9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:45

 

Publication successive

 

Lettre n°9

 

avec une publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016

 

Pour répondre à vos nombreuses demandes de publication,

nous mettons en ligne une partie des numéros imprimés de décembre

avec vos annonces et informations

 

© Crédit photo : Introspection, éditions Pan des muses, image prise par LPpdm, 2016.

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

 

diffusée en version électronique (apériodique) et en version imprimée (4 numéros par an)

 

Le Pan poétique des muses ISSN Imprimé : 2492-0487

 

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© www.pandesmuses.fr  

Comité de rédaction : Khris Anthelme, Camille Aubaude, Cyril Bontron, Laure Delaunay, Eric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, Nelly Taza & Françoise Urban-Menninger. Réalisation technique : Anna Perenna, Cyril Bontron. Contacts : contact@pandesmuses.fr & contact.revue@pandesmuses.fr

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteur-e est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, il est le/la seul-e responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

 

Sommaire

 

Bémols artistiques

 

Gordan Ćosić : Happy holidays

 

Frèd Blanc : Et si le jazz était la vie en quelques photographies

 

Critique & réception

 

Littérature de jeunesse de Laure Delaunay

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Chroniques de Camille Aubaude

...............

 

Poésie & Théâtre de Laure Delaunay

...............
 

Formes fixes de la poésie de Khris Anthelme

...............

Lettres & Arts de Françoise Urban-Menninger 

...............

Revue des éditrices & éditeurs de poésie

 

...............

Poèmes, nouvelles, lettres, fragments

 

[Parution imprimée dans le numéro spécial et le hors-série 2016 ]

 

Mokhtar El Amraoui Miroirs & Oriflammes

Françoise Urban-Menninger : À fleur de paume

Dina Sahyouni : Aimer l’amour & Adieu homme

Maggy de Coster : « Les Versets simplifiés du soleil levant » (extraits)   &  Quatre poèmes d’In-version poétique/In-versione poetica

 

...............

 

Événements & manifestations avec des membres de notre équipe

...............

Annonces diverses

 
 

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Notre choix d'actualité poétique et artistique en ligne

Information reçue de la journaliste Marie-Laurence de Rochefort : « la collection (correspondances, manuscrits, etc.) d'Alfred de Vigny sera dispersée le 15 Novembre à 14h30 chez Artcurial à Paris. » . Collection Alfred de Vigny - Vente N° 3137 - Lot N° 18 | Artcurial https://shar.es/1IIsFj via @sharethis. Voir aussi le communiqué de presse

...............

 

Poésie érotique

...............

 

S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

Pomme François-Ferron pour le Collectif Copines 

  ...............

 

 

Liens vers les actualités des actions en faveur des femmes

  • La plateforme www.sexismepasnotregenre.gouv.fr est un espace participatif destinée à : déposer des témoignages par le biais des réseaux sociaux ; retrouver les initiatives labellisées contre le sexisme ; connaître les chiffres clés ; s'informer sur les recours juridiques possibles face à certains actes sexistes (propos concernés, discriminations, harcèlements, violences...).

...............

Œuvres reçues par LPpdm et classées dans

Le Catalogue de la Bibliothèque Cybèle de la SIÉFÉGP

  • Barbara Polla (dir.), Éloge de l’Érection œuvre collective suivie de Lycaon ou l'apologie du désir, texte inédit de Dimítris Dimitriádis aux éditions Le Bord de l'eau, coll. La Muette, 2016 (parution le 21 novembre)
  • Catherine Gil Alcala, Zoartoïste et autres textes, éd. La Maison brûlée, parution le 28 novembre 2016)
  • Aymeric Vergnon-d'Alançon, Gnose&Gnose&Gnose, édité par Art&fiction, coll. RE : PACIFIC, 2016  http://www.artfiction.ch/magasin-164.php?1380016661
  • Livret de la collection "RE : PACIFIC" des éditions Art & Fiction.
  •  N° 283 de la revue Libelle (ce mensuel est dirigé par Michel Prades).
...............

Notre agenda poétique

Dina Sahyouni

SIEFEGP

Avertissement : Le Pan poétique des muses s'est métamorphosée en périodique imprimé de 4 numéros par an, continue aussi à publier a-périodiquement sa version (différente) en ligne. La Lettre du Ppdm prend désormais un rôle important dans nos publications en ligne, n'hésitez plus donc à y contribuer. Vos contributions peuvent être choisies pour figurer dans nos numéros imprimés. Notre site héberge également et pour une durée indéterminée l'association SIEFEGP et ses publications. Belles rencontres poétiques au fil de nos pages ! Au plaisir de vous lire et de vous publier,
Rédaction de la revue LPpdm

 

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    Lettre n°7 | Lettre n°8 | Lettre spéciale édition 2016 |

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:42

 

Bémol artistique

Exposition

 

Happy holidays

 

Gordan Ćosić

 

Publication au numéro spécial imprimé 2015-2016

 

New year kisses

 

© Crédit photos : Gordan Ćosić, New year kisses, 2016.

 

 She lets me touch

 

© Crédit photo : Gordan Ćosić, She lets me touch, 2016.

 

Pour citer ce bémol

 
  

Gordan Ćosić, « Happy holidays », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 9 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/expo.html

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 08:53

 

 

Les éditions de la SIÉFÉGP Pan des muses et le périodique Le Pan poétique des muses sont très heureuses de vous annoncer la parution de leur ouvrage :

 

 

N°5 | Automne 2016

 

Imaginaire de la mer

 

ou figures de Téthys & ses sœurs

 

Textes réunis, traduits & présentés par Aurélie-Ondine MENNINGER

 


 

Présentation brève du numéro 

 

Téthys, déesse grecque des puissances de la mer, vint la première suivie de ses sœurs, filles, femmes, enfants et vieilles âmes des eaux et toutes celles, ceux, qui hantent les profondeurs les plus intimes de nos êtres. Son nom jaillit tel un cri des entrailles de la mer. De l’autre côté de la mer, elle porte d’autres noms, elle est aussi Yémanja selon la mythologie Yoruba au Niger, à Cuba, au Brésil... Elle protège la vie, toute vêtue d’azur...

 

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Numéro paru le 30 novembre dernier &

 

en vente chez la SIÉFÉGP dès le 17 décembre 2016

 

 

Nous remercions les personnes qui contribuent à la réussite, à la diffusion et à l'existence de nos structures ou qui nous soutiennent en ligne :

http://www.pandesmuses.fr, http://www.facebook.com/RevueLPpdm,

http://twitter.com/LPpdm et http://www.facebook.com/siefegp

 

***

Pour citer ce texte

  

LPpdm , « N°5 | Automne 2016 ; " Imaginaire de la mer ou figures de Téthys & ses sœurs", textes réunis, traduits & présentés par Aurélie-Ondine MENNINGER », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 7 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/no5.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Revue LPpdm Numéros
5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 10:18

 

 

Bémol artistique

Exposition

 

Et si le jazz était la vie

 

en quelques photographies

 

Frèd Blanc

Site officielhttps://fredblanc.com/

 

© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.
© Frèd Blanc, photographies du livre.

© Frèd Blanc, photographies du livre.

 

Entre les Promenades photographiques de Vendôme, la performance musicale et sonore

lors du 13e Sunday jazz loft et la création des 12 pœms/poèmes....

 

Voir la présentation officielle du livre par les éditions de OUF ci-dessous :

 

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Signature du livre Et si le jazz est la vie à la Libraire

 

Lamartine le 8 décembre de 19h à 21h30

 

118, rue de la Pompe 75016 Paris

 

Invitation aux portes ouvertes ce week-end à « l’atelier loft » à Paris de 14h30 à 18h, le 10 et 11 décembre, avec projection des 12 pœms/poèmes, autour d’un plateau de fromages et un verre de vin.

Pour ceux/celles qui veulent venir, merci d'écrire à fb@fredblanc.com. Voir aussi url : https://fredblanc.com/

 

 

 

Pour citer ce bémol

 
  

Frèd Blanc, « Et si le jazz était la vie en quelques photographies », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 5 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/jazz.html

 

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Dernière mise à jour : 7 décembre 2016

Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 11:23

 

S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages


 

 

La transphobie tue, 

 

elle commence à l'Université !

 

 

Pomme François-Ferron pour le Collectif Copines

 

 

 

Le 20 novembre, c'est la Journée internationale de la mémoire transgenre.

Cette journée, nous nous recueillons pour les victimes de transphobie assassinées ou poussées au suicide par un système excluant.

Nous nous recueillons pour des personnes qui meurent toute l'année.
 

Nous nous recueillons pour y penser tout le temps, et pour pousser encore un cri d'alerte pour les années à venir.
 

Combien de victimes encore pour réagir ?

 

La transphobie commence au niveau politique : par l'État, les collectivités ; et se perpétue dans les autres institutions et sphères sociales.

 

L'Université de Strasbourg EST concernée, en tant qu'institution et sphère sociale.

 

Parce que les étudiant.e.s trans sont plus sujet.te.s à être harcelé.e.s sur le campus, à abandonner leurs études ; que le taux de chômage des personnes trans est dramatique.

 

Il n'y a qu'à regarder les nombreuses études à ce sujet, et parmi celles disponibles de nombreuses aux États-Unis notamment.
 

Parce qu'en France 69% des jeunes trans de 16 à 26 ans auraient déjà pensé au suicide, selon un rapport d'Homosexualité Et Socialisme daté de 2014, d'après une enquête réalisée en ligne. Qu'en général 3 à 4 personnes trans auraient déjà tenté de se suicider.

 

Dans la vie d'une personne trans à l'Université, la transphobie est un problème quotidien.
 

La politique universitaire actuelle mène au mégenrage, à l'outing forcé (la révélation publique de la transidentité d'une personne), à la mise en cause de la légitimité de l'identité de genre de ses étudiant.e.s et salarié.e.s, des prénom et pronom utilisés quotidiennement dans leur vie sociale, etc.
 

Nous profitons des élections du CA et de la présidence de l'Université pour passer cet appel.
 

Nous exigeons...

 

  1. le respect du prénom d'usage de tout.e étudiant.e, professeur.e ou autre salarié.e sur simple demande, sur tous les documents administratifs, pédagogiques ou autres (dossier étudiant, listes d'appel, résultats d'examens, carte étudiante, nom des professeur.e.s sur les programmes, etc.),


 

C'est une mesure si simple à mettre en place. Elle ne gêne en aucun cas la reconnaissance administrative des étudiant.e.s et du personnel, et des mesures similaires sont déjà mises en place dans des universités à travers le monde sans avoir à attendre les changements législatifs sur la mention du genre à l'état civil.

 

Elle facilite et allège le processus de transition. Elle évite une confusion qui peut survenir à tout moment quand l'étudiant.e/la.e salarié.e et/ou son interlocuteur.rice est confronté.e à une identité qui n'est pas la sienne, alors même qu'on l'utilise quotidiennement, l'obligeant souvent à s'expliquer, à être confronté.e au regard des autres, pouvant ainsi mettre son intégrité physique et morale en danger, réduisant toujours au genre assigné à la naissance.


 

  1. la formation et la sensibilisation du personnel administratif et pédagogique de l'université, en contact avec les étudiant.e.s et leurs collègues, aux enjeux trans,


 

Si doute il y a sur l'identité de genre des étudiant.e.s et salarié.e.s, éviter les « Monsieur/Madame », éviter de genrer, sinon demander les prénoms à utiliser. Préférer un contact inclusif, non-genré, non-discriminant. Être préparé.e à recevoir des étudiant.e.s et du personnel trans, à les orienter vers les procédures qui pourraient les concerner comme le changement de prénom.


 

  1. la demande à tou.te.s les étudiant.e.s par leurs professeur.e.s, au moins à chaque début d'année, du pronom qui leur correspond le mieux,


 

Pour signifier à tou.te.s les étudiant.e.s, quelle que soit leur identité, que nous sommes les bienvenu.e.s en tant que nous-mêmes. Pour offrir un espace sécurisé, en désarçonnant dès le début les préjugés potentiels des classes sur l'identité de genre, et une ouverture aux personnes trans qui n'osent pas faire leur scolarité sous l'identité de genre qui leur correspond et en souffrent. Ce pronom est ensuite respecté par l'ensemble des professeur.e.s, sauf bien entendu rectification de la part d'un.e étudiant.e quant au pronom à utiliser.


 

  1. la formation et la sensibilisation des responsables associatifs aux problématiques des étudiant.e.s trans, pour garantir une vie associative inclusive,


 

Les événements associatifs où les rôles de genres sont caricaturés, cloisonnés, et autres événements sexistes, homophobes, biphobes, transphobes, etc., sont oppressifs pour les personnes trans, binaires ou non-binaires. Il est nécessaire d'informer sur les mots, les comportements, les règles à suivre, les représentations qui seraient le relai de cette oppression.


 

  1. la mise en place de toilettes neutres sur le campus,


 

À l'Université comme partout, les étudiant.e.s, salarié.e.s transgenres et les personnes non conformes dans le genre en général, comme les autres, ont besoin d'utiliser les toilettes, mais se retrouvent souvent à ne pas pouvoir soit par crainte du regard que vont porter les autres sur le genre (réel ou supposé) qui leur a été assigné à la naissance, soit parce que ce sont personnes assignées garçon à la naissance mais d'une identité ou  expression de genre féminine qui souhaitent utiliser des urinoirs, soit parce que ce sont des personnes non-binaires qui ne se reconnaissent ni d'un côté ni de l'autre...


 

Il existe des toilettes neutres dans de nombreux lieux publics. Nous ne demandons pas la construction d'autres toilettes, encore moins la désignation de toilettes « pour personnes trans ». Nous ne demandons à ce qu'on réfléchisse à ne plus genrer les toilettes : pourquoi pas toilettes avec urinoirs et toilettes sans urinoirs ? Avant de se poursuivre ainsi avec les toilettes collectives, en même tant qu'on sensibiliserait sur l'enjeu d'une telle mesure pour éviter les réticences, cela peut commencer très simplement par les toilettes individuelles ; et en attendant garantir l'accès à tout le monde aux toilettes de son choix.


 

  1. les développement des études de genre et plus largement des études culturelles, postcoloniales, etc., en elles-mêmes et dans l'ensemble des filières universitaires.


 

L'enseignement et la recherche ne doivent pas céder face aux illuminé.e.s de la « théorie du genre ». Elle doit ouvrir ses disciplines aux aspects analytiques et critiques des études de genre, pour prendre conscience de la construction des genres, du rôle du genre dans tous les domaines de la vie sociale, même à l'Université. L'enseignement du genre à l'Université doit également pouvoir décentrer le regard de la binarité du genre occidentale pour voir les rôles et les identités de genre ailleurs dans le monde, mais également l'intersection entre genre, race et classe.

 

À l'attention de l'Université de Strasbourg et de ses composantes,

un appel du Collectif Copines avec Support Transgenre Strasbourg,

soutenu par : l'ANT (Association nationale transgenre), CLASH (Convergence des luttes anti-spécistes et humaines), Efigies-Strasbourg, la Krutenau insoumise, La Station – Centre LGBTI Alsace, le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) 67, l'Observatoire des transidentités, Osez le féminisme ! 67, la SIÉFÉGP (Société internationale d'études des femmes et d'études de genre en poésie) et ses différents périodiques, Solidaires Étudiant.e.s Strasbourg, Sud Éducation Alsace, l'UEC (Union des étudiants communistes) de Strasbourg, l'UNÉF (Union nationale des étudiants français) Strasbourg


 

Cet appel est ouvert au soutien de tout.e association, syndicat, amicale, etc., qui souhaiterait y donner de la voix. Nous profitons de cet événement ainsi que de l'approche des élections du CA et du président de l'Université de Strasbourg passer cet appel que nous ouvrons à vos potentielles signatures. Nous adresserons directement ainsi que publiquement cette lettre ouverte telle quelle, sans modification, car nous ne vous contactons pas faire des compromis sur son contenu, avec la liste des groupes qui seront déjà signataires. Cette liste pourra toujours être rallongée ultérieurement.

 

Pour signer cet appel merci d'écrire au Collectif copines à l'adresse suivante : collectif.copines@gmail.com

 

 

***

 

Pour citer ce texte

  

Pomme François-Ferron pour le Collectif Copines « La transphobie tue, elle commence à l'Université ! », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 4  décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/appel.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 16:48

 

Article du numéro spécial 2015-2016

Parution imprimée ce mois-ci dans le hors-série 2016

 

 

Les ingrédients du lyrisme

 

dans la poésie négritudienne

 

 

 

Emmanuel Toh Bi

Université de BOUAKÉ Côte d’Ivoire

 

 

 Introduction

 

La poésie n’a jamais cessé d’être autant une idéalisation du fait vécu qu’une idéalisation du fait linguistique. C’est que la célébration du langage, en tant qu’entité vivante, l’emporte sur celle de l’expérience existentielle dans le texte. À tout le moins, l’expérience indiquée ne peut y présenter un entrain idéalisé que lorsque le langage, souffle spirituel en l’artiste, expose, par le baromètre de la stylistique, des parures métaphysiques. C’est le propre du lyrisme qui envoûte le mot olympien du poète, qui en arrive, au bout d’un mécanisme alchimique, à proposer un monde imaginaire, contrepartie hautement intellectualisée de la réalité lucide.

Le lyrisme, théorie issue des sonorités de rêve de la lyre- de son littéralisme "lyre-isme", est la conséquence du poids des émotions intense du poète sur l’axe paradigmatique, celui de l’univers des mots, celui sur le terreau duquel tout locuteur sélectionne des mots pour les combiner en quelque syntaxe. En d’autres termes, le caractère émotionnel, onirique et non vraisemblable du langage poétique, au profil presque « handicapé », est le produit de la pesanteur de la vie psychique interne du poète sur la langue et sa structure simple.

Le fait est que la personnalité interne du poète ne nous semble pas être ex-nihilo, non plus en déconnexion avec ses schèmes culturels. Ses émotions internes, fussent d’ordre intellectuel, seraient le travail des impressions reçues par l’artiste dans le bain de son cadre socioculturel au cours de sa croissance, mieux, de son devenir. Il en hérite façons de penser, fantasmes, modes de perception, cosmogonies… Nous voulons arriver à la conclusion que le fait poétisé, ancrage des émotions du poète, est pour beaucoup dans le niveau du style ou de la qualité d’un texte poétique. Ici, tout se passerait comme si le fait poétisé lui-même se choisit un style et une rêverie chaleureuse.

On a beaucoup glosé sur la richesse entreprenante du style de la poésie de la négritude, sublime, du reste. Ce style, aux ruses d’envoûtement, nous paraît imputable au fait médiatisé par les poètes dudit mouvement, sinon, à la hauteur intello-spiritualiste de leur source d’inspiration. Tant et si bien que, entre le style, voire, la littérarité d’un poème, et le fait qu’il présente, semble exister un pont indéboulonnable, au sens de l’adéquate proportion ou du juste équilibre. Beaucoup d’observateurs, méprisant ou méconnaissant l’esthétique négro-africaine, ont, hâtivement peut-être, assimilé SENGHOR, CÉSAIRE et DAMAS, à des épigones de CLAUDEL, BAUDELAIRE ou SAINT-JOHN PERSE. Certes, nos orfèvres de l’écriture, lévites de la culture africaine, ont, de façon non négligeable, flirté avec la civilisation occidentale. Mais, leur art n’aurait pas fait écho dans tous les pôles du monde s’il n’était pas oxygéné du souffle de l’africanité ou de la négrité narrée. L’Afrique, terre de mystère, terre d’initiation et d’émotivité, est, certainement, un vivier potentiel de poésie dont ses fils, mentalement et sociologiquement conçus dans son moule, sont des acteurs. irréductibles. En plus de cette disposition naturelle ou génétique, l’âme du continent est tragiquement marquée par des faits majeurs dont la gravité les inscrirait dans l’imaginaire poétique. Par ce genre, donc, l’âme du continent, comme par psychanalyse, exposerait lyriquement des expériences historiques qui interpellent la conscience intime de la race humaine ; la poésie s’imposant à l’expression toutes les fois que l’esprit de l’homme pleure, déplore ou s’apitoie sur son sort, non de façon oiseuse, mais, plutôt, pour s’auto-appliquer une cure de délivrance spirituelle. En un mot, l’humanisme énigmatique du cœur nègre, du réel nègre, du vécu nègre, en a, sans doute, intimé au mot occidental, aux structures et syntaxes du savoir scolaire dont il constituerait un arrière-plan chaleureux. Dans ce sens, la spiritualité du tam-tam, la mythologie de la femme, la fortune de la nature, pourraient constituer des pistes à explorer, aux fins d’apprécier, à sa juste valeur, l’écriture surréelle négritudienne.

 

 

I - La spiritualité du tam-tam

 

 

Dénotativement, on va dire du tam-tam qu’il est un instrument de musique à percussion, constitué d’un fût recouvert d’une ou de plusieurs peau(x) tendue(s), frappée(s) à l’aide des doigts ou de baguettes prévues à cet effet. La vibration ainsi obtenue est amplifiée par le fût qui fait office de caisse de résonance, parfois modifiée par un timbre en acier ou en boyau naturel ou synthétique. En Afrique, le tam-tam remonte à plus de 6000 ans avant JÉSUS-CHRIST et est souvent utilisé comme moyen de communication entre tribus plus ou moins éloignées. Il est inaliénable pendant les moments de réjouissance ou pendant les rites initiatiques. Le tam-tam, c’est l’âme de l’Afrique, du fait qu’il concentre, de façon sonore, ses pulsions psychiques. Il y existe en autant de types qu’il y a de tribus, autant de rythmes que de villages, que d’états d’âmes. Tout compte fait, l’énigme qui est la sienne en fait un creuset de spiritualité pour les peuples d’Afrique qui y voient même un agent d’éducation sociale. Chez les Mossé de Pacéré Titinga, par exemple, c’est le tam-tam, support d’action artistique et savante du griot qui ouvre et clôt le rituel d’initiation à l’intégration sociale. C’est que, derrière l’acoustique bien rythmé de l’instrument décrit, se cachent des enseignements d’une telle hauteur intellectuelle et spirituelle que ne peuvent les capter que les initiés qui, eux, sont l’épine dorsale de la société. C’est toute la quintessence théorique de la Bendrologie (du mossé ben’dré : tam-tam-calebasse) de Pacéré Titinga. En un mot, le tam-tam, en Afrique traditionnelle, ne se résume pas à l’acoustique ; il est toute la sagesse humaine, toute la vision du monde d’une communauté, il est, globalement, la voix de son art en tant que reflet vraisemblable ou invraisemblable du souffle quotidien de l’Afrique. Selon Robert JOUANNY, « On méconnaîtrait la réalité africaine, et du même coup, le sens de la poésie senghorienne, si on limitait le rôle du tam-tam et de façon générale de tous les instruments de musique à une fonction d’accompagnement »1. En réalité, le tam-tam et ses paires sont pour l’homme africain, à la fois le moyen de « se retrouver dans le cosmos » et de communiquer avec un dialogue universel, par-delà l’espace et le temps :

 

«  Tam-tam au loin, rythme sans voix qui fait les nuits et les villages au loin

    Par-delà les forêts et les collines par-delà le sommeil des marigots

    (…) Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau »2.

 

La négritude, donc, mouvement culturel pour la valorisation de la culture noire, fut rythmée par le tam-tam si elle ne s’en pas servi comme plume de son écriture. Ces quelques titres et sous-titres des poèmes de Senghor peuvent en attester : « Pour un tama, tambour au son allègre », « L’Homme et la bête, pour trois tabalas ou tam-tams de guerre », « tam-tam d’amour, vif », « La mort de la princesse, pour un tam-tam funèbre », « pour orgue et tam-tam au loin ». À juste titre, SENGHOR s’est toujours plu à noter le caractère symphonique de la poésie négritudienne. En effet, les poètes de cette organisation de connaissance la vivent, à la manière de leur propre dualité, en associant une rhétorique très élaborée et un contact immédiat avec les choses. C’est opportunément que David DIOP définit la poésie comme « La fusion harmonieuse du sensible et de l’intelligible, la faculté de réaliser par le son et par le sens, par l’image et par le rythme, l’union intime du poète avec le monde qui l’entoure »3. Ainsi, par la poétique du tam-tam, certainement, la poésie négritudienne parvient à avoir un écho retentissant, de sorte à fusionner avec toutes les sphères nègres de la terre (« Par-delà les forêts et les collines par-delà le sommeil des marigots »), à l’effet de rendre culturellement méliorative la race noire à la face du monde : « Que du tam-tam surgisse le soleil du monde nouveau ».

Ce faisant, pour une poésie qui s’est assigné la vocation de faire entendre la voix de l’Afrique, le mystère du tam-tam, dans sa poétique, était incontournable. Car, chant profond, réel ou métaphysique, le tam-tam scande les moments de la vie, l’initiation ou la fête des Morts, les exploits des héros, les messages communautaires ou l’amour :

 

« Et de la terre sourd le rythme du tam-tam, sève et sueur, (…)

   Les tam-tams se réveillent, Princesse, les tam-tams nous

   réveillent. Les tam-tams nous ouvrent l’aorte.

   Les tam-tams roulent, les tam-tams roulent au gré du cœur. Mais les

   tam-tams galopent hô ! les tam-tams galopent » (Œuvre poétique, p. 148)

 

 

 

Le tam-tam, donc, quadrille l’âme de l’Africain, il ponctue son psychisme, conduit ses pensées, alimente son humeur et anime son cadre de vie. Il voit naître l’Africain, il supporte sa vie pleine d’humanisme émotionnel, tout comme il est le rituel de sa mort. Cette prépondérance du tam-tam, fleuron culturel de l’Afrique, conditionne la poétique de la poésie négritudienne, remet au goût du jour la fonction du poète négro-africain, en général, et celui négritudien, en particulier. En réalité, dans sa parole poétique, le poète n’invente pas l’Afrique ; il l’écoute, par le tam-tam, et il la dit, tout simplement. Chant initiatique, c’est le tam-tam qui bat le rythme du texte (écrit ou oral) du poète et dit les choses essentielles. Ici, le poète, plutôt que d’être créateur de parole, est témoin ou médiateur. D’ailleurs, la parole elle-même voit son rôle réduit, parce qu’elle n’est que médiation éphémère, bien moins apte à traduire le rythme et le pouls, la vie et la mémoire de l’Afrique que les instruments de musique :

 

« Oho ! Congo oho ! Pour rythmer ton nom grand

sur les eaux sur les fleuves sur toute mémoire

Que j’émeuve la voix des Kôras Koyaté ! L’encre

du scribe est sans mémoire. » (Œuvre poétique, p. 105)

 

Le poète ne serait donc qu’un intercesseur comparable aux masques dont il a l’air d’éternité. C’est pourquoi, SENGHOR est en droit, par la vertu sacrée du tambour, de saluer les masques qui le préservent des tentations et souillures de la vie :

 

« Vous gardez ce lieux forclos à tout rire de femme,

       à tout sourire qui se fane

       Vous distillez cet air d’éternité où je respire l’air de mes pères

        Masques aux visages sans masques » (Œuvre poétique, p. 25)

 

Ainsi, le tam-tam, en ayant permis au poète d’adhérer initiatiquement au rythme du monde, lui permet, non seulement, de disposer des arcanes du fonctionnement intellectuel du réel, mais aussi, d’intégrer le langage de chez lui et de disposer du témoignage des principes fondateurs de son peuple : « J’ai compris les signes de la tribu ».

Sur la base de cet acquis, on pourrait inférer que le rythme qui carillonne interminablement dans le psychisme du lecteur au contact des textes des négritudiens n’est que la contrepartie mentale de l’écho spirituel du tam-tam traditionnel. Le rythme, en tant que réitération ininterrompue d’une même inscription ou d’une même acoustique dans la production artistique de la négritude, crée une sorte d’animation psychique qui tire l’ensemble du texte de son silence léthargique. La poésie, chant des dieux adressé à l’humain, ne saurait interpeller ce dernier s’il n’est sonore, intellectuellement ou spirituellement s’entend. C’est pourquoi, d’après SENGHOR, « C’est dans le domaine du rythme que la contribution nègre a été la plus importante, la plus incontestée… le Nègre est un être rythmique. »4. Léon DAMAS, par exemple, chante sa nudité spirituelle après le dépouillement de l’exil, sur un rythme de tam-tam instinctivement retrouvé :

 

« Ils sont venus ce soir où le tam

   tam

    roulait

          de rythme

                en

                  rythme

la frénésie des yeux

 la frénésie des mains la frénésie des pieds

de statues

Depuis

          Combien de MOI

          Combien de MOI, combien de MOI, MOI, MOI

          sont morts

          depuis ce soir où le

          tam

          tam

          roulait

                de rythme

                      en rythme

la frénésie des yeux

la frénésie des mains, la frénésie des pieds » (Pigments/Névralgie, p. 13)

 

Les battements du tam-tam sont ressentis ici à travers ce chaos disharmonique qu’affiche une sorte de graphie cassée ou brisée du texte sur la page, expression du dérèglement psychique du tambourineur, que témoigne si bien une scansion symétrique et asymétrique des syllabes, mots et expressions "tam", rythme", "rythme en rythme", "frénésie", "frénésie des yeux", "frénésie des mains", "frénésie des pieds", "combien de MOI", "MOI". D’abord, la dissection du mot "tam-tam" en ses deux syllabes identiques "tam" et "tam" successives sur deux vers consécutifs, a tendance à dévoiler le statut onomatopéique de la lexie soulignée, semblant imiter phoniquement le bruit que produit cet instrument de musique à percussion qui bourdonne dans la poésie nègre et lui fait entendre la voix des dieux de la civilisation noire.. Ensuite, La singulière graphie tam

 

tam

  roulait

        de rythme

              en

               rythme

 

semble déplorer le désastre consubstantiel à la profanation du tam-tam, symbole de la culture noire, dès la foulée du sol africain par le colon, l’homme blanc, l’esclavagiste, référent du pronom personnel sujet "Ils" dans "Ils sont venus ce soir" ; le contact de ces deux civilisations affichant un conflit d’intérêts, d’identités et d’idéologies. Bien entendu, la profanation du tam-tam est liée à sa dégénérescence. Enfin, le pronom personnel démonstratif "MOI" dans « Combien de MOI » est le signe de l’auto-identification du poète à tout Africain victime des méfaits de la colonisation et de l’esclavage. Ici, il y a qu’on note un calembour dans « Combien de MOI », offrant une confusion de sens avec "Combien de mois". Ce calembour, de façon décisive, n’est pas fortuit ; il traduirait la situation fatale de la pléthore d’Africains valides, morts ou déportés à la faveur des deux phénomènes historico-tragiques que sont la colonisation et l’esclavage qui ont fait accuser au continent un retard sur le temps : "Combien de MOI/MOIS sont morts depuis … " ; le mois (durée de 30 jours) étant, dans cette structure, l’incarnation du temps. En définitive, la superposition ou l’amoncèlement des préoccupations liées à la dégradation graduelle de la culture noire est habilement traduit par le poète par une espèce de forme-escalier que dévalent les versets ou mots-versets de l’extrait, témoin des risques d’une chute progressive de la culture nègre que pleure le tam-tam, son expression métaphorique. Dans cet autre passage de SENGHOR, on peut noter la force du processus rythmique, conférant au poème l’ambiance ou la chaleur toute spéciale des chorégraphies africaines que rythme la verve du tam-tam :

 

«  Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les

    Empires

Les mains blanches qui flagellèrent les esclaves qui vous flagellèrent

Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent les mains peintes

         Poudrées

 

Les mains sûres qui m’ont livré à la solitude et la haine… » 

(Œuvre poétique, p. 24)

 

Ici, les rimes internes qu’exhibe chacun des trois premiers vers inscrivent une symphonie gymnique : tirèrent/croulèrent, flagellèrent/flagellèrent, poudreuses/poudrées. L’homophonie produite par les mots légèrement différents morphologiquement et sémantiquement- poudreuses/poudrées ; giflèrent/giflé… soumet l’esprit à quelque mouvement. Ce dernier passage de SENGHOR nous montre un rythme qui reproduit les formes de la danse africaine issue de la répétition des sons tambourinés semblables en syllabes alternées :

 

« Écoutons son chant, écoutons son chant, écoutons battre notre sang

 Sombre

    écoutons

 Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale

Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes

Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère

Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue

des chœurs alternés. » (Œuvre poétique, p. 16)

 

Les sons transparaissant dialectiquement et de façon éparse, dans les mots suivants peuvent illustrer l’idée émise : chant/sang, brume/lune, s’assoupissent/s’alourdissent, danseurs/conteurs, mer/mère… CÉSAIRE, lui, bat le sacré tambour africain avec les mots, baguettes initiatiques favorisant la production d’un plaisir sonore par leur contact heurté au tambour africain, instrument aux acoustiques très didactiques et affranchissantes. En réalité, le tambour que l’initié CÉSAIRE5 bat avec les mots fait entendre le son des mots et plonge le lecteur averti dans la sphère des mystères où se cachent les secrets et le sésame d’un monde lassant :

 

«  Le mot est père des saints

    Le mot est mère des saints

    avec le mot couresse on peut traverser un fleuve

    peuplé de caïmans

   il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

   avec un mot frais on peut traverser le désert d’une journée

   il y a des bâtons-de-mage pour écouter les squales

   il y a des mots shango

   il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin. »

 

 

« Le mot oiseau-tonnerre

   Le mot dragon-du-lac

   Le mot strix … » (Sentiment et ressentiment des mots)

 

En effet, le mot poétique est un mot qui, se heurtant à la structure linguistique, heurte, synchroniquement, l’esprit du lecteur/auditeur en y laissant un écho se répercutant en une kyrielle de significations le rendant ainsi fertile et créateur. La finalité de ce rituel formateur au discipolat lexicologique initié par CÉSAIRE, c’est de conjurer les monstres de l’existence, à l’effet de conférer au poète et au peuple l’oxygène dont les miasmes quotidiens le privent :

 

« aurore

   ozone

   Zone orogène »

 

Par le tam-tam, donc, l’Afrique est le continent des mots, des mots d’initiation.

 

II – La mythologie de la femme

 

La femme contribue essentiellement à tapisser l’imaginaire de la poésie négritudienne où elle n’est plus que matière à mythologie. La voix de SENGHOR en est ouvertement la chancellerie communicative : « Mon empire est celui d’amour. J’ai faiblesse pour toi femme. »6 Ce propos donne à se demander ce que revêt véritablement la femme dans la poésie négro-africaine identifiée. Ce faisant, les prédicats de la femme que nous élisons pour tenter d’asseoir la mythologie annoncée sont : Connaissance du monde et initiation à la littérature, objet esthétique et sensuel, idolâtrée vouée à une divinité.

Soit ce poème « Femme noire » qui nous servira d’appui à l’examen de la qualité reconnue à la femme en tant que connaissance du monde et initiation à la littéraire, et, peut-être, à celui de tout ce chapitre :

 

Femme nue, femme noire

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté

J’ai grandi à ton ombre. La douceur de tes mains bandait mes yeux.

Et voilà qu’au cœur de l’Été et du Midi, je te découvre,

Terre promise du haut d’un haut col calciné

Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle.

 

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir,

    bouche qui fais lyrique ma bouche

Savanes aux horizons purs, savanes qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est

Tamtam sculpté tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur

  Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.

 

Femme nue, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des

princes du Mali

gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau

délices des yeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire

À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

 

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel

Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

 

De toute la production négritudienne, ce texte est, sans doute, celui qui idéalise la femme noire, au sens où il la fait passer du domaine de l’humain à l’univers des mythes, avec le champ lexical qui lui est corollaire : imaginaire, intrigue transcendant l’entendement humain, sacré, démiurgie, espace hors du commun, passé immémorial. Probablement, l’étude de ce chapitre nous donnera l’occasion d’illustrer ces constituants lexicaux du mythe qui est censé identifier la femme africaine qui, de toute évidence, fait ombrage à l’inspiration des poètes négritudiens, lyrique, du reste.

Pour l’Africain, la femme est connaissance du monde et initiation à la littérature : « J’ai grandi à ton ombre ». Par ce propos laconique et apparemment sans motivation, le poète réalise comme une confession qui tient sa valeur philosophique de la gratitude qui la lie. C’est que le poète est comme en train d’avouer que sa personnalité (croissance corporelle, croissance intellectuelle et notoriété sociale) est le résultat du travail à lui exercé par sa mère dont il est le cachet de l’influx personnel : « J’ai grandi à ton ombre » En effet, dans l’entretien de son rejeton, la femme-mère use de virtuosité naturelle pour les soins et le plaisir de l’enfant : « La douceur de tes mains bandait mes yeux », « bouche qui fais lyrique ma bouche », en plus de constituer pour lui , par sa proximité providentielle, une assurance morale et psychologique : « À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux ». En tant que microcosme, la femme-mère est auprès de l’enfant la systématisation de l’univers ; à travers sa mère, l’enfant lit l’univers et apprend à le connaître. C’est Gnilane Bakhoum, la mère de SENGHOR, qui, dissimulant avec peine son origine peule et sa condition roturière, forma son futur poète de fils. Détentrice de la tradition matrilinéaire sérère, elle a pouvoir de jugement et rappelle à son fils l’honneur de sa race : « Dis-moi donc l’orgueil de mes pères »

Le maître initiateur du jeune Senghor fut Whaly Bakhoum, son oncle maternel, donc, projection symbolique de Gnilane. Il communiqua à l’enfant une éducation, sous la forme d’instructions reçues de sa sœur, au nom d’une base socio-traditionnelle sérère, avec, certainement, quelque influence de l’origine traditionnelle peule. Si bien que Toko Waly, c’est le surnom de l’oncle, ne faisait qu’amplifier les prémices de l’éducation communiquée par Gnilane, la mère, à son enfant. En écoutant les enseignements de l’oncle, c’est plutôt la voix de sa démiurge de mère qu’il entendait : "Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.", tel un dévot percevant, avec transport de l’être, les révélations de son dieu. Logiquement, la balade du maître initiateur et de son néophyte se situait dans le regard bienveillant et consenti de la femme-mère qui, comme dotée d’aptitudes surhumaines, ne flanche pas de vigilance, ne sommeillant jamais, presque, pour ce qui est de la formation intellectuelle de son fils. En effet, dans la compagnie de Toko Whaly, SENGHOR vécut une expérience inoubliable, il vivait en toute liberté, de façon insouciante, dans un vrai Éden, parcourant la brousse, courant derrière les antilopes, traversant les marigots, nageant, sans peur, dans les fleuves infestés de caïmans, écoutant les récits de bergers baignés de magie et qui mettaient en scène « des morts, des animaux, des arbres et des cailloux » (Liberté I), dans un décor somptueux, rehaussé par la présence de rônier et de kaïcédrats : « Et voilà qu’au cœur de l’Été et du Midi, je te découvre Terre promise du haut d’un haut col calciné ». En gros, dans cet antre maternel, SENGHOR fut initié aux réalités paysannes, aux secrets de la brousse, du monde des étoiles et des esprits. Et c’est encore une femme, Marône, poétesse de son village, qui l’initie aux arcanes de la poésie chantée (« bouche qui fais lyrique ma bouche »), ce qui l’amène à écouter les griots, ces troubadours qui transmettent les traditions ancestrales, remontant le plus souvent aux origines mythiques du monde : « Gazelle aux attaches célestes, tes perles sont étoile sur la nuit de ta peau ». Bien évidemment, le profil de la femme à être un angle propice d’acquisition de connaissances n’échappe pas à la verve du poète : "Délices des yeux de l’esprit". Tout cela fait que l’antre de la femme noire s’incarne dans l’imaginaire du poète comme une terre de pèlerinage ou d’un point d’asile pour fortification du corps, de l’âme et de l’esprit : « J’ai grandi à ton ombre ».

La femme est, en outre, objet esthétique et sensuel. Quand elle n’est pas mère, elle est amante ou simple convoitise charnelle, stimulant le désir. En la matière, cet autre poème négritudien, de David DIOP, cette fois, nous semble référentiel quand il s’agit de magnifier les contours corporels érotiques de la femme africaine, RAMA KAM.

 

 

RAMA KAM

 

Chant pour une négresse

 

Me plait ton regard de fauve

Et ta bouche à la saveur de mangue

    Rama Kam

Ton corps est le piment noir

Qui fait chanter le désir

     Rama Kam

Quand tu passes

La plus belle est jalouse

Du rythme chaleureux de ta hanche

    Rama Kam

Quand tu danses

Le tam-tam Rama Kam

Le tam-tam tendu comme un sexe de victoire

Halète sous les doigts bondissants du griot

Et quand tu aimes

Quand tu aimes Rama Kam

C’est la tornade qui tremble

Dans ta chair de nuit d’éclairs

Et me laisse plein du souffre de toi

                   O Rama Kam !

 

 

Les deux textes de SENGHOR et de DIOP, sont, à la simple lecture, assez éloquents quant à ce pan de l’argumentation. Toutefois, en se gardant de se répandre dans les arcanes du jargon stylistique, éveilleur de sensation intellectuelle, le champ lexical suivant, constitué de mots et expressions, florilège des deux poèmes, peut conforter l’esprit : ''chair de nuit d’éclairs'', "sombres extases du vin noir", "les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire", "piment noir qui fait chanter le désir", "rythme chaleureux de ta hanche", "sexe de victoire", "ton regard de fauve", "femme nue", "ta forme qui est beauté", "me foudroie en plein cœur", "ta bouche à la saveur de mangue". Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce tableau offre le paroxysme de la séduction de la femme, surréelle, au demeurant, comme on en voit dans les mythologies du monde. Et la poésie, en tant que texte spécifique qui sollicite les sens, est, tout simplement, par apparentement lexicologique, peut-être, mais, surtout, par réalisme disciplinaire, sensuel. Si le poète est subjugué par cette beauté surréelle au point d’en être obsédé, il n’en fait pas un philtre d’ébriété pour se détourner de sa passion sacerdotale, la défense de la terre natale. Au contraire, la virilité que la femme noire lui arrache est un prétexte allégorique pour exprimer son attachement à la terre-mère ou au patrimoine ancestrale. La preuve en est qu’à l’heure de la vocation, quand le dilemme semble poindre, il n’hésite pas à sacrifier cet amour forcené. C’est dans la voix de Chaca que l’on retrouve cette vérité :

 

« Je ne l’aurais pas tué si moins aimée.

   Il fallait échapper au doute

   À l’ivresse du lait de sa bouche, au tam-tam lancinant de la nuit de mon sang

  À mes entrailles de laves ferventes, aux mines d’uranium de mon cœur dans les

                                                                                  abîmes de ma Négritude

À mon amour à Nolivé

Pour l’amour de mon peuple noir. » (Œuvre poétique, pp. 125-126)

 

Ainsi, à la voix blanche qui lui inflige d’avoir trahi la conscience morale, Chaca, visage et voix symboliques du poète de la Négritude, lui oppose la science et l’efficacité. Et c’est au nom de ce même sacerdoce d’attachement à la terre natale que, par le subterfuge de la magnificence de la femme noire, le poète exalte la nature locale : « Fruit mûr à la chair ferme", "Savanes aux horizons purs, savanes qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est", "seins de rizière mûre"…

D’autre part, le chant adressé à la femme, au nom de ses qualités idéalisées, semble se convertir en un rite cultuel, comme à une divinité. On y perçoit l’intervention du tam-tam ancestral, dans le texte de DIOP, avec ses trois battements syllabiques dans le nom RA-MA- KAM.

 

« Quand tu danses

Le tam-tam Rama Kam

Le tam-tam tendu comme un sexe de victoire

Halète sous les doigts bondissants du griot »

 

Donc, les battements trisyllabiques, consubstantiels à la réitération ininterrompue de l’acoustique Rama Kam, est le signe que la dulcinée célébrée possède le texte, et, par ricochet, l’âme du poète, totalement livrée à son dieu, reconnu par l’un de ses attributs qui n’est autre que le pouvoir sur le temps atmosphérique :

 

« C’est la tornade qui tremble

Dans ta chair de nuit d’éclairs » ;

 

Chez SENGHOR, on apprendra que la femme aimée est, elle-même, le tamtam, divinité ancestrale incorruptible :

 

« Tamtam sculpté tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel

Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie »

 

Si tant est que la sensualité est, pour l’Africain, une façon d’être et de participer au monde, cette sensualité à pour limon, la femme, point focal de la communion avec les divinités ancestrales.

 

III La fortune de la nature

 

Si la femme noire est belle, déesse et symbole d’attachement à la terre natale, c’est que la nature qui l’abrite l’est richement : « Ma Négresse blonde d’huile de palme. » L’élément de la nature emprunté pour imager la femme noire n’est pas d’occident, mais, plutôt, locale : l huile de palme, dotée de vertu tant cosmétique que comestible. Dans certaines traditions négro-africaines, l’huile de palme mêlée à du beurre de karité, sert à exercer un massage aux seins des nourrices ou de femmes sortant à peine de l’allaitement, aux fins de les tonifier et les rendre agréables à l’aspect. En tant qu’entité comestible, l huile de palme, substance offerte par la nature d’Afrique, est un aliment prisé dans cette aire culturelle. L’huile de palme, couleur-sang, le sang, substance vitale, est le véhicule de l’âme. Cette nourriture naturelle, artisanale, non industrielle, élève l’âme de l’Africain et lui fait initier une extraversion envers le pôle civilisationnel contraire : "Négresse blonde", complémentarité nécessaire pour une fraternité universelle.

À tout le moins, l’environnement naturel joue un rôle prépondérant dans l’imaginaire des poètes négritudiens. Selon Robert JOUANNY, SENGHOR, par exemple, bien que son œuvre lui ait été inspirée par un seul canton- quelques kilomètres entre Dyilôr et la mer-, il parvient, par un jeu d’allusions, de réminiscences, de métaphores, à donner l’impression d’un monde aussi richement dessiné ou peint que le matériau en est modeste. Pour sa part, Gusine OSMAN donne une idée de cette paradoxale contradiction entre l’apparente richesse et la pauvreté symbolique de la flore et de la faune7. Selon lui, au niveau de la flore, 59 espèces ou dénominations génériques mettent en place un décor exubérant, tropical ou européen, alors qu’en fait, chacun de ces termes ne fait que de rares ou uniques apparitions ; les cinq termes les plus fréquents sont : fleurs (62 occurrences), forêt (28), brousse (25), palmier (23). Au niveau de la faune, 101 espèces ou dénominations génériques suggèrent un grouillement animal mais, ici, encore, la diversité est fugitive et la place de choix réservée est à des termes dotés d’une valeur symbolique : lion (35 occurrences), serpent (21), oiseau (20), troupeau (13), cheval (12). Bref, avec une évocation bien sobre de l’environnement naturel, le poète négritudien parvient à créer une espèce de congestion artistique d’un monde riche en ingrédient naturels, au point d’inspirer le rêve. Le commentaire qu’on peut en faire pourrait relever d’une assurance simplement disciplinaire ; la poésie, en tant qu’art de création, parvient, par l’intuition d’une économie de nomination, à inspirer une euphorie abondante et forcenée. Ici, la virtuosité de l’orfèvre des mots est telle que, à l’aide d’un matériau lexical assez frugal et réduit, il « met en place » un monde imaginaire, virtuel, qui séduit l’esprit et l’attire à une ascendance verticale. C’est plus ou moins le profil religieux du poète qu’il tente de communiquer à son public. Cette aptitude consistant à créer de l’excessivement grand à partir de l’excessivement petit inscrit la dialectique du matériel et de l’esprit : La pauvreté sous le rapport de l’un n’implique pas tout de suite la pauvreté sous le rapport de l’autre. Par la même occasion, la pauvreté de l’esprit entraîne, indubitablement, la pauvreté du matériel même si ce dernier peut donner souvent l’impression d’être visuellement abondant. Or, l’esprit, quand il est riche, crée du matériel, le faisant apparaître du néant. Les poètes négritudiens, donc, à l’image de SENGHOR, créent, pour l’Afrique, un décor naturel d’exubérance invraisemblable à partir d’un échantillonnage, donc, d’outils de quantité modeste. Tous les mots du dictionnaire ne pouvant s’avérer suffisants pour exprimer ce que suggère à l’âme l’énigme de la flore et de la faune d’Afrique. À partir de cette disposition, les Négritudiens voudraient enseigner aux africains la leçon de se battre avec hargne pour réaliser une grande Afrique à partir du peu qu’elle leur propose. Le constat est identique quand il s’agit de la gamme de couleurs du paysage africain. On l’imaginerait infinie. Mais, à l’expression, elle est limitée dans la poésie de nos auteurs. Atin KOUASSI8, pour les chants d’ombre, donne des résultats significatifs : Pour 10 termes de couleurs spécifiques, représentant 80 occurrences, on relève 29 occurrences de noir, 21 de blanc, et 10 de rouge. Pour 14 termes de « matières colorées », sur 74 occurrences, on relève 28 occurrences du ton « sang », 17 du ton « blanc » (neige, lait) et 13 du ton « or ». Pour les termes évoquant plus ou moins une couleur, on note une opposition fondamentale entre lumière (soleil, étoile, feu : 99 occurrences sur 199) et ombre (nuit, ombre, crépuscule : 64 occurrences), alors que les termes indiquant uniquement une couleur se limitent à 12 occurrences. En gros, sous l’appréciation des couleurs du paysage, on peut dire que la nature d’Afrique est complaisamment exotique, riche de la diversité des faveurs et atouts qui la composent, encore qu’ici, SENGHOR respecte la structure sémantique négro-africaine relative aux termes des couleurs.

Autre aspect fondamental de la nature en Afrique, la nuit. La nuit, en Afrique noire, c’est l’heure du retour des champs. C’est l’heure où les femmes font des foyers de feu pour apprêter le repas. C’est l’heure des repas collectifs, occasion propice pour partager et échanger de la fraternité pendant que les cris des enfants, acariâtres ou guillerets, meublent l’atmosphère. C’est le temps des visites et des conciliabules où on se réconforte, se raconte la journée et formule des projets. C’est en ce moment-là que les jeunes filles plantureuses, après avoir dûment rempli les tâches domestiques, se retrouvent pour chanter au rythme de la bénédiction lunaire. C’est l’occasion des rencontres romantiques et d’exécution intense de la libido. C’est aussi un moment d’instructions, de célébration de la connaissance qu’assure habilement la narration des contes, mythes, légendes et énigmes, donc, instant suprême de captation du souffle de la muse par les créateurs-artistes de tous modes. En un mot, la nuit, en Afrique noire, est un moment de prédilection, moment qui fait renaître l’âme nègre. La nuit, espace temporel des mystères, moment de fécondation poétique où les génies tutélaires rendent visite aux humains, foisonne diversement dans les écrits des poètes négritudiens, sommairement, dans le sens lyrique évoqué :

 

«  timonier de la nuit peuplée de soleils et d’arcs-en-ciel

    Timonier de la mer et de la mort

    Liberté ô ma grande bringue les jambes poisseuses du sang neuf » (CÉSAIRE)

 

« avant la nuit, une pensée de toi pour moi, avant que je ne tombe

   Dans le filet blanc de mes angoisses, et la promenade aux

   frontières » (SENGHOR)

 

« à l’orée du Bois

 sous lequel nous surprit

 la nuit d’avant ma fugue afro-amérindienne

 je t’avouerai sans fards

 tout ce dont en silence

 tu m’incrimines » (DAMAS)

 

«  Contre notre amour qui ne voulait rien d’autre

    que d’être beau comme un croissant de lune au beau mitan du

    ciel à minuit » (DAMAS)

 

 

Ainsi, la nuit devient l’angle de toutes sortes de poétisations, les unes aussi tonifiantes que les autres, au gré des aspirations et inspirations diverses des poètes. Le tout est d’arriver à tisser solidement l’âme noire, à l’effet de drainer méliorativement vers elle l’attention des autres nations auxquelles elle donnerait la vision du monde africaine des choses. La nuit, couleur de la peau du Nègre, est, dans la poésie négritudienne, une heure d’intimité réelle, se transmute en lumière intellectuelle et spirituelle :

 

« Nuit d’Afrique ma nuit noire, mystique et claire

Noire et brillante

Tu reposes accordée à la terre, tu es la Terre et les collines harmonieuses. »

(Œuvre poétique, p. 39)

 

La nuit, moment essentiel où on entend s’édicter les révélations institutionnelles de l’existence par les divinités («ma nuit noire, mystique et claire, noire et brillante"), est idolâtrée par l’Africain. En effet, la nuit est l’instant où on écoute les pouls de la poésie en tant que vérité primordiale. À ce niveau, se présume, de façon inaliénable, la connexion entre mythe et poésie. Selon Bernard HOLAS, « Le mythe est l’une des expressions les plus authentiques, les plus puissantes du génie créateur humain qui baigne dans une atmosphère primordiale : il est lui-même la poésie à l’état brut, donc la plus pure que l’on puisse imaginer. »9 Fanoudh Siéfer de couper cours : « Mythe et poésie ont des connexions très étroites et quelquefois se confondent. »10 Dans ce sens, la poésie s’appréhende comme le langage initiatique de la création, l’heure où l’univers sortait du néant et que ses composantes se mettaient en place. Par ricochet, la poésie passe pour l’expression singulière de la nature brute par elle-même, se parant d’attributs humains, au sens de l’anthropomorphisation. La logique révélée établit une fusion entre poésie et nature. Au nom du sème de l’authenticité, la nature présente l’effluve spirituel et scientifique du visage premier de la Création, avec ses vérités originelles et son ingénuité séductrice, non encore agies par les artifices corrompus de l’humain, et inspirant un souffle divin à l’esprit. Opportunément, la poésie prend souvent l’allure de la mise en branle du souffle divin en l’Homme, aux fins de rechercher ces vérités originelles pouvant oxygéner l’Existant. Et l’Afrique, en tant que berceau de l’Humanité, mieux, en tant qu’abri des premières vies et des premiers savoirs humains, est le symbole de l’authenticité ou de la nature brute, déflorée par d’autres civilisations dites modernes qui s’y sont abreuvées et qu’elle a d’ailleurs générées. À ce pan de l’analyse, nous embouchons la même trompette que Cheick Anta DIOP pour qui, si on convient que l’Afrique est le berceau de l’Humanité, toutes les techniques, connaissances et trouvailles, qui se sont développées depuis lors, sont d’origine africaine. Il y a, donc, chez l’Africain ce culte de la nature environnante à laquelle il s’assimile, se confond et se fond même, s’il ne se déporte pas en elle :

 

 

« Je m’imagine que tu es là.

Il y a le soleil

Et cet oiseau perdu au chant si étrange.

On dirait une après-midi d’été,

Claire. Je me sens devenir sotte, très sotte.

J’ai grand désir d’être couchée dans les foins,

Avec des taches de soleil sur ma peau nue,

Des ailes de papillons en larges pétales

Et toutes sortes de petites bêtes de la terre

Autour de moi. » (Œuvre poétique, p. 224)

 

 

Dans cet extrait, la confusion entre l’être et la nature, la fusion de la nature à l’être, paraît expressive : "tu es là", "il y a le soleil", "après-midi d’été" "je me sens devenir sotte", " couchée dans les foins", "avec des taches de soleil sur ma peau nue", "Des ailes de papillons en larges pétales", "toutes sortes de petites bêtes autour de moi". Ici, l’expression, sobre, un peu phrastique, certes, mais est comme interchangeable à une tendance au ramassis empirique de toutes les composantes de la nature que le poète voudrait faire parler à sa place, au nom d’une identité commune et fusionnelle ; les impressions, sentiments et émotions intenses n’étant pas aisément médiatisables quand il s’agit de donner libre cours au bonheur initiatique des sens. Dès cet instant, le poète, celui négro-africain et négritudien, notamment, devient un microcosme de la nature, au nom de l’interférence symbolique entre l’être, le phénomène et les choses.

 

D’autre part, le statut particulier que revêt la nature d’Afrique pour ses poètes, donne l’occasion d’explorer une réflexion quant au polythéisme reconnu à plusieurs peuples négro-africains. Nous voulons inférer, ici, que le polythéisme africain est un visage sublimé du Panthéisme de Spinoza, sinon, vis-versa. C’est que l’Africain, du fait de son naturel à se confondre à la nature, est tenté, par une sorte d’empirisme majestueux, de faire parler ses composantes auxquelles il confie sn sort, presque, leur supposant un pouvoir spécifique. C’est ainsi qu’on a le dieu du soleil, le dieu de la forêt, le dieu de la terre, le dieu de la fécondité, le dieu de la foudre, le dieu de l’eau, le dieu du sexe, le dieu du feu, le dieu de l’air… Cette kyrielle de dieux, garants des différents compartiments de la vie, crée un monde de poésie ; la poésie étant le champ d’expression des dieux, à l’effet de toucher les sensibilités et d’’éveiller les consciences, pour l’enjeu d’en appeler à une perfection mentale et matérielle de l’existence. On lit encore CÉSAIRE :

 

 

«  le mot est père des saints

Le mot est mère des saints

avec le mot couresse on peut traverser un fleuve peuplé de caïmans

il m’arrive de dessiner un mot sur le sol

avec un mot frais on peut traverser le désert d’une journée

il y a des bâtons-de-nage pour écarter les squales

il y a des mots shango » (op.cit,)

 

En effet, le terme shango relève de la mythologie vaudou où il désigne le dieu de la guerre, représenté armé d’une hache double. Le Négritudien invoque, ici, le dieu de la guerre pour, certainement, soutenir et fortifier le combat culturel de son mouvement. Décisivement, le panthéisme spinozien est un visage maquillé du polythéisme africain ; le panthéisme étant ce concept philosophique d’un dieu matérialiste constitué de toutes les composantes de l’Univers.

 

Conclusion

 

On se serait attendu à ce qu’une réflexion sur les ingrédients du lyrisme expose les canons structurels de la poésie-rythme, symbole, image-cristallisateurs de tout l’outillage conceptuel de la stylistique, pour ce qui est de la pénétration du dynamisme herméneutique d’un texte poétique. Que non pas. On a plutôt ouvert une lucarne sur le contenu notionnel des activités de poétisations, qui a tissé l’imaginaire de nos poètes tout au long de leur contact avec l’Afrique, raison, sujet ou objet de leurs écritures. L’axiome, dans cette analyse, étant que l’éveil intellectuel qu’inspirent le style ou les formes linguistiques d’un poème est tributaire de son contexte culturel et des agrégats psychiques de l’artiste. Tout a fonctionné comme si un terreau culturel riche en imaginaires, en rêveries, en enseignements initiatiques et en émotivités, arrache logiquement des mots, des structures ou combinaisons verbales, en tout cas, un langage sublime, poétiquement élevé. En d’autres termes, lorsqu’une entité géographique et culturelle est matière à poétisation, le niveau stylistique du texte qu’elle produit est proportionnel à la teneur intellectuelle que le substrat culturel a intimée à la perception du poète. Bien évidemment, le degré de sa sensibilité, son rapport avec la lexicologie, le niveau de son ouverture sur l’Univers, assurent le parachèvement de la poétisation orchestrée par l’artiste. Ce faisant, la primauté accordée au fait linguistique au détriment du fait relaté, inhérente à l’orthodoxie disciplinaire, n’est en rien entamée. Nous avons seulement voulu ne pas sous-estimer la place du Naturel d’inspiration dans la création du langage textuel, ainsi que les répercussions mentales qui en résultent chez le public-récepteur. L’Afrique, matière des Négritudiens, est dotée d’un Naturel particulier ; le tam-tam, instrument de plaisir sonore, de paroles et, surtout, symbole de sagesse ou d’ambiance ancestrale, d’une part, et, de l’autre, la femme, être de mythologie, par sa beauté sensuelle, son activisme et sa démiurgie cultuelle, se combinent tous deux pour inscrire, en conjonction avec une nature pittoresque, la flamme de la divinité transcendantale, source de langages saisissants.

La Négritude, militantisme poétique au service du Nègre, s’est intéressée à sa nature, à ses conditions de vie, à son histoire, à sa sociologie, à ses valeurs, et ce, avec exaltation et intensité dans le langage, de façon telle à élire un discours, soit de reconstruction du continent, soit de réinvention de son sort. Avouons que, de ce groupe de connaissance, Léopold Sédar SENGHOR fut le plus invoqué dans l’analyse. Plusieurs raisons y végètent ; il est le plus fécond tant artistiquement qu’exégétiquement sur la Négritude, il est le seul Africain civil du groupe, né en Afrique et ayant longtemps séjourné en Afrique, l’ayant même servi politiquement au plus au niveau pendant deux décennies, donc, connaissant mieux l’ontologie de l’Afrique et de l’homme africain.

En réalité, le lyrisme, notion textuelle, certes, est partie intégrante de l’entrain de l’Africain qui, très souvent, se met en marge du « Normal » pour exister à sa façon, selon l’élan du cœur et du corps. C’est sa manière à l’homme africain d’humaniser l’existence. Le lyrisme est l’identité première de la poésie, texte d’éveil des sentiments, de rêves et d’élévation de l’être. En définitive, il peut être reconnu à la Négritude, mouvement de lettres au chevet de l’Afrique, d’avoir exhibé cette marque du genre poétique comme étant l’apanage de l’homme noir.

 

Bibliographie

BA (Souley), HÉNANE (Renée) et KESTLOOT(Lilyan), Introduction à Moi, laminaire d’Aimé Césaire, édition critique, L’HARMATTAN, Paris, 2012.

CORNEVIN (Marianne), Histoire de l’Afrique contemporaine, Payot, Paris, 1972.

DIOP (Cheick Anta), « Nations nègres et culture », Présence africaine, Paris, 1979.

DODO (Jean), Sacré dieux d’Afrique, NEA, Abidjan, 1978.

FOFANA (Souleymane), Mythes et combat des femmes africaines, L’HARMATTAN, Paris, 2009.

JOUANNY (Robert), Les voies du lyrisme dans les poèmes de Léopold Sédar Senghor, Librairie Honoré Champion, Éditeur 7, Paris, 1986.

LAGNEAU (Lilyan) : « La Négritude de Léolopld Sédar Senghor », Présence africaine, no 39, pp. 166-161, 1961.

PAVEAU (Marie-Anne) et SARFATI (Georges Elia), Les grandes théories de la linguistique, Armand Colin, Paris, 2003.

SENGHOR (Léopold Sédar), Liberté 3, Négritude et civilisation de l’Universel, Seuil, Paris, 1977.

TILLOT (René), Le rythme dans la poésie de Léopold Sédar Senghor, NEA, DAKAR-ABIDJAN, 1979.

 

Notes

 

1 Robert Jouanny, Les voies du lyrisme dans la poésie de Léopold Sédar Senghor, Librairie Honoré Champion, Éditeur 7, quai Malaquais, Paris, 1986, p. 47.

 

2 LSS, « chaca », « Ethiopiques », in Œuvre poétique, Seuil, Paris, 1990, p. 136.

 

3 David Diop, « Contribution à la poésie nationale », texte annexe à Coups de pilon, Présence africaine, Paris, 1973, p. 69.

4 LSS, Liberté I, Négritude et humanisme, Seuil, Paris, 1964, p. 37

 

5 Moi, laminaire cité dans Introduction à Moi, laminaire, ouvrage collectif, édition critique, L’HARMATTAN, 2012, pp. 20-21.

 

6 LSS, Chants d’ombre, p. 105.

 

7 Gusine Gwadat Osmane cité par Robert Jouanny op.cit, pp. 82-83.

 

8 Atin Kouassi cité par Robert Jouanny, op.cit, p. 83.

 

9 Bernard Holas, Mythologies africaines, Agence ivoirienne, Hachette, Abidjan, 1978, p. 19.

 

10 Fanoudh Siéfer, Le mythe du nègre et de l’Afrique noire dans la littérature française, NEA, Abidjan-Lomé, 1980, p. 117.

 

***

Pour citer cet article

 

Emmanuel Toh Bi, « Les ingrédients du lyrisme dans la poésie négritudienne », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 2  décembre 2016.

Url : http://www.pandesmuses.fr/negritudienne.html

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 12:01

 

Poèmes reproduits

Parution imprimée dans le numéro spécial 2016

Avant-première

 

Quatre poèmes d’In-version poétique/In-versione poetica

 

Maggy de Coster

 

© Crédit photo : Maggy de Coster

 

Quatre extraits reproduits d'In-version poétique/In-versione poetica, EDIZIONI UNIVERSITARIE ROMANE, Rome, 2015 avec laimable autorisation de Maggy de Coster et de sa maison dédition.

***

 

 

« La poésie est un chuchotement

qui approfondit le silence »

Nicolas Diéterlé

 

 

 

 

 

 

Pesant et dense silence que celui qui règne dans les nécropoles

Où dorment pour toujours ceux qui ont accompli leur mission

terrestre

Mais la poésie a besoin de percer le silence pour émerger

Et déployer son voile comme le radeau d’une méduse

Dans le chuchotement des vagues au long cours

 

Sans effraction aucune, la poésie pénètre

Dans les abysses du silence

Elle déborde de notre intériorité

Nous interpelle à voix basse

Nous susurre ses notes et ses phrasés

Pour aboutir à son point d’orgue

 

Et le poète d’égrener ses vers

Dans un long et profond silence

Telle une véritable supplique

 

***

 

Calme plat

 

 

Calme plat sur le plateau du temps

Où l’amitié se joue sans césure

Émanation du rêve

Paradoxe sans fard

Dans la transe des jours

 

Évocation du verbe dans la clarté embrumée

Des villes sous-jacentes

Oraison perdue dans l’annotation verbale

Des épithètes déchiffrées

 

Accessoires du vide dans le pari perdu

Des vigiles sans gages

Solstice sans fin des ans enchevêtrés

Dans la matricule du rêve

 

Érosion de l’âme enjambée par la frénésie

Des astres éventrés

Éclair de rage dans la version thématisée

Des voyageurs sans bagages

 

Magisters sans toge dans la séance des captifs

Carcasse du vent soufflant à corps perdu

Dans la végétation du Sahel

Rires obnubilés par le ressac de la Mer de sable

Au péril des roseaux liquides,

Enclaves des saisons déréglées

 

 

***

 

 

 

Écho d’un rêve fertilisé

Dans l’éprouvette de la folie de vivre

Dans la résonance des passions


 

Épanchement d’un cœur fortifié

Par la sève de l’amitié divinisée

Sous l’impulsion des éclats de rosée


 

Canular dans les arènes

Dans le bourdonnement du soir

Quand s’évanouissent les braises de la colère


 

Et les fleurs de la liberté croîtront

Dans le terreau du monde

Quand s’effaceront les lettres de désaveu

 

 

***

 

 

Sous les arcades du soleil

J’ai placé la pancarte

De mes rêves bleuis

Par les reflets de l’agate du temps


 

Dans les chromosomes des jours

Je découvre l’histoire

Des planètes disparues


 

Il fait bleu dans l’antichambre

Des astres, reposoir des archanges

Après la grand-messe aux aurores naissantes


 

Les pivoines du ciel sont déjà écloses

Et la sarabande du soir

Précède le festin des étoiles

 

***

 

Pour citer ces poèmes

  

Maggy de Coster, « Quatre poèmes d’In-version poétique/In-versione poetica », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 2  décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/quatre.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 12:02

 

Lettres & Arts

 

« La poésie, un cri jailli des profondeurs », Aimé Césaire.

 

Compte rendu de la célébration des 103 ans d'Aimé Césaire

 

 

Françoise Urban-Menninger

Membre de la revue LPpdm et de la SIEFEGP

Responsable de la rubrique Lettres & Arts

Blog officiel : L'heure du poème

Photographies par Claude Menninger

 

 

C’est la fulgurance de ce cri, sa magnificence qui ont été célébrés dans un vibrant hommage rendu au poète Aimé Césaire Le 25 octobre en soirée à la Maison de l’Amérique latine à Paris. Une fois de plus, Mona Gamal El Dine, Présidente de l’Association Isis Arts&Cultures, a su rassembler dans une même ferveur, universitaires, poètes, artistes, éditeurs dans le plaisir festif de savourer cette langue française dont Aimé Césaire disait qu’elle était « un outil magnifique ».

C’est ainsi qu’en présence de Christiane Taubira et de George Pau Langevin, anciennes ministres, Mona Gamal El Dine a ouvert cette manifestation exceptionnelle. Ozona Soyinka, porteuse du projet « 2003, année Aimé Césaire, Toi & Moi tous unis pour un monde meilleur », auteure de « Symphonies Nègres », ouvrage publié chez Idom Éditions, fut la première intervenante. Marie Du Pêcher lui succéda en chanson avec un texte d’Aimé Césaire « Dorsale bossale ». Philippe Tancelin, poète, directeur de collections de poésie aux Éditions de l’Harmattan, interpréta avec beaucoup de passion et de façon éblouissante des extraits de poèmes tirés de « Cou coupé », « Algues », « Ferrements », « Viscères du poème »... Son intervention fut suivie par celle du poète Daouda Keita, originaire du Mali, puis par celles de Daniel Cohen, écrivain, éditeur du livre « Du fond d’un pays de silence » rédigé par Lylian Kesteloot, spécialiste des littératures négro-africaines francophones, directrice de l’Institut fondamental d’Afrique noire, chargée de cours à la Sorbonne, également présente qui réaffirma avec force la place prépondérante du poète Aimé Césaire dans la littérature française.

© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger
© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger

© Photographies des poètes prises le 25 octobre 2016 par Claude Menninger

 

Maggy de Coster, fondatrice du « Manoir des Poètes », lut avec justesse et conviction son très sensible essai sur Aimé Césaire, s’appuyant sur son texte emblématique « Cahier du retour au pays natal ». S’ensuivit la lecture de divers poèmes « Barbare », « Soleil et eau » par le poète Alain Pizzera. Joséphine Laurens, violoniste, poète, offrit un moment de grâce au public avec ses interprétations de « Soleil serpent » ou de « Tam-tam » de nuit »... Jean-François Blavin, poète et nouvelliste parisien, poursuivit sur cette lancée avec les lectures de « Dits d’ errance » ou « Le temps de la liberté ». Catherine Jarrett, poétesse, lut sur un rythme incantatoire et soutenu l’un de ses écrits « Ma bête langue » tandis que Nadia Agsous fit découvrir à son auditoire l’hommage d’Edward Glissant adressé dans une lettre à Aimé Césaire alors que celui-ci était hospitalisé.

Mona Gamal El Dine et son fils Horus octroyèrent un bref mais intense et lumineux moment de poésie dans la lecture d’un poème d’Aimé Césaire, ils étaient accompagnés par Christian Gadré à la roue à vielle. D’autres participations s’enchaînèrent, celle de Rodrigo Ramis, originaire du Chili, celle bouleversante de François Fournet qui reprit avec talent un extrait des « Pur-sang ».

Bernabé Laye du Bénin avec « Fragments d’encres » et la lettre de Seghers à Aimé Césaire enrichit la soirée de même que William Mingau-Darlin dont on se doit de retenir cette superbe assertion : « Je ne suis pas venu sur la terre pour faire la guerre mais pour cueillir des fleurs ».

La séance s’acheva en apothéose avec le mini tour de chant d’Urbani Rinaldi qui enthousiasma le public avec ses interprétations en chansons et au piano de poèmes d’Aimé Césaire, Glissant, Pépin...

Ce soir-là, l’auditorium de la Maison de l’Amérique latine fit salle comble devant un public ravi, j’oserais dire comblé, heureux de fêter les 103 ans d’Aimé Césaire et de faire rayonner cette francophonie que le poète se plaisait à définir tel « un humanisme intégral qui se tisse autour de la terre ».

Une nouvelle fois, Mona Gamal El Dine, également Fondatrice des Poètes pour la Paix, a réussi le magnifique pari de réunir des poètes de différents pays dans une rencontre artistique autour des valeurs intemporelles, universelles qui transcendent toutes les frontières car la poésie est cette musique de l’âme dont Aimé Césaire confiait qu’« elle était en nous, en nous les hommes de tous les temps ».

 

***

Pour citer ce texte

  

Françoise Urban-Menninger, « "La poésie, un cri jailli des profondeurs", Aimé Césaire. Compte rendu de la célébration des 103 ans d'Aimé Césaire », photographies par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 1er décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/103.html

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 11:30

 

Poèmes inédits

Parution imprimée dans le hors-série 2016

Avant-première

 

 

« Les Versets simplifiés du soleil levant »

 

(extraits)

 

 

Maggy de Coster

 

Extraits publiés avec l'aimable autorisation de Maggy de Coster et des éditions du Cygne

 

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

 

 Ces extraits sont des poèmes inédits du recueil « Les Versets simplifiés du soleil levant », parution prévue aux éditions du Cygne en janvier 2017 avec la préface de Mario Selvaggio

***

2-

Que dire de tant de pensées stériles

Qui parsèment les lobes du cerveau

L’absurde gangrène les espaces de vie

Le verbe se fige dans le vide des convenances

La force des idées se perd dans les soubassements

de la colère

 

Les dires du coryphée se diluent dans les méandres

du désenchantement

Point de garde-de fou dans l’avant-scène : le péril se décrète

La nuit chasse le jour et tout recommence

 

La demande est instante

L’instant n’attend pas

La coupe se vide dans le vide

Et le vide se remplit du contenant et du contenu

 

29-06-16

***

5-

 

 

Je tends l’oreille pour écouter le souffle épique du vent

Il dédie la mélopée des hirondelles de mer

Aux marins happés par la furie des vagues

Les yeux rivés sur le firmament je découvre

La parade de l’arc-en-ciel et des rais de soleil après l’averse

Et le parfum de l’humus se révèle à mon l’odorat

Je goûte au sel de la joie en offrant une légère caresse

Aux éphémères coquelicots des champs

30-06-16

***

9-

 

 

Capter en douceur ces instants de lumière

Que projette le ciel par moments

Ces instants se dessinent comme des feux follets

Ou des formes folâtres voletant à la vitesse variable

Instants gradués à l’échelle des heures

Et qui défient la permanence de la monotonie

03-07-16

***

11-

 

 

Comme des herbes folles dans le parterre de la déraison

Les erreurs se découvrent dans les pages détachées

du livre des aveux

Alors il ne reste qu’ à céder à l’extrême pulsion du verbe agir

Pour s’épargner de l’ordalie de feu

Et laisser ondoyer l’oriflamme de l’amour

reviviscent sur le pavillon des cœurs,

remparts contre les vanités et l’aliénation conjuguées

4-07- 16

 

***

 

12-

Comment assainir les sentiers broussailleux

et retrouver les statuts des jours de paix ?

Je cache les pétales de joie dans les profondeurs de mon être

pour les épargner de la flétrissure

Je conjure à voix basse les revers du quotidien

Je lève ma coupe à la gloire de l’esprit sain

et je sautille en extase au clair du jour

 

Tant de fois inconnue à moi-même

je frissonne d’effroi au trot de mes pensées

dans l’antichambre de mon cerveau

Quel Prince convoquer à nos conciliabules

pour donner le ton à la plaidoirie des faibles ?

Ô nature immarcescible je t’adjure de nous être favorable !

4-07- 16

***

16-

 

 

Suturer cent fois la morsure du temps

Pour conjurer la mort sûre

Et ne pas prendre le mors aux dents

Quand s’écroule le radeau en mer étale

 

Ne pas laisser se répandre des libations de sang

Ne pas laisser fleurir des sentences de haine

Mais aux trois coups de brigadier

Laisser entrer le messager en scène

Pour faire allégeance à l’amour

07-07-16

 

***

 

18-

 

Je veux laisser pousser dans mon champ

Les glaïeuls aux couleurs de la victoire

Victoire-repoussoir du glaive de la guerre

Glaive-faucheur de l’innocence

Et déversoir de sang dans les entrailles de la terre

Terre-rempart des sacrificateurs

 

Quand auront germé les semences tardives

Combien serons-nous pour la fête de la moisson ?

 

08-07-16

 

Biographie

Maggy de Coster Journaliste de formation, écrivain, poète, traductrice, conférencière, anthologiste, parolière, Maggy De Coster, a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, tous genres confondus, après avoir fait un stage à Radio France –Hérault, elle a travaillé pendant plusieurs années pour le Journal de l’Ariège et d’autres journaux européens et internationaux. Ses poèmes sont traduits en 10 langues et publiés dans des revues et anthologies universitaires. En 2000, elle fonde la revue et association littéraire « Le Manoir des Poètes ». Elle intervient au lycée dans le cadre des forums sur les métiers de la presse, publie des essaies la presse. Elle est sociétaire de la Société des Gens de lettres (SGDL), membre du P.E.N. Club français. Elle fut membre du Conseil d’Administration de la Société des Poètes Français pendant neuf ans et rédactrice en chef de sa revue, l’Agora, pendant 2 ans. Elle a obtenu plusieurs prix et distinctions en France, en Italie et en Amérique latine. Elle est régulièrement invitée en Amérique latine à représenter la France en tant qu’auteure et conférencière et Le Collège Daniel Octavio Crespo de Panama lui a décerné le certificat d’Honneur et Mérite en 2012. Un de ses recueils de poèmes bilingue-français espagnol « Entre Éclairs et pénombre / Entre relámpagos y penumbras » ainsi que son recueil de nouvelles «  Au gué des souvenirs » publié aux Éditions du Cygne ont fait l’objet de mémoires d’études à L’Université de Cagliari en Sardaigne, sous la direction du Professeur Mario SELVAGGIO. Son recueil bilingue Avant l’aube/Antes que despunte el alba fait aussi l’objet d’un mémoire de maîtrise de L’Université de Cagliari en Sardaigne. Elle a traduit en français plusieurs poètes et romanciers latino-américains et plus d’une quarantaine de poètes français en espagnol pour une anthologie à paraître en 2017 aux Éditions Desnel.

 

***

Pour citer ces poèmes

  

Maggy de Coster, « ''Les Versets simplifiés du soleil levant" (extraits)  », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 1er décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/versets.html

 

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Dernière mise à jour : 2 décembre 2016 (biographie ajoutée)

Dernière mise à jour : 3 décembre 2016 (ajout d'une image et des détails sur la parution des poèmes en janvier)

Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 10:51

 

Poèmes

Parution imprimée dans le numéro spécial 2016

Avant-première

 

Aimer l’amour & Adieu homme

 

 

Dina Sahyouni

 

Membre de la revue LPpdm et de la SIEFEGP

Blog officiel : pan...

 

 

Aimer l’amour

 

 

Je viens aimer l’amour qui transpire de tes lèvres,

Je viens aimer l’amour qui soupire dans tes yeux,

Je viens d’oublier mon corps endormi dans tes mains,

Troubler tous les destins, autant que les chagrins,

Qui m’éloignent de toi.


 

Aime-moi maintenant, aime-moi encor/en corps.

Dors dans mes yeux, là où le printemps se perpétue.

Dors dans mon cœur, là où l’été embrase les mers

De l’univers.


 

Dors dans mes cheveux, là où les jardins de Jasmin

Fleurissent, et remplissent ton quotidien de leurs beautés

Éphémères : je suis l'être-poussière.

Aime-moi maintenant, aime-moi encor/en corps.


 

Je viens nicher dans ton être, aime-moi.

Je viens rimer ton corps de mots forts,

Aime-moi maintenant.. encor/en corps

Lorsque le soleil se couche et lorsque la lune s’endort,

Aime-moi maintenant, aime-moi encor/en corps.


 

Je viens les mains vides mais avides de ton bord.

Aime-moi au-delà des mots, de la mort,

N’oublie pas mes rimes: mon visage sonore

Que je t’offre en mélodies lointaines de l’Âge d’or

Aime-moi maintenant, aime-moi encor/en corps.


 

Je viens aimer l’amour qui respire par tes lèvres,

Je viens renverser toutes les Minerve

De ton ancienne vie, et vivre en toi, en pluie,

Durant des mille et une nuits.

 

Je viens t’aimer comme au beau vieux temps maudit

Où l’amoureux était pour toute la vie.

Je viens avide de ta lumière, en lanières

Me déposer sur tes joues.

Et au creux de ton cœur,

En douceur, préparer mon nid.

Aime-moi maintenant, aime-moi encor/en corps.

© DS, 2010

***

 Crédit photo : Saint Eulalia (1885) de John William Waterhouse. Domaine public, image trouvée sur Commons

 

 

Adieu homme

 

Adieu terre promise, pensées sauvages, et rêves enfantins

Dieu des contemporains lui pardonnera tous ses pêchés d'être volage

Immanent ou transcendantal, Cosmos et dieux païens...

Eulalie de tous les temps, Eulalie des cieux miroirs de Téthys

Ursule se plaint encor dans sa tombe lointaine…

© DS, inédit 2016

 

***

Pour citer ces poèmes

  

Dina Sahyouni, «  Aimer l’amour » & « Adieu homme », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 1er décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/adieu.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros

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