18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 16:48

 

 

Lettre n°15 |  Eaux oniriques... | Biopoépolitique | Réflexions féministes sur l'actualité

 

 

 

 

 

Inutile [enfer]tile

 

 

​​

 

 

CAM[...]ILLE

 

 

 

 


 

Je me présente, au moins vous serez témoins :

J’ai été privée de ce qui devait être un besoin

Je suis celle qu’on plaint, celle qu’on fuit au loin

Je ne suis pas une femme dite « accomplie »

Chaque mois mon bas-ventre me rappelle, maudit,

Que j’ai lamentablement échoué dans ma vie

Mes entrailles me font lâchement défaut

Et ne veulent pas porter de marmots

Faisant sombrer mon quotidien dans le chaos

 

Je me revois, enfant rêvant d’enfants ;

Déjà pas très grand, on nous apprend

Que pour être heureux, plus tard apparemment

Il faut impérativement être parent

— On conditionne le bonheur indécemment

Une femme a un avenir de maman

C’est tout ; sinon cet être humanoïde handicapé

Sera un poids inutile pour la société

Se révolter est synonyme de malhonnêteté

 

Ô toi, maternité triomphante !

Ô toi, femme qui enfante !

Ô vous, regards et jugements implacables !

Voyez, admirez à quel point je suis une incapable !

À force, je ne sais même plus qui est coupable

Entre les normes sociétales inconscientes et moi,

Tant d’injustice, j’ai honte et peur à la fois

— Parce que donner la vie aurait été trop beau

Mais ma chair me refuse ce cadeau

 

J’ai l’intime conviction que ma vie de femme stérile

Se résume alors à des actions qualifiées de futiles

Inapte à reproduire la fin des contes de fée

Suis-je donc réduite à mon incapacité ?

Même la science m’abandonne et ne peut me sauver

Après avoir été un objet médical, encore et encore

Cette horrible machine qu’est mon corps

Ce déchet malade, anormal, défectueux

Par trop haïssable à mes yeux

 

Mais j’ai surtout trahi pour toujours

Cet Autre que j’appelle amour

Qui, patient, chaque jour à mes côtés

Supporte mon anxiété et ma mauvaise santé

M’assiste dans cette épreuve du deuil de ma maternité

Jamais je ne pourrai à mon tour pouponner

Et par ma faute lui aussi est condamné

Devenus des robots à copuler pour procréer

On en oublie la douloureuse douceur d’aimer


 



 

Je suis terrifiée à l’idée de précipiter sa perte ; Muet,

Son visage hurle ses démons, ses regrets sont mon reflet

Son regard me rappelle constamment toute notre misère

Il faudrait qu’il parte pour s’économiser cet enfer

Mon infirmité va lui aussi l’enfermer et le briser

Je ne suis digne ni de lui, ni de personne en réalité

Pas de p’tit chérubin, de petiot, de p’tit gamin

Il faudra sceller notre histoire sans la création d’un être humain

Avec en prime mon affolante culpabilité entre les mains

 

Il est de ces blessures qu’on ne peut réparer

De ces meurtrissures qu’on ne peut réconforter

Et des cassures qu’on ne peut jamais combler

J’ai perdu une chose que jamais je ne pourrai posséder

Ce vide en moi, cruel, me persécute infiniment

La nature a gagné ; alors quoi, maintenant ?

Serais-je une erreur qu’elle a produite, sans le projeter ?

Solitaire involontaire, j’ai subitement réalisé

Que j’avais été comme dépossédée de ma féminité

 

Où que j’aille, je me sens physiquement incomplète

Plantée là, anéantie devant ces mamans parfaites

Ma vue se trouble de chagrin jaloux et de sourde rage

Mais ainsi que leurs mômes, je dois rester sage

Mes pensées endeuillées de l’image d’un enfant

Le fantôme de mon bébé pour toujours absent,

C’est tellement dur qu’il me hante tout le temps

Comme s’il était né sans rester, dans mes crises de folie pure

Ça me permet d’un peu lutter contre cette sociale dictature

 

Souvent dans mon lit, très tard le soir

Je me torture l’existence avec de sales cauchemars

Aussi sales que ces flots rouges qui me font pleurer

Je ne suis pourtant pas qu’un corps qu’il faut engrosser

Je suis tellement épuisée d’un tel combat à mener

Ils ont créé un manque atrophié que j’aurais pu éviter

On essaie de me faire croire que j’ai péché

Alors que je suis seulement née, et j’ai dû tout endurer

Je crois que… j’ai le droit de me pardonner…




 

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe sur la stérilité et sur l'injonction d'être mère ou de la maternité 

 

CAM[...]ILLE, « Inutile [enfer]tile », poème féministe inéditLe Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 18 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/camille-inutile

 

 

 

 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 17:05

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

Mer infamilière

 

 

​​

 

Texte de

 

Carole Clotis

 

 

Œuvres artistiques de

 

Poline Harbali

 

Site officiel

 

 

 

 

© Crédit photo:  Poline Harbali, Série Le Damas des autres, no 1.

 

 

« Et ce jour-là les grands vaisseaux, 

Fuyant le port qui diminue

Sentent leur masse retenue

Par l’âme des grands berceaux. »

Gabriel Fauré, Sully Prudhomme, Les berceaux

 

 

 

 

 

 

Lointaine tache d’huile toujours en devenir autre

Ligne fragile et accaparante

Ô ferry de l’enfance jeune fend chacun derrière ses armes, parfois

Revenu de soi on pourra dessiner 

Sur les mythologies familiales répétées en écume trop épaisse

S’y engouffrer et mettre une croix sur un visage connu

On y peint en rouge rappel d’un maillot rayé 

Veines vives en fratrie ou réseau augmenté des couleurs éteintes

Les chausses des dames anciennes toujours vues portées sous les chevilles enflées,

Qui ont eu un jour les cheveux noirs de là-bas

C’est toujours ce qui retient si tangage et rien autour,

Point hanté de l’univers

Toujours d’autres eaux à vêtir entre le proche et le lointain

Partir comme ouvrir une mer, l’immensité venue d’une faille

 

 

© Crédit photo:  Poline Harbali, Série Le Damas des autres, no 2.

 

 

 

Saignée blanchâtre entre toi et devant

L’albatros pélagique qui fiente dans l’Éternel

C’est toi qui vogues avec ton atavisme

Ça fume en ton vaisseau cheminée au visage maternel 

Tu penses l’ailleurs sous cette cape une main sur la cuisse 

Du père ou du frère la chair en point d’appui

Tes gouttes encrées pleuvent ce que tu es

À la proue tu écris une mer noire et deviens le monde 

 

Nouvel Euphrate tranché dans les flots déjà là 

Parce que tu suis et sèmes en chemin ton chez-toi

Tu traces tes cieux en traits étiques à l’horizon

Là naît le neuf nouveau-né ou l’adieu aux empreintes

Tu sais l’abysse utérin devenir loin

Qu’on oubliera les dates anniversaires de l’enfant regardé, 

Vieilli dans sa peau, incarné, passé

Abandon dernier des vivants hors de ses eaux premières

Tu sais l’âme jamais noyée dans le trop grand

Parce que mille bouées discutent, flottent, ayant posé leur marque

Traversé l’immuable, fait bouger et peut-être écaillé, fait changer son visage

 

Alors tu peux converser en fauteuil l’horizon dans le dos.


 

©CC

 

 

* Ce poème est écrit d'après deux œuvres de l'artiste franco-syrienne Poline Harbali. Les deux œuvres sont tirées de sa série "Le Damas des autres", voir le lien vers son site et en particulier cette série : https://www.polineharbali.com/Le-Damas-des-autres

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique 

 

Carole Clotis« Mer infamilière », poème inédit d'après les œuvres artistiques de Poline HarbaliLe Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 12 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/cc-merinfamiliere

 

 

 

 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 14:37

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie

 

 

 

 

 

 

Désirance

 

 

​​

 

Véro Ferré

 

 

 

Tout doucement je m’efface,

Peu à peu je deviens transparente,

Imperceptiblement, je n’ai plus d’existence,

Comme si vieillir était une indécence.

 

 

Vos tempes grisonnantes sont élégance,

Mes mèches argentées négligence,

Votre désir de fleur de l’âge est légitime,

Mon entrejambe palpitant inconvenant.

 

 

Vous m’avez inculqué la honte de vieillir,

Je devrais user de mille artifices,

Camoufler les traces laissées par les années,

Pour, un tant soit peu, vous épargner.

 

 

Votre regard méprisant me fait vieille,

Je vous rebute, je vous révulse,

À vous renvoyer à votre propre finitude,

Il est plus aisé de me disqualifier.

 

 

Puisque rien ne sert de lutter, j'acquiesce

Je n’abdique pas, j’accueille

Ma peau parchemin, ses mollesses,

Ses taches avec une infinie tendresse.

 

 

Vous me voulez invisible,

Je ne me cacherai pas.

Mon désir devient inaudible,

Je n’y renoncerai pas.

 

 

Éros n’est jamais périmé,

Le feu entre mes cuisses rougeoie,

Mon désir palpite et crépite,

Mon automne sera flamboyant.

 

 

Osez à présent me regarder

Le rideau n’est pas encore tombé.

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe d'amour 

 

Véro Ferré« Désirance », poème  féministe d'amour, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 11 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/desir/vf-desirance

 

 

 

 

 

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 12:33

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques  | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

 

Une féministe

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

​​​​Crédit photo :Pluie sur une toile d'araignée Commons, domaine public.

​​​​​​

 


 

En mémoire de Simone de Beauvoir 


 

Loin des yeux, du cœur, des cieux, les cris étouffés des affamées de justice se propagent parmi les hommes. 

Elle, telle une assoiffée, buvait les bouquins des bibliothèques, se cachait aux plis des pages, narguait les puissants, bavait devant la mer de toutes les mères… Crachait sa colère en méduse aux mille serpents. "Gorgone, catin, mal baisée", on lui hurlait au visage. 

Son corps tel un tableau de Picasso sonnait la fin de leur règne… 

Son visage comme une toile de Marie Laurencin, illuminait le ciel du matin. 

Cette moderne Diane ne chasse, ne pourchasse que l'encre noire du mâle. 

La mère des mers vaguait au loin sur les écumes des pages jaunies par le temps, au coin de l'œil… 

Elle restait seule, seulette, esseulée telle Christine de Pizan, telle une larme amère placardée sur un monochrome bleu fait des mots de nos maux.

 

©DS.

 

 

Poésie engagée 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe

 

 

Dina Sahyouni, « Une féministe » poème féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 7 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/ds-unefeministe

 

 

 

 

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