31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Une voix de velours

 


Françoise Urban-Menninger

 

                                                 

 

 

 

Tout le jour ma mère chantait de sa voix de velours. En repassant, en faisant la cuisine, en lavant le linge ou la vaisselle, en reprisant, elle chantait. Sa cuisine était son espace personnel, son sanctuaire, sa salle de concert.

Tour à tour, elle interprétait de sa voix chaude et mâtinée d’accent catalan, les airs de Tino Rossi, de Rina Ketty, de  Lucienne Delyle, d’Édith Piaf, de Berthe Sylva, de Jean Sablon et de bien d’autres encore.

Il n’était pas rare d’entendre, en traversant le salon « Quand tu me tiens dans tes bras et que tu me parles tout bas… »  ou  « Redis-moi des choses tendres » ou encore « J’attendrai le jour et la nuit/J’attendrai ton retour… ». Autant de chansons « glamour » que ma mère reprenait avec une conviction désarmante.

Ma mère était, dans ces moments-là, véritablement insaisissable, prise tout entière dans une mélancolie qui l’emplissait corps et âme, éprise de je ne savais quels fantômes d’amour qui hantaient les souvenirs de son passé.

De temps à autre, elle imitait en riant la danse de Joséphine Baker  avec sa célèbre ceinture de bananes et entonnait d’une voix mélodieuse « J’ai deux amours… » ou nous servait à table une salade de fruits agrémentée de l'air « Salade de fruits/jolie, jolie, jolie/Tu plais à mon père/Tu  plais à ma mère ».  Avec « Sombreros et mantilles », nous avions droit à une démonstration de flamenco et à un jeu de castagnettes qui faisaient notre ravissement. Mon père, quant à lui, habitué depuis toujours aux « fantaisies » de ma mère, haussait les épaules, imperturbable.

Mais souvent la tristesse accompagnait les paroles des chansons que ma mère me répétait à l’envi. J’ai encore dans l’oreille « On n’a pas tous les jours vingt ans » ou « Si toi aussi tu m’abandonnes »… Toutes ces phrases mystérieuse aux tonalités de crève-cœur semblaient en dire long sur la vie antérieure de ma mère, celle d’avant sa rencontre avec mon père et dont elle m’entretenait à ses heures perdues. Elle me confiait alors le bonheur d’une petite enfance passée à Saint-Nazaire dans les Pyrénées Orientales, celle de sa jeunesse à Perpignan où elle allait avec sa meilleure amie Raymonde au cinéma Le Castillet, les parties de plage à La Franqui ou à Canet, le patin à roulettes, les bals en plein air, son frère jumeau Antoine, international de rugby…

Elle avait connu une autre vie éminemment modeste mais dans une région ensoleillée au bord de la mer qu’elle réinventait sans cesse en reprenant « La mer que l’on voit danser au fond des golfes clairs » de Charles Trenet, bien loin de cette Alsace où elle avait échoué et où elle se sentait bien souvent étrangère.

La joie simple et naïve revenait avec « Marinella », « Riquita » ou « Ma Tonkiki, ma Tonkinoise… » et puis la langueur, la nostalgie resurgissaient avec « Étoile des neiges », « La Paloma » ou même « Santa Lucia ».

Tous ces airs, ma mère les égrenait dès le matin telles les perles de son rosaire mais aussi le soir quand elle préparait le repas ou que l’heure du coucher approchait.

Ces airs, mille fois entendus, me reviennent aujourd’hui, il suffit d’un mot ou d’une image pour que la voix de ma mère me traverse.

 

 

 

 

 

Je ne peux voir des roses blanches sans penser à la chanson qui leur est dédiée et au visage souriant de ma mère l’interprétant. Quand je me retrouve à Paris, je l’entends de sa voix profonde reprendre « Sous les ponts de Paris », dans les bals populaires ou les kilbes, je  la revois danser et entonner « Le plus beau de tous les tangos du monde » ou tourner indéfiniment dans cette fameuse « valse brune » qui me faisait rêver.

Mais d’autres fois, les larmes aux yeux, elle reprenait toutes les chansons d’Édith Piaf, ses malheurs semblaient être les siens et à la mort de cette dernière, nous l’entendîmes tous les jours dérouler le fil de sa complainte et reprendre en boucle « Mon manège à moi, c’est toi… », « Milord », « Non, rien de rien, non je ne regrette rien… ».

Oui, ma mère en interprétant les paroles de tous les chanteurs de variétés des années 30 à 60, exprimait son mal-être, ses sentiments profonds mais aussi ses joies et ses peines.

Elle nous répétait souvent qu'elle avait dû quitter à regret l’école à onze ans pour aider sa mère, veuve, à élever ses nombreux frères et sœurs. Pour combler ce manque, elle avait, pour une grande part de sa culture, puisé dans le répertoire de la chanson populaire mais aussi dans le cinéma de cette époque dont elle connaissait tous les acteurs et dont elle parlait comme des personnes de sa propre famille.

Ses lectures de bandes dessinées furent longtemps les miennes et les personnages de Popeye et Olive, Pim, Pam, Poum et les Pieds Nickelés avec Filochard, Ribouldingue et Croquignol m’ont longtemps accompagnée dans cette enfance étoilée où ma mère brille toujours au firmament.

 

 

 

 

La Porte du Miroir

 


Françoise Urban-Menninger

 

 

Il est des noms de lieu qui, lorsqu’on les entend pour la première fois, génèrent un charme au pouvoir évocateur. Ils invitent à  la rêverie intérieure ou, mieux encore, au rêve éveillé.

Lors de mon enfance passée en partie à Mulhouse dans une petite maison de cité entourée d’un jardin où ma mère parlait aux roses, je laissais s'égoutter le temps au bord d'un petit bassin où nageaient en rond des poissons exotiques. Tout en jouant à la poupée sur un banc, je surprenais quelques bribes des conversations qu'entretenaient mes parents et qui me parvenaient entre les plants de tomates, les rosiers grimpants, les pivoines aux têtes ébouriffées…

 

Parfois les noms d’endroits mystérieux étaient prononcés, ils captaient toute mon attention et enclenchaient en moi cette mécanique du songe qui est devenue, à n’en pas douter, celle de l’intuition poétique sur laquelle le philosophe Gaston Bachelard s’est longuement penché. Il y avait  ainsi cette étonnante « Mer Rouge » à Dornach, cette fameuse «  Porte Jeune » au centre ville, mais plus extraordinaire encore, la «  Porte du Miroir »…

 

Cette Porte du Miroir avait sur moi l’effet d’un Sésame qui ouvrait grand mon imaginaire ! Je devenais alors, avant même de l’avoir rencontrée dans mes lectures, l’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, je courais après le petit lapin blanc d’un rêve tout éveillé.

J’imaginais en plein centre ville, cette porte que je concevais monumentale, la glace encastrée dans un écrin doré, sertie de pierreries fabuleuses et dans laquelle chacun pouvait se mirer avant de la traverser…

Je supposais que ce passage vers une autre dimension était réservé aux adultes et que mes parents qui parlaient souvent de la « Porte du Miroir »  avaient l’habitude de la franchir et connaissaient bien ces allers et retours dans cet autre monde que j’essayais d’appréhender.

 

Je pensais au «  Palais des Glaces » dans lequel je m’étais perdue à la foire de Mulhouse et à la terreur que j’avais ressentie en me cognant tel un insecte contre les vitres des miroirs sans pouvoir trouver la sortie de ce labyrinthe où j’étais prisonnière de mon image démultipliée à l’infini…

Aussi, n’étais-je pas pressée de me retrouver devant cette « Porte du Miroir » qui représentait tout à la fois mon angoisse pour l’inconnu mais également l’attirance que l’on éprouve pour les eaux moirées des étangs.

 

J’en venais parfois à rapprocher dans mes pensées la « Porte Jeune » de la « Porte du Miroir »…  Et bien sûr, il suffisait d’entrer par l’une pour accéder à l’autre et retrouver peut-être une seconde jeunesse… Car il ne faisait aucun doute que ces portes étaient liées par un secret que mes parents devaient connaître, celui de l’éternelle jeunesse… Ne m’avaient-ils pas maintes fois raconté l’histoire de la marâtre de Blanche-Neige qui, le visage défiguré par la jalousie, n’avait de cesse d’interroger son miroir : «  Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ? ».

Elle était le symbole même de ces femmes qui ne veulent pas vieillir et qui vendraient leur âme au diable pour obtenir l'immortelle jouvence...

 

 

Aussi cette « Porte du Miroir » cachait-elle dans son vocable à la fois féerie et maléfice et même si je compris très vite que les mots ne recouvraient pas toujours la réalité, les psychés ne  cessèrent jamais de m'enchanter et de me fasciner.

Je n’ai pas trouvé la mer à Dornach et n'ai jamais osé poser de question à ce sujet, de peur de me ridiculiser, mais cette « Porte du Miroir » ouvre toujours en moi des abîmes, des profondeurs insondables... Ainsi, je crois toujours, ma mère me le répétait, que si l’on brise un miroir, il s’ensuivra sept ans de malheurs mais que par contre casser du verre blanc ne peut qu'apporter un peu de bonheur… Lorsque, bien plus tard, l’on aborda en cours de philosophie le fameux « stade du miroir» si bien décrit par Lacan, je me retrouvai comme par magie devant cette porte qui s’ouvrait sur mon enfance perdue.

 

Encore aujourd’hui, quand je me cherche dans le reflet de la grande glace de mon entrée, je revois tout au fond d’un couloir une petite fille juchée sur un tabouret, elle se mire en silence en compagnie d'Alice. Toutes deux m’entraînent dans ce  « Pays des Merveilles », là où les mots magiques redonnent vie aux êtres et aux choses et ont le pouvoir de les faire revenir dans cette lumière de l'infini où je revois ma mère tailler ses rosiers et mon père, un arrosoir à la main, changer l’eau du petit bassin où je me mirais tel Narcisse entre l’ombre des hostas et la nage lente des poissons rouges.

 

 

Pour citer ces textes


Françoise Urban-Menninger,  « Une voix de velours  »  &  «   La Porte du Miroir », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-une-voix-de-velours-la-porte-du-miroir-111286833.html/Url. http://0z.fr/SJIYB

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


Françoise Urban-Menninger  Wikipédia

http://www.lemanoirdespoetes.fr/poemes-francoise-urban-menninger.php

http://sociedadedospoetasamigos.blogspot.fr/search/label/Fran%C3%A7oise%20Urban-Menninger

 http://www.editinter.fr 


Auteur(e)


Françoise Urban-Menninger est poète et nouvelliste, auteure d'une vingtaine d'ouvrages de poèmes et de nouvelles. La plupart ont paru chez Éditinter, le dernier recueil de poèmes en date est De l'autre côté des mots. Elle anime des ateliers d'écriture à Strasbourg où elle est critique d'art pour la revue Transversalles, elle rédige également des critiques littéraires pour la revue électronique Exigence-Littérature. Elle est également membre de la SIEFEGP et de l'équipe de la revue Le Pan poétique des muses.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Version traduite

  Version originale

 

 Mario Portillo


Cinq poèmes pour  Émeline 

 

 

Claire Laguian  

 

 


 

Regards

 

Il est des jours singuliers

où, quand tu regardes vers

l’ailleurs/distraite

au moment où tu fermes

tes paupières, je sème des roses

sur tes yeux

et, quand tu les ouvres

et qu’attentive/tu me regardes,

elles apparaissent déjà fleuries

et, tendrement,

je n’ose les couper.

 

 

Ta bouche

 


Ma main qui rédige sur le papier

ta bouche.

Toujours plus qu’un mot,

c’est un goût fragmenté

prêt à ne pas être silence

sur mes lèvres.

 

 

 

 

Sentier intact


  

Un jour

le papillonnement de tes paupières

se posera

sur une rose d’encre

que le tracé de ma main

a semé

sur le jardin du papier

 

et même si une telle image ne sera

jamais taillée dans le cristal

 

il nous restera toujours

à le parcourir ensemble

ce sentier intact :

de tes yeux à ma voix

de ma voix à tes yeux

 

 

 

Invitation


  

Allez, déprose-toi* femme,

sois vers pour moi

pendant cette nuit de somnolence.

Permets-moi de rédiger ta beauté/sur ma peau

pour qu’il n’existe aucun mot écrit

qui m’éloigne de ton histoire.


 

* Déprose-toi : le mot n’existe comme tel dans aucun dictionnaire, c’est une invention ou adaptation de ma plume. DE- préfixe qui indique la négation, dans ce cas favorise une inversion du sens de « prose ». Autrement dit, le sens concret de mon terme serait : Rester sans prose, ne pas être prose. (Nous traduisons)

 

 

 

 

Émeline


 

J’écris sur ton corps

avec un unique son :

le silence.

 

Tu es femme/ma partition

et en toi on lit

chaque murmure

d’une ultime mélodie

que mon encre verse

sur ta peau.

 

 

Pour citer ces poèmes


Claire Laguian (trad.), «  Mario Portillo, Cinq poèmes pour Émeline », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n02-mario-portillo-cinq-poemes-pour-emeline-111281591.html/Url. http://0z.fr/vl5Zw


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

...

Auteur(e)

Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

Poète moins de vingt-six ans

Version traduite


 


Cinco poemas


 

para Émeline

    

 Mario Portillo Pérez  

 

 

 

 

Miradas

 

Hay días especiales

en que, cuando miras hacia

otra parte / distraída

al momento en que cierras

tus párpados, siembro rosas

sobre tus ojos

y que, cuando los abres

y atenta / me miras,

ya aparecen florecidas

y que, tiernamente

no me atrevo a cortar.

 

 

 

 

Tu Boca

  

 

Mi mano redactando sobre el papel

tu boca.

Siempre más que una palabra,

es un sabor fragmentado

dispuesto a no ser silencio

en mis labios.

 

 

 

 

Intacto Sendero

 

 

Alguna vez

el aleteo de tus párpados

se posará

en una rosa de tinta

que el trazo de mi mano

ha sembrado

sobre el jardín del papel

 

y aunque tal imagen no será

nunca tallada en cristal

 

nos quedará siempre

por recorrerlo ambos

el sendero intacto:

de tus ojos a mi voz

de mi voz a tus ojos

 

 

 

 

Invitación

 

 

Anda, desprósate* mujer,  
sé verso para mí  
durante esta noche en duermevela. 
Permíteme redactar tu belleza / sobre mi piel  
para que no exista palabra escrita 
que me aparte de tu historia.

 

 

*Desprósate : No existe la palabra como tal en algún diccionario, es una invención o adaptación de mi pluma. DES- prefijo que indica negación, en este caso propicia una inversión del significado de "prosa". Es decir, el significado concreto de mi palabra sería: Quedarse sin prosa, no ser prosa.

 

 

 

 

Émeline

 

 

Escribo sobre tu cuerpo

con un único sonido:

el silencio.

 

Eres mujer / mi partitura

y en ti se lee

cada susurro 

de una última melodía

que mi tinta vierte

sobre tu piel.

 

 


 

 

Pour citer ces poèmes


Mario Portillo Pérez , « Cinco poemas para Émeline » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-cinco-poemas-para-emeline-111281534.html/Url. http://0z.fr/oYKek


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://www.facebook.com/marioportillo28


http://www.facebook.com/pages/Mario-Portillo-Attilio/170714932951087


 

Auteur(e)


Mario Portillo, poeta, cuentista y dramaturgo, nacido en la ciudad de México en 1989. Obtuvo el primer lugar en el Primer Concurso Estudiantil de Poesía Cuautepec 2010 (UACM), el segundo lugar en el Segundo Concurso Estudiantil de Poesía Cuautepec 2012 (UACM) y una mención honorífica en el Primer Concurso Estudiantil de Cuento Cuautepec 2011, también en la UACM. Se ha presentado en el Foro de Poesía “El tejedor”, de la Cafebrería El Péndulo así como en el Primer Encuentro de Estudiantes de Creación Literaria Cuatepec (2011) y en la mesa de poesía “El Resplandor de la Palabra” por parte de la UACM-Cuatepec en la Feria Internacional del Libro del Palacio de Minería (Febrero 2012). En mayo de 2012 apareció su poesía en el número 1 de la Revista Literaria “Le Pan Poétique de Muses”, en Francia. En dicha edición la publicación fue bilingüe, traduciendo parte de su obra al francés.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 Pierrette Micheloud :


la femme est l'avenir de l'humanité



 

Catherine Dubuis 

 

 

 

Parents de sève montagnarde :

Elle du Jura bernois

Lui des Alpes valaisannes

Elle du vert sombre des sapins

Lui des mélèzes danse du vert tendre

Elle d’une eau qui se récolte

Goutte à goutte dans le calcaire

Lui de celle multiflore

Des torrents joueuse de rien1.

 

 

Le 6 décembre 1915, Pierrette Micheloud naît à Romont, dans le canton de Fribourg, d’un père valaisan et d’une mère jurassienne. La nature, la montagne en particulier, sera à l’horizon de toute son existence et nourrira une grande partie de son écriture poétique. Elle fait ses études primaires, secondaires et gymnasiales d’abord à Neuchâtel, où vivent ses grands-parents maternels, puis à Lausanne où son père, négociant en tissus, s’est installé.

 

Très tôt perce chez elle l’intime sentiment de sa différence, qui se marque par sa volonté d’indépendance et son goût précoce pour les jeunes femmes : « La “différence” a toujours une raison. Il ne s’agit donc ni de la refouler, ni d’en avoir honte, mais au contraire de s’enrichir de tout ce qu’elle peut apporter de spécial et de nouveau. J’ai chanté la mienne à travers ma poésie depuis toujours2.». C’est lors d’un séjour en Angleterre, juste avant la Deuxième Guerre mondiale, qu’elle rencontre son premier amour. La Femme, souvent rêvée, sera l’icône privilégiée de sa poésie ; la femme réelle lui causera à maintes reprises de douloureuses déceptions. La mystérieuse alchimie de l’écriture poétique transformera ces expériences en un art passionné, foisonnant d’images étranges et de fulgurances prophétiques.

 

Pendant la guerre, elle suit des cours de littérature à l’université de Zurich et de théologie à l’université de Lausanne. Puis, en 1945, paraît son premier recueil de poésie, intitulé Saisons, encore très marqué par l’influence de ses lectures favorites, Baudelaire, Verlaine, voire le Hugo intimiste des Contemplations :

 

MER

Ton âme a la tristesse d’une mer du nord,

Mais d’une mer qui garde, en ses eaux ténébreuses,

Le souvenir ardent de chaque rayon d’or

Que le ciel y versa aux heures lumineuses…

Ton âme a la tristesse d’une mer du nord3.

 

Suivent ensuite très régulièrement Pluies d’ombre et de soleil (1947), Sortilèges (1949), Le Feu des ombres (1950). Syntaxe, vocabulaire et thèmes font alors songer à Valéry, ou à Mallarmé :

 

 

 

PLUIES

Pourrais-je t’apporter, à toi qui sais l’atroce

Brûlure de l’espace où germe un bleu poison,

Pour en tisser joyeuse à ton âme précoce

Un nimbe de clarté, la blanche effeuillaison

 

Des pétales de lune et dans l’heure où tu pries

Comme un saule courbé d’un silence amical,

Te faire pressentir en sourdine les pluies

D’impalpable pollen de songe sidéral ?4

 

Le lien qui unit Pierrette Micheloud à sa famille, son père, sa mère, sa sœur, est extrêmement profond et exigeant. C’est peut-être pour échapper à cette prégnance, qui menace l’expansion de son talent, que l’artiste s’établit à Paris, au début des années cinquante,  pour écrire et peindre. Elle n’y connaît pratiquement personne ; sa solitude est grande, mais propice au travail, qu’elle va poursuivre avec acharnement. La quête de la vraie parole poétique, ou du moins de sa propre voix, sera la préoccupation essentielle de ces années de formation. Elle exerce aussi le métier de critique littéraire, ayant à cœur de mettre en valeur l’œuvre de ses compagnons les poètes, qu’elle servira admirablement tout au long de son existence. Montagnarde égarée dans la capitale française, elle adoucit son exil en transformant ses logements successifs en intérieurs de chalets valaisans. Et chaque été, elle part se ressourcer dans son canton d’origine, après avoir passé à Belmont, au nord de Lausanne, dans la maison familiale, quelques moments de tendresse retrouvée.

 

En 1952, elle publie son cinquième recueil, Simouns, écrit pendant trois mois de retraite au fond d’un val valaisan, dans un chalet rustique au confort minimum, entre forêt à pic et torrent bouillonnant, cadre qu’elle affectionne entre tous, et sans doute propice à la poursuite de sa quête poétique. Ce recueil marque une nette rupture avec la prosodie classique des livres précédents, et l’intrusion de nouveaux thèmes, liés à l’actualité d’après-guerre (bilan des désastres, désirs de paix, regards vers l’avenir) :

 

IL NE FAUT PLUS…


[…] Les bras qui ont tué

N’ont plus de force pour la charrue.

Ni pour les gerbes de froment.

 

Trop de cris traînent dans leurs artères,

Trop de taches de sang

Brûlent leur peau.

 

Ceux qui plantent des épingles sur les frontières

Ont-ils le droit

De pousser les autres à tuer ?

 

Il ne faut plus que les hommes tuent.

Il faut des bras purs pour la charrue5.

 

Dès 1953, année où elle publie Points suspendus, son premier recueil écrit à Paris, elle renoue avec la tradition des troubadours : chaque été, elle parcourt à bicyclette les vallées valaisannes, de village en village et, le soir, elle dit ses poèmes, devant un public étonnamment attentif de villageois et de vacanciers. Puis elle dédicace ses livres en trinquant avec ses futurs lecteurs. Ainsi se répand, de val en val, de village en village, la Poésie.

 

Férue d’astrologie, disciple de Jung, Pierrette Micheloud publie, en 1957, un Dictionnaire psychanalytique des rêves, dont elle illustre la couverture d’un dessin de Leonor Fini, la peintre surréaliste qu’elle admire profondément. La numérologie la tente également ; elle ne cessera d’attribuer une signification particulière au nombre « 6 », date de sa naissance, ou au « 9 », nombre « parfait », inverse du premier. La nature, autre source, et plus précisément les fleurs de l’alpe, se révèlent dans toute leur diversité et leur mystère dans Passionnément, recueil de poèmes en prose, paru en 1960.

Le talent de Pierrette Micheloud pour la prose poétique éclate ici, soutenu par la vibrante passion qu’elle porte aux éléments naturels. Ces textes seront repris des années plus tard, retravaillés, remodelés, « reforgés » au creuset du poète, sous le titre Seize fleurs sauvages à dire leur âme (2001) :

 

GENTIANE

 

Quel chevalier attends-tu, coupe patiente et sage ? Pour qui ce philtre qui transmue l’âme planétaire en vertige de soleil ? Coupe vide pourtant à nos yeux profanes, à moins que ne la remplisse une eau de nuage, dont se désaltère l’insecte.

 

Quel chevalier attends-tu ? Aucun bruit de galop ne nous apporte le vent. Mais toi, l’entendrais-tu ? Ta forme de Saint-Graal doit peupler ton attente de mille voix enfouies dans le lointain des légendes. Lancelot du Lac, Parsifal, leurs ombres sont devenues flammes aux carrefours des constellations. Et ces géants, là-bas, qui brandissent leur épée ? Merlin l’Enchanteur les a fait surgir du roc. Ils se cherchent un visage qui ne ressemble à personne, tandis que le cygne de Lohengrin, messager de lumière, trace dans l’azur un sillage de joie. C’est à la blanche solitude de cet oiseau solaire que tu immoles ton cœur où s’affrontent les divergences terrestres, noires blessures, traversées de foudre.

 

Tu ne sais pas au juste quelle époque tu vis, ni de quel songe tu viens. N’es-tu pas tout aussi bien la nuit bleue des rois mages et l’étoile qui les guide ? Et puis cette autre coupe encore, d’amer breuvage, qui hante les heures longues de Gethsémané. […]6

 

La fin des années cinquante voit l’élaboration, chez la poète, d’une eschatologie très particulière. Quand l’humanité aura achevé sa révolution et sera arrivée au terme de son cycle terrestre, elle verra la venue de la Grande Gynandre (ou parfois Gynandrade), plus parfaite que l’androgyne, parce que femme, et qui règnera sur les hommes et les femmes unis dans la paix et la sérénité. Mais ce temps n’est pas encore venu, loin de là : il faut lutter pour cet avènement, et l’une des armes de ce combat est précisément la Poésie, éveilleuse de consciences :

 

Je suis songe unifié : le fœtus

que la reine-roi porte en espérance

du fond de l’En-soi, la fin du couple.

Je suis la Gynandrade future.

Patience jusqu’à l’aurore,

amour7.


Le 20 juin 1963, Pierrette Micheloud perd son père ; cette date fatidique l’accompagnera tout au long de sa vie : elle la rappelle année après année dans ses Journaux, et célèbrera le dernier regard de ce père très aimé dans un beau poème intitulé « Tant qu’ira le vent », paru en 1966 :

 

Tant qu’ira le vent, je serai questionnée

Par ce regard en amont du souvenir

Où passaient peut-être (comme dans l’été

Ces blanches vapeurs d’eau presque de soleil

Et comme à vol d’aigle), de lentes montagnes

Sorties de leur passé plus loin que la nuit8.

 

En 1964, elle fonde avec Édith Mora le prix de poésie Louise Labé, dont elle assumera la présidence de 1985-1999, et dont le premier lauréat suisse sera, en 1979, le poète genevois Jean-Georges Lossier, pour Le long Voyage9. Lossier restera lié à la poète jusqu’à sa mort, en 2004. Cette même année, Pierrette Micheloud publie un livre qui aura un grand succès public, Valais de cœur, proses poétiques étincelantes sur son pays d’origine. Elle obtient le prix Schiller, récompense à l’échelle nationale suisse, et le grand prix rhodanien de littérature.

 

De 1969 à 1976, elle est rédactrice en chef de la revue La Voix des Poètes, fondée et dirigée par Simone Chevallier ; elle collabore activement à la rédaction d’articles pour la collection « Les Pharaons », nom choisi pour ce qu’il signifie à l’origine : les poètes éveilleurs de consciences. Sa foi en la mission poétique, élévatrice de la conscience humaine, ne lui fera jamais défaut.

 

Son œuvre commence à être reconnue : elle obtient le prix Arcon de l’Académie française et le prix Robert Hennequin de la Société des gens de Lettres pour son livre Tout un jour toute une nuit, paru en 1974. Elle passe l’été 1976 en Valais, dans le chalet d’une cousine, pour écrire L’Ombre ardente, livre de souvenirs qui ne paraîtra qu’en 1995. Son enfance et son adolescence y sont évoquées en alternance ave le présent, dans ce témoignage qui «met son âme à nu», selon ses propres dires. En 1979, elle publie Douce-Amère, qui lui vaut à nouveau un prix Schiller en 1980. Le terreau de l’enfance se révèle toujours fécond, d’où jaillit le poème :

 

POMMIER MA BELLE ECHARPE

 

Le pommier de ma grand’mère

Entre dans la chambre avec

Ses pommes, ses oiseaux, ses

Bêtes à Bon Dieu, ses pierres

De lune et de soleil, par

La fenêtre côté lac

Ses échelles ses paniers

Ses rires enserpentés

De douce-amère, et le bec,

Du pivert qui frappe ses lettres

Sur l’écorce comme naguère10.

 

Ce rappel de l’enfance voisine avec les visions apocalyptiques, qui trouvent leur source dans ce que la poète appelle sa mémoire antérieure, ou cosmique, et qui ont souvent des accents subversifs :

 

L’OBSCURCISSEMENT DE LA LUMIERE

 

Quand la Terre marchait de sa propre marche

Sous la marche laineuse

Des grandes peuplades de bisons

Là-bas où la femme et l’homme

Ressemblaient à des oiseaux

Où l’herbe était de neige verte,

Rien ne pouvait faire penser

À cet immense cri mort

Que porte le vent

À l’infini des toundras.

 

Ils sont venus le fer aux dents

Et leur petit Jésus de porcelaine

Cupides et féroces

Ils venaient du continent

Qui fait peur aux étoiles11.

 

La poésie n’est pas la seule activité créatrice de Pierrette Micheloud. Depuis de nombreuses années, elle peint, et connaît sa première exposition personnelle en 1983 à la galerie Horizon, à Paris. Ses toiles très colorées révèlent les métamorphoses que la vision très originale de la peintre impose aux éléments du monde réel. Elle exposera encore à Sion, en Suisse (1984), puis à Denges (Suisse, 1987), puis de nouveau à la galerie Horizon ainsi qu’à Lausanne (1988). Et la liste n’est pas close. Une jeune éditrice, Astrid Mirabaud, tombe amoureuse de ces peintures et édite, en 1984, Entre ta mort et LA VIE, poèmes et dessins de l’auteure.

 

Un grand bonheur lui échoit en 1984 également : elle reçoit le prix Apollinaire pour Les mots la pierre, poèmes qui se nourrissent du symbolisme de son prénom et dessinent la tâche du poète :

 

Qui veut te travailler

Pierre de l’obscure pierre

Doit aussi te chanter

Le chant est chair de la lumière12

 

Le 2 août 1988, sa mère meurt, laissant Pierrette désemparée. Ce deuil sera encore plus difficile à assumer que celui du père, l’absence se fera plus douloureusement sentir. Heureusement qu’elle peut partager ce chagrin avec sa sœur Edmée, proche par le sang, l’affection et la création artistique : car Edmée, en plus de son talent musical (elle est violoniste), crée des mosaïques faites de galets arrachés au Rhône ou à des rivages plus lointains (Italie du nord). Pierrette Micheloud et Edmée Girardet-Micheloud exposeront conjointement leurs œuvres, notamment en 1996 à Vex, en Valais. Les deux sœurs ne seront séparées que par la mort de Pierrette, en 2007.

 

Le recueil intitulé Elle, vêtue de rien, paru en 1990, laisse éclater au grand jour la préférence de Pierrette Micheloud. Sous l’aile de la grande Sappho, elle chante son amour de la femme, en prenant soin que, dans la deuxième partie du livre, tous les noms soient féminins, ce dont bien peu de lecteurs se sont avisés, regrette-t-elle :

 

Tisser la fibre impalpable

Qui sera l’étoffe

À te dévêtir. L’attente

Est fleur à mes mains, pensée

De vertes racines13.

 

Mais tout serait à citer, dans cet admirable recueil, cantique des cantiques dédié, par une femme, au corps et à l’âme de la femme. La strophe choisie, déjà utilisée dans Entre ta mort et LA VIE, est celle du tanka (cinq vers) qui alterne avec le sedoka (sept vers), courts poèmes de forme japonaise ancienne :

 

Rose de nos terres jointes

Solitude close

Vibrant aux orgues charnelles

Rose dans la rose

La pénultième caresse14.

 

Les années 1991 et 1992 lui apportent le prix Foulon-de-Vaulx de la Société des Gens de Lettres pour l’ensemble de son œuvre, et la Médaille d’Argent de la Ville de Paris. En amont de l’oubli, recueil paru en 1993, témoigne de son effort pour « percer la chape d’obscurité que la naissance a jetée sur la mémoire de lointaine origine, remonter le cours de l’oubli, retrouver l’aire où l’on se souvient15 ».

 

TERRE, ton nom

De mère et d’enfant

Quand à l’aube soudaine

Tu berças dans le vent

Tes premiers fruits.

 

Leur goût vierge

Cette acidité sucrée

Célébrant

Le vert nouveau-né des bromes.

 

Dans ma tête

Résonnaient encore

Les voix mages des éthers

Autant de cieux

Dont j’aurais, tissant ma toile

À me souvenir.

 

Un mot se formait : bonheur

Il dépendrait en durée

De cette mémoire16.

 

Une belle anthologie paraît en 199917. Le choix de poèmes est de l’auteure elle-même, qui développe son parcours au moyen d’une « bibliographie commentée », très précieuse pour les lecteurs. Une substantielle préface est signée du poète Jean-Pierre Vallotton, avec lequel Pierrette Micheloud s’est liée dès le début des années 90 et qui va l’accompagner désormais de son amitié fidèle. Ce volume est couronné par le prix Charles Vildrac de la SGDL en 2000.

 

Cette même année, le recueil intitulé Azoth18décline les tons, les rythmes et les couleurs que la fascination pour l’alchimie fait naître sous la plume de la poète. En témoigne ce poème, qui contient quelques-uns des thèmes centraux de l’œuvre :

 

L’hiver dans leur chambre

Tapissée de foin d’ombelles

Les marmottes rêvent

De leur prochain réveil. Nous

Âpres somnambules

Des quatre saisons, nous confondons

Le plomb avec l’or.

 

Le plomb s’est insinué dans l’œil

L’œil n’est plus l’aigue-marine

Amour d’Aphrodite

Transparence émerveillée

Du soleil dans l’eau :

 

Perception magique

D’une mémoire antérieure19.

 

En 2002, Pierrette Micheloud donne un nouveau témoignage de son amour du Rhône et de son canton d’origine grâce à une prose poétique intense, Regard sur le Rhône, accompagnée d’aériennes aquarelles de Françoise Caruzzo20. L’évocation du paysage se marie avec le souvenir d’enfance :

 

Douce est la plaine en sa légère déclive. Juste assez pour l’empêcher d’oublier qu’il descend. Les vignes le saluent. Il saura chanter, le temps venu, leur breuvage de «gai savoir». Oncle Charles cultivait sa parcelle. Aux vendanges, il nous offrait du thé vivifié d’une once de fendant ; la soupe était rosie à la dôle…21

 

Le prix de consécration de l’Etat du Valais pour l’ensemble de son œuvre vient couronner cette année faste où l’artiste, plus que jamais peut-être, a pu s’éprouver proche d’une terre, d’un pays, elle qui si souvent se sentit exilée ici-bas.

 

Du fuseau fileur de lin, dernier recueil paru en 2004, contient de poignantes évocations de l’âge qui commence à peser lourdement. Mais la beauté du vers est toujours là.

Un « Exergue » rassemble comme dans une paume l’effort d’une vie entière lovée au cœur de la poésie :

 

Me riant des modes

J’ai œuvré à déliter le verbe

En sa mémoire de pierre

Y cherchant des éclats de cristal

D’avant la première mort22.

 

Un bel hommage aux parents :

 

M’avoir fait venir

De l’infini du cosmos !

Combien dûtes-vous

En la nuit nuptiale vous aimer !

 

C’est lui, cet amour

Qui m’a prise dans ses rais ;

Eon, étais-je, à m’emplir

De la proximité du Mystère…23

 

voisine avec la nostalgie du temps envolé :

 

Où êtes-vous, chers visages

Qui chantiez

Dans les myrtilliers ?

 

Le courant des flots m’emporte

Je ne puis revenir en arrière.

 

Vous aussi, jeunes visages

De ma jeunesse, le fleuve

Vous a travaillés.

 

Vous n’êtes plus ceux de vos reflets

Sur la pierre cristalline.

 

Mais loin déjà, le regard

Creusé d’immensité vierge24.

 

Nostalgie, mot-clé de cette vie, nostalgie d’un monde d’avant ce monde, dont elle a cru trouver le reflet dans le Valais de son enfance. C’est aussi ce mot qui figure dans le titre de son dernier récit, tout entier consacré au souvenir des dix années qu’elle a partagées avec sa petite chienne Saugette25, de 1967 à 1977.

Le 14 novembre 2007, emportée par un cancer, Pierrette Micheloud décède à Cully, entourée de sa sœur et de ses amis proches, parmi lesquels Jean-Pierre Vallotton, auquel sera confié le soin de faire rayonner l’œuvre de cette remarquable artiste au delà de sa disparition.

 

Peu avant sa mort, Pierrette Micheloud avait déposé ses archives à la Médiathèque Valais-Sion et présidé à la création d’une Fondation qui porte son nom et décerne un prix annuel de poésie ainsi qu’un grand prix triennal, dont les deux premiers lauréats ont été René de Obaldia et Yves Bonnefoy.

 

En guise de mot de la fin, voici encore cette adresse à une des neuf muses :

 

URANIE

 

Bergère d’étoiles

Aux lisières des cieux qui s’éloignent…

 

Pour te rejoindre je marche

Sur le fil tendu

Que mon amour file

Entre ma vie et la tienne.

 

Je t’aime depuis avant

De savoir ton nom.

L’enfance aux larges fenêtres

Où tu passais, emplissait mes yeux

De la poussière dorée

Soulevée par tes troupeaux26.

 

 

 


 

 

Œuvres de Pierrette Micheloud

 

Saisons, poèmes, Lausanne, Éditions Held, 1945.

Pluies d’ombre et de soleil, poèmes, Lausanne, Éditions Held, 1947.

Sortilèges, poèmes, avec un dessin de l’auteure (autoportrait), Lausanne, éd. des Rivières, 1949.

Le Feu des ombres, poèmes, Lausanne, éd. des Rivières, 1950. 

Simouns, poèmes, Lausanne, éd. des Rivières, 1952.

Points suspendus, poèmes, Paris, éd. Pierre Seghers, 1953.

Dictionnaire psychanalytique des rêves, avec la reproduction d’un tableau de Leonor Fini en couverture, Paris, Les Nouvelles Éditions Debresse, 1957.

Ce double visage, poèmes, Malines (Be), Éditions du C.E.L.F., 1959.

Passionnément, seize fleurs sauvages, poèmes en prose, dessins de Claire Finaz, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1960.

L’Enfant de Salmacis, poèmes, avec un dessin de Leonor Fini, Paris, Les Nouvelles Éditions Debresse, 1963.

Valais de cœur, proses poétiques, photographies de Jean-Jacques Luder, Neuchâtel, La Baconnière, 1964.

Tant qu’ira le vent, poèmes, avec un dessin de Gromaire en couverture, Paris, éd. Seghers, 1966.

Tout un jour Toute une nuit, poèmes, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1974.

Douce-Amère, poèmes, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1979.

Les mots La pierre, poèmes, Neuchâtel, éd. la Baconnière, 1983.

Entre ta mort et LA VIE, poèmes, avec 40 ill. en couleurs de l’auteure, Anières (Ge), Éditions Pourquoi pas, 1984.

La Cerisaie, poème, Sauveterre-du-Gard (Fr), éd. La Balance, 1990.

Elle vêtue de rien, poèmes, avec un dessin de l’auteure en couverture, Paris, éd. L’Harmattan, 1990.

En amont de l’oubli, poèmes, avec un dessin de l’auteure en couverture, Paris, éd. L’Harmattan, 1993

L’Ombre ardente, témoignage, Sierre, Monographic, 1995.

Pas plus que la neige, poèmes, avec des dessins d’Erik Bersou, Neuilly-le-Bisson (Fr), éd. Gravos Press, 1998.

Poésie 1945-1993, avec la reproduction d’un tableau de l’auteure en couverture, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1999.

Azoth suivi de Mélusine, poèmes, avec une illustration de l’auteure en couverture, Marchainville (Fr), Proverbe, 2000.

Seize fleurs sauvages à dire leur âme, poèmes en prose, photographies couleurs de Didier Bruchez et Egidio Anchisi, Saint-Maurice, Éditions Pillet, 2001.

«Suite en mineur», 20 poèmes inédits, Québec, in Lèvres urbaines no 33, 2001. 

Regard sur le Rhône, prose poétique, avec des aquarelles de Françoise Carruzzo, Ayer (Vs), Editions Porte-Plume, 2002.

Du fuseau fileur de lin, poésie, Sierre, Monographic, 2004.

Nostalgie de l’innocence, récit, Vevey, Éditions de L’Aire, 2006.

À consulter sur Pierrette Micheloud

Présence de Pierrette Micheloud, publié sous la direction de Jean-Pierre Vallotton, Sierre, Monographic, 2002.

 

Pierrette Micheloud, Choix de poèmes (1952-2004), établi et présenté par Jean-Pierre Vallotton, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 2011.



Notes

 

1 Douce-Amère, Neuchâtel, La Baconnière, 1979, p. 12.

2 Quatrième de couverture de L’Ombre ardente, Sierre, Monographic, 1995.

3 Saisons, Lausanne, Éditions Held, 1945, s.p.

4 Sortilèges, Lausanne, Éditions des Rivières, 1949, p. 25.

5 Simouns, Lausanne-Paris, Éditions des Rivières, 1952, p. 30.

6 Passionnément, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1960, p.14.

7 Tout un jour toute une nuit, Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1974, p. 38.

8 Paris, Seghers, p.55-56. Tant qu’ira le vent obtient en 1966 le prix Edgar Poe.

9 Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1979.

10 Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1979, p. 37.

11 Ibid., p.86.

12 Neuchâtel, éd. La Baconnière, 1983, p.47.

13 Paris, éd. L’Harmattan, 1990, p. 25.

14 Ibid., p.53.

15 Poésie, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1999, p. 14.

16 En amont de l’oubli, Paris, éd. L’Harmattan, 1993, p. 11.

17 Poésie 1945-1993, Lausanne, éd. L’Âge d’Homme, 1993.

18 Azoth, suivi de Mélusine, Marchainville, Éditions Proverbe, 2000.

19 Op.cit., p. 11.

20 Ayer, Éditions Porte-Plumes.

21 Ibid., p.30.

22 Sierre, Monographic, 2004, p. 7.

23 Ibid., p. 18.

24 Ibid., p. 22.

25 Nostalgie de l’innocence, Vevey, éd. L’Aire, 2006.

26 Du fuseau fileur de lin, op.cit., p. 71.

 

 

 

 

 

Pour citer ce texte
 

Catherine Dubuis, « Pierrette Micheloud : la femme est l'avenir de l'humanité », in  Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-pierrette-micheloud-la-femme-est-l-avenir-de-l-humanite-111275198.html/Url. http://0z.fr/2y5gy 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://dbserv1-bcu.unil.ch/persovd/detail.php?Num=3963


http://www.domainepublic.ch/?author=83

 

http://www.surparoles.ch/page8/page8.html
 

 

Auteur(e)

Catherine Dubuis

 

Esquisse biographique : Catherine Dubuis est née à Lausanne, où elle accomplit toute sa scolarité, couronnée par une licence en lettres classiques (latin-grec) à l’Université de Lausanne. Après quelques séjours en Grèce, aux Pays-Bas et à Brunei (sultanat au nord de l’île de Bornéo), elle enseigne en qualité d’assistante à la section de français moderne de la faculté des lettres de l’Université de Lausanne, puis, comme chargée d’enseignement, à la section de français langue étrangère de la même faculté. Elle passe six mois en Chine (Xian) dans un Institut de langue, à enseigner le français et prend sa retraite au début des années 2000. En plus des trois biographies citées plus haut, elle est l’auteure de nombreux articles de critique littéraire dans différents périodiques romands.

 

Œuvres

 

Les Forges du paradis, histoire d’une vie : Marguerite Burnat-Provins, Vevey, éditions de L’Aire, 1999 ; Vevey, L’Aire bleue, 2010.

 

Les Chemins partagés. La vie de Cilette Ofaire, Lausanne, éditions Plaisir de Lire, 2007.

 

Une femme entre les lignes. Vie et œuvre de Clarisse Francillon, Lausanne, éditions Plaisir de Lire, 2012.

 

À paraître : Pierrette Micheloud, Paris, éditions des Vanneaux, coll. « Présence de la poésie ».

 

De Catherine Dubuis et Pascal Ruedin

 

Marguerite Burnat-Provins, Lausanne/Martigny, Payot/Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins, 1994.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Ma muse

&

Que serais-je sans toi

 

 

Souad Yacoub Khlif  

 

 

 

Ma muse

 

 

                                              Mon poème est mauvais, mais je n’y suis pour rien

                                            Ma muse m’l’a dicté et elle n’était pas bien.

                                             La garce, elle me joue toujours de sales tours

                                              Et menace de s’en aller au petit jour.

                                              L’autre soir en fureur, elle me dit en hurlant :

                                              Prince des nuées, fais seul un vers même blanc

                                              Moi je fous le camp, adieu petit fainéant.

                                              Depuis, je tourne en rond avec mon papier blanc.

                                             Mon poème est mauvais, mais je n’y suis pour rien

                                              Ma muse m’l’a dicté et elle n’était pas bien.

                                                                                        

 

 

Que serais-je sans toi 

 

 

 

            Un tohu a besoin d’un bohu

                                                          Pour faire du chahut.

                                                         Mieux peut faire mieux

                                                          S’il est suivi d’un mieux.

             Au train, ajoutez son sosie,

             Vous comprendrez l’ennui.

                                                           Frou sans frou

                                                           Ne serait pas doux.

                                                           Pour faire une queue,

                                                             Remplacez loup par leu,

                                                             Ajoutez à leu leu.

                                        
 

 

                                

      

Pour citer ces poèmes

 

Souad Yacoub Khlif,  « Ma muse » & « Que serais-je sans toi », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-ma-muse-que-serais-je-sans-toi-111272295.html/Url. 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

Lien n°1

Lien n°2

 

Auteur(e)

Souad Yacoub Khlif, anncienne élève de l’École Normale Supérieure de Tunis, docteur ès lettres, spécialisée dans l’œuvre de Pierre Michon, maître-assistante à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, Souad Yacoub Khlif a participé à plusieurs colloques et elle publie dans des ouvrages collectifs et des revues littéraires comme Champs du signe, Itinéraire, Mawarid

Passionnée de littérature et de poésie qu’elle enseigne aux étudiants depuis trente ans, elle compose des « poèmes » pour son propre plaisir car, pour elle, la poésie est avant tout un jeu. En témoignent ces deux petits poèmes qu’elle vous fait parvenir. Le premier poème « Ma muse » est un avertissement, une forme de dérision. Le deuxième, est un jeu avec les mots, entre les mots. Il y a une histoire d’amour, un mot peut dire à un autre « Que serais-je sans toi ». Souad Yacoub Khlif est très sensible au pouvoir de la poésie de libérer les mots, de les faire chanter.

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Invitée de la revue

 

Au pays des doubles 

 

 

Marie-Alice Théard

 

 


Partant à la recherche du gardien des promesses intenues et des indiscrétions mal venues
Entre l'aube et l'aurore la mélancolie diffuse des pistes nouvelles dans les allées du ciel
Serpentant les montagnes cherchant un point d'ancrage
Le jour s'effiloche comme un souffle d'ailleurs dans la tiédeur du matin naissant
Somnolant dans un relent d'oubli
Les angoisses des âmes chimériques errent dans l'imaginaire le plus profond
Ou l'abstrait et la fiction racontent les carambolages du hasard
Des accords symbiotiques suscitant le rêve ou les utopies inaccessibles deviennent réalités
Le nomade jouit de la complaisance des harmoniques de la pensée
La fulguration du jour s'accouplant aux minuscules parcelles de rosée des paysages habités
Et le conteur visionnaire mire à travers la persienne aux paupières mi-closes l'ombre fluide de son double mouvant
Son œil s'évade évasant les vains espaces où les pas de son frère
inconnu flottent le long du flanc des vérités éternelles
Ludique il se réjouit des improvisations ciselant la vastitude du rivage de la mémoire révélée
Voyageur effréné la silhouette de l'homme sillonne les variantes légendaires des secrets oubliés et des dires interrompus
II plonge impoliment dans la cadence de l'ambiance d'une vie parallèle
Et prend son envol impétueusement la où la lumière accentue le raffinement du rideau de dentelle
Ses flancs frémissants devancent l'exquise connivence parsemant l'exubérance de son intrépide randonnée
Sur l'île il rencontre l'âme sœur ou son autre moitie
Depuis les mythes l'histoire raconte que dans le rituel du lieu
Clef précieuse du mariage de l'imaginaire et du symbole
Chacun retrouve son double
Pareillement curieux de voir s'animer le sien dans le rationnel ou dans l'absurde
Et le dormeur se perd dans la fine mousseline des nuages s'étirant jusqu'en fin d'horizon
Son rire moutonnant par endroit l'azur de pyramides de lumière

 

 

La ville abandonnée  

 

 

Marie Alice Théard

 

Dans la douleur d'un jour d'été
Silhouettant la berge tel épi de rosée
La marée turbulente marque les allées et venues des rencontres
fugitives
Seule sur les quais de la ville abandonnée
Veille la femme aux yeux avides
Elle écoute les lamentations du vent du nord
Questionnant le chant de l'urne gardienne de la parole captive
Elle sait que dans l’œil du vagabond
Somnolent les rêves des marins de passages
(Ils ne font que côtoyer le port)
(Leur espoir est ailleurs)
      Et la femme aux yeux avides
Plonge dans le ravissement des poissons bleus
Sur les rives elle s'anime
Ciselant l'océan d'argent
Sa folie s'évade vers des lieux de clémence
Inlassablement elle attend
Elle attend l'heure sienne
Celle qui ramène les amis partis pour des ports imprécis
Au rythme du banda1 e1le danse virevolte tourbillonne
L'invraisemblable retour des jeux de l'enfance
Elle entrelace sa réalité aux contorsions de sa démence
Et tout redevient comme avant sur la plage
(Avant)
(Avant... Avant quoi)
Avant que le malheur ne vienne avec son équipage
      Dans l’œil du vagabond la berge
Le rêve la danse la mer
L'attente et les poissons bleus
S'éparpillent en giboulées de cauchemars permanents
Et le long du rivage délaissé
S'allonge la douleur d'un jour d'été
Sur les quais de la ville abandonnée
La femme s'est écroulée
Épuisée
Dans son regard flétri
S'émaillent les reliefs des illusions d'antan

 
[1] Banda: danse de l’île d'Haïti pour démystifier la mort

 

 

 

La permanente douleur  

 

 

Marie Alice Théard

 

L'œuvre du poète porte la marque de l'atmosphère des harmonies perdues
Modulant l'éclairage de la rue sans réverbère
Une silhouette s'infléchit à la rencontre d'épais contours noirs Augmentant la sensation d'angoisse des émotions précipitées
Des lignes sinueuses longues et noueuses vont et viennent
Tourmenter le promeneur dans les raccourcis de la ville vide et rétive
Pour atténuer le silence aux échos macabres insolemment traces
Des chants croisent les rimes d'un quatrain
Ils décrivent l'exotisme de la misère et de ses plaies
Parlent de la peur sans salvation
De cette île de lamentation
De notre acceptation de malheurs qui se rident et se flétrissent
Se tassant pour faire une place à d'autres frôlant les limites de la folie
Ils s'égrennent au courant de l'air qui boucle sans fin
En plein carrefour de la mort

 

Sans Filiation ni Chronologie   

 

 

Marie Alice Théard


 
L'amour affirme et interroge les aspirations d'un nouvel hyménée
Le secret cisaille les chuchotements qui chavirent dans l'escarcelle des couvaisons de l'instinctif
Les destins étrangers vont-ils donc s'incurver dans le parcours des cohérences démonstratives
Transcendant la subtilité des ombres de la nuit exhaustive Ils trouvent l'exutoire pathétique des aubes indécises
Ils trouvent l'exutoire pathétique des aubes indécises
Ah ! Jouir du fragile équilibre des variantes de nos passions abusives
Assumer le relief des délires sur des pistes éphémères
Fragmenter la douleur dans l'harmonie contraire
Du désespoir de ceux qui dansent avec l'absurde
Ils trouvent l'exutoire pathétique des aubes indécise
Renoncer à l'essentiel pour courtiser la féerie des légendes insulaires où la licorne et le lion modulent l'émoi
L'incomparable pouvoir de l'amour campe des harmoniques pour les carambolages du vent
Posé comme une promesse d'absolu
Le baiser de l'aimé trousse les abysses des dieux


Pour citer ces poèmes


 Marie-Alice Théard, « Au pays des doubles »  , « La ville abandonnée »  , « La permanente douleur  »  & « Sans Filiation ni Chronologie », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 30   octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-au-pays-des-doubles-la-ville-abandonnee-la-permanente-douleur-111039262.html/Url.

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

www.festivalartshaiti.com

http://www.wix.com/cwebbn/litteratures#!marie-alice-théard

http://www.wix.com/cwebbn/litteratures#!

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb16267122v/PUBLIC

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb423241405/PUBLIC

 

Auteur(e)


 

Marie Alice Théard

Doctor honoris causa in humanities, Marie Alice Théard poétesse et écrivaine est née à Port au Prince (Haïti). Fille du vent, de l'espace et de la vague, vivant sous le réverbère de Dieu, elle dirige la galerie Festival Arts depuis 1982. Ses textes critiques sur l'art sont publiés dans les journaux à l'étranger et en Haïti. Elle dirige également les Éditions Théard dont le travail lui a valu le prix de l'éditeur de l'année l999. Élue femme de l'année 200l, Députe Directeur Général pour les Amériques de la Biographical International Centre de Cambridge, (BIC), Angleterre.  Elle se plaît à dire que ses œuvres d'art abouties sont ses trois enfants et ses sept petits enfants.
Publications : Cir du cœur (poèmes), Au pays du soleil bleu (poèmes), Au pays des doubles (poèmes et réflexions), Petites histoires insolites, 5 tomes de récits véridiques, Le temps, Paroles à dire (poèmes), réflexions et textes poétiques, Haïti la Voie de nos Silence (recherches et compilations biographiques en 4 tomes), Zéro Tolérance (récit véridique), Yam, l'amour réincarne (récit véridique).

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

Poèmes calligraphiés

 

 

Invitée de la revue

 

Danse l'Amour, Perle fine

 

 

Nicole Coppey

    


  Cliquez sur la photo pour l'agrandir

 

 

Danse l'Amour, perle fine

 

 

 

Ô mon cœur

 

 

Nicole Coppey


 

    Cliquez sur la photo pour l'agrandir


 

Ô mon coeur

 

 

 

Pour citer ces poèmes


Nicole Coppey, « Danse l'Amour,  Perle fine » & « Ô mon cœur »   , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Poètes & Muses. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-danse-l-amour-perle-fine-o-mon-coeur-110907458.html/ Url. http://0z.fr/eEjfb


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

http://www.nicolecoppey.com/

 

http://www.billetreduc.com/spectacle-nicole-coppey.htm

 

http://jmtheytaz.over-blog.com/article-couleurs-et-senteurs-de-vagues-avec-nicole-coppey-96060865.html

http://www.youtube.com/user/NicoleCoppey


Auteur(e)


Nicole Coppey

 

Chaîne sélectionnée par la revue

 

Url. http://www.youtube.com/user/NicoleCoppey

 

Vidéos choisies par la revue (poésie multimédia) 

 

 
 
Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Texte reproduit

Invitée de la revue

 

Geneviève Pastre

 

 

Florence Trocmé

  Texte reproduit avec l'aimable autorisation de la journaliste



 

Née le 20 novembre 1924, date du Manifeste du surréalisme, Geneviève Pastre a des racines triples : le Rhin, Mayence lieu de sa naissance, la Lorraine où elle a passé toute son enfance, et les grands Causses, Millau et toute sa région, terre d'origine de sa famille depuis toujours. Et le monde à découvrir.
Malgré une enfance vouée à la danse et sa volonté affirmée de s'y consacrer, elle est contrainte par sa famille à y renoncer et à poursuivre des études littéraires. À 24 ans, les termine par l'agrégation de grammaire, qui l'oriente vers l'enseignement.

Cette rupture avec ce qui donnait un sens à sa vie et à sa création artistique provoque chez elle, avec l'expérience de la douleur, le réflexe de l'écriture et la métamorphose en poète. Parallèlement, elle suit des cours de mime (avec Marceau et Jacques Lecoq) et, retrouvant ainsi la scène, crée son propre groupe, qui devient compagnie théâtrale en 1974, sous le nom de Théâtre de l'escalier, puis sous celui de "Compagnie Geneviève Pastre". Ce sont alors des années de bonheur (près de vingt ans) dans et par la création continue (au moins une création annuelle).
Après avoir publié des recueils de poèmes, des textes et un essai sur l'amour, De l'Amour lesbien, chez différents éditeurs, elle crée une collection personnelle « Les Octaviennes » en 1985, et finalement, sa propre maison d'édition en 1989 : Les Éditions Geneviève Pastre. Celles-ci incluent sa première collection, à laquelle elle en ajoute une seconde « Les Gémeaux, puis d'autres « bibliophilie », romans,  essais, et une minipoche « Courants Ascendants ».

Le terme "Les Octaviennes" désigne aussi depuis 1988, une association de femmes créatrices, (ouverte à toutes et ouverte sur le monde) qu'elle a fondée et qu'elle anime, pour développer un réseau culturel original autour de jeunes talents autant que d'auteures confirmées. Cette association culturelle fonctionne sur invitation et cooptation, de manière à préserver, tout en les élargissant, les "affinités électives". (BP 4242 - 75160 Paris cedex 04).
Elle a créé un prix de Poésie, un Prix Interarts, un Prix "Les Gémeaux", (créé en 1999) pour les poètes gais qui avaient concouru spontanément dès 1997.
Déjà en 1990, elle avait organisé le Troisième Festival européen de l'écriture gaie et lesbienne à Paris, "Anticipations Festival" qui a réuni près d'une centaine d'écrivains et d'écrivaines, de critiques, de traducteurs/trices et d'éditeurs/trices (débats, salons littéraires, spectacles, etc.). Les premiers salons organisés dans le cadre de FALGWE (la fédération européenne) avaient eu lieu à Londres en 1987, puis à Rotterdam, "Satisfiction" en 1989.
Elle a enfin créé, en 1985, un groupe d'écriture expérimentale : Tendi Mundi qui a participé, entre autres, à la Foire de la Poésie de Paris, aux Journées internationales de poésie de Rodez. Elle a également animé un atelier aux Rencontres Nationales d'Ateliers d'Écriture à Aix-en-Provence en février 1993. Elle participe aussi en tant qu'auteure et éditrice aux Salons de l'Homosocialité, et à celui de la Salle Wagram et de Cineffable. Avec les Octaviennes elle dit ses textes dans des récitals donnés en public (restaurants de femmes et autres manifestations publiques). Elle se partage ainsi entre l'écriture, la mise en scène, la poésie, la recherche philosophique, sociologique et anthropologique, fait des communications dans de nombreux colloques et festivals, a été invitée sur des TV tant étrangères que françaises. Pendant dix années, elle a animé une émission hebdomadaire sur Radio-Libertaire, "Les Affinités électives".
 

 

Elle a utilisé divers pseudonymes, en tant que critique ou romancière. Elle vient de créer un parti politique, les Politides (ou Mauves). Il propose un projet global de société, redéfinit l'homme sur des bases modernes, être d'expression et relationnel, en particulier en intégrant les sexualités dans son expression fondamentale et en se positionnant d'une façon décisive et radicale sur les grands sujets d'actualité sociaux, droits de l'homme, politiques (famille, enfant, etc.), et prend position publiquement chaque fois que l'événement l'exige.


Publications


  • Pierre éclatée, poèmes, éd. St Germain-des-Prés, Miroir Oblique, 1972 (épuisé).
  • Fleur dans le Ventre vert, poèmes, éd. Millas-Martin, 1973 (épuisé).
  • On gaspille l'Amarre ici, poèmes, éd. St Germain-des -Prés, Poètes contemporains, 1975 (épuisé).
  • 7-14-17 ou Architectures d'Éros, Ed. Subervie, Rodez, 1978.
  • L'espace du souffle*, roman, éd. Christian Bourgois, coll. blanche, 1977 réédité. aux éditions Geneviève Pastre, Paris, 1990.
  • De l'Amour lesbien*, essai, Pierre Horay, Paris, 1980, traduction allemande à Berlin en 1985 chez Sissiverlag.
  • Octavie ou La deuxième mort du Minotaure, récit-poème, 1985 et réédition en 1998.
  • Fulvie ou Voyage à Delphes, journal de voyage, 1986
  • Athenes et le "Péril saphique", essai d'histoire critique, 1987, réédition 1997.
  • Préludes pour un largo, poèmes, illustré par Madeleine Scellier, sur pur vélin Johannot, tirage limité, imprimerie de La Charité, Montpellier, coll. les Oct. 1988 épuisé, repris dans la coll. Courants ascendant. Largo, poème, traduit en anglais par Marilyn Hacker (in 13TH MOON, vol.14, University Albany).
  • Le Nouveau manuel d'orthographe, traité-pamphlet d'esthétique de la grammaire et du langage, 1991.
  • Amélie ou Ondes de choc, nouvelle, (in "Mit Würde und Feuer", Wien Frauen, 1993. Paru en 1999, en édition originale française, au Québec.
  • Trois gorgées du modeste royaume, poèmes, 1995.
  • Le Bien aimer, essai philosophique et esthétique sur l'amour, 1995. 
  • Les Amazones, du mythe à l'histoire, essai d'histoire critique, 1996. 
  • À ma Mère, récit paru dans " Sie ist gegangen", Orlandaverlag, Berlin, 1997.
  • Octavie/Octavia/OTtavia, traductions d'extraits d'Octavie ou la deuxième mort du Minotaure, en espagnol par Monica Khobzi, en italien par Bianca Rabaioli Apostoli
  • ''Intersections des seuils'' in Trois, revue québecoise dirigée par Anne-Marie Alonzo, Québec (juillet 1998).

Nombreux articles parus dans des revues françaises ou américaines en particulier 

  • "Le "JE" femme/ homme" in L'homosexuel/le dans les sociétés civiles et religieuses CERDIC/CNRS Strasbourg (colloque), 1985 ; « J’entends cette clameur », in La Société des femmes, anthologie des Cahiers du Grif , éditions complexe, 1992.
  • « Twentieth Century Lesbians : Should we revive Memory or break with the Past », in Journal of Homosexuality, vol 25 , n°1/-1-1993.
  • « Sortir du piège… par un saut qualitatif : la saisie intuitive du philosophe par un regard sur lui-même, être humain sexué », in Homosexualités, expression ; répression, Stock, 2000.
  • À paraître : Une Femme en apesanteur (Mémoires littéraires militantes et politiques de 1975 à 1998) aux Éditions Balland.

Entre texte, musique, mise en scène et peinture

  • Deux poèmes mis en musique par Yves-Marie Bruel et chantés par Christine Gouzes à l’abbaye de Sylvanès, en 1978 (in CD-oeuvres complètes d’Y. M. Bruel, 1995)
  • En Mai 1992, Le Théâtre de la Méduse a produit l'espace du souffle, dans une adaptation et une mise en scène de J.J. Charbonnier, avec Catherine Hasselwander. (La création a eu lieu au Théâtre Arcane à Paris.
  • En Novembre 1992, Jean Paul Gilly a exposé cinq tableaux d'une série de 29 à partir de l'espace du souffle, à la Mairie de Pantin, et au Centre Culturel d'Aubervilliers.*

 

 

* Voir aussi url. http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/01/une_lecture_de__1.html

 


Pour citer ce texte


Florence Trocmé, « Geneviève Pastre  » (texte reproduit avec l'aimable autorisation de la journaliste, 1ère publication in Poezibao dans ''Poètes'' (fiches bio-bibliographiques) le 2 novembre 2005, url. poezibao.typepad.com/poezibao/2005/11/genevive_pastre.html), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques  : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes . Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31  octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-genevieve-pastre-110904727.html/Url. http://0z.fr/QFAAR

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

http://poezibao.typepad.com/poezibao/

 

http://www.sitaudis.fr/Auteurs/florence-trocme.php

 

http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=1651

 

http://www.viabooks.fr/interview/entretien-avec-florence-trocme-16063

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Poezibao

 

http://remue.net/spip.php?article3724

Auteur(e)

 

 

Florence Trocmé

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Critique & réception

 

 

Texte reproduit

 

Michèle Finck, Balbuciendo

 

Ouvrage poétique paru aux ÉditionsArfuyen


 

Françoise Urban-Menninger

  Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure et de la revue Exigence-Littérature 

 

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782845901773.jpg

    
Après L’Ouïe éblouie paru aux éditions Voix d’encre, Michèle Finck signe l’édition d’un deuxième recueil chez Arfuyen dont le titre Balbuciendo nous renvoie d’emblée vers l’origine du langage qui nous met au monde. On songe aussitôt au merveilleux film-poème La momie à mi-mots où apparaissait Michèle Finck, poète et scénariste et dont le réalisateur Laury Granier nous disait que derrière l’écrivain se cachait « l’éternel enfant ».


« L’éternel enfant » use de ce balbutiement dont G. Diego dans le livre de Paul Gifford Paul Valéry : musique, mystique, mathématique nous affirme qu’il est « la poésie, ces choses ou cette chose que tentent obscurément d’exprimer les cris, les larmes, les caresses, les baisers, les soupirs. ». Et de citer le fameux vers du Cantique Spirituel du mystique espagnol Jean de la Croix : « un no sé qué que balbuciendo ». Le livre que vient d’écrire Michèle Finck est bien un livre qui répond à cette définition. La rupture, le deuil, l’absence tracent sous la peau vive de l’auteure "des lignes de douleur".


Dans la première des trois parties qui composent le livre, Michèle Finck évoque "L’amour et l’échec de l’amour...". On retrouve dans "Présage" l’atmosphère de La momie à mi-mots avec de "Frêles cerfs-volants que le vent frôle'' mais déjà l’auteure voit sa "tête équarrie dans la vitrine d’un boucher". Image forte, étrange, fantasmatique dans la lignée de celles d’Anise Koltz ou de Claude Ber qui nous touche dans notre chair. Car à n’en pas douter, les mots de Michèle Finck ont partie liée avec ce corps qui les sécrète : "Les gencives de l’enfance saignent", "L’oreille pleure d’astres crevés"...

La deuxième partie du livre consacrée à la mort du père est bouleversante. L’enfance du père y est évoquée avec une tendresse infinie : "l’avoir entendu balbutier qu’il avait appris à déchiffrer tout seul livres et partitions en gardant les vaches."... Michèle Finck avec son âme d’enfant se remémore son père enfant avec ses frustrations, ses peurs, ses désirs. Le lecteur éprouve une totale empathie pour l’auteure au chevet de son père agonisant et il ouvre avec elle "de nouvelles portes de douleurs à l’intérieur de soi".

Suivent alors des poèmes magnifiques tel "De givre et de feu" où père et fille se retrouvent au coeur du poème "Écrit à deux bouches". Dans le texte "À deux voix" où le père incinéré devient "Père à la peau de sapin père brûlé", on appréhende la consumation totale du moi dans la nature qui a inspiré le père également poète.

Indubitablement, le livre de Michèle Finck est l’une de ces étoiles filantes qui nous éclaire dans notre nuit. Si le vrai cimetière n’est autre que notre mémoire, il n’en est pas moins vrai que ce recueil est la vraie tombe du père décédé. Et l’auteure de nous rappeler la lettre de Goethe à Zelter dans laquelle il soutenait :" J’ai la ferme conviction que notre esprit est une substance de nature tout à fait indestructible, qui continue d’oeuvrer d’éternité en éternité".

Dans la troisième et dernière partie intitulée « Scansion du noir », Michèle Finck, on le pressent, a décidé de continuer "à oeuvrer" : "Ciel silence cigale/J’écris/D’un seul coup tout autour des tortues sauvages."

Et l’écriture du ciel de mettre un baume sur cette incoercible souffrance : " Ce soir un peu de bleu a eu pitié de moi " et le lecteur de refermer ce livre en sachant qu’il faudra très peu de temps pour qu’il le reprenne pour une nouvelle lecture. Car les lectures de Balbuciendo ne peuvent être que multiples. Il y a plusieurs livres dans ce recueil où les images forcent notre inconscient tant leur puissance et leur magnificence nous interpellent jusque sous notre peau où chaque mot rencontre son écho car le poème et son auteure ne font plus qu’un dans un corps de lumière où l’écriture s’impose pour révéler sur la page blanche " le scanner de l’obscur ".

 

 

Pour citer ce texte


Françoise Urban-Menninger, « Michèle Finck, Balbuciendo, ouvrage poétique paru aux Éditions Arfuyen » (reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure et de la revue Exigence-Littérature, url. http://www.e-litterature.net/publier/spip/spip.php?page=article5&id_article=278), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31 octobre 2012. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-michele-finck-balbuciendo-ouvrage-poetique-110896855.html/Url.

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

Françoise Urban-Menninger  Wikipédia

http://www.lemanoirdespoetes.fr/poemes-francoise-urban-menninger.php

http://sociedadedospoetasamigos.blogspot.fr/search/label/Fran%C3%A7oise%20Urban-Menninger

 http://www.editinter.fr 


Auteur(e)


Françoise Urban-Menninger est poète et nouvelliste, auteure d'une vingtaine d'ouvrages de poèmes et de nouvelles. La plupart ont paru chez Éditinter, le dernier recueil de poèmes en date est De l'autre côté des mots. Elle anime des ateliers d'écriture à Strasbourg où elle est critique d'art pour la revue Transversalles, elle rédige également des critiques littéraires pour la revue électronique Exigence-Littérature. Elle est également membre de la SIEFEGP et de l'équipe de la revue Le Pan poétique des muses.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Poésie, Je comme une Autre,

 

Morte, Eurydice ou le devenir

&
Rosa : s'approprier ou instituer l'action

 

 

 

Styliani Kokkal

 


 

À Simone de Beauvoir

 


 Poésie 

Ut pictura poesis

 


Cerises juteuses

Soupirs étouffés

Saumon atlantique

Un cellulaire ZTE noir quasi chargé,

un bégonia rose placé dans un pot beige,

trois citrons étalés dans une petite assiette,

deux roses et trois bambous érigés d'un vase en verre

Quatre lèvres, souffle d'inspiration et bonne chance !


 

 

Je comme une Autre


 

Pourquoi l'hésitation à la place de l'humanisme ?

Qu'elle soit marxiste, léniniste, trotskiste

Pacifiste en tout cas, chez elle,

Variable certes, cette autre surnommée femelle

se conçoit concrètement et purement - malgré ou grâce

à la turbulence mensuelle,

différence biologique d'un destin essentiel.



Morte


 

Il est entré dans le même wagon, dans le premier, et il s'est assis en face d'elle. Son allure mystérieuse, ses lunettes noires lui couvrant presque le visage entier. Visage camouflé, membre caché, courage intrépide. En chantant à haute voix de la musique du walk-man et, oui, ose-t-il lui caresser instantanément la cuisse. Après, il s'excuse... !

Morte. Sa pudeur jadis propre maintenant enlevée, quasi violée.

Immobile devant un monstre déguisé en noir, cependant, elle descend, à tête basse, au prochain arrêt.

 

 

 

Eurydice ou le devenir


 

Son destin,

qu'il ne soit pas revenu.

Avant-dernier chant,

comme au parking souterrain,

manqué par le glaneur.

Être des lèvres pulpeuses

sablé dans la plage,

envisageant et se moquant de la norvégienne

qui était à la course.

Maison soudainement devenue solitaire,

plus qu'historiquement ou existentiellement parlant.

Elle redevient et retourne grâce à

ses aliénations successives et maladives

ses possibilités existentielles surtout matérielles,

historiques ou authentiques.


 

Rosa : s'approprier ou instituer l'action


 

Beaucoup existent entre droits abstraits et condition concrète.

Comment problématiser, comment creuser entre

instruction, marges et collectivité ?

D'abord, il s'agit de se sentir chez soi dans ce monde -

chose apparemment facile-

avant de pouvoir établir sa signifiance.

Deuxièmement, exemplifier et conjuguer :

progrès et conception,

états primitifs et héroine,

stade du miroir et collectivité instituée,

déclaration de pouvoir et suffragettes,

expression surréaliste de coquilles et

Rhéa mother-of-perle et paysage.

D'autant plus, totems et panacée gigantesques muets

siècle-chapitre conquête historique

se dialoguant révolution avec

agencement en refus sentimental.

                           

Pour citer ces poèmes 

 

Styliani Kokkali, « Poésie », « Je comme une Autre »,« Morte », « Eurydice ou le devenir » & « Rosa : s'approprier ou instituer l'action », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-poesie-je-comme-une-autre-morte-eurydice-ou-le-devenir-rosa-110892808.html/Url. 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

....

Auteur(e)


Styliani Kokkali est doctorante au Département de langues, de traduction et d'interprétation à l'Université Ionienne (Corfou, Grèse). Elle rédige une thèse en français sur les autoportraits et le journal intime de l'artiste mexicaine Frida Kahlo (orientation : surréalisme, philosophie féministe, autobiographie, psychanalyse et intermédiarité). Elle est titulaire d'une Maîtrise en Littérature comparée a l'Université de Montréal (Québec, Canada) et d'une Licence en Études anglaises à l'Université d'Athènes (Grèce). Elle a déjà présenté des communications en français et en anglais dans plusieurs conférences au Canada et en Europe. Styliani Kokkali publie aussi des études critiques (comptes-rendus et articles) sur la littérature et l'art du XXe siècle dans des revues et des ouvrages américains et européens. Actuellement je vis et travaille comme professeur de français et d'anglais à Athènes (Grèce). Les poèmes ci-dessus proviennent de "Réécriture" (un ensemble de poèmes qui réécrit en poésie la théorie de Simone de Beauvoir).

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

Rechercher

À La Une

  • Lettre n°10
    Publication successive Lettre n°10 Nous fêtons dans cette Lettre Le Printemps des Poètes au féminin & le festival Megalesia 2017 jusqu'au 31 mars 2017 30 avril 2017 Crédit photo : Allegoria dell'Inclinazione 1615-1616 (Allégorie de l'Inclination) par...
  • Vive la Retraite !
    Dossier majeur | Textes poétiques Vive la Retraite ! Joan Ott © Crédit photo : (illustration à venir) Synopsis Enfin retraités après une longue vie de labeur, Aline et Germain ont acheté une île déserte au beau milieu du Pacifique où ils comptent couler...
  • Dossier majeur | Textes poétiques Vive la Retraite ! Joan Ott © Crédit photo : (illustration à venir) *** Pour citer ce poème Joan Ott , « » , Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques...
  • Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ?
    Dossier majeur | Textes poétiques Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ? Sylvie Troxler © Crédit photo (illustration à venir) Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ? J’suis pas un chien tout de même ! D’accord, j’ai tout...
  • Vieilles dames vénitiennes
    Dossier majeur | Textes poétiques Vieilles dames vénitiennes Chantal Robillard Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure de son blog officiel Venise, poèmes de voyage © Crédit photo : (illustration à venir) Mon hôtesse m’annonce...
  • Femmes inspiratrices des grands peintres mais peintres par-dessus tout
    Femmes, poésie & peinture Avant-première Femmes inspiratrices des grands peintres mais peintres par-dessus tout Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Crédit photo : La Paix ramenant...
  • Penser la maladie et la vieillesse en poésie
    Dossier majeur | Introduction du n°6 Penser la maladie et la vieillesse en poésie Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème © Crédit photo : (illustration à venir) À l'heure où s'achève à Strasbourg la septième édition du Forum Européen...
  • La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro
    Dossier majeur | Femmes, poésie & peinture Avant-première La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Crédit photo : affiche de l'exposition...
  • Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 / Haiku for Tatjana Debeljački 2017
    Annonce de parution / revue des éditrices Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 / Haiku for Tatjana Debeljački 2017 Tatjana Debeljački © Crédit photo : couverture illustrée du recueil fournie par l'auteure Poeta konkurs / Poeta contest Haiku za Tatjanu Debeljački...
  • Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas
    Femmes, poésie & musique Pour la Journée Internationale de la Femme Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas Dina Sahyouni La chanson « Adèle » interprétée par Patricia Kaas s'adresse à toutes les femmes parce qu'elle éclaire la condition féminine...