enfer qui se ment/C’est-à-dire, ce cauchemar de l’éveil/Celui de se souvenir enfin/D’avoir oublié l’inoubliable/Enfin/Et trop tard/Et c’est vraiment con/De ne parvenir qu’à écrire des absurdités/Des phrases insensées/Qui pourtant disent tout/Qui disent tout/Mais ne parlent à personne/Car tu n’es pas/Et n’a surement jamais été/De ma vie/N’es-tu plus que ce fantasme traumatique/Qui fit de moi ce grand monstre/Ce fantôme humoristique ?/Et, tu n’existes pas telle que tu devrais être/Si les circonstances n’avaient pas été que des horreurs sans noms/Qui me plongèrent dans l’abyme psychiatrique/D’une pensée logorrhéique/Où se mêlèrent les stigmates physiques/De mon infirmité suicidaire/Car je suis si d’air bête/Idiot/Que, vois/Je me dandine/Sur mes béquilles/Ceci/Parce que/Je n’ai vécu que la parodie de moi-même/Qui n’a qu’à peine eut le temps d’être enfant/Et que, de cela/Je le sais/Car cela n’a de cesse/Je vais en mourir de rien/De rien, depuis toujours/De rien comme toujours/Mais, peut-être que/Je t’aurais peut-être aimée au moins jusque-là/Si j’avais pu/Si j’avais pu être apte/Bien après qu’il ne soit trop tôt pour jouer les Casanova prépubères/Ou plutôt, les Dom Juan (car l’enfer me guète encore)/Mais passons/Puisque comme il se doit je m’en fous/Car/Comme je l’ai écrit précédemment/Je vais en mourir de rien.

 

 

La version ci-dessous est proposée par LE PAN POÉTIQUE DES MUSES pour vous faciliter uniquement la lecture de la rêverie originale de Pascal Dandois présente ci-dessus :

 

 

 

 

Par accident

Je me suis rendormi

Sur l’oreiller où j’avais rêvé de toi

En vraie

Et, malencontreusement

En me réveillant

J’ai revécu l’enfer qui se ment

C’est-à-dire, ce cauchemar de l’éveil

Celui de se souvenir enfin

D’avoir oublié l’inoubliable

Enfin

Et trop tard

Et c’est vraiment con

De ne parvenir qu’à écrire des absurdités

Des phrases insensées

Qui pourtant disent tout

Qui disent tout

Mais ne parlent à personne

Car tu n’es pas

Et n’a surement jamais été

De ma vie

N’es-tu plus que ce fantasme traumatique

Qui fit de moi ce grand monstre

Ce fantôme humoristique ?

Et, tu n’existes pas telle que tu devrais être

Si les circonstances n’avaient pas été que des horreurs sans noms

Qui me plongèrent dans l’abyme psychiatrique

D’une pensée logorrhéique

Où se mêlèrent les stigmates physiques

De mon infirmité suicidaire

Car je suis si d’air bête

Idiot

Que, vois

Je me dandine

Sur mes béquilles

Ceci

Parce que

Je n’ai vécu que la parodie de moi-même

Qui n’a qu’à peine eut le temps d’être enfant

Et que, de cela

Je le sais

Car cela n’a de cesse

Je vais en mourir de rien

De rien, depuis toujours

De rien comme toujours

Mais, peut-être que

Je t’aurais peut-être aimée au moins jusque-là

Si j’avais pu

Si j’avais pu être apte

Bien après qu’il ne soit trop tôt pour jouer les Casanova prépubères

Ou plutôt, les Dom Juan (car l’enfer me guète encore)

Mais passons

Puisque comme il se doit je m’en fous

Car

Comme je l’ai écrit précédemment

Je vais en mourir de rien.

​​​​​

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Pascal Dandois, « Rêve-oreiller », poème inédit Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 13 novembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/d-reve-oreiller 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Reconfinement
12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 09:00

 

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 14

 

 

 

 

 

Rêve éveillé

 

 

 

Michel Orban

 

 

 

 

Crédit photo : "Rêverie" par Charles-Joshua Chaplin, Commmons, domaine public. 


 

 

La nuit,

Ton prénom sommeille en moi.

Mon cœur en éveil

Attend le songe de notre rencontre.

Dans l’obscurité,

Mes désirs voient le jour.

 

 

©MO

 

***​​​​

 

Pour citer ce poème

 

Michel Orban, « Rêve éveillé », poème inédit Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 12 novembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/mo-reve-eveille

 

 

 

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