1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 12:20

 

Dossier 2 | Florilège de textes poétiques 

 

 

Je veux marcher

 

 

 

Claude Luezior

 

Site officiel : www.claudeluezior.weebly.com/

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

 

 

Ce texte est un extrait d'Impatiences de Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1995.

 

© Crédit photo : image de la 1ère de couverture d'Impatiences

fournie par l'auteur

 

 

 

Elle scande ces mots comme on agite un gri-gri, comme on secoue la statuette du désespoir. « Je veux marcher pour mes filles », dit-elle, en espérant m'amadouer un peu plus, comme si cet argument allait changer la maladie.

 

Tu as la force de la révolte. Tu ne viens pas demander quelque chose, mais conquérir un droit bien légitime. Illusoire droit à la santé. Tu as le regard limpide de ta fille qui ne rêve que de vivre à travers toi.

Le « je veux marcher », ce n'est pas le « marche » condescendant de la Bible, c'est le fœtus qui puise dans le corps de sa mère, sans lui en demander la permission ; avidité et sincérité de la vie qui n'a d'ambition que de vivre.

 

Ferveur dans cette jeune femme qui saigne de sincérité. Beauté du désespoir et du verbe affirmer.

 

Sclérose en plaques : le diagnostic sonne comme un coup de fouet : plaques de glace, plaques d'argile ; sclérose en cicatrices sur cette chair meurtrie.

« Je veux savoir ce que j'ai, de quelles erreurs ou de quelles fautes viennent ces cicatrices ».

 

La révolte est là, justement parce qu'il n'y a pas de faute. La jeune femme n'a pas peur de la mort ; elle a peur de mal vivre face à ses filles, elle a peur de mourir. Elle brûle de vie.

La maladie continue à dévorer lentement sa substance de femme.

« Sclérose, mais je ne demande qu'à vivre ». C'est le drame de la bouche qui harcèle le désespoir. L'intelligence de la masse corticale lutte contre la sclérose de la moelle. La flamme n'arrive pas à s'allumer dans la chair mouillée de ces jambes inertes.

J'aimerais te donner l'apaisement du songe et de l'espoir, l'énergie tentaculaire de l'amour et la folle sagesse. De ton corps naîtra un jour l'oiseau bleu et la fraternité mettra le feu aux plaques. Peut-être bientôt, un médicament rallumera-t-il l'étoile profonde ?

 

***

 

 

Pour citer cet extrait

 

Claude Luezior, « Je veux marcher », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Supplément au n°6 sur « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/cl.marcher.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 12:05

 

 

N°6 | Critique & réception

 

 

Éric Sauray

 

 

Claire, Catherine et Défilé, les trois femmes

 

 

les plus puissantes d’Haïti

 

 

Kefemas Éditions, 2017, 76 p., 4,99€

 

 

Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

 

Après La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire, nous voilà plongés dans une autre tragédie de lHistoire dHaïti où entrent en ligne de compte trois héroïnes. « La femme est l’avenir de lhomme » dit Aragon, cest ce quÉric Sauray nous a prouvé en ressuscitant sous sa plume trois figures féminines haïtiennes de légende dans une tragédie aux couleurs locales.

Qui sont ces femmes ? Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur dite Claire Heureuse, l’infirmière avant la lettre qui soigna les blessés de tous bords, fut l’épouse au grand cœur de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, le père de la nation haïtienne, trahi et assassiné par ses pairs le 17 octobre 1806, soit deux ans après lIndépendance. Catherine Flon cousit le drapeau de la République et Défilé, surnommée la folle, de son vrai nom Marie-Sainte Dédée Bazile, ramassa les restes du malheureux Empereur qui périt dans une embuscade.

 

Au lever de rideau, cest un corps mutilé que Défilé, bouleversée, transporte avec le plus grand soin du monde. Animée du souci de rendre au célèbre défunt sa dignité, elle se rend auprès de Catherine Flon lui demandant dopérer le miracle de la reconstitution du corps de feu lEmpereur avec ses doigts de fée, ceux-là même avec lesquels elle semploya à confectionner le drapeau bicolore bleu et rouge.

 

 

Et la pauvre Catherine, perdant tous ses moyens, de sécrier : « Mon Dieu, je suis consternée, je perds mes forces parce que je ne comprends pas une telle fureur. ». Chez Défilé tout autant que chez Catherine lindignation est à son comble. La révolte et la colère conjuguées se font jour. Pour Défilé on ne se rend pas justice en ôtant la vie à quelquun sous aucun prétexte : « on ne tue pas le chef parce qu’il a mal agi. On peut le juger ! Mais, on ne le tue pas. On ne le tue pas parce qu’en le tuant on se condamne à passer de chefs tués en chefs tués sans jamais connaître la paix et le bonheur qu’on mérite ici-bas. »

Demblée, on comprend bien le message que lhomme de loi qu’est Éric Sauray a voulu faire passer car l’héritage du passé perdure encore en Haïti. Sans ambages, il nous fait comprendre quen aucun cas on na le droit de se faire justice en ôtant la vie à quelquun. Implicitement il prône la tolérance et le primat de lÉtat de droit.

Voilà Défilé et Catherine réunies chez Claire Heureuse, atterrée à la vue du corps reconstitué de son mari. Difficile pour elle de croire que les propres fils de la nation puissent opérer un tel forfait sur son empereur de mari qui sauva leur honneur en les dotant dune patrie au péril même de sa vie, aussi sécrie-t-elle :

 

 j’enrage de me rendre compte que j’ai donné un homme d’État à ce pays, mais que ce pays m’a rendu un cadavre déchiqueté. Mon Dieu, sommes-nous condamnés à donner à ce pays ce qu’il ne peut pas nous donner en retour ? Sommes-nous condamnés à donner à ce pays, des hommes, des chefs, des pères, des talents pour qu’il en fasse des cadavres ?
 

Après le travail dorfèvre effectué sur le corps de lEmpereur par Catherine comme « un devoir », Défilé nen aura pas le cœur net si une seconde vie ne lui sera pas insufflée.

Et Catherine de convaincre lépouse éplorée de conjurer le mauvais sort, cest-à-dire de donner à son époux martyr « le souffle et l’amour qu’il faut pour l’aider à faire la traversée ». Cela dénote bien un positionnement de l’auteur par rapport à l’Afrique comme le ferait bien Aimé Césaire.

 

 

Éric Sauray ne veut pas laisser moisir dans l’oubli ces femmes vaillantes, ces trois sœurs de combat réunies dans le malheur avec l’espoir de donner une seconde vie à un homme qui ne doit pas rester à terre, ces femmes authentiques qui ont su faire de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines un homme debout même après sa mort. Trois figures de proue qui ont aussi écrit lHistoire dHaïti sans avoir été reconnues en conséquence.

La femme est celle qui donne la vie et qui redonne aussi la vie même après la mort, un message retentissant qu’Éric Sauray a voulu nous faire passer à travers cette tragique réalité sur laquelle s’ouvrirent les pages de lHistoire véridique dune République naissante après être passée par lépreuve de l’esclavage et de la colonisation française. Cest sur ce chant lugubre du coryphée que tombe le rideau :

 

 

La vérité cachée

Pourra se révéler

Quand le héros couché

Fera la traversée

Tous les grenadiers

Seront dans la vallée

Pour veiller

Sur le corps du grand sacrifié !

 

 

 

 

 

NDLR : Éric Sauray est écrivain, poète, Docteur en Droit et avocat au Barreau du Val d’Oise.

 

***

Pour citer ce texte

 


Maggy de Coster, « Éric Sauray, Claire, Catherine et Défilé, les trois femmes les plus puissantes d’Haïti, Kefemas Éditions, 2017, 76 p., 4,99€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Supplément au n°6 sur « Penser la maladie et la vieillesse en poésie »sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/eric-sauray-femmes.html

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 10:42

 

Agenda | Newsletters

 

 

Lettre d'information/Newsletter

 

 

Le Pan Poétique des Muses

 

(sigle LPpdm)

 

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

 

Nous avons l'honneur de vous annoncer les nouvelles suivantes :

 

le Premier Prix international de poésie a été attribué ex aequo aux recueils La Malcontente par Camille Aubaude, Éditions La Maison des Pages & Femmes du monde entier contre les violences, récits-poèmes par Annpôl Kassis, Éditions Le Dormeur du Val ;

le Deuxième Prix international de poésie a été attribué au recueil L'heure limicole par Nathanaël, Éditions Fidel Anthelme X.

Une journée d'études en ligne et/ou en version imprimée sera consacrée aux recueils cités ci-dessus en partenariat avec Le Pan poétique des muses

  • Le Conseil d'Administration de la Société Internationale d’Études des Femmes & d’Études de Genre en Poésie (sigle SIÉFÉGP) a attribué son Prix international de Poésie 2017 à Françoise Urban-Menninger pour l'ensemble de son œuvre (poésie, nouvelles, etc.)

Une journée d'études en ligne et/ou en version imprimée sera consacrée aux œuvres de Françoise Urban-Menninger en partenariat avec Le Pan poétique des muses

Nous publierons en août 2017 une page sur chaque autrice/auteure.

Nous voudrions également vous faire part des événements poétiques et artistiques ci-dessous :

Lettre d'information/Newsletter du 30 mai au 30 juin
Lettre d'information/Newsletter du 30 mai au 30 juin
© Image de la version imprimée du numéro six

© Image de la version imprimée du numéro six

Cliquez sur les visuels pour les agrandir, les imprimer ou les télécharger.

 

Exposition « Résonances… peinture-poésie »

Avec Adonis, Haider et Mustapha Saha

Du 16 Juin au 17 Juillet 2017

Galerie Menouar

16, rue du Parc Royal, 75003 Paris

 

***

 

Rappel de nos dernières parutions en ligne

 

Lettre n°10 | N°6 | Printemps 2017

 

 

Soutenir financièrement la SIÉFÉGP

 

L'association Société internationale d'études des femmes et d'études de genre en poésie (SIÉFÉGP) fonctionne grâce aux dons et à la vente de ses ouvrages. Elle a donc besoin de votre soutien financier et vous propose une réduction à saisir ici.

 

 

Cette page s'enrichira d'informations jusqu'au 30 juin 2017

 

***

Pour citer ce texte

 

Le Pan poétique des muses (LPpdm), « Lettre d'information/Newsletter du 30 mai au 30 juin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesAgenda | Newsletters [En Ligne], mis en ligne le 30 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/newsletter-mai.html

 

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Dernière mise à jour : 14 juin 2017

Dernière mise à jour : 30 juin 2017

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Le Pan poétique des muses - dans Newsletter Agenda
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 17:21

 

N°6 | Critique & réception

 

 

La puissance d'être soi ou

 

 

Femmes hors normes de Barbara Polla,

 

 

éditions Odile Jacob, 2017

 

 

Dina Sahyouni

 

 

© Crédit photo : image de la 1ère de couverture de l'essai aux éditions Odile Jacob

 

 

 

 

« Retenons cette magnifique phrase de Barbara Polla à placer en exergue de toutes nos exigences morales et intellectuelles : "Il s’agit d’entrer en nous pour y trouver le monde". » (Françoise Urban-Menninger, Femmes Femmes hors normes de Barbara Polla. Essai paru aux éditions Odile Jacob, Exigence : Littérature, texte mis en ligne le 3 avril 2017)

 

 

Paru le 8 mars 2017 (la Journée internationale des droits de la femme) aux éditions Odile Jacob en hommage aux femmes en général et particulièrement aux autonormées, Femmes hors normes est un essai plurivoque à portée philosophique où l'humanisme est un féminisme (ibid., chapitre 3, p. 48) et le féminisme est une résistance aux normes qui comprend entre autres la norme d'être femme féministe (comme nous le démontre l'essayiste). Cet ouvrage s'inscrit ainsi dans la tradition philosophique de la pensée d'Étienne de La Boétie exposée dans son Discours de la servitude volontaire qui apprend à l'humain de se réapproprier sa liberté en cessant de se soumettre volontairement à autrui. Ici, l'essayiste nous recommande d'oser dire « Non » à l'instar d'une Antigone et d'arrêter d'obéir non pas aux lois justes mais aux normes, préjugés, us et coutumes. Barbara Polla s'inspire dans ce livre des philosophes comme Socrate, Spinoza, Hannah Arendt (et bien d'autres) pour nous expliquer que même si l'on est assujetti à plusieurs sortes de déterminismes, on peut toutefois agir pour s'en libérer. Au lieu de subir la vieillesse qui est un déterminisme puissant dans la vie d'une femme, Barbara Polla transforme cette période cruciale de la vie en une redécouverte de soi tout en assumant pleinement et en célébrant dans le chapitre « L'âge d'or » les vertus de vieillir comme son modèle Colette.

 

L'ouvrage est pensé, organisé et rédigé en essai de philosophie pratique qui se base sur les idées de plusieurs philosophes tels Socrate, Spinoza, Hannah Arendt, Luce Irigaray, Amin Maalouf, Michel Foucault, Deleuze, Cynthia Fleury... mais aussi des vies de femmes et d'artistes connues, méconnues et inconnues. L'essai prêche une éthique simple à suivre pour accéder à ce que l'on considère comme une expression du concept de l'Agency et que j'appelle « la puissance d'être soi et d'y persister » pour parvenir au vrai amour ou « la joie d'exister » dont parle Barbara Polla dans l'« Uncanny energy ». Cela consiste en l'adoption du mode de l'« autonormie », autrement dit, en se délestant de toutes les normes imposées à soi par la majorité (ou par un autrui) pour épouser celles qui s'offrent à soi au gré des jours (ou qui correspondent au dévoilement de soi et qui contribuent à son épanouissement).

 

Cet essai, publié sans introduction ni conclusion, retrace en seize chapitres avec l'« Interlude. Alexandra David-Néel » dûment enrichis de citations et de références poétiques, les voies d'émancipation singulières que prennent les personnes autonormées (ici, ce sont des vies de femmes qui y sont relatées) pour exprimer l'étendu époustouflant des contrées de la liberté qui s'offrent aux femmes pour être elles-mêmes et d'exercer leur potentialité créative afin d'accéder à la bonne vie.

Dans cet objectif, réussir sa vie devient un acte de liberté ultime car en subissant les normes dictées par les autres sans les interroger ni les choisir que par défaut voire par peur d'être rejeté, on erre dans un vaste océan de leurres ou dans la caverne de Platon au lieu de risquer de s'aventurer à l'extérieur. Se connaître – voire appréhender sa vérité multiple – exige une quête quotidienne et inclassable de la liberté. Or, cette liberté culmine dans le courage d'être dans un processus réitéré de déconstruction des normes collectives imposées et de construction des normes individuelles consciemment choisies pour faire éclore l'« individuation » dans nos sociétés rendues impuissantes et paralysées par une normativité anesthésiante soutirant surtout aux femmes le droit d'être libre, d'être elles-mêmes. Ainsi, réussir sa vie se mesure par la capacité d'être soi-même au lieu de se laisser bercer d'illusions sur une normalité imaginaire.

 

Pour y parvenir, l'essayiste expose dans son ouvrage plusieurs concepts parmi lesquels figurent l'autonormie et l'Uncanny energy pour transcrire dans le réel la puissance d'agir spinoziste en un acte de liberté, c'est-à-dire une puissance d'être soi par l'intermédiaire de l'énergie de la joie d'exister que procurent la connaissance de soi et chacune de son expression (ou de sa concrétisation réelle).

Ainsi, Barbara Polla commence par suivre l'enseignement de Jacques Derrida (sans le citer) pour déconstruire les normes et installer au fil des chapitres sa conception de l'autonormie en donnant des exemples réels de vies de femmes hors normes. Elle fait appel à certains épisodes de sa vie pour démontrer l'écart entre une vie normée et une vie autonormée. La pensée des féministes anarchiques lui permet entre autres, de définir le concept autornormie comme le fait de découvrir peu à peu ce qui nous détermine, le déconstruire puis reconstruire des normes sur mesure qui conviennent à notre manière d'être au monde ou qui y contribuent. Ce travail incessant et continuel fait advenir le soi sans nier les lois nécessaires au bon fonctionnement de la cité ni se contenter de suivre mimétiquement les autres par souci de leur plaire. En outre, être hors normes d'après l'essayiste ne revoie pas foncièrement au désordre mais à une quête initiatique de reconfiguration des normes en version personnalisée, réappropriée, réinventée voire imaginée...

 

En outre, l'essai est construit en récits successifs de vies de femmes analysées, scindées en pensées philosophiques, artistiques, littéraires, féministes.  Et ces récits sont rapportés en témoignage de manières d'être soi-même lorsqu'on bascule dans le mode « hors normes » en rejetant surtout les normes patriarcales de la domination masculine (cf. Pierre Bourdieu) pour adopter le mode de l'autonormie. Elle tente ainsi d'explorer les normes de la standardisation et de la hiérarchisation des individus qui leur dictent dès l'enfance un devenir genré et une identité hypertrophiée parmi lesquelles elle cite puis démantèle les commandements et autres injonctions aux femmes couvrant toutes les étapes de leur vie (la beauté, la jeunesse, la maternité, le tabou du plaisir sexuel féminin, la prostitution, l'hétérosexualité, l'excision, les métiers propres aux femmes, l'horreur de la vieillesse, la mode, la créativité sans le génie, le couple, la peur, les stéréotypes féminins rejetés ou endossés (superwomen, sorcières), etc.) pour donner aux femmes comme aux hommes un seul conseil utile à suivre dans leur quotidien : c'est d'oser être soi-même malgré tout. Pour parfaire son propre devenir d'individué, la désobéissance civile s'avère nécessaire et souvent la clé du mode des femmes hors normes afin de soustraire le soi de la dictature des normes.

 

 

Énumération de certaines caractéristiques de l'Autonormie

 

 

D'après Barbara Polla, l'autonormie est le mode de résistance à la standardisation des individus par les normes dictées en choisissant d'établir leurs propres normes.

 

  • la caractéristique linguistique : ce nouveau concept des sciences humaines et sociales est linguistiquement fabriqué du préfixe Auto-, du substantif « norme » mêlé au suffixe -ie, Le substantif « autonromie » est donc conçu comme un hors normes du langage (mais non de ses lois) pour faire advenir une idée en créant son signe. Ainsi, par analogie, on découvre au fil des pages l'adjectif « autonormé » néologisme du préfixe Auto- et de l'adjectif « normé ». Barbara Polla ne crée cependant ni le substantif "autonormalisation" (le processus par lequel passe l'individu pour construire ses propres normes et accède à l'individuation), ni le verbe pronominal "s'autonormer" (se doter de ses propres normes ou s'individuer en dehors des normes communes)

  • l'autonormie est par exemple :

  1. un concept très différent de l'autonomie (ibid., chapitre 1, p.15)

  2. un savoir théorique et un savoir-faire féministe libertaires, laïcs et humanistes. L'autonormie relève ainsi du matrimoine philosophique que l'on transmet à autrui en héritage intellectuel (c'est le cas d'ailleurs dans la famille de l'essayiste entre sa mère, elle et sa fille) toutefois ses expressions dans la vie de l'humain demeurent individuelles

  3. une éthique que l'on impose à soi non aux autres

  4. plutôt une pratique de soi qu'une norme

  5. une forme de désobéissance civile, religieuse, artistique, etc.

  6. un art de vivre dans la joie

  7. une sorte de surmoi choisi puis renforcé et non détesté

  8. une expression de la liberté d'exister qui conduit à l'individuation

  9. un changement de paradigme où l'humain passe du statut de subalterne victime au statut d'agissant en se réappropriant lui-même : « Attendre d'être libres pour ne plus être victimes ? Plutôt, arrêter d'être victimes pour être libres » (ibid., chapitre 5, p. 63)

  10. une manière d'être révolté, engagé publiquement et acteur de sa vie

  11. un basculement d'une hiérarchie verticale vers une hiérarchie horizontale

  12. un processus complexe voué non pas à devenir une habitude mais à être une invitation au renouvellement, à se régénérer comme les artistes et poètes du Mouvement dada

  • L'autonormie se caractérise également par son état de mode de pratique de soi (cf. Michel Foucault) invisible et discret (Femmes hors normes, op. cit, pp. 28-30) comme la poésie mineure (voir mon article « Qu'est-ce qu'une poésie mineure ») qui n'entre pas vraiment en contradiction avec la poésie dominante (dite aussi majeure) mais circule souvent dans des sphères fugitives et, où la visibilité des femmes est une manière de concevoir le monde et de l'offrir à autrui au lieu de s'en emparer et de le transformer en pensée dominante. C'est aussi apprendre à être minoritaire.

 

 

La puissance d'être soi est une joie d'exister

 

 

Chez Parbara Polla, la puissance d'être soi est en effet une joie d'exister qui se révèle dans l'« amour » du prochain lointain, différent de soi. Cet amour est retrouvé dans la solitude pour cheminer vers l'autre, dans la capacité d'apprendre à souffrir et à mourir "seul/seule". C'est aussi le parcours extraordinaire d'Alda Merini, de Virgina Woolf, d'Olympe de Gouges, de Sappho, de Jocelyne Saab, des vierges albanaises et de plusieurs femmes de la famille de Barbara Polla (sa mère, Ada l'aînée de ses filles, elle-même).

Chez l'essayiste, l'amour n'est pas la possession de l'autre mais la joie de son existence et cette joie appelle la vie même après la mort. Barbara Polla s'insurge également contre les préjugés et les discours traditionnels voire folkloriques sur les femmes, la beauté, la vieillesse, le handicap, l'immigration, la mort, mais elle fait l'éloge du corps féminin dans tous ses âges et tous ses plaisirs. Cet essai optimiste célèbre la puissance d'agir des femmes à travers les siècles qui se traduit dans leur puissance d'être elles-mêmes envers et contre tout.

Même si l'on peut rétorquer aisément certains arguments développés par l'essayiste sur entre autres l'« autonormie », et que l'on repère quelques égarements et répétitions dans les citations, je vous invite à vous procurer cet essai passionnant et à le lire pour vous nourrir d'expériences positives afin de prendre acte de votre puissance d'agir sur votre vie à l'instar de la conteuse Shéhérézade (personnage proposé par Barbara Polla) et de ne plus être happé/happée par la peur d'être singulièrement unique et irremplaçable.

 

Extrait du chapitre « Et l'amour »

(pp. 180-181) reproduit ici en citation :

 

Aimer « à toi », comme penser « à toi ». Alors que le « je t'aime » platonicien signifie en vérité : « Tu me manques, je te veux », un « je t'aime » qui demande tout, puisqu'il demande le sujet aimé même, le « je t'aime » aristotélicien ou spinoziste, irigaryien […] affirme au contraire : « tu es la cause de ma joie et je me réjouis à l'idée que tu existes », sans nécessité ni même désir de possession. Selon saint Augustin : « Amo : volo ut sis » – « J'aime : je veux que tu sois ». Aimer l'existence de l'autre dans toute son autonormie. J'aime à toi, volo ut sis : j'aime ce qui nous rassemble, mais aussi ce qui nous éloigne et l'écart qui nous permet, dans l'espacement nécessaire à la rencontre, de devenir qui nous sommes et, potentiellement de nous rapprocher d'autrui sans empiéter sur son territoire. À toi – sans appropriation, sans possession ni perte d'identité. C'est ainsi que l'on aime l'absent, y compris pour toujours.

 

***

 

 

Pour commander cet essai aux éditions Odile Jacob

 

 

 

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « La puissance d'être soi ou Femmes hors normes de Barbara Polla, éditions Odile Jacob, 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/femmes-hors-normes.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 14:35

 

N°6 | Critique & réception

 

 

 

 

Jeanne Guizard,

 

 

 

Des étoiles

 

 

 

TheBookEdition, 2014, coll. Pictures, 113 p.

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

Quoi de plus beau que l’hommage d’une fille à sa mère vieillissante, jadis dévouée à sa progéniture, quoique vivant dans l’ombre d’un mari méprisant à qui elle a su tout pardonner à l’hiver de leurs vies respectives !

Sous la plume de Jeanne Guizard les mots se sont faits chair pour dire la souffrance de sa vénérée mère qu’elle évoque avec beaucoup d’empathie et d’amour filial. Une mère qui a su retisser la toile de sa vie avant qu’il ne soit temps de partir pour le chemin des étoiles : « Vieillir est la bénédiction que tu attendais, la grâce que tu espérais, malgré les peines […] ».

Elle nous décrit résolument les prémices de la vie de ses parents où tout semblait se jouer d’avance. On dit que l’histoire est un perpétuel recommencement, ainsi la narratrice nous entraîne dans une saga familiale où des actes se répètent à travers les générations tant du côté paternel que du côté maternel. Donc il s’agit d’une histoire transgénérationnelle bilatérale.

Sa mère a toujours eu mal à sa vie, mal à sa destinée de femme. Mal perçue par son père qui la voulait de sexe masculin pour assurer la perpétuation de sa lignée d’aristocrates aux mœurs passéistes qu’elle évoque : « Une jeune fille peut sourire à moitié, une femme mariée  peut sourire complètement mais qu’aucune des deux ne doit jamais rire en société. »

Elle est très bien placée pour comprendre la souffrance de sa mère pour avoir tout autant qu’elle, connu la relégation et l’outrance du mépris de la part de cet homme qu’est son père. Le destin des femmes est-il à jamais scellé ? Aussi se demande-t-elle, perplexe : « Pourquoi a-t-on toujours fait un tel sort aux femmes ? Par peur ? Si oui, pourquoi a-t-on toujours eu tellement peur des femmes ? »

Elle évoque aussi le cas du fils (son frère) qui, n’ayant pas trouvé un référent en la personne du père, a décidé de ne pas avoir de progéniture. Histoire de dire que le processus de transmission n’avait pas été engagé .

Jeanne Guizard nous démontre que sa mère est celle qui a su rester égale à elle-même tout au long de sa vie de femme auréolée de tristesse mais seulement comblée en tant que mère. Aussi s’avère-t-il important de rattraper le temps perdu avant qu’il ne soit trop tard, en acceptant la main tendue par son mari nourrissant la crainte de la solitude du moment fatidique qu’est l’ultime jour. C’est sur cette note de sagesse que se termine ce livre qui est une ode à la sérénité retrouvée, au bonheur revisité. Il y a sans doute une leçon à tirer de ces tranches de vie, c’est qu’ « il n’est jamais trop tard pour bien faire » et « mieux vaut tard que jamais ».

 

***

 

Pour citer ce texte

 


Maggy de Coster, « Jeanne Guizard, Des étoiles, TheBookEdition, 2014, coll. Pictures, 113 p.», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/guizard.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 13:05

 

N°6 | Bémol artistique |

 

Invitation à se passionner pour la 

 


 

Rencontre avec

 

 

Valérie Schott à Widensolen

 

 

 

dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

 

Photographies de

 

Claude Menninger

 

Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère

© Crédit photo : Claude Menninger, "Image n°1 de l'exposition de

Valérie Schott", mai 2017.

 

 

 

 

Ce ne sont pas moins de dix années de travaux que Valérie Schott présente à l'occasion des ateliers ouverts de ce mois de mai. Adepte de lieux singuliers, l'artiste après avoir exposé ses œuvres dans la gare de Sentheim, le presbytère de Widensolen ou la synagogue de Bergheim, revient à Widensolen où elle investit le café-épicerie qui appartenait à son arrière-grand-mère.

Après une formation aux Arts Décoratifs de Strasbourg, Valérie Schott s'est plus particulièrement tournée vers la céramique et s'est perfectionnée dans ce domaine à l'Institut Européen des Arts Céramiques de Guebwiller ainsi qu'en suivant les cours du céramiste Michel Hoch.

 

Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère

© Crédit photo : Claude Menninger, "Image n°2 de l'exposition de

Valérie Schott", mai 2017.

 

 

 

 

Inspirée par le corps humain, l'artiste lui donne chair par le biais de divers matériaux et use de différentes techniques allant du dessin à la céramique, en passant par la peinture. La robe qui a longtemps emprisonné le corps des femmes à l'instar d'une carapace, on songe aux robes à crinoline ou à panier, s'invite de manière récurrente dans les créations de Valérie Schott. Le corps s'y révèle dans ses formes amples, généreuse et sensuelles.

La robe enveloppe un corps invisible mais tangible, l'enrobe pour mieux le dévoiler, ou le « dérober », si je puis m'exprimer ainsi… Une musique silencieuse fait danser ces robes hantées, voire habitées par les fantômes de notre mémoire collective.

Ces robes, qui font toutes références à l'anatomie d'un cœur humain, battent à l'unisson dans un chœur d'argile qui égrène les petites notes d'une poésie intemporelle.
 

Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère

© Crédit photo : Claude Menninger, "Image n°3 de l'exposition de

Valérie Schott", mai 2017.

 

 

L'immense tableau en bois, réalisé en pyrogravure, évoquant Adam et Eve sous forme d'écorchés, la chair à vif, renvoie à notre vulnérabilité et à notre humaine condition de mortels. Les iris et les ancolies, fleurs que l'artiste affectionne plus particulièrement, plantées au pied du couple biblique, signent notre appartenance au monde végétal.

Car du minéral à l'humain, Valérie Schott n'a de cesse de tracer un lumineux chemin qui interroge dans le même questionnement notre origine et notre finitude.

 

***

 

Pour citer ce bémol artistique

 

Françoise Urban-Menninger, « Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère », photographies de Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/valerie-schott.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 11:28

 

N°6 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

 

 

 

 

Hommage aux agents de police

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

 

© Crédit photo : image du "Compte Twitter de la Police nationale" prise par LPpdm

 

 

 

 

 

Ces êtres voués à l'invisibilité

que l'on oublie depuis l'éternité

nous protègent en toute humilité

mon hommage à leur amabilité

ne rend compte que de la réalité

 

 

Si les mots ternis par le temps

se parent désormais de sens virevoltants,

sautillent de joie aux quatre coins de la page

et s'inclinent respectueusement tel le page

c'est pour rajouter à ce pâle témoignage

un aimable Grand merci !


 

 

Poème de circonstance, inédit du 18 mai 2017

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 


Dina Sahyouni, « Hommage aux agents de police », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, Lettre n°11,  mis en ligne le 23 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/hommage-police.html

 

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Page mise à jour le 5 juillet 2017 à la demande de D. Sahyouni

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 10:35

 

N°6 | Entretien artistique

 


 

Interview avec l'artiste peintre

 

 

Martine Séchoy-Wolff

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Illustration de

 

Martine Sechoy-Wolff

Interview avec l'artiste peintre Martine Séchoy-Wolff

© Crédit photo : Martine Séchoy-Wolff, La Fête des Morts au Mexique, 2015.

 


 

 

Françoise Urban-Menninger – Pourriez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

 


 

Martine Séchoy-Wolff – Je suis née à Paris, je vis et travaille à Wolfisheim. J'ai été formé durant six années aux Arts Décoratifs de Strasbourg auprès de Camille Claus, Camille Hirtz et Roger Cochard à la suite de quoi ...........je me suis lancée avec bonheur dans mon métier d'artiste peintre tout en animant en parallèle des cours et des stages d'arts plastiques auprès d'enfants et d'adultes.

Peindre, c'est aller au plus profond de ma conscience, jouer avec un monde riche de formes, de tons, de tourbillons de couleurs lumineuses, paysage intérieur qui révèle mon moyen d'expression favori : la joie de peindre fait partie de ma vie, c'est pour moi une jubilation de la couleur avec une recherche entre l'équilibre des formes et la sensualité des matières.

 

 


Françoise Urban-Menninger D'où vous vient l'envie de créer ?

 


 

Martine Séchoy-Wolff – Depuis l'enfance, j'ai été attirée par le dessin, la peinture et le côté ludique de manier la couleur sous formes différentes. Je pouvais passer des heures dans ma chambre un pinceau à la main et cette envie ne m'a jamais quittée... C'était inscrit en moi !

 


 

Françoise Urban-Menninger – Comment travaillez-vous, par quelles techniques ?


 

 

Martine Séchoy-Wolff – Au cours de mes vacances, j'emporte toujours de grands cahiers de feuilles blanches dans lesquels je note et peins souvent à l'aquarelle ce qui me touche et m'interpelle : impressions colorées, formes changeantes, richesse chromatique de l'eau, des nuages, silhouettes sur les plages.....et ces études me serviront au courant de l'année à de nouvelles créations picturales dans mon atelier, sur papier, toile ou support de bois avec des aquarelles, des pastels, de la peinture à l'huile ou acrylique.

 

 

Françoise Urban-Menninger – Qui sont les peintres qui vous inspirent ?

 

 

Martine Séchoy-Wolff – Ils sont nombreux et plutôt à portée poétique : le mystère d'Odilon Redon, les couleurs du bonheur de vivre qui se dégagent de l'œuvre de Bonnard, Gustave Klimt avec ses femmes de la haute société viennoise richement parées, le trio impressionniste Marie Bracquemond, Berthe Morisot et la tendresse des toiles de Marie Cassatt, sans oublier la musicalité des œuvres de Zao Wouki ni celles de Paul Klee...


 

 

Françoise Urban-Menninger – Quels sont vos projets récents ?


 

 

Martine Séchoy-Wolff – En 2015, je suis allée voir mon fils à Los Angeles et j'ai exposé quelques tableaux dans une galerie à Long Beach. L'année dernière, je suis allée en vacances, à Puerto Vallarta au Mexique, sur la côte Pacifique, dans la région de Jalisco. Cette ville, avec la ville de Mexico est une des destination la plus importante du pays pour les amateurs et les collectionneurs d'art...

Je vais y retourner en octobre prochain et y présenter quelques tableaux lors de mon séjour. Là-bas, j'ai pu assister à La Fête des Morts qui dure deux à trois jours au cours de laquelle les adultes et les enfants se griment en mort, portent des maquillages et des costumes extravagants, c'est une fête colorée et ludique, mystérieuse et ensorcelante. Dans les rues sont érigées des sortes d'autels colorés, agrémentés de bougies, de fleurs et de fruits en mémoire d'êtres chers qui ne sont plus de ce monde...

Cette fête se situe à la fin du mois d'octobre ; la grande Frida Kahlo est une icône dans cette ville et l'Art est partout : sur d'immenses fresques en mosaïques dans les rues, sur les devantures des restaurants dont les salles sont toujours décorées de splendides tableaux, sur la plage avec les immenses sculptures qui bordent l'Océan, les tissages merveilleux... Toute cette créativité m'a enthousiasmée et enrichie d'idées nouvelles pour mes tableaux.

 

***

 

Pour citer cet entretien

 

Françoise Urban-Menninger, « Interview avec l'artiste peintre Martine Séchoy-Wolff », illustration de Martine Séchoy-Wolff, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/martine-sechoy-wolff.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 15:42

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Marguerite d’automne

 

 

 

Poème et illustration de l'artiste

 

Anick Roschi

 

Cet extrait est reproduit avec

l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions Stellamaris

 

Marguerite d’automne

© Crédit photo : Henri Roschi, Vieille & oiseau

 

 

 

Sur son marbre

chrysanthème

est

désaxé

 

un peu à gauche

un peu à droite

 

chrysanthème

est las

 

de fleurir

toujours

sa mort

 

sur cette stèle

là.*

 

 

 

* Ce poème est extrait du recueil Je vous fleure, Éditions Stellamaris.

 

 

Réception  du recueil Je vous fleure dans les médias :

 

***

Pour citer cet extrait

 

Anick Roschi (poème et illustration), « Marguerite d’automne », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/marguerite.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 13:42

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Lettre à Assureur

 

 

 

Claude Luezior

 

Site officiel : www.claudeluezior.weebly.com/

 

Cet extrait est reproduit avec

l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions tituli

 

 

Illustration de l'artiste

 

Henri de Lescoët

Lettre à Assureur

© Crédit photo : Henri de Lescoët, Lesco+½t-4C

 

Ce dessin a été spécialement réalisé par l’artiste pour Françoise Urban-Menninger, il est reproduit avec l'aimable autorisation des ayants droit et de Françoise Urban-Menninger à qui nous adressons nos sincères et chaleureux remerciements. 

 

 

 

Ce texte est un extrait d'Une dernière brassée de lettres, Éditions tituli, Paris, 4e trim., 2016

 

 

Tu me parles clients, je te dis patients qui souffrent.

Tu écris délais, je crie urgence.

Tu clames tes chiffres, j’entends des râles de l’agonie.

Tu fais part de tes décomptes, du haut de tes bâtiments de verre et d’acier : je marche dans la glaise humaine.

Tu dévores du papier, je tiens le bras d’une vieille dame à bout de souffle.

Tu penses à tes bénéfices, je lui donne de l’oxygène.

Tu signes surprimes, je te réponds survie.

Tu m’envoies tes formulaires anonymes, tes questions stéréotypées, ta paperasse en trois exemplaires : je sonne le tocsin.

Tu admets enfin, du haut de ta condescendance, une demi-incapacité : la personne est décédée depuis six mois !

Tu distilles tes factures, tes fichiers quand il s’agit de déchirures, de personnalités.

Tu dis à Ravel trop de notes, à Van Gogh trop de peinture, tu enquêtes : alors qu’ils sont en quête de vie.

Tu m’appelles acteur (de santé), je me bats contre Alzheimer.

Tu refuses au nom d’une économicité (belle littérature !), je m’insurge au nom du handicap.

Je te plains, Grand Inquisiteur, paré de ta robe marchande et de tes ordinateurs. Je te plains pour tes chiffres, tes sélections, ta logique de marché, tes fonctionnaires, tes petitesses.

Je te serre la main. Tu trembles ? Rassure-toi, ce n’est que la maladie de Parkinson…

 

***

 

Pour citer cet extrait

 

Claude Luezior, « Lettre à Assureur », illustration de l'artiste Henri de Lescoët, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/assureur.html

 

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