22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:22

 

 

Publication successive durant l'été 2017

 

 

Lettre n°11

 

 

 

Vive la poésie !

 

 

© Crédit photo : Cendrillon s'endort par Dina Sahyouni,

une partie de la photographie de 2009, collection privée.

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

 

diffusée en version électronique (apériodique)

 

et en version imprimée (4 numéros par an)

 

Le Pan poétique des muses ISSN Imprimé : 2492-0487

 

Logodupan

© www.pandesmuses.fr

 

Comité de rédaction : Khris Anthelme, Camille Aubaude, Cyril Bontron, Maggy de Coster, Laure Delaunay, Eric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, Nelly Taza & Françoise Urban-Menninger. Réalisation technique : Anna Perenna, Cyril Bontron. Contacts : contact@pandesmuses.fr & contact.revue@pandesmuses.fr

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteur-e est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, il est le/la seul-e responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

Vos poèmes, nouvelles, contes, pensées, fragments,

lettres, chroniques, traductions, articles,

illustrations, entretiens, vidéos, etc.

sont les bienvenus pour paraître dans cette Lettre

selon nos possibilités pour célébrer ensemble

la poésie et les poètes (femmes, hommes, etc.)

 

Sommaire


LPpdm

 

Bémols artistiques

Mustapha Saha

............................................

 

Entretiens artistiques

............................................

Articles

Maggy de Coster, « Quid de la poésie ? » , « Diana Morán : panaméenne, universitaire et poète de l'exil »

Mme de LAMBERT, « Portrait de Monsieur de La Motte par feue Madame la Marquise de Lambert »

Paul Tojean, « De Sappho à Annie Leclerc : « Le visage de l’amour » »

 

  • Avant-première : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture »

Maggy de Coster

Mustapha Saha, (texte et illustration)

Françoise Urban-Menninger

***

 

Critique & réception

 

Maggy de Coster

Camille Aubaude

Dina Sahyouni

 

Littérature de jeunesse

............................................

 

Revue des éditrices & éditeurs en poésie

 

Nelly Sanchez

LPpdm

SIÉFÉGP

    ............................................

     

    Poèmes, nouvelles, lettres, fragments, contes

     

    Huguette Bertrand

    Mustapha Saha

    Trouville en hiver
     

    ............................................

     

    Poésie & musique

    Nicole Coppey

     

     

    Muses au masculin

    Mustapha Saha

     

    Travestissements poétiques

    (Nouvelle rubrique créée par D. Sahyouni le 11 août 2017 pour célébrer les formes différentes du travestissement des poètes en poésie)

    François-Marie Robert-Dutertre

     

    Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

    (Nouvelle rubrique créée par D. Sahyouni le 14 septembre 2017 pour célébrer l'Orient et l'Afrique en poésie. Elle est ouverte aux poètes, artistes, universitaires et  élèves (hommes, femmes, autres). De nouvelles zones pourront voir le jour pour célébrer d'autres espaces culturels en poésie)

    Mustapha Saha (article & illustration)

      Sourires & rires féministes

      Dina Sahyouni

       

      Notre choix de séries télévisées, films, d'émissions culturelles radio-phoniques et télévisées qui valorisent les femmes (disponibles en ligne)

      Dans Le fin mot de l'info de Raphaël Enthoven, l'émission du 4 septembre 2017 intitulée « La représentation complète du clitoris dans un manuel scolaire est d’abord une victoire de la liberté » constitue un propos éloquent et philosophiquement féministe à podcaster/télécharger ici :  http://www.dailymotion.com/video/x5zj4yj ou http://www.europe1.fr/emissions/le-fin-mot-de-linfo

      ............................................

       

      Liens vers les actualités des actions en faveur des femmes

       

      Le colloque international pluridisciplinaire sur les violences conjugales de l'université de Strasbourg aura lieu les 17 et 18 novembre 2017.

       

      Appel à une journée internationale de lutte contre le féminicide : "[f]aisons du 3 août la Journée Internationale de Lutte contre les féminicides grâce à notre organisation commune ! Le 3 août 2017 [...]

       

      Gallica célèbre les femmes de lettres anglaises (Ann Radcliffe, Mary Shelley, Jane Austen et Charlotte Brontë) dans "une série de billets sur la littérature anglaise, des premiers romans gothiques jusqu’aux folles passions de l’époque victorienne" : http://gallica.bnf.fr/blog/recherche/?query=1595

       

       

      Œuvres reçues par LPpdm et classées (certaines d'entre elles) dans

      le Catalogue de la Bibliothèque Cybèle de la SIÉFÉGP

       

      ............................................
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      Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
      22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:19

       

       

      N°7 | Critique & réception

       

       

      Avant-première

       

       

      Michèle Finck

       

       

      Connaissance par les larmes

       

       

       

      Poèmes parus aux Éditions Arfuyen

       

       

       

      Françoise Urban-Menninger

       

      Blog officiel : L'heure du poème

       

       

       

       

      © Crédit photo : 1ère de couverture illustrée de Connaissance par les larmes"

       

      de Michèle Finck aux éditions Arfuyen, image fournie par F.Urban-Menninger

       

       

       

       

      Née à Mulhouse en 1960, Michèle Finck partage dès l’adolescence sa vie entre la littérature et le piano et bientôt entre la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, elle est professeure de littérature comparée à l’Université de Strasbourg où ses recherches visent à saisir les correspondances entre la poésie, la musique, la peinture, la danse et le cinéma. Connaissance par les larmes est son troisième ouvrage publié par les Éditions Arfuyen. D’emblée l’épigraphe de Marina Tsvétaïeva : « Ô Muse des larmes, la plus belle des Muses » nous invite à nous intéresser à cette sensibilité des pleurs qui renvoie à une culture monastico-érémétique proprement italienne, elle-même d’ empreinte grecque. Thème également central de la mystique cistercienne du XIIème siècle, les larmes témoignent de la quête de Dieu et ont partie liée avec le divin et le sacré.

       

      Michèle Finck est traversée par cette grâce qui éclaire chacun de ses poèmes et donne une visibilité à l’invisible. « Même / Si / Dieu / N’/ existe / Pas / Les / Larmes / Sont / La / Trace / De / Dieu / En / Nous », écrit-elle, chaque vers, réduit à un seul mot, étant une larme versée sur la page blanche. De la larme à la mer, le poème appréhende cette cosmicité qui, selon Bachelard, nous habite depuis l’enfance. Comme chez Rimbaud qui s’écrie « Je me suis baigné dans le Poème de la mer » dans son « Bateau ivre », Michèle Finck se fait « Nageuse-chamane », son corps de femme se transmute alors dans celui du poème où il devient « Utérus aquarelle-d’azur » et l’auteure d’atteindre les cimes céruléennes dans le magnifique poème intitulé « L’alphabet des vagues » où elle écrit « Nager comme pleurer/Rend/ Visible l’invisible ».

       

      Et de poursuivre tout au long de cet ouvrage la quête lancinante de l’origine en énonçant cette évidence claire et limpide : « La mer est l’utopie de toute musique, de toute poésie ». Mais si la mer nous permet d’appréhender l’origine, l’auteure précise que sa leçon de musique nous aide également à aborder les rivages de notre finitude. Un seul vers résume la magnificence de cette oraison qui loin d’être funèbre nous ouvre l’horizon : « La mer pour extrême onction ».

       

      La musique, les œuvres d’art, le cinéma tissent une trame lumineuse où les larmes en sont la lie et le liant intemporels, universels. Bach, Vivaldi, Brahms, Verdi mais aussi Picasso, Edward Munch, Louise Bourgeois, Jean Hans Arp, mais encore Rossellini, Béla Tarr, Tarkovski, Alain Resnais et bien d’autres passeurs d’âmes sont conviés à travers leurs œuvres à nous aider à percevoir « les larmes dans les fentes brûlées du temps ».

       

      Dans la partie du recueil baptisée : « Êtrécrire », Michèle Finck semble émerger d’un rêve éveillé, elle écrit : « L’art est un songe » et ajoute : « Ce qui reste : les larmes des mots ». Mais la poésie se cache derrière ou sous les larmes silencieuses car « Les / Larmes / Non / Pleurées / Sont / Celles / Qui / Font / Écrire » Le cri, indéniablement, traverse l’écrit de Michèle Finck. Tout à la fois Pénélope ou Philomèle, l’auteure est restée cette enfant qui ne parvenait pas à prononcer le mot « Littérature » et qui ne pouvait articuler que celui de « Luttérature », car déjà écrire, dire, relevait d’une lutte avec soi, avec les mots…

       

      Michèle Finck évoque un « Corps à corps / Avec les mots / Jusqu’à ce qu’ils se tordent »… Et de défier la mort par le mot : « Écrire / Encore / Morte » et d’ériger les barricades de la révolte et de la résistance en dédiant un poème à Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.

      Et d’achever son recueil à la fois brûlot et brûlure où « Le presque rien / est le presque tout » par cette « Neigécrire » où elle définit ainsi le « Poème / Ce / Qui / Neige / Quand / On / A / Tout / Brûlé » ou encore où elle affirme : « Celle / Qui / Neige / Même / En / Dormant / veille ». Les vers tels des flocons neigent sur la page blanche… « Celle qui neige » est « l’alchimiste des larmes » et de déclarer : « Celle / Qui / Neige/ Tient / Tête / Au / Néant ».

       

      Poète de la grâce, Michèle Finck nous octroie avec « Connaissance par les larmes » une lecture purificatrice qui embellit l’âme au sens où on l’entendait au Moyen Âge. Les vers de Michèle Finck sont autant de larmes « Du divin / Qui danse / Sur l’écume »… À nous de « Faire la planche [...] » en tentant de relier le ciel à la mer, en retissant les liens de l’homme au monde dans cette verticalité de l’être qui nous permet de renouer avec la cosmicité de notre enfance.

       

       

      Lien pour commander ce recueil 

       

      ***

       

      Pour citer ce texte

       

      Françoise Urban-Menninger, « Michèle Finck, Connaissance par les larmes. Poèmes parus aux Éditions Arfuyen », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 22 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/larmes-finck.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
      21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 11:21

       

      Premier colloque 2017                                                       

      Rubrique : "Colloques en ligne"

       

      I – Parcours poétiques à découvrir

       

       

       

       

      Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste

       

       

       

      Rédactrice : Maggy de Coster

      Site personnel : www.maggydecoster.fr/

      Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

       

       

       

       

      © Crédit photo :  Cecilia Mereiles, image fournie par M. de Coster.

       


       

      Cecília Mereiles naît à Rio de Janeiro le 7 novembre 1901 et meurt le 9 novembre 1964 d’un cancer à soixante-trois ans. Poète avant-gardiste, elle subit l’influence des symbolistes, des romantiques baroques et des parnassiens, et est considérée comme l’un des poètes lusophones les plus importants. Journaliste, elle tenait une chronique sur l’éducation et aussi sur ses voyages en Europe et en Asie. Tour à tour professeure de Littérature luso-brésilienne à lUniversité du District fédéral et de Littérature et culture brésilienne à lUniversité du Texas, conférencière, elle obtient en 1939 le Prix de poésie Olavo Bilac de lAcadémie brésilienne des lettres pour Viagem (Voyage). Suivront d’autres prix comme le Prix Machado de Assis en 1965 ainsi que d’autres distinctions.

       

      C’est en 1919 qu’elle entame sa carrière littéraire avec la publication d’un ensemble de sonnets publiés à dix-huit ans sous le tire de Spectrum. Pour elle, le rêve et la réalité sont indissociables et forment une combinaison harmonieuse. Ce qui caractérise le lyrisme de Cecília Meireles c’est la musicalité de ses vers, la contemplation dans la solitude, le silence et aussi la place faite à l’éphémère vu qu’elle a été marquée par la perte de ses parents (son père meurt trois mois avant sa naissance et sa mère alors qu’elle n’avait que trois ans) sans oublier le suicide de son premier mari, le peintre Fernando Correia Dias, et père de ses trois filles.

      Orpheline de père et mère, elle est élevée par sa grand-mère qui lui inculque l’amour d’autrui, aussi dit-elle, « La dignité, lélévation spirituelle de ma grand-mère a beaucoup influencé ma façon de considérer les gens et mon regard sur la vie ».

      Elle apparaît toujours souriante sur les photos, elle cultivait la joie de vivre. Elle est habitée par le sentiment douloureux de voir le monde s’engluer dans le mal, un mal qui ne lui pas inhérent et Selon elle la vie peut être réinventée et c’est ce qu’elle a tenté de faire par la poésie.

      Unanimement considérée par les critiques comme une figure incontournable du modernisme brésilien, elle a une bibliographie générale foisonnante qui compte une dizaine de recueils de poèmes. Mis en musique par le chanteur Fagner, ses textes sont des classiques de la littérature brésilienne qu’apprennent les écoliers, que déclament des amateurs de poésie ainsi que feu le célèbre acteur et comédien brésilien Paulo Autran.

      Passionnée par le sanskrit et le hindi, elle traduit de Rabindranath Tagore, ce qui lui valut le titre de Docteur honoris Causa de l’Université de Delhi. Elle traduit également les œuvres de Federico García Lorca, Virginia Woolf, Alexander Pushkin et Rainer Maria Rilke. Elle fonde en 1934, la première bibliothèque pour enfants à Rio de Janeiro. Depuis 1963 une école Primaire du quartier Cangaiba à São Paulo porte son nom. Évoluant en solitaire, sans se rattacher à un cénacle, elle ne rejette pas pour autant les attributs littéraires de la littérature brésilienne même si elle s’accorde une grande liberté dans le rythme et la forme.

      Selon lécrivain et poète Mario de Andrade (1893-1945), « le travail de Cecília Meireles est Un paramètre de qualité comme il en existe peu dans lhistoire de la littérature brésilienne. »

      En mars 2014, un hommage bien mérité lui a été rendu à Brasilia lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes Écrivains, présidée par Nazareth Thunoli, à laquelle nous avions été conviée.

      ***

      Les deux poèmes ci-dessous sont traduits et insérés ici pour illustrer notre propos. 

       

       

      © Crédit photo : image de la version originale du poème & de C. Mereiles, fournie par M. de Coster.

       

       

      "Versets I", in Cantiques, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER (NB. la version originale du poème est écrite en portugais) :

       

       

      Peu importe que tu n’aies pas de Patrie.

      Ne divise pas la Terre.

      Ne divise pas le Ciel.

      N’arrache pas à la mer des morceaux.

      N’abuse de rien.

      Élève-toi.

      Que toutes les choses soient tiennes.

      Que tu atteignes tous les horizons.

      Que ton regard fixant tout,

      Te mette dans tout,

      Comme Dieu.

       

      Cecília MEREILES

       

      ***

       

      © Crédit photo : C. Mereiles, organisatrice de la Rencontre Nazareth Thunoli et Maggy de Coster dans la Rencontre Internationale des Femmes écrivains au Brésil en mars 2014,  

      image fournie par M. de Coster.


       

       

      Ce poème "Guerre" est traduit en français par Maggy DE COSTER à partir de la traduction en espagnol fournie par l’organisatrice de la Rencontre Nazareth THUNOLI lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes écrivains à Brasilia en mars 2014 :

       

       

      Guerre

       

       

      Il y a tant de sang

      que les fleuves se détournent de leur rythme,

      l’océan délire et repousse son écume rouge.

      Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève,

      effroyable, errant en des endroits tranquilles,

      somnambule aux halos rouges,

      le feu de l’enfer dans ses cheveux.

      Il y a tant de morts que les visages eux-mêmes,

      côte à côte, ne se reconnaissent pas

      et les morceaux de corps sont là

      comme des épaves sans emploi.

      II y a tant de morts que les âmes seules

      formeraient des colonnes, ...

      et atteindraient les étoiles.

      Et les machines aux entrailles béantes,

      et les cadavres encore armés,

      et la terre avec des fleurs qui brûlent,

      et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,

      et cette mer folle pleine d’incendies

      et de naufrages,

      et la lune hallucinée de tout ce dont

      elle a témoigné,

      et vous et nous, indemnes,

      pleurant sur les photos,

      tout n’est qu’échafaudages –

      parmi les temps longs,

      rêvant d’architecture.

       

      Cecília MEREILES

       

      ***

       

      Pour citer ce texte

       

      Maggy de Coster (texte, traduction & images), « Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/cecilia-mereiles-avant-gardiste.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans colloques en ligne
      21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 09:31

       

      S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes

                                                       

       

       

       

      Mère nourricière, cesse tes colères

       

       

       

      Dina Sahyouni

       

       


      Crédit photo : Médaillon de Gaïa en Déesse mère Isis du IVe siècle, domaine public, image trouvée sur Wikipédia

       

       

       

      La terre tremble, le silence s'envole – tel l'oiseau pourchassé – des tumultes déchirent la terre, la mer, Gaïa tremble au Mexique, détruit les biens et les êtres, sa colère fait frissonner les humains.

      Terre chérie, tu charries des milliers de débris, enceinte de tes incessantes colères, tu nous terrorises pauvres créatures. Ô mère Gaïa, rendors-toi à nouveau, oublie-nous durant des années, des siècles.

      Mère nourricière, cesse tes colères, accorde-nous encore ta confiance et nous rebâtirons ensemble Mexico et les villes ravagées par toi, les ouragans, les cyclones et les typhons. Saint-Martin se relève à peine, Irma tourillonne au loin, mais Maria avale Jose et tourmente la Guadeloupe...

       

       

      Que faire de ces jours noirs

      où les humains semblent voués au désespoir ?

      remplis tantôt d'amertume des guerres,

      tantôt des désastres venus des mers

      aigris tantôt par leurs mesquineries

      affaiblis souvent par leurs furies

      Terre-mère, au-delà des mers, des océans

      et des caravanes des opprimé-e-s d'Orient

      rendors-toi encore, rendors-toi encore

      et nous reconstruirons ensemble des sorts

      meilleurs pour nos semblables honni-e-s

      aux quatre coins de cette planète bénie

      et garderons les tombes des victimes fleuries.*

       

       

      * Ce poème improvisé est un hommage aux 

      • victimes des catastrophes du mois de septembre 2017 (le tremblement de terre au Mexique, les ouragans et cyclones partout dans le monde)
      • opprimé-e-s et réfugié-e-s en Asie.

       

      Improvisation du 20 septembre 2017

       

      ***

       

      Pour citer ce poème


      Dina Sahyouni, « Mère nourricière, cesse tes colères », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/mere-coleres.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
      20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 09:56

       

       

      N°7 | Revue culturelle des Amériques

       

       

      Avant-première | Compte rendu artistique

       

       

      Nouvelle zone qui célèbre les Amériques en poésie

       

       

       

      Rencontre Buenos-Aires-Strasbourg

       

       

      à la galerie Art’Créenvol de Strasbourg

       

       

       

      Françoise Urban-Menninger

       

      Blog officiel : L'heure du poème

       

      Illustration par

       

      © Claude Menninger

       

       

      © Crédit photo : Claude Menninger, Gustavo Rios devant ses œuvres, Catherine Arnaud et son piano (au fond à gauche), Fabienne Arbogast avec ses toiles au milieu de la salle, septembre 2017

       

       

      Située au centre de Strasbourg, la galerie Art’Créenvol, dirigée depuis 2014 par Catherine Arnaud, organise de nombreuses expositions pour des artistes plasticiens les week-ends à Strasbourg. Une rencontre autour de l’abstraction géométrique réunit trois artistes dont Gustavo Rios venu tout spécialement de Buenos Aires.

       

      Catherine Arnaud, docteure en sciences de l’art de l’université poursuit son travail picturo-musical qui invite le regard à découvrir des abstractions lyriques sur un rouleau de papier perforé qui génère des sons musicaux lorsqu’on l’insère dans un piano mécanique. Invitée en 2003 à présenter ses recherches à l’Alliance française de Buenos Aires avec le peintre Gustavo Rios, elle a convié ce dernier à exposer à son tour dans sa galerie.

       

      Né à Buenos Aires, Gustavo Rios est professeur à l’université des Beaux Arts et travaille également au Ministère de la Culture en Argentine. Il a déjà exposé à Strasbourg il y a quelques années et y revient avec ses peintures en lien avec une perfection toute géométrique, une tendance très en vogue, développée au Rio de la Plata. Les triangles de couleur composent un patchwork parfait de lignes et de couleurs qui subjuguent et ravissent le regard en déclinant toute une série d’effets optiques.

       

      Fabienne Arbogast a été photographe chez Christies à Londres, elle est revenue en France où elle enseigne les arts plastiques. Elle soutient la galerie Art’Créenvol depuis sa fondation et tire également son inspiration de l’univers de l’abstraction géométrique. Ses totems en bois et ses toiles ont partie liée avec un jeu subtil avec la matière où l’ombre et la lumière se confrontent dans une indéniable maîtrise esthétique des couleurs et des formes.

       

      Les trois artistes réunis autour d’un même thème offrent au public une exposition exceptionnelle dans un très beau lieu où les œuvres magnifiées dialoguent entre elles, générant une musique silencieuse, poétique et intemporelle qui nous fait songer immanquablement à Kandinsky et à ses recherches synesthésiques autour des sons traduits par les couleurs.

      Lien vers cet événement

       

       

      Galerie Art’Créenvol

      2 rue du Mont-Blanc à Strasbourg

      artcreeenvol@gmail.com

      Tél : 0986220244

       

      ***

       

      Pour citer ce compte rendu

       

      Françoise Urban-Menninger, « Rencontre Buenos-Aires-Strasbourg à la galerie Art’Créenvol de Strasbourg », photographie par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 20 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/buenos-aires-strasbourg.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
      20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 08:29

       

      Annonce de parution

       

       

      Les éditions Pan des muses vous annoncent la parution de leur

       

      SEMAINIER DES MUSES (SDM)

       

      JOURNAL ANTHOLOGIQUE, FÉMINISTE,

       

      PARITAIRE, INTERNATIONAL & MULTILINGUE DE POÉSIE

       

      N° 12 | ÉTE 2017 dédié à la poésie de

       

      Carole CLOTIS

       

      Dix poèmes illustrés par Jean-Marie WUNDERLICH sur les

       

      Passages

       

       

      © Couverture du SDM n°12 illustrée par la photographie de Carole CLOTIS par Louise Verdier

       

      Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie

       

      Nouvelle formule : quatre numéros par an et parution en deux formats

       

      Carole CLOTIS est l’auteur de poèmes notamment publiés aux Éditions Pan des muses. L’un a été lu à Beaubourg et diffusé dans les Fictions de France Culture (juin 2016). Elle a aussi écrit dans les ateliers de François Bon, préfacé Pays Messin, de l’artiste Jean-Marie Wunderlich et travaille actuellement avec la plasticienne Poline Harbali.

       

      Jean-Marie WUNDERLICH est un homme, type européen, 1 m 76, yeux clairs l’hiver, 82 kilos, aime flâner. En résidence permanente à l’atelier Sainte Croix des Arts, à Metz, il sculpte, grave, dessine, écrit. Jean-Marie Wunderlich a récemment offert la sculpture « Natzweiler » au fort de Queuleu, publié Dina 93 et il réalise en ce moment une série de dessins, les Kindertotenlieder.


       

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      http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp

       

      © Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2017, 8 p., 3,50 € TTC (frais de port inclus pour 1 exemplaire en France ). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. ISSN : 2494-2901.

       


      Fiche technique


       

      © Image de couverture : Louise VERDIER, portrait de Carole CLOTIS, site : http://lou-photography.blogspot.fr/.

      © Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2016, 8 p., 3,50 € ISSN : 2494-2901. 

      Date de parution : 20 septembre 2017. Dépôt légal : annuel. Première édition en livret de 8 pages. Réédition en livre de poche prévue pour octobre 2017.

      Dimensions du livret déplié : 29,70 cm x 21 cm. Format : livret plié, pli roulé. Nombre de pages : 8 p. Reliure : livret agrafé. Langue : français. Impression en noir blanc, couverture imprimée sur papier bleu. Prix : 3,50 € (frais de port inclus pour 1 exemplaire en France métropolitaine). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. Prix du livret électronique (format PDF) livré par courriel : 2 €

       

       

      En souscription dès aujourd'hui et jusqu'au 30 septembre 2017

       

      Merci de réserver votre exemplaire en nous envoyant un courriel !

       

       

      ***

       

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      Abonnement en France métropolitaine de 4 numéros imprimés pour une personne physique : 14 € (frais de transport inclus en France métropolitaine) pour une personne morale : 24 € (frais de transport inclus en France métropolitaine)

      Abonnement pour le reste du monde de 4 numéros imprimés (hors frais de transport) : 20 € pour une personne physique & 30 € pour une personne morale. Merci de nous contacter.

      Abonnement de 4 numéros numériques (format PDF) livrés par courriel : 8 €  pour une personne physique & 14 € pour une personne morale

       

      Bon de commande du n° 12 du SDM


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      ***

      Pour citer cet avis de parution

      LPpdm, « Semainier des muses ; Carole CLOTIS, « Passages », N°12, ÉTÉ 2017 aux éditions Pan des muses, coll. Ops, 8 p., 3,50 € », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 20 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/12sdm

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      Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
      19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 07:32

       

      Premier colloque 2017                                                       

      Rubrique : "Colloques en ligne"

      I – Parcours poétiques à découvrir

       

       

       

      À propos de la poésie de Matilde Espinosa

       

       

      Rédactrice : Maggy de Coster

      Site personnel : www.maggydecoster.fr/

      Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

       

       

       

      © Crédit photo : Hommage à Matilde Espinosa. Assises, de gauche à droite :

      Clara Rojas, Maggy De Coster et Bella Clara Ventura, image fournie par Maggy de Coster.

       

       

       

       

       

      Quel bonheur de pouvoir traduire la poésie de Matilde Espinosa, cette grande poète avant-gardiste née le 25 mai 1911 à Huila, au bord du fleuve Páez, dans le département du Cauca en Colombie, qui a ouvert la voie de la liberté aux femmes colombiennes !

      J’ai été invitée à Bogota en Octobre 2010 par l’Ambassade de France en Colombie à représenter ce pays à la IXe rencontre Internationale des Écrivains (es) autour de Matilde Espinosa, à la demande de Bella Clara Ventura qui présidait l’événement, commémorant le deuxième anniversaire du décès de la poète. C’est à ce moment-là que j’ai découvert cette femme d’exception dans ses multiples facettes. J’ai été séduite par son engagement en tant que poète militante et aussi par sa personnalité et la portée de son œuvre.

      Sa poésie nous remue, elle résonne tantôt comme un appel en faveur de ses compatriotes martyrs tantôt comme un cri de douleur d’une mère aux entrailles déchirées. Matilde s’imprégna de la littérature française puisqu’elle vécut pendant quatre ans en France où naquirent ses deux fils.

      Donc, elle ne mérite pas moins d’être connue par les poètes français. Nous lui rendons un hommage posthume, en vulgarisant sa poésie dans la langue de Molière en réunissant quelques–uns de ses poèmes sous le titre de : Le métier à tisser des étoiles, (inédit en français).

      Puisse-t-elle se réjouir de notre travail, là où elle est en ce lieu de lumière !

      Je remercie Guiomar Cuesta Escobar, sa légatrice testamentaire qui m’a facilité ce travail en me fournissant les textes dont nous vous donnons à lire quelques-uns.

       

      ***

      Les poèmes ci-dessous sont reproduits avec l'aimable autorisation des maisons d'édition, des ayants droit et de la traductrice Maggy de Coster

       

       

       

      © Crédit photo : Matilde Espinosa, image fournie par Maggy de Coster.

       

       

      Extrait du recueil Le monde un une longue rue, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1976, pp. 27-27.

       

       

      Les enfants en exil

       

       

      Quelqu’un pense-t-il à nous ?

      à nos rêves,

      à notre vol raté

      et à cette marche

      sans savoir qui ou qui

      nous attendent ?

       

       

      Qui s’est arrêté

      quand on nous arrache du lit

      dans le frisson du petit matin

      alors qu’une forte voix

      nous pousse vers le seuil de la porte

      et un grand silence

      ferme la maison, nos vieux jouets

      demeurant au fond ?

       

       

      Il faut être légers pour le voyage.

      Et le coin (de jeu) dans les cours,

      et les amis du pâté de maison,

      les petits voisins se demanderont :

      Quel méchant vent les arracha

      en assombrissant les dernières étoiles ?

       

       

      Toutes les patries ont un ciel,

      un nom : le Vietnam, le Chili, la Colombie,

      et un paysage, un lieu

      qui nous paraît plus beau.

       

       

      Que deviendront nos choses,

      sans propriétaire connu ? Quelque chose que nous oublions :

      un cahier boueux, une affiche, un souvenir.

       

       

      On parle toujours des grands,

      de leurs peines, de leurs travaux, de traités

      que nous ne parvenons pas à comprendre,

      et nous, à qui nous plaignons-nous ?

       

       

      Nous ne nous demandons plus si

      les persécuteurs auront des enfants.

      Si les bandits auront des enfants.

      Peut-être leur diront-ils

      des mensonges ?

       

      Mais nous

      nous n’allons pas rester petits,

      nous grandirons

      et un jour nous foulerons l’herbe,

      l’herbe qui niera leurs corps

      pour que, la lumière, l’air,

      n’aient pas honte

      ni le ciel de la patrie

      qui commence à devenir chanson,

      notre chanson,

      comme le pain et la paix

      que nous cherchons pour le monde.

       

      Matilde ESPINOZA

       

      ***

       

      Extrait du recueil La Poésie de Matilde Espinosa, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1980, p. 131.

       

       

      L’enfant qui demeura aveugle

       

       

      Désormais tout sera pareil, nuages et papillons,

      et le monde aura perdu les joies d’un enfant

      qui fit des révolutions avec les oiseaux.

       

       

      Sous la paupière immobile se blottit la nuit.

      Désormais tout sera pareil.

      Jamais la lumière n’eut grande tristesse

      ni la couleur n’eut grande solitude.

       

       

      Et la fête des feuilles avec le vent

      se poursuit en naufrage

      ainsi que le peuple de comètes

      et les nids endormis ou défaits.

       

      Jamais la lumière n’eut grande tristesse

      ni la couleur n’eut grande solitude.

       

      Matilde ESPINOSA

      ***

       

      Extrait du recueil La Poésie de Matilde Espinosa, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditions Tercer Mundo, Bogota, 1980, pp. 211-212.

       

       

      De la sereine transparence

       

      Je repense à l’amour,

      non seulement pour toi, non seulement pour moi,

      mais pour l’étoile et son insistance,

      pour la pluie et son tintement

      et c’est pour regarder la porte ouverte.

       

       

      Dans la sereine transparente

      du mot qui s’en va

      il reste une rumeur d’un ancien fleuve

      où vécurent des poissons rouges

      qui dans la tiédeur de l’écume

      furent emportés par la mort.

       

       

      Comme à la fin des rêves

      le réveil est douloureux

      j’éteins la lumière de la fenêtre

      et je vois passer tous les visages

      dans l’ivresse des silences.

       

       

      Non seulement pour toi, non seulement pour moi,

      mais pour l’étoile et pour sa fuite,

      pour l’ombre passagère,

      pour le fleuve et son courant

      et pour la pluie qui ne cesse pas,

      qui ne cesse pas de tomber.

       

      Matilde ESPINOZA

      ***

       

      Extrait du recueil : Les héros perdus, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Trilce Éditeurs, 1994, p. 73.

       

       

      Le nuage blanc

       

       

      À la mémoire de mon fils, Fernand Martínez Espinosa

       

      Un jour et un autre jour

      sans toi mon fils.

      Et les silences

      et le pourquoi sans sens

      et savoir seulement

      qu’il y avait un assaut dans mon chemin.

       

       

      Pourquoi m’as-tu précédé

      le pas, finalement mon fils,

      peut-être tu ignorais que cette douleur

      n’a pas d’égal

      ne s’exprime ni par les mots.

       

       

      C’est la plus solitaire de toutes les douleurs

      et l’écho de ses pleurs

      traverse les siècles

      comme des frissons anciens et nouveaux.

       

      La solitude accoucheuse de la mort

      devait t’éteindre les paupières remplies de soleils

      et de cieux vagabonds.

      Elle a dû te fermer les pupilles

      qui me cherchent

      dans ce labyrinthe où je berce

      ton ombre.

       

       

      Dans le nuage le plus blanc

      je te rends à l’enfance

      et t’attends.

       

      Matilde ESPINOZA

       

      ***

       

      Extrait du recueil La crue des fleuves, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Antares, 1955, pp. 51-52.

       

       

      À Paul Éluard

       

      (Au cimetière du Père-Lachaise, Paris, 1953)

       

       

      Tu es si jeune en ce monde

      que ta mort n’est que le début

      de ta verte récolte.

      On t’entend respirer sous l’herbe

      que ton cœur défend, comme une autre peau.

       

      Ta langue universelle était le courant

      qui transportait ta lutte sous les drapeaux,

      et nous voyions ta tête illuminée

      de rossignols et de bocages rouges.

       

      À travers ton espérance et tes veines hardies

      circulaient les hymnes et les forges,

      dans l’enceinte bleue de tes mots,

      les fronts se joignaient

      en un vol espacé de colombes.

       

      Tu règnes de profil dans les ombres,

      en recueillant le silence de la nuit

      qui fixe dans tes pupilles

      la splendeur infinie de ton étoile.

       

      J’entends monter à travers chaque tige tendre

      le flux implacable de ton sang,

      et je te vois comme tu étais, haut et grand,

      parmi les enfants des quartiers pauvres.

       

      Le territoire de l’amour te couvre,

      la Liberté marche avec ton nom,

      et dans tes yeux ouverts

      la Paix veille sur ton aspiration profonde.

       

      Je viens d’un pays où les arbres

      précipitent leur origine

      dans les rêves de l’homme,

      et je t’apporte un message :

      une poignée de terre,

      une poignée d’amour

      pour ta couche verte.

       

      Matilde ESPINOZA

       

       

      ***

       

      Extrait du recueil Dehors, les étoiles, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER, Bogota, Éditorial Guadalupe, 1961, pp. 5-6.

       

       

      Dehors, les étoiles

       

       

      Dehors, les étoiles, les statues dénudées,

      les chiens errants, l’ombre de la lune.

      Dedans, l’amertume, l’esclavage, les meubles,

      Une table dressée et beaucoup de faim dans l’âme.

       

      Dehors, la beauté, l’honnêteté des arbres,

      les mains de la terre, la douceur de l’air.

      Dedans, le mensonge, comme une lampe aveugle,

      tendresse contenue sans se donner aux mots.

       

      Dehors, l’espérance, les pauvres avec leur froid,

      la liberté de l’eau, les pierres et la rosée.

      Dedans, l’agonie, conque peureuse

      qui pulvérise l’essence des choses.

       

      Dehors, tout est joie qu’ exultent les prairies,

      la gloire des vents, les amours des pâtres.

      Dedans, la mesure squelettique et vaine

      qui verse dans le vin une larme gelée.

       

      Dehors, le cloches, les nuages, les horloges

      montent avec les heures inaugurer les tours.

      Dedans, la nostalgie des temps inutiles

      ignore la bataille de celui qui sème les roses.

       

      Dehors, tout le monde, les mers, les navires,

      les bras des hommes grands comme des forêts.

      Dedans, tout est ombre qui mutile les rêves,

      mort qui tombe les yeux ouverts.

       

      Matilde ESPINOSA

      ***

       

      Bibliographie de Matilde ESPINOSA

       

       

      La poésie de Matilde Espinosa s’est déclarée en 1954 et parmi ses livres on peut citer :

      Les crues des fleuves (Bogota, Antares, 1955)

      Pour tous les silences (Bogota, Éditions Minerva, 1958)

      Dehors, les étoiles (Bogota, Éditions Guadalupe, 1961)

      Le vent passe, (1970)

      Le monde est une longue rue (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1976)

      La poésie de Matilde Espinosa (sélection) (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1980)

      Mémoire du vent (Bogota, Éditions Tercer Mundo, 1987)

      Saison inconnue (1990)

      Les héros perdus (Bogota, Trilce Éditeurs, 1994)

      Des signaux dans l’ombre (Bogota, Arango Éditeurs, 1996)

      Le mur de l’ombre (1997)

      La ville entre dans la nuit (Bogota, Trilce Éditeurs, 2001)

      La Terre obscure (Bogota, Arango Éditeurs, 2003)

      Un jour parmi tant d’autres (Bogota, Beaumont Éditeurs, 2006)

      (NDLR : Ces titres sont les traductions des titres originaux en espagnol).

       

      ***

       

      Pour citer ce texte

       

      Maggy de Coster (texte, traduction & images), « À propos de la poésie de Matilde Espinosa », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 19 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/poesie-matilde-espinosa.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans colloques en ligne
      17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 15:37

       

      Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

       

       

       

      Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

       

       

       

      Edgar Morin, une pensée faite monde

       

       

       

      Mustapha Saha

       

      Reportage photographique par

       

      © Élisabeth et Mustapha Saha

       

       

      Contexte

       

       

      Le Maroc célèbre Edgar Morin à Paris avec un hommage vibrant de l’Ambassadeur Chakib Benmoussa. En présence des deux amis proches et complices philosophiques, les sociologues Alain Touraine et Mustapha Saha.

      Mustapha Saha rend public, à cette occasion, son texte « Edgar Morin, une pensée faite monde » dont un large extrait ci-dessous.

      Reportage photographique :  © Elisabeth et Mustapha Saha. Avec :

      Edgar Morin (sociologue, philosophe)

      Son Excellence Chakib Benmoussa, Ambassadeur du Royaume du Maroc en France

      Alain Touraine (sociologue),

      Mohamed Mourabiti (artiste peintre),

      Mustapha Saha (sociologue, poète, artiste peintre).

      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde

      © Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

       

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      Edgar Morin, une pensée faite monde

       

       

      À quatre-vingt-seize ans, Edgar Morin donne au monde une leçon perpétuelle de jeunesse d’esprit. Une pensée en continuelle immersion dans les complexités labyrinthiques de la raison humaine. Une pensée faite monde. Socrate est parmi nous. Sa voie, Edgar Morin l’a trouvée depuis longtemps, vivre poétiquement, chaque journée, comme une vie entière, la construire comme une œuvre d’art, fournir au cerveau du bon grain à moudre pour l’empêcher de s’empêtrer dans la vase des choses. Sa ligne de conduite, dans son long parcours existentiel, s’inspire du paradoxe lumineux de Blaise Pascal, « la raison prend sa source dans le cœur ». Il n’est donc question pour lui ni d’exclure la raison ni d’admettre que la raison. La voie se trouve probablement dans cet entre-deux étroit, entre science sans conscience et conscience sans science, dans cette fibre sensible qui fait l’humaine humanité.

       

      La présentation du numéro spécial des Cahiers de l’Herne, consacré à Edgar Morin de son vivant, a réuni de nouveau, au milieu d’un quartet d’intellectuels, dandys fatigués de la surexposition médiatique, Edgar Morin et Alain Touraine, fringants nonagénaires, dinosaures de l’agora sociologique, rescapés miraculeux de la glaciation culturelle, combattants indéfectibles de la pensée sociale, adversaires irréductibles de tous les scientismes, monstres sacrés de la critique radicale, incorrigibles empêcheurs de tourner en rond, indémontables guetteurs de l’imprévisible. Le temps des querelles vivifiantes, des controverses revigorantes, des confrontations stimulantes, paraît bel et bien révolu. Ne demeurent que polémiques stérilisantes, platitudes arrogantes et coups d’épée dans l’eau.

       

      Edgar Morin, attentif aux entendus et sous-entendus de ses glorificateurs, console son ennui d’imperturbable bienveillance. Quand le vacarme l’assourdit, Sénèque murmure à son oreille. Il s’installe résolument dans l’économie symbolique du temps pour vivre intensément l’instant présent. Malgré les innombrables sollicitations protocolaires, il se soustrait, le plus possible, à l’abstraction du temps morcelé pour baigner dans le temps naturel, cette durée sans commencement ni fin conceptualisée par Henri Bergson, qui s’accordéonise selon sa propre musique, qui n’a d’autre substance que la volupté d’être. Il ne sert à rien de courir de plus en plus vite pour aller nulle part, sinon à la catastrophe. Blaise Pascal nous le rappelle « Nous errons dans les temps qui ne sont pas les nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient ».

       

      L’accélération du temps métronomise le vertige de la mondialisation. L’interconnexion décisionnelle au sommet, à l’échelle planétaire, broie impitoyablement la dimension humaine, absorbe et digère toutes les productions, toutes les inventions, toutes les créations, ne laisse d’autre alternative à la servitude volontaire que l’exclusion sociale. La mondialisation compressive est chronophage par définition. Elle vampirise implacablement le temps de la contemplation, de la méditation, de la réflexion. Elle récuse le droit à la paresse fécondateur de maturation créative. Elle désintègre la conscience de soi, dissoute dans le mépris sans visage, dans les contrôles électroniques, dans les ordres signalétiques, dans les puces indétectables, qui gangrènent, comme des tumeurs, la vie quotidienne. La mondialisation ultralibérale étouffe la pensée critique dans l’œuf. Les monopoles financiers aux commandes et la technocratie gouvernante à leur solde ignorent eux-mêmes la direction prise par le monde. Ils fonctionnent avec les théories obsolètes et les concepts archaïques hérités du dix-neuvième siècle, passés à la moulinette des statistiques descriptives et des variables aléatoires. L’ordre géométrique triomphant dissèque le réel et ne reconstitue que du virtuel. Foin de l’analyse qualitative !

       

      Seule l’accumulation des données compte. La culture occidentale s’ankylose, depuis des siècles, dans le rationalisme castrateur, s’obstine à imposer son universalisme en modèle civilisationnel indépassable. Depuis le XVIème siècle, l’Occident se prévaut d’une avance scientifique irrattrapable, alibi idéologique de sa fuite en avant dominatrice, de son complexe de supériorité patho-historique. Avec la Révolution numérique, tous les continents, tous les peuples, toutes les localités repartent à pied d’égalité. Je rappelle à mes vieux complices philosophiques que j’ai forgé le concept de diversalisme pour liquider, définitivement, l’héritage colonial. Toutes les cultures du monde, du passé, du présent, du futur, se valent et s’équivalent dès lors qu’elles ne sont pas instrumentalisées comme armes de destruction et comme véhicules d’infériorisation.

       

      La Révolution numérique dépouille le pouvoir, tous les pouvoirs, de leur levier principal, le monopole de l’information, instaure une société transversale en réseaux où le centre se décentre à l’infini, où les périphéries proches et éloignées deviennent instantanément, en temps réel, des centres de focalisation planétaire en fonction des scoops qu’elles propulsent, où l’événement se déclenche, sans préavis, n’importe où, n’importe quand, où l’inattendu se niche dans les indénombrables ordinateurs domestiques. Le flux perpétuel de l’information engloutit ses manipulateurs. La marée communicationnelle avale impitoyablement les désinformateurs. La conscience individuelle interagit désormais, sans intermédiaires institutionnels, avec la conscience planétaire dans son immense diversité, dans une fermentation chaotique propice à toutes les imprévisibles.

       

      Le concept d’alter-mondialisme, aspiration profonde à une autre configuration des rapports planétaires, entre civilisations, entre cultures, entre personnes, au-delà de ses multiples récupérations, tresse, dans le tâtonnement expérimental, des passerelles parallèles. Le succès grandissant des produits biologiques, après les dévastations pathogènes des additifs chimiques, remet progressivement la nature-mère au centre des préoccupations humaines. Les énergies renouvelables, solaires, éoliennes, hydrauliques, géothermiques, le développement durable et l’économie circulaire, s’imposent, peu à peu, comme palliatifs pérennes aux combustibles destructeurs. Les entreprises citoyennes, les coopératives, les mutuelles, le commerce équitable, édifient progressivement une économie interactive, sans grossistes, sans distributeurs, sans spéculateurs. L’actualisation des architectures traditionnelles résout des problèmes insolubles pour les technologies sophistiquées et inopérantes des industries monopolistiques du bâtiment. Les niches écologiques se multiplient dans les interstices du bétonnage ravageur.

       
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde

      © Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

       

       

      Edgar Morin ne s’est jamais embarrassé des prévenances idéologiques. Il se dit atteint d’incurable dissidence. Les distinctions, les décorations, les gratifications, génératrices d’émotions agréables, protègent socialement son âme rebelle. Il est d’autant plus éthiquement juif qu’il a toujours défendu la cause palestinienne. Il invoque, dans un soupir, la Thessalonique de ses origines, terre d’asile de ses ancêtres andalous. Il cultive sa citoyenneté du monde dans sa marocanité adoptive. Quand il convoque son alter ego disparu, Cornelius Castoriadis, en parlant laconiquement du vide de la pensée, il pense d’abord aux acolytes de circonstance. La course à l’audience participe décisivement au décervelage de masse. La technocratisation de la société va de pair avec sa déculturation. L’appauvrissement intellectuel se conjugue à la prolifération des pathologies mentales. L’addiction aux neuroleptiques compense dangereusement la perte de repères, l’absence de sens à l’existence. La spécialisation à outrance atomise la connaissance, pulvérise la pensée, génère, dans tous domaines, des générations de techniciens ignorantistes.

       

      La recherche universitaire n’échappe pas au confinement. Les techno-sciences, qui s’en alimentent, broient l’humain au profit de l’efficience. La compréhension du monde bute sur le cloisonnement disciplinaire et l’atomisation programmée. L’intrépide humaniste ne cherche pas des solutions, tôt ou tard fossilisées en systèmes, juste des voix de passage, avec l’amour, la poésie et la sagesse comme emblèmes, vers les contrées inexplorées du savoir et du bien-vivre. En élaborant la Charte de la Transdisciplinarité avec Lima de Freitas et Basarab Nicolescu, Edgar Morin pense une nouvelle éthique qui contrebalance les grands risques encourus par le genre humain et son environnement en sortant de l’ombre leurs pendants d’espérance. Cette Charte remet à l’ordre du jour une approche dialectique de la réalité dans sa complexité synergique. L’intégrité morale et physique du vivant est inaliénable. Toute tentative de dissoudre l’humain dans une structure formelle, de l’abstraire comme unité statistique inerte, de le soumettre à des manipulations génétiques monstrueuses, de le transformer en cybernanthrope sans âme, est un crime inexpiable contre l’humanité. La connaissance tenant compte de la variété de la nature et de la diversité du vivant est forcément complexe et globale. L’enfermer dans une logique unique, dans une interprétation monolithique relève de l’obscurantisme.

       

      La dignité humaine ne se réduit pas à sa dimension existentielle, sociale, matérielle, passagère, elle s’inscrit dans l’anamnésie théorisée par Platon deux mille cinq cents ans en amont. Chaque humain est un éclat de l’univers, il porte en lui la mémoire génétique et intellectuelle de l’humanité entière depuis les origines. La terre tout entière appartient à chaque vivant par le seul fait que chaque être est porteur de son feu sacré. Dès lors, la transdisciplinarité se propose d’articuler les domaines artificiellement séparés du savoir pour susciter une compréhension à la fois panoramique et multidimensionnelle de la nature et de la réalité, une compréhension qui restitue à l’humain son bien le plus précieux, sa dignité. En ce sens, l’interdisciplinarité peut se définir comme une intelligence connective. L’intelligence, du latin « intellegere », ne signifie-t-elle pas, étymologiquement, « relier plusieurs lectures » ? L’intelligence n’est-elle pas cette faculté proprement humaine de comprendre le sens et la substance des choses en déchiffrant, au-delà de leurs apparences, les liens organiques qui les animent ? Chaque discipline est traversée par des courants sémantiques, sémiologiques, éthiques, voire mythologiques, qui la dépassent. Il n’est pas de science qui ne soit en même temps allégorique.

       

      La théorie des correspondances de Charles Baudelaire, inspirée de Platon, déclinée dans son poème « Les Correspondances », résume avec justesse ces interactions mystérieuses. Les correspondances verticales tissent des communications secrètes entre le visible et l’invisible, cet invisible visiteur des artistes et des poètes, qui les arrache à l’espace-temps, les plonge dans des sensations célestes incommensurables et les met en état de transe. Paul Klee ne distingue-il pas les artistes par leur don de rendre visible l’invisible ? Les correspondances horizontales réunifient sans cesse le monde, au-delà de ses turbulences, ses désordres, ses violences. Les crises, qui meurtrissent le monde, ne sont-elles pas des résidus lointains du chaos originel dont il est né  ? « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » quand l’âme s’élève suffisamment haut pour capter leur symphonie. La fusion de la subjectivité et de l’objectivité se matérialise dans l’œuvre d’art. L’art et la poésie ne germinent et fleurissent que dans l’imaginaire fertile et l’intuition créative. La seule légitimité des artistes, des poètes, des penseurs, sera leur œuvre dévolue à l’humanité, leur seul juge la postérité à l’aune de leur legs à l’humanité. Mai 68 n’a existé que par sa créativité. Les enfants de mai rêvaient de l’imagination au pouvoir sans savoir que leur rêve était aporétique. Le pouvoir et l’imagination sont et seront irréductiblement antinomiques.

       
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde
      Edgar Morin, une pensée faite monde

      © Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

       

       

      Alain Touraine rappelle sa réfutation permanente des théories systémiques, réduisant les individus à des unités comptables, son aversion des logiques statistiques sans âme, des méthodologies technocratiques déshumanisantes. Face aux machines robotisantes, vulgarisées par le technicisme conquérant, il a toujours développé une sociologie des acteurs, exploré les dynamiques transformatrices des mouvements sociaux, scruter les évasures de la libération. Il s’attache particulièrement à l’utilité de la sociologie, ses théorisations devant naître des pratiques réelles et leur donner sens en retour, avec le souci constant de transformer les consommateurs passifs en sujets actifs dans un monde déboussolé, qui a perdu ses ressorts d’espérance. Le retour du sujet, dans le marasme économique et l’ankylose politique, est, depuis longtemps, son exaltant cheval de bataille. Il n’est d’épanouissement social que dans la synergie des singularités. Alain Touraine fait du concept de subjectivation son étendard, autrement dit l’affirmation de soi comme être libre, responsable et créateur. Je me ressource à cette évocation dans Mai 68.

       

      Les idées singulières doivent descendre dans la rue. L’action citoyenne n’a d’autre moteur pour impacter le devenir commun que l’interactivité créative à la base, sur le terrain, hors sentiers battus, par l’apport créatif de chacun. La singularité ne se réalise pleinement que dans la liquidation définitive de la sacralité du pouvoir. Pendant des siècles, seuls les artistes, les poètes, les saltimbanques accédaient à cette liberté d’être sous masque d’amuseurs du roi ou sous guenille de gueux. L’expression de minorité agissante, galvaudée par le pouvoir pour dévaloriser les agitateurs indisciplinables, désigne justement ces groupuscules, sommes de singularités sans entraves, délivrées des chaînes de la productivité, de la rentabilité, de la compétitivité, capables, par leur créativité et leur imaginaire en action, de s’investir dans l’intérêt général et de déclencher des lames de fond dévastatrices de l’ordre établi. Leur déviance, comme le dit justement Edgar Morin, dès lors qu’elle rencontre une attente collective, se mue en tendance pour devenir une force historique. Ainsi se réalise l’improbable qui, au moment où tout semble perdu, sauve l’humain du désastre annoncé.

       

      Alain Touraine étudie, dès leur émergence, les mouvements étudiants, les activismes féministes, les bouillonnements incontrôlables, façonneurs d’un autre rapport au monde. Il se proclame membre à part entière du cénacle frondeur d’Edgar Morin, Paul Lefort et CorneIius Castoriadis. Il a tôt pressenti, sous les soubresauts des crises répétitives, l’agonie du vieux monde industriel et la gestation, dans la parole et le sang, d’une société nouvelle, en Amérique latine et ailleurs. Il salue la revanche historique de la dialectique hégélienne sur le positivisme kantien. Le souvenir du père spirituel, Georges Friedmann, hante toujours autant la mémoire des deux patriarches. La condition humaine est leur passion conceptuelle, la politique leur terrain de jeu analytique. Correspondance de leurs destinées conjugales, frappées par la disparition de leurs épouses-muses. Amoureux éternels de l’irremplaçable, ils sont, tous les deux, repartis, au tournant de l’âge, après abattement mortifère, pour une autre vie sentimentale. Quand souffle la tempête, leur donquichottisme, fièrement assumé, leur sert de radeau de sauvetage.

       

      L’emprise absolue des pouvoirs écrasants des finances et des médias formatent, d’avance, les besoins, façonnent les opinions, réduisent méthodiquement les marges de liberté. Je pense à mon ami Jean Baudrillard, toujours incompris post-mortem. Le pouvoir pour le pouvoir anéantit subrepticement les droits fondamentaux de l’être humain, neutralise anticipativement ses velléités de révolte, anesthésie sournoisement son exigence vitale de dignité. L’embrigadement brutal des totalitarismes massifs a laissé place aux circuits tentaculaires de contrôle et de surveillance. Dans « la société bureaucratique de consommation dirigée » selon la formulation d’Henri Lefebvre, son cours magistral à Nanterre germinateur de la révolte étudiante, le social est partout évacué au profit de la manipulation politique. Je revis nos discussions interminables avec Henri Lefebvre dans son appartement Rue Rambuteau, nos promenades rituelles jusqu’à la Place des Vosges où la nostalgie de son époque surréaliste, avant d’être vampirisé par le stalinisme, le transfigurait ? Le poète ressurgissait par magie sous la stature du professeur vénéré.

       

      Je souligne qu’aujourd’hui, plus qu’hier, le citoyen opprimé lui-même, est sommé, pour se faire entendre, d’intégrer un réseau lobbyiste sous peine de disparaître comme sujet. L’urbanisation technocratique de la planète dénie le droit à la ville jusque dans l’architecture. Le citadin, téléguidé dans des passages obligés, se métamorphose en spectre urbain. Des forces obscures, cependant, forment sourdement, solidairement, inventivement, des galeries souterraines d’émancipation dans les quartiers populaires. La transversalité sape, dans ses fondements, la prépotence pyramidale. Mai 68, chassé par la grande porte, revient par l’issue de secours. Mai 68, objet politique non identifiable, artefact historique non élucidable, s’invoque pieusement comme un paradigme utopique, une lanterne mythique, un sémaphore symbolique. Alain Touraine cite Mai 68 ; La Brèche (éditions Fayard, 1968), ouvrage écrit dans le vif de la Révolution ludique par Edgar Morin, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Il omet volontairement d’évoquer, élégance intellectuelle oblige, son propre livre du même cru Le mouvement de mai ou le communisme utopique (éditions du Seuil, 1968). Visions empathiques de mandarins engagés ne saisissant de la conscience estudiantine révoltée que sa pellicule politique. Et pourtant, sous folklore ouvriériste, il n’eut que la soif de liberté, rien de plus, rien de moins. Au premier rang de l’auditorium, je me revois à l’époque, vêtu de noir comme aujourd’hui, cofondateur du Mouvement du 22 mars à la faculté de Nanterre, animateur romantique du temps des barricades, rêveur impénitent de rivages inaccessibles, calfeutré dans une distanciation de bonne aloi, souriant de la récupération académique et de l’émotion sincère des doctes nostalgiques. Je me contente d’objecter, pendant le dîner, quelques apophtegmes amphigouriques. Mai 68, perceur de traverses transgressives, fécondateur d’idées intempestives, porteur d’intemporalité poétique, féconde toujours l’avenir, au-delà des mutations éprouvantes. Le virus politique empêche la pensée de prendre son envol philosophique. La société transversale creuse, irréversiblement, ses cheminements invisibles. Les concepts de pouvoir et de politique sont définitivement obsolètes. Il n’est de salut que par l’art et la poésie.

       

      La soirée se prolonge dans l’ambiance exotique et feutrée du restaurant marocain L’Atlas, boulevard Saint-Germain. Une douzaines de convives, triés sur le volet par la direction des Cahiers de l’Herne, puissance invitante, couvent Edgar Morin et Alain Touraine de leur affectueuse présence. Les cellériers lobbyistes de l’événement restent à la porte. Le pouvoir sans pouvoir puise sa raison d’exister dans les secrets d’alcôve. Les deux philosophes partagent bonnes anecdotes et tajines d’agneau embaumés d’effluves orientaux. Edgar Morin entonne à voix chaude des chansons classiques des années folles. La sociologue marocaine et complice épouse, Sabah Abouessalam-Morin, savoure en silence la déclaration d’amour.

      © MS*

       

      * Mustapha Saha, sociologue, poète, artiste peintre, cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de Mai 68.

       

      Sociologie, poésie, féminisme & Mai 68

       

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      Pour citer ce texte

       

      Mustapha Saha, « Edgar Morin, une pensée faite monde », reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Hors-série 2017, mis en ligne le 17 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/edgar-morin.html

       

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      Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
      15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 15:57

       

       

      N°7 | Bémols artistiques

      Avant-première

       

       

       

      Jennifer Bush : une artiste de la Lumière *

       

       

       

      Sylvain Josserand

       

      Blog : http://sylvainjosserand.blogspot.fr

       

       

       

       

       

      Jennifer Bush, alias JYM, est une peintre et une dessinatrice contemporaine anglaise et allemande née à Munich. Elle est diplômée du Camberwell Collège of Arts, l'un des six collèges prestigieux que constitue l'université des arts de Londres.

       

      J'ai eu l'immense privilège de l'avoir comme professeur à l'école de préparation au diplôme de formateur en art plastique « Terre et feu » à Paris. Son geste en dessin est fort, vigoureux exprimant en quelques traits judicieusement agencés sur la feuille l'expression d'un corps. Femmes couchés et alanguies sans pour autant que l'on sente la domination d'un regard. Portraits suggérant des personnalités affirmées avec une part de vide existentiel. Des yeux pleins du questionnement sur notre propre finitude ?

       

       

      Le dessin du nu

       

       

      © Crédit photo : toile 1 de Jennifer Bush.

       

       

      Les lignes dans ce nu traduisent bien le langage que je cherche entre maîtrise et lâcher-prise, de transcrire un moment de passage, de mouvement, dans les formes éternelles. Le modèle a pris une pose touchante. Je commence un dessin cherchant une correspondance par rapport à l'autre, cherchant des tensions à peine visibles sur la peau. Le fusain glisse sur le papier entre caresse et une énergie existentielle. Des copies j'ai fais après Raphaël m'ont beaucoup appris sur les lignes harmonieux qui se répondent. Le fusain permet de faire des marques très différentes, lignes dansantes, lignes lourdes, ombre ou lumière.

      Jennifer Bush

       

       

      En aquarelle, elle peint avec de la Lumière, s'inspirant de paysages simples et bucoliques sans pour autant les copier. Une forme de transcendance de la Nature avec ses zones d'ombres et de clarté : de la création à l'état pur !

       

       

      Aquarelle

       

       

       

      © Crédit photo : toile 2 de Jennifer Bush.

       

       

      J'étais contente de cette aquarelle comme captant la lumière sur les rochers solides a permis le jeux entre l'éphémère et la continuité, la fluidité et la rigidité de la forme sous-jacente. Le côté plus épuré, abstrait me plaît. Pas tout dire, laisser place à la rêverie, les rochers de plage peuvent devenir des cimes sous la neige.....

      Jennifer Bush

       

       

      Ses œuvres à l'huile complètent cette recherche incessante de la Lumière, comme si tout ne se résumait qu'à scruter avec son pinceau les effets de l'étincelle des origines. Veut-elle nous signifier, qu'en tant que poussières d'étoiles, nous sommes partis de ce Grand tout mystérieux et indéfinissable ? Et qu'il convient de s'en accommoder malgré nous. Que l'intensité de sa couleur est plus forte que nos petites vanités humaines ? Une peinture à regarder avec les yeux du cœur pour mieux connaître sa propre nature.

       

       

      Huile

       

       

      © Crédit photo : toile 3 de Jennifer Bush.

       

      J'ai choisi celle-ci pour l'atmosphère. Des taches de couleur qui deviennent des notes d'une chanson sur une baie avant la pluie.

      Jennifer Bush

       

       

      ***

       

       

      * En illustrations : trois productions de Jennifer Bush avec les commentaires de l’artiste en italique. Site de l’artiste : www.jym-art.com

       

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      Pour citer ce bémol

       

      Sylvain Josserand, « Jennifer Bush : une artiste de la Lumière », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 15 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/jennifer-bush.html

       

       

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      Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
      14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 11:17

       

      Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

       

       

       

      Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

       

       

       

      Regard sémiotique sur la peinture

       

       

       

      intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

       

       

       

      Mustapha Saha

       

       

       

      © Crédit photo : Portrait d’Ahmed Cherkaoui par Mustapha Saha,

      peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm.

       

       

       

      Contexte

       

      Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain programme une exposition rétrospective pour décembre 2017, en hommage à Ahmed Cherkaoui à l’occasion du cinquantenaire anniversaire de son éclipse de ce monde. Je consacre à l’immortelle figure de proue de la peinture marocaine et planétaire un portrait, peinture sur toile grand format, et une analyse des ressorts esthétiques et des radicules philosophiques de son œuvre fondatrice.

       


      ***

       

       

      Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

       


       

       

       

      En 1967, le peintre Ahmed Cherkaoui est terrassé par une maudite infection à l’âge de trente-deux ans. Foudroyé par le feu de la création comme s’il n’est passé sur terre que pour imprimer son message. « L’Ange bleu » s’exécute en présage. Un demi-siècle plus tard, sa peinture trace toujours son sillage. Formé dès l’enfance aux arts calligraphiques et, par atavisme, au soufisme, il perçoit lui-même sa vocation artistique comme une impérative prédestination. Il conçoit, pendant son expatriation parisienne, sa trajectoire comme mise à nu des modélisations acquises, récusation des facilités exquises, exploration d’impénétrables territoires. Il ressent d’emblée son embrasement visionnaire comme une révélation.

       

      L’œuvre accomplie dans l’urgence de l’éternité fugitive, dans la fébrilité des fulgurances intuitives, dans l’intensité d’une vie pressentie transitive, n’est ni abstraite, ni ancienne, ni moderne. Il s’agit, bien au contraire, d’une œuvre-univers, perpétuant, dans sa symbolique transcendante, le signe de l’esprit et l’esprit du signe, puisant sa sève dans des racines incorruptibles pour féconder des frondaisons sans cesse reconvertibles. L’artiste hérite à la naissance de la mystique interrogative sur les mystères de l’existence, du serment prophétique de la connaissance, du calligramme énigmatique de la prescience. Les premières compositions, captations des glyphes séculaires, déclinées comme antiques papyrus, déroulent les fluctuations existentielles, les incertitudes torrentielles, les vacillations essentielles.

       

      Le jeune artiste acquiert les règles classiques de la plastique occidentale, les titres de noblesse universitaire, la reconnaissance des galeries internationales. Il se détourne ex abrupto des chemins balisés, des écoles labellisées, des gratifications caramélisées. Sa terre natale regorge d’indices indécryptables, de permanences indatables, de rémanences transmutables.

      L’ambitieuse recherche s’attaque d’emblée à l’inconnaissable du connaissable, l’invisible du visible, l’indiscernable du perceptible. Se prospecte l’interaction secrète entre techniques magiques et magie de l’art. Le travail en profondeur sur surfaces réduites traque les fissures, les invisibilités tangentes, les échappatoires indétectables. Les tentatives de pénétration des références héréditaires, cuirassées dans leur récursivité close, glissent aussitôt dans l’imprévisible. Les formes extensibles se recombinent avec malice. Le jeu des miroirs démultiplie les points de fuite. L’amplification de l’infinitésimal bute sur l’inexprimable. Les brèches à peine suggérées se cimentent. L’intelligibilité se fragmente. La stylistique se façonne dans l’hybridation symbolique.


       

      Aux commencements le tatouage, l’empreinte indélébile dans la chair, le patrimoine mnésique cessible dans la matrice inaliénable, les secrets concessibles dans leur hermétisme inviolable, les rites de passage transmissibles dans l’initiatique oralité. Cette peinture explicitement talismanique exprime avec ferveur la recherche ontologique, l’aimantation mythologique, l’ivresse argomautique. La palette saisit les couleurs ésotériques dans leur incarnation première, les figures allégoriques dans leur structure archétypale, les jonctions nodales dans leur vibration suspensive, les projections focales dans leur rupture évasive. La toile de jute, étoffe électrisable, fibre métamorphosable, absorbe sur le vif les visualisations extatiques, les télesthésies fantastiques, les imprégnations thaumaturgiques.

       

      L’arborescence intemporelle, convulsée d’étincelles perceptives, d’illuminations substantives, traverse, sans altération, les tourbillons de l’histoire. La chromatique se pigmente de quintessence minérale, s’insuffle d’essence sidérale, s’infuse de conscience intégrale. Processus alchimique par excellence. L’architecture se tisse dans la texture. L’ardeur créative se canalise. Le concept se matérialise. Le substrat se spiritualise. La cosmogonie se tresse dans une clairvoyance inédite. Un vision tremblante, ondoyante, fluctuante de l’ovalité génératrice, définitivement rebelle aux pétrifications tétanisantes. Les talismans et les miroirs s’élaborent, dans la frénésie votive, en séries bijectives. « Le couronnement », acquisition française grâce au ministre de la culture André Malraux, allégorie sibylline d’une annonce messianique, consacre l’incandescence spirituelle dans ses flamboyances polychromes transperçant les pesanteurs de la matière.


       

      Le pinceau trempé dans la cendre remue rageusement la boîte à Pandore, démaquille les démons lustrés d’or, démantèle les remparts et les miradors. Les toiles se baptisent de titres conjuratoires. S’interpellent dans la fureur graphique les fauteurs de malheur. « Le Mont des oliviers », branches décharnées, verdure noyée dans des mauves crépusculaires, sonne a postériori comme un cri prémonitoire contre une guerre génocidaire. Les candélabres de la fraternité se transforment en fourches caudines. Les tempêtes assourdies s’agglutinent en laves refroidies. Se décomposent et se recomposent des morphologies terreuses dans les cicatrices charbonneuses. S’amoncellent pupilles ballonnées dans leur impuissance scrutatrice. Le retour à l’argile purgative s’impose comme un appel au phénix rédempteur.

       

      Les psalmodiques résonances du Dîwân d’Al-Hallaj tempèrent les cafardeuses dissonances. S’infiltrent lueurs multicolores dans l’opacité déprimante. S’exorcisent sur fonds sombres les malédictions objectales, les damnations sacerdotales, les compromissions fatales. Isis s’invoque comme bienfaisante pythonisse. Surgissent les trois mâts de la sagesse sur barque solaire. La coque terrestre se fait tour à tour comète tourbillonnante, graine germinante, vulve foisonnante. La tissure se déleste de ses tracés obscurs. Au-delà des géographies restrictives, l’elliptique représentation de théogonies lointaines ouvre le champ référentiel sur des analogies souterraines. L’œuf primordial s’entoure de blancheur sensitive, spectre énergétique d’inébranlable lumière. Le poisson cosmique, dans sa sacralité procréatrice, veille sur l’immuable écriture. La flèche divinatoire indique l’introuvable grimoire. Ne demeurent de la sphère purificatoire qu’arcures évocatoires, trigones sacrificatoires, reliquaires absolutoires. La spirale astrale aspire le regard au-delà du miroir, un miroir trinitaire revoyant l’affect à l’intellect et l’intellect au précepte indécodable. L’émotion esthétique bascule dans la contemplation métaphysique.

      © MS

      Ce texte est aussi classé dans "Muses au masculin"

       

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      Pour citer ce texte

       

      Mustapha Saha (article & illustration), « Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 14 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/peinture-cherkaoui.html

       

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