24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 15:11

 

In memoriam | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

 

In memoriam.

 

Soutiens & amitiés à Nicole Coppey

 

& sa famille

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : "Tristesse" par  Tom Franz, image de Commons, domaine public. 

 

 

In memoriam

 

Nous apprenons avec une grande tristesse que l'artiste, poétesse et musicienne Nicole Coppey a perdu dernièrement sa mère et lui présentons nos sincères condoléances et amitiés.

 

Nous souhaitons le repos éternel pour la défunte et la force nécessaire à ses proches pour traverser sereinement cette pénible épreuve. 

 

Nous adressons à Nicole et ses proches nos soutiens et amitiés indéfectibles.

 

 

Équipes des périodiques de l'association SIÉFÉGP *

 

 

* Vous pouvez vous joindre à nous pour témoigner de votre sympathie à l'autrice par l'envoi d'un court message à notre rédaction qui l'affichera dans cette page avec votre nom.

 

 

***

 

Pour citer ce témoignage 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « In memoriam. Soutiens et amitiés à Nicole Coppey et sa famille », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : In memoriam, mis en ligne 24 novembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/inmemoriam/amities

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans S'indigner - soutenir - etc. In memoriam
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 09:16

 

​​

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

 

VOUS PRIE DE PRENDRE PART 

 

À SON

 

 

 

HOMMAGE POÉFÉMINISTE 

 

AU PROFESSEUR

 

SAMUEL PATY

 

 

Du 18 au 24octobre 2 novembre 2020 

 

 

 

Le Pan Poétique Des Muses, 

les périodiques et les membres de l'association

Société Internationale d’Études des Femmes et d’Études

de Genre en Poésie (SIÉFÉGP)

s'associent à l'hommage national rendu à Monsieur Paty

qui aura lieu le 21 octobre 2020. 

 

Nous adressons nos sincères pensées et condoléances aux

familles et proches de Monsieur Paty ainsi qu'à

ses élèves, collègues et au corps enseignant. 

 

Avertissement

Cet hommage posthume inclut désormais les trois victimes du terrorisme de la basilique de Nice.

Nous adressons nos sincères pensées et condoléances à leurs proches... !

 

 

 

Mise en ligne successive des participations choisies

jusqu'au 4 novembre 2020 compris.

Pour participer à cet hommage, veuillez transmettre votre

contribution à ​​​​​​contact.revue@pandesmuses.fr

 

Crédit photo : Ruban noir symbolisant le deuil, domaine public, Commons. 

 

Crédit photo : Eugène Delacroix, "La liberté guidant le peuple", domaine public, image Commons. ​​​

 

 

Sommaire

 

 

 

Éditorial 

 

​​​Dina Sahyouni, « ​Nous poétisons inlassablement ce monde en mal d'amour, voila notre réponse à l'intolérance »

 

 

Textes poétiques contemporains

 

​​​Françoise Urban-Menninger« Aujourd'hui j'ai mal à mon école », « "Dites à mes enfants que je les aime"», «​​​Ivres de ciel » 

 

​​​​Dina Sahyouni« ​​​​Cieux en bleu-blanc-rouge »

 

​​​​Mariem Garali Hadoussa« Qu'ont-ils fait de son souffle ? »

 

​​Didier Colpin« Hordes barbares... »

 

​​​Claude Luezior,​​​ « Djihad »

 

​​​Maggy de Coster« Sidération »

 

Yannick Resch« Lumière noire » 

 

​​​Sarah Mostrel«​​​ Colère »

​​​

Barbara Polla« Il me semble » 

 

 

Textes poétiques des siècles passés

 

Le Troubadour républicain« Complainte sur un horrible assassinat commis par un fanatique, qui a éventré sa femme enceinte, par l'instigation des mauvais prêtres, 1797 » 

 

Marceline Desbordes-Valmore, « À celles qui pleurent », « L'horloge arrêtée » & « Dors »

 

Hélène Swarth, « Un tombeau »

 

Jeanne Loiseau, « La mort des dieux »

Poète anonyme, « Le Fanatisme, Ode, Amsterdam, MDCCLXV (1765) »

​​​​​

 

Articles, pensées, réflexions lettres ouvertes & témoignages contemporains

 

​​Pascale Mathieu« ​​Hommage »

 

​​​Mario Portillo« ​​Aphorisme en hommage à Samuel Paty »

 

​​​Dina Sahyouni, « Que peut la poésie face à l'horreur ? »

 

 

Articles, pensées & réflexions des siècles passés

 

Olympe de Gouges, « Le bonheur primitif de l'homme, ou les rêveries patriotiques (extrait) » 

 

Germaine de Staël, « Du fanatisme politique » & « Du gouvernement appelé le règne de la terreur »

​​​​​​

 

Hommage organisé par 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

Réalisation technique 

David et Aude SIMON

Direction

Rédaction de la revue LPpdm

Contacter la rédaction :

contact@pandesmuses.fr,

contact.revue@pandesmuses.fr, ds@pandesmuses.fr 

Comité de rédaction : Khris Anthelme, Camille Aubaude, Cyril Bontron, Maggy de Coster, Laure Delaunay, Éric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, David Simon, Nelly Taza & Françoise Urban-Menninger. 

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteur-e est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, il est le/la seul-e responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

En poésie avec vous ! 

​​​​​

 

***

 

Pour citer cet hommage poéféministe

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Hommage international poéféministe au professeur Samuel Paty », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : « Hommage 2020 », mis en ligne le 18 octobre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/21octobre/hommage

 

 

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Le Pan Poétique des Muses (LPpdm)

 

Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

 

 diffusée en version électronique (apériodique) & en version imprimée suspendue suite à un cas de force majeure de 2018 à 2020, reprise de l'édition imprimée dès décembre 2020.

 

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

(4 numéros par an dont un Hors-série & un Numéro spécial)

La reprise de la parution imprimée se fera dès décembre 2020. 

 

ISSN imprimé : 2492-0487

 

ISSN imprimé Hors-série : 2554-8174

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Dernière mise à jour le 4 novembre 2020.

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Événements poétiques S'indigner - soutenir - etc.
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 07:49

 

Hommage poéféministe | Articles, pensées, réflexions lettres ouvertes & témoignages

 

 

 

 

 

Du fanatisme politique

 

 

​​​​​

 

​​

 

Germaine de Staël

 

Poème choisi, transcrit, remanié & mis en français moderne pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

​© ​​​​​​​​​​​​​​​​Crédit photo : "Début du chapitre", image capturée par la revue LPpdm.

 

 

 

Le texte reproduit ci-dessous provient des Œuvres complètes de Madame de Staël, tome XIII. Considérations sur les principaux événements de la Révolution Française, tome II, IIIème partie, publiées par son fils ; précédées d'une notice sur le caractère et les écrits de Mme de Staël, par Madame NECKER de SAUSSURE, Bruxelles, Louis Hauman, et Ce, Libraires, M DCCC XXX (1830), « Chapitre XV. Du fanatisme politique », pp. 75-79. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public. Les œuvres de Staël contiennent également des paragraphes épars et éparpillés partout sur plusieurs types du fanatisme.

 

 

 

    Les événements que nous avons rappelés jusqu'à présent ne sont que de l'histoire, dont l'exemple peut s'offrir ailleurs. Mais un abîme va s'ouvrir maintenant sous nos pas ; nous ne savons quelle route suivre dans un tel gouffre, et la pensée se précipite avec effroi de malheurs en malheurs, jusqu'à l'anéantissement de tout espoir et de toute consolation. Nous passerons, le plus rapidement qu'il nous sera possible, sur cette crise affreuse, dans laquelle aucun homme ne doit fixer l'attention, aucune circonstance ne saurait exciter l'intérêt : tout est semblable, bien qu'extraordinaire ; tout est monotone, bien qu'horrible ; et l'on serait presque honteux de soi-même, si l'on pouvait regarder ces atrocités grossières d'assez près pour les caractériser en détail. Examinons seulement le grand principe de ces monstrueux phénomènes, le fanatisme politique.

 

 

    Les passions mondaines ont toujours fait partie du fanatisme religieux ; et souvent, au contraire, la foi véritable à quelques idées abstraites alimente le fanatisme politique ; le mélange se trouve partout, mais c'est dans sa proportion que consistent le bien et le mal. L'ordre social est en lui-même un bizarre édifice ; on ne peut cependant le concevoir autrement qu'il n'est ; mais les concessions auxquelles il faut se résoudre, pour qu'il subsiste, tourmentent par la pitié les âmes élevées, satisfont la vanité de quelques-uns, et provoquent l'irritation et les désirs du grand-nombre. C'est à cet état de choses, plus ou moins prononcé, plus ou moins adouci par les mœurs et par les lumières, qu'il faut attribuer le fanatisme politique dont nous avons été témoins en France. Une sorte de fureur s'est emparée des pauvres en présence des riches, et les distinctions nobiliaires ajoutant à la jalousie qu'inspire la propriété, le peuple a été fier de sa multitude ; et tout ce qui fait la puissance et l'éclat de la minorité, ne lui a paru qu'une usurpation. Les germes de ce sentiment ont existé dans tous les temps ; mais on n'a senti trembler la société humaine dans ses fondements qu'à l'époque de la terreur en France : on ne doit point s'étonner si cet abominable fléau a laissé de profondes traces dans les esprits, et la seule réflexion qu'on puisse se permettre, et que le reste de cet ouvrage, j'espère confirmera, c'est que le remède aux passions populaires, n'est pas dans le despotisme, mais dans le règne de la loi.

 

 

    Le fanatisme religieux, présente un avenir indéfini qui exalte toutes les espérances de l'imagination ; mais les jouissances de la vie sont aussi sans bornes aux yeux de ceux qui ne les ont pas goûtées. Le vieux de la Montagne envoyait ses sujets à la mort, à force de leur accorder des délices sur cette terre, et l'on voit souvent les hommes s'exposer à mourir pour mieux vivre. D'autre part, la vanité s'exalte par la défense des supériorités qu'elle possède ; elle paraît moins coupable que les attaquants, parce qu'une idée de propriété s'attache même aux injustices, lorsqu'elles ont existé depuis longtemps. Néanmoins les deux éléments du fanatisme religieux et du fanatisme politique subsistent toujours : la volonté de dominer, dans ceux qui sont au haut de la roue, l'ardeur de la faire, tourner dans ceux qui sont en bas. Tel est le principe de toutes les violences : le prétexte change, la cause reste, et l'acharnement réciproque demeure le même. Les querelles des patriciens et des plébéiens, la guerre des esclaves, celle des paysans, celle qui dure encore entre les nobles et les bourgeois, toutes ont eu également pour origine la difficulté de maintenir la société humaine, sans désordre et sans injustice. Les hommes ne pourraient exister aujourd'hui ni séparés, ni réunis, si le respect de la loi ne s'établissait pas dans les têtes : tous les crimes naîtraient de la société même qui doit les prévenir. Le pouvoir abstrait des gouvernements représentatifs n'irrite en rien l'orgueil des hommes, et c'est par cette institution que doivent s'éteindre les flambeaux des furies. Ils se sont allumés dans un pays où tout était amour propre ; et l'amour propre irrité, chez le peuple, ne ressemble point à nos nuances fugitives ; c'est le besoin de donner la mort.

 

 

    Des massacres, non moins affreux que ceux de la terreur, ont été commis au nom de la religion ; la race humaine s'est épuisée pendant plusieurs siècles en efforts inutiles pour contraindre tous les hommes à la même croyance. Un tel but ne pouvait être atteint, et l'idée la plus simple, la tolérance, telle que Guillaume Penn l'a professée, a banni pour toujours du nord de l'Amérique le fanatisme dont le Midi a été l'affreux théâtre. Il en est de même du fanatisme politique : la liberté seule peut le calmer. Après un certain temps, quelques vérités ne seront plus contestées, et l'on parlera des vieilles institutions comme des anciens systèmes de physique, entièrement effacés par l'évidence des faits.

 

 

    Les différentes classes de la société n'ayant presque point eu de relations entre elles en France, leur antipathie mutuelle en était plus forte. Il n'est aucun homme, même le plus criminel, qu'on puisse détester quand on le connaît, comme on se le représente. L'orgueil mettait partout des barrières, et nulle part des limites. Dans aucun pays, les gentilshommes n'ont été aussi étrangers au reste de la nation ; ils ne touchaient à la seconde classe que pour la froisser. Ailleurs, une certaine bonhomie, des habitudes même plus vulgaires, confondent davantage les hommes, bien qu'ils soient légalement séparés ; mais l'élégance de la noblesse française accroissait l'envie qu'elle inspirait. Il était aussi difficile d'imiter ses manières que d'obtenir ses prérogatives. La même scène se répétait de rang en rang ; l'irritabilité d'une nation très vive portait chacun à la jalousie envers son vision, envers son supérieur, envers son maître ; et tous les individus, non contents de dominer, s'humiliaient les uns les autres. C'est en multipliant les rapports politiques entre les divers rangs, en leur donnant les moyens de se servir mutuellement qu'on peut apaiser dans le cœur la plus horrible des passions, la haine des mortels contre leurs semblables, l'aversion mutuelle des créatures dont les restes doivent tous reposer sous la même terre, et se ranimer en même temps au dernier jour.

 

 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Germaine de Staël, « Du fanatisme politique »,   texte extrait des Œuvres complètes de Madame de Staël, tome XIII. Considérations sur les principaux événements de la Révolution Française, tome II, IIIème partie (1830), choisi, transcrit, remanié et mis en français moderne par Dina Sahyouni Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesHommage poéféministe au professeur Samuel Patymis en ligne le 5 novembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/21octobre/stael-fanatismepolitique 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans S'indigner - soutenir - etc.
4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 16:10

 

Hommage poéféministe | Articles, pensées, réflexions lettres ouvertes & témoignages

 

 

 

 

 

Du gouvernement appelé

 

 

le règne de la terreur

 

 

​​​​​

 

​​

 

Germaine de Staël

 

Poème choisi, transcrit, remanié & mis en français moderne pour cette revue par Dina Sahyouni

 

 

 

Le texte reproduit ci-dessous provient des Œuvres complètes de Madame de Staël, tome XIII. Considérations sur les principaux événements de la Révolution Française, tome II, IIIème partie, publiées par son fils ; précédées d'une notice sur le caractère et les écrits de Mme de Staël, par Madame NECKER de SAUSSURE, Bruxelles, Louis Hauman, et Ce, Libraires, M DCCC XXX (1830), « Chapitre XVI. Du gouvernement appelé le règne de la terreur », pp. 79-85. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public.

 

 

 

    On ne sait comment approcher des quatorze mois qui ont suivi la proscription de la Gironde, le 31 mai 1793. Il semble qu'on descende, comme le Dante, de cercle en cercle, toujours plus bas dans les enfers. À l'acharnement contre les nobles et les prêtres on voit succéder l'irritation contre les propriétaires, puis contre les talents, puis contre contre la beauté même, enfin contre ce qui pouvait rester de grand et de généreux à la nature humaine. Les faits se confondent à cette époque, et l'on craint de ne pouvoir entrer dans une telle histoire, sans que l'imagination en conserve d'ineffaçables traces de sang. L'on est donc forcé de considérer philosophiquement des événements sur lesquels on épuiserait l'éloquence de l'indignation, sans jamais satisfaire le sentiment intérieur qu'ils font éprouver.

 

 

    Sans doute, en ôtant tout frein au peuple, on l'a mis en mesure de commettre tous les forfaits ; mais d'où vient que ce peuple était ainsi dépravé ? Le gouvernement dont on nous parle comme d'un objet de regrets, avaient eu le temps de former la nation qui s'est montrée si coupable. Les prêtres, dont l'enseignement, l'exemple et les richesses sont propres, nous dit-on, à faire tant de bien, avaient présidé à l'enfance de la génération qui s'est déchaînée contre eux. La classe soulevée en 1789 devait être accoutumée à ces privilèges de la noblesse féodale, si particulièrement agréables, nous assure-t-on, encore, à ceux sur lesquels ils doivent peser. D'où vient donc que tant de vices ont germé sous les institutions anciennes ? Et qu'on ne prétende pas que les autres nations de nos jours se fussent montrées de même, si une révolution y avait eu lieu. L'influence française a excité des insurrections en Hollande et en Suisse, et rien de pareil au jacobinisme ne s'y est manifesté. Pendant les quarante années de l'histoire d'Angleterre, qu'on peut assimiler à celle de France sous tant de rapports, il n'est de période de comparable aux quatorze mois de la terreur. Qu'en faut-il conclure ? Qu'aucun peuple n'avait été aussi malheureux depuis cent ans que le peuple français. Si les nègres à Saint-Domingue ont commis bien plus d'atrocités encore, c'est parce qu'ils avaient été plus opprimés.

 

 

    Il ne s'ensuit certes pas de ces réflexions, que les crimes méritent moins de haine ; mais, après plus de vingt années, il faut réunir à la vive indignation des contemporains, l'examen éclairé qui doit servir de guide dans l'avenir. Les querelles religieuses ont provoqué la révolution d'Angleterre ; l'amour de l'égalité, volcan souterrain de la France, agissait aussi sur la secte des puritains ; mais les Anglais alors étaient réellement religieux, et religieux protestants, ce qui rend à la fois austère et plus modéré. Quoique l'Angleterre, comme la France, se soit souillée par le meurtre de Charles 1er, et par le despotisme de Cromwell, le règne des jacobins est une affreuse singularité, dont il n'appartient qu'à la France de porter le poids dans l'histoire. Cependant on n'a point observé les troubles civiles en penseur, quand on ne sait pas que la réaction est égale à l'action. Les fureurs des révoltes donnent la mesure des vices des institutions ; et ce n'est pas au gouvernement qu'on veut avoir, mais à celui qu'on a eu longtemps, qu'il faut s'en prendre de l'état moral d'une nation. On dit aujourd'hui que les Français sont pervertis par la révolution. Et d'où venaient donc les penchants désordonnés qui se sont si violemment développés dans les premières années de la révolution, si ce n'est de cent ans de superstition et d'arbitraire ?

 

 

    Il semblait, en 1793, qu'il y eût plus de place pour des révolutions en France, lorsqu'on avait tout renversé, le trône, la noblesse, le clergé, et que le succès des armées devait faire espérer la paix avec l'Europe. Mais c'est précisément quand le danger est passé, que les tyrannies populaires s'établissent : tant qu'il y a des obstacles et des craintes, les plus mauvais hommes se modèrent ; quand ils ont triomphé, leurs passions contenues se montrent sans frein.

 

 

    Les girondins firent de vains efforts pour mettre en activité des lois quelconques, après la mort du roi; mais ils ne purent faire accepter aucune organisation sociale : l'instinct de la férocité les repoussait toutes. Hérault de Séchelles proposa une constitution scrupuleusement démocratique, l'assemblée l'adopta ; mais elle ordonna qu'elle fût suspendue jusqu'à la paix. Le parti jacobin voulait exercer le despotisme, et c'est bien à tort qu'on a qualifié d'anarchie ce gouvernement. Jamais une autorité plus forte n'a régné sur la France ; mais c'était une bizarre sorte de pouvoir ; décrivant du fanatisme populaire, il inspirait l'épouvante à ceux-mêmes qui commandaient en son nom ; car ils craignaient toujours d'être proscrits à leur tour par des hommes qui iraient plus loin qu'eux encore dans l'audace de la persécution. Le seul Marat vivait sans crainte dans ce temps ; car sa figure était si basse, ses sentiments si forcenés, ses opinions si sanguinaires, qu'il était sûr que personne ne pouvait se plonger plus avant que lui dans l'abîme des forfaits. Robespierre ne put atteindre lui-même à cette infernale sécurité.

 

 

    Les derniers hommes qui, dans ce temps, soient encore dignes d'occuper une place dans l'histoire, ce sont les girondins. Ils éprouvaient sans doute au fond du cœur un vif repentir des moyens qu'ils avaient employés pour renverser le trône ; et quand ces mêmes moyens furent dirigés contre eux, quand ils reconnurent leurs propres armes dans les blessures qu'ils recevaient, ils durent sans doute réfléchir à cette justice rapide des révolutions, qui concentre dans quelques instants les événements de plusieurs siècles.

 

 

    Les girondins combattaient chaque jour et à chaque heure avec une éloquence intrépide contre des discours aiguisés comme des poignards, et qui renfermaient la mort dans chaque phrase. Les filets meurtriers dont on enveloppait de toutes parts les proscrits, ne leur ôtaient en rien l'admirable présence d'esprit qui seule peut faire valoir les talents de l'orateur.

 

 

    M. de Condorcet, lorsqu'il fut mis hors la loi, écrivit sur la perfectibilité de l'esprit humain un livre qui contient sans doute des erreurs, mais dont le système général est inspiré par l'espoir du bonheur des hommes ; et il nourrissait cet espoir sous la hache des bourreaux, dans le moment même où sa propre destinée était perdue sans ressource. Vingt-deux des députés républicains furent traduits devant le tribunal révolutionnaire, et leur courage ne se démentit pas un instant. Quand la sentence de mort leur fut prononcée, l'un d'entre eux, Valazé, tomba du siège qu'il occupait ; un autre député, condamné comme lui, se trouvant à ses côtés, et croyant que son collègue avait peur, le releva rudement avec des reproches ; il le releva mort. Valazé venait de s'enfoncer un poignard dans le cœur, d'une main si ferme, qu'il ne respirait plus une seconde après s'être frappé. Telle est cependant l'inflexibilité de l'esprit de parti, que ces hommes qui défendaient tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens en France, ne pouvaient se flatter d'obtenir quelque intérêt par leurs efforts. Ils luttaient, ils succombaient, ils périssaient, sans que le bruit avant-coureur de l'avenir pût leur promettre quelque récompense. Les royalistes constitutionnels eux-mêmes étaient assez insensés pour désirer le triomphe des terroristes, afin d'être ainsi vengés des républicains. Vainement ils savaient que ces terroristes les proscrivaient, l'orgueil irrité l'emportait sur tout ; ils oubliaient, en se livrant ainsi à leurs ressentiments, la règle de conduite dont il ne faut jamais s'écarter en politique : c'est de se rallier toujours au parti le moins mauvais parmi ses adversaires, lors même que ce parti est encore loin de votre propre manière de voir.

 

 

    La disette des subsistances, l'abondance des assignats, et l'enthousiasme excité par la guerre, furent les trois grands ressorts dont le comité de salut public se servit, pour animer et dominer le peuple tout ensemble. Il l'effrayait, ou le payait, ou le faisait marcher aux frontières, selon qu'il lui convenait de s'en servir. L'un des députés à la convention disait : « Il faut continuer la guerre, afin que les convulsions de la liberté soient plus fortes. » On ne peut savoir si ces douze membres du comité de salut public avaient dans leur tête l'idée d'un gouvernement quelconque. Si l'on en excepte la conduite de la guerre, la direction des affaires n'était qu'un mélange de grossièreté et de férocité, dans lequel on ne peut découvrir aucun plan, hors celui de faire massacrer la moitié de la nation par l'autre. Car, il était si facile d'être considéré par les jacobins comme faisant partie de l'aristocratie proscrite, que la moitié des habitants de la France encourait le soupçon qui suffisait pour conduire à la mort.

 

 

    L'assassinat de la reine et de madame Élisabeth causa peut-être encore plus d'étonnement et d'horreur que l'attentat commis contre la personne du roi ; car on ne saurait attribuer à ces forfaits épouvantables d'autre but que l'effroi même qu'ils inspiraient. La condamnation de M. De Malesherbes, de Bailly, de Condorcet, de Lavoisier, décimait la France de sa gloire ; quatre-vingt personnes étaient immolées chaque jour, comme si le massacre de la Saint-Barthélemy dût se renouveler goutte à goutte. Une grande difficulté s'offrait à ce gouvernement, si l'on peut l'appeler ainsi ; c'est qu'il fallait à la fois se servir de tous les moyens de la civilisation pour faire la guerre, et de toute la violence de l'état sauvage pour exciter les passions. Le peuple et même les bourgeois n'étaient point atteints par les malheurs des classes élevées ; les habitants de Paris se promenaient dans les rues comme les Turcs pendant la peste, avec cette seule différence que les hommes obscurs pouvaient assez facilement se préserver du danger. En présence des supplices, les spectacles étaient remplis comme l'ordinaire ; on publiait des romans intitulés : Nouveau voyage sentimental, l'Amitié dangereuse, Ursule et Sophie, enfin toute la fadeur et toute la frivolité de la vie subsistaient à côté de ses plus sombres fureurs.

 

 

    Nous n'avons point tenté de dissimuler ce qu'il n'est pas au pouvoir des hommes d'effacer de leur souvenir ; mais nous nous hâtons, pour respirer plus à l'aise, de rappeler dans le chapitre suivant les vertus qui n'ont pas cessé d'honorer la France, même à l'époque la plus horrible de son histoire.

 

 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Germaine de Staël, « Du gouvernement appelé le règne de la terreur  »,   texte extrait des Œuvres complètes de Madame de Staël, tome XIII. Considérations sur les principaux événements de la Révolution Française, tome II, IIIème partie (1830), choisi, transcrit, remanié et mis en français moderne par Dina Sahyouni Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesHommage poéféministe au professeur Samuel Patymis en ligne le 4 novembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/21octobre/stael-gouvernementdelaterreur

 

 

 

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  • MAI 2021 | Déphasage
    Événements poétiques | Calendrier poéféministe contre le féminicide | Mai 2021 Déphasage Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes Poème reproduit de Maggy de Coster avec son aimable autorisation et celle de la maison d'édition Unicité Illustration...
  • Le petit pays qui n’aimait pas ceux qui l’aimaient
    Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 27 Le petit pays qui n’aimait pas ceux qui l’aimaient Nadine Adra Poème reproduit de Dr. Nadine ADRA avec son aimable autorisation Histoire poétique et philanthropique sur les explosions...
  • Les yeux parlent aux yeux
    N°9 | Sourires & rires féministes Les yeux parlent aux yeux Nsanzimana Avec tes gros trous dans les narines Tu ne peux manquer d’hémoglobines Ni de globules rouges et tes babines Injectent une profondeur féline À tes baisers tant doux que mirifiques Il...
  • Les yeux clos. Je respire
    Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 27 Les yeux clos. Je respire Sarah Fekonja Auteure, rédactrice Web, transcriptrice Sites officiels : www.sarahfekonja.com www.auteure.sarahfekonja.com Crédit photo : Design pour un livre,...