23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 10:42

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Critique & réception

 

 

 

 

 

 

Firmaman​​​​ 

 

 

textes poétiques en prose de Jean-Paul Gavard-Perret. 

 

Ouvrage paru aux éditions Sans Escale

 

avec une couverture signée par Jacques Cauda

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

© ​​​​​Crédit photo : Couverture illustrée du recueil "Firmaman" par Jacques Cauda. 

 

 

 

Écrivain, critique d'art, auteur de très nombreux livres, Jean-Paul Gavard-Perret se complaît, comme il l'affirme dans une interview donnée au magazine Openeye, « dans la jouissance de tripatouiller les mots ». Le titre de son ouvrage « Firmaman » illustre d'emblée la déclaration de l'auteur qui se dit également « fasciné par les images ».

 

Il est fréquent de rencontrer dans les écrits des écoliers, invités à rédiger un texte dit « d'expression libre », le mot «  firmament » élevé au rang de « firmaman », celui de « marraine » transformé d'un coup de baguette de fée en « ma reine ». C'est dire qu'avec son « Firmaman », Jean-Paul Gavard-Perret renoue avec cette pensée magique inhérente à l'imaginaire que l'on attribue aux enfants.

 

Mais très vite, l'auteur, à l'instar de George Bataille dans « Mme Edwarda » transgresse les conventions, voire les interdits pour aborder les thèmes de l'amour maternel et de l'inceste. Comme chez Bataille l'obscène et le divin cohabitent et se conjuguent dans la chair crue des mots où « Amour et haine à l'aine » débordent la page blanche et sa marge, transcendant le texte par-delà les mots. On songe à cette phrase de Bataille à propos de Mme Edwarda « Ce livre a son secret, je dois le taire : il est plus loin que les mots ». Et Jean-Paul Gavard-Perret d'en prolonger le mystère dans son texte « Les Edwarda » où il écrit « On voulut me retirer la langue, je la tire » ou encore « Que les Edwarda du futur fassent partie de moi ».

Pour Lacan, la figure de la mère ne peut se saisir de manière univoque, elle est double. On distingue la mère du désir et celle de l'amour maternel que le film de Jean Eustache « La maman et la putain » illustre parfaitement et qui trouve son écho dans « Firmaman ». « Mère putain se balance nue dans la salle à manger », lit-on sous la plume de Jean-Paul Gavard-Perret…

 

Cette plume court sur la page, la soulève, la pénètre de ses saillies érotiques de telle sorte que le corps fantasmé de la mère finit par s'incarner dans le corps du texte !

Dès lors, l'écriture désinhibée « déchire le voile de la langue » pour reprendre une expression de Beckett que l'auteur affectionne puisqu'il lui a consacré une thèse et dans ce recueil un poème en prose où l'on peut lire « La bouche broie l'annonciation du temps ».

Mais loin de produire « une musique du silence » comme chez Beckett, Jean-Paul Gavard-Perret fait retentir et imploser les cymbales de lumière du désir et  de l'érotisme débridé libéré de tout refoulement où les images abondent et où « les mots font l'amour » selon l'assertion d'André Breton en 1924 dans « Les pas perdus ».

Mais si « les mots font l'amour », ils le font avec humour chez notre auteur, « Histoire d'O vive et d'Ovide » en est un exemple ! Les jeux de mots foisonnent, se culbutent, fascinent, interpellent, nous font jubiler : « Et ça promet encore des embrouilles de ne pas travailler le terre pour en tirer les vers du nez », « Mère Deux Nids », « Con Prenez », « Princesse de Clèves Coeur », « Verte Tige »…

Car chez l'auteur les mots et les images s'enchaînent bien évidemment « sans chaîne » ! La loufoquerie se met de la partie jusqu'à faire trépider et disjoncter le texte « Ses orgasmes commencent à avoir fière allure. Parfois elle m'attend dans le coffre de la voiture où je l'ai ligotée. Ses mots ont devancé mes actes ».

Ces poèmes en prose qui peuvent déranger certains lecteurs comme le signale la quatrième de couverture nous invitent à une gymnastique de l'esprit et à appréhender par le biais d'une écriture époustouflante à sonder les fantasmes

indicibles, voire parfois inaudibles qui travaillent notre inconscient car derrière le paraître, les mots ont partie liée avec le « parlêtre » cher à Lacan ou pour évoquer Freud, on peut affirmer que le « ça » se met à parler... Nul doute que c'est le « ça » qui « déchire le voile de la langue », car sous la trame du langage tissée par le couple oxymore Éros et Thanatos se trame le jeu (je) obscur du ça qui s'invite dans le corps organique, voire jouissif du texte.

 

 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit

 

 

Françoise Urban-Menninger, « Firmaman, textes poétiques en prose de Jean-Paul Gavard-Perret. Ouvrage paru aux éditions Sans Escale avec une couverture signée par Jacques Cauda », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 23 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/fum-firmaman

 

 

 

 

 

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 14:03

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Critique & réception | Biopoépolitique |  Voies/voix de la sororité 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Violence(s) 

 

 

de Paule Andrau, un livre choc qui 

 

 

paraîtra le 10 septembre aux

 

 

Éditions Maurice Nadeau

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Première de ouverture du livre, fournie par les éditions Maurice Nadeau. 

 

 

 

Agrégée de lettres classiques et professeure de chaire supérieure, Paule Andrau a longtemps enseigné la littérature avant d'écrire «  le temps venu » et de prêter sa voix à toutes les femmes qui sont entrées dans sa vie « – femmes du réel, des livres, de l'Histoire, des faits-divers, des films, des rêves – et qui n'en sont jamais ressorties ».

 

 

© Crédit photo : Image de Paule Andrau, fournie par la critique F. Urban-Menninger. 

 

 

 

 

Ces femmes ont toutes en commun leurs désillusions dans un monde fait par et pour les hommes. Dès la naissance, les femmes appartiennent « au peuple de la fente », ce qui leur vaut d'être de l'autre côté des mots, à savoir celui de l'indicible et de l'inaudible.

C'est justement cet « indicible » que Paule Andrau nous donne à entendre à travers des bribes de destins qui brisent le miroir des apparences et de la trop confortable bien-pensance.

Sans fausse pudeur, l'auteure aborde le tabou des « menstrues » et revient sur les années 50 ou 60 où les serviettes jetables n'existaient pas. Ces dernières en tissu, retenues par une ceinture, marquaient avec les saignements le passage obligé pour devenir une vraie femme avec tout ce que cela incombait et incombe encore aujourd'hui. Le mariage, les enfants, les relations sexuelles qui finissent par devenir « un devoir conjugal » quand la routine a remplacé le plaisir… Quant à celle qui a réussi, souvent elle cumule son emploi et les charges familiales et domestiques ! Arrivée à la cinquantaine, la femme usée se retrouve « pauvre, vieille et laide » alors que l'homme peut tout recommencer !

Ces femmes dont les destins se fondent dans celui d'une « matrice universelle » partagent une douleur ancestrale, intemporelle. Car que reste-t-il aux femmes qui ont tout donné ? À celles qui ont abandonné leur emploi pour se consacrer aux tâches ménagères, à leurs enfants, leur mari ? L'envie de partir et de tourner la page leur semble impossible.

Alors l'une d'entre elles sombre dans l'alcoolisme pour noyer sa désespérance, une autre tente de mettre fin à ses jours en traversant une verrière…

Une autre encore nous parle d'outre-tombe après avoir été violée et massacrée avec deux de ses amies par « deux brutes épaisses ». « Oui je suis morte mais je hurle » et plus loin « je hurle pour moi et pour elles, pour nous qu'on a retrouvées au bout de huit jours, mal enterrées dans un bunker de la côte abandonné aux sans-abris ».

Ce hurlement de l'au-delà, Paule Andrau nous le restitue à travers le sang des mots qui coule entre les lignes. Ce sang, c'est celui aussi de cette enfant de quinze ans violée quotidiennement par son employeur et qui finit par le tuer en provoquant un accident.

Ce sang, c'est celui encore de cette jeune Malienne qui découvre un jour qu'elle a été excisée « Mutilée, je suis mutilée, je suis une autre », crie-t-elle.

C'est aussi l'évocation du procès d'un père violeur au cours duquel la question lapidaire posée par l'avocate ne peut laisser le lecteur indemne, le livre refermé : « Que faire contre le sceptre turgescent du père ? »

 

Nul doute que Violence(s) de Paule Andrau est un livre-cri qui fulgure dans le silence encore et toujours assourdissant qui accompagne les violences faites aux femmes. Car même si l'on parle aujourd'hui de ce sujet trop longtemps tu, cela reste « un sujet » qui fluctue au fil de l'actualité, un fait-divers chassant l'autre, égrenant à l'infini la kyrielle des violences ordinaires infligées aux femmes car elles sont femmes !

 

Seule une femme pouvait écrire ce livre lumineux car c'est dans son propre corps que l'auteure a su écouter les voix de toutes ces femmes qu'elle porte en elle. Elle en a accouché sur la feuille blanche et s'est jointe à leur chœur en affirmant fièrement « Et c'est ça notre force, notre irréductible pouvoir de vivre : la conscience de porter en nous les origines de tout. La conscience d'être la vie ».

 

 

F. Urban-Menninger

 

 

 

Notice supplémentaire 

 

À l'heure où je viens de clore cet article, j'apprends que deux jeunes femmes viennent d'être assassinées par leurs compagnons, l'une a été poignardée, l'autre a succombé sous des coups de marteau….

Les commentaires sont inutiles si ce n'est le conseil réitéré de lire « Violence(s) » de Paule Andrau, un ouvrage majeur dans la compréhension de ce « continent sinistré » où les femmes n'ont plus de nom.



 

 

***

 

 

Pour citer cette critique 

 

Françoise Urban-Menninger, « Violence(s) de Paule Andrau, un livre choc qui paraîtra le 10 septembre aux Éditions Maurice Nadeau » texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 26 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/fum-livre-violences

 

 

 

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 15:10

​​

​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques

 

 

 

 ​​

 

 

 

Pied de lys

 

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo : Une fillettes chinoise aux pieds bandés, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

Le rêve de danser,

Devenir ballerine,

Marcher et courir,

S’est brisé,

 

 

 

Fillette de Chine,

Aux pieds de lys,

D’argent ou d’or,

Signe de beauté,

 

 

 

De tout petits pieds,

Cassés, 

Atrophiés,

De petits souliers,

 

 

Jour et nuit bandé,

Petit pied parfait,

Soumettre l’enfant

Dès l’âge de quatre ans,

 

 

Réservé au plaisir,

Souffrir le martyre,

Soumettre la femme

Au mari tout puissant,

 

 

Objet fétiche,

Douleur, 

Déformation,

Mutilation !

 

 

Pour citer ce poème

 

Corinne Delarmor, « Pied de lys », poème féministe inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 11 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/cd-pieddelys

 

 

 

 

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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 10:50

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Réflexions féministes sur l'actualité | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Non, tu ne parles pas à

 

 

une femme comme tu veux,

 

 

mon coco !

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

Crédit photo :  Chaiser renversée, image libre de droits & fournie par l'auteure​​​​​​. 

 

 

 

Voilà la réponse que l'on a envie de faire à Monsieur Jean-Yves de Chaisemartin…

Car entendre dire de la part de ce Monsieur à la Maire de Paimpol, Madame Fanny Chappé : « Oui, maîtresse, non maîtresse » ou « Je te parle comme je veux ma cocotte », on en tombe littéralement de sa chaise !

 

Que de chemin encore à parcourir pour éradiquer de tels propos sexistes que ce Monsieur affirme « assumer sur le fond » !

 

 

À lire aussi sur ce sujet : 

 

***

 

 

Pour citer ce texte féministe

 

Françoise Urban-Menninger, « », billet , Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 1er  mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/fum-parleraunefemme

 

 

 

 

 

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