27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 10:03

 

Poème pour "Les voix de la paix et de la tolérance" 

 

 

L’Emploi du « Je » et autres Invalides

 

 

Natacha Guiller

Blog/blogue : http://natachaguiller.blogspot.fr/

 

 

 

 

N.B. Ce poème peut être coupé ;

Comme on coupe les vivres au bipolaire en phase euphorique

Comme on coupe court à la discussion avec le diagnostiqué Fou

Comme un coupe-faim pour l’anorexique

[...]

 

To fall/ I fell/ fallen

Tiraillement d’un corps en péril

Tiers-temps de l’éclopée en proie à l’exil

À l’extinction. Je flotte en marge

Sans statut dans les Stat’es

Aux US’, l’avancée des sciences

No place nowhere

La société m’interpose au vestiaire

M’isole en Outsider. Dehors

 

Un endroit où aller

 

J’erre en l’avenir incertain

En fake et autres faux-semblants

La vue trouble, le geste transpirant

Barbituriques à l’appui, avale puis Motus

 

Les faits sont là, je suis bannie

Genoux liés, lèvres cousues

L’aval, la montre, le grain

L’effet secondaire, des tics et tocs

Toc-toc, TDAH’, la hache le

Couteau sculpte des mots

Sur mes bras, de l’eau jusqu’aux coudes

Jusqu’au cou tranché

Étranger-Fou

Je range alors mes certificats

Et je dors

 

Assommée d’injustice, d’hospice et de Médoc

Exempts cœur et kir, les drogues dissoutes

Dans un corps en fuite

Anesthésie mentale ou le rejet unanime

Je m’en vais pipailler aux oies ouailles et oisifs ouzbeks

Ci-gisent les gens du Monde, jambon et mauvaise herbe

Du snobisme orienté

Cartes sur table, handi-e-carte, cartable, handi-capable, handy

Cartes à jouer, à gratter, les cases, escapade et fugue

De l’établissement de Santé

 

La psychiatrie met à la rue ce qu’autrui soupire en bulle

Caser en cellule la folie immanente

Je déménage d’absurde en déni déca-danse

Indécente dégénérescence de l’estime des gens

De soi

 

J’ai quitté malgré moi ma tablette d’écolière

En carences d’études, en cours d’apprentissage

Débris d’absences chroniques en un cycle ternaire

J’ai déserté mes pairs, vers d’autres paysages

J’ai différé ma route et mon enseignement

Révisions dans une bulle, une chambre d’isolement

J’ai dessiné ma vie, dans ma cellule close

Mes cellules qui explosent, mon effacement

 

L’art à la rescousse, j’ai trouvé en moi-même

Les quelques clés de voûte de l’imaginaissant

 

J’ai déserté l’école où je rampais contrainte

De traînasser un sac, empli de chaux éteinte

Sac d’os usés, sac d’étoiles mortes

Son poids qui jusqu’alors m’avait outrepassée

J’ai rendu à la classe mes planches en un bloc

Le trait en sismographe tremblant d’une ECG

 

Le collège me légua une paume de privilèges

De laps prolongés en marges résiduelles

L’astreinte à l’attardée, la lenteur en valeur

J’ai pu quitter la classe, affichant le papier

J’ai du quitter la classe où l’écran clignotant

Menaçait l’in-patiente, la tendre épileptique

Devenant le fantôme, la présence incertaine

La buissonneuse-chômeuse, étrange spécimen

 

J’ai caché dans mon sweat la note du neurologue

Abritant en moi-même le handicap moteur

Puis j’ai grimpé l’échelle à l’aube de l’aurore

Encéphalo-perchée sur les échafaudages

 

On me défend l'auto, le sport, la chute libre

On me défend le risque, on m’interdit la mort

On défie mon regard en me tendant la liste

Le traitement générique. Stabilisateur

 

Le soir où se propage la dépression latente

Le jardin partagé d’arborescent cloître

Je noircis des chèques comme des mouchoirs de sang

Une encre maladive à tous ces prétendants

M’accueillent à résidence, chambre ou cabinets

De jour ou d’internat, je dilapide, je brûle

L’aveugle héréditaire pécule en soins divers

Le Care en prime au deuil, l’absentéiste salaire

 

Je plis le creux des coudes, l’ironique alternance

Tentant l’insecte, le vice, le pic d’accoutumance

Mon agenda groggy, et l’oreille à l’otite

Le psy sceptique délègue le cas hypothétique

Dossier vacant

 

Les rendez-vous en chaîne, le réseau de médecins

Professeurs et confrères, aux thérapies variables

Client incurable

 

Sans profession rémunérée

Moins CDI, plus HDT

CDD, c’est décidé, l’embauche

L’ébauche d’un rejet professionnel

La carrière en vue, pleine de gravât

Je quête pierres et vains chemins

Un rôle à jouer parmi des pairs

Crayon en main, j’esquisse le geste

Haine, compulsif, nerveux, décrie dès lors

La libération, j’illustre la condition

Du marginal attardé, ralenti dans la vie

Et qu’on bouscule

Qu’on bouleverse, hypersensible, qui proteste et refuse

Le système brut, fait de l’Art Brut. Manifeste

Éloge du Fou, d’existence singulière

 

L’hostilité d’autrui ou écueil généralisé

Je pleure et je perds mon intégrité

Ma chair évaporée, je dissémine mon corps

Ma hargne, mon flegme, mon identité

Je me dissous haute-tension, masse, je m’envole presque

Pour oublier. La dead-line de mes jours restants, des comprimés

Qui abrègent, pour ralentir une cadence, un bore-out funeste

 

La tête bouillonne, tangue, et culbute

En déséquilibre sur un corps en sclérose

Tiers-états d’âme, en un tiers-corps sans arme

Tiers-temps d’agir, m’inspire, puis tierce personne qui ose

Sonner le glas, la sentence face au Fou

L’incapable dans la démence, le danger free dans la Nature

 

Prise en charge, emprise, sous contrôle thérapeutique

Poids de mesure et bracelet électronique

Le flamand rose sur sa patte pendu

Le moineau qui ne mange plus

Le yéti qu’on évite, pour bien trop peu ragoûte

 

J’ai fabriqué en chaîne de fausses fleurs Arc-en-ciel

Employée incertaine, saillies failles intérieures

Il a suffi d'un geste faible, d’une lenteur

Pour, en un vers m'extraire, me mettre dehors

 

Mon corps en veille rêve en travail

Ainsi je voyage en un Monde côtier

Une terre en jachère sans l’horizon palpable

À l’œil nu, l’espace des possibilités

Les rhizomatiques roads de la tolérance

Les pylônes réguliers d’un accompagnement

L’avant-bras nu sur l’épaule frêle

Solidarité

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Natacha Guiller, « L’Emploi du "Je" et autres Invalides », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques« Événement poétique 2017 : ''Les voix de la paix et de la tolérance" », mis en ligne le 27 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/invalides.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Événements poétiques
26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 09:51

 

 

Semainier des muses | Présentations

                                                 

 

 

Édito de Passages de Carole CLOTIS

 

 

Semainier des muses, N°12, ÉTÉ 2017

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

 

© Légende : couverture du SDM n°12 illustrée par la photographie de Carole CLOTIS par Louise Verdier

 

 

 

Cet ensemble de poèmes intitulé « Passages » reflète une facette riche de la poésie de Carole Clotis. Il nous renseigne sur sa manière de penser la poésie comme une création sans début ni fin : un passage d’un état créatif vers un autre. La poésie constitue aussi une réflexion philosophique du monde, un acte de vie et de liberté. Ce qui caractérise la poésie de Carole Clotis, c’est la puissance symbolique du vocabulaire où chaque mot laisse entrevoir une multitude de signifiants et de signifiés.

 

© Légende : Jean-Marie WUNDERLICH, dessin inspiré par le poème VII, encres sur papier, 2017

 

 

Les quatre illustrations de Jean-Marie Wunderlich qui accompagnent ses poèmes les transcendent et expriment ce qui frappe notre monde. En s’inspirant des « Passages », l’artiste dévoile la part avant-gardiste de l’écriture de C. Clotis. Ces belles illustrations mettent ainsi en exergue ce que c’est Passages chez elle. Dans ces dix poèmes illustrés, le geste créatif ne peut se réduire au seul acte d’amour, la révolte et la lucidité (parfois stridente du réel et du soi) sont des nécessités pour être aux mondes.

 

 

C’est ainsi que l’on comprend que l’amour et la mort sont des passages entre les mondes. On voit dans cette écriture poétique un rappel en amont de l’héritage de Louise Ackermann et une poésie qui portraitise fidèlement notre monde en le dénudant au gré des mots et des poèmes. Bonne lecture !*

 

* Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure et des éditions Pan des Muses.

 

 

Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie


 

Suivre le journal SDM & la SIÉFÉGP sur

http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp

 

En souscription dès aujourd'hui et jusqu'au 30 septembre 2017

 

 

***

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « Édito de Passages de Carole CLOTIS, Semainier des muses, N°12, ÉTÉ 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : SEMAINIER DES MUSES, mis en ligne le 26 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/12edito-sdm

 

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Le Pan poétique des muses - dans SEMAINIER DES MUSES
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 09:04

 

N°7 | Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

N° 7 | Cultural review of the Orient and Africa

 

 

 

 

HOPE. Mounir Fatmi (focus artist),

 

Janet Biggs, Debi Cornwall & Alexandre d’Huy

 

Beirut Art Fair

 


Presented by

 

Barbara Polla & Chiara Bertini

 

 

 


Beirut Art Fair

 

Booth B 10, BIEL Beirut International Exhibition & Leisure Center

 

When the director of an art fair decides to give its fair a political orientation, to promote human rights, to share values and to value sharing, this is an extraordinary sign of hope, and even more so when this happens in Lebanon, a country that knows so much about war and thrives so much for peace.

When the same director of the same art fair decides to select Rose Issa to curate, within the context of the fair, an exhibition on the aesthetic, conceptual and socio-political concerns of the contemporary Arab world, hope becomes a concrete construction towards intercultural understanding and openness. Issa’s exhibition, entitled Ourouba, The Eye of Lebanon, will bear witness to the diverse inspirations of artists from the Arab world, exploring memory, destruction and reconstruction, conflict and peace.


 

Analix Forever will aim to contribute to these reflections by presenting, first of all, Mounir Fatmi as a focus artist. The possibility of intercultural understanding and sharing is a « red thread » throughout the work of Moroccan artist. In Beirut, fatmi will show Impossible Union : an occidental typewriter is releasing Arabic letters... The learning of all languages would make this union possible and this work gave its title to fatmi’s latest solo show in Geneva: (IM)POSSIBLE UNION : a door that opens towards hope.

Fatmi also shows the series The Island of Roots (2017) which reminds us that the United States once have been a land of immigration and welcome. Ellis Island was this mythical gateway where so many hopes for a new life were sealed. The Island of Roots series feature reproductions of Lewis Hines photographs of which fatmi has drawn their complex, unifying roots: vegetal, neurons-like, abounding and, sometimes, bloody roots.


 

Furthermore, Analix Forever will present works by Janet Biggs, Debi Cornwall and Alexandre D’Huy. While recently in Djibouti, US-based video artist Janet Biggs witnessed Yemeni refugees fleeing the bombing and devastation in Yemen. They risk everything to cross the Gulf of Aden and arrive at Camp Markazi in Obock. At the same time, migrant Ethiopians fleeing their country’s oppression and poverty brave a four day walk across the desert of Djibouti to also arrive to Obock and take the same boats back across the Gulf of Aden, hoping to make their way to Saudi Arabia. They don’t all survive the journey, but the persistence of human hope is endless when traveling far from home. The video Afar, a fable of the human condition, with an implicit narrative, tells us about humankind and the complex, double-edged nature of otherness. The video is also about remembering and honoring a child from Djibouti, in an allusive, artistic, choreographed way.


 

Debi Cornwall, conceptual documentary artist who returned to visual expression in 2014 after a 12-year career as a wrongful conviction lawyer, presents three pictures from her long-term photographic project on Guantánamo Bay, Welcome to Camp America : a disorienting and empathic, respectful and ironic, professional and sensitive gaze on the reality of the U.S. Naval Station in Guantánamo Bay, Cuba (known as « Gitmo »). The lack of frontal criticism leaves the viewer with his/her own duty to decide what he/she is seeing and the profound meaning of the images shown.

Finally, because war is everywhere and we should not refuse to be aware of it, the works on paper by Alexandre d'Huy show us images, or rather effects of war, while never depicting human beings. The images are inspired by the thousands of thermal photographs to be found every day on the web, of explosions, blow ups, and powerful alterations of our earth. In d’Huy’s hands however they become beautiful holes, suggesting the possibility (or the necessity ?) to leave Earth through them, to join other planets, another universe. But why are we fascinated by evil beauty and the allusions to death ? This is the essential question addressed by Alexandre d’Huy in this series. So lets look and think... « The beauty will save the world » said Dostoyevsky. Could this be true ?

At least, there is HOPE.

 

À lire aussi/Read also : Beirut Art Fair, À propos

 

Encart des langues étrangères

 

 

 

Pour citer ce texte/To cite this text

 

Barbara Polla & Charia Bertini, « HOPE. Mounir Fatmi (focus artist), Janet Biggs, Debi Cornwall & Alexandre d’Huy. Beirut Art Fair », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 23 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/beirut-art-fair.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:19

 

 

N°7 | Critique & réception

 

 

Avant-première

 

 

Michèle Finck

 

 

Connaissance par les larmes

 

 

 

Poèmes parus aux Éditions Arfuyen

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

© Crédit photo : 1ère de couverture illustrée de Connaissance par les larmes"

 

de Michèle Finck aux éditions Arfuyen, image fournie par F.Urban-Menninger

 

 

 

 

Née à Mulhouse en 1960, Michèle Finck partage dès l’adolescence sa vie entre la littérature et le piano et bientôt entre la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, elle est professeure de littérature comparée à l’Université de Strasbourg où ses recherches visent à saisir les correspondances entre la poésie, la musique, la peinture, la danse et le cinéma. Connaissance par les larmes est son troisième ouvrage publié par les Éditions Arfuyen. D’emblée l’épigraphe de Marina Tsvétaïeva : « Ô Muse des larmes, la plus belle des Muses » nous invite à nous intéresser à cette sensibilité des pleurs qui renvoie à une culture monastico-érémétique proprement italienne, elle-même d’ empreinte grecque. Thème également central de la mystique cistercienne du XIIème siècle, les larmes témoignent de la quête de Dieu et ont partie liée avec le divin et le sacré.

 

Michèle Finck est traversée par cette grâce qui éclaire chacun de ses poèmes et donne une visibilité à l’invisible. « Même / Si / Dieu / N’/ existe / Pas / Les / Larmes / Sont / La / Trace / De / Dieu / En / Nous », écrit-elle, chaque vers, réduit à un seul mot, étant une larme versée sur la page blanche. De la larme à la mer, le poème appréhende cette cosmicité qui, selon Bachelard, nous habite depuis l’enfance. Comme chez Rimbaud qui s’écrie « Je me suis baigné dans le Poème de la mer » dans son « Bateau ivre », Michèle Finck se fait « Nageuse-chamane », son corps de femme se transmute alors dans celui du poème où il devient « Utérus aquarelle-d’azur » et l’auteure d’atteindre les cimes céruléennes dans le magnifique poème intitulé « L’alphabet des vagues » où elle écrit « Nager comme pleurer/Rend/ Visible l’invisible ».

 

Et de poursuivre tout au long de cet ouvrage la quête lancinante de l’origine en énonçant cette évidence claire et limpide : « La mer est l’utopie de toute musique, de toute poésie ». Mais si la mer nous permet d’appréhender l’origine, l’auteure précise que sa leçon de musique nous aide également à aborder les rivages de notre finitude. Un seul vers résume la magnificence de cette oraison qui loin d’être funèbre nous ouvre l’horizon : « La mer pour extrême onction ».

 

La musique, les œuvres d’art, le cinéma tissent une trame lumineuse où les larmes en sont la lie et le liant intemporels, universels. Bach, Vivaldi, Brahms, Verdi mais aussi Picasso, Edward Munch, Louise Bourgeois, Jean Hans Arp, mais encore Rossellini, Béla Tarr, Tarkovski, Alain Resnais et bien d’autres passeurs d’âmes sont conviés à travers leurs œuvres à nous aider à percevoir « les larmes dans les fentes brûlées du temps ».

 

Dans la partie du recueil baptisée : « Êtrécrire », Michèle Finck semble émerger d’un rêve éveillé, elle écrit : « L’art est un songe » et ajoute : « Ce qui reste : les larmes des mots ». Mais la poésie se cache derrière ou sous les larmes silencieuses car « Les / Larmes / Non / Pleurées / Sont / Celles / Qui / Font / Écrire » Le cri, indéniablement, traverse l’écrit de Michèle Finck. Tout à la fois Pénélope ou Philomèle, l’auteure est restée cette enfant qui ne parvenait pas à prononcer le mot « Littérature » et qui ne pouvait articuler que celui de « Luttérature », car déjà écrire, dire, relevait d’une lutte avec soi, avec les mots…

 

Michèle Finck évoque un « Corps à corps / Avec les mots / Jusqu’à ce qu’ils se tordent »… Et de défier la mort par le mot : « Écrire / Encore / Morte » et d’ériger les barricades de la révolte et de la résistance en dédiant un poème à Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.

Et d’achever son recueil à la fois brûlot et brûlure où « Le presque rien / est le presque tout » par cette « Neigécrire » où elle définit ainsi le « Poème / Ce / Qui / Neige / Quand / On / A / Tout / Brûlé » ou encore où elle affirme : « Celle / Qui / Neige / Même / En / Dormant / veille ». Les vers tels des flocons neigent sur la page blanche… « Celle qui neige » est « l’alchimiste des larmes » et de déclarer : « Celle / Qui / Neige/ Tient / Tête / Au / Néant ».

 

Poète de la grâce, Michèle Finck nous octroie avec « Connaissance par les larmes » une lecture purificatrice qui embellit l’âme au sens où on l’entendait au Moyen Âge. Les vers de Michèle Finck sont autant de larmes « Du divin / Qui danse / Sur l’écume »… À nous de « Faire la planche [...] » en tentant de relier le ciel à la mer, en retissant les liens de l’homme au monde dans cette verticalité de l’être qui nous permet de renouer avec la cosmicité de notre enfance.

 

 

Lien pour commander ce recueil 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Françoise Urban-Menninger, « Michèle Finck, Connaissance par les larmes. Poèmes parus aux Éditions Arfuyen », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 22 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/larmes-finck.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 11:21

 

Premier colloque 2017                                                       

Rubrique : "Colloques en ligne"

 

I – Parcours poétiques à découvrir

 

 

 

 

Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste

 

 

 

Rédactrice : Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

 

© Crédit photo :  Cecilia Mereiles, image fournie par M. de Coster.

 


 

Cecília Mereiles naît à Rio de Janeiro le 7 novembre 1901 et meurt le 9 novembre 1964 d’un cancer à soixante-trois ans. Poète avant-gardiste, elle subit l’influence des symbolistes, des romantiques baroques et des parnassiens, et est considérée comme l’un des poètes lusophones les plus importants. Journaliste, elle tenait une chronique sur l’éducation et aussi sur ses voyages en Europe et en Asie. Tour à tour professeure de Littérature luso-brésilienne à lUniversité du District fédéral et de Littérature et culture brésilienne à lUniversité du Texas, conférencière, elle obtient en 1939 le Prix de poésie Olavo Bilac de lAcadémie brésilienne des lettres pour Viagem (Voyage). Suivront d’autres prix comme le Prix Machado de Assis en 1965 ainsi que d’autres distinctions.

 

C’est en 1919 qu’elle entame sa carrière littéraire avec la publication d’un ensemble de sonnets publiés à dix-huit ans sous le tire de Spectrum. Pour elle, le rêve et la réalité sont indissociables et forment une combinaison harmonieuse. Ce qui caractérise le lyrisme de Cecília Meireles c’est la musicalité de ses vers, la contemplation dans la solitude, le silence et aussi la place faite à l’éphémère vu qu’elle a été marquée par la perte de ses parents (son père meurt trois mois avant sa naissance et sa mère alors qu’elle n’avait que trois ans) sans oublier le suicide de son premier mari, le peintre Fernando Correia Dias, et père de ses trois filles.

Orpheline de père et mère, elle est élevée par sa grand-mère qui lui inculque l’amour d’autrui, aussi dit-elle, « La dignité, lélévation spirituelle de ma grand-mère a beaucoup influencé ma façon de considérer les gens et mon regard sur la vie ».

Elle apparaît toujours souriante sur les photos, elle cultivait la joie de vivre. Elle est habitée par le sentiment douloureux de voir le monde s’engluer dans le mal, un mal qui ne lui pas inhérent et Selon elle la vie peut être réinventée et c’est ce qu’elle a tenté de faire par la poésie.

Unanimement considérée par les critiques comme une figure incontournable du modernisme brésilien, elle a une bibliographie générale foisonnante qui compte une dizaine de recueils de poèmes. Mis en musique par le chanteur Fagner, ses textes sont des classiques de la littérature brésilienne qu’apprennent les écoliers, que déclament des amateurs de poésie ainsi que feu le célèbre acteur et comédien brésilien Paulo Autran.

Passionnée par le sanskrit et le hindi, elle traduit de Rabindranath Tagore, ce qui lui valut le titre de Docteur honoris Causa de l’Université de Delhi. Elle traduit également les œuvres de Federico García Lorca, Virginia Woolf, Alexander Pushkin et Rainer Maria Rilke. Elle fonde en 1934, la première bibliothèque pour enfants à Rio de Janeiro. Depuis 1963 une école Primaire du quartier Cangaiba à São Paulo porte son nom. Évoluant en solitaire, sans se rattacher à un cénacle, elle ne rejette pas pour autant les attributs littéraires de la littérature brésilienne même si elle s’accorde une grande liberté dans le rythme et la forme.

Selon lécrivain et poète Mario de Andrade (1893-1945), « le travail de Cecília Meireles est Un paramètre de qualité comme il en existe peu dans lhistoire de la littérature brésilienne. »

En mars 2014, un hommage bien mérité lui a été rendu à Brasilia lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes Écrivains, présidée par Nazareth Thunoli, à laquelle nous avions été conviée.

***

Les deux poèmes ci-dessous sont traduits et insérés ici pour illustrer notre propos. 

 

 

© Crédit photo : image de la version originale du poème & de C. Mereiles, fournie par M. de Coster.

 

 

"Versets I", in Cantiques, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER (NB. la version originale du poème est écrite en portugais) :

 

 

Peu importe que tu n’aies pas de Patrie.

Ne divise pas la Terre.

Ne divise pas le Ciel.

N’arrache pas à la mer des morceaux.

N’abuse de rien.

Élève-toi.

Que toutes les choses soient tiennes.

Que tu atteignes tous les horizons.

Que ton regard fixant tout,

Te mette dans tout,

Comme Dieu.

 

Cecília MEREILES

 

***

 

© Crédit photo : C. Mereiles, organisatrice de la Rencontre Nazareth Thunoli et Maggy de Coster dans la Rencontre Internationale des Femmes écrivains au Brésil en mars 2014,  

image fournie par M. de Coster.


 

 

Ce poème "Guerre" est traduit en français par Maggy DE COSTER à partir de la traduction en espagnol fournie par l’organisatrice de la Rencontre Nazareth THUNOLI lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes écrivains à Brasilia en mars 2014 :

 

 

Guerre

 

 

Il y a tant de sang

que les fleuves se détournent de leur rythme,

l’océan délire et repousse son écume rouge.

Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève,

effroyable, errant en des endroits tranquilles,

somnambule aux halos rouges,

le feu de l’enfer dans ses cheveux.

Il y a tant de morts que les visages eux-mêmes,

côte à côte, ne se reconnaissent pas

et les morceaux de corps sont là

comme des épaves sans emploi.

II y a tant de morts que les âmes seules

formeraient des colonnes, ...

et atteindraient les étoiles.

Et les machines aux entrailles béantes,

et les cadavres encore armés,

et la terre avec des fleurs qui brûlent,

et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,

et cette mer folle pleine d’incendies

et de naufrages,

et la lune hallucinée de tout ce dont

elle a témoigné,

et vous et nous, indemnes,

pleurant sur les photos,

tout n’est qu’échafaudages –

parmi les temps longs,

rêvant d’architecture.

 

Cecília MEREILES

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster (texte, traduction & images), « Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/cecilia-mereiles-avant-gardiste.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans colloques en ligne
21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 09:31

 

S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

                                                 

 

 

 

Mère nourricière, cesse tes colères

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 


Crédit photo : Médaillon de Gaïa en Déesse mère Isis du IVe siècle, domaine public, image trouvée sur Wikipédia

 

 

 

La terre tremble, le silence s'envole – tel l'oiseau pourchassé – des tumultes déchirent la terre, la mer, Gaïa tremble au Mexique, détruit les biens et les êtres, sa colère fait frissonner les humains.

Terre chérie, tu charries des milliers de débris, enceinte de tes incessantes colères, tu nous terrorises pauvres créatures. Ô mère Gaïa, rendors-toi à nouveau, oublie-nous durant des années, des siècles.

Mère nourricière, cesse tes colères, accorde-nous encore ta confiance et nous rebâtirons ensemble Mexico et les villes ravagées par toi, les ouragans, les cyclones et les typhons. Saint-Martin se relève à peine, Irma tourillonne au loin, mais Maria avale Jose et tourmente la Guadeloupe...

 

 

Que faire de ces jours noirs

où les humains semblent voués au désespoir ?

remplis tantôt d'amertume des guerres,

tantôt des désastres venus des mers

aigris tantôt par leurs mesquineries

affaiblis souvent par leurs furies

Terre-mère, au-delà des mers, des océans

et des caravanes des opprimé-e-s d'Orient

rendors-toi encore, rendors-toi encore

et nous reconstruirons ensemble des sorts

meilleurs pour nos semblables honni-e-s

aux quatre coins de cette planète bénie

et garderons les tombes des victimes fleuries.*

 

 

* Ce poème improvisé est un hommage aux 

  • victimes des catastrophes du mois de septembre 2017 (le tremblement de terre au Mexique, les ouragans et cyclones partout dans le monde)
  • opprimé-e-s et réfugié-e-s en Asie.

 

Improvisation du 20 septembre 2017

 

***

 

Pour citer ce poème


Dina Sahyouni, « Mère nourricière, cesse tes colères », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/mere-coleres.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 09:56

 

 

N°7 | Revue culturelle des Amériques

 

 

Avant-première | Compte rendu artistique

 

 

Nouvelle zone qui célèbre les Amériques en poésie

 

 

 

Rencontre Buenos-Aires-Strasbourg

 

 

à la galerie Art’Créenvol de Strasbourg

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Illustration par

 

© Claude Menninger

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger, Gustavo Rios devant ses œuvres, Catherine Arnaud et son piano (au fond à gauche), Fabienne Arbogast avec ses toiles au milieu de la salle, septembre 2017

 

 

Située au centre de Strasbourg, la galerie Art’Créenvol, dirigée depuis 2014 par Catherine Arnaud, organise de nombreuses expositions pour des artistes plasticiens les week-ends à Strasbourg. Une rencontre autour de l’abstraction géométrique réunit trois artistes dont Gustavo Rios venu tout spécialement de Buenos Aires.

 

Catherine Arnaud, docteure en sciences de l’art de l’université poursuit son travail picturo-musical qui invite le regard à découvrir des abstractions lyriques sur un rouleau de papier perforé qui génère des sons musicaux lorsqu’on l’insère dans un piano mécanique. Invitée en 2003 à présenter ses recherches à l’Alliance française de Buenos Aires avec le peintre Gustavo Rios, elle a convié ce dernier à exposer à son tour dans sa galerie.

 

Né à Buenos Aires, Gustavo Rios est professeur à l’université des Beaux Arts et travaille également au Ministère de la Culture en Argentine. Il a déjà exposé à Strasbourg il y a quelques années et y revient avec ses peintures en lien avec une perfection toute géométrique, une tendance très en vogue, développée au Rio de la Plata. Les triangles de couleur composent un patchwork parfait de lignes et de couleurs qui subjuguent et ravissent le regard en déclinant toute une série d’effets optiques.

 

Fabienne Arbogast a été photographe chez Christies à Londres, elle est revenue en France où elle enseigne les arts plastiques. Elle soutient la galerie Art’Créenvol depuis sa fondation et tire également son inspiration de l’univers de l’abstraction géométrique. Ses totems en bois et ses toiles ont partie liée avec un jeu subtil avec la matière où l’ombre et la lumière se confrontent dans une indéniable maîtrise esthétique des couleurs et des formes.

 

Les trois artistes réunis autour d’un même thème offrent au public une exposition exceptionnelle dans un très beau lieu où les œuvres magnifiées dialoguent entre elles, générant une musique silencieuse, poétique et intemporelle qui nous fait songer immanquablement à Kandinsky et à ses recherches synesthésiques autour des sons traduits par les couleurs.

Lien vers cet événement

 

 

Galerie Art’Créenvol

2 rue du Mont-Blanc à Strasbourg

artcreeenvol@gmail.com

Tél : 0986220244

 

***

 

Pour citer ce compte rendu

 

Françoise Urban-Menninger, « Rencontre Buenos-Aires-Strasbourg à la galerie Art’Créenvol de Strasbourg », photographie par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 20 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/buenos-aires-strasbourg.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 08:29

 

Annonce de parution

 

 

Les éditions Pan des muses vous annoncent la parution de leur

 

SEMAINIER DES MUSES (SDM)

 

JOURNAL ANTHOLOGIQUE, FÉMINISTE,

 

PARITAIRE, INTERNATIONAL & MULTILINGUE DE POÉSIE

 

N° 12 | ÉTÉ 2017 dédié à la poésie de

 

Carole CLOTIS

 

Dix poèmes illustrés par Jean-Marie WUNDERLICH sur les

 

Passages

 

 

© Couverture du SDM n°12 illustrée par la photographie de Carole CLOTIS par Louise Verdier

 

Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie

 

Nouvelle formule : quatre numéros par an et parution en deux formats

 

Carole CLOTIS est l’auteur de poèmes notamment publiés aux Éditions Pan des muses. L’un a été lu à Beaubourg et diffusé dans les Fictions de France Culture (juin 2016). Elle a aussi écrit dans les ateliers de François Bon, préfacé Pays Messin, de l’artiste Jean-Marie Wunderlich et travaille actuellement avec la plasticienne Poline Harbali.

 

Jean-Marie WUNDERLICH est un homme, type européen, 1 m 76, yeux clairs l’hiver, 82 kilos, aime flâner. En résidence permanente à l’atelier Sainte Croix des Arts, à Metz, il sculpte, grave, dessine, écrit. Jean-Marie Wunderlich a récemment offert la sculpture « Natzweiler » au fort de Queuleu, publié Dina 93 et il réalise en ce moment une série de dessins, les Kindertotenlieder.


 

Suivre le journal SDM & la SIÉFÉGP sur

http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp

 

© Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2017, 8 p., 3,50 € TTC (frais de port inclus pour 1 exemplaire en France ). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. ISSN : 2494-2901.

 


Fiche technique


 

© Image de couverture : Louise VERDIER, portrait de Carole CLOTIS, site : http://lou-photography.blogspot.fr/.

© Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2016, 8 p., 3,50 € ISSN : 2494-2901. 

Date de parution : 20 septembre 2017. Dépôt légal : annuel. Première édition en livret de 8 pages. Réédition en livre de poche prévue pour octobre 2017.

Dimensions du livret déplié : 29,70 cm x 21 cm. Format : livret plié, pli roulé. Nombre de pages : 8 p. Reliure : livret agrafé. Langue : français. Impression en noir blanc, couverture imprimée sur papier bleu. Prix : 3,50 € (frais de port inclus pour 1 exemplaire en France métropolitaine). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. Prix du livret électronique (format PDF) livré par courriel : 2 €

 

 

En souscription dès aujourd'hui et jusqu'au 30 septembre 2017

 

Merci de réserver votre exemplaire en nous envoyant un courriel !

 

 

***

 

Régie publicitaire, partenariats & service abonnement : SDM, Pan des muses, Éditions de la SIÉFÉGP. 24 rue Lucien Andrieux. 38100 Grenoble, France, dina.sahyouni@pandesmuses.fr / cyril.bontron@pandesmuses.fr

Abonnement en France métropolitaine de 4 numéros imprimés pour une personne physique : 14 € (frais de transport inclus en France métropolitaine) pour une personne morale : 24 € (frais de transport inclus en France métropolitaine)

Abonnement pour le reste du monde de 4 numéros imprimés (hors frais de transport) : 20 € pour une personne physique & 30 € pour une personne morale. Merci de nous contacter.

Abonnement de 4 numéros numériques (format PDF) livrés par courriel : 8 €  pour une personne physique & 14 € pour une personne morale

 

Bon de commande du n° 12 du SDM


Bulletin à retourner à l'Association SIÉFÉGP (chez M. BONTRON). 24 rue Lucien Andrieux. 38100 Grenoble, France. J'ai pris connaissance de vos conditions générales de vente affichées en ligne sur le site www.pandesmuses.fr et je les accepte.

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Bon d'abonnement annuel du SEMAINIER DES MUSES

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***

 

Pour citer cet avis de parution

LPpdm, « Semainier des muses ; Carole CLOTIS, « Passages », N°12, ÉTÉ 2017 aux éditions Pan des muses, coll. Ops, 8 p., 3,50 € », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 20 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/12sdm

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 07:32

 

Premier colloque 2017                                                       

Rubrique : "Colloques en ligne"

I – Parcours poétiques à découvrir

 

 

 

À propos de la poésie de Matilde Espinosa

 

 

Rédactrice : Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

© Crédit photo : Hommage à Matilde Espinosa. Assises, de gauche à droite :

Clara Rojas, Maggy De Coster et Bella Clara Ventura, image fournie par Maggy de Coster.

 

 

 

 

 

Quel bonheur de pouvoir traduire la poésie de Matilde Espinosa, cette grande poète avant-gardiste née le 25 mai 1911 à Huila, au bord du fleuve Páez, dans le département du Cauca en Colombie, qui a ouvert la voie de la liberté aux femmes colombiennes !

J’ai été invitée à Bogota en Octobre 2010 par l’Ambassade de France en Colombie à représenter ce pays à la IXe rencontre Internationale des Écrivains (es) autour de Matilde Espinosa, à la demande de Bella Clara Ventura qui présidait l’événement, commémorant le deuxième anniversaire du décès de la poète. C’est à ce moment-là que j’ai découvert cette femme d’exception dans ses multiples facettes. J’ai été séduite par son engagement en tant que poète militante et aussi par sa personnalité et la portée de son œuvre.

Sa poésie nous remue, elle résonne tantôt comme un appel en faveur de ses compatriotes martyrs tantôt comme un cri de douleur d’une mère aux entrailles déchirées. Matilde s’imprégna de la littérature française puisqu’elle vécut pendant quatre ans en France où naquirent ses deux fils.

Donc, elle ne mérite pas moins d’être connue par les poètes français. Nous lui rendons un hommage posthume, en vulgarisant sa poésie dans la langue de Molière en réunissant quelques–uns de ses poèmes sous le titre de : Le métier à tisser des étoiles, (inédit en français).

Puisse-t-elle se réjouir de notre travail, là où elle est en ce lieu de lumière !

Je remercie Guiomar Cuesta Escobar, sa légatrice testamentaire qui m’a facilité ce travail en me fournissant les textes dont nous vous donnons à lire quelques-uns.

 

***

Les poèmes ci-dessous sont reproduits avec l'aimable autorisation des maisons d'édition, des ayants droit et de la traductrice Maggy de Coster

 

 

 

© Crédit photo : Matilde Espinosa, image fournie par Maggy de Coster.

 

 

Extrait du recueil Le monde un une longue rue, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1976, pp. 27-27.

 

 

Les enfants en exil

 

 

Quelqu’un pense-t-il à nous ?

à nos rêves,

à notre vol raté

et à cette marche

sans savoir qui ou qui

nous attendent ?

 

 

Qui s’est arrêté

quand on nous arrache du lit

dans le frisson du petit matin

alors qu’une forte voix

nous pousse vers le seuil de la porte

et un grand silence

ferme la maison, nos vieux jouets

demeurant au fond ?

 

 

Il faut être légers pour le voyage.

Et le coin (de jeu) dans les cours,

et les amis du pâté de maison,

les petits voisins se demanderont :

Quel méchant vent les arracha

en assombrissant les dernières étoiles ?

 

 

Toutes les patries ont un ciel,

un nom : le Vietnam, le Chili, la Colombie,

et un paysage, un lieu

qui nous paraît plus beau.

 

 

Que deviendront nos choses,

sans propriétaire connu ? Quelque chose que nous oublions :

un cahier boueux, une affiche, un souvenir.

 

 

On parle toujours des grands,

de leurs peines, de leurs travaux, de traités

que nous ne parvenons pas à comprendre,

et nous, à qui nous plaignons-nous ?

 

 

Nous ne nous demandons plus si

les persécuteurs auront des enfants.

Si les bandits auront des enfants.

Peut-être leur diront-ils

des mensonges ?

 

Mais nous

nous n’allons pas rester petits,

nous grandirons

et un jour nous foulerons l’herbe,

l’herbe qui niera leurs corps

pour que, la lumière, l’air,

n’aient pas honte

ni le ciel de la patrie

qui commence à devenir chanson,

notre chanson,

comme le pain et la paix

que nous cherchons pour le monde.

 

Matilde ESPINOZA

 

***

 

Extrait du recueil La Poésie de Matilde Espinosa, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1980, p. 131.

 

 

L’enfant qui demeura aveugle

 

 

Désormais tout sera pareil, nuages et papillons,

et le monde aura perdu les joies d’un enfant

qui fit des révolutions avec les oiseaux.

 

 

Sous la paupière immobile se blottit la nuit.

Désormais tout sera pareil.

Jamais la lumière n’eut grande tristesse

ni la couleur n’eut grande solitude.

 

 

Et la fête des feuilles avec le vent

se poursuit en naufrage

ainsi que le peuple de comètes

et les nids endormis ou défaits.

 

Jamais la lumière n’eut grande tristesse

ni la couleur n’eut grande solitude.

 

Matilde ESPINOSA

***

 

Extrait du recueil La Poésie de Matilde Espinosa, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, Bogota, 1980, pp. 211-212.

 

 

De la sereine transparence

 

Je repense à l’amour,

non seulement pour toi, non seulement pour moi,

mais pour l’étoile et son insistance,

pour la pluie et son tintement

et c’est pour regarder la porte ouverte.

 

 

Dans la sereine transparente

du mot qui s’en va

il reste une rumeur d’un ancien fleuve

où vécurent des poissons rouges

qui dans la tiédeur de l’écume

furent emportés par la mort.

 

 

Comme à la fin des rêves

le réveil est douloureux

j’éteins la lumière de la fenêtre

et je vois passer tous les visages

dans l’ivresse des silences.

 

 

Non seulement pour toi, non seulement pour moi,

mais pour l’étoile et pour sa fuite,

pour l’ombre passagère,

pour le fleuve et son courant

et pour la pluie qui ne cesse pas,

qui ne cesse pas de tomber.

 

Matilde ESPINOZA

***

 

Extrait du recueil : Les héros perdus, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Trilce Éditeurs, 1994, p. 73.

 

 

Le nuage blanc

 

 

À la mémoire de mon fils, Fernand Martínez Espinosa

 

Un jour et un autre jour

sans toi mon fils.

Et les silences

et le pourquoi sans sens

et savoir seulement

qu’il y avait un assaut dans mon chemin.

 

 

Pourquoi m’as-tu précédé

le pas, finalement mon fils,

peut-être tu ignorais que cette douleur

n’a pas d’égal

ne s’exprime ni par les mots.

 

 

C’est la plus solitaire de toutes les douleurs

et l’écho de ses pleurs

traverse les siècles

comme des frissons anciens et nouveaux.

 

La solitude accoucheuse de la mort

devait t’éteindre les paupières remplies de soleils

et de cieux vagabonds.

Elle a dû te fermer les pupilles

qui me cherchent

dans ce labyrinthe où je berce

ton ombre.

 

 

Dans le nuage le plus blanc

je te rends à l’enfance

et t’attends.

 

Matilde ESPINOZA

 

***

 

Extrait du recueil La crue des fleuves, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Antares, 1955, pp. 51-52.

 

 

À Paul Éluard

 

(Au cimetière du Père-Lachaise, Paris, 1953)

 

 

Tu es si jeune en ce monde

que ta mort n’est que le début

de ta verte récolte.

On t’entend respirer sous l’herbe

que ton cœur défend, comme une autre peau.

 

Ta langue universelle était le courant

qui transportait ta lutte sous les drapeaux,

et nous voyions ta tête illuminée

de rossignols et de bocages rouges.

 

À travers ton espérance et tes veines hardies

circulaient les hymnes et les forges,

dans l’enceinte bleue de tes mots,

les fronts se joignaient

en un vol espacé de colombes.

 

Tu règnes de profil dans les ombres,

en recueillant le silence de la nuit

qui fixe dans tes pupilles

la splendeur infinie de ton étoile.

 

J’entends monter à travers chaque tige tendre

le flux implacable de ton sang,

et je te vois comme tu étais, haut et grand,

parmi les enfants des quartiers pauvres.

 

Le territoire de l’amour te couvre,

la Liberté marche avec ton nom,

et dans tes yeux ouverts

la Paix veille sur ton aspiration profonde.

 

Je viens d’un pays où les arbres

précipitent leur origine

dans les rêves de l’homme,

et je t’apporte un message :

une poignée de terre,

une poignée d’amour

pour ta couche verte.

 

Matilde ESPINOZA

 

 

***

 

Extrait du recueil Dehors, les étoiles, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditorial Guadalupe, 1961, pp. 5-6.

 

 

Dehors, les étoiles

 

 

Dehors, les étoiles, les statues dénudées,

les chiens errants, l’ombre de la lune.

Dedans, l’amertume, l’esclavage, les meubles,

Une table dressée et beaucoup de faim dans l’âme.

 

Dehors, la beauté, l’honnêteté des arbres,

les mains de la terre, la douceur de l’air.

Dedans, le mensonge, comme une lampe aveugle,

tendresse contenue sans se donner aux mots.

 

Dehors, l’espérance, les pauvres avec leur froid,

la liberté de l’eau, les pierres et la rosée.

Dedans, l’agonie, conque peureuse

qui pulvérise l’essence des choses.

 

Dehors, tout est joie qu’ exultent les prairies,

la gloire des vents, les amours des pâtres.

Dedans, la mesure squelettique et vaine

qui verse dans le vin une larme gelée.

 

Dehors, le cloches, les nuages, les horloges

montent avec les heures inaugurer les tours.

Dedans, la nostalgie des temps inutiles

ignore la bataille de celui qui sème les roses.

 

Dehors, tout le monde, les mers, les navires,

les bras des hommes grands comme des forêts.

Dedans, tout est ombre qui mutile les rêves,

mort qui tombe les yeux ouverts.

 

Matilde ESPINOSA

***

 

Bibliographie de Matilde ESPINOSA

 

 

La poésie de Matilde Espinosa s’est déclarée en 1954 et parmi ses livres on peut citer :

Les crues des fleuves (Bogota, Antares, 1955)

Pour tous les silences (Bogota, Éditions Minerva, 1958)

Dehors, les étoiles (Bogota, Éditions Guadalupe, 1961)

Le vent passe, (1970)

Le monde est une longue rue (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1976)

La poésie de Matilde Espinosa (sélection) (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1980)

Mémoire du vent (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1987)

Saison inconnue (1990)

Les héros perdus (Bogota, Trilce Éditeurs, 1994)

Des signaux dans l’ombre (Bogota, Arango Éditeurs, 1996)

Le mur de l’ombre (1997)

La ville entre dans la nuit (Bogota, Trilce Éditeurs, 2001)

La Terre obscure (Bogota, Arango Éditeurs, 2003)

Un jour parmi tant d’autres (Bogota, Beaumont Éditeurs, 2006)

(NDLR : Ces titres sont les traductions des titres originaux en espagnol).

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster (texte, traduction & images), « À propos de la poésie de Matilde Espinosa », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 19 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/poesie-matilde-espinosa.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans colloques en ligne
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 15:37

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

 

 

 

Edgar Morin, une pensée faite monde

 

 

 

Mustapha Saha

 

Reportage photographique par

 

© Élisabeth et Mustapha Saha

 

 

Contexte

 

 

Le Maroc célèbre Edgar Morin à Paris avec un hommage vibrant de l’Ambassadeur Chakib Benmoussa. En présence des deux amis proches et complices philosophiques, les sociologues Alain Touraine et Mustapha Saha.

Mustapha Saha rend public, à cette occasion, son texte « Edgar Morin, une pensée faite monde » dont un large extrait ci-dessous.

Reportage photographique :  © Elisabeth et Mustapha Saha. Avec :

Edgar Morin (sociologue, philosophe)

Son Excellence Chakib Benmoussa, Ambassadeur du Royaume du Maroc en France

Alain Touraine (sociologue),

Mohamed Mourabiti (artiste peintre),

Mustapha Saha (sociologue, poète, artiste peintre).

Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

***

 

Edgar Morin, une pensée faite monde

 

 

À quatre-vingt-seize ans, Edgar Morin donne au monde une leçon perpétuelle de jeunesse d’esprit. Une pensée en continuelle immersion dans les complexités labyrinthiques de la raison humaine. Une pensée faite monde. Socrate est parmi nous. Sa voie, Edgar Morin l’a trouvée depuis longtemps, vivre poétiquement, chaque journée, comme une vie entière, la construire comme une œuvre d’art, fournir au cerveau du bon grain à moudre pour l’empêcher de s’empêtrer dans la vase des choses. Sa ligne de conduite, dans son long parcours existentiel, s’inspire du paradoxe lumineux de Blaise Pascal, « la raison prend sa source dans le cœur ». Il n’est donc question pour lui ni d’exclure la raison ni d’admettre que la raison. La voie se trouve probablement dans cet entre-deux étroit, entre science sans conscience et conscience sans science, dans cette fibre sensible qui fait l’humaine humanité.

 

La présentation du numéro spécial des Cahiers de l’Herne, consacré à Edgar Morin de son vivant, a réuni de nouveau, au milieu d’un quartet d’intellectuels, dandys fatigués de la surexposition médiatique, Edgar Morin et Alain Touraine, fringants nonagénaires, dinosaures de l’agora sociologique, rescapés miraculeux de la glaciation culturelle, combattants indéfectibles de la pensée sociale, adversaires irréductibles de tous les scientismes, monstres sacrés de la critique radicale, incorrigibles empêcheurs de tourner en rond, indémontables guetteurs de l’imprévisible. Le temps des querelles vivifiantes, des controverses revigorantes, des confrontations stimulantes, paraît bel et bien révolu. Ne demeurent que polémiques stérilisantes, platitudes arrogantes et coups d’épée dans l’eau.

 

Edgar Morin, attentif aux entendus et sous-entendus de ses glorificateurs, console son ennui d’imperturbable bienveillance. Quand le vacarme l’assourdit, Sénèque murmure à son oreille. Il s’installe résolument dans l’économie symbolique du temps pour vivre intensément l’instant présent. Malgré les innombrables sollicitations protocolaires, il se soustrait, le plus possible, à l’abstraction du temps morcelé pour baigner dans le temps naturel, cette durée sans commencement ni fin conceptualisée par Henri Bergson, qui s’accordéonise selon sa propre musique, qui n’a d’autre substance que la volupté d’être. Il ne sert à rien de courir de plus en plus vite pour aller nulle part, sinon à la catastrophe. Blaise Pascal nous le rappelle « Nous errons dans les temps qui ne sont pas les nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient ».

 

L’accélération du temps métronomise le vertige de la mondialisation. L’interconnexion décisionnelle au sommet, à l’échelle planétaire, broie impitoyablement la dimension humaine, absorbe et digère toutes les productions, toutes les inventions, toutes les créations, ne laisse d’autre alternative à la servitude volontaire que l’exclusion sociale. La mondialisation compressive est chronophage par définition. Elle vampirise implacablement le temps de la contemplation, de la méditation, de la réflexion. Elle récuse le droit à la paresse fécondateur de maturation créative. Elle désintègre la conscience de soi, dissoute dans le mépris sans visage, dans les contrôles électroniques, dans les ordres signalétiques, dans les puces indétectables, qui gangrènent, comme des tumeurs, la vie quotidienne. La mondialisation ultralibérale étouffe la pensée critique dans l’œuf. Les monopoles financiers aux commandes et la technocratie gouvernante à leur solde ignorent eux-mêmes la direction prise par le monde. Ils fonctionnent avec les théories obsolètes et les concepts archaïques hérités du dix-neuvième siècle, passés à la moulinette des statistiques descriptives et des variables aléatoires. L’ordre géométrique triomphant dissèque le réel et ne reconstitue que du virtuel. Foin de l’analyse qualitative !

 

Seule l’accumulation des données compte. La culture occidentale s’ankylose, depuis des siècles, dans le rationalisme castrateur, s’obstine à imposer son universalisme en modèle civilisationnel indépassable. Depuis le XVIème siècle, l’Occident se prévaut d’une avance scientifique irrattrapable, alibi idéologique de sa fuite en avant dominatrice, de son complexe de supériorité patho-historique. Avec la Révolution numérique, tous les continents, tous les peuples, toutes les localités repartent à pied d’égalité. Je rappelle à mes vieux complices philosophiques que j’ai forgé le concept de diversalisme pour liquider, définitivement, l’héritage colonial. Toutes les cultures du monde, du passé, du présent, du futur, se valent et s’équivalent dès lors qu’elles ne sont pas instrumentalisées comme armes de destruction et comme véhicules d’infériorisation.

 

La Révolution numérique dépouille le pouvoir, tous les pouvoirs, de leur levier principal, le monopole de l’information, instaure une société transversale en réseaux où le centre se décentre à l’infini, où les périphéries proches et éloignées deviennent instantanément, en temps réel, des centres de focalisation planétaire en fonction des scoops qu’elles propulsent, où l’événement se déclenche, sans préavis, n’importe où, n’importe quand, où l’inattendu se niche dans les indénombrables ordinateurs domestiques. Le flux perpétuel de l’information engloutit ses manipulateurs. La marée communicationnelle avale impitoyablement les désinformateurs. La conscience individuelle interagit désormais, sans intermédiaires institutionnels, avec la conscience planétaire dans son immense diversité, dans une fermentation chaotique propice à toutes les imprévisibles.

 

Le concept d’alter-mondialisme, aspiration profonde à une autre configuration des rapports planétaires, entre civilisations, entre cultures, entre personnes, au-delà de ses multiples récupérations, tresse, dans le tâtonnement expérimental, des passerelles parallèles. Le succès grandissant des produits biologiques, après les dévastations pathogènes des additifs chimiques, remet progressivement la nature-mère au centre des préoccupations humaines. Les énergies renouvelables, solaires, éoliennes, hydrauliques, géothermiques, le développement durable et l’économie circulaire, s’imposent, peu à peu, comme palliatifs pérennes aux combustibles destructeurs. Les entreprises citoyennes, les coopératives, les mutuelles, le commerce équitable, édifient progressivement une économie interactive, sans grossistes, sans distributeurs, sans spéculateurs. L’actualisation des architectures traditionnelles résout des problèmes insolubles pour les technologies sophistiquées et inopérantes des industries monopolistiques du bâtiment. Les niches écologiques se multiplient dans les interstices du bétonnage ravageur.

 
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

 

Edgar Morin ne s’est jamais embarrassé des prévenances idéologiques. Il se dit atteint d’incurable dissidence. Les distinctions, les décorations, les gratifications, génératrices d’émotions agréables, protègent socialement son âme rebelle. Il est d’autant plus éthiquement juif qu’il a toujours défendu la cause palestinienne. Il invoque, dans un soupir, la Thessalonique de ses origines, terre d’asile de ses ancêtres andalous. Il cultive sa citoyenneté du monde dans sa marocanité adoptive. Quand il convoque son alter ego disparu, Cornelius Castoriadis, en parlant laconiquement du vide de la pensée, il pense d’abord aux acolytes de circonstance. La course à l’audience participe décisivement au décervelage de masse. La technocratisation de la société va de pair avec sa déculturation. L’appauvrissement intellectuel se conjugue à la prolifération des pathologies mentales. L’addiction aux neuroleptiques compense dangereusement la perte de repères, l’absence de sens à l’existence. La spécialisation à outrance atomise la connaissance, pulvérise la pensée, génère, dans tous domaines, des générations de techniciens ignorantistes.

 

La recherche universitaire n’échappe pas au confinement. Les techno-sciences, qui s’en alimentent, broient l’humain au profit de l’efficience. La compréhension du monde bute sur le cloisonnement disciplinaire et l’atomisation programmée. L’intrépide humaniste ne cherche pas des solutions, tôt ou tard fossilisées en systèmes, juste des voix de passage, avec l’amour, la poésie et la sagesse comme emblèmes, vers les contrées inexplorées du savoir et du bien-vivre. En élaborant la Charte de la Transdisciplinarité avec Lima de Freitas et Basarab Nicolescu, Edgar Morin pense une nouvelle éthique qui contrebalance les grands risques encourus par le genre humain et son environnement en sortant de l’ombre leurs pendants d’espérance. Cette Charte remet à l’ordre du jour une approche dialectique de la réalité dans sa complexité synergique. L’intégrité morale et physique du vivant est inaliénable. Toute tentative de dissoudre l’humain dans une structure formelle, de l’abstraire comme unité statistique inerte, de le soumettre à des manipulations génétiques monstrueuses, de le transformer en cybernanthrope sans âme, est un crime inexpiable contre l’humanité. La connaissance tenant compte de la variété de la nature et de la diversité du vivant est forcément complexe et globale. L’enfermer dans une logique unique, dans une interprétation monolithique relève de l’obscurantisme.

 

La dignité humaine ne se réduit pas à sa dimension existentielle, sociale, matérielle, passagère, elle s’inscrit dans l’anamnésie théorisée par Platon deux mille cinq cents ans en amont. Chaque humain est un éclat de l’univers, il porte en lui la mémoire génétique et intellectuelle de l’humanité entière depuis les origines. La terre tout entière appartient à chaque vivant par le seul fait que chaque être est porteur de son feu sacré. Dès lors, la transdisciplinarité se propose d’articuler les domaines artificiellement séparés du savoir pour susciter une compréhension à la fois panoramique et multidimensionnelle de la nature et de la réalité, une compréhension qui restitue à l’humain son bien le plus précieux, sa dignité. En ce sens, l’interdisciplinarité peut se définir comme une intelligence connective. L’intelligence, du latin « intellegere », ne signifie-t-elle pas, étymologiquement, « relier plusieurs lectures » ? L’intelligence n’est-elle pas cette faculté proprement humaine de comprendre le sens et la substance des choses en déchiffrant, au-delà de leurs apparences, les liens organiques qui les animent ? Chaque discipline est traversée par des courants sémantiques, sémiologiques, éthiques, voire mythologiques, qui la dépassent. Il n’est pas de science qui ne soit en même temps allégorique.

 

La théorie des correspondances de Charles Baudelaire, inspirée de Platon, déclinée dans son poème « Les Correspondances », résume avec justesse ces interactions mystérieuses. Les correspondances verticales tissent des communications secrètes entre le visible et l’invisible, cet invisible visiteur des artistes et des poètes, qui les arrache à l’espace-temps, les plonge dans des sensations célestes incommensurables et les met en état de transe. Paul Klee ne distingue-il pas les artistes par leur don de rendre visible l’invisible ? Les correspondances horizontales réunifient sans cesse le monde, au-delà de ses turbulences, ses désordres, ses violences. Les crises, qui meurtrissent le monde, ne sont-elles pas des résidus lointains du chaos originel dont il est né  ? « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » quand l’âme s’élève suffisamment haut pour capter leur symphonie. La fusion de la subjectivité et de l’objectivité se matérialise dans l’œuvre d’art. L’art et la poésie ne germinent et fleurissent que dans l’imaginaire fertile et l’intuition créative. La seule légitimité des artistes, des poètes, des penseurs, sera leur œuvre dévolue à l’humanité, leur seul juge la postérité à l’aune de leur legs à l’humanité. Mai 68 n’a existé que par sa créativité. Les enfants de mai rêvaient de l’imagination au pouvoir sans savoir que leur rêve était aporétique. Le pouvoir et l’imagination sont et seront irréductiblement antinomiques.

 
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

 

Alain Touraine rappelle sa réfutation permanente des théories systémiques, réduisant les individus à des unités comptables, son aversion des logiques statistiques sans âme, des méthodologies technocratiques déshumanisantes. Face aux machines robotisantes, vulgarisées par le technicisme conquérant, il a toujours développé une sociologie des acteurs, exploré les dynamiques transformatrices des mouvements sociaux, scruter les évasures de la libération. Il s’attache particulièrement à l’utilité de la sociologie, ses théorisations devant naître des pratiques réelles et leur donner sens en retour, avec le souci constant de transformer les consommateurs passifs en sujets actifs dans un monde déboussolé, qui a perdu ses ressorts d’espérance. Le retour du sujet, dans le marasme économique et l’ankylose politique, est, depuis longtemps, son exaltant cheval de bataille. Il n’est d’épanouissement social que dans la synergie des singularités. Alain Touraine fait du concept de subjectivation son étendard, autrement dit l’affirmation de soi comme être libre, responsable et créateur. Je me ressource à cette évocation dans Mai 68.

 

Les idées singulières doivent descendre dans la rue. L’action citoyenne n’a d’autre moteur pour impacter le devenir commun que l’interactivité créative à la base, sur le terrain, hors sentiers battus, par l’apport créatif de chacun. La singularité ne se réalise pleinement que dans la liquidation définitive de la sacralité du pouvoir. Pendant des siècles, seuls les artistes, les poètes, les saltimbanques accédaient à cette liberté d’être sous masque d’amuseurs du roi ou sous guenille de gueux. L’expression de minorité agissante, galvaudée par le pouvoir pour dévaloriser les agitateurs indisciplinables, désigne justement ces groupuscules, sommes de singularités sans entraves, délivrées des chaînes de la productivité, de la rentabilité, de la compétitivité, capables, par leur créativité et leur imaginaire en action, de s’investir dans l’intérêt général et de déclencher des lames de fond dévastatrices de l’ordre établi. Leur déviance, comme le dit justement Edgar Morin, dès lors qu’elle rencontre une attente collective, se mue en tendance pour devenir une force historique. Ainsi se réalise l’improbable qui, au moment où tout semble perdu, sauve l’humain du désastre annoncé.

 

Alain Touraine étudie, dès leur émergence, les mouvements étudiants, les activismes féministes, les bouillonnements incontrôlables, façonneurs d’un autre rapport au monde. Il se proclame membre à part entière du cénacle frondeur d’Edgar Morin, Paul Lefort et CorneIius Castoriadis. Il a tôt pressenti, sous les soubresauts des crises répétitives, l’agonie du vieux monde industriel et la gestation, dans la parole et le sang, d’une société nouvelle, en Amérique latine et ailleurs. Il salue la revanche historique de la dialectique hégélienne sur le positivisme kantien. Le souvenir du père spirituel, Georges Friedmann, hante toujours autant la mémoire des deux patriarches. La condition humaine est leur passion conceptuelle, la politique leur terrain de jeu analytique. Correspondance de leurs destinées conjugales, frappées par la disparition de leurs épouses-muses. Amoureux éternels de l’irremplaçable, ils sont, tous les deux, repartis, au tournant de l’âge, après abattement mortifère, pour une autre vie sentimentale. Quand souffle la tempête, leur donquichottisme, fièrement assumé, leur sert de radeau de sauvetage.

 

L’emprise absolue des pouvoirs écrasants des finances et des médias formatent, d’avance, les besoins, façonnent les opinions, réduisent méthodiquement les marges de liberté. Je pense à mon ami Jean Baudrillard, toujours incompris post-mortem. Le pouvoir pour le pouvoir anéantit subrepticement les droits fondamentaux de l’être humain, neutralise anticipativement ses velléités de révolte, anesthésie sournoisement son exigence vitale de dignité. L’embrigadement brutal des totalitarismes massifs a laissé place aux circuits tentaculaires de contrôle et de surveillance. Dans « la société bureaucratique de consommation dirigée » selon la formulation d’Henri Lefebvre, son cours magistral à Nanterre germinateur de la révolte étudiante, le social est partout évacué au profit de la manipulation politique. Je revis nos discussions interminables avec Henri Lefebvre dans son appartement Rue Rambuteau, nos promenades rituelles jusqu’à la Place des Vosges où la nostalgie de son époque surréaliste, avant d’être vampirisé par le stalinisme, le transfigurait ? Le poète ressurgissait par magie sous la stature du professeur vénéré.

 

Je souligne qu’aujourd’hui, plus qu’hier, le citoyen opprimé lui-même, est sommé, pour se faire entendre, d’intégrer un réseau lobbyiste sous peine de disparaître comme sujet. L’urbanisation technocratique de la planète dénie le droit à la ville jusque dans l’architecture. Le citadin, téléguidé dans des passages obligés, se métamorphose en spectre urbain. Des forces obscures, cependant, forment sourdement, solidairement, inventivement, des galeries souterraines d’émancipation dans les quartiers populaires. La transversalité sape, dans ses fondements, la prépotence pyramidale. Mai 68, chassé par la grande porte, revient par l’issue de secours. Mai 68, objet politique non identifiable, artefact historique non élucidable, s’invoque pieusement comme un paradigme utopique, une lanterne mythique, un sémaphore symbolique. Alain Touraine cite Mai 68 ; La Brèche (éditions Fayard, 1968), ouvrage écrit dans le vif de la Révolution ludique par Edgar Morin, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Il omet volontairement d’évoquer, élégance intellectuelle oblige, son propre livre du même cru Le mouvement de mai ou le communisme utopique (éditions du Seuil, 1968). Visions empathiques de mandarins engagés ne saisissant de la conscience estudiantine révoltée que sa pellicule politique. Et pourtant, sous folklore ouvriériste, il n’eut que la soif de liberté, rien de plus, rien de moins. Au premier rang de l’auditorium, je me revois à l’époque, vêtu de noir comme aujourd’hui, cofondateur du Mouvement du 22 mars à la faculté de Nanterre, animateur romantique du temps des barricades, rêveur impénitent de rivages inaccessibles, calfeutré dans une distanciation de bonne aloi, souriant de la récupération académique et de l’émotion sincère des doctes nostalgiques. Je me contente d’objecter, pendant le dîner, quelques apophtegmes amphigouriques. Mai 68, perceur de traverses transgressives, fécondateur d’idées intempestives, porteur d’intemporalité poétique, féconde toujours l’avenir, au-delà des mutations éprouvantes. Le virus politique empêche la pensée de prendre son envol philosophique. La société transversale creuse, irréversiblement, ses cheminements invisibles. Les concepts de pouvoir et de politique sont définitivement obsolètes. Il n’est de salut que par l’art et la poésie.

 

La soirée se prolonge dans l’ambiance exotique et feutrée du restaurant marocain L’Atlas, boulevard Saint-Germain. Une douzaines de convives, triés sur le volet par la direction des Cahiers de l’Herne, puissance invitante, couvent Edgar Morin et Alain Touraine de leur affectueuse présence. Les cellériers lobbyistes de l’événement restent à la porte. Le pouvoir sans pouvoir puise sa raison d’exister dans les secrets d’alcôve. Les deux philosophes partagent bonnes anecdotes et tajines d’agneau embaumés d’effluves orientaux. Edgar Morin entonne à voix chaude des chansons classiques des années folles. La sociologue marocaine et complice épouse, Sabah Abouessalam-Morin, savoure en silence la déclaration d’amour.

© MS*

 

* Mustapha Saha, sociologue, poète, artiste peintre, cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de Mai 68.

 

Sociologie, poésie, féminisme & Mai 68

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha, « Edgar Morin, une pensée faite monde », reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Hors-série 2017, mis en ligne le 17 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/edgar-morin.html

 

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