21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 15:48

 

Dossier majeur | Femmes, poésie & peinture

Avant-première

 

 

 

La Place des femmes

 

 

dans la peinture de Camille Pissarro

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

Crédit photo : affiche de l'exposition

 

 

 

La peinture de Pissarro est le reflet de son quotidien. Les femmes y occupent une place importante. Français, né à saint Thomas, une île des Antilles danoises, Camille Pissarro, a mis en scène des femmes insulaires de couleur dans « Deux Femmes causant au bord de la mer », (1856). Donc, aucune nuance épidermique ne lui échappe. Il semble être fasciné par les femmes de toutes origines et de toutes les classes sociales, aussi les campe-t-il dans différentes postures. C’est un fin observateur qui capte les femmes dans leurs faits et gestes au quotidien. Il semble ne pas opérer de sélection mais immortaliser au gré de ses pinceaux les instants magiques qui s’offrent à lui. [La] « Paysanne poussant une brouette », (Pontoise, 1874), trouve grâce sous son pinceau habile tout autant que la femme qui, l’échine courbée, s’adonne à « La Moisson », (1882).

 

Dans « La Promenade à âne à La Roche-Guyon », (1865), c’est la campagnarde qui fait monter à dos d’âne ses enfants pour une balade de santé en pleine nature. Une nature accueillante où l’on goûte aux plaisirs simples de la vie.

« La conversation », (1881), c’est la convivialité entre deux femmes en tenues simples dans un milieu naturel où rien ne saurait les déranger. Il peint des femmes empreintes de sérénité et cultivant la joie simple. Son but est de faire partager à ses semblables les émotions les plus profondes et les plus vraies.

Cela se comprend d’autant que Julie Vellay, la femme avec laquelle il eut huit enfants, et qui devint son épouse, fut la domestique de ses parents. Anarchiste dans l’âme, libre-penseur, il vivait en harmonie avec ses pensées.

 

Il jette une voile pudique sur les femmes qu’il peint et pour cause il ne dévoile pas les femmes dans leur intimité, aussi nous présente-t-il une « Femme nue de dos dans un intérieur », (1895), donc chez lui, la femme n’est jamais objet mais plutôt sujet. Cette femme est une femme qui est dans un milieu clos, un espace privé, donc inviolable. La plupart du temps, « ses » sont longuement vêtues ou en tenue de travail. Ce sont des femmes responsables comme dans « Le Jardin à Pontoise », (1877), où l’on voit une femme à l’ombrelle, assise sur un banc, faisant face à une petite fille, jouant d’un instrument, dirait-on une flûte, c’est sans doute la mère de famille qui emmène son enfant profiter de l’air pur d’un espace vert.

Peintre de la vie urbaine, il n’en demeure pas moins que le père de l’impressionnisme se laisse séduire par les décors des milieux naturels. Aussi se passionne-t-il pour les scènes de la vie pastorale et champêtre dans un registre bien différent de celui de Fragonard, de Watteau ou de Boucher.

 

Dans les champs, la gent féminine est toujours présente aux côtés des hommes, elle est une âme généreuse qui participe activement à la récolte et qui donne toujours de sa personne elle est loin d’être un élément du décor ou une femme de scène galante. Elle est l’égale des hommes du point de vue l'aboral comme dans « La Récolte », (Pontoise, 1880).

Dans « Bergère rentrant des moutons », (1886), c’est une scène réaliste de la vie pastorale que le peintre nous donne à voir avec une femme comme actrice, donc il s’agit là d’une femme active, maîtresse de son destin.

De ce fait, on peut dire que les femmes dans la peinture de Camille Pissarro sont valorisées car elles sont présentées sous leurs meilleurs jours : elles constituent une force de travail.

 

 

NDLR : Il se tient actuellement une exposition intitulée « Pissarro, le premier des impressionnistes » au Musée Marmottan Monet, Paris 16ème, jusqu’au 2 juillet 2017.

Voir aussi : http://www.offi.fr/expositions-musees/marmottan-monet-2747/camille-pissarro-le-premier-des-impressionnistes-63645.html & http://www.marmottan.fr/fr/CAMILLE_PISSARRO_%22LE_PREMIER_DES_IMPRESSIONNISTES%22-expositions-10460-2576

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « La Place des femmes dans la peinture de Camille Pissarro », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/Lettre n°10, mis en ligne le 21 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/femmeschezpissarro.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 14:11

 

Annonce de parution / revue des éditrices

 

 

Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 /

 

Haiku for Tatjana Debeljački 2017

 

 

 

Tatjana Debeljački

 

 

© Crédit photo : couverture illustrée du recueil fournie par l'auteure

 

 

 

 

Poeta konkurs / Poeta contest

Haiku za Tatjanu Debeljački /

Haiku for Tatjana Debeljački 2017

 

Izdavač / Publisher : Poeta

Kritika / critics

Peko Laličić

Žiri u sastavu / The jury consisted of

 

Radomir Rašo Jagodić

Božidara Škobića

Tatjana Debeljački

 

Ilustracije / Artwork : Gordan Ćosić

Prevod na engleski  i srpski / English and serbian translation :

Svetlana Gavrilović

Grafička priprema / Prepress : Čedomir Cicović

                                                                    

POWERFUL CONCEPT OF BEAUTY

 

The man is a miracle. And as such he becomes a puzzle to himself and others, and much more to himself than to others because the most difficult thing to do is to learn about oneself, especially one's creative-self. And those who manage to discover their preferences early and who are lucky enough to find creativity in themselves and discover what beautyis  and what can be given to others, without doing anything to their own detriment, they rise, enrich and enlighten themselves and see further and more clearly. They develop the need to share their understanding of man, his life, nature and the world in general with others, and to do it in a blink, the flash of their mind and spirit: in a Zen-like fashion, briefly, clearly, and powerfully so that everyone is impressed and intrigued to start looking for themselves in the unsaid. It is well known that this is most efficiently achieved through haiku poetry, the kind that is used by Tatjana Debeljački in order to express herself and say what lies in her heart and soul, and revive images of nature and man's inner life with her readers and speak about what others like her speak about in their own poetry.

 

Hence the international competition "Haiku for Tatjana Debeljački 'of the Poeta Association of Writers from Belgrade. Hence the great interest of haiku poets from all over the world to support her as one of the haiku '' lighthouses '' who skillfully handles the most famous type of Japanese poetry shaped under the influence of Zen.

That is why there are so many poetic blinks in her honour, and many tremors of light which recreate the images of all who have been seeking magical beauty of poetic expression and enlivening the world and the beauty of life all over again. And all this is done with the maximum directness and strong and deep emotions about the already known, which imposes the need to (not underestimating the award-winning haigu authors) point out, at least, the winning haiku by Veljko Gajdašević and Predrag Pera Ćiković from Serbia and Ljiljana Dobra from Croatia.

 

shining in the dark

severed from a string of pearls

a pearl bead

 

this autumn

a yellow leaf awaits a friend

on the doorstep

 

when fireflies soar

from your eyes into the night

the moon is envious

 

and a haigu by Tatjana Debeljački :

 

drunk love

bare feet

travelling moon

 

"Haiku for Tatjana Debeljački" is a lyrical book which will be cherished by connoisseurs of this kind of poetry because it is written to offer a direct expression of poetic experience and because it it has a real poetic value and gives a strong perception of beauty.

                             

Peko Laličić

Kritika / critics

 

 

***

Pour citer ce texte

 

Tatjana Debeljački, « Haiku za Tatjanu Debeljački 2017 / Haiku for Tatjana Debeljački 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 21 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/haiku-debeljacki.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 10:15

 

Femmes, poésie & musique

 

 

Pour la Journée Internationale de la Femme

 

 

Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas

 

Dina Sahyouni

 

 

 

La chanson « Adèle » interprétée par Patricia Kaas s'adresse à toutes les femmes parce qu'elle éclaire la condition féminine dans la société contemporaine et au sein de la cellule familiale en mettant surtout l'accent sur l'importance de la solidarité entre les femmes en tant que consœurs vouées à s’entraider en transmettant de génération en génération leurs savoirs sur « Ce que c'est être femme » et « Ce que réserve la société à l'être féminin ».

La chanson traite de la difficulté de la vie amoureuse et sociale des femmes de nos jours. Cette difficulté relève souvent d'un héritage commun aux femmes et s'exprime dans un combat quotidien pour demeurer à la fois libre, forte, épanouie et amoureuse.

Faire face aux obstacles tout au long de sa vie est en effet le propre de l'être assigné "femme" dans un monde hostile à la liberté et à la parité réelles entre les sexes. La chanson valorise ainsi la nécessité de la transmission des savoirs féminins sur soi-même et sur le monde dans une démarche constructiviste et féministe entre les femmes dans par exemple les couplets suivants :

 

Allons marcher Adèle

Je te dirai ce que les femmes

Vivent depuis que je suis môme

Vivent depuis que je suis dame

 

 

Allons marcher ma belle

Je te donnerai quelques clefs

J'essaierai d'être bien précise

Oh comme j'ai pu te ressembler

 

 

Le vécu d'une femme est souvent similaire à ses semblables. Il appartient au matrimoine. Ce matrimoine propre aux femmes est celui de l'humanité déchirée par sa vision de la différence comme infériorité et non pas un écart. Ce matrimoine minoritaire est également en partie l'expression de la place des femmes dans la société à travers les siècles.

La poésie lyrique de la chanson d'« Adèle », telle celle de « Madame tout le monde », révèle au grand jour la conscience engagée et féministe de l'artiste Patricia Kaas. Son choix de célébrer les femmes et leurs droits acquis ne peut que faire avancer la cause féminine en France et ailleurs dans le monde par le biais des modèles féminins très variés qu'elle chante et qui mettent en œuvre quotidiennement leurs modes de pratiques de soi (cf. Michel Foucault) en tant qu'êtres libres et singuliers :

 

Isolante, insoumise, attachante libérée

Dilettante, bienfaisante, piquante et maquillée

Iconique, discrète, courageuse ambulante

Hypnotique, amoureuse, célibataire et battante

Déchaîne, solide maman ou putain

Généreuse, sylphide, du soir et du matin

 

À l'instar de l'artiste Patricia Kaas, ce billet célèbre donc les femmes et leurs manières d'être libres et épanouies.

***

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « Brève chronique sur "Adèle" de Patricia Kaas », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 21 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/adeledepatriciakaas.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 10:50

 

Femmes, poésie & peinture

Avant-première

 

Pour la Journée Internationale de la Femme

 

 

Frida Kahlo

 

 

ou la sublimation de la douleur par l’art pictural

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Frida KAHLO est née à Coyoacán au Mexique le 6 juillet 1907, elle fut encouragée dans sa recherche esthétique par son mentor, le peintre muraliste Diego Rivera qui deviendra son mari pendant les vingt-cinq dernières années. Frida Kahlo nourrissait le vœu de se faire médecin mais un accident qui la cloua au lit l’orienta vers la peinture. Un miroir fixé sur son lit à baldaquin lui renvoya son image comme un alter ego qu’elle dupliquait.

 

 

Sa peinture est quelque sorte une mise en scène de sa vie, vallée de joie et de souffrances enchevêtrées. Artiste adulée, elle vivait toujours entourée de ses amis peintres qui la maintenaient dans une ambiance culturelle et intellectuelle soutenue, elle se nourrissait également de lectures de poèmes, ce qui l’aidait plus que jamais à surmonter les atroces douleurs physiques auxquelles elle était en proie tout au long des son existence, ayant subi sept interventions chirurgicales aux membres inférieurs et à la colonne vertébrale. En dépit de tout, elle resta égale à elle-même jusqu’au soir de sa vie car même alitée, elle peignait sans répit pour triompher de la maladie. Elle avait une morale à toute épreuve même si l’envie de mettre fin à sa vie lui frôla l’esprit par moments. Heureusement que son Diego bien-aimé, quoique volage à souhait, avait été toujours là pour elle, qu’il surnomma affectueusement mon enfant. Dans cette perspective, Sabrina Santagata dans Ethnologie(s) en herbe, une étude sur la vie et l’œuvre de Frida Kahlo souligne « S’ils eurent du mal à se rencontrer sur une même exigence affective, Frida et Diego partagèrent, en revanche, le goût pour la théâtralité » (cf. P. 64).

 

C’est dans les vapeurs de stupéfiants et dans les beuveries d’alcool qu’elle noya les affres du désespoir et de la souffrance à la suite de son amputation. Militante aguerrie, elle mit sa peinture au service du parti communiste auquel elle voua un culte sans borne et se fit en même temps le porte-drapeau du féminisme. Par son besoin constant de surprendre, elle versa dans l’insolite en transposant sa maladie dans sa peinture.

 

L’univers pictural de Frida (ndlr, elle aimait bien qu’on l’appelât par son prénom) est peuplé d’éléments représentatifs de la cosmogonie indigène ou aztèque, de totems, de natures mortes et d’autoportraits. Elle a le contrôle de son intimité, la maîtrise de son corps. C’est un corps souffrant qu’elle modèle, façonne à sa guise et elle le représente tel qu’il le sent. Elle le dédouble, elle y inscrit tous ses fantasmes, elle verse en quelque sorte dans la catharsis. Après avoir peint son dernier tableau « Viva la vida » (« Vive la vie ») c’est dans la Casa azul, « La Maison bleue », héritée de sa famille, qu’elle meurt à 47 ans le 13 juillet 1954 d’une embolie pulmonaire, liée à la gangrène de sa jambe droite.

 

Le 30 novembre 1922, El Universal Ilustrado consacra un numéro spécial à l’État de Guanajuato, à 300 kilomètres au nord-ouest de Mexico. Ortega alias « Orteguita », une journaliste, publia le poème ci-après de Frida Kahlo, un peu contre sa volonté, situant cette dernière parmi les jeunes espoirs de Guanajuato (ndlr, l’auteur n’avait que 15 ans à l’époque). La future peintre en fut tellement gênée qu’elle jura de ne plus jamais avoir recours à ce genre littéraire, et ce poème tomba pratiquement dans l’oubli.

 

***

 

© Crédit photo : image du poème "Recuerdo" de Frida Kahlo

(image fournie par Maggy de Coster)

 

 

Recuerdo

 

 

Yo había sonreído. Nada más. Pero la claridad fue en mi y

En lo hondo de mi silencio.

El me seguía. Cómo mi sombra, irreprochable y ligera.

En la noche, sollozó un canto…

los indios se alargaban, sinuosos, por las callejas del pueblo ;

Iban envueltos en sarapes, a la danza, después de beber mezcal,

Un arpa y una jarana eran la música, y la alegría

eran en las morenas sonrientes.

En el fondo, tras del “Zócalo”, brillaba del río. Y se iba cómo

los momentos de mi vida.

El, me siguió

Yo terminé por llorar, arrinconado en el atrio de la parroquia,

amparada por mi rebozo de bolita, que se empapó de lágrimas.

 

 

Poema de Frida Kahlo, publicado en El Universal Ilustrado el 30 de noviembre de 1922.

 

 

Souvenir

 

 

J’avais  souri. Rien de plus. Mais la clarté fut en moi et

Dans le fond de mon silence.

Il me suivait. Comme mon ombre irréprochable et légère.

Dans la nuit, fusait un chant tel un sanglot …

Les Indiens s’entortillaient à travers les ruelles du village.

Enveloppés dans leurs ponchos, ils festoyaient et dégustaient le jus de l’agave

Une harpe et une guitare s’alliaient  de bon gré pour les divertir,

et les négresses souriantes exultaient.

Derrière le Zocalo1 miroitait la rivière. Elle coulait comme les moments de ma vie.

Abandonnée  sur le parvis de la paroisse,

Je finis par pleurer, voilée de ma mantille trempée de larmes.

 

Poème de Frida Kahlo publié dans El Universal Ilustrado le 30 novembre 1922. (Traduction française de l'auteure / traducción francés de la autora de Maggy de Coster)

 

 

Note

 

1. Zócalo : Grand-Place

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Frida Kahlo ou la sublimation de la douleur par l’art pictural », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »/ Lettre n°10, mis en ligne le 20 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/fridakahlosublimation.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro7
19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 08:42

 

Poème inédit pour le festival Megalesia 2017

 

 

La Muse moderne et l'homme jasmin

 

Marianne Desroziers

Blog officiel : http://mariannedesroziers.blogspot.fr/

http://www.m-e-l.fr/marianne-desroziers,ec,1196


 

 

La Muse moderne

L'Ange de l'anarchie

La Cafarde

Aveux non avenus

Cause éloignée d'une lutte infinie

À l'Auberge du cheval de l'aube

Le cornet acoustique

Gouffres amers

L'Alcôve, intérieur avec 3 femmes

Petit sphinx ermite

Rêve du 21 décembre

La Harfang des neiges

Somnambule

Et la vie à nouveau

Le Déjeuner en fourrure

L'oreille de Giacometti

La grue tachetée

Vol de minuit

Dons des féminines

La sauterelle arthritique

Le Feu maniaque

Cristaux d'espace

Oneiroscopiste

J'ai vu 3 villes

Le 1er mars les corbeaux commencent leur recherche

Les petites amoureuses

La Tanière abandonnée

Cache-toi, Guerre !

Marionnettes végétariennes

La naissance des oiseaux

Sombre Printemps

L'Homme Jasmin

 

***
 

Le texte ci-dessus est un « liste-poème » constituée de titres d’œuvres des femmes artistes surréalistes suivantes :

 

AGAR, Eileen, La Muse moderne (1934), L'Ange de l'anarchie (1940) / Peinture

BONA (de Mandiargues), La Cafarde (1967) / Récit

BRIDGWATER, Emmy, Cause éloignée d'une lutte infinie (1940) / Peinture

CAHUN, Claude, Aveux non avenus (1930) / Recueil de poèmes

CARRINGTON, Leonora, À l'Auberge du cheval de l'aube (1938) / Peinture, Le cornet acoustique (1974) / Conte

COLQUHOUN, Ithell, Gouffres (1939) / Peinture

FINI, Leonor, L'Alcôve, intérieur avec 3 femmes (1939), Petit sphinx ermite (1948)

HUGO, Valentine, Rêve du 21 décembre (1929), Le Harfang des neiges (1932) / Peinture

KERNN-LARSEN, Rita, Somnambule (1936), Et la vie à nouveau (1940) / Peinture

OPPEHEIM, Meret, L'oreille de Giacometti (1933), Le Déjeuner en fourrure (1936) / Objets surréalistes

PAILTHORPE, Grace, La grive tâchetée (1942), Vol de minuit (1930) / Peinture

PENROSE, Valentine, Dons des féminines (1951) / Collages

PRASSINOS, Gisèle, La Sauterelle arthritique (1935), Le Feu maniaque (1939) / Recueil de poèmes en écriture automatique

RAHON (Paleen), Alice, Cristaux d'espace (1943) / Peinture

RIMMINGTON, Edith, Oneiroscopiste (1942) / Peinture

SAGE (Tanguy), Kay, J'ai vu 3 villes (1944), Le 1er mars les corbeaux commencent leur recherche (1947) / Peinture

TANNING (Ernst) Dorothea, Les petites amoureuses (1951) / Peinture

TOYEN, La Tanière abandonnée (1937), Cache-toi, Guerre ! (1944) / Peinture

VARO, Remedios, Marionnettes végétariennes (1938), La naissance des oiseaux (1958) / Peinture

ZÜRN, Unica, Sombre printemps (1971), L'Homme Jasmin (1970) / Récits

 

***

 

Biographie


Marianne Desroziers, née en 1978, vit et travaille à Bordeaux. Passionnée de littérature, elle écrit des nouvelles, poèmes et romans. Elle a publié Lisières (Les Penchants du Roseau) en 2012, L'enfance crue (Lunatique) en 2014 ainsi que dans une vingtaine de revues et anthologies littéraires depuis 2010. Son prochain livre, Fantasmagories. Contes noirs et flamboyants sera publié au printemps 2017 aux éditions Zonaires. Elle dirige la revue littéraire L'Ampoule, aux éditions de l'Abat-Jour.  Lauréate 2015 de la bourse Aquitaine/Hesse et de la résidence d'écriture à la Villa Clementine à Wiesbaden attribuées par l'ECLA. Lauréate 2016 de la bourse et de la résidence d'écriture attribuées par La 25ème Heure du Livre/D.R.A.C. Pays de la Loire/Ville du Mans.  Blog : http://mariannedesroziers.blogspot.fr/

***

Pour citer ce poème

 

Marianne Desroziers, « La Muse moderne et l'homme jasmin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10/Megalesia 2017 mis en ligne le 19 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/musemodernejasmin.html

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Megalesia
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 14:20

 

Entretien artistique inédit

 

 

Tail Wind

 

 

Interview with Gordan Ćosić 

 

 

 

 

Tatjana Debeljački


 

 

© Crédit photo : Gordan Ćosić

 

 

Tatjana Debeljački What are your hometown childhood memories ?

 

Gordan Ćosić –  I was born in Cacak, but I also grew up and spent the best childhood moments in Uzice,  Apatin, Zadar. And then, at the beginning and end of everything is my Novi Beograd. I really had a great childhood. The only problem was that I was a very restless child, and at that time children were not protected by laws and bylaws so that I often got the short end of the stick.

 

Tatjana Debeljački When did you start drawing and taking photos ? Later you went to a design school. When did you reach success ?

 

Gordan Ćosić –  I’ve been drawing all my life. This gift of God was recognized by my primary school teacher Bosko Ilacevic and took me to his studio, and I probably owe him most what I am today. He was a wonderful man. He practically sent me the design school because at the age of 11 I wasn’t really sure what I was going to do later in life.

I went to design school in the 1970s (oh, it sounds like I’m a thousand years old) and it was another new experience. It was then called School of Industrial Design. It was a fantastic school with unbelievable teachers who instructed you and taught you in the best possible way. I’m not sure whether some of them were my teachers, school friends or best of friends. I remember an article in a newspaper. The headline was ‘The school where only the doors creak’. I don’t think they creaked at all. That’s where I first met photography as a school subject and I’ve remained dedicated to it ever since thanks to my teacher Mr Djordjevic.  

 

Tatjana Debeljački You find inspiration in nature, you took part in youth work actions for years, then you were President of the Scout Association in EX-YU, your goal was to providi e joy and education for young people through various activities, and now you are President of the ’Jelova Gora’ mountaineering club ?

 

Gordan Ćosić –  Back then it was expected of you to be somewhere or to sort of belong somewhere. The right place for me was the scouts. There I could express myself in a different way and I built myself in a different way through what that organization offers. I have to mention spending time together on many occasions, from simple picnics to the participation in the greatest of all activities ‘Joy of Europe’.  We were rewarded The Golden Maple Leaf by the Scout Association of Serbia. Today as president of the mountaineering club I still cherish my love for nature and socialising. But I don’t think I’ve accomplished much there for the following reason. I go to see my family and I see my son in front of a computer, my grandson with his mobile phone, my granddaughter with her tablet, and if it weren’t for my daughter-in-law I wouldn’t have anybody to talk to. I come, they say ‘Hello, Grandpa’, I leave, they say ‘Bye, Grandpa’. The end of the world is approaching. I’m really frightened of the fact that one day in the near future people might be spending very little time together and that each man will be living in their own capsule communicating with other through social networks. I won’t be there to see it but I can see we’re getting there.  

Youth work actions and my work in youth organizations came as a result of my work with the scouts. Again, we spent a lot of time together and there was this great enthusiasm which is difficult to describe or understand today. In the youth organization I was in charge of social clubs such as mountaineers, scouts,  youth hostels, literary youth, musical youth just to name a few. Large numbers of young people were involved according to their interests and abilities, and a lot of people were involved in working with youth and for them.  There is nothing like that here today.  For my work in the area of youth creativity and promotion I was awarded The Daring Flower of the Republic Youth Conference. There were other rewards as well in the area of creativity and others but it’s not that important now not because they don’t mean anything to me, far from that,  but because there is really no need to talk about them now.

 

Tatjana Debeljački You spent years working at the “Dimitrije Tucović” printing company, where you achieved considerable success. Could you tell us more about your illustrations, awards, journeys and friendships ?

 

Gordan Ćosić –  I came to the Dimitrije Tucovic printing company from Belgrade just to stay for a while. In fact, I replaced a colleague who had gone on maternity leave. And just when I was about to go back home, she got pregnant again. And so she had four children one after another, and I replaced her at work and stayed in Uzice. That printing company was one of the largest in former Yugoslavia and it really offered a lot of opportunities to express yourself through work.  Many things happened during those more than thirty years of work.  I remember the beginnings… My desk was full of colours, pencils, rapidograph pens, letraset promarkers… And then I leave, and there is a computer screen on it. I have mixed feelings regarding all that. Even today I prefer drawing to working on a computer. I’m neither in the habit of it nor do I desire it. Eight hours in front of a computer at work is enough for me not to want it at home. They even call me on the phone and say ‘Open your e-mail’. and I would like to open my sketchbook… Most of my drawings were made in the ‘Konak’ restaurant. Paper, red wine and I. there I made sketches even for the things that were later digitalized. I really do come from the last century.  

 

Tatjana Debeljački DIOGEN pro art magazine published a special although delayed edition with your photographs and later they were published abroad too.

 

Gordan Ćosić –  I never tried to publish anything or to promote myself because I worked for pleasure. The most important things in my life have always been socializing and fun. Let me give you an example. I was working on a poster dedicated to the sixty years of jazz in Belgrade and that was when I met Misa Blam, about whom I don’t really need to say anything else. His name says it all. I didn’t want o get paid for the job because I was delighted to have met him and I felt honoured, plus we had a great time together for a couple of days in Belgrade.  When I was about to leave, Misa Blam gave me a set of stamps because while talking to each other we discovered that we were both collectors. And now I have those stamps he gave me. If I had taken the money, who knows whether I would still remember that job and Misa. He would be just another great artist I met passing by.  It’s much better this way. And then there is this thing with Diogen magazine and I am truly grateful to them for publishing some of my works and really everything has started moving since then… Good people are those who are your tail wind, they give you wings to fly, to express yourself and create the best way you can.

 

Tatjana Debeljački The aim of creativity is to leave a mark, the mark of faith in people and humanity, and that faith is leaving you now.

 

Gordan Ćosić –  Creativity… Someone said ‘The task of an artist is to send light to the human soul.’ Will my creativity leave a mark – I don’t think so. Maybe a small trace. As a matter of fact, I’ve never really thought about that. You’ve been simply given a gift from God, and if you are able to say something nice through your drawing, painting, verse or word, then do it. We can never get enough of beauty and love.  Hope and faith are not leaving me. Neither is love. Maybe because I was born on the 14th of February it has never left me and I believe I’ll die being in love.

 

Tatjana Debeljački What is the connection between an anonymous female face and your painting ?

 

Gordan Ćosić –  The face of an anonymous woman… What can I say ? Is there anything more beautiful than a woman? No. So let her remain anonymous and an inspiration of mine. Many people ask me who she is because they ‘recognize’ her in every drawing. And I don’t recognize her. Sometimes she is so chaste and mild, and sometimes she seems wild and cruel. Sometimes she seems to love or to have loved me, and sometimes there is none of that. And truthfully, is there anything more beautiful than here – no, there isn’t. I’m trying to draw all that. A vicious circle. Does she exist – you’ll have to ask her that.

 

Tatjana Debeljački Is it sometimes difficult to be you ?

 

Gordan Ćosić –  I feel very good being myself, captured in my own body and my own world. I’m satisfied with myself, but sometimes I did fell like I wanted to be someone else but it’s not really what I’d like to talk about. You know, there are always people who can make you lose your temper. I don’t know whether they do it deliberately or accidentally, but that’s who they are.

 

Tatjana Debeljački Do you think you have outwitted your expectations ?

 

Gordan Ćosić –  Expectations. I expected to live in a world of harmony, peace and love. When I was young, I was thinking about the age of Aquarius where love was the road of stars. And then everything that happened and that has been happening all these years hasn’t lived uo to my expectations. Wars, terrorism. This is complete madness. Insanity. Growth of Nazism and everything that goes with it. And still there are so many artists living and working and making the world a better place. Now I’m dreaming of a new Renaissance. The Renaissance of the 21st and 22nd centuries.  

 

Tatjana Debeljački Have you achieved everything you wanted and if could live your life again would you be an artist again ?

 

Gordan Ćosić –  I haven’t achieved everything because I would need hundreds, even thousands of years to do that, and I don’t think I would ever be given such an opportunity. I would definitely change some things in my life but I would also definitely live with and for art. I would be completely into creativity, books, philately, numismatics, and who knows what else because there are so many wishes that I have. Would it be just a plain stamp or a Roman coin – it doesn’t matter. There are wishes. That’s why there are also Santa Claus and fairies.  

 

Tatjana Debeljački Is there anything important that you would like to say and that I haven’t asked you about ?

 

Gordan Ćosić Something important ? Nothing comes to my mind. At this moment I’m trying to understand the meaning of the word ‘important’ because priorities are what determines what’s important in our life at a particular moment. I think about how much can be written on a piece of paper, and then so much has happened that thousands of books would be needed to  describe all of that. To talk about oneself… I don’t know how todo that. It is better others to talk about you but not at your grave.  

 

***

 

Pour citer cet entretien

 

Tatjana Debeljački, « Tail Wind. Interview with Gordan Ćosić », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 18 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/tail-wind.html

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:03

 

Poème inédit pour "Les voix de la paix et de la tolérance" 

 

 

Le cœur vaillant du vivant

 

Dina Sahyouni

 

© Crédit photo : Dina Sahyouni, hiver 2017

 

 

Plus qu'un égard,

plus qu'un sourire,

plus qu'un discours,

plus qu'un poème,

plus qu'une blessure,

plus qu'une femme ou qu'un homme que l'on aime

plus qu'un paradis promis aux cœurs bénis

plus qu'un cœur qui bat

et qu'un corps qui se bat

tu es l'autre qui me donne des ailes

quand les ombres me fixent sur la terre

tu es le chemin long, pénible de l'humanité vers sa propre destinée

 

 

Plus qu'un regard,

plus qu'une femme,

plus qu'un homme,

plus que le handicap,

plus qu'un animal,

plus qu'un végétal,

plus qu'une machine,

plus qu'un livre,

plus qu'un minéral,

plus qu'une mort,

plus qu'une vie,

plus qu'un regard qui me guérit,

plus que la différence

qui déchire ou sape la vie

tu es la mort de la haine

la tolérance des esprits

ma nourriture céleste

mon refuge d'être terrestre

d'être autiste –

tu es le Récit de mes récits

le pli de mon âme,

la seule valeur sûre qui me reste

reste autre, reste,

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est plus une souffrance

elle est tolérance, renaissance

 

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est que l'écart de nos points de vue

Non à la famine ! Non aux guerres !

reste autre, reste

nos différences sont des grains de beauté

éparpillés sur le visage de l'humanité

reste autre, reste,

autre si différent de moi

reste ici, reste

dans le cœur vaillant du vivant.

13 avril 2017 à 11h35

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Le cœur vaillant du vivant », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques« Événement poétique 2017 : ''Les voix de la paix et de la tolérance" », mis en ligne le 18 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/coeur-vaillant.html

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 15:53

 

Nouvelle féministe inédite

 

Les 4 commandements

 

dans un monde de femmes

 

 

 

Raphaëlle Gayon

 

 

Synopsis : dans un monde débarrassé de l'occupant masculin, l'application de quatre nouveaux « commandements » est discutée, afin de mieux régir les relations entre citoyennes. Ce sont les commandements sexuel, marital, maternel et éducationnel.

 

***

 

 


 

Sommet du G13. An 2050. État de New York. Au 72e étage de la Tour du One World Trade Center, dans le Lower Manhattan.

 

 

Le tableau était solennel. Autour de la table de conférence étaient assises treize femmes, les chefs d’État les plus puissantes de la planète Terre.

États-Unis, Japon, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Canada, les pays unis en 1976 pour le G7 étaient toujours là.

La Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique avaient rejoint l’assemblée en 2040, peu avant le début de la Grande Guerre des Genres.

Treizième invitée, la Russie était conviée malgré ses frasques sur la scène internationale. Elle affichait son repentir. Renonçant à reconstituer l’ancien bloc de l’Union Soviétique dont elle était pourtant nostalgique, la Russie avait enfin rétrocédé à l’Europe de l’Est partie des territoires annexés entre les années 2028 et 2030.

L’Arabie Saoudite s’est décommandée à la dernière minute. Réduits à treize, les invités, quand bien même superstitieux, n’avaient rien trouvé à redire. Il valait mieux que l’Arabie, seule figure hostile au changement, ne participe pas aux négociations.

La dirigeante des États-Unis, doyenne naturelle de ce sommet et figure de la grande victoire féminine, accueillit les nouveaux visages de la scène politique mondiale avec un sourire presque maternel.

Après la capitulation masculine, de nouvelles élections avaient dû être menées tambour battant dans la quasi-totalité des pays du monde : s’agissant d’un homme, il était immédiatement relevé de ses fonctions. En l’espace de trois jours, quatre-vingt-dix-huit pour cent des nations avaient hérité d’un nouveau visage pour les gouverner – un visage féminin. Une décision pour le meilleur. Et, on l’espérait, une décision sur laquelle jamais l’on ne reviendrait.

La doyenne porta sur ses pairs un regard ému. Les treize femmes prirent le temps de goûter le sens hautement symbolique de cet instant. Puis la dirigeante des États-Unis se leva pour prendre la parole. Le congrès s’ouvrit.

 

 

9H30. Partie introductive du sommet du G13. Début de la retransmission télévisuelle internationale. Audience estimée : 7 milliards de personnes.


 

« Mesdames les nouvelles hautes dirigeantes, nous voici réunies en ce lieu symbolique de la capitulation masculine pour amorcer cette nouvelle ère, débarrassée à jamais, j’en fais vœu, des vicissitudes d’un monde corrompu par une caste aujourd’hui décimée : la gente masculine. Une nouvelle ère que je souhaite féconde et prospère. »

Deux ou trois chefs d’État tiquèrent au mot « féconde », ne le jugeant pas adapté à la situation nouvelle : la question de la perpétuation de l’espèce humaine n’avait pas encore été soulevée. Toutes les autres applaudirent avec zèle. Ce discours officiel ayant été rédigé à l’avance, chaque mot choisi devait y avoir sa place, non ?

Quand le tumulte des applaudissements cessa, la dirigeante américaine invita les treize puissances à se rasseoir. La tension était retombée d’un cran.

« Nous devons commémorer le jour de notre entrée dans l’ère nouvelle, reprit la dirigeante américaine. Pour cela, je tiens à vous informer que deux grandes décisions ont été ratifiées par l’ensemble de la Communauté Internationale. Elles prennent effet dès aujourd’hui. »

Toutes les femmes retinrent leur souffle.

« Un nouveau calendrier mondial va débuter ce jour. J’anticipe votre question, oui, nous restons bien le vendredi 1er juillet. Cependant, nous voici à la date du 1er juillet de l’an 0. »

Les applaudissements reprirent de plus belle.

« Deuxième décision, reprit la présidente du sommet, j’ai le plaisir de vous annoncer que, dès la rentrée prochaine, les dictionnaires du monde entier seront réédités, dans toutes les langues, avec un mot en moins : celui de femme. Par cette décision symbolique, les citoyennes de ce monde ne devront plus se considérer en tant que telles – car le terme de femme est rabaissant, trop longtemps synonyme du sexe faible – mais en tant que membres d’une même communauté, toutes sur un même pied d’égalité. L’homme disparu, il n’y aura plus de femmes, il n’y aura plus de sexes. Nous serons toutes du même sexe.

Dans les postes de télévision du monde entier résonnèrent les applaudissements des dirigeantes transportées de joie. Ce discours allait rester dans les annales de l’Histoire, et serait repris en exemple pour les siècles à venir.

Un doigt se leva.

C’était la France. La dirigeante américaine fut prise de court – elle pensait pouvoir jouir plus longtemps de cet effet d’annonce. Elle lui donna la parole. La traductrice déléguée à la France retranscrit :

« Si nous ne disposons plus d’un mot aussi rudimentaire et courant que le mot femme, comment Madame la haute dirigeante des États-Unis d’Amérique voudrait-elle que nous nous nommions ? »

La présidente parut décontenancée. Elle sembla s’accorder un instant de réflexion. En fait, dans l’oreillette, les suggestions de ses conseillères fusaient. Elle finit par trancher :

« Je laisserai à chaque pays le soin d’étudier les termes les plus appropriés à la dénomination de leur population, en accord avec leurs us et coutumes. Cependant, permettez-moi de proposer les termes de citoyenne, d’individu, ou, plus communément, de personne, qui, à mon sens, sont des termes neutres, qui sauront être les porte-paroles naturels d’une nouvelle égalité mondiale. »

Elle s’en était bien tirée. Autour de la table, tout le monde se détendit. La France dut prendre conscience de l’embarras dans lequel elle avait placé la présidente du sommet, car elle épousa, métamorphique, les courbes de son siège de cuir.

À cet instant, il fut annoncé que la diffusion des images en direct venait d’être interrompue. Le vrai sommet pouvait débuter à huis clos. La dirigeante des États-Unis reprit la parole sur un ton plus grave :

« À présent, si vous le voulez bien, venons-en aux thèmes qui nous préoccupent. »

La gaieté des participantes se dissipa, comme un ballon d’hélium s’élève et disparait dans le ciel.

« La transition qui doit s’opérer entre les monde d’aujourd’hui et de demain a fait naître des problématiques d’ordre politique, économique, social et culturel. Des notions fondamentales telles que l’amour, la conjugalité et la perpétuation de l’espèce humaine sont à repenser. C’est ce qui nous réunit aujourd’hui. »

Un silence se fit. Cette déclaration des États-Unis n’était pas une surprise. Les femmes autour de cette table avaient déjà, avec l’appui de leurs gouvernements, évoqué ces sujets sensibles, sans être en mesure d’y apporter une réponse. Conscientes de ces difficultés, elles furent profondément soulagées lorsque la doyenne du sommet déclara :

« Ces derniers jours, le gouvernement américain a travaillé d’arrache-pied à un plan d’action devant permettre, s’il est bien mené, d’entamer une transition sûre vers l’avenir auquel nous aspirons. Je vais m’employer, avec le concours de mes ministres, à vous en présenter les grands axes, dont nous pourrons ensuite débattre toutes ensemble. »

La nouvelle classe politique vint entourer la présidente des États-Unis. Il y avait la nouvelle Première Ministre, la Ministre de la Santé, la Ministre du Droit des Citoyennes, la Ministre de l’Économie, et même la Ministre de l’Éducation Nationale.

« La proposition que nous vous faisons – à vous, Mesdames, et au monde entier – s’articule autour de quatre lois nouvelles. Quatre commandements.

  • Dans un monde enfin libre, est-ce vraiment notre rôle de dicter de nouvelles règles à nos concitoyennes ? asséna le Japon dans un anglais rigoureux – elle s’était passée de traductrice.

  • Oui, c’est notre rôle, Madame la nouvelle haute dirigeante du pays du Soleil-Levant, rétorqua la doyenne avec autorité. C’est notre rôle si ces règles ont bien pour but de mettre fin aux sujétions de la femme – pardon, la citoyenne – qui ont duré des millénaires.

  • Bien, quels sont ces quatre grands commandements ? s’impatienta le Royaume-Uni.

  • Ce sont les commandements sexuel, marital, maternel, et éducationnel. La citoyenne moderne ne devra plus avoir de rapports sexuels. Elle ne pourra pas non plus être en concubinage, faire des enfants, ni les élever. Ces quatre commandements s’ils sont respectés à la lettre, nous rendront indépendantes et libres.

Des sentiments d’horreurs, de surprise ou d’incompréhension se manifestèrent tour à tour dans les regards des Treize. Était-ce sérieux, était-ce une farce ?

« Pour la description de ces commandements, je laisse la parole à mes ministres. »

 

 

 

10h02. Parties I et II du sommet du G13 sur les commandements sexuel et marital : « Tu ne t’offriras point » et « Tu ne t’uniras point ».


 

Une première ministre se leva et vint se placer devant les Treize.

« Mesdames, j’ai été nommée au poste de Ministre du Droit des Citoyennes, et je m’apprête à vous livrer le contenu de la première proposition de loi. »

Le silence se fit dans l’immense salle de réunion. Avec ses baies à triple vitrage, la Tour de la One World Trade Center préservait ses conférencières du vacarme extérieur, assourdissant. L’on ne pouvait se faire une idée de l’agitation urbaine et de ces avenues saturées de véhicules qu’en jetant un œil au-dehors, depuis le soixante-douzième étage.

La Ministre du Droit des Citoyennes commença ainsi :

« La femme ne fut longtemps qu’un ventre, un utérus à deux pieds, un objet de désir sans volonté propre. Cette forme d’esclavage a duré des millénaires. Abus, violences et autres actes d’une monstrueuse barbarie ont été le lot de millions de femmes. Voire de milliards. C’est pourquoi nous proposons la levée définitive du joug sexuel. Les citoyennes prêtes à bâtir un nouveau monde accepteront de renoncer à cette pratique, qui, faisant référence à un passe d’esclavage, est ressentie comme dégradante ou avilissante. »

Silence d’approbation, de prudence, ou de consternation ? Ce fut finalement à la France d’ouvrir le bal des questions :

« Si je comprends bien, dit-elle d’un ton à la fois ironique et grave, les rapports sexuels seront interdits ?

  • C’est exact, ils seront condamnables.

  • Et donc… comment traiter nos envies, nos désirs au plus profond de nos êtres de femme – pardon, de citoyenne – si nous abrogeons définitivement toute pratique sexuelle ? Par cela, il me semble que nous renions notre nature.

La France avait exprimé tout haut ce que nombre de dirigeantes pensaient tout bas. La doyenne du sommet intervint :

« Madame la dirigeante du pays des droits de l’Homme – et désormais des droits de la Citoyenne – comprenez que depuis la disparition du genre masculin, la nature est déjà bouleversée. Quoi de plus facile que d’abroger une pratique qui n’a plus lieu d’être, faute de partenaire ?

Le Japon, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud, plusieurs pays approuvèrent en opinant de la tête. La France restait sceptique. La Russie apporta son soutien à la France :

« Certes, le partenaire masculin a disparu. Mais qu’en est-il des femmes qui ont un penchant naturel pour les femmes ? Doivent-elles aussi renoncer au sexe ? Aller à l’encontre de leur nature ? »

Tous les regards convergèrent sur la Russie. Et si elle défendait sa propre cause ? De par sa carrure imposante et ses intonations rustres, la Russie rassemblait les stéréotypes qui desservent à tort la cause lesbienne.

Avec l’accord de la présidente du sommet, l’Allemagne se leva pour parler :

  • Mesdames, le corps se gouverne par l’esprit, et non par les sens. Seul l’homme, le mâle, est gouverné par ses sens. Ce fut sa grande faiblesse. La grande maîtrise de nos sens nous rend supérieures. Bannir le sexe de notre existence, n’est-ce pas la consécration ?

Elle se rassit. Son intervention avait convaincu des pays jusque-là hésitants, tels que l’Italie, le Canada ou le Royaume-Uni. Une autre ministre profita de cette intervention pour se présenter. C’était la Ministre déléguée à la Santé et aux Affaires Sociales.

« Le second commandement, le commandement marital, induira j’en suis sûre une meilleure compréhension du commandement sexuel. Le commandement marital est simple : toute forme de couple, de ménage ou d’union doit être abolie. Pacses, mariages et concubinages n’ont plus leur place dans notre société : ils renvoient au schéma familial d’avant la guerre des Genres, servant à la sujétion de la femme. L’égalitarisme entre citoyennes dans cette nouvelle société se fonde sur le célibat. »

Cette affirmation sema le trouble dans l’assistance. La Ministre de la Santé ne leur laissa pas le temps de réagir, elle enchaîna :

« Des groupes émergent des leaders. Et qui dit gouvernants, dit gouvernés. Cela vaut dans tous les groupes sociaux, y compris au sein d’un couple ! C’est dans le célibat que les citoyennes trouveront leur liberté et leur indépendance. Se réapproprier sa propre vie, ne dépendre que de soi-même et de son pays sont les objectifs de ce commandement. »

Cette fois, on ne trouva pas de réels opposants au commandement marital. Ou bien était-ce le petit creux de dix heures et demie qui se faisait sentir ? On en profita pour servir café et gâteaux sucrés.

 

10h35. Partie III du sommet du G13 sur le commandement maternel : « Tu n’enfanteras point »


 

La Ministre de l’Éducation Nationale prit le relai.

« Libérée de ses obligations maritales et sexuelles, la femme sera aussi libérée de son obligation maternelle. Voilà le thème du troisième commandement : la citoyenne n’est plus tenue d’enfanter. La maternité est retirée des attributions de la citoyenne. »

Les pays en voie de développement accusèrent le choc. Le clan des pays européens écoutait d’une oreille complaisante. En 2050, c’est-à-dire en l’an 0, vie professionnelle et vie personnelle restaient deux choses difficiles à concilier pour une femme, et la maternité n’était pas étrangère à cette situation.

« Mais… comment pourrait-on retirer la maternité de nos attributions ? » demanda soudain le Brésil.

  • La recherche et la science ont suffisamment progressé dans cette direction pour rendre l’impossible possible : la première conception d’enfant sans le concours du corps féminin a été réalisée avec succès. Nous l’appelons GEA : Gestation par Ectogenèse Assistée. La petite fille s’appelle Lucy, et elle se porte bien.

  • Que faites-vous du lien qui unit la mère à l’enfant ? réagit le Japon.

          Ne risquons-nous pas de fabriquer des monstres, privés d’amour maternel ? ... »

Le Canada soutint son homologue nippon :

« Avec cette technique, dit-il sentencieusement, nous allons vers une déshumanisation pure et dure de la société. »

Il interrogeait la présidente américaine du regard. La chef d’état se tourna vers son équipe, dont elle espérait un conseil avisé. Le Canada était un partenaire économique de taille, et le premier voisin géographique des États-Unis. La chef d’État voulait une réponse. Et vite. Les ministres échangèrent des regards plein d’embarras. Aucune d’elles n’avait anticipé ce débat.

Profitant du flou organisationnel, la Chine s’interposa, c’était la première fois :

« Vous parlez de conception sans le concours du corps féminin. Permettez-moi de saluer cette prouesse, dit le géant asiatique. Mais d’où ces enfants providentiels seront-ils supposés venir, si la femme n’est plus engagée dans une relation sexuelle, ou maritale ? Les enfants ne sortent pas des choux, il faut un géniteur et une génitrice ! Qu’avez-vous à répondre ? »

La Chine, on le savait, accordait beaucoup d’importance à tout ce qui touchait aux politiques de régulation des naissances. Les ministres affichèrent leur soulagement. Bien entendu, elles y avaient pensé. Bien entendu, elles avaient quelque chose à répondre.

« Une obligation de citoyenneté, voilà la clé, exposa la Ministre de l’Éducation nationale. Il y aura des dons d’ovule, pour chaque citoyenne. Vingt-quatre dons pour être précis, programmés entre l’âge de dix-huit et vingt-huit ans.

  • Vingt-quatre dons par citoyenne, répéta la France, dubitative. Cela ne vous semble pas excessif ? »

« Ce chiffre est stratégique. Pour commencer, il faut savoir que la moitié des embryons fécondés seront de sexe masculin. Et donc, éliminés. Pour cette raison, il nous faut doubler le nombre initial de dons. »

L’intonation glaciale de la Ministre fit trembler partie des invitées. Pourtant, toutes savaient ce que la victoire de la femme à l’issue de la grande Guerre des Genres impliquait, la disparition, progressive, inéluctable, de la gente masculine.

« Il faut savoir aussi que le patrimoine génétique recueilli par les dons ne sera pas à cent pour cent exploitable, poursuivit la Ministre. Au mieux, la moitié sera utilisable : déficiences physiques ou intellectuelles et tares génétiques seront dépistées bien en amont. Là encore, il faut doubler le nombre initial de dons. Au final, il nous faut quatre fois plus de dons que nous ne souhaitons engendrer d’enfants. Vous me suivez, Mesdames ? »

Silence. Si certaines ne comprirent pas le raisonnement mathématique, elles s’efforcèrent, pour la plupart, de ne pas le montrer. L’Allemagne, qui avait l’esprit fort cartésien, souhaita conclure :

« Puisque vous annoncez vingt-quatre prélèvements par femme – un chiffre que vous avez volontairement multiplié par quatre – j’en déduis que vous espérez en retirer un taux de natalité plus ou moins égal à 6.0 ? Six enfants par citoyenne, c’est bien ça ?

  • C’est tout à fait cela, confirma la Ministre, satisfaite de voir qu’au moins un pays suivait.

L’annonce de ces chiffres ne sembla nullement ébranler les pays en voie de développement, tels que l’Inde et la Chine : ils corroboraient leurs taux de natalité actuels. En revanche, les pays développés n’étaient pas prêts à s’encombrer d’une si nombreuse progéniture, à moins qu’on leur fournisse une excellente raison.

« Et qui élèvera toute cette marmaille ? railla l’Italie.

  • Et surtout, pour quoi faire ? » renchérit le Royaume-Uni.

La Ministre de l’Économie répliqua en hâte :

« Le pourquoi de ce taux de natalité fixé à 6.0 ? Mesdames, il est simple :

D’abord, Mesdames, le pourquoi. Il est simple : la guerre a divisé la population mondiale par deux. Plus nous engendrerons, plus vite nous repeuplerons nos terres, et plus vite nous ferons redémarrer l’économie. Concernant le comment, il trouve son explication dans le dernier commandement : le commandement éducationnel.

 

 

11H18. Partie IV du sommet du G13 sur le commandement éducationnel : « Tu n’éduqueras point d’enfant…

sans salaire ».


 

« Vous l’avons dit, la maternité disparaît : faire don de son corps, gratuitement, et ce pour enfanter, ne sera plus exigé de la citoyenne. Consécutivement, l’éducation des nouvelles générations ne sera plus exigée non plus. La citoyenne n’aura plus à éduquer. Pas sans salaire. Ce rôle sera réendossé par l’État, qui rétribuera les personnes l’aidant dans cette tâche accordement. Les enfants issus de dons d’ovules obligatoires deviendront pupilles de la Nation. Les jeunes filles d’une même génération seront élevées et instruites dans des internats gérés étatiquement. »

Les réactions des Treize devinrent difficiles à contenir. Les interprètes se battirent pour avoir droit de parole : chacune souhaitait être la prochaine à retranscrire la pensée du pays qu’elle représentait.

« Les enfants n’auraient plus de mères ? se récria la puissance nippone, incrédule.

  • Notre mère à toutes, ce sera l’État, dit la Ministre de l’Économie.

  • Quel sera l’impact de l’absence de mère naturelle sur la santé psychique de ces enfants ? renchérit le Canada, alarmée.

  • Cet impact pourrait être désastreux, confirma le Royaume-Uni. Nous devons absolument mener des études approfondies avant de valider l’application de ce commandement. »

Pour une fois, les pays en voie de développement prirent une part active à la discussion, apportant un tout autre point de vue. L’Inde :

« Un impact sur l’enfant, mais aussi sur les mères, à long terme. Que deviendront ces femmes ? Plus personne pour les assister durant leurs vieux jours… »

L’Afrique du Sud, le Mexique, le Brésil et la Chine hochaient la tête, en signe d’approbation. La doyenne du sommet se leva pour obtenir le silence. La Ministre de l’Économie la gratifia d’un sourire reconnaissant.

« Dans la société que nous souhaitons créer, reprit-elle, la citoyenne ne se reposera pas sur ses enfants, seulement sur elle-même. Ses vieux jours seront d’heureux jours, grâce aux richesses qu’elle aura accumulées tout au long de sa vie. »

La grogne des pays en voie de développement reprit. Les États-Unis devaient comprendre que ces pays n’avaient pas les moyens de libérer la citoyenne de ses charges maternelles, ni de lui retirer la sécurité financière que représentait la progéniture.

La Ministre tempéra :

« Bien sûr, les inégalités de développement d’un territoire à l’autre ne nous permettent pas encore d’appliquer ces quatre commandements à l’échelle planétaire. En outre, la procréation artificielle et la mise en place d’internats d’État sont des programmes engageant des moyens financiers et humains colossaux : leur lancement sera progressif, échelonné dans le temps. Votre rôle actuel est d’anticiper l’application de ces quatre commandements. Il vous suffit de comprendre ce que nous attendons de vous ; comprendre à quelle société nous aspirons, par quels moyens nous pensons la mettre en place, pour qu’à la fin de ce sommet, vous incarniez la voie du changement. »

Les Treize eurent un temps d’hésitation. L’Afrique du Sud se leva et demanda timidement :

« Si je comprends bien, on ne nous demande pas d’acter l’application immédiate de ces quatre commandements dans nos pays respectifs ? »

 


 

11H55, conclusion du sommet et signature de la Charte Internationale de Paix.


 

On put procéder au vote. S’agissant d’un vote à l’unanimité, il fallut trouver un terrain d’entente : la Russie et la France acceptèrent de donner leur accord concernant les commandements sexuel et marital, seulement si le Canada, le Japon et les autres pays en voie de développement donnaient le leur concernant les commandements maternel et éducationnel. On obtint des États-Unis la promesse qu’ils fourniraient le rapport étudiant l’impact psychologique de l’absence de mère sur les générations à naître.

L’heure de déjeuner approchait. Les négociations se conclurent rapidement. La Charte Internationale de Paix obtint les signatures des Treize. Il fut décidé que l’application des quatre commandements suivrait un plan prenant en compte les différents niveaux de développement des pays. Les États-Unis seraient les premiers à tester leur application. Viendraient ensuite le Japon et l’Europe de l’Ouest ; puis la Chine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Europe de l’Est et la Russie ; enfin, l’Amérique du Sud, le reste du continent eurasien et l’Afrique.

L’application des quatre commandements au Moyen-Orient ne put être considérée. En effet, aucun des dix-sept pays du Proche-Orient, de la péninsule Arabique et du Golfe Persique n’avait répondu présent. On éluda le sujet. Simplement.

Avec discrétion, la présidente du Japon, qui avait des notions de mandarin, souffla à sa voisine chinoise :

« Le Moyen-Orient a peut-être eu raison… quelle débandade.

  • Nous aurions dû soulever toutes ces questions avant de déclarer la guerre à l’opposant masculin » railla la Chine.

Fort heureusement, les interprètes des deux puissances asiatiques prirent la décision de ne rien traduire, et l’on put aller déjeuner sereinement.

 

Biographie

 

Raphaëlle Gayon a un 26 ans, elle a déjà écrit un roman de féminisme-fiction encore inédit. Elle est web rédactrice à Paris en entreprise et en freelance.

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Raphaëlle Gayon,  « Les 4 commandements dans un monde de femmes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10/Megalesia 2017, mis en ligne le 17 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/commandements.html

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:23

 

Poèmes inédits

 

 Dependere, Famille, Femme en-vie,

 

J'encharme, Lâchons-moi,

 

Sa mère !, Sauve & Usons Suzon

 

 

Marie Mazaudou

 

 

 

Dependere

 

Et puis un jour, il n'est pas revenu. Ils avaient leur rythme ; routinier, répétitif, stable, fiable..... sécurisant. Ce jour là, il a raté l'heure. Elle savait qu'elle ne le reverrait plus. Et elle s'applique de l'eau minérale sur la nuque, dernier bastion contre son feu qui lui ronge la peau. Il l'a toujours emporté sur sa raison. « Ne pars pas » Elle ne me le dit pas. Elle l'insère en moi, de menues peurs en menues peurs.

« Ne pars pas »

Ma volonté et mon désir l'emportent sur la solidarité que j'aurais pu avoir envers elle.

« J'ai besoin de toi » me dit-il. « Ne pars pas »

Et moi je me demande pourquoi l'on me retient plutôt que de me suivre. Je cherche encore. Je cherche toujours. Je trouve assurément mes amours.

Ici ? Beaucoup. Ailleurs ? Je ne m'inquiète pas de manque d'amour. « Love is all » disait un pro-fête. Je ne m'inquiète de rien.

Ce projet n'est pas plus bête qu'un autre.

Qui peut le comprendre ?

Elle.

Ma fidèle compagne. Mon âme jumelle. Ma sœur des profondeurs, qui se blesse à interroger ce qui la contraint, dans la tentative magnifique de remplir son vide de feux véritables. Faisant fi, s'il le faut, des feux d'emprunt, de ces flammes particulières qui la réchauffent mais point ne la brûle. Faisant fi, superbement, dans sa joyeuse détresse, de tout ce qui ne lui convient pas. Se jetant, intrépide, dans les hauteurs sans fond de son imaginaire jamais complètement incarné. Fidélisant son acte à sa pensée. Affinant patiemment ses sensations en abandonnant masques et camisoles, pour se découvrir toute entière. Être elle-même. Simplement. Courageusement.

De tout l'amour à donner, elle s'octroie la plus grande part et dans le confort de cette immensité, ne pas savoir la soulage.

Qu'il est donc doux de s'avoir.

 

***

 

 

Famille

 

 

Qu'est ce que ça peut me faire Ce qui se fait, ce qui se dit. J'ai pas trop d'temps à perdre

À établir des compromis

C'est pas que je veux déplaire Ou causer du soucis. Envie de tout défaire. Ne vois pas là que je fuis.

Y'a peu de chance mon frère Pour que je reste ici Y'a peu de chance mon père Pour que je fasse ta vie.

Je sais que ce n'est guère Pour m'entraver, pardi ! Et qu't'aurait été fier Si j'avais réussi.

Réussi à me faire Selon c'que t'as compris De ce qu'il faut sur terre, pour être bien lotie.

Mais toute vie mon père À son lot de soucis. Si j'côtoie la misère, C'est celle qu'on m'a appris.

Maint'nant pour être légère, Je dois t'laisser ici. J'te laisse ici mon père et prends soin de ta vie.

Toulouse. Janvier 2010

 

***

 

Femme en-vie

 

J'suis passée par l'chemin D'une p'tite femme qui s'pavane. Qui prend ses airs de catin Pour la cause nymphomane.

Elle usait de ses charmes, Attitude « m'as-tu vu » Touchait l'attention des hommes En moulant son dodu.

Femme fatale ou soumise Mad'moiselle est joueuse P'tit homme sous son emprise La croit fille d'Artemise

Cette parade du désir Elle la jouait à ravir Et p'tit gars s'plaignait pas À la vue de ses bas.

Ce qu'il faut aguicheuse Maniérée sensuelle. Sacrée p'tite allumeuse Qui aspire aux chandelles.

Quand elle y a mis le feu, Lui mettrait bien les doigts. Pas vraiment amoureux. Pas vraiment Homme de joie.

Femme-enfant gourmandise Elle est souvent pleine d'émoi Elle vit sa vie cerise Elle s'en met plein la joie.

Elle en joue.... de sa langue Pour ceux qui pointent le doigt... Ceux-là jugeant malpropre Parce qu'elle crache sur leurs lois. La désignant salope Parce qu'elle se doit sa joie.

 

 

 

J'encharme

 

C'est mon arme. Je la déploie à tout va. C'est que...je charme, Presque malgré

moi.

Qu'une âme me plaise Et je me fais à sa guise. Je me déguise Et m'accorde à son

souhait.

Je suis......caméléon. J'ai mille couleurs à mon panel.

Du plus luxueux des salons À la moindre des ruelles, J'entretiens tous les sujets.

Je fais parler les passionné-e-s, D'eux-mêmes ou transcendé-e-s. Je ravigote le blasé.

Du mendiant au marmiton, Du médecin au grabataire, Du musicien à l'antiquaire,

J'ai plu même à quelques cons.

Petite madame, C'était mon drame D'être belle fille Jamais tranquille.

En tant que femme, J'en use sans ruse, Point n'en abuse. Je suis ma flamme.

 

Buguélès. Juillet 2011

***

 

Lâchons-moi

 

Il faut que tu me laisses.... Tranquille maintenant.

D'une histoire de belles fesses À la passion des amants Du flacon de mon ivresse

Au sujet de mes tourments

Et toi qui me laisse.... Tranquille, c'est navrant.

Je regarde ce qui reste Et entre dans le rang De cette vie modeste

À laquelle j'aspire tant.

J'ai lâché du leste À l'ambition d'antan Le moindre de mes gestes Conforme à

mon allant.

On s'est connu merdeux, Aveugles aux sentiments. On s'est rendu heureux. J'ai

mal en dedans !

Et moi qui te laisse.... Tranquille, il est temps !

On s'attire, on s'entend, on s'étend, on s'étire On se tend. On se tire.

On s'y prend, à s'attendre. On aspire.... On s'méprend. On s'reprend. On chavire.

On en prend..... de la graine.

Toulouse. Septembre 2011

***

 

Sa mère !

 

 

Tu seras le sein des autres ma fille, Leur soleil, leur force. Nous te l'avons fait savoir.

Tu le sais maintenant.

Mais il y a quelque chose Que je ne t'ai pas dit Rien ne t'y oblige...

... que toi même.

Monein, Avril 2015

***

 

Sauve

 

 

Il y a toujours quelque chose qui se sauve. Il y a toujours quelque chose de sauvé. Sauvons le sauvable et laissons le reste. Passe ton chemin, Coûte que coûte !

 

***

 

Usons Suzon

 

Quand j'étais petit garçon Avec ma grande copine Suzon On partait se promener En vadrouille toute la journée. On rapportait des crapauds, Tout fiers dans nos jolis seaux Et on courait partout, Même dans les chemins de boue.

Mais, loin de nos p'tits jeux, Là-bas dans le village, ON parlait de ma copine Et de nos remue-ménages :

« C'est un garçon manqué. Quand ils veulent pour la cloîtrer. Faut qu'elle comprenne sa destinée, Ce n'est qu'une fille en vérité. »

Alors ils l'ont enfermé, Lui ont parlé de p'tits bébés Dont elle aurait à s'occuper Entre le linge et le marché.

Et loin de nos jeux, Là-bas dans sa cage, J'voyais ma copine Sage comme un orage.

Après ils lui ont raconté Des histoires des grand mariages. Et en attente d'être possédée, Elle aide sa maman au ménage.

Elle est toujours apprêtée, Elle parle plus qu'à ses poupées Et pour quand j'viens la chercher Elle a appris un rire pincé.

Et loin de nous deux, Elle reste à ses mirages. Et loin de nous deux, J'continue mon voyage.

Y'a tellement de choses à faire, Tellement de choses à voir Et grâce aux pères de mes pairs Moi on me laisse à mes espoirs.

J'vis ma vie comme je l'entends,

Aiguillé par ma raison Qu'on m'aiguise patiemment Au fil de discussions.

Elle, loin de tout jeux, Suzon subit le carnage De ces moyennageux Et de leur héritage.

Pour elle y'a qu'une passerelle Qui mène à l'avenir (Nietszche). Dans cette sphère culturelle, Elle est vouée à servir.

Pour elle y'a qu'une passerelle Qui mène à l'avenir, Dans le quasi-universel, Elle est vouée à servir.

 

***

 

Pour citer ces poèmes

Marie Mazaudou, « Dependere », « Famille », « Femme en-vie », « J'encharme », « Lâchons-moi », « Sa mère ! », « Sauve » & « Usons Suzon », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10/Megalesia 2017, mis en ligne le 15 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/suzon.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 15:28

 

Événement poétique 2017

 

 

Les voix de la paix et de la tolérance

 

 

 

 

 

Sur l'initiative de Dina Sahyouni (fondatrice de cette revue) qui déplore les horreurs commises tous les jours au nom des religions & du consumérisme effréné dans le monde, Le Pan poétique des muses vous prie de bien vouloir prendre part à l'événement poétique en ligne intitulé :

 

« Les voix de la paix et de la tolérance »

 

parce que nous croyons que ces voix de la paix et de la tolérance peuvent faire taire les vacarmes de la haine quand elles s'unissent et chantent ensemble leurs valeurs. 

Pour y participer, merci de nous envoyer (contacts) un poème qui contient un des termes suivants « tolérance », « paix » & « égard » ou une de ces formules « non à la famine ! » & « famine plus jamais ça ! » du 20 avril au 18 décembre 2017 ! Les poèmes sélectionnés bénéficieront d'une publication successive dans la version numérique de notre revue.

***

Pour citer ce texte

 

LPpdm, « Événement poétique 2017 : "Les voix de la paix et de la tolérance" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10 mis en ligne le 15 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/voixdelapaix.html

 

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