13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:22

 

Texte pour le numéro de la 1ère thématique.

 

Formes fixes de la poésie

 

Le trivers

Khris Anthelme

 

 

Le « Trivers » est un poème à forme fixe moderne. Il se compose de 3 quatrains en vers de 8 ou de 12 syllabes.

La création de cette forme fixe est de Guy Foulon (cf. Wikipédia)

Disposition des vers : ABAB - CDCD - EFEF

  • Le premier quatrain est composé de rimes masculines croisées

Soit : M1 M2 M1 M2

  • Le deuxième quatrain se compose de rimes féminines croisées

    Soit : F1 F2 F1 F2

  • Le troisième quatrain de rimes masculines et féminines croisées

    Soit : M3 F3 M3 F3

  •  

(M = rime masculine / F = rime féminine)


 

Exemples :

I - Le Trivers simple

 

L’éternité


 

Ce n’est qu’une pendule au refrain incessant,

Chu d’un éclat sinistre au décor des tombeaux,

Répétant ces deux mots sans cesse vous stressant ;

« Jamais, toujours », « Toujours, jamais », glaçant les os.

 

Il arrive parfois qu’une ombre exige l’heure,

Alors, une autre voix lui répond des ténèbres,

« Éternité, c’est bien ici qu’elle demeure »,

Et l’âme se rendort au son des chants funèbres.


 

Dans cette nuit lugubre et sourde aux geignements,

L’on entend des soupirs et des douleurs lointaines,

Des agitations, des retentissements

Qui s’élèvent encore au-dessus de nos plaines.

 

K_A (2009)


 

II - Le Trivers double


 

Fleur


 

Aussitôt qu’un printemps emporte l’horizon

Je pressens, j’entrevois que ce bel univers

De vermeil couronné, comme un diapason,

S’éveille de son rêve à m’exciter le vers

 

Pour grandir cet instant. Comme une récompense

Délivrant le berceau d’un hiver bien trop dense,

Chérissant ses trésors féconds en redondance.

Alors, tout sème au vent et jouit de naissance.

 

Tenace sur les temps, de ceux des plus éloignés,

Tant une fleur égraine un vent de poésie.

Des aèdes nombreux s’en sont toujours soignés,

Dame nature est leur ; sublime esthésie !


 

À la femme amoureuse mon for la comparant,

Demeure l’éternel aspect à se plier

D’un battement de cil, l’image analysant

Comme émérite aisance, elle est amour fruitier.


 

Souvent belle du jour, la nuit jamais ingrate,

Rien n’est plus gracieux, poétique elle épate

Pour dire au papillon, « Mon pastel s’acclimate,

Viens, tu peux te poser, ton aile est délicate ;


 

Sens, mon calice encore est tiède d’un baiser

Matinal du soleil ». Fragile nourricière,

Pour l’homme elle est espoir, jusqu’à mieux l’apaiser

Las d’avoir guerroyé, parfumant sa prière.

 

K_A (2009)


 

Il est ainsi possible de composer une pièce poétique avec autant de Trivers que l’on veut !

 

***

 

Pour citer ce texte

Khris Anthelme, « Le trivers », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 13 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/le-trivers.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:22

 

Texte pour le numéro de la 1ère thématique.

 

Critique & réception

 

Ferite a morte – Blessées à mort*:

 

quand la littérature guide les convictions profondes

 

ou comment réconcilier les féministes favorables à la question

 

de la violence faite aux femmes

 

et celles qui s’engagent dans le combat Queer, gay et lesbien

 

 

Laure Delaunay 

 

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 

 

Il m’est difficile d’écrire sur ce livre tant il me bouleverse. Courageusement j’essaye. Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand faudra-t-il que des femmes meurent pour que les hommes comprennent qu’une femme n’est pas un trou denté et dangereux mais un réceptacle doux qui transforme toutes les douleurs en merveilles ? Jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand la défiance entre les sexes mènera à des catastrophes intimes (c’est aussi le sens des blessures dont il est questions : coups, plaies mais aussi blessures symboliques) que les femmes enfouissent en elles et qui, là, dans leur corps, s’enkystent comme des maladies dévastatrices ?

Jusqu’à quand le rôle de dirigeante de société, le rôle d’intellectuelle, le rôle de prêtresse sera considéré comme illégitime parfois même illégal et sera alors vécu par les femmes sous le régime de l’imposture ?

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand parlerons-nous de professeur ou d’auteur pour une femme ? Jusqu’à quand auront nous peur de ce petit « e » qui change tout, comme si les lettres étaient dangereuses ? Non les lettres ne sont pas dangereuses et le « e » d’ « auteure » qui dans notre revue revêt fièrement la majuscule est une nécessité linguistique, sociale, humaine.

 

À quand une femme papesse ?

À quand une femme Secrétaire Général de l’ONU ?

À quand une prophétesse ?

 

N’ayons pas peur de ce qui nous apparaît comme des folies…

Combien de temps encore aurons-nous à souffrir la violence des intégristes qui nous proposent des images de cadavres monstrueuses en lieu et place des amas de cellules dont nous avons avorté pour avoir droit à un destin choisi ?

Combien de temps encore entendrons-nous parler de mode « pudique » comme si la beauté ne pouvait pas, parfois, avoir la béance d’une indécence calculée, expression d’un désespoir : si nous ne montrons pas nos jambes, si nous ne grimons pas notre visage, si nous n’adoptons pas des pauses gracieuses, nous sommes considérées comme des sous-femmes. Combien de temps encore le désir des hommes sera un désir de possession physique et non pas le désir délicat de nous rendre heureuses et épanouies, physiquement, oui, spirituellement, affectivement mais au-delà des carcans où l’on nous enferme ?

Jusqu’à quand l’homosexualité féminine sera plus scandaleuse que l’homosexualité masculine : qui est gêné ? Toutes les femmes, j’en suis bien convaincue, toutes les femmes un peu sensibles, vivant des amitiés fortes avec d’autres femmes, se sont un jour posées cette question. Est-ce l’existence d’un membre atrophié qui fait peur ? Nos libertés sexuelles doivent être totales ! Celles des hommes, de fait, le sont, bien qu’encore on assiste à des procès qui approuvent l’idée que « PD » n’est pas une insulte, comme si, là encore, c’était la féminité, celle d’un homme, qui faisait peur.

Jusqu’à quand ?

Le désespoir et la rage sont profonds, difficilement consolables. Dans ce livre, pourtant, j’ai trouvé de la consolation. Parce que c’est une femme qui porte la voix des autres femmes. Parce que c’est une femme qui traduit. Mais pas seule. Accompagnée de ces étudiants autant que de ses étudiantes. Parce que la représentation de ce spectacle théâtral aura lieu en Sorbonne (l’Académie française m’a pas encore ajouté de « e » mais la Sorbonne, déjà, se pose les bonnes, les très bonnes questions), dans la mise en scène d’un homme et avec la collaboration d’un autre homme musicien. Et que donc, oui, dans les plus hautes sphères intellectuelles de notre pays, il y a désormais de l’inacceptable. Voilà une très bonne nouvelle.

 

Mon émotion s’apaise. Écrire est magique. Et sans rage, sans excès, je suis désormais capable de recommander très chaleureusement à toutes les lectrices mais aussi à tous les lecteurs de Lppdm, la fréquentation de ce texte plein de profondeur, vous l’aurez compris mais aussi d’un humour ravageur et salvateur (on passe un délicieux moment à la lecture, on en sort revigoré, armé). La présentation qu’en fait la traductrice, Lucie Comparini, est exemplaire. Elle explique les origines d’un mot qui existe maintenant en italien de manière courante : le « feminicidio », le « féminicide » autour duquel s’articule une pensée complexe sur les violences faites aux femmes. Pour moi, ce mot a désormais un sens très large : est « féminicide » tout ce qui agresse la féminité, y compris celle des transsexuels.

Il faudra bien un jour que l’on comprenne qu’être femme est un privilège aussi rare que celui, comme disait Hémingway, d’avoir un cœur d’enfant. À savoir que la sacralisation légitime du corps des enfants doit aussi s’appliquer, maintenant, parce qu’il faut en passer par là, au féminin entendu comme concept très général : n’ayons plus peur des calices. Déposons-y des fleurs.

Vous avez compris que ce texte et la souffrance qui s’en dégage sont aussi une manière pour moi de réparer la violence reçue d’un homme, violence symbolique, purement symbolique mais insupportable, mais terrible, un homme, intellectuel de renom et poète. Ce texte est une victoire. Une vraie victoire.

Voici les termes de la victoire intellectuelle qu’il raconte. « Oui, bien sûr, le sexe est une réalité psychique. Vous avez raison. Oui, bien sûr, comme disait Aragon, « le vers n’est jamais si bleu qu’à sa brisure ». Vous avez raison. Mais vous m’avez brisée. Brisée. Même pas seulement blessée, brisée. Comme je suis de bonne composition, je vais de l’avant. Je me bats, comme d’habitude. Alors sachez qu’en m’agressant, c’est le féminin en vous que vous agressé. Que c’est vous-même qui ne vous êtes pas respecté. J’en retire des convictions. Violence faite aux femmes ? Gender studies ? Les deux mon capitaine. Peut-être n’offrirai-je pas des petites voitures à fille ou des poupées à mon fils mais il ou elle sera éduqué(e) dans le respect de la complexité de son âme. ». Voilà pour la vengeance, si tant que c’est de vengeance qu’il s’agisse. J’ai été, moi, éduquée dans l’idée du respect de l’autre.

 

Venons-en à ces fameuses convictions que je retire de mon expérience. Les féministes doivent se réconcilier. Judith Butler fait peur ? Sûrement. Mais elle est loin d’avoir complètement tort. Son combat, notamment en faveur de la transsexualité est admirable. La violence faite aux femmes, c’est en réalité la violence faite au féminin, en tant que réalité psychique. Avant d’être physique, elle est toujours, toujours symbolique. Parfois elle est les deux, comme un télescopage. Mais pour avoir vécu la violence symbolique, je sais qu’elle est aussi grave que la violence physique. Pensons à Delphine Horvilleur. Se battre pour qu’une femme, un jour, puisse être en charge de l’âme est une merveille. Et nier aux femmes des compétences en ce domaine est insupportable. Vous nous demandez d’être mères et nous refusez le droit de nous occuper de vous…

Quelle cohérence, amis de la pensée ? La violence faite aux femmes est un thème cher à celles que l’hystérie énerve ? Elles ont raison. Amies femmes, amies féministes, non ne soyons pas hystériques ou misandre. Nous méritons bien mieux que cela. Telle est l’idée qui se cache derrière ce thème récurrent du féminisme actuellement. Et elles ont raison aussi, les femmes qui ne demande qu’une chose : qu’on les laisse faire la vaisselle sans les agresser. Les combats du féminisme sont bien plus profonds que les questions d’organisation du couple. L’égalité salariale par contre, voilà un vrai combat. Un combat important. Le travail des femmes étant tout aussi important et utile que le travail des hommes, il mérite le même salaire. Évidemment aussi, il faut que les hommes puissent avoir de vrais congés partenité. Pour profiter autant que les femmes de leur enfant. Pour participer autant que leur compagne à son éducation qui dans les premiers temps (celui où l’on fait connaissance) est bien important. Être père, ce n’est pas déléguer à une femme le soin de l’éducation. C’est prendre sa part, pleinement sa part. Après, on peut bien sûr parler de la nécessité biologique pour les femmes de se reposer plus qu’un homme d’une grossesse et d’un accouchement. Le travail des femmes ? Simone de Beauvoir a à moitié raison. Le travail libère les femmes en ce qu’il leur permet d’accéder à l’égalité de traitement (le mot traitement est violent, à l’égalité, tout court). Mais le travail, parfois, non ne libère pas. Et certaines femmes faisant cette douloureuse expérience, parce que peut-être, un jour, il y a bien longtemps, elles ont transigé sur leur désir, ont le droit de rester chez elles s’occuper de la maison et du petit. Ce droit doit aussi être accordé aux hommes. Homme au foyer, forgeons l’expression, oui.

 

Voilà pour quelques convictions. D’autres pourraient apparaître. Ce sont celles qui me viennent. La conviction fondamentale qui guide les autres et que je continuerai à faire fleurir à l’occasion, c’est donc, je le répéterai, je le martèlerai, que la violence faite aux femmes est en réalité, profondément, une violence faite au féminin, à la fonction anthropologique du féminin, fonction anthropologique qui oui dérive d’une réalité de différenciation sexuelle mais qui oui, aussi, la dépasse.

 

 

* Ce livre est publié dans une version bilingue aux Presses Universitaires du Midi. L’auteure en est Serena Dandini, la traduction élégante, efficace, concise émane du groupe d’étudiant(e)s de l’UFR d’italien de l’Université Paris-Sorbonne, dirigé par Lucie Comparini. Une mise en scène de ce texte sera proposée à un public que l’on espère nombreux courant mai (plus d’information sur la page Facebook de l’Association Sorbonidea). Il a aussi été mis en scène par un groupe de théâtre universitaire à Toulouse. On ne saurait, vraiment, trop recommander aux parisiens comme aux provinciaux de se déplacer. Le texte est construit autour de plusieurs monologues qui offre une voix à des femmes victimes de féminicide, qui, des limbes, racontent, sans la moindre complaisance et avec humour et énergie, leur histoire.

 

 

 

***

Description du livre par la maison d'édition :

Ferite a morte / Blessées à mort par Serena DANDINI, Traduction collective des étudiants de l’UFR d’études italiennes de l’université Paris-Sorbonne sous la direction de Lucie COMPARINI

Date de parution : 2016

Éditions : Les Presses universitaires du Midi (PUM) "sont un service commun de l’université Toulouse - Jean Jaurès (UT2J)".

Réf. : NOUI 12

Code SODIS : F408310

Format : 198 p.

Nombre de pages : 15 x 21 cm 198 p.

N° ISBN : 978-2-8107-0430-9

PRIX : 13.00 €

Présentation de l'éditeur :

« On avait le monstre chez nous et on ne le savait pas… » Dans un lieu indéterminé et dans un temps suspendu, sont réunies toutes les femmes décédées par « féminicide » : riches et pauvres, cultivées ou analphabètes, rebelles ou soumises. Enfin délivrées de leur condition de victimes silencieuses, elles nous racontent, chacune par un monologue qui lui est propre, leurs histoires venues des quatre coins du monde : Italie, Mexique, Afrique, Inde, France, Japon…

Nous devenons ainsi témoins des drames provoqués par une société encore machiste, des traditions cruelles, des mentalités arriérées, mais aussi par les stéréotypes et les conditionnements intérieurs. Les cas particuliers s’unissent et s’universalisent en une anthologie militante, lisible telle quelle ou théâtralisable, paradoxalement empreinte d’humour et d’ironie. Blessées à mort incite sans apitoiement le lecteur spectateur à réfléchir à la véritable condition de la femme – et de l’homme face à la femme – dans l’espoir d’agir sur le monde du XXIe siècle.

Auteure

Serena Dandini est auteure, journaliste et animatrice pour la télévision italienne. Elle crée dès les années 1980 des émissions radiophoniques et télévisées satiriques et innovantes où elle lance la carrière d’artistes femmes très populaires en Italie. Engagée politiquement, elle y aborde des thèmes comme le travail, la corruption, la sauvegarde de la planète. Entre 2012 et 2013 elle met en scène son premier texte pour le théâtre, Ferite a morte (Rizzoli, 2013), inspiré de faits divers de violences subies par les femmes. Ce texte est encore aujourd’hui en tournée en Italie et dans le monde. Il est traduit pour la première fois en français.

Cf. Voir url : http://pum.univ-tlse2.fr/~Ferite-a-morte-Blessees-a-mort~.html

 

 

Pour citer ce texte

Laure Delaunay, « Ferite a morte – Blessées à mort*: quand la littérature guide les convictions profondes ou comment réconcilier les féministes favorables à la question de la violence faite aux femmes et celles qui s’engagent dans le combat Queer, gay et lesbien », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 13 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/blessee-a-mort.html

 

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 08:34

 

Poème pour la 3ème thématique :

Les animaux en poésie mineure ou le bestiaire des poètes

 

 

Mes animaux doux

 

Laure Delaunay 

 

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 

Le dauphin (à A.F.)

L’ondée avive le vertige.

Pourtant le souffle ne perturbe ni l’allant ni la courbe. Se nourrit d’air, de bouffées et d’une vague.

Voltige, est prince, une brassée d’écumes.

Respire, jet d’air, et accompagne l’autre en sa trouée, en sa promenade, lui est ami, berce ses flots de rires.

L’aileron navigue, arrondit la surface. Profond soleil, léger bambin.

Aller là où luit l’eau.

Et découvrir, intense, l’espace, le loin. Fendre alors les mers, caresser l’horizon à une touche, y puiser l’espoir d’être toujours et infini, le premier. Avant-gardiste ? Anachronique. Et utopiste. Le pionnier ne laisse pas de sillon.

D’un bond gagner le large et se souvenir comme d’un trésor de la main croisée au bas de l’esquif.

Frère d’un jour, furtif. À l’âme éphémère. À l’élan temporel. Au flux parfait.

Liberté belle.


 

La biche (à F.D.G.)

Ma douce chemine en toute tendresse sur les sols, les terres, les lits, les mousses.

À sa venue, ploie une branche en hommage.

« Maman » dit le lierre. « Ma belle », toute la forêt. Et la clairière : « mon ange ».

Sautille, gambade, son air de rien, ses yeux fendus, ses chasses délicates.

« Ma douce », dis-je.

Elle se cache, ne veut pas qu’on la voit, préfère l’obscur et l’humide et le rayon timide au soleil écrasant. La rousseur d’un pelage est lumière à soi seul.

L’herbe et les brins ornent ses pieds de vert. Les feuilles lui font couronne. Ses yeux plissent un peu pour que renaisse le goût des innocents.

Futilités l’habillent mais les choses sérieuses lui sont naturelles.

Des églantiers semblent parfois piquer sa pureté de sang mais la cruauté glisse et il ne reste dans ses espaces que les joliesses ambrées.

Elle tient, elle tient, sa vie d’âtre battant au cœur de la nature.


 

L’anémone (à D. L.)

Pincées de sel dissout accompagnent tâches et filaments. Couleurs ployées, déployées.

Danse, orientale ou japonaise. Bras « lacs des cygnes » et lacets de signes jusqu’à l’épanouissement. Croix, points, ronds : tissu, soie corpulente.

Petit nu d’arc en ciel.

Fleuves sur les hauts fonds du cœur amollissants de pigments toute cruauté.

Parcelle, part belle.

Souffles d’eau. Bibelots.

Et la murrine navigue, mosaïque molle.


 

La colombe (à L. C.)

Quand l’envol est léger, les nuages l’écoutent. Et autour de l’oiseau blanc s’organisent.

À l’orée des nues, le bleu naît tous les jours.

La grâce se déploie et de chaque rayon fait un pont. Et de chaque vide, une vague.

Percées et plongées habillent les anges.

Et chaque coup d’aile appelle « doux de la voute » le pli qui ne dit que les beautés et les nouvelles heureuses.

Puretés, ouvrirez-vous aux mots soyeux ? Glisserez-vous ce message dans l’embrasure d’une fenêtre ? Je crois qu’aucun cœur ne bat dans le ciel et que tout est pleins et déliés à qui se dévoile.

Le vent souffle ; l’air est tendre.

Puretés, ouvrirez-vous aux mots soyeux ?
 

La pyrale des prés (à F.L.)

Tout s’offre et le diaphane oblige. Blanc déambule à antennes gratuites.

Les vides, les grâces. Et le vent pertinent.

Corpuscule se dévoile dans la corolle et le laurier rose lit mieux, et la belle de nuit s’émeut, et l’iris aperçoit.

Qui du brin ou du pétale triomphe ? Ni l’un ni l’autre. Seule la pâle altitude ou le ruisseau éphémère pense le voyageur, la tâche en mouvement dirait le peintre, la feuille allant au pré et au loin, le poète.

***

Pour citer ce poème

 

Laure Delaunay, « Mes animaux doux », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 13 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/mes-animaux-doux.html

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 12:55

 

 

Texte pour le numéro de la 3ème  thématique.

Critique & réception

 

Notes de lecture sur l'essai

 

Lire les femmes de lettres dans la littérature française

 

Dina Sahyouni

  

 

L'essai Lire les femmes de lettres dans la littérature française porte sur la réception problématique de celles qui font de l'écriture leur métier, en France. L'essayiste interroge l'incapacité de la critique littéraire et féministe à modifier l’approche lacunaire des écrits de femmes. Peut-on les critiquer et les classer sans les assigner, ni stigmatiser ? Par le biais d'une réécriture historique, Camille Aubaude met en évidence la présence constante des femmes de lettres dans l'histoire et leur absence lorsqu'il s'agit d’avoir une œuvre littéraire reconnue.
 

 

Le constat est alarmant. Des contemporaines, telle Béatrice Didier, pensent qu'il existe une impossibilité méthodologique qui empêche d'étudier les œuvres de femmes (voir Ibid.,  "Avant-propos"). Ce que Camille Aubaude réussit à contredire, en nous offrant la possibilité de se détacher des doxas académiques, féministes, et folklorique-ment* universitaires dans la réception des femmes de lettres pour songer plutôt à une lecture thématique, historique et philologique de leurs œuvres. Elle a également réussi à saper les catégories classiques de classification. Elle a répondu à la question cruciale : « Qu'est-ce que créer une œuvre littéraire ? » Elle montre comment une femme peut construire une œuvre littéraire et qu'on peut comprendre ces écrits-là comme une œuvre nécessitant des études, des rééditions critiques et une réception posthume.

 

Cet essai assez formel dans sa manière de traiter les femmes de lettres n'est pas à prendre à la légère. S'inscrivant dans une vision historiographique, il reste toujours d'actualité. On sait l'absence patente d'une analyse approfondie de la réception des femmes citées dans la presse et dans les études universitaires. Lire les femmes de lettres dans la littérature française est donc utile à toute personne qui souhaite frayer de nouvelles voies pour réhabiliter, à travers une critique objective, pertinente et pragmatique, l'héritage des aïeules en France, et, par extension, partout ailleurs, là où le patriarcat et ses doxas fabriquent des leurres, des prismes historiques et méthodologiques pour dénaturer les œuvres des femmes de lettres.

 

Voir aussi :  Camille Aubaude, Lire les femmes de lettres dans la littérature française aux éditions Pan des muses, 2016

 

* Folklorique-ment* : revoie aux folklores attachés au formatage des écrits, au savoir-faire, aux rites universitaires et aux manières fixes de faire de la recherche au sein des universités qui caractérisent chaque époque.

 

Pour citer ce texte

Dina Sahyouni, « Notes de lecture sur l'essai Lire les femmes de lettres dans la littérature française », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 12 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/notes-de-lecture-lire.html

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 09:05

 

Poème pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

Coup de foudre

 

Mona Gamal El-Dine

© Crédit photo : dessin fourni par Mon Gamal El Dine pour illustré le poème "Coup de foudre"

© Crédit photo : dessin fourni par Mon Gamal El Dine pour illustré le poème "Coup de foudre"

 

Rouge comme le sacrifice du Sauveur…

 

Bordeaux ? Comme le cœur des amoureux…

Toi ! Rouge Bourgogne, bouteille, comme la danseuse espagnole fertile et sensuelle…

Bourg … Tu es apprécié par les artistes.

Rosé dit l’introduction de la soirée…

Sur les bords de la Méditerranée ; Tu es mon seul ami et compatriote !

Sur les bords de la Seine, je bois même en public pour célébrer la fête de la Vierge !

Amoureuse de ce liquide, tricotée avec le soleil du sud et la sueur des hommes mais encore avec leur sourire !

Dansez, chantez avec le grand buveur El Khayyâm…

Buvez avec les poètes… entourés par les Houris…

Ne dites pas Djihad 1 mais Ijtihad 2 pour le Vivre ensemble Toi et Moi…

Votre majesté le Rouge ; Vous êtes la muse de mes nuits solitaires …

Vous êtes mes rêves jusqu’à l’aube de la Vérité … ?

Vous êtes mes remèdes jusqu’à la libération de mes chagrins !

How are you mon libérateur ?

Bourg … ! Mon atterrissage au château me comble de joie …

Voilà, nous sommes au paradis de tes vignes, …

Interdit de penser à d’autres promesses, suspendues entre terre et ciel…

Les recettes des Pharaons sur les fresques ; Néfertari et son amant Ramsès trinquant à notre santé…

L’égalité homme/femme existait à ton honneur !

Le Mazag3 arrive à table avec le Rosé glacé…


 

Félicitations pour la maîtresse !

Poulet au four avec amandes et figues… mais couronné par le Bordeaux rouge, rosé au choix mes amis…

Salut les copains, c’est une réussite bien arrosée…

Oh ! Divin ! Permettez-moi la soirée sans sommeil, sans fatigue…

Amour nocturne avec la danseuse et la bouteille marionnette …

Versez pour moi de ce génie, encore et encore jusqu’à la dernière goutte pour avoir la chance à mes côtés …

Souriez, dansez, chantez les poèmes des nuits de Bagdad, de Grenade, des Khalifes d’autre fois à l’époque de mes ancêtres…

 

 

 

Souvenez-vous de ce magique remède contre les maux du siècle ! ...

 

 

Poème écrit le 25/07/2015


 

 

Glossaire

1. Djihad : un terme en arabe signifie exercer une force ou effort sur soi-même pour atteindre le perfectionnement moral.

2. Ijtihad : (diligent) effort de compréhension, de réflexion pour s’adapter.

3. Mazag : avoir de bonne humeur.

 

***

 

 

Pour citer ce poème

Mona Gamal El-Dine, « Coup de foudre », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 12 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/coup-de-foudre.html

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:34

 

Poème pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

يا سيدِّي

 

د. منى جمال الدين / Dr. Mona Gamal El-Dine

 

 

 

تحيّة خالصة

إلى الشّاعر الكبير جمال بخيت

 

في عُرسِ عيدِ مِيلادي

 

أزُفُ لكَ يا مولاي

حَصَلتُ على بطاَقَةِ حُريتي

دون اسمِ توابع

و دونَ مضاف ٍإليه وإليكَ

أنتَ في حَياتي اِختيارٌ

بدون إجبارٍ

أشاءُ بالتّساوي كما تشاءُ

أسافِرُ من شواطئٍ إلى بحارٍ

وأتمَخطرُ في لباسِ البلرينا

و أشدو بالحبِ و الغرامِ

صَنَعوكَ رجلاً

ثمَّ أسقَطوكَ في بحرِ الأوهامِ

هل صحيحٌ أنتَ هِرَكلٌ؟

فأنا دليلةَ و لا ليلى في الغرامِ

أنا عُصفورٌ يُغَرِّدُ .....

أنا طائرٌ هُيامٌ بدون زِمامٍ

لا تقولَ لي إن الحُبَّ حرامٌ

لا تقولَ إن الهيامَ يُفسِدَ الأنعامَ

فأنا هائمةٌ في بَحرِ الغرامِ

و اللّيلُ يوحِشُني دون انسجامِ

دعني أرحَلُ في الفَجرِ و بدون انتظارِ

خَدَعوكَ فقالوا ........

أنتَ الحبيبُ الأوَلي

وأسألُكَ عن الحبِّ والهيامِ

لا تجيبَ عني السؤالَ

فأنتَ مَخلوقٌ مفقودٌ لا تَعرِفُ بين الجنّةِ و النّارِ

أرجوكَ اِرحَلْ حتى تُغَرِّدَ العصافيرُ

حتى تُزَفَ الجميلاتُ في زيّ أبيضٍ شفاف

فمقاليدُ العشقِ ليسَ بها كلمةٌ حرامٌ

فكلٌّ مُباحٌ حتى صياحُ الدّيكِ في الصّباحِ.

 

***
 

الأحد 23/11/2014


 

 

 

Notice biographique :

 

Mona Gamal El-Dine, docteur en Sciences de l’art, universitaire à La Sorbonne Paris, Membre de Cercle Universel des Ambassadeurs de la paix (Genève/Paris), Présidente de l’Association ISIS Arts & Cultures pour la Paix, Fondatrice des Rencontres des Poètes pour la Paix Membre de World Academy of Arts and Cultures de Paix, Los Angeles, California Membre de World Congress of Poets, USA, Los Angeles, California & World Poet Society GREECE, Membre du Cercle des Ambassadeurs de la Paix (France/Suisse), déléguée de l'Association Amitiés Internationales-André Malraux Paris/Le Caire (lire la suite....)

 

Pour citer ce poème

منى جمال الدين / Mona Gamal El-Dine, « يا سيدِّي », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 12 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/يا.html

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 07:41

 

Texte pour le numéro de la 1ère thématique

Critique & réception

 

Pierre Le Pillouër ou l’infatigable acteur

 

du renouveau de la poésie française 

 

 

 

Dina Sahyouni

         

Pensée n° 806 : « Il ne faut pas mettre du vinaigre dans ses écrits; il faut y mettre du sel. »

Pensée n°858 : « Quel siècle que le nôtre, où il y a tant de juges (critiques), et si peu de lecteurs ! »

Cf. Montesquieu, Pensées, dans Œuvres complètes, t. I, éd. Gallimard, collection La Pléiade, 1949

 

 

 

Pierre Le Pillouër est poète, auteur, journaliste de poésie et éditeur de poésie. Né en 1950, à Louhans, il a collaboré à la revue TXT puis a fondé en 2001 le périodique numérique Sitaudis. Auteur de plusieurs recueils et ouvrages divers, il est aussi d'après certains spécialistes en poésie française, une des figures marquantes de la poésie française du XXe siècle. Mais il est surtout un des principaux acteurs du mouvement que l'on peut qualifier du « renouveau de la poésie française grâce à Internet » et à l'impression à la demande après sa crise, son agonie, voire sa mort médiatique et éditoriale dès les années 80. Il figure parmi les pionniers de ce renouveau avec François Bon, Jean-Michel Maulpoix, Angèle Paoli, Florance Trocmé, etc.

            

L’infatigable acteur du renouveau de la poésie française

 

Depuis longtemps, je suis son travail sur le web, ce travail inlassable, inclassable par le biais de Sitaudis, autres réseaux et publications diverses pour frayer à la poésie francophone une voie durable, nette, nouvelle afin de l'installer au cœur de l'actualité littéraire.

C'est un vent nouveau pour un renouveau de la poésie, voire « un trouble dans le genre », si j'ose emprunter le fameux titre du livre de la philosophe Judith Butler, pour l'adapter à la situation de Sitaudis puisque ce journaliste et éditeur de poésie, Pierre Le Pillouër, est à la tête d'une entreprise journalistique qui sème le trouble dans le monde littéraire et fait de temps en temps trembler quelques éditeurs/éditrices avec leurs auteur-e-s.

Voilà pourquoi, depuis longtemps, je tente d'écrire un article ou quelques pages sur lui, mais cela est un projet bien ardu car son œuvre est multiple et en mutation. À l'instar de Sitaudis, difficilement classable et envisageable comme un objet d'étude classique.

En poésie, tout le monde sait que la critique échoue à définir, à critiquer, à interpréter et à mettre au clair une œuvre poétique mais en prenant du recul, comme avec les œuvres des femmes poètes tant décriées « poétesses », tant adulées, tant délaissées par méconnaissance, voire par un refus obstiné d'inventer de nouvelles manières et approches méthodologiques pour analyser les textes.

En somme, j'ai compris que nous avons besoin d'inventer de nouveaux modèles pour interpréter ce genre d'objets d'étude qui cause la désolation des spécialistes et les mettent dans l'embarras.

 

Comme Gilles Deleuze a défini « la littérature mineure », j'ai tenté de définir « la poésie mineure » en détaillant ses caractéristiques dans le numéro spécial zéro de la revue Le Pan poétique des muses (paru aux éditions Pan des muses, 2015) : la poésie mineure est celle de l'écart, de la différence. Elle est compatible avec la poésie dominante (majeure) (par exemple : Rimbaud est un poète majeur dans l'histoire de la poésie française mais sa poésie diffère de la poésie dominante de son siècle et de celles des XXe et XXIe siècles.). Autrement dit, la poésie mineure ne concerne pas seulement les femmes et le genre mais aussi tout poète inclassable.

 

Par ailleurs, je pense que les spécialistes ont réellement besoin d'un modèle empirique issu de l'expérience esthétique subjective et subjectivante pour aborder la poésie mineure. J'appelle ce modèle la « Madeleine de Proust » qui permet de saisir, par le biais d'une réelle expérience esthétique, le propre d'une œuvre sinon l'écart qu'elle produit par l'intermédiaire des impressions et son travail de producteur de subjectivités ainsi que son rôle dans le processus de la production des sujets individualisés par leur singularité esthétique. Par ailleurs, le travail de l'universitaire Elaine Showalter américaine (malheureusement, elle n'est pas assez traduite en français) sur les femmes et le féminisme consolide mon propos.

 

Je reviens donc au poète Pierre Le Pillouër qui représente sûrement l'infatigable acteur du renouveau éditorial de la poésie française au XXIe siècle surtout par son implication dans la renaissance éditoriale et esthétique sur Internet de la poésie française et francophone avec Sitaudis et à travers ses écrits, mais ce poète me paraît également être classable sous la bannière de la poésie mineure puisque l'on ne accède à son œuvre qu'à travers une vraie expérience esthétique subjectivante telle celle du modèle de la « Madeleine de Proust » que la « pensée n° 862 » de Montesquieu résume fort bien :

 

Souvent un goût particulier est une preuve d'un goût général : les Muses sont sœurs, se touchent l'une et l'autre, et vivent en compagnie.* (cf. Ibid., « Pensée n° 862 ». )


 

* Le terme « goût » au XVIIIe siècle renvoie à l’« esthétique » qui apparaît dans la deuxième moitié du siècle des Lumières)

 

Voir aussi : Sitaudis (http://www.sitaudis.fr/)

 

Pour citer ce texte

Dina Sahyouni, « Pierre Le Pillouër ou l’infatigable acteur du renouveau de la poésie française », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 11 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/pierre-le-pillouer.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 10:24

 

Récit pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

 

Récit d'un parcours

 

 

hors des sentiers battus

 

 

Huguette Bertrand

 

Poète canadienne

 

 

 

Mon expérience dans le domaine de la poésie s'étale sur trente ans, d'abord à partir de 1985 sur la voie traditionnelle de l'édition en livre, ce qui m'a emmenée à m'impliquer dans les milieux de poésie. Dès après la publication de mon premier recueil de poésie en 1985 aux Éditions Naaman, j'ai côtoyé de nombreux poètes, certains peu connus et d'autres très connus dans le milieu. Je les ai écouté parler de leur métier de poète, je les ai observés, je les ai lus, pour ensuite risquer de faire comme eux. J'ai présenté des textes à des revues de poésie, qui furent acceptés et publiés. J'ajoute que sur cette voie, il faut savoir s'impliquer pour les autres en circulant parmi cette faune, ce qui permet à la fois d'apprendre les rouages du métier et de ce fait, devient un stimulant nécessaire à la poursuite du cheminement.

 

Dix ans passèrent et voilà qu'à l'automne 1995, la technologie Internet arrive dans mon décor. J'ai alors fouillé le Net francophone; personne n'affichait de recueil de poésie en version intégrale ayant déjà été publié en livre. C'est alors qu'en décembre 1995, j'ai décidé de donner à lire gratuitement sur Internet l'un de mes recueils de poésie que j'avais publié en livre deux ans auparavant : La mort amoureuse. Grâce à la générosité du premier éditeur virtuel sur l'Internet francophone en ligne depuis le printemps 1995 sous l'appellation Éditel, celui-ci accepta de numériser mon recueil et l'installa sur son site. C'est alors que commença mon aventure poétique sur le Réseau des réseaux francophone. Je n'avais alors toujours pas de site personnel, bien que certains poètes sur le Web eurent la générosité d'accueillir de mes textes inédits sur leur site perso.

À l'été 1996, j'ai entrepris la réalisation de la première page web de mon "Espace poétique". Ça n'était pas très évident au départ ! Au bout de quelques pages, en septembre 1996 j'ai finalement transféré les quelques fichiers de mon site sur le serveur d'un hébergeur de sites web en payant une mensualité pour éviter de voir des publicités dans mon Espace poétique. Je n'acceptais non plus aucune bannière pour éviter le ralentissement lors du téléchargement de mes pages par modem téléphonique, le haute-vitesse était quasi inexistant à l'époque.


 

Puis mon Espace poétique s'est élargi au fil de ma création, de mes apprentissages de différentes techniques, tant html que dessin-graphisme, de mes échanges avec d'autres poètes sur le Net. J'ai à mon tour invité des poètes sur mon site, car je ne me voyais pas seule sur un site perso, y ajoutant dès le départ une page de liens pour rassembler des poètes de mon choix que je découvrais au fil du temps dans le but qu'on puisse les découvrir et lire leur poésie. La plupart de mes découvertes furent faites en présentant des chroniques virtuelles depuis février 1997 sur différentes sites autres que le mien.

En somme, j'ai fait de mon site "Espace poétique" ma plate-forme de création et de diffusion par Internet à l'image de ce que je suis et de ce que j'ai toujours été. J'accomplis par Internet sensiblement les mêmes démarches que j'accomplissais dans le milieu de la poésie avant d'emprunter cette voie. La seule différence en est que mes démarches sur le Web m'ont dirigée sur le continent européen, envols qui n'auraient pas été possible en étant demeurée sur la voie traditionnelle.

Suite à la mise en ligne de mon site, mon emballement pour l'édition numérique provoquant sourire et scepticisme chez plus d'un dans le milieu traditionnel éditorial, voilà qu'en mai 1997, j'ai reçu avec le sourire un appel téléphonique de la responsable de la collection électronique du site de la Bibliothèque nationale du Canada m'invitant à déposer dans la collection, mon recueil La mort amoureuse qu'elle avait découvert sur l'Internet. Comment refuser ? Depuis ce temps, dès qu'un recueil est complété sur mon site web, je prépare un fichier spécialement conçu pour la dite collection que j'envoie à la BNC, mes recueils étant ainsi devenus accessibles gratuitement à la BNC de même que sur mon site perso.


 

Qui plus est, en janvier 2002, une autre porte s'est ouverte sur mes recueils sur le site « Project Gutenberg », une bibliothèque virtuelle US dont les opérations commencèrent en 1971. Encore là, j'ai accepté de verser 12 de mes recueils de poésie dans cette bibliothèque installée sur des serveurs sur les cinq continents d'où on peut rejoindre mes recueils en libre lecture sur le Net. De plus, une autre bibliothèque virtuelle US, destinée aux non-voyants, a cru bon intégrer les mêmes douze recueils figurant sur la précédente bibliothèque US. On peut donc lire de mes recueils dans ces bibliothèques en version texte brut et en version html.

Pourquoi en être arrivée à ne créer et ne diffuser que par Internet ? Parce que sur la voie commerciale de l'édition, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. La technologie Internet étant à ma disposition, je l'ai exploitée et j'ai bien vu que ce média était le moyen le plus approprié pour la diffusion et la découverte de la poésie.

Depuis l'accessibilité à l'Internet, nous avons maintenant deux voies de diffusion pour la poésie : l'une commerciale, l'autre gratuite. Sur la voie commerciale, les poètes reçoivent très peu de dividendes et sont peu lus, même les plus connus, tandis que sur le Web les poètes ne reçoivent aucun dividende mais peuvent être découverts et lus autour du globe.

L'édition sur Internet permet aussi des échanges avec des lectrices et lecteurs qui arrivent par courriel des quatre coins de la planète, ce qui crée des interactions enrichissantes qui en viennent à stimuler la création. Il s'agit d'une dynamique que l'on ne retrouve pas lorsque publié en livre, ce que je sais pertinemment. Je peux aussi comprendre celles et ceux sur Internet qui, n'ayant jamais été publié en livre, aspirent à voir leurs textes en version livre papier.

Tous les arguments sont appréciables quand il s'agit du livre papier, car ce mode d'édition est traditionnellement intégré dans l'imaginaire collectif qui ne voit la poésie valable qu'en format livre commercialisé. Faut-il mentionner que le marché est saturé de livres en tout genre, et la poésie, elle, ne parvient pas à être médiatisée, ne serait-ce qu'en librairie où elle n'est pas mise en vitrine, ajoutant que ce qui n'est pas mis à portée de la vue et du toucher ne se vend pas ou si peu...

J'en suis venue à penser que la poésie ne peut être considérée comme un produit à vendre, car il s'agit d'une Parole de pure émotion qui tend à être partagée. Ceci dit, je me demande si mes émotions pourraient être émises en actions à la bourse de New York ou de Tokyo ? Hasardeux me direz-vous ? Assurément ! Aussi hasardeux que de tenter de vendre de la poésie en livre.

J'en viens ici à cette question « comment écrire pour l'Internet ». Il n'y a pas une façon spéciale d'écrire pour l'Internet. La différence se situe dans l'interaction avec autrui qui peut déclencher le poème. Sur le Web, je reçois du répondant par le fait de la communication par courriel, qui agit sur l'inconscient, et parfois spontanément un poème voit le jour et s'en va rejoindre mon recueil en cours de création sur mon site. J'ajoute que mes textes sont datés; on peut voir ainsi l'évolution du recueil, mes états d'âme et ma conscience du monde au fil du temps qui n'a rien à voir avec la rêvasserie et/ou le fantasme. Autrement dit, je suis à nue sur le Web 24h/24, 365 jours par année. Heureusement que sur le Web, il n'y a pas de courant d'air mais plutôt parfois des courants d'eau. Mais ça, c'est une autre histoire que je me raconte à moi-même !

Passons maintenant à la poésie éditée sur un site web. D'abord réaliser une page web est une création artistique au plan esthétique par l'installation de la poésie dans un décor avec couleur et jeu de caractères adéquats. On peut jumeler la poésie à l'image, image qui peut être déclenchée par le poème, ce qui demande à utiliser un programme de dessin-graphisme pour créer l'image. On peut y ajouter une musique d'ambiance en format midi. Le tout pour former un ensemble pouvant être perçu efficacement par certains récepteurs que le langage poétique peut rebuter dès l'abordage.

La poésie se transmet par les poètes depuis la nuit des temps d'abord à l'oral, ensuite imprimée sur papier, et maintenant, elle se transmet par les ondes sur un support numérique. Faut-il ajouter que la poésie a retrouvé ses lettres de noblesse par Internet en très peu de temps ? Le temps de prendre le temps de la découvrir et de la lire comme une parole partagée en libre accès sur le Net.

Loin de dénigrer le livre, car tous mes recueils sont édités en livre dès que chacun est complété sur mon site web, je considère que les deux voies éditoriales peuvent cohabiter et même se soutenir l'une l'autre à une condition : qu'on cesse d'avoir peur à ses droits d'auteur. Qui risque rien n'a rien et j'ajoute que c'est petit à petit que l'oiseau fait son nid dans le gratuit tout nu tout lu !

Récit du 7 avril 2016

 

 

 

Page officielle : https://www.facebook.com/huguette.bertrand.9

Son site officiel : http://www.espacepoetique.com

Site web : http://www.espacepoetique.com/poete/poete.html

 

 

Pour citer ce récit

Huguette Bertrand, « Récit d’un parcours hors des sentiers battus », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/recit-hors-des-sentiers-battus.html

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 09:45

 

Poèmes pour la 2ème thématique :

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

 

Elle se baigne dans une robe de pluie

 

&

 

Oiseau de feu

 

 

Paul Tojean

 

Dessin de Rosy Guillot

 

                      

 

 


Elle se baigne dans une robe de pluie

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© Crédit photo : Robe de pluie, dessin de Rosy Guillot.

 


Elle se baigne dans une robe de pluie
Ses mains cachent ses seins
Secrète et toujours différente
Elle abolit le passé aux ailes de roches
Pour une étreinte future
Sa nudité caresse l’horizon à la rame du ciel
Réelle elle ne demeure que plus nue
Le visage de l’amour au cristal des rêves
Anéantit toute attente
Aux vitres des baisers.

 


***

Oiseau de feu

 

Des lèvres d’Ophélia s’échappe un parfum de lilas

Le fil bleu du jour déborde du lit de la rivière

Où l’ondine en robe blanche glisse silencieuse le long du canal

Qui est ce voyageur descendu pour une nuit à l’Hôtel Samaritain ?

La géométrie des forêts camoufle judicieusement les jardins ouvriers

Mais où est donc passé le noble chevalier 

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes

 Paul Tojean, « Elle se baigne dans une robe de pluie » & « Oiseau de feu », Robe de pluie, dessin de Rosy Guillot, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 10 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/robe-de-pluie.html 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:02

 

Poèmes pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

Partance et rêve

 

 

Sandra Lillo

 

 

À la surface de tes heures noires

tes obsessions non ensevelies

brouillent ta vue

ton corps est un lieu fermé

dans la zone périphérique des lieux d'or

non accessibles

Tout est réversible

Demain tu te réveilleras dans l'espace

de tes états d'âme

cadré dans ta cuisine devant ton café

Tout tombe continuellement

rien ne ralentit la chute que la pensée

de l'au-delà

dans les alvéoles de ta mémoire primitive

 

 

***

 

 

Le monde engagé est de l'autre côté

de l'abîme

Ici le paysage est statique

Les heures passent avec les mouvements

du ciel

prisonnier entre les syllabes de deux saisons

Quand frôlerons-nous des doigts nos peaux

fragiles

abandonnerons-nous nos rôles

Au bout de l'hiver l'âme de la terre danse sur

le buste plein de la lune

 

 

***

 

Les rues sont constellées de l'ivoire des soirs

de printemps

Le silence se soulève comme un foulard sous

le souffle passant du vent

Des voix de loin en loin s'efforcent de donner

le change

de croire qu'un jour la jonction se fera entre ici

et le lieu éclaté d'étoiles et de vœux filants

Une présence met en évidence l'aveu des gens

qui dorment à même la peau en bord de nuit

Il y a dans le bleu du ciel couché comme un amant

au-dessus des fenêtres tout l'espace pour une quête

extraite de la porosité du visible

 

 

***

 

 

Le vide est entre toi et ce qui s'anime

tu n'idéalises plus son départ

Le monde vient vers toi de derrière

l'horizon

en latence

Dans l'obscurité croissante tu anticipes

immobile

En transition

sur la route grise des instants morts

en partance vers l'exaucement du désir

 

 

***

 

Tu tournes le dos au vide

rêves

d'une autre vie

Tu te sens vulnérable

en porte à faux

Tu paies chaque erreur

Tu ne te pardonnes pas

tu ne leur pardonnes pas

Jusque dans l'étreinte de fer

de la dernière heure

éprouver

la chute du présent

 

***

Notice biographique :

 

Sandra Lillo a publié un recueil de poésie titré Place des petits murs. Ses poèmes abordent les thèmes liés à la filiation, l'amour, le changement des saisons, la mort. Certains de ses textes sont parus sur Le capital des mots, La cause littéraire, Recours au poème et bientôt dans la revue Nouveaux Délits.

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Sandra Lillo, « Partance et rêve », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url :  http://www.pandesmuses.fr/2016/04/Partance.html

 

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