N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Sourires & rires féministes / Poésie des aïeules | Travestissements poétiques
Les inconvénients du suicide
Poème choisi, transcrit & commenté brièvement pour cette revue par Dina Sahyouni
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Crédit photo : Noël Coypel (1628-1707), allégorie mythique de « L'Abondance » (1700), peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le Web.
L'autre jour, certain misanthrope,
À deux mains tenant son menton,
Disait : « D'après mon horoscope,
Je dois mourir sans rejeton.
Si je dispose de mon être,
Du genre humain je me dépêtre.
Le suicide est radical...
Vivre malgré soi, ça fait mal.
« Je puis choisir entre la corde,
Le pistolet et le poison ;
Au besoin même je m'accorde
Et la rivière et le charbon.
Pendons-nous, sans plus de harangue...
Comme je vais tirer la langue !
C'est mourir comme un animal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Faisons-nous sauter la cervelle,
C'est un moyen expéditif...
J'appuierai sur la chanterelle
De cet instrument portatif...
Mais non, malgré moi je m'arrête,
Dans un instant ma pauvre tête
Serait à jour comme un fanal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« De poison prenons une dose...
Il suffit d'un peu d'arsenic,
Mêlé d'un doigt de couperose
Que je distille à l'alambic.
Mes veines seront desséchées,
Mais j'aurai d'horribles tranchées
Dans le conduit intestinal...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« M'y voici, je me détermine :
C'est le charbon qui me sourit ;
J'en allume plein ma terrine,
Et j'attends la mort dans mon lit...
Mais si j'ai de fortes nausées,
Mes artères seront brisées,
J'aurai le transport cérébral...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Afin d'abréger ma souffrance,
Il vaut mieux me jeter à l'eau.
Oui, mais je vais courir la chance
D'être accroché sous un bateau.
Si par hasard je me ravise,
Avec l'habit et la chemise
J'y puis laisser mon os dorsal !...
Rien que d'y penser, ça fait mal.
« Comme ma vue est obscurcie !
D'où me vient donc ce tremblement ?
Une attaque d'apoplexie
Me frappe-t-elle en ce moment ?...
J'ai contre la mort, qui m'approche,
De l'éther, des sets dans ma poche.
Vite, éloignons à l'instant fatal...
Rien que d'y penser, ça fait mal. »
Le poème d'humour transcrit ci-haut est un extrait, il provient de FLEURY, Élisa (Madame), Album de poésies et chansons, par Mme Élisa Fleury, 2ème édition, Paris, Imprimerie Simon RAÇON et CIE, 1858, pp. 52-54. Le recueil cité appartient au domaine public. Ce joli poème où la poète use du travestissement poétique indirect au masculin en narrant puis en faisant parler son personnage et de la figure poétique de l’énumération pour lister les moyens connus pour se suicider représente une manière humoristique efficace pour dépeindre l'autoportrait caricatural du misanthrope réaliste du XIXe siècle. Il consitue ainsi un échantillon du matrimoine de la poésie humoristique et caricaturale du typage sociologique en poésie comme de la Sociopoétique.
***
Pour citer ce poème humoristique de l'aïeule & illustré
Élisa Fleury (1795-1862), « Les inconvénients du suicide », poème de FLEURY, Élisa, Album de poésies et chansons (1858), choisi, transcrit & commenté brièvement par Dina Sahyouni, peinture par Noël Coypel (1628-1707), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 21 décembre 2025. URL :
https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fleury-inconvenientsdusuicide
Mise en page par David
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