24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 16:28

 

Megalesia 2020 | Revue culturelle d'Europe

 

 

 

 

L'Étuve existentialiste du Tabou :

 

Juliette Gréco, le dernier témoin... 

 

 

 

 

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

© Crédit photo : "Juliette Greco", portrait par Mustapha Saha, peinture sur toile

 

Soirée dans l’atmosphère feutrée du Café Laurent, ancien refuge du mythique club de jazz Le Tabou. La contrebasse et le piano soutiennent moderato cantabile des swings roucoulés d’une voix éteinte. De vieux couples américains, affalés sur bas fauteuils, gesticulent romantiquement la cadence des standards familiers. Réminiscence d’une parenthèse historique.  L’existentialisme dans la cave enfumée fermente, de jazz se suralimente, de phénoménologie s’argumente, de pataphysique se pimente, de libertinage s’assermente. Boris Vian, ensorceleur de la sulfureuse bacchanale, de son impertinente trompinette attise la flamme. « Dans le train-train de la vie quotidienne, Boris Vian tire le signal de vacarme, et le train-train stoppe en pleine campagne, en plein ailleurs, en plein Paris » (Jacques Prévert). Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco de leur pétillante insolence assurent la réclame. Raymond Queneau dans le tintamarre se déclame. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty, Albert Camus… dans les vapeurs s’apostrophent et s’acclament. Artistes, poètes, philosophes, potaches et mirliflores s’amalgament. Le cauchemar de la guerre dans le rêve éveillé se volatilise. La liberté retrouvée dans la fête sans entraves se réalise.

 

Vie de bohème, rescapée des géhennes, où la poésie germine dans les scènes quotidiennes. Les génies désargentés fuient le froid des chambres de bonne pour se réchauffer toute la journée devant la même tasse de café, au Flore, aux Deux Magots, au Montana, à la Rhumerie, à la Reine Blanche avant de s’enivrer la nuit de notes bleues au Tabou. Des chefs d’œuvres se composent sur tables de bistrot. Les clochards eux-mêmes, barbe socratique, trompent leur faim en dévorant les dernières parutions philosophiques. L’hymne existentialiste est conçu un soir de beuverie au restaurant Le Catalan, rue des Grands-Augustins, quartier général de Pablo Picasso à proximité de son atelier, sur une musique de René Leibowitz avec un texte conjointement  attribué à Maurice Merleau-Ponty, Boris Vian et Anne-Marie Cazalis : « Je n’ai plus rien dans l’existence / Que cette essence qui me définit / Car l’existence précède l’essence / Et c’est pour ça que l’argent me fuit. / J’ai lu tous les livres de Jean-Paul Sartre / Simone de Beauvoir et Merleau-Ponty / Mais c’est tout le temps le même désastre / Même pauvre tu es libre tu te choisis / J’ai bien essayé autre chose / Maurice Blanchot et Albert Camus / Absurde faux pas ! C’est la même chose / Tout n’est qu’un vaste malentendu / Demain Sisyphe, angoisse morale, Aminadab Nausée et compagnie / C’est tout le temps le même désastre / car même au Flore, plus de crédit ! ».

 

La mythologie du Tabou se construit en une année pour se perpétuer comme source d’inspiration de plusieurs générations. Boris Vian iconise le lieu dans une épitaphe décisive : « Très vite, le Tabou est devenu un centre de folie organisée. Aucun des clubs qui suivirent n'a pu recréer cette atmosphère incroyable. Le Tabou lui-même ne la conserva pas très longtemps. C'était d'ailleurs impossible ». Toute la légende tient dans l’occupation sous terre de l’espace-nuit, hors contrôle, hors  surveillance, hors censure, hors malveillance légale. Hors horloges publiques. Le temps s’écoule comme un fleuve souterrain. L’esprit s’affranchit de ses souffrances au rythme des refrains. La misère matérielle se transcende dans l’audace transgressive. Le partage de la joie de vivre ignore les moralités castratrices et les acerbités délatrices. Les troglodytes se façonnent, dans le sillage des zazous, une manière d’être et de paraître. Les postures, photographes à l’affût, s’esthétisent. Les chemises à carreaux s’aristocratisent. Chaque soirée prolonge la veille. Le rituel se reprogramme au réveil.

 

La danse acrobatique se termine en transe initiatique. L’endurance s’énergise de fulgurances. L’intellection libératrice s’épanouit dans l’expression sensitive. Nul doute que Jean-Paul Sartre trouve dans ces plongées nocturnes une concrétisation vivante de ses idéalités cognitives. Il est récurrent dans l’histoire parisienne, depuis le Moyen Âge, qu’un quartier particulier, le Quartier Latin, le Marais, les Batignolles, Montmartre, Montparnasse… devienne un pôle d’attraction de l’intelligentsia d’une époque, inspire une émulation novatrice, insuffle une atmosphère propice au dépassement des références sacrales. Aux lendemains de la libération, le dernier âge d’or de la pensée prend corps à Saint-Germain-des-Prés, élisant Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir comme éclaireurs charismatiques. Une éblouissante antithèse du triomphalisme économique des trente Glorieuses et de l’abrutissement consumériste des intelligences.

 

Boris Vian dresse, dans son Manuel, un guide loufoque plus réaliste qu’une étude pointilleuse, une fascinante galerie d’artistes et d’écrivains atypiques, trempant leur plume désinvolte dans la fête permanente et l’interactivité pertinente. Tout d’abord, le diablotin caméléonesque toujours en avance sur une mode. « N’écartez aucun rideau, n’ouvrez nulle porte. Jean Cocteau est derrière. Il est chez lui dans ce Saint-Germain-des-Prés qui hait la mortelle somnolence des jours identiques ». Toute la truculence de l’auteur de L’Écume des jours se retrouve dans la notice consacrée à son ami Raymond Queneau qui « n’occupe pas dans l’esprit du gros public le rang qu’il mérite, parce que Gallimard préfère vendre André Gide qui est, maintenant, trop vieux pour patienter, ou André Malraux qui lui fait du chantage chaque fois ». « Raymond Queneau est le seul écrivain qui ait à la fois un style, des idées et une langue uniques : c’est sans doute trop pour un seul homme. Gaston Gallimard préfère attendre que Raymond Queneau ait une grande barbe et un fauteuil à roulettes pour tirer ses livres à cent mille exemplaires et flanquer des grosses affiches partout ».

 

Alberto Giacometti, envoûteur envouté, perpétuellement taraudé par son perfectionnisme. « Tout le monde connaît sa chevelure touffue, son visage de cire un peu raviné, son allure vaguement hallucinée ». Jean Genet, débaucheur débauché, « fort spirituel quand il veut, il stigmatise un jour André Gide pour son immoralité douteuse ». Marcel Mouloudji, romancier, auteur dramatique, chanteur, acteur, peintre, est « de ceux qui prouvent, par l’exemple, qu’il y a dans le sixième arrondissement autre chose que des jeunes gens hâves, vêtus de chemises à carreaux, qui traînent leur démoralisation dans les caves d’où suinte le vice ». L’ombre tutélaire de certaines statues écrasantes éclipse cruellement la pudique luminosité de leurs descendants. « Comment voulez-vous qu’on s’en sorte quand on est le fils de François Mauriac ? Claude Mauriac aurait très bien pu devenir quelqu’un. Il lui suffisait de changer de nom ». L’écrivain égyptien Albert Cossery « cavale la souris que c’en est, une bénédiction » tandis que le saxophoniste américain, Miles Davis, « coureur impénitent, est facilement la proie du sexe faible pour lequel il a trop de faiblesse ». Alexandre Astruc, entre deux bitures, « se reconnaît volontiers un certain génie parent de ceux d’Orson Wells et Shakespeare réunis ». S’évoque incidemment l’éthique objectrice de conscience, dénonciatrice en toute circonstance de la logique punitive, teintée d’anticléricalisme bon enfant, inspiratrice du Déserteur, chanson interdite pendant les guerres coloniales. « On doit au bon sens rodésien la création d’un asile de fous dans lequel on s’empresse d’enfermer les écrivains comme Antonin Artaud qui souffrent de génie ».  Beaucoup d’autres passent à la moulinette, avec justesse et délicatesse, et bien souvent avec tendresse. Il n’est que Maurice Merleau-Ponty, « tiers de la trinité existentialiste, le seul parmi les philosophes qui invite à danser les dames », qui suscite un peu de rancune « parce qu’il fait bougrement mal au crâne avec sa Phénoménologie de la perception ».

 

Quand Boris Vian se contente de dire de Jean-Paul Sartre « c’est un chic type », il dit tout sur le dernier Voltaire assommé des pires quolibets. « Le lancement de Saint-Germain-des-Prés n’est-il pas en grande partie dû au renom littéraire » de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, une marathonienne capable de parcourir « quarante kilomètres à pied dans la journée et d’enchaîner avec quarante heures de discussion quand la discussion l’intéresse ». Et pourtant, « les tôliers du coin n’ont jamais eu « trois sous d’honnêteté pour leur servir gratis leurs boissons ». Le portrait de Paul Boubal, inamovible parrain du quartier, , mérite à lui seul d’introduire les ontologies vaudevillesques. « Pour ne jamais quitter son établissement, même à l’heure des repas, le patron du Flore a acheté un appartement dans l’immeuble en pointe, à l’angle de la rue de Rennes et de la rue Gozelin. De là, avec un télescope et un radar, il peut surveiller sa caisse, ses garçons, sa terrasse... Il y avait un arbre sur sa ligne de mire. L’arbre est mort mystérieusement ». « Paul Boubal peut prêter cinq cent mille francs à l’un de ses anciens garçons qui veut se mettre à son compte, sans garantie, sans intérêts, sans rien en contrepartie, et puis, passer une nuit à chercher une bouteille de champagne vide parce qu’elle manque aux cadavres retrouvés ». « Un jour, chez Cheramy, un client casse un verre. Jacques Prévert s’exclame : Je suis sûr que Boubal l’a entendu du Flore. Faut dire que Boubal n’aime pas la casse ». Jean d’Halluin, directeur des éditions du Scorpion, publicateur de Boris Vian (Les Fourmis…), éleveur de scorpions vivants ramenés d’Egypte, est l’unique bénéficiaire du Prix littéraire du Flore, « le seul prix honnête de l’année, décerné par les auteurs du Scorpion au auteurs du Scorpion, et arrosé par le directeur du Scorpion ».

 

Boris Vian décrit un micro-archipel dont « les bras de mer et les canaux ne sont pas colorés en bleu sur les cartes pour permettre aux chauffeurs de taxi de les franchir sans s’en apercevoir. L’eau se poursuit au-delà de ces chenaux et ne revêt une apparence solide qu’afin de mieux tromper son monde. On sait que rien n’est perfide comme l’eau. Nos indigènes, pénétrés de cet axiome, se gardent bien de la consommer pure ». Cette terre relativement plate, mais capricieusement volcanique, a vu surgir deux montagnes en forme d’églises et une proéminence étrange, appelée Faculté de médecine, où « des couvées entières de toubibs, ces dangereux volatiles, parents du toucan d’Australie, s’abritent dans des anfractuosités particulièrement adaptées à leur développement ». « Le sous-sol pullulent de grottes et de cavernes désignés sous le vocable « caves existentialistes ». En cette occurrence, l’existentialisme s’entend au sens littéral du concept comme un mode de vie allergique aux normes institutionnelles.

 

Les autochtones sont des choses vivantes, métronomiques, chosifiés par leur immuable routine et leurs bisbilles intestines. Le jour, ils s’oublient dans le travail. La nuit, le sommeil les plonge dans l’oubli. Quand les troglodytes, par leur tapage sur le trottoir, dérèglent leur régularité métronomique, ils les inondent de seaux d’eau. Inutile de s’attarder sur les pétaradants, les assimilés, les incursionnistes, les envahisseurs américains, suédois, britanniques, les touristes de toutes confections en quête d’un souvenir édénique. Seuls les troglodytes méritent l’attention des chroniqueurs, non point des « pisse copie », flatteurs des mentalités grégaires, tricoteurs de bobards, déverseurs de fiel, mais des mémorialistes soucieux des mutations culturelles.

 

En Mai 68, ma besace couve en permanence un opus de Boris Vian, grignoté entre deux jets de pavé. Qu’un malotru, un flic travesti par exemple, plonge sa main à la recherche d’une preuve confondante, il sera piqué par le scorpion qui s’y niche. Ses doigts paralysés ne pourront plus manier la gâchette et ma lecture sera sauve. Après les assemblées anachroniques, les manifestations réitérées comme des exercices de salubrité physique et une soupe à l’oignon au Pied de Cochon, je m’extraie de mon groupe, je m’éloigne des experts de l’incompréhensible et des théoriciens de l’imprévisible, pour reposer mes neurones en musique dans la cave du Tabou. Des beatniks américains en escale sur la route de Katmandou, des dandys indifférents aux remous de la société, quelques filles délurées exagérément maquillés, quelques vieux nostalgiques collés contre les murs sur des chaises bancales. Un certain Pablo, guevariste lunatique à moins qu’il ne soit un Black-Panther déguisé en amuseur public, officie aux platines. À plusieurs reprises, je m’endors, le front collé sur la table, la main sur le cahier où je griffonne mon journal et quelque projet de tract, Pablo me laisse me reposer tout mon soûl et réveille à son retour avec un bon café et une tartine beurrée.

 

***

 

Pour citer cet article

 

​Mustapha Saha (texte et peinture inédits), « L'Étuve existentialiste du Tabou : Juliette Gréco, le dernier témoin... », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 24 septembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/ms-greco

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 14:46

 

Megalesia 2020 | Faits-divers & catastrophes | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

Toujours debout ! 

 

 

 

 

 

 

Mariem Garali Hadoussa

 

Artiste peintre & poète

Présidente de lassociation "Voix de femme nabeul"

 

 

 

Liban pays des grandes civilisations

Liban haut lieu de finesse et de culture

De guerre en guerre

De convoitises en convoitises

Entre migrations et dénigrements

Que reste-t-il de toi

Ô légendaire pays du cèdre

Victime de déflagrations

De fatales explosions ?

Ô Beyrouth

Ô vaillant peuple du Liban

Vous resterez toujours debout

Victorieux malgré tout !

 

© MG

 

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique

Mariem Garali Hadoussa, « Toujours debout ! », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020, mis en ligne le 24 septembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/mg-toujours-debout

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 13:40

 

 

Megalesia 2020 | Chroniques de la pandémie de COVID-19 (confinement, déconfinement, etc.) | Textes poétiques

 

 

 

 

 

Billard et corbillards

 

de CoROInavirus !

 

&

 

Confine-toi

 

et réfléchis ! 

 

 

 

 

Mokhtar El Amraoui

 

 

 

 

Billard et corbillards de CoROInavirus ! 

 

 

Au-dessus de milliards de têtes

En épées de Damoclès les voyant puces

Tournoie  couronné le coroinavirus

Fauchant en affamé prédateur  pour faire fête

L’humanité intriguée désorientée défaite

Prise dans le tourbillon de sa roulette russe

Se riant d’elle qui vainement le brave courbant l’échine

La traquant depuis la Chine

Se moquant de la pierraille  de sa muraille

L’attaquant en impitoyable canaille

Ouvrant du barillet de sa perfide machine

Le bal de ses sifflantes invisibles balles

Trompant des avatars et dards

De ses syndromes de futé lascar

Tous les saints de Rome couronnes et tiares

Imams rois cheikhs présidents et loubards

Les toisant avec mépris  comme canards de mare

Confinant tous les pitoyables continents

Dans les niches de leurs affolés apeurés aboiements

Confondant tous azimuts Orient et Occident

Rapetissant les ridiculisant pauvres et riches

Vertueux pieux et maudits qui trichent

Donnant à distribuer à l’obéissant hasard

Ses cartes de la mort défiant hilare

Tous ces désarmés hagards Lazare

Qu’il a transformés en boules de billards

Pour les trous de son long cortège de corbillards

Les invitant à ressusciter en fanfares

De ce terminus de gare

Qu’il a en caveau décrété sans fard

Ne voyant en l’Homme qu’un minable cafard

Un arrogant affreux hypocrite sanguinaire barbare

À la force réduite en stériles et ridicules bobards

 

Toutefois gardons espoir

Que de son jeu macabre sur terre aura marre

Et ira s’amuser sur d’autres planètes-mares

 

©MEA

 

 

 

 

 

Confine-toi et réfléchis !

Pourquoi voudrais-tu survivre, petit Homme,

Hein, pourquoi ? Dis !

Pour continuer à t’empiffrer fier,

À assouvir jusqu’à vomir

Ta gourmandise infecte et ordurière,

À polluer de tes poisons la terre ?

Dis, pourquoi, hein ? Dis !

Pour perpétuer souffrances et misères,

Pour vendre des esclaves aux enchères,

Étouffer, dans le sang de tes bigotes prières,

Les droits légitimes des justes colères,

Pour voler, violer, torturer les innocentes chairs,

Dans tes injustes mensongères guerres,

Pour arracher et éteindre, des cœurs, toutes lumières

Par les criminels prétextes de tes raisons geôlières ?

Pourquoi, petit Homme, pourquoi

Tiens-tu tant à la vie ?

Confine-toi et réfléchis !

Espérons que ta réponse

Saura construire d’amour et de justice

Pour la terre, tes filles et fils,

Un universel radieux demain !

Tu peux, tu dois le faire,

Si tu veux vraiment être humain

Effaçant pour toujours, d’une partagée lumière,

Ton sombre affreux hier et tous ses enfers !

 

©MEA

 

***

 

Pour citer ces poèmes

Mokhtar El Amraoui, « Billard et corbillards de CoROInavirus ! » & « Confine-toi et réfléchis ! », textes inédits, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020|V- Chroniques de la pandémie de COVID-19 (confinement, déconfinement, etc.), mis en ligne le 24 septembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/mea-confine-toi

 

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 09:42

 

Megalesia 2020 | Faits-divers & catastrophes | Réflexions féministes sur l'actualité

 

 

 

 

Ma jupe & moi 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : "Lana Turner et sa mère en 1941", image de Wikimedia, domaine public, Commons. 

 

 

Pour Élisabeth et les femmes violentées tous les jours à cause de leurs apparences

 

 

 

Ma jupe et moi

sommes désormais deux

la deuxième est libre

de porter ce qu'elle veut

la première fait des ravages

auprès des mâles sauvages 

ramène à moi de tous les rivages

leurs pires naufrages

 

Malheur à ma jupe

_ mini, maxi, courte, longue

peu importe _

sa taille, sa découpe dupent...

malheur à ma jupe

et les sexistes dupes

venus avec leurs loupes

me tabasser, me mettre en quatre quarts

 

Malheur à moi, n'est-ce pas !?

"pauvre" femme en larmes

dans la rue, frappée

et les mâles fiers de leurs sottises, font ce qu'ils veulent

_ la rue est devenue leur théâtre

et pour leur spectacle,

leur foire de connards, vantards _

Comme toutes mes sœurs, jetée jour et nuit

par terre ou aux flammes des bénis, parmi les maudits

et devant des hommes voyants hormis, bien sûr les honnis… 

 

Ma jupe et moi faisons face

pis, au pire de la surface

de la terre.​​​

Ma jupe et moi restons

unies, comme deux orphelines​​​​​​

_ punies des mains d'une Justice aveuglement amère

guidée par les Travers __

sans fard, ni Théâtre de Boulevard, devant les bavards...*

 

 

* Ce poème écrit le 21 septembre 2020 pour répondre à l'agression d'une jeune femme qui a eu lieu à Strasbourg le 18 septembre 2020. Il décrit la violence sexiste qui frappe tous les jours les femmes ici et ailleurs...

 

***

 

Pour citer ce poème féministe

​​​​Dina Sahyouni, «  Ma jupe & moi », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 24 septembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/ds-majupeetmoi 

 

 

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