19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 13:16

 

Megalesia 2020 | Revue Matrimoine

 

 

 

Celle qui avait du cran

 

 

 

Alice Diaz

 

Blog

 

 

​​​​​​© ​​​​​​​​​​Crédit photo : "Louise Colet", illustration par Alice Diaz.

 

Louise Colet, ce nom m’évoquait bien quelque chose… Et brusquement, je me suis rappelé : c’était la compagne de Flaubert. C’était tout pour moi. Une femme dans une correspondance : voilà ce à quoi je l’avais réduite. Ne me demandez pas pourquoi je n’évoque que des femmes dans ce cycle de poésie : il faut bien réparer l’oubli et reconnaître ces femmes incroyables que j’évoque dans mon blog. Louise Colet, en plus d’être une poète, était une femme très intéressante dont les actions sont souvent oubliées. Née en 1810, elle se marie à vingt ans avec un musicien, Hippolyte-Raymond Colet. Jusque-là, elle habitait Aix et répondait au nom de Louise Révoil de Servannes : après son mariage, elle s'installe à Paris et signe ses écrits Louise Colet. Assez rapidement, elle publie ses poèmes et obtient son premier prix – deux mille francs – de l’Académie française – elle en obtiendra quatre au total –. Elle tient alors un salon littéraire dans le IXème arrondissement de Paris où elle fréquente un monde littéraire très riche : Hugo, Musset, Vigny et Baudelaire en tête de liste… Elle côtoie également des peintres et des politiciens, en somme, elle est bien entourée. À trente ans, elle donne naissance à une fille, Henriette. L’ennui, c’est que ni son mari, ni son amant Victor Cousin ne reconnaissent la paternité de l’enfant. C’est alors que le journaliste Alphonse Karr révèle la liaison entre Louise et Victor au grand public. Sympa. Sauf que Louise Colet riposte : elle l’agresse réellement au couteau qu’elle lui plante dans le dos. Il s’en sort indemne, juste légèrement blessé et renonce à porter plainte contre elle. L’Histoire que nous avons apprise à l’école nous révèle ensuite ses nombreuses relations avec des artistes reconnus : Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Abel Villemain… Et surtout Gustave Flaubert, même s'il était nettement moins connu qu’aujourd’hui. Pourtant, dans les cours de français, on a tendance à le citer plus souvent qu’elle, à cantonner Louise Colet à son statut d'amante qui correspondait avec lui. On nous a appris qu’elle avait inspirée Madame Bovary, et qu’il lui envoyait ses commentaires sur sa difficulté d'écrire. Et c’est tout. Après une relation passionnée, ponctuée de longues lettres entre les deux amants, Flaubert délaisse Louise Colet avec un billet plutôt froid :

 

Madame,

J’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois chez moi. Je n’y étais pas ; et, dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais. J’ai l’honneur de vous saluer.

 

Flaubert l'abandonne et se met à dénigrer son travail. C’est bel et bien ce qu’il s’est acharné à faire, plutôt que de la soutenir ou de la laisser vivre tranquillement, il préférait se moquer de son ancienne maîtresse et mépriser son art. Belle ingratitude, surtout lorsqu’on sait que Louise Colet a permis au jeune auteur Flaubert de se lier avec d’autres auteurs. En effet, plus âgée et plus expérimentée que lui, l’auteure l’invitait à ses salons littéraires où il a pu croiser des artistes divers et se faire une place et une réputation dans le monde littéraire. Heureusement, Louise était toutefois reconnue de son temps : entre 1840 et 1850 elle a obtenu de nombreux prix littéraires pour son œuvre. Elle était aussi célébrée par des artistes comme Victor Hugo, qui semblait rendre l’admiration qu’elle lui portait. Son œuvre est importante – plus de vingt ouvrages – et préfigure des œuvres majeures que nous avons étudiées voire aimées comme Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.

Louise Colet meurt à l’âge de soixante-cinq ans, en 1876. Si elle est tombée dans l’oubli de nos manuels scolaires, il est important de montrer l’injustice totale de ce méfait : la poète était importante en son temps. Ce qui nous reste d’elle, ce n’est pas ses histoires d’amour, mais bien ses écrits que je vous encourage vivement à découvrir et partager autour de vous. Louise Colet mélangeait sa vie et sa littérature, déclarant « La vie se passe ainsi à aimer, à souffrir, à méditer et à tenter de rendre en langage immortel ce qu’on a senti ». C’est aussi sa force de caractère, le féminisme qu'elle nous transmet dans ses œuvres qui méritent notre attention. Connaître son Histoire, c’est bien, y apporter de la lumière, c’est encore mieux.

 

Je crois à l’avenir
 

Louise Colet

 

Oui, les illusions dont toujours je me berce
En vain leurrent mon cœur d’un espoir décevant,
Impassible et cruel le monde les disperse,
Ainsi que des brins d’herbe emportés par le vent.

 

Et moi, me rattachant à ma fortune adverse,
J’étouffe dans mon sein tout penser énervant ;
Malgré mon désespoir et les pleurs que je verse,
Je crois à l’avenir, et je marche en avant !

 

Pour soutenir ma foi, j’affronte le martyre
Des sarcasmes que jette une amère satyre

À mon rêve d’amour le plus pur, le plus cher !

 

On peut tailler le roc, on peut mollir le fer.
Fondre le diamant, dissoudre l’or aux flammes,
Mais on ne fait jamais plier les grandes âmes !

 

***

 

Pour citer ce témoignage

 

Alice Diaz (texte et illustration), « Celle qui avait du cran », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 19 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/louise-colet-cran

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 13:15

 

Megalesia 2020 |  Lettre d'information 

 

 

 

Dernières informations en date de votre revue

et proposition d'anthologie collective

 

​​

Chères consœurs, Chers confrères en poésie,

Je vous écris pour les raisons suivantes :

 

1- souhaiteriez-vous modifier vos textes en ligne sur "La" COVID-19 pour les conformer aux normes grammaticales de l'Académie française ?

2- souhaiter avec vous la bienvenue aux chercheurs-enseignants Oswald Hermann Kouassi et Ouattara Gouhe qui ont intégré le Comité scientifique de la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ce mois-ci (pages en cours d'actualisation), et à Maggy de Coster qui rejoint la revue MARCELINE DESBORDES-VALMORE comme rédactrice en chef.

3- Aude et moi publions (presque quotidiennement) des textes dans Megalesia 2020 et dans les autres numéros en préparation. Pour les numéros 8, 9, 10 (de la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES) et 1 (de la revue MARCELINE DESBORDES-VALMORE), je vous remercie de contacter les responsables des numéros 8, 9 et 1 (Françoise Urban-Menninger et de Maggy de Coster).

4- avec l'accord de la directrice éditoriale principale, je vous propose de participer à une anthologie collective d'aphorismes coordonnée par LE PAN POÉTIQUE DES MUSES sur la condition des femmes dans les sociétés contemporaines et sur la sororité comme nécessité par une à cinq pensées par personne et au plus tard le premier octobre 2020.

5- les organismes hébergés par le site www.pandesmuses.fr ont besoin des éditrices/éditeurs bénévoles pour a) s'occuper d'actualiser les pages sur Facebook, b) pour éditer des poètes (femmes et hommes) dans les périodiques paritaires, c) pour une nouvelle rubrique du PAN POÉTIQUE DES MUSES dédiée à la visibilité de la sororité. Cette zone est inspirée de la discussion enrichissante avec la doctorante Marys Renné Hertiman (à qui j'adresse tous mes remerciements).

6- transmettre avec vous des sincères condoléances et sympathies à Dina et Nelly Sahyouni (et à leur famille) qui ont récemment perdu leur père Georgeos Sahyouni.

7- vous communiquer ces deux ​​​​liens utiles : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20, http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/table

 

En vous souhaitant de belles lectures et d'agréables rentrée et déconfinement progressif,

À vous lire, avec mes remerciements,

D. Simon

Liste des documents disponibles en ligne de Megalesia 2020 

 

La mise en page continue...

 

 

​​​​​​ÉQUINOXE par Barbara Polla (dir.)

Nouvel argumentaire

David Simon, « Au plaisir de vous rendre service et de vous être utile !  » 

​​​​​Jean-Charles Paillet, « Joies en poésie »

Mustapha Saha, « Éloge de Leïla Menchari »

David Simon« Interview avec l'artiste Monsieur à l'occasion de la sortie de la chanson « Encore » »

Tatjana Debeljački, « Interview with Claudia Piccinno »

Adou Bouatenin, « La "nuit", une métaphore obsédante chez Senghor, l’exemple de "Que m’accompagnent Koras et Balafong" et de "Chaka" »

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « Qu’est-ce que le Djèlénin-nin ?  »

​​​​​​Oswald Hermann Kouassi, « Les  Chants de Maldoror de Lautréamont : entre traditions poétiques et pratique postmoderne »

​Mustapha Saha, « Psychopathologie sociale du confinement », « Quelles mains invisibles injectent la peste et contaminent les mouches ?  », « Des vertus paradoxales de l'enfermement »

Roger Little, « La poésie-performance de Hanétha Vété-Congolo » 

Camille Aubaude, « Lettre à Vanessa Springora sur Le Consentement » 

Maggy de Coster, « Énorme, une nouvelle de Marie Sellier, Éditions Maison Malo Quirvane, 2019, 48 p. 8,50€ », « Soisik Libert, Un Dragon sur la Cimaise, L’Harmattan, Coll. Poètes des cinq continents, 2019, 62 p., 10,50€ »

Suzanne Verdier-Allut (poème d'une aïeule), « Épître à ma fille au moment de sa naissance (1770) »

Maggy de Coster, « De l’engagement à la base de la traduction »

Mille et Une Queer, « Manifeste »

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « Un chant pour Africa », poème reggae inédit. 

Maggy de Coster, « À mots rompus »

Dina Sahyouni, « Plainte en sourdine »

​​​​Françoise Urban-Menninger, « Erreur sur la personne »

Trihn Lo & Cristina Rap, « Ek-stasis »

​​​​​Maggy de Coster, Confinitude », « La brise du soir danse sur les chemins balisés par la lune », « Annus terribilis », « Coronavirus » 

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « ​​​​Serment vital »

Stephen Blanchard, « Coronavirus »

​​​​Yannick Resch, « ​​​Temps immobile »

Trihn Lo & Cristina Rap, « Ek-stasis »

Nicole Coppey, « Nuit », « Danseuse amoureuse »

Vivian O'Shaughnessy, « Poème récité »

Trihn Lo, « Souffrantes : D’automates et d’autres animaux pour deux violons (extrait, 2020) » 

Claudia Piccinno, « David est ton nom » « Le cri silencieux »

Maggy de Coster (sélection & traduction de l'espagnol), « "À contrevent" par Ernesto DÍAZ RODRÍGUEZ »

​Mustapha Saha, « Communiqué de presse sur "Haïm Zafrani, Penseur de la diversité" de Mustapha Saha, éditions Hémisphère / éditions Maisonneuve  & Larose, 2020 » 

Christian Malaplate, « Sondage poétique pour l'émission "Traces de Lumière" »

« Françoise Urban-Menninger (éd.), Dimension Jardins, Rivière Blanche, 2018 »

« Une conférence poétique consacrée à Valentine de Saint-Point »

​​​​​Mustapha Saha, « Mohamed Zafzaf, implacable chroniqueur des bas-fonds marocains »

Maggy de Coster, « Les structures de la famille en Haïti »

« Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre de l'Académie Claudine de Tencin »

« Le Prix International de Mécènes de la Poésie de 2020 de l'Académie Claudine de Tencin » 

« Le Prix International de Traductrice & Éditrice de Poésie de l'Académie Claudine de Tencin » 

« Le Prix International de Poésie Audiovisuelle de l'Académie Claudine de Tencin »

« Le Prix International de Poésie féministe de l'Académie Claudine de Tencin »

Alice Diaz, « Celle qui avait du cran »

​​​​​​LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Nouvel argumentaire pour Megalesia 2020 », «  Revue Marceline Desbordes-Valmore (MDV)|Accueil  »

David Simon, « Dernières informations en date de votre revue et proposition d'anthologie collective », « Nouvelles zones ou rubriques », « Les figures des Muses et Créatrices dans l'Antiquité »« Le lancement du "Dictionnaire  critique des bibliographies des écrivaines, sur les femmes et le genre" »

Dina Sahyouni, « Avant-Propos », « Dictionnaire critique des bibliographies des écrivaines, sur les femmes et le genre »

Naissance de la revue consacrée à Marceline Desbordes-Valmore

1er colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur "Les théoriciennes de la poésie"

Contribuer à l'Encyclopédie évolutive...

Megalesia 2020

Nouveautés, voir Nouvelles zones ou rubriques pour y participer. 

 

***

 

Pour citer cet avis 

David Simon, « Dernières informations en date de votre revue et proposition d'anthologie collective », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 17 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/newsletter

 

 

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Dernière mise à jour : 19 mai 2020

 

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 15:14

 

Megalesia 2020 |  Poésie dans tous ses états  (Varia sur la poésie) 

 

 

La « nuit », une métaphore obsédante chez Senghor,

l’exemple de « Que m’accompagnent Koras et Balafong » et de « Chaka »

 

​​​

 

Adou Bouatenin

 

Docteur en poésie

(Université 

Félix Houphouët Boigny en Côte d’Ivoire)

 

 

Crédit photo : "The Water-Sprite and Ägir's Daughters" by Nils Blommér (1816–1853), domaine public, Wikimedia.

 

 

Résumé : L’on a toujours considéré Léopold Sédar Senghor comme un poète de la nuit. Mais qu’en est-il de lui-même dans sa production poétique ? Qu’est-ce qu’il dit de lui-même ? À la lumière de la psychocritique, nous relèverons quelques éléments de réponses pour expliquer pourquoi Senghor fait recours au mot « nuit » pour se définir comme poète par excellence.

 

 

Mots clés : Senghor, psychocritique, femme, nuit, rêve, mythe personnel 

 

 

Abstract : He has always considered Leopold Sedar Senghor as poet of the night. But what about himself in his poetry ? What does he say about himself ? In the light of psychocritic, we will find some answers to explain why Senghor uses the word "night" to define himself as excellence poet.

 

 

Key words : Senghor, psychocritic, woman, night, dream, personal myth

 

 

 

 

Introduction

 

 

Un adage en Afrique dit que « la nuit porte conseil ». En croire à cet adage, la nuit serait une personne capable de conseiller. Il s’agit d’une image. La vérité est que la nuit, loin des bruits du jour, des travaux, allongé sur le lit auprès de son/sa conjoint(e), avec les douces caresses, est le moment propice de la réflexion. Dans la prise de décision, le conjoint ou la conjointe joue un rôle primordial, car durant la nuit, il/elle peut permettre à son conjoint ou à sa conjointe d’agencer ses idées confuses de la journée. La nuit, moment favorable de repos, de réflexion, de méditation, d’inspiration, semble-t-il, est le temps de régénérer ses forces. C’est la nuit que les grands artistes travaillent, donnent forme à leur idée. Le mot « nuit » et ses variantes sont récurrentes dans les poèmes de Léopold Sédar Senghor. Lire Senghor et ne pas s’en apercevoir est impardonnable. Cette abondance du mot « nuit » a fait dire Michel Hausser que « Senghor s’est fait, légitiment, une réputation de poète de la nuit »1. Cette assertion suscite des interrogations : quelle place occupe la nuit chez le poète ? Que représente la nuit chez Senghor ? Quel impact la nuit a-t-elle sur Senghor ? La nuit est-elle une hantise ou une muse poétique chez Léopold Sédar Senghor ? Etc. Ce que nous savons est donné par Michel Hausser. Il dit « c’est, semble-t-il, à partir de ce caractère qu’il est possible de bâtir un mythe senghorien de la nuit »2. Autrement dit, c’est à partir de la présence exhaustive du mot « nuit » dans ses textes poétiques qu’il est possible de bâtir ou d’en déduire le mythe senghorien de la nuit. La nuit, selon le même auteur, est l’emblème de calme, de douceur, de beauté, d’amour et d’authenticité3. Qu’en est-il chez Senghor ? À quelle image renvoie le mythe senghorien de la nuit ?

Ces nombreuses interrogations qui trottinent dans notre tête nous ont amené à formuler le sujet suivant : ‟La « nuit », une métaphore obsédante chez Senghor, l’exemple de « Que m’accompagnent Koras et Balafong » et de « Chaka ».”

Pour ce présent travail, nous ferons appel à la psychocritique. La psychocritique, parce qu’elle « consiste à étudier une œuvre ou un texte pour relever des faits et des relations issus de la personnalité inconsciente de l’écrivain ou du personnage. En d’autres termes, la psychocritique a pour but de découvrir les motivations psychologiques inconscientes d’individu, à travers ses écrits ou ses propos4. Elle se veut donc une méthode d’analyse littéraire et scientifique, car ses recherches sont fondées essentiellement sur les textes et aussi parce que sa méthode est basée sur la psychanalyse de Freud et de ses disciples. Pour Charles Mauron, « la psychocritique travaille sur le texte et sur les mots des textes »5, et le critique qui use de cette méthode ne doit pas s’éloigner du texte.

 

Le psychocritique, pour sa part, ne perd pas les textes de vue. Il s’est promis d’en accroître l’intelligence et ne réussira que si son effort y rencontre celui des autres disciplines critiques.6

 

 

La présence de ces relations appelées « métaphores obsédantes » va constituer ce que Charles Mauron appelle le « mythe personnel » de l’écrivain. Le mythe personnel est « l’expression de la personnalité inconsciente et de son évolution » de l’écrivain dans son texte. En d’autres termes, le mythe personnel est l’image que l’écrivain se construit de façon inconsciente dans son œuvre ou dans son texte, et qui permet de saisir sa personnalité (qui laisse transparaître la nature de sa personne). Pour aboutir au mythe personnel de l’écrivain ou du poète, il faut rechercher dans le texte ou à travers l’œuvre comment se répètent et se modifient les réseaux, groupements ou d’un mot plus général, nous dira Charles Mauron.

 

On cherche, à travers l’œuvre du même écrivain, comment se répètent et se modifient les réseaux, groupements ou d’un mot en général, les structures révélées par la première opération […] ; la seconde opération combine ainsi l’analyse des thèmes variés avec celle des rêves et de leurs métamorphoses. Elle aboutit normalement à l’image d’un mythe personnel.7

 

La première opération consiste donc en une superposition des textes du même auteur pour faire apparaître des réseaux d’associations ou des groupements d’images obsédantes et probablement involontaires. De ce fait, la psychocritique nous fera comprendre la personnalité inconsciente de Senghor et les fondements ou les mobiles de l’obsession de certains thèmes qui font penser à la hantise ou la muse poétique. La psychocritique nous fournira également les clés pour expliquer pourquoi Senghor fait recours au mot « nuit ». En tout cas, il semble évident que c’est l’explication psychanalytique que nous pouvons comprendre les raisons qui ont amené Senghor à abonder ses textes poétiques du syntagme « nuit ». En effet, la psychocritique accroît « notre intelligence des textes littéraires en y discernent d’abord, pour les étudier ensuite, les relations dont la source doive être raisonnablement recherchée dans la personnalité inconsciente de l’autre, faute de la pouvoir trouver dans sa volonté ou dans le hasard8 En plus, le poète ou l’écrivain, en écrivant, n’est pas conscient des mots répétés ou des mots qui reviennent de façon récurrente sous sa plume dans son texte.

 

L’écrivain n’a conscience que de leur adaptation à sujet actuel. Il ignore l’origine profonde et personnelle de leur répétition.9

 

 

Et comme la psychocritique se veut « d’abord une méthode de découverte »10, nous avons jugé bon de l’appliquer sur les textes poétiques de Senghor pour découvrir l’impact de la nuit sur lui et sur ses productions poétiques. De ce fait, avec la psychocritique, nous montrerons que la nuit est avant tout une hantise chez Senghor avant d’être une muse poétique.

 

 

 

 

I- La nuit, hantise ou poétique chez Senghor

 

 

La hantise est une sorte d’obsession, souvenir involontaire ou obstiné d’une chose ou de quelqu’un qui nous hante. Dans Que m’accompagnent Koras et Balafong, la hantise de la nuit chez Senghor se justifie. Loin de l’Afrique, du Sénégal, Senghor se souvient des « nuits » ou son oncle Tokô’Waly lui contait ou l’expliquait les mystères de son village :

 

Tokô’Waly mon oncle, te souviens-tu des nuits de jadis quand s’appésantissait ma tête sur ton dos de patience

Ou que me tenant par la main, ta main me guidait par ténèbres et signes ? (p. 34)

 

 

Étant étudiant en France, il remarqua que les nuits d’Afrique sont différentes des nuits de France : « Nuit d’Afrique ma nuit noire, mystique et claire et brillante » (p. 35). Il a alors la nostalgie des nuits d’Afrique. Il s’enferma dans sa chambre étudiante pour composer, sans doute, ses textes poétiques pour échapper à la raison hellène.

 

Nuit qui délivre des raisons des salons des sophismes, des pirouettes des prétextes, des haines calculées des carnages humanisés (p. 35)

 

 

La nuit apparaît dès lors comme une échappatoire, un moyen de se libérer de cette nostalgie. C’est, peut-être, en voulant retrouver les nuits d’Afrique en France que Senghor s’est mis à l’écriture poétique. De la hantise, la nuit serait une source d’inspiration, une source de création poétique, une muse poétique, pour ainsi dire.

 

Dans Chaka, la nuit n’est pas un moment propice à la douceur ni à la composition poétique, mais un moment de trouble, de peur : « … Le pouls fiévreux de la nuit ! » (p.119) ; « cette longue nuit sans sommeil… » (p.119). C’est durant la nuit que Chaka tua « Nolivé aux bras de boas, aux lèvres de serpent-minute » de ses propres mains. Et chaque nuit, Chaka entend « le roucoulement au matin de Nolivé », c’est-à-dire la voix matinale de Nolivé. Il n’arrive pas à dormir à force de sentir la présence de Nolivé. Il manque de sommeil, et la nuit devient une hantise. À vrai dire c’est Nolivé qui est son hantise. Il doit veiller malgré lui : « Et nous voilà debout aux porte de la Nuit, buvant des contes très anciens et mâchant des voix blanches » (p.129). La nuit, Chaka se souvient de Nolivé, il se voit donner la mort à Nolivé « d’une main sans tremblement » (p.117). Le spectre de Nolivé le hante à tel point de se donner la mort : « Ô ma fiancée, j’ai longtemps attendu cette heure » (p.125). Ce vers est repris à la page 127 : « Ô ma fiancée, j’ai longtemps attendu cette heure » pour insister sur l’empressement de finir avec l’emprise de la nuit sur lui.

Si l’on considère que Senghor est Chaka, alors nous pouvons dire que la nuit est plutôt une hantise que muse poétique chez Senghor.

 

 

 

 

II- La « Nuit », métaphore obsédante de la femme chez Senghor

 

 

 

L’on sait que Senghor s’est fait « une réputation de poète de nuit »11. Cependant, il convient de mettre à nu l’image obsédante ou la métaphore obsédante à laquelle renvoie l’emploi de « nuit » dans ses textes poétiques. Dans notre corpus, Senghor s’approprie la nuit. La nuit devient sa propriété, sa chose. En effet, par l’emploi de l’adjectif « ma », Senghor montre que la nuit est inhérente à sa nature : « Ô ma nuit ! O ma Noire ! Ma Nolivé » (Chaka) / « Nuit d’Afrique, ma nuit, mystique et claire noire et brillante » (Que m’accompagnent Koras et Balafong).

Dans ces extraits ci-dessus, nous constatons que l’évocation de la nuit est renforcée par une autre évocation, en occurrence par l’évocation d’une personne féminine. Ce qui suppose que la nuit égale à la femme (Nuit = Femme). Autrement dit la nuit en tant que objet qu’il possède est en fait une personne. Ce qui laisse dire que la nuit est l’image de la femme.

 

Dans Chaka,, lorsque le poète Senghor/Chaka évoque la nuit, c’est à Nolivé qu’il songe. Le réseau associatif de la nuit dans Chaka se constitue de « O ma Nuit ! O ma Noire ! ma Nolivé », « O ma Nuit ! ô ma Blonde ! ma lumineuse sur les collines », « Que de cette nuit blonde- ô ma Nuit ô ma noire ma Nolivé ». Dans ce réseau associatif, comme le disons tantôt, la Nuit est une autre désignation de Nolivé, et elle est matérialisée par la lettre majuscule de « N ». Dans ce réseau associatif, il y a aussi le mot « Noire » qui y revient. Autrement dit, Senghor établit un rapport entre Nuit et Noire. Dans la nuit, il y a le sème de l’obscurité, du noir. La Nuit, la Noire, c’est la même chose ou les deux faces d’une même réalité. Nous comprenons alors l’emploi des variantes de nuit : « Obscur dans le jour », « la splendeur noire », etc. Nolivé est une Africaine, pour dire l’image obsédante que ressort de ce réseau associatif est l’image de la femme africaine. Cependant, à y voir de près, l’on constate que l’emploi de « Nuit » implique une corrélation systématique de « blonde » ce qui vient fausser notre analyse. Alors il convient d’établir le réseau associatif de « blonde » et de le superposer à celui de « nuit ». Le réseau associatif de « blonde » est le suivant : « O ma Nuit ! ô ma Blonde ! ma lumineuse sur les collines », « Que de cette nuit blonde – ô ma Nuit ô ma Noire, ma Nolivé », « la nuit diamantine », « ô ma Blonde », « chair noire de lumière ». Ce réseau associatif trouve son sens de l’explication que nous avons donné de ce syntagme nominal « Ma Négresse blonde » (p. 129)

 

L’emploi de « Négresse » renvoyant à l’Afrique, et de « blonde » à l’Europe […] ; le poète met en relief deux cultures opposables. […] En effet, le nominal « Négresse » renvoie à ce qui est propre aux Nègres, et par extension à l’Afrique. Quant à l’adjectif « blonde », il renvoie à tout ce qui est propre aux Blancs, et par ricochet à l’Europe.12

 

 

Nous voyons par cette explication que le syntagme nominal essaie d’associer deux images féminines, l’une négresse et l’autre blonde. Nous voyons également que le premier réseau associatif est modifié par le second réseau, à telle enseigne que la superposition de ces deux réseaux associatifs donne une et une seule métaphore obsédante. Ce n’est plus la femme africaine mais une femme métissée qui est la métaphore obsédante. Cette métaphore obsédante renvoie à l’image de Ginette Éboué13. Même si les critiques pensent que Senghor a supprimé les textes les plus transparents qui laissent voir le lien entre sa première femme14, nous pensons de façon inconsciente l’image de cette dernière se lit bien dans ses poèmes. Elle serait donc à la fois une hantise et une muse poétique chez Senghor.

 

Dans Que m’accompagnent Koras et Balafong, le réseau associatif de nuit est constitué de « Nuit d’Afrique », « ma Beauté noire », « ma Nuit noire », « ma Noire », « ma Nue ». Ce réseau associatif renvoie à l’image de Soukeïna, la sœur, sans doute, du poète :

 

un baiser de toi Soukeïna ! - ces deux mondes antagoniste

Quand douloureusement-ah ! je ne sais plus qui est ma

sœur et qui est ma sœur de lait (p. 28)

 

 

L’évocation de « Isabelle », considérée comme une Européenne, vient mettre en doute la véracité de nos propos. Est-ce Isabelle ou Soukeïna que le poète fait-il allusion ? Isabelle n’est-elle pas Colette, sa seconde épouse ?

 

« Oui, j’assume mon amour pour cette femme blanche, je suis son prince, elle est ma princesse de Belborg, nous vivons et exemplifions le dialogue de deux cultures. C’est une belle histoire d’amour…et l’emblème du métissage qui sera la loi de demain »15.

 

Nous ne sommes pas situés. Dans tous les cas, Soukeïna ou Isabelle, Ginette Éboué ou Colette, toutes deux sont des femmes. Et ce sont elles qui bercent les nuits du poètes Senghor.

 

De celles qui bercèrent mes nuits de leur tendresse rêvée de leurs mains mêlées (p. 28)

 

 

Soukeïna n’est-elle pas Ginette Éboué, sa « Nuit, [sa] Nolivé », chantée dans Chaka ? Et Colette n’est-elle pas aussi sa « Nuit, … [sa] Blonde ! [Sa] lumineuse sur les collines », magnifiée dans Chaka ? À ces interrogations, nous pouvons dès lors affirmer, quelle que soit la femme chantée dans les deux poèmes, et désignée par les réseaux associatifs, que c’est l’image de la femme en général qui est mise en évidence. La femme est la métaphore obsédante chez Senghor et sujet de réflexion.

 

La femme, qu’elle soit Africaine ou Européenne, Ginette Éboué ou Colette Hubert, est une fois de plus chantée par un poète, en occurrence Léopold Sédar Senghor. La femme est chez celui-ci une hantise et une muse poétique. Hantise parce que la femme est obscure, c’est-à-dire difficile à cerner, à connaître, à comprendre, elle est un mystère à découvrir. L’on comprend alors les raisons pour lesquelles la femme est désignée par la « nuit ». Muse poétique, parce qu’elle est une beauté. Cependant, la nuit, dans l’œuvre de Senghor, a une autre dimension. Elle serait un moment d’amour et de fécondité, mieux moment de création poétique.

 

 

 

III- La nuit, moment de création poétique

 

Dans Que m’accompagnent Koras et Balafong, et Chaka, nous avons dit que la Nuit est l’image de la femme chantée par Senghor ; qu’elle est désignée par la Nuit, parce qu’elle est en réalité obscure en elle-même. Cependant, une relecture de ces deux poèmes avec la même méthode d’analyse montre que la Nuit serait un moment de création poétique chez Senghor, un lieu propice pour écrire ses poèmes. La nuit est « l'artefact » pour accéder à la connaissance, à la muse poétique. Bien qu’il soit vrai que « c’est la nuit que le sommeil engendre des rêves ou des cauchemars, des monstres ou des illuminations, abîmant l’esprit en des chimères merveilleuses qui égarent »[16], il faut, cependant, reconnaître aussi que c’est pendant la nuit que l’on s’adonne véritablement à la réflexion car tout est calme, tout dort, et l’on peut se libérer des fardeaux de la journée.

 

Le réseau associatif de la nuit lié à la réflexion dans Que m’accompagnent Koras et Balafong est constitué de « Nuit qui me délivre des raisons des salons, des sophismes, des pirouettes des prétextes des haines calculés des carnages humanisés », « Nuit qui fonds toute ma contradiction, toutes contradictions dans l’unité première de ta négritude » (p. 35). À travers ce réseau associatif, la métaphore obsédante qui se lit est celle du repos : « délivre », « fonds ». De ces verbes mots, il ressort le sème de repos. Occuper la journée, la nuit nous permet de se libérer des travaux du jour, donc de se reposer. Autrement dit, toute la journée, nous avons utilisé la force, et la nuit venue, nous devons amollir cette force ou la récupérer, donc de se reposer et de se consacrer à l’amour : « Dormez, les héros, en ce soir accoucheur de vie, en cette nuit de gradeur » (p. 31).

 

Dans Chaka, le réseau associatif est constitué de « la nuit diamantine », « cette nuit d’amour sans fin», « chante la Nuit », « aux portes de la Nuit », « l’amant de la Nuit ». Par ce réseau associatif, nous voyons que le poète fait l’éloge de la nuit. Il semble que la nuit, pour lui, l’expérience la plus intense pour accéder à l’infini, à l’imagination : « Voix Voix blanche de l’Outre-mer, mes yeux de l’intérieur éclairent la nuit diamantine » (p. 117). De ce réseau associatif, nous pouvons dire que Senghor fait l’amour avec la nuit. Il y a, en effet, un phénomène d’accouplement qui se lit à travers ce réseau. Illustrons nos propos par un schéma.

 

Chante la Nuit    Cette nuit d’amour

Aux portes de la Nuit     l’amant de la Nuit

 

 

 

De ce schéma, plusieurs lectures sont possibles, néanmoins nous en proposons une : l’amant, le soir venant (aux portes de la Nuit) chante (la Nuit) car cette nuit est une nuit d’accouplement (d’amour). Or chez Senghor, la femme à accoupler n’est que le poète lui-même : «  […] le poète est comme une femme en gésine : il lui faut enfanter »17. Ici, l’on peut s’arrêter sur l’image et dit avec raison, comme Stanislas Adotevi18, que Senghor est un « baiseur ». Or ce que l’on oublie, c’est que la poésie peut vouloir dire quelque chose à première vue et dire autre chose après une vue minutieuse, ou dire à la fois quelque chose et son contraire, car les mots de la poésie sont chargés de sens et de significations. À ce propos, citons Senghor.

 

Les mots, presque toujours concrets, sont enceintes d’images, l’ordonnance des mots dans la proposition dans la phrase y obéit à la sensibilité plus qu’à l’intelligibilité, aux raisons du cœur plus qu’aux raisons de la raison.19

 

 

Et comme « les mots sont enceintes d’images », il faut les accoupler, et le moment propice pour le faire est bien sûr la nuit. Senghor ne dit autre chose que la création poétique qui se lit dans ses poèmes.

 

Lorsque ce réseau est associé à celui de Que m’accompagnent Koras et Balafong, il apparaît clairement que la nuit est un moment d’amour et de fécondité, et il semble que l’image obsédante est celle d’un « baiseur ». Oui ! Senghor, ce « baiseur », fait l’amour avec les mots, s’accouple avec eux pour enfanter le poème, pour donner vie aux mots20. Tout est clair. Senghor se présente comme poète par excellence21, et la nuit est sa prédilection. Il est l’amant des Muses : « le créateur des paroles de vie », « Le poète du Royaume d’enfance », « Bien mort le politique, et vive le Poète ! », « les yeux de l’Amant » (Chaka) / « Les poétesses du sanctuaire m’ont nourri », « Les griots du Roi m’ont chanté la légende véridique de ma race aux sons des hautes kôras », « De nouveau je chante un noble sujet » (Que m’accompagnent Koras et Balafong ». C’est cette métaphore obsédante qui se dégage de la superposition des deux réseaux associatifs.

 

À ce stade de notre analyse, il reste la vérification de nos résultats avec la biographie ou la vie du poète. Or tel n’est pas le cas dans ce travail. Ce qui veut donc dire que notre travail est inachevé. À l’heure actuelle, la vérification des résultats avec la vie de l’auteur ne s’avère pas trop nécessaire, car savons-nous tous que Senghor a abandonné la politique pour se consacrer à la poésie.

 

 

 

Conclusion

 

 

 

Que devons-nous retenir ? De ce travail, nous avons deux images obsédantes. D’abord, la première image renvoie à celle de la femme, et enfin, la seconde celle de l’amant des Muses. Un rapprochement des deux images montre que la femme est aussi les Muses, parce que toutes deux féminines (Femme = Muses), autrement dit, Femme et Muse désignent une et une seule réalité : l’inspiration. Donc à la question de savoir si la nuit est une hantise ou Muse poétique, nous pouvons répondre, comme nous sommes au terme de notre analyse, que la nuit chez Senghor est une muse poétique, et dans la même perception que Michel Hausser, affirmer que le mythe personnel de Senghor est le poète de nuit ou le poète de la nuit.

 

 

 

 

Bibliographie

 

 

ADOTEVI, Stanislas, Négritude et négrologues, Paris, Union générale d’édition, 1972. 

BAYLE, Corinne, « Pourquoi la nuit ? », L’Atelier du XIXe siècle :

« La nuit dans la littérature européenne du XIXe siècle », Les Doctoriales de la Serd, Société et études romantiques et dix-neuviémistes.

BOUATENIN, Adou, La poétique de la Francophonie dans deux poèmes de Senghor : « Que m’accompagnent Koras et Balafong », et « Chaka », Mémoire de Master 2, Université Félix Houphouët Boigny, 12 novembre 2014, p. 120 [sous la direction de N’guettia Kouadio Martin]. Mémoire édité par les Éditions Universitaires Européennes le 23 mars 2015 avec pour titre La poétique de la Francophonie, 129 p.

CHARPENTREAU, Jacques, Préface du livre : "La ville en poésie", Édition Gallimard, collection Folio Junior en Poésie, 1979.

Entretien de MONGO-MOUSSA avec Daniel DEIAS, « Ne prenons pas Senghor pour ce qu’il n’est pas ! », Africultures, disponible sur http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=5900

HAUSSER (Michel), Pour une poétique de la négritude, Tome I, Silex/CÉDA, 219 p.

KÉÏTA, Mohamed, Approche psychocritique de l’œuvre romanesque de Tierno Monénembo, Thèse de doctorat, Paris (France), Université Paris-Est Créteil Val de Marne, U.F.R de Lettres et des Sciences Humaines, 27 juin 2011 ; p. 337 [Sous la direction de Papa Samba Diop]

LANGUI, Konan Roger, « La femme senghorienne entre symbolisme et représentation de l’idéal nègre », Éthiopiques, numéro spécial, Littérature, philosophie et art, 10e anniversaire, Senghor, hier à demain. Disponible sur http://ethiopiques.refer.spiq-php?page=imprimer-article&id_article=1802

MAURON, Charles, Des métaphores obsédantes aux mythes personnels, Paris, José Corti, 196, 382 p. ; Psychocritique du genre comique, José Corti, Paris, 1964, 190 p.

MOZAFARIAN, Leïla Fotouh, Les réseaux d’associations et le mythe personnel dans les poèmes de Paul Valéry, Mémoire de Maîtrise, Université de Mashhad, Faculté des Langues Étrangères, février 1995 [sous la direction de Partovi].

SAHIRI, Léandre, À propos de « Deuxième épitre à Laurent Gbagbo » de Tiburce Koffi : les mots utilisés par Tiburce Koffi sont à la limite de l’injure proférée à l’égard de M. Laurent Gbagbo.

SENGHOR, Léopold Sédar, postface de l’Éthiopiques, « comme les lamantins vont boire à la source », 154 p. ; « Le français, langue de culture », Esprit, 1962, p. 839 ; Poèmes, recueil de poèmes contenant Chants d’ombre ; (1945), Hosties noires (1948), Éthiopiques (1956), Nocturnes (1961) ; Lettres d’hivernage (1972), Paris, Éditions du Seuil, Collection Points ; Littérature, 1964 et 1973, 254 p.

 

 

 

 

Notes

 

 

 

1Michel Hausser, Pour une poétique de la négritude, Tome I, Silex/CEDA, p. 219.

 

2Idem, p. 282.

 

3Ibidem, p. 339.

 

4Léandre Sahiri, À propos de « Deuxième épitre à Laurent Gbagbo » de Tiburce Koffi : les mots utilisés par Tiburce Koffi sont à la limite de l’injure proférée à l’égard de M. Laurent Gbagbo.

 

5 Charles Mauron, op.cit., p. 10.

 

6. Idem, p. 25.

 

7Charles Mauron, Psychocritique du genre comique, José Corti, Paris, 1964, p.142. Il résume les différentes opérations qui composent la méthode de la psychocritique.

8Idem, p. 141.

9Op.cit., p. 80.

10Op.cit. p. 335.

11Michel Hausser, op.cit.

12Adou BouateninLa poétique de la Francophonie dans deux poèmes de Senghor : « Que m’accompagnent Koras et Balafong », et « Chaka », Mémoire de Master 2, Université Félix Houphouët Boigny, 12 novembre 2014, [sous la direction de N’guettia Kouadio Martin]

 

13Première femme du poète Senghor. Elle est Guyanaise, or la population Guyanaise s’avère extrêmement métissée.

 

14« C’est possible mais ce qu’il y a de sûr, c’est que Senghor a supprimé les textes les plus transparents réduisant ainsi, le plus possible, le lien entre sa première femme et la figure de la femme noire. », Entretien de Mongo-Moussa avec Daniel Delas, « Ne prenons pas Senghor pour ce qu’il n’est pas ! », Africultures, disponible sur http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=5900

 

15. Senghor, cité par Delas. Idem.

 

16Corinne Bayle, « Pourquoi la nuit ? ».

 

17Léopold Sédar Senghor, postface de Éthiopiques, « comme les lamantins vont boire à la source », p. 154.

 

18. Stanislas Adotevi, Négritude et négrologues, Paris, Union générale d’édition, 1972.

 

19. Léopold Sédar Senghor, « Le français, langue de culture », Esprit, 1962, p. 839.

 

20Jacques  Charpentreau, Préface du livre : "La ville en poésie", Édition Gallimard, coll. Folio Junior en Poésie, 1979.

 

21Je vous invite à vous référer à l’étymologique du mot « poète » qui vient de poiein et qui renvoie aux mots tels que créer, fabriquer, inventer.

 

***

 

Pour citer cet article 

Adou Bouatenin, « La "nuit", une métaphore obsédante chez Senghor, l’exemple de "Que m’accompagnent Koras et Balafong" et de "Chaka" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 16 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/lanuit-chaka

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 11:10

 

Megalesia 2020 | Critique & réception 

 

 

 

Soisik Libert

 

Un Dragon

 

sur la Cimaise 

 

L’Harmattan,

Coll. Poètes des cinq

​​​​​​continents, 2019, 62 p.​​​, 

10,50€

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

​​​​​​​

© ​​​​​​​​​​Crédits photos : "Première et quatrième de couverture du recueil aux éditions L'harmattan".

 

 

Une poésie qui laisse voir en filigrane les contours de l’âme de la poète qui peint les situations avec des mots choisis avec minutie. 

Revêtant la double casquette de peintre et de poète, Soisik Libert semble ne pas jeter un pont entre ces deux disciplines. Difficile d’établir un ordre et un rang entre les deux compte tenu de l’interférence qui y existe. Elle emprunte la couleur aux mots pour nous présenter les œuvres picturales. 

Pour cette amoureuse des mots, le qualitatif a valeur absolue, ainsi la parole, dans  sa version minimaliste, peut bien revêtir le magnanime, le  sublime :

 

«  L’absolu est convié

dans un dé de paroles

qui fécondent le silence

sous un ciel immense »

 

La peinture est pour elle un vivier de mots qui accaparent son être en quête de paix dans sa vulnérabilité.

 

N’est-ce pas Dostoïevski qui par la voix d’Hippolyte Terentiev, dans l’Idiot s’écria : « La beauté sauvera le monde », face au tableau d’Holbein, « Le Christ Mort » !

Cette notion dont la définition n’est pas figée est sans doute «  cet insoutenable atome de chair » que restitue la main dans sa gestuelle inimitable à laquelle succombe le regard de notre poète et peintre Soisik Libert :

 

«  Au centre de la toile

opère mon regard

labyrinthe étoilé de mots.

 

C’est bien là que ses rêves prennent forme. Elle a ce regard perçant qui sait si bien décrypter le monde à travers le prisme de l’invisible et  «  le saisir au milieu d’un miroir sans tain ». Pour elle,                

 

« l’invisible touche

se présente sur un compas brûlant ».

 

Aussi, son essence se dilue-t-elle dans une vapeur chromatique s’élevant vers le ciel flirtant avec les arbres.

 

Généreuse, elle a su faire également place aux peintres qu’elle affectionne et dont les œuvres font transcender son être.

Toulouse Lautrec,  l’amant de la dive bouteille est vénéré en ces termes : 

 

« la fièvre démâtait ton crâne

Peuplé de bacchantes »

 

De Pablo Picasso elle voit :

 

« le spectre lancinant

de l’odalisque

de la muse écarquillée » 

 

De James Ensor, peintre avant-gardiste et expressionniste belge, elle retient : 

 

« ces figurants revenus du Carême

s’emparant de faims orbiculaires

dilatées

sous les faciès rubiconds »

 

À propos d’Ernest Pignon-Ernest, qui a fait émerger l’art urbain en France, elle reconnaît qu’il y a : 

 

« une  vérité qui se distend

qui cherche à s’unir

à la tourbe et au ciel » 

 

Chez le peintre allemand Beuys, elle a capté l’essentiel :

 

«  art du passage

où la défaite serait dans les images »

 

Dans l’œuvre de Tracey Emin, artiste contemporaine britannique de renom, elle a vu :  

 

« quelque part dans ce noir intense

et transcendant-

vérité et nuit

ombre et chatoiement »

 

En fin de compte, Soisik Libert nous décrit un univers pictural peuplé d’ombres et de lumières, de  « figures fatales », d’onirisme où les couleurs se dilatent et où le merveilleux est exalté tout en considérant l’œuvre  picturale :

 

« [..]comme une effraction

Qui distille son charme et son venin

Emplissant le cœur de toute chose »*

 

MDC

 

 

*Liens vers :

1- le site de l'artiste peintre Soisik Libert :

www.soisik-libert.com

2 - la page du recueil aux éditions L'Harmattan :

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Soisik Libert, Un Dragon sur la Cimaise, L’Harmattan, Coll. Poètes des cinq continents, 2019, 62 p., 10,50€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 14 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/la-haut

 

 

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