8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:55

 

Poèmes pour la 3ème thématique :

Les animaux en poésie mineure ou le bestiaire des poètes

 

Deux cygnes, Entrechats,

 

Je suis l'abeille, Le bourdon, L'oiseau

 

& Mon chat s'est mis à rêver

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

Deux cygnes     

 

 

Deux cygnes ont tout à l'heure glissé

sur le vieux canal

le long duquel je marchais

 

je les ai longtemps observés

et quand l'un d'eux a déployé ses ailes

sur l'eau verte qui frissonnait

 

un ange sûrement est passé

car l'oiseau imperceptiblement

m'a fait signe avant de s'envoler

 

 

***

Entrechats

 

 

La ville grise

est un chat qui dort

et mille ombres dehors

lui sculptent une frise

 

où l'on voit parfois

d'autres chats

danser sur les toits

et faire pour elle des entrechats

 

***

Je suis l'abeille

 

 

Je suis l'abeille

dans la rose

aux lèvres mi-closes

tiédies par le soleil

 

je bourdonne

dans un chœur

de langueur

où mon âme fredonne

 

je suis l'abeille brodée

sur la nappe de l'été

où la rose oubliée

pose sa tête fanée

 

***

Le bourdon


 

Non non

dit la reine des abeilles

pas de bourdon

dans mes soleils

 

il me vole ma cire

et pour finir

il me donne le bourdon

 

***

L'oiseau

 

 

Quand l'oiseau sortit

tout neuf

de son bel œuf

il fut très surpris

 

personne ne l'attendait

il n'y avait ni fleurs

ni comité d'honneur

pour le fêter

 

alors sans dire un mot

l'oiseau très triste

recomposa tel un artiste

sa coquille en morceaux

 

***

 

Mon chat s'est mis à rêver

 

 

Derrière la fenêtre embuée

mon chat s'est mis à rêver

et dans un songe s'est échappé

 

dans mon poème je l'ai retrouvé

ronronnant sur ma feuille de papier

ses yeux sur les miens rivés

 

***

 

Pour citer ces poèmes

 

Françoise Urban-Menninger, « Deux cygnes », « Entrechats », « Je suis l'abeille », « Le bourdon »« L'oiseau », « Mon chat s'est mis à rêver », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url :  http://www.pandesmuses.fr/2016/04/bourdon.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:54

 

Critique & réception pour la 1ère thématique :

Errance, folie, drogues, alcools, poètes maudits, etc.

 

Le Monde selon  Garp,

 

Roman de John Irving

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

                          

 Crédit photo : John Irving  (photo trouvée sur commons Wikimedia)

 

 

Ce livre publié en 1978 a remporté le National Book Arward et George Roy Hill en a réalisé un film homonyme en 1982 avec Robin Williams dans le rôle de Garp.

Fils d’une infirmière féministe qui l’a engendré durant la seconde guerre mondiale, Garp se passionne très tôt pour l’écriture et la fiction et tente par ce biais de séduire la fille de son entraîneur de lutte.

 Élevé par une mère qui ne voulait pas s’encombrer d’un mari mais qui a profité de l’état de perpétuelle surexcitation d’un soldat agonisant dont le cerveau a été endommagé pour l’engendrer, Garp est affublé du nom singulier de T. S qui renvoie à son géniteur « Technicial Sergeant ». Jenny, la mère de Garp, décide d’écrire un livre qui dénonce la luxure et la sexualité, ce sera très vite un best-seller au titre aguicheur « Sexuellement suspecte ». Icône féministe, la mère de Garp, utilise ses revenus pour recueillir des femmes en difficulté. C’est dans ce centre ouvert par sa mère que Garp découvre l’existence des « Ellen Jamesiennes », des femmes qui ont volontairement tranché leur propre langue en signe de solidarité envers Ellen James, une jeune fille de onze ans qui a été violée, puis a eu la langue tranchée afin qu’elle ne puisse pas identifier ses agresseurs.

Il va de soi que l’on songe très vite au mythe de Philomèle qui a peut-être pu inspirer John Irving qui mêle dans ses écrits fiction et réalité comme le fait Garp dans son livre. Le synopsis de cet ouvrage a partie liée, sans nul doute, avec la vie même de John Irving qui a été élevé par sa mère et qui n’a connu le nom de son père qu’à soixante ans !

Il est évident que dans Le Monde selon Garp, John Irving règle ses comptes avec une forme de féminisme débridé qui donne lieu à des scènes surréalistes frôlant la loufoquerie et l’absurde.

Le Monde selon Garp est un miroir grossissant mais parfois à peine déformant de notre monde réel, il en est une critique impitoyable qui ne peut manquer de nous interpeller. C’est ainsi que l’histoire horrible d’Ellen James devient le prétexte fallacieux pour les « Ellen Jamesiennes » à défendre leur cause dans une violence inouïe qui n’a rien à envier à celle des agresseurs de la jeune fille qui supplie en vain les « féministes » de ne plus se trancher la langue pour la soutenir… Garp est accusé dans le même temps par les « Ellen Jamesiennes » d’avoir procédé au « lavage de cerveau » de la jeune Ellen James et devient ainsi l’homme à abattre, au sens propre comme au sens figuré… Mais l'écriture reste toujours chez John Irving une revanche sur la vie et la jeune fille amputée de sa langue devient à son tour écrivain !

 

 

Pour citer ce texte

Françoise Urban-Menninger, « Le Monde selon Garp, roman de John Irving », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url :  http://www.pandesmuses.fr/2016/04/lMonde-selon-Garp.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:54

 

Texte pour la 1ère thématique :

Errance, folie, drogues, alcools, poètes maudits, etc.

 

Ouvrage de dame

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

Tapisseries par Marguerite Menninger

Photographies de Claude Menninger

Blog officiel : L'heure du poème

                         

© Crédits photo : "Deux tapisseries réalisées d'après les dessins de Colette Enard" par Marguerite Menninger, photographies de Claude Menninger, 2013.
© Crédits photo : "Deux tapisseries réalisées d'après les dessins de Colette Enard" par Marguerite Menninger, photographies de Claude Menninger, 2013.

© Crédits photo : "Deux tapisseries réalisées d'après les dessins de Colette Enard" par Marguerite Menninger, photographies de Claude Menninger, 2013.

 

C’est sous cette dénomination le plus souvent accompagnée d’une connotation péjorative que l’on enferme la femme dans un domaine qui lui est d’office réservé. L’ouvrage de dame véhicule encore dans certains esprits passéistes le cliché éculé d’une femme penchée sur quelques travaux d’aiguille, tapisserie, broderie, parfois même tricot, une occupation en quelque sorte qui tient l’épouse, la mère, la jeune fille, éloignées de la fureur du monde. N'appelait-on pas également arts d'agrément cette occupation qui ne devait mener les femmes ni à une profession ni véritablement à la création ? Et George Sand de les rebaptiser « les arts de désagrément » tant cet usage privé de l'art participait de ce que l'on entendait et attendait d' une bonne éducation.

 

 

 

Cette image paisible de la femme rangée absorbée par son ouvrage nous renvoie à celle de la femme jouant de la harpe ou penchée sur son métier à tisser car comme le souligne Françoise Collin dans Les femmes de Platon à Derrida si « on estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux inventions de l'histoire de la culture, elles ont peut-être quand même inventé une technique, celle du tressage et du tissage ». Voilà d'après la philosophe ce que les hommes et notamment Freud concèdent aux femmes: l'apanage du tissage ! Car les Grecs font du pneuma ou souffle créateur, la seule propriété de l'homme !

Les peintures qui ornent les vases antiques illustrent ce schéma intemporel de la femme tissant ou jouant de la harpe mais l’image, comme chacun le sait, est trompeuse. Derrière les apparences d’une potiche qui n’a rien à dire et qui ne sait que reproduire comme l'affirme Auguste Comte ou qui aurait perdu sa langue, la femme n’a jamais cessé de broder le fil de ses pensées !

 

 

Virgile, Ovide, Eliot, Shakespeare et bien d’autres auteurs qui ont revisité le mythe de Philomèle et de Procné, ne s’y sont pas trompés. Philomèle condamnée au silence par son beau-frère Térée qui lui coupe la langue après l’avoir violée afin qu’elle ne puisse le dénoncer auprès de sa sœur Procné, use comme Pénélope d’une ruse. Philomèle tisse la trame de sa malheureuse histoire sur une toile qu’elle fait porter à sa sœur. L’horrible vengeance des deux sœurs s’achèvera avec la métamorphose des trois protagonistes en oiseaux.

 

Ce qui nous intéresse dans ce mythe à plusieurs reprises transposé, c’est sans nul doute, cette appropriation par la femme d’un langage qui lui est propre. Anne Tomiche, critique féministe, écrit dans un article « The voice of the Shuttle is ours », « La voix de la navette est la nôtre » car Pénélope comme Philomèle usent d’un langage spécifiquement féminin qui n’a pas recours aux formes patriarcales. C’est une parole muette qui met en lumière la figure de la femme artiste par excellence. « La voix de la navette » permet de restaurer la langue arrachée et de faire de Philomèle un symbole de résistance face à l’ordre linguistique.

 

On peut transposer ce mythe dans notre époque contemporaine en évoquant le parcours singulier d’une grande artiste à laquelle la Ville de Royan vient de rendre hommage. Il s’agit de Colette Enard née en 1918 et qui s’est formée aux Beaux Arts de Bordeaux puis à Paris. À 25 ans, elle publie deux livres chez Flammarion : Gervaise avec et sans lys, Jeux avec la mort. Sa carrière littéraire semble toute tracée, pourtant Colette Enard n’a qu’une envie, celle de partir en Australie… Mais cette envie-là, sa mère possessive ne peut l’envisager, aussi pour garder sa fille auprès d’elle, elle la fait interner !

 

 

Colette Enard sombre alors, victime comme Sylvia Plath, d’essais thérapeutiques balbutiants… Seule la peinture la sauvera de la folie, elle s’y adonnera corps et âme jusqu’en 1964. Des compositions étranges, des animaux hybrides salués par André Breton qui voit en elle une figure du mouvement surréaliste, envahiront ses toiles. En 1964, pour des raisons financières, Colette Enard se tourne vers la tapisserie… Elle devient cartonnière et crée plus de 200 modèles, chacun reproduit uniquement à 6 exemplaires, faisant parfois concurrence aux ateliers d’Aubusson.

 

 

Et c’est ainsi que les œuvres de Colette Enard se sont retrouvées entre les mains de bien des « dames », dont ma belle-mère Marguerite Menninger et bon nombre de ses amies à Thann qui se sont mises avec ferveur à la tapisserie d’aiguille, passant des heures sur leur « ouvrage », leur corps penché sur leur métier à tisser mais leur pensée libre et vagabonde dans un ailleurs dont l'artiste leur avait ouvert le chemin.

 

 

Les grandes tapisseries réalisées à partir des cartons de Colette Enard nous remémorent les « Millefleurs » de l’époque gothique ou les pièces de « Verdure » où prédominent les végétaux, les arbres, les plantes luxuriantes dans lesquels viennent se poser de grands papillons ou parfois des oiseaux fabuleux mais inquiétants au bec souvent long et acéré comme ces couteaux cassés dont l’artiste usait pour peindre sous l’effet d’une colère incoercible et muette après son séjour à l’asile entre 1960 et 1964.

 

 

Les tapisseries de Colette Enard semblent avoir traversé le temps, elles sont intemporelles… Leur force est faite d’une violence contenue dans la trame même de l’ouvrage mais celle-ci déborde toute parole. Elle s’impose, droite, fière, altière, enfin libre. Les oiseaux exotiques aux yeux ronds nous observent muets, leurs ailes s’ouvrent, les plantes ont des feuilles immenses qui, à l’instar de flammes vives, semblent dévorer la trame même de la toile.

 

 

À n’en pas douter Colette Enard a fait sienne le mot d’ordre de Sophocle repris par Anne Tomiche, « La voix de la navette » se confond avec la sienne et l’on perçoit sous les nœuds de la trame ceux d’un inconscient qui ne cesse de dénouer les fils des ses angoisses. Chaque tapisserie semble éclairer les ténèbres et faire jaillir un trop plein de lumière qui n’en finit plus de nous fasciner et de nous interpeller. Des lunes, des étoiles, des soleils célèbrent le parcours et la figure de cette femme artiste qui s'impose comme une « Orphée au  féminin » pour reprendre l'expression très juste d'Anne Tomiche. Les oiseaux sur les tapisseries de Colette Enard nous renvoient aux métamorphoses de Philomèle, Procné et Térée et leur chant qui semble suspendu sur la toile nous fait songer aux plaintes d'Orphée nous suggérant que ce paradis créé par l'imaginaire de l'artiste n'est que la face apparente d'un monde intérieur qui poursuit sa pensée envers et contre tous sur la toile qui tisse la liberté d'être au monde malgré et sans aucun doute en raison des drames qui en sont la trame.

 

 

Pour citer ce texte

Françoise Urban-Menninger, « Ouvrage de dame », texte illustré par deux tapisseries de Marguerite Menninger, photographiées par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique  « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/ouvrage-de-dame.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Megalesia
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:54

 

Poème pour la 2ème thématique :

 

Les aventurières, orientalistes, occidentalistes, voyageuses, nomades, rêveuses en poésie, etc.

 

 

Harcelée

 

 

 

Dina Sahyouni

                      

 

Ces lignes sont dédiées à toutes les femmes, dites Orientales, qui subissent des violences psychiques et/ou des descriminations.

Pardon aux vrais loups qui sont des animaux magnifiques...

 

 

 

Dans l'impasse des idées fugitives

dans l'antre de l'objectivité

le sensible se dérobe

et les idées se broient...

 

 

dans l'impasse des idées fugitives

dans l'antre des lumières

l'orientale se fait descendre

Silence. On tue là-bas

Silence

Action

On tue sournoisement là-bas

 

 

Dans l'antre de leurs furies et complexes

l'orientale devient l’écho de leurs humiliations

l'orientale dans l'impasse de leur harcèlement moral

et discriminations à tout va

demeure debout, crie sa victoire

elle est là, debout et comme la tortue

de la fable de La Fontaine

avance dans la pertinence des idées et

les meutes des loups s'acharnent au loin

 

 

 Poème écrit le 14 août 2013 à 11 h 25
 
 
 
Pour citer ce poème
 
Dina Sahyouni, « Harcelée », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique « Megalesia 2016 » [En ligne], mis en ligne le 8 avril 2016. Url :  http://www.pandesmuses.fr/2016/04/harcelee.html
 

 

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Réédition

 

Calendrier poétique | Agenda poétique | Événements poétiques

 

 

Poésie militante

 

***

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Harcelée », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : « Le calendrier 2018 des poèmes pour lutter contre les violences faites aux femmes, enfants & minorités », mis en ligne le 3 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/04/harcelee.html

 

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