17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 15:42

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Marguerite d’automne

 

 

 

Poème et illustration de l'artiste

 

Anick Roschi

 

Cet extrait est reproduit avec

l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions Stellamaris

 

Marguerite d’automne

© Crédit photo : Henri Roschi, Vieille & oiseau

 

 

 

Sur son marbre

chrysanthème

est

désaxé

 

un peu à gauche

un peu à droite

 

chrysanthème

est las

 

de fleurir

toujours

sa mort

 

sur cette stèle

là.*

 

 

 

* Ce poème est extrait du recueil Je vous fleure, Éditions Stellamaris.

 

 

Réception  du recueil Je vous fleure dans les médias :

 

***

Pour citer cet extrait

 

Anick Roschi (poème et illustration), « Marguerite d’automne », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/marguerite.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 13:42

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Lettre à Assureur

 

 

 

Claude Luezior

 

Site officiel : www.claudeluezior.weebly.com/

 

Cet extrait est reproduit avec

l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions tituli

 

 

Illustration de l'artiste

 

Henri de Lescoët

Lettre à Assureur

© Crédit photo : Henri de Lescoët, Lesco+½t-4C

 

Ce dessin a été spécialement réalisé par l’artiste pour Françoise Urban-Menninger, il est reproduit avec l'aimable autorisation des ayants droit et de Françoise Urban-Menninger à qui nous adressons nos sincères et chaleureux remerciements. 

 

 

 

Ce texte est un extrait d'Une dernière brassée de lettres, Éditions tituli, Paris, 4e trim., 2016

 

 

Tu me parles clients, je te dis patients qui souffrent.

Tu écris délais, je crie urgence.

Tu clames tes chiffres, j’entends des râles de l’agonie.

Tu fais part de tes décomptes, du haut de tes bâtiments de verre et d’acier : je marche dans la glaise humaine.

Tu dévores du papier, je tiens le bras d’une vieille dame à bout de souffle.

Tu penses à tes bénéfices, je lui donne de l’oxygène.

Tu signes surprimes, je te réponds survie.

Tu m’envoies tes formulaires anonymes, tes questions stéréotypées, ta paperasse en trois exemplaires : je sonne le tocsin.

Tu admets enfin, du haut de ta condescendance, une demi-incapacité : la personne est décédée depuis six mois !

Tu distilles tes factures, tes fichiers quand il s’agit de déchirures, de personnalités.

Tu dis à Ravel trop de notes, à Van Gogh trop de peinture, tu enquêtes : alors qu’ils sont en quête de vie.

Tu m’appelles acteur (de santé), je me bats contre Alzheimer.

Tu refuses au nom d’une économicité (belle littérature !), je m’insurge au nom du handicap.

Je te plains, Grand Inquisiteur, paré de ta robe marchande et de tes ordinateurs. Je te plains pour tes chiffres, tes sélections, ta logique de marché, tes fonctionnaires, tes petitesses.

Je te serre la main. Tu trembles ? Rassure-toi, ce n’est que la maladie de Parkinson…

 

***

 

Pour citer cet extrait

 

Claude Luezior, « Lettre à Assureur », illustration de l'artiste Henri de Lescoët, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/assureur.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 11:17

 

Dossier majeur | Articles

 

 

« Ô temps contre lequel il n’est repaire »

 

 

 

La poésie de la vieillesse de

 

 

 

Giovanna Bemporad

 

 

 

Giovanna Bellati

 

Università di Modena e Reggio Emilia

 

Les poèmes de Giovanna Bemporad sont reproduits et traduits par Giovanna Bellati avec l'aimable autorisation des ayants droit à qui nous adressons nos sincères et chaleureux remerciements.

Illustration de l'artiste

 

Henri de Lescoët

 

 

 

© Crédit photo : Henri de Lescoët, +½t-6bC.

 

Ce dessin a été spécialement réalisé par l’artiste pour Françoise Urban-Menninger, il est reproduit avec l'aimable autorisation des ayants droit et de Françoise Urban-Menninger à qui nous adressons nos sincères et chaleureux remerciements.

 

Une vie pour la poésie

     

    Giovanna Bemporad est une figure attachante de la poétesse, récemment disparue à l’âge de 85 ans1. Dans les pages de sa biographie et de son œuvre, elle apparaît comme un de ces êtres rares dont l’existence est littéralement absorbée par l’art, à tel point que tout autre aspect de l’expérience perd d’intérêt pour eux. Sa vie entière a été consacrée à la poésie depuis sa première jeunesse, telle une offrande sur l’autel de la « parole », ainsi qu’elle l’expliquera elle-même :

     

     

    Je n’ai eu ni jeunesse ni adolescence,

    je n’ai donné d’importance à ce que les hommes

    appellent la vie, je n’en ai donné qu’à la poésie,

    à la parole, à la recherche de la parole juste.

    Cela a été ma seule raison de vie2.

     

     

    Toutefois, cette vestale de la poésie n’écrivit jamais qu’un seul livre de vers, modestement baptisé du nom d’Esercizi (Exercices), qu’elle publia d’abord en 19483, republia en 19804 et puis encore en 2010, avec un titre légèrement modifié5 : chaque nouvelle édition a été justifiée par le nombre de variantes, de réécritures, d’adjonction de nouveaux textes.

    La consécration de Giovanna Bemporad à la parole passa d’ailleurs également par son activité de traductrice, qui fut, elle, copieuse et variée, s’appliquant à des œuvres dont l’hétérogénéité surprend, des poèmes de l’Antiquité (Homère et Virgile, mais aussi les Vedha indiens et le Cantique des Cantiques de l’Ancien Testament) aux classiques modernes (entre autres, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Byron, Goethe, Novalis, Hölderlin). L’extrême jeunesse de la traductrice rendait encore plus extraordinaires ses premiers essais, dont les résultats lui avaient attiré, à l’époque, l’attention de plusieurs éditeurs. L’œuvre qui marqua à jamais son existence de traductrice fut l’Odyssée, à laquelle elle travailla toute sa vie : depuis les années 1960 jusqu’au début de ce siècle, elle ne cessa jamais de reprendre, de remanier et de retraduire le poème d’Homère, dont la version fut publiée inachevée et à plusieurs reprises, sans que la poétesse n’ait probablement jamais considéré aucune édition comme définitive.

    La vie même de Giovanna Bemporad semble s’écouler dans une autre dimension, entourée d’une aura poétique. Née à Ferrare en 1928 dans une famille d’origine juive, elle fait des études irrégulières à cause de la guerre, mais développe dès sa première adolescence une passion exclusive pour les anciens poèmes et pour les vers classiques, qui l’amène à traduire – à l’âge de treize ans et dans l’espace d’un peu plus d’un mois – toute l’Enéide de Virgile. Précocement séparée de sa famille, pendant la guerre elle fait la connaissance de Pier Paolo Pasolini, avec qui elle passera des nuits entières à lire des poèmes, et qui restera toujours pour elle un ami fraternel. Après la guerre, elle vivra pendant quelques années une vie de bohème à Venise, dans un logement de fortune, nourrie par des amis et par quelques dames bénévoles ; c’est dans ce dénuement total, cependant, qu’elle compose les Exercices, publiés pour la première fois en 1948 par un éditeur vénitien. Une place de journaliste lui permit, dans les années suivantes, de sortir de la misère, jusqu’à ce que son mariage avec le futur sénateur et ministre Giulio Cesare Orlando, en 1957, lui fasse connaître la quiétude aisée d’une existence bourgeoise.

     

     

    Le livre des Exercices

       

       

      La dernière édition des Exercices, publiée en 2010, se compose de quatre-vingts poèmes, dont un peu moins d’une trentaine sont inédits. L’ensemble est divisé en un certain nombre de sections, dont la première, intitulée « Diari » (« Journaux intimes »), est la plus nourrie et ne comporte presque que des textes déjà présents dans les premières éditions ; dans une autre, « Aforismi » (« Aphorismes »), le nombre des textes est, en revanche, plus que redoublé. Toutes les autres sections contiennent quelques poèmes nouveaux, et deux d’entre elles sont entièrement inédites : il s’agit de « Saffiche » (« Saphiques »), qui, ne comportant que trois textes, reste la moins importante, et de « Poesie degli anni tardi » (« Poèmes des vieux jours »), celle qui a surtout retenu notre attention et sur laquelle nous reviendrons plus loin.

      Quelques images récurrentes dans l’ensemble des poèmes méritent d’être considérées à part : il s’agit avant tout, en ce qui nous concerne, de la métaphore de la voile, qui revient avec une fréquence révélatrice aussi bien dans les poèmes de la jeunesse que dans les dernières créations. Elle désigne la vie du poète, l’inspiration, l’élan poétique prenant son essor, le génie créateur, tantôt sillonnant la haute mer, tantôt incapable de quitter le rivage ; cette figure, porteuse d’une instance primordiale en elle-même, nous a paru d’autant plus significative qu’elle est placée en ouverture du recueil :

       

       

      Déjà ma voile, maîtrisée par l’ombre,

      l’impudence du jour laisse au rivage,

      et le cortège de ses feuilles mortes6.

       

       

      On la retrouve, plus loin, dans un poème dédié à Baudelaire et intitulé « Al mare – frammento » (« À la mer – fragment ») :

       

       

      Je sens l’appel de ton génie amer,

      tel le cri fou de l’albatros, au large

      des estuaires ; […]

      servante du silence, sur toi glisse

      ma voile entre des gouttes bleues et vertes7.

       

       

      Si dans les textes que nous venons de citer le symbole de la voile semble indiquer à la fois la vie du poète et son inspiration – dans une superposition qui apparaît d’ailleurs tout à fait cohérente –, dans les poèmes « des vieux jours » la métaphore se présente dans une relation plus évidente avec la puissance créatrice du poète, surtout dans un texte au titre transparent : « À l’inspiration retrouvée », qui ouvre la section. C’est sous la variante métonymique du bateau – probable réminiscence rimbaldienne – que nous retrouvons cette image, dans ce cas manifestement associée à celle d’un nouvel essor et d’une capacité renouvelée de répondre à l’invitation au voyage poétique8. Dans « Midi à la mer », au contraire, la situation est inversée, et la poétesse contemple les voiles qui, au large, rivalisent dans leurs évolutions et compositions artistiques, alors que la sienne, impuissante, reste immobile dans l’air mort du rivage9.

       

      En corrélation avec la voile, la barque ou le bateau, la mer est une image récurrente dans les Exercices, ainsi que, de manière plus générale, le milieu et le paysage aquatiques, avec les innombrables composants de ce champ lexical – vagues, gouttes, marées, pluies, brumes, naufrage ; des poèmes entièrement consacrés à la mer, avec ceux que nous avons cités ci-dessus, sont encore « In riva al mare », « Mare d’inverno », « Al mare » (« Au bord de la mer », « Mer en hiver », « À la mer »).

      Une autre image poétiquement illustre, qu’on retrouve souvent dans le recueil, est celle de la lune. Giovanna Bemporad lui consacre quelques-unes de ses compositions les plus suggestives, qui ne sont pas sans évoquer, entre autres, les vers immortels de Giacomo Leopardi, auquel l’un de ces textes est expressément dédié. Nous donnons ci-après la traduction de quelques fragments de ces poèmes « lunaires », car ils ne sont pas compris dans la section qui nous intéressera plus directement.

       

       

      Mélancolique image, elle est partout,

      la lune ; déchirant comme une flûte

      gémit le vent, farouche dans le ciel

      presque estival. […]10.

       

      à Leopardi

      Blanche, la lune monte à l’horizon

      après l’adieu du jour ; elle console

      routes, arbres, champs. […]11.

       

      Surgit la lune comme rouge aurore,

      silencieuse ; des campagnes au loin

      elle éclaire les vastes fixités,

      pure ; le globe du fanal repousse

      la solitaire affligée. […]12.

       

      Soir de fête

      […]

      La nuit descend, toute chanson se tait,

      dans un ciel de fête la lune brûle

      sans fleurs dans les cheveux et sans musique,

      amante désolée, seule et perdue13.

       

       

      Pour sa brièveté, nous citons intégralement un texte tiré des « Aphorismes », le seul poème explicitement dédié à la lune :

       

       

      à la lune

      N’es-tu pas lasse d’errer solitaire

      toujours changeante comme l’œil navré

      qu’un objet digne de fidélité

      ne trouve en terre ?14

       

       

      Le thème de la mort est également omniprésent dans l’œuvre de Giovanna Bemporad ; on peut s’étonner de lire, dans des poèmes écrits par une jeune fille de moins de vingt ans, des vers empreints d’une aussi profonde désillusion et d’une telle indifférence face à la vie :

       

       

      Inexorable compagne, la mort

      m’entraîne aux longues veilles taciturnes ;

      […]15

       

      Et les souvenirs viennent et s’en vont,

      froidement, ayant le pas et l’haleine

      de choses vives. Dans un soir si doux

      on ne voudrait rien d’autre que mourir16.

       

       

      Le sentiment d’une jeunesse qui s’est enfuie hâtivement et d’une vieillesse précoce accompagne souvent cette angoisse de mort :

       

       

      Douce jeunesse, ta fable est finie

      et l’automne est sur moi. […]17

       

       

       

      La poésie de la vieillesse

         

         

        Dans la section « Poèmes des vieux jours » (« Poesie degli anni tardi »18), entièrement ajoutée à la dernière édition des Exercices comme conclusion du recueil, le thème de la vieillesse est traité sous les optiques et dans les tonalités les plus différentes. Les « anni tardi », c’est-à-dire les années de la vieillesse, ne sont pas forcément un synonyme de mort ou d’impuissance : le poème qui ouvre la section, intitulé « à l’inspiration retrouvée », évoque l’expérience exaltante d’une nouvelle fécondité créatrice, inattendue et libératrice pour la poétesse, qui la vit à la fois comme un départ vers de nouveaux rivages et comme l’isolement tant souhaité dans « l’énigme sublime » de la poésie.

        Les désillusions qui accompagnent la fin de la vie, ainsi que l’angoisse de la mort, sont parfois également soulagées par l’immersion dans un monde qui est à la fois naturel et intérieur, et dans lequel la poétesse retrouve une sérénité et des joies comparables à celles des temps passées : les images de la mer, de l’envol de la pensée vers un ciel libre, de la plongée dans les « gouttes d’azur », renvoient au bonheur d’un idéal toujours vivant et qui semble plus fort que la déchéance du corps et de l’esprit.

        Des images printanières sont également présentes dans cette poésie de la vieillesse : le chant d’un oiseau dans la campagne, le vent tourbillonnant dans un rosier, un arbre fleuri, une étoile qui s’allume au soir, sont autant de merveilles qui apaisent la descente vers la fin, tantôt ressentie avec un sens de désespoir, tantôt avec une résignation plus tranquille.

        Aux moments de plus vive angoisse (cf., par exemple, « Interrogation »), la nature même semble impuissante à consoler le sentiment d’inutilité qui envahit l’âme, mais à l’extrême fin, alors que la voix de la poésie s’éteint et se réduit elle-même au silence, l’attente de la mort reste une « attesa purissima », un instant marqué par le retour à une innocence et à une pureté primordiales qui semblent résumer le sens de la vie entière pour Giovanna Bemporad.

        Dans les pages qui suivent, nous proposons une traduction de tous les poèmes des « anni tardi » et une sélection d’autres poèmes sur le thème de la vieillesse. Nous avons cherché à reproduire les textes originaux non seulement au point de vue lexical, mais également dans leur structure métrique. Toute la poésie de Giovanna Bemporad est marquée par l’utilisation de l’endecasillabo, le type de vers universellement reconnu comme le plus classique de la poésie italienne : nous le traduisons par le décasyllabe français, qui lui correspond par ses dimensions et par la distribution des accents principaux. Nous nous sommes également efforcée de respecter les règles de la versification française dans la décompte des syllabes, sauf pour le féminin du participe et les mots semblables (par exemple : brisée, percées, agitées, pensées), dans lesquels le [ə] de la terminaison est aujourd’hui pratiquement imperceptible.
         

         

         

        All’ispirazione ritrovata

         

         

        alla maniera del Dolce Stil Novo

         

        Canzone, flebile d’arpe argentine,

        la gomena tu spezza, odioso verme,

        lungo serpente che ancorato a riva

        tiene il vecchio battello e la mia lingua

        sciogli, rinata all’estasi dei voli !

        Forse avverrà, mia tormentata attesa

        della tua grazia, che un poema intero

        dal mio cuore romantico germogli,

        sbocci in fiorente glicine d’amore !

        Vieni, affrettati a farmi prigioniera

        dell’enigma sublime a cui di nuovo

        io mi abbandono (come obliquo uccello

        si abbandona allo spazio) e la tua forma

        futura tramo: al compito il mio genio

        tu chiamavi, io non ero che silenzio !

         

         

         

        À l’inspiration retrouvée

         

         

        à la manière du Dolce Stil Novo

         

        Chanson, de l’argent frêle de ta harpe

        tranche ce câble, larve abominée,

        long serpent qui retient le vieux bateau

        au rivage, et ma langue déliée

        ressuscite à l’extase de l’envol !

        Dans l’attente inquiète de ta grâce

        se pourrait-il qu’un poème fleurisse

        tout entier de mon cœur romantique,

        ô glycine d’amour épanouie !

        Viens et dépêche-toi de m’enfermer

        dans l’énigme sublime qui à nouveau

        m’a ravie (comme l’oblique oiseau

        est ravi dans l’espace), où ta future

        forme j’ourdis : c’est toi qui mon génie

        as ravivé, je n’étais que silence.

         

         

        La mestizia una maschera d’ancella

        disegna sul mio viso: aria di giglio

        che pensa mi incorona; io sento il vuoto

        assumere ai miei occhi forma umana.

        Ah, facilmente lo schiavo s’impiglia

        nella catena che infranse a fatica !

        Saggio è chi resta libero, e non cede

        neppure al dio che invoglia alle carezze

        quando trafitti da spade d’amore

        gli occhi ottusi cavalcano nei sogni

        sopra l’azzurro amplissimo dei cieli !

        Non sottomessa ma ribelle al fascino

        dispotico che emana il dio fanciullo,

        dolcemente scherzando con la maschera

        di mestizia stampata sul mio viso,

        mi accomiato dal mondo e da me stessa

        con un gesto sommesso di distacco.

         

         

         

        La douleur forme un masque de servante

        sur mon visage, couronné d’un air

        de lys pensif, et je sens que le vide

        prend à mes yeux une figure humaine.

        Qu’il est aisé que l’esclave s’accroche

        à la chaîne brisée péniblement !

        Le sage reste libre, sans plier

        aux caresses mêmes du dieu d’amour,

        quand de ses flèches percées, les pupilles

        obscurcies traversent dans les rêves

        l’interminable voûte de l’azur !

        Jamais soumise mais rebelle au charme

        despotique qui vient du dieu enfant,

        d’un sourire discret, avec le masque

        de tristesse imprimé sur mon visage,

        je prends congé du monde et de moi-même

        par un geste d’adieu silencieux.

         

         

         

        Mon âme ayant des tristesses d’aurore

        et de coucher, et le goût de la mort,

        ne survivant plus par ses illusions,

        doucement pleure aux clameurs de la mer

        comme un enfant chagrin, abandonné

        sans aucune défense à ses terreurs.

        Mais quand un rire de rubis parsème

        le soleil sur mon front, alors se lèvent

        libres mes rêves tels des goélands !

        Perdue au milieu de gouttes d’azur

        et de verte fraîcheur, dans cette mer

        plus douce que l’oubli, je noie la sombre

        angoisse des vieux jours, et le regret

        dans lequel je vis la fin de mon temps.

         

         

        Felice sospensione ha il mio dolore

        nella pausa più dolce di ogni suono

        in cui non si ode più, deposto il flauto,

        la sua struggente melodia, ma quella

        che sopravvive al flebile strumento.

        Non meno dolce o meno commovente

        nota il cuculo invia dalla lontana

        campagna a primavera. E come il vento

        su per roseti rampicanti in fiore

        si attarda a mietere carezze, prima

        che il suo bisogno estremo di compianto

        lo induca a un folle, vano imperversare :

        così una breve pausa ha il mio dolore

        se vedo sopra il campanile a sera

        la prima stella accendersi, che pare

        contraddica il mio pianto e che sorrida.

         

        Heureuse suspension de ma douleur

        dans la pause plus douce que tout son,

        quand s’éteint la poignante mélodie

        de la flûte déposée, mais survit

        l’air qui surpasse le faible instrument.

        Au loin dans la campagne le coucou

        aussi douce et touchante nous envoie

        sa note de printemps. Comme le vent

        dans les roses grimpantes épanouies

        passe cueillant la moisson des caresses,

        avant que le désir fou de complainte

        ne l’entraîne à son vain tourbillonner :

        ainsi s’apaise un instant ma douleur

        si j’aperçois au soir sur le clocher

        la première étoile s’allumer,

        dont le sourire contredit mes pleurs.

         

         

         

        Meriggio al mare

         

         

        Da casa mia venuta in comunione

        col deserto del mare – indugia eterno

        nella monotonia dell’acqua il tempo ;

        davanti a me compongono le vele,

        mosse dal vento, musica o poesia –

        come quelle laggiù la mia non vedo

        prendere il largo gonfia e dispiegata,

        ma resta inerte, nell’amara calma

        di un’aria morta. All’urto dei pensieri

        la vacuità del mare fa un commento

        sonoro, come al sasso che i fanciulli

        scagliano per infrangere il suo specchio !

        Non conviene guardare né al passato

        né al futuro in quest’ora meridiana ;

        meglio isolarsi a vivere nel tempo

        più veramente nostro, in interiori

        colloqui di cui prodiga è la notte,

        meglio lasciarsi immobili portare

        su una fragile barca all’altra riva.

         

         

        Midi à la mer

         

         

        De ma maison venue en communion

        avec la mer immense – éternel

        le temps se fige dans l’eau monotone ;

        par le vent agitées, devant mes yeux

        les voiles font des chants et des poèmes –

        la mienne je ne vois prendre le large

        se déployant gonflée comme les autres,

        elle est inerte dans le calme amer

        d’un air de mort. Le vide de la mer

        aux pensées folles sert de commentaire

        sonore, comme au galet que l’enfant

        lui jette pour enfreindre son miroir !

        Il ne faut regarder vers le passé

        ou l’avenir à cette heure du jour ;

        mieux vaut rester dans cet isolement

        du temps qui est plus sûrement le nôtre,

        pour écouter les voix intérieures

        dont la nuit est prodigue, qui nous portent

        dans une frêle barque à l’autre rive.

         

         

        Interrogazione

         

        Mentre l’ultimo raggio rosseggiante

        muore sui vetri, perché vivo ancora

        mi chiedo, se il mio cibo è l’amarezza

        e il cuore che educavano alla gioia

        non batte ormai se non per tenerezza

        di primavere, estati e dolci autunni,

        ma per gioia non più ? Dalla finestra

        della mia stanza spio nel plenilunio

        fino all’alba a fissarmi il cimitero.

        Con gli occhi che già nuotano nel sonno

        mi chiedo con un brivido: chi sono ?

        Chi, per la colpa che scontai nascendo,

        dal buio nulla a un attimo di luce

        destinò questo corpo, amato corpo,

        l’oggetto che dai morti mi difende,

        per poi ridurlo in polvere ? Risponde

        all’incauta domanda il vuoto immenso

        e va per la malinconia del cielo

        che si annera insensibile la luna.

         

         

        Interrogation

         

        Au dernier rayon mourant sur les vitres,

        pourquoi je vis toujours je me demande,

        puisque ma nourriture est l’amertume,

        et mon cœur ne bat plus que de tendresse

        pour la douceur du printemps, de l’été,

        ou de l’automne, mais ne connaît plus

        la joie qui fut sa raison d’exister.

        De ma fenêtre, dans la pleine lune,

        je vois le cimetière me fixer.

        Les yeux déjà noyés dans le sommeil,

        je me demande frissonnant : qui suis-je ?

        Qui, par la faute payée en naissant,

        de l’ombre du néant à la lumière

        a destiné ce corps, ce corps aimé,

        qui me défend du monde de la mort,

        pour le réduire en poussière ? Immense

        répond le vide à la question naïve

        et dans le ciel mélancolique, sombre,

        insensible, la lune se promène.

         

         

         

        Alla primavera

         

        Nelle mie vene, un tempo ebbre di vita,

        batte con ritmo languido il risveglio

        di primavera, e accende il sentimento

        in chi non vuole più se non amare

        la cecità del pianto. Lunga o breve

        tragica è questa favola che bella

        sembrava al tempo in cui l’ineluttabile

        certezza non aveva ancora offeso

        l’ingenuità dei nostri cuori, illusi

        di essere eterni. Eppure mi sorprendo

        talvolta a intenerirmi quando un giglio

        spunta a piè d’una quercia, o nel giardino

        il mandorlo è fiorito. E una dolcezza

        di memorie distende il mio dolore,

        già creduto incurabile, in un riso.

        Poi, quando il giorno muore nella notte,

        si fa nera ogni cosa, accoglie e fonde

        l’anima curva sotto il suo destino

        questo fluire in lei di tante vite.

         

        Au printemps

         

        Dans mes veines, jadis ivres de vie,

        d’un rythme languissant bat le réveil

        du printemps, et allume la passion

        dans un cœur qui ne désire qu’aimer

        la cécité des larmes. Longue ou brève,

        cette fable est tragique, qui naguère

        nous semblait belle, quand l’inéluctable

        certitude n’avait encor frappé

        nos cœurs naïfs, fixés dans l’illusion

        de leur éternité. Pourtant je sens

        une tendresse étrange, quand un lys

        au pied d’un chêne pousse, et au jardin

        fleurit l’amandier. Une douceur

        de souvenirs apaise mon chagrin,

        qu’on croyait incurable, dans un rire.

        Et plus tard, quand le jour meurt dans la nuit,

        tout sombre dans le noir, l’âme courbée

        sous le poids du destin accueille en elle

        de tant de vies le flux irrésistible.

         

         

         

        Le thème de la vieillesse, central dans les « Poèmes des vieux jours », se retrouve sporadiquement dans d’autres sections du recueil. Nous avons choisi deux exemples tirés des « Aphorismes », dont les textes se caractérisent par leur brièveté : le premier se fonde sur la juxtaposition entre la vie qui s’éteint et qui renaît, l’autre reprend l’image classique de l’existence se continuant dans le souvenir des êtres chers.

         

         

        Chi scende e chi sale19

         

        Ah, rotolano gli anni per le scale,

        nostro destino è scendere e salire

        e con un carro di frantumi andare

        per strade oblique a perderci nel nulla.

         

        Siede sull’ultimo gradino un vecchio

        con le mani posate sui ginocchi

        e col mento sul petto; e dalla soglia

        viene il rumore eguale di una culla

        e di una nenia a conciliargli il sonno

        col suo ritmo monotono e immortale.

         

        Descente et montée

         

        Les années roulent au bas de l’escalier,

        notre destin est descendre et monter,

        dans un char de débris nous approchant

        par des chemins obliques du néant.

         

        Sur la dernière marche un vieux, assis,

        les mains posées sur ses genoux réunis,

        tête baissée ; depuis le seuil s’élève

        le doux murmure d’une cantilène

        et d’un berceau qui flatte son sommeil

        d’un rythme monotone et immortel.

         

         

         

        De Senectutex20x

         

        Col passare degli anni – io mi figuro –

        trascineremo passo passo il piede

        sul bastoncello, a confortarci ai tiepidi

        raggi del sole.

        E immagino che quando

        La morte a noi verrà, non ci dorremo

        se si ricorderanno i cari amici

        di noi, parlando, e ci ameranno ancora.

         

        De Senectute

         

        S’écoulant les années l’une après l’autre,

        nous irons pas à pas – je m’imagine –

        nous appuyant sur une canne, aux tièdes

        rayons de ce soleil réconfortant.

        Et quand la mort enfin viendra vers nous,

        nous ne serons au désespoir, je pense,

        si les amis parlent encor de nous,

        se souvenant et nous aimant toujours.

         

        Dans l’Épilogue, qui achève le recueil, la voix de la poétesse résonne pour la dernière fois avant le silence éternel, confrontée aux voix de la nature qui emportent un passé tombé en poussière : les premiers et le dernier vers, encore chargés de réminiscences anciennes, nous semblent particulièrement empreints d’une musicalité solennelle et incantatoire.

         

         

        Epilogo21

         

        O vento che commemori passate

        moltitudini e fasti inceneriti,

        o tempo contro cui non c’è riparo :

        mi riduco al silenzio, nell’attesa

        purissima dell’ombra che già stende

        sui vivi un lembo della notte eterna.

        Forse è quest’ombra tragica sospesa

        sul ciglio della notte che fa illusi

        gli uomini di conoscersi e di amarsi,

        naufraghi nel silenzio dei millenni.

         

        Ô vent qui remémores le passé

        multiforme et le faste anéanti,

        ô temps contre lequel il n’est repaire :

        je me réduis au silence, à l’attente

        pure de l’ombre qui sur les vivants

        déploie un pan de la nuit éternelle.

        Est-ce cette ombre noire suspendue

        à la nuit qui aux hommes laisse croire

        qu’ils peuvent se connaître et puis s’aimer,

        noyés dans les silences millénaires ?

         

         

         

        Notes

         

         

        1 Elle est morte le 6 janvier 2013. Un ouvrage d’intérêt général sur sa biographie et son œuvre avait paru en 2011 : A una forma sorella. Giovanna Bemporad : intervista e videoritratto, regia di Vincenzo Pezzella, Edizioni Archivio Dedalus, Milano. Nous signalons également une page web qui met à disposition des articles, des vidéos, des poèmes, des extraits de traductions : http://giovannabemporad.blogspot.it/.

        2 « Non ho avuto mai giovinezza né adolescenza, / non ho dato importanza a quella che gli uomini chiamano vita, /ne ho data solo alla poesia, alla parola, / alla ricerca della parola giusta. / Questa è stata la mia unica ragione di vita », (Andrea Cirolla, « L’opera al telefono », préface à : Giovanna Bemporad, Esercizi vecchi e nuovi, Edizioni Archivio Dedalus, Milano 2010, p. 7).

        3 Esercizi, Urbani e Pettenello, Venezia 1948.

        4 Esercizi, Garzanti, Milano 1980.

        5 Esercizi vecchi e nuovi, op. cit.

        6 « Già la mia vela, in signoria dell’ombra, / l’impudenza del giorno lascia a riva / col suo lungo corteo di foglie morte », (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 23).

        7 « Sento il contagio del tuo genio amaro / chiamarmi come un folle albatro, al largo / degli estuari ; […] su te scivola, ancella del silenzio / la mia vela, tra gocce azzurre e verdi » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 93).

        8 Voir infra.

        9 Voir infra.

        10 « Malinconica immagine, è su tutto / la luna; come un flauto accorato / si duole il vento, rude nel sereno / già quasi estivo. […] » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 33).

        11 « La bianchissima luna alta è salita / dopo l’addio del giorno, a consolare / alberi, campi e strade. […] (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 34).

        12 « Nasce la luna come rossa aurora / pianamente; rischiara illimitate / fissità d’ombre e alberi e campagne, / pura, dai globi elettrici respinta, / questa accorata solitaria» (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 35).

        13 « Sera festiva. […] Viene la notte, ogni canzone tace / e nel cielo festivo arde la luna / senza fiori ai capelli e senza suoni, / perduta amante, sola e dolorosa » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 52).

        14 « Alla luna. Non sei stanca di errare in solitudine / mutando sempre come l’occhio triste / che oggetto degno della sua costanza / non trova in terra ? » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 49).

        15 « Mia compagna implacabile la morte / persuade a lunghe veglie taciturne » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 25).

        16 « E le memorie, con un passo e un fiato / di cose vive, freddamente a sera / vengono e vanno. In così dolce sera / non altro si vorrebbe che morire » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 27).

        17 « O mia dolce gioventù, la tua favola è finita / e l’autunno m’è sopra » (Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 23).

        18 Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 111-117.

        19 Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 54.

        20 Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 56.

        21 Esercizi vecchi e nuovi, op. cit., p. 121.

         

         

        ***

         

        Pour citer cet article

         

        Giovanna Bellati, « ''Ô temps contre lequel il n’est repaire''. La poésie de la vieillesse de Giovanna Bemporad », illustration de l'artiste Henri de Lescoët, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/giovannabemporad.html

         

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        Le Pan poétique des muses - dans Numéros
        17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 07:39

         

        Dossier mineur | Textes poétiques

         

         

         

        À regarder passer le temps

         

         

         

        & Partance

         

         

         

        Maggy de Coster

        Site personnel : www.maggydecoster.fr/

        Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

         

         

         

         

        Le premier poème est un extrait reproduit avec l'aimable autorisation

        de l'auteure, de l'éditeur/éditrice de l'anthologie

        "Terre de Femmes" et des éditions Bruno Doucey

         

         

         

        À regarder passer le temps

         

         

        Ce poème a été publié (sans le titre) dans l’anthologie « Terre de Femmes », Éditions Bruno Doucey en 2010

         

         

         

        Je vois passer le temps

        Comme une traînée de chiens sans museaux

        Le temps c'est une meute de désespoirs

        Qui s'engueulent dans les volutes des printemps perdus

        Et qui s'enchevêtrent dans l'entrebâillement du vide

        Le temps c'est la connerie du présent

        Qui chantonne à double voix

        À l'opéra des myriades d'oiseaux

        Qui ont perdu leur nid

        Et qui s'enfoncent dans la profondeur

        Des jours sans vergogne

        Le temps c'est la lumière grisâtre

        Qui s'éteint quand l'âne braie

        Dans la prairie des insolences

        De l'espérance chavirée

        Avec son sac en bandoulière

        C'est un vieux chiffon qui moisit

        Dans la liqueur forte des passés lointains

        C'est le rouge-gorge qui dit merde à la nature

         

         

        ***

         

        © Crédit photo : illustration sans titre fournie par Maggy de Coster

         

         

         

        Ce poème est un extrait en avant-première de l'ouvrage inédit « Déclinaison du verbe »

         

        Partance

         

         

        C’est un lent adieu à la vie

        Une partance sur un long chemin

        Qui se déploie comme la laine

        À filer au jour le jour

        Avant le glas des saisons

         

         

        Ton monde s’effiloche

        Et les mots se raréfient

        Voici que le soleil déserte ton ciel

        laissant cafouiller tes idées

        et s’entrechoquer dans ton cerveau

        Combien d’années s’écouleront-elles encore

        Sur les paliers assombris de ton existence ?

         

        ***

         

        Pour citer ces poèmes

         


        Maggy de Coster (poèmes et illustration), « À regarder passer le temps » & « Partance », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/partance.html

         

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        Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
        14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 13:49

         

        Publication successive

         

        Lettre n°10

         

        Nous fêtons dans cette Lettre

        Le Printemps des Poètes au féminin

        & le festival Megalesia 2017

        jusqu'au 31 mars 2017  30 avril 2017

        Mise en ligne jusqu'au 14 mai compris

         

        Crédit photo : Allegoria dell'Inclinazione 1615-1616 (Allégorie de l'Inclination) par Artemisia Gentileschi, huile sur toile (152 cm x 61cm), domaine public, image trouvée sur Wikipédia (it) :  https://it.wikipedia.org/wiki/Allegoria_dell'Inclinazione

         

        ISSN numérique : 2116-1046

         

        Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

         

        diffusée en version électronique (apériodique) et en version imprimée (4 numéros par an)

         

        Le Pan poétique des muses ISSN Imprimé : 2492-0487

         

        Logodupan

        © www.pandesmuses.fr

        Comité de rédaction : Khris Anthelme, Camille Aubaude, Cyril Bontron, Laure Delaunay, Eric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, Nelly Taza & Françoise Urban-Menninger. Réalisation technique : Anna Perenna, Cyril Bontron. Contacts : contact@pandesmuses.fr & contact.revue@pandesmuses.fr

        Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteur-e est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, il est le/la seul-e responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

         

        Vos poèmes, nouvelles, contes, pensées, fragments,

        lettres, chroniques, traductions, articles,

        illustrations, entretiens, vidéos, etc.

        sont les bienvenus pour paraître dans cette Lettre

        jusqu'au 31 mars 30 avril selon nos possibilités

        pour fêter le Printemps des Poètes au féminin

        Thèmes privilégiés pour ce numéro :

        l'« Afrique », l'« amitié », l'« amour »,

        la « prostitution » & les « muses » (pour le festival Megalesia)

         

        Le Pan poétique des muses à Grenoble a suspendu ses publications

        pour un certain temps suite à une panne informatique grave

        (dès le 7 février 2017 puis en mars 2017)

        dans son siège social à Grenoble

        Nous ne serons donc pas en mesure de

        répondre rapidement et facilement à vos messages.

        Merci de votre compréhension !

        La journée du 8 avril à Grenoble a été aussi reportée à une date ultérieure

        pour plusieurs ennuis graves parmi lesquels cette panne

        un rédacteur partenaire nous a remplacé en ligne

        Mercredi 19 avril 2017 :  "Le Pan poétique des muses à Grenoble reprend progressivement ses publications numériques et imprimées selon la disponibilité de sa rédaction. Les deux prix internationaux de l'Académie Claudine de Tencin (poésie et essai) seront annoncés et distribués en juin prochain par voie postale. Une manifestation poétique pourrait avoir lieu entre août et novembre 2017"

        Mardi le 25 avril 2017 : "afin de remédier au retard accumulé dans notre agenda (à cause des ennuis informatiques évoqués ci-dessus), nous publions le sixième numéro en pages gratuites (accessibles en ligne au gré des jours) tout en procédant à sa publication en version imprimée payante (avant le 23 juin 2017). Un peu de patience s'il vous plaît, nous ferons tout pour honorer tous nos engagements éditoriaux dans les meilleurs délais."

        Poèmes, nouvelles, lettres, fragments, contes

         

        Huguette BertrandOn aura tout vu !  | L’ancêtre

        Nicolas Grenier : Mission Rosetta

        Luc-André Rey : Extraits de Palimpsestes

        Gérard Georges : Hier Demain Jamais (extrait)

        Daouda Keita Le vieux Baobab et le vieux Chêne (extraits)

        Vojka MilovanovicL’artiste & Le message

        Maggy de Coster : L’Afrique notre berceau commun

        Dina Sahyouni : Chair de mon esprit, Je ou le porté disparu  & Lettre à une passante

        Poésie & musique

        Nicole Coppey : Dis-moi... Te reverrai-je ? & Fleurs d'Amour

        Marie Mazaudou (poèmes, musiques, interprétation et réalisation par) : Chanson d'amour & Vivre et laisser vivre

         

        Muses au masculin (nouvelle rubrique)

        Mustapha Saha : Le penseur de Rodin

        Événements & manifestations avec des membres de notre équipe

        1er colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur "Les théoriciennes de la poésie"

        Pour le 8 avril 2017, "Journée internationale des femmes poètes", l'Académie Claudine de Tencin distribuera en juin par voie postale ses prix internationaux de la poésie et de l'essai  : http://www.pandesmuses.fr/2016/08/tencin.html


        28 AVRIL 2017 À 19H : Présentation de l'ouvrage dirigé par Maggy de Coster, « Fenêtre ouverte. Anthologie de poésie bilingue français-espagnol | "Ventana abierta. Antología de poesía bilingüe francés-español" » paru aux éditions Idem avec lecture des poèmes en français et en espagnol suivie d'une séance de dédicace à la Maison de L'Amérique latine, (http://mal217.org/fr/agenda/fenetre-ouverteventana-abierta)

         

        Notre choix de séries télévisées, films, d'émissions culturelles radio-phoniques et télévisées qui valorisent les femmes (disponibles en ligne)

         

        S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

         

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        Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
        14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 13:47

         

         

        N°6 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

         

         

         

        Charlie Hebdo

         

         

         

        Françoise Urban-Menninger

         

         

         

        © Crédit photo : Couverture du 10 mai 2017 du journal Charlie Hebdo,

        image prise et fournie par Françoise Urban-Menninger

         

         

         

        Charlie Hebdo

        aujourd'hui j'ai envie de te faire manger ton chapeau !

         

        Hier j'ai été Charlie

        aujourd'hui je te honnis…


         

        Tu as repris le mythe ridicule de la cougar

        qui fait de toi le dernier des couards


         

        Aussi j'appelle toutes les femmes

        à dénoncer ton dessin infâme


         

        qui signe ta pleutrerie

        et ton manque d'esprit


         

        J'ai cru naïvement que tu défendais la liberté

        mais ton dessin n'illustre que ta médiocrité


         

        Charlie Hebdo

        le propos est clos


         

        Je te tourne définitivement le dos !

         

        Poème inédit du 13 mai 2017

         

         

        ***

         

        Pour citer ce poème

         


        Françoise Urban-Menninger (poème et photographie), « Charlie Hebdo », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/charlie-hebdo.html

         

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        Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
        14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 10:32

         

        N°6 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

         

         

         

         

        Chna n Nabila (Djehnine)

         

         

        le chant de Nabila

         

         

        (Hommage à Nabila)

         

         

        Mhamed Hassani

         

         

        Ce poème extrait est reproduit avec l'aimable autorisation

        de l'auteur et des éditions SEFRABER

         

         

         

        © Crédit photo : Nabila Djehnine, image fournie par Mhamed Hassani

         

         

        Ce poème, écrit en hommage à Nabila Djehnine militante féministe assassinée par les terroristes intégristes en Kabylie Algérie en 1995, est extrait de Divagations (prosèmes) de Mhamed Hassani, édité chez les éditions SEFRABER en 2014.

         

         

        Chna n Nabila (Djehnine)

         


         

         

        A sefru ur sujedegh

        Amek ara a-t e arugh

        Mi d sawlen I mdukal

        Ad ddugh ad iligh

        Gar-asen ad inigh

        T’iyita ye qazen lbal

        Cna n Nabila chfigh

        Ye rza_yi ur shigh

        A menugh-is d a kemal


         

        Nabila g TOBER36

        Chfan-as I berdan

        Ete tt sughu af TILLELI

        Ur et’ugad I maafan

        S u debuz d cnawi

        I-d tt alin I zerfan !

         

        le chant de Nabila  (Hommage à Nabila)


         

         

        Poème improvisé

        Comment le transcrire

        À l’appel des camarades ?

        Parmi eux je serais

        Faut y aller et dire

        Ces coups qui réveillent les consciences !

        Du chant de Nabila je me souviens

        C’est mon chant je ne peux l’oublier

        Son combat est continu


         

        Nabila en Octobre

        Les rues s’en Souviennent

        Elle manifestait pour nos droits

        Sans crainte des char-ognards !

        À coups de poings et de chants

        S’arrachent les droits !


         


         

        Nabila g IBRIL

        Cfann-as I berdan

        Ete tt sughu af I zerfan

        Ur et’ugad I maafan

        S u debuz d cnawi

        Ay ghellin I fergan !


         

        Nabila n ussan a

        D kunwi i-d y’usan

        Te tt suqhum af tilleli

        Te tt suqhum af I zerfan

        Ur t’ugadem I maafan

        S u debuz d cnawi

        Ay fettin I zerfan


         

        Nabila g t’udert is

        D ta jedjigt ye sfeth’en

        Ee nqhan-tt I maafan

        T’ugra-d ta rgit is

        A-tt cenun I lemzîyen :


         

        S u debuz d cnawi

        I-d tt alin I zerfan

        S u debuz d cnawi

        I ee ghellin I fergan

        S u debuz d cnawi

        I fettin I zerfan !


         

        Nabila en avril

        Les rues s’en souviennent

        Elle manifestait pour les droits

        Sans crainte des char-ognards !

        À coup de poings et de chants

        Se rompent les barrières !


         

        Nabila d’aujourd’hui

        C’est vous qui êtes venus

        Manifester pour vos libertés

        Manifester pour vos droits

        Sans crainte des char-ognards !

        À coup de poings et de chants

        Se conjuguent nos droits


         

        Nabila en vie

        Fleur épanouie

        Les charognards l’ont tuée

        Il ne reste que son rêve

        Que nos jeunes chanteront


         

        À coups de poings et de chants

        S’arrachent les droits

        À coups de poings et de chants

        Se rompent les barrières

        À coups de poings et de chants

        Se conjuguent nos droits

         

        ***

         

        Pour citer ce poème

         


        Mhamed Hassani (poème et photographie), « Chna n Nabila (Djehnine), le chant de Nabila  (Hommage à Nabila) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 14 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/djehnine.html

         

         

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        Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
        12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 15:13

         

        Critique & réception

         

         

        Christophe Schaeffer

         

         

        aImer à quatre temps

         

         

        préface de Werner Lambersy, Éditions Librécrit,

         

        coll. « Hors collection », 2017, 82 p.

         

        Maggy de Coster

        Site personnel : www.maggydecoster.fr/

        Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

        Christophe Schaeffer, aImer à quatre temps, préface de Werner Lambersy, Éditions Librécrit, coll. « Hors collection », 2017, 82 p.

        © Crédit photo : couverture illustrée du recueil,

        image fournie par Maggy de Coster    


         

         

        Un long poème illustré par des figures très significatives de Julie Delarme. Une complainte amoureuse qui se décline en quatre temps comme les quatre saisons d’une épreuve annoncée. Sublime bonheur évaporé dans les larmes, la séparation, le remords et le couperet !

        Le poète cherche à « relever sa peine » et à la troquer contre un « mélo dit d’amour / pour aller mieux » car malade d’amour il est ce patient qui, assis au bord du vide, voit s’estomper le bonheur de vivre à deux :

         

        S’écoulent le long du fleuve triste

        Nos étreintes félines

         

        Cela n’est pas sans rappeler Lamartine qui, dans son « Isolement », à la suite de la perte de « sa » Julie, déclare : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Quand l’amour vous échappe il vous laisse un goût bien amer dans la bouche. Mais comment conjurer l’amer persistant d’un amour défunt ?

        « aImer » évoque la persistance du désir de désirer l’autre face à « la dureté d’être » et s’apparente à un drame qui se joue à huis clos quand affleurent les maux et que pleuvent à torrents des regrets. Et le poète de pousser un cri de désespoir qui résonne en ces termes :

         

        Comment sortir

        Du cercle des défunts amants

        À ne pas nous sentir vaincus

        Anéantis par le temps

         

        « Combien de soupirs je rendis ! » s’exclama Alphonse Allais, dans sa « Complainte amoureuse » ! Combien d’épreuves traversai-je ! Combien de déluges essuyai-je ! s’écrierait Christophe Schaeffer ! Aussi laisse-t-il soupirer son cœur endolori :

         

        Je sais que ce chemin jusqu’à la lune

        Est l’épreuve de soi

        Et bien que sans vaisseau ni fortune

        Un dos de buffle me contentera

         

        Étant celui qui aime « d’un amour sidéral », il lui est sans doute difficile d’apprendre à être quand l’être aimé se dérobe de son champ existentiel. Et le vide de s’emparer de son être comme un corps inanimé enseveli dans la brume des jours :

         

        Je suis ce trépas silencieux

        À la poursuite de ta nuit


         

        C’est un cœur qui souffre en silence et qui se perd dans un « délire d’amour » « Sous la mitraille des jours » quand :

         

        L’aube

        S’étire doucement

        À l’endroit du monde

        Où naissent tous les amants


         

        « aImer, en quatre temps », un recueil de poèmes à aimer et à lire jusqu’au bout. En qualité de philosophe Christophe Schaeffer nous entraîne sur la voie de « l’humaine condition » explorée par Socrate, Montaigne et Kant pour ne citer qu’eux. Aussi nourrit-il l’espoir d’« escalader l’humaine montagne ».

         


         

        Présentation de l'auteur

         

         

         

         

        Christophe Schaeffer est musicien, plasticien, docteur en philosophie (Thèse autour de l’œuvre de Lévinas) et est l’auteur une d’une douzaine d’ouvrages. Premier recueil de poésie publié en 1990 : Fecha (éd. Saint-Germain-des Prés). L’avant dernier (2015) : Traces D’hématome (éd. Librécrit, préfacé par Bernard Noël).

         

         

        Extrait du recueil choisi par la chroniqueuse Maggy de Coster

         

         

        Tourner l’astre

        Indéfiniment


         

        Inviter l’être

        Et le non-être


         

        À la porte des chemins

        Du jour et de la nuit


         

        Relever la peine


         

        Au centre des flammes

        En contre-plongée du cœur

        Le ciel s’élevant

        Au-dessus des voix


         

        Nous sommes le souffle Uni-

        Vers

        L’empreinte humaine

        de

        Soi

         

        ***

         

        Pour citer ce texte

         


        Maggy de Coster, « Christophe Schaeffer,, aImer à quatre temps, préface de Werner Lambersy, Éditions Librécrit, coll. « Hors collection », 2017, 82 p. », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 12 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/schaeffer.html

         

         

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        Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
        12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 10:15

         

        N°6 | Sourires & rires féministes

         

        Nouvelle rubrique dédiée aux

         

        poésies caricaturale, humoristique et satirique

         

         

         

        Toi en moi

         

         

         

        Laure Delaunay

         

        Site officiel : https://lauredelaunay.com/

         

         

        Illustration de

         

        Gordan Ćosić

         

        Toi en moi

         

        © Crédit photo : Gordan Ćosić, Rosa.

         

         

         

        Ton pied dans ma chaussette.

        Ton bras dans mon pull.

        Ta jambe dans mon pantalon.

        Ta boucle dans le trou de mes oreilles.

        Ton fil dans la perle de mon collier.

        Ton couteau dans mon fromage.

        Ton jambon dans mon sandwich.

        Ton clocher dans mon ciel.

        Tes oreilles dans mon bonnet.

        Ton cou dans mon écharpe.

        Ton parfum dans mon flacon.

        Ton eau dans ma bouteille.

        Ton vin dans mon verre.

        Ta main dans le fourreau de ma marionnette.

        Ton stylo sur mon papier.

        Ta lettre rêvée dans ma boite aux lettres.

        Ton livre sur ma table.

        Ton bébé dans mes bras.

        Ton histoire dans mes images.

        Ta vie dans ma tête, dans les moindres détails.

        Tes pensées dans mes pensées.

        Ton tympan dans ma cloche.

        Tes fleurs dans ma jardinière.

        Ton bus dans ma rue.

        Ton métro dans mon tunnel évidemment…

        Ton avion dans mon aéroport.

        Ton moteur dans ma voiture.

        Ton appareil électrique dans ma prise et ton ampoule dans ma lampe.

         

        Tes cheveux entre mes doigts.

        Tes yeux dans les miens.

        Ta langue dans ma bouche.

        Ton corps dans mon corps.

         

        Ton doigt dans mon anneau.

        Ton serment dans mon cœur.

        Ton théâtre dans mon théâtre.

        Ton pays dans mon pays.

        Tes lectures dans mes rêveries.

        Ta musique dans mon ordinateur.

         

         

         

        Ta chapelle dans mon livre d’art, mais pas n’importe laquelle. Une chapelle très précisément italienne.

         

        Un papier de toi accroché à mon mur (affiche, carte postale, quelque œuvre délicate, avec ou sans couleurs joyeuses, j’aime aussi le violet, le sombre, le vert bouteille, le gris, le bleu nuit, le bleu roi – n’oublie pas les étoiles – l’argenté, le velours – un papier, ça se touche avec délice, même si c’est un peu intouchable).

         

        Ta bible dans mon étagère. Mais pas n’importe laquelle. Un truc simplifié, pour enfants. Bayard Presse.

         

        Ton Coran dans mon étagère. Mais là, un truc très complexe et très poétique, qui parle des roses, du désert, de la nuit, du rythme du cœur et de rien d’autre.

         

        Tes pensées dans mes images. Pas toutes, mais les plus importantes. Celles qui sont cardinales. Après, on se débrouille.

         

        Mes pensées… légères ! Autonomes. Pas toutes. Celles qui sont cardinales (exemple, l’amour des enfants, la nécessité de préserver le plaisir à tous prix et la frugalité en matière de dépenses). Après, on se débrouille.

         

        On tisse, on tisse ensemble.

         

        Une bataille, un dialogue pour le choix des prénoms.

        C’est important le prénom. On le garde toute la vie. C’est important. Qu’on le garde ou que l’on ne le garde pas, en fait, on le garde. C’est important.

         

        Ton prénom dans mon poème.

        Mon prénom au bas de la lettre que je t’ai écrite. Initiale L.

         

        Tu sais « les cheveux de Laure étaient à l’aura sparsi »…

         

        Les vers de ton poète dans ma mémoire. Pas tous, non, quelques-uns. On ne les retient pas tous. Ça ne sert pas à grand-chose de les retenir tous. Ce qui compte, c’est vibrer. Après, il y a la mémoire de l’écrit. Ça existe ça. Ça s’enracine dans le corps. Au fond.

         

        L. comme Love aussi qui est tout ce dont on a besoin.

         

        À Laure.

        Alors.

         

        Alors tu es sûr ?

        Un peu de sexe aussi, juste pour se faire plaisir.

        Des draps propres.

        Des petites loupiotes.

        Un peu de vin.

        Un peu de poésie et peut-être même beaucoup. Mais pas trop. Juste ce qu’il faut. Pour se faire du bien.

        Quelques pensées bien construites. Mais pas trop. Ni pas assez. Juste ce qu’il faut.

        De la musique, oui. De la musique. La musique du jour, beaucoup. La musique de la nuit, un peu.

        Du temps, mais pas trop.

         

        Toute la douceur et toutes les hésitations de ta voix. Ton dos courbé et concentré.

        Et surtout, surtout, surtout, de la gentillesse et de la douceur. De la confiance.

         

        Une poésie claire.

         

        Aucune vulgarité.

         

        Tes bras. Le toucher comme électrique de tes mains dans mon dos. Un baiser dans le cou, tes mains autour de mon visage et ton regard qui sait se faire intense et qui sait se faire doux dans le mien qui a toujours toujours peur.

         

        Un baiser de moi dans ton cou, sentir ta peau, explorer ton corps avant toute chose.

         

        Ou est-ce que ta peau respire ou est-ce qu’elle parle, ou est-ce qu’elle se tait. La faire parler alors à cet endroit là où elle n’a pas encore tout dit.

         

        Et puis c’est à toi de faire parler la mienne, on a tout le temps.

         

        Un baiser sur les seins, un autre au creux secret des cuisses, là où c’est tout doux. De chaque côté puis au centre.

         

        Mais assez prononcés les mots… en vrai maintenant.

         

        Là, jeudi.

         

        Je suis assise à la place que tu auras précautionneusement choisie. À côté de toi, c’est romantique. Tu me demandes comment je vais. Je te dis « bien ». Tu as entendu. On fait semblant de lire le programme. Mais on le lit quand même tout en faisant semblant. Un contact de ton pied ou de ta jambe. Et puis des étudiants autour, c’est peut-être gênant pour toi. Je ne sais pas ça. Moi je leur fais confiance. Il y a un peu urgence tu sais. Ta jambe là tout contre la mienne. Pas trop. Et puis tu passes ta main autour de mes épaules. J’ai le cœur qui bat.

         

        Un peu moins d’intensité. Un peu plus de moins, un peu moins de plus. Quatre multiplications. Une soustraction. Oh, et puis non, les soustractions c’est trop compliqué. Une division. Une addition. Une à quoi tion. Heu…. Et gaule ? MC deux.

        Racine au carré. Corneille au trou. Molière au balcon. Pas cotisons. Enfin, si, un peu. Il fît un lancement participatif. Et je hululis, et je pulula, et je pilulu. C’est le petit peau de la re traite de Perette.

        Un nombre. Il. Premier. Soit douze fois. Multiplié par boite. Tiens. Dansons la karma yole. Vive le son. Un Kway.

        Bon, bon.

        ***

         

        Pour citer ce poème

         


        Laure Delaunay, « Toi en moi », illustration de Gordan Ćosić, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 12 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/toienmoi.html

         

         

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        Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
        12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 08:48

         

        Littérature de jeunesse

         

         

        Raymond rêve d'Anne Crausac

         

         

        ou du principe fondamental

         

         

        de la littérature de jeunesse expliqué aux parents

         

         

         

        Laure Delaunay 

         

        Site officiel : https://lauredelaunay.com/

         

         

         

        Nous sommes peut-être un peu loin de la poésie mais en plein cœur de ce qui la fait naître aussi.

        ***

         

        Raymond rêve d'Anne Crausac ou du principe fondamental de la littérature de jeunesse expliqué aux parents


         

        S'identifier à un personnage. Vivre un beau rêve qui marie les mots et les images. Développer une narration. Cultiver des sensations au contact de la personne qui lit. Découvrir un objet mystérieux et peut-être inquiétant. Ingrédients d'un livre de littérature de jeunesse. Ingrédients d'un livre tout court que la littérature de jeunesse condense pour s'adapter aux apprentis lecteurs. Car se faire lire un livre c'est déjà lire, l'autonomie en moins.

        Raymond rêve est une sorte d'épure de tout cela. Un précis de littérature.

        L'histoire est très simple : c'est le printemps, deux escargots se rencontrent, tombent amoureux et ont de nombreux petits escargots. L'un d'eux, Raymond, est inquiet face à la vie. Alors il se met à rêver, à se rêver, en de multiples facettes, en girafe, en cerise, en pomme d'amour, en éléphant, en loup, en fraise. La rêverie est à la fois logique et illogique, comme dans les vrais rêves. Et puis, il réalise. Après tout, ce n'est pas si mal d'être un escargot. On peut voyager. Et surtout, du jour où on est soi-même, on peut s'ouvrir à la rencontre de Juliette. L'album se clôt sur des arbres gros de fruits. C'est l'été.

        Parcours. Condensé de vie affective. Un tracé.

        Un programme presque. Qui dit qu'aimer c'est guérir, ou que pour aimer, il faut être guéri.

        Un contrefort pour éviter de s'oublier en route. Pour que l'adolescence soit sereine ou du moins pour en sortir un jour. Il faut se raconter des histoires pour se construire une identité propre. Il faut ne plus s'en raconter pour partir en voyage. Et s'offrir une chance de rencontrer l'âme sœur. Leçon simplissime de vie.

        Poésie, au sens grec d'une production de l'esprit, des adultes vers les enfants. Récit d'expérience.

        Éducation. Conduire hors de. Hors du monde des rêves.

        Est poétique ce qui nous ramène vers nous même. À pas de loup... à bave d'escargot...

        Bien sûr, l'escargot est la métaphore par excellence de la sexualité. Il est sans doute un peu tôt pour en parler. Mais affirmer qu'il lui faut de la douceur et un rien d'imagination est très certainement conforme à ce que le bébé a peut-être expérimenté déjà et à ce qu'il sera amené à refouler un peu plus tard.

        Ce livre accompagne à merveille me semble-t-il le deuxième âge de la vie correspondant à la maternelle car il rassure sur ce qui a été traversé avec les parents et médiatise les premiers temps de la socialisation tout en accompagnant les progrès cognitifs qui prendront corps en primaire, au moment des apprentissages fondamentaux. Cette parcelle d'enfance, à l'adolescence servira de repère. Et quoi de plus beau, une fois adulte, que de redécouvrir tout cela dans un livre à l'occasion d'une parentalité. Quoi de plus troublant. Mais quoi de plus lumineux.

        Le fond blanc des dessins graphiquement soignés raconte parfaitement l'émotion de cette découverte.


         

        J'ose trois conseils. Quatre ans, vers quatre ans, c'est l'âge auquel est refoulée la vie corporelle du bébé, en même temps que sont parfaitement assimilés les apprentissages basiques (la marche, la parole, la propreté). S'ouvre alors la socialisation et des questionnements sur papa et maman. Si un deuxième enfant naît dans ce moment, il convient d'être attentif au premier qui pourrait être perturbé d'avoir sous les yeux le témoin d'un âge qu'il cherche à dépasser. De même, autant que faire se peut, éviter de déménager entre la maternelle et la primaire, à l'âge précis du CP. L'enfant a alors besoin de stabilité affective. Il ne s'agit pas bien sûr de ne pas déménager s'il le faut. Mais d'accompagner ce changement qui pour l'enfant est source d'angoisse. Un livre, alors, auquel il pourra se raccrocher et surtout, beaucoup de verbalisation avec les parents. Ce n'est pas parce qu'un enfant donne tous les signes extérieurs d'une bonne adaptation qu'il ne vit pas intensément les choses. Intensément et peut-être mal, surtout si on ne verbalise pas. Et puis à l'adolescence ? Pas trop de curiosité mais une grande vigilance. Respecter l'intimité tout en étant très attentif et très cadrant. Veiller à ce que l'image que l'adolescent a de son corps soit positive. Cela passe par de toutes petites choses. Un certain confort. De l'intimité et aucune allusion directe à ce qui se passe en lui. Avoir ses règles ou une éjaculation pour la première fois n'a pas à être un événement familial. Cela se parle, dans les familles nombreuses, disons, dans celles où il y a une fratrie, dans le rapport aux parents (peu importe, absolument peu importe le sexe du parent à qui l'on en parle, c'est à l'enfant de choisir) ou aux personnes qui ont en charge son éducation. Pas devant les amis, pas devant les frères et sœurs, pas devant les copains de l'enfant.


         

        Effarée qu'il faille rappeler ces quelques vérités, je renvoie à l’œuvre de Françoise Dolto*, croyante fervente. Catholique. Douce. Et qui disait aussi, parce qu'elle se dévouait corps et âme (on raconte qu'entre deux consultations, elle courrait faire le tour du pâté de maison pour se libérer des émotions qui y était nées) que dans la vie elle n'était qu'une « pauvre femme ». Vérité absolue : les enfants savent mieux que nous ce qui leur fait du bien, il suffit de les écouter. Autre vérité absolue : super maman ou super papa n'existe pas. On est condamné à faire mille erreurs si 'on veut à tous prix être parfait.

        Pour s'amuser un instant, consultez aussi le « Guide du mauvais père », une bande dessinée humoristique destinée aux hommes et à leur peur ou le Guide du bébé** et tous les livres qui dédramatise la responsabilité parentale et en font une expérience plus qu'un métier. Un jeu, une aventure.

         

         

         

        * Pour revivre l'expérience de sa voix, est sorti un coffret complet de Lorsque l'enfant paraît aux éditions Frémeaux et associés.

        ** Et plus généralement, toutes œuvre de Goupil (Ma femme attend un enfant... moi aussi, Le livre d'or du mariage, Devenir le mari idéal, c'est possible, etc.)

         

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        Pour citer ce texte

         


        Laure Delaunay, « Raymond rêve d'Anne Crausac ou du principe fondamental de la littérature de jeunesse expliqué aux parents », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 12 mai 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/raymond-reve-anne-crausac.html

         

         

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        Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

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