11 août 2025 1 11 /08 /août /2025 17:25

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Florilège | Revue Poépolitique | S’indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages 

 

 

 

 

 

 

 


Je ne vous sauve pas

 

 

 

 

 

Poème engagé par

 

 Kristen Fra Skoven

 

 

 

 

 

Crédit photo : Artiste anonyme, allégorie de la « Paix », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran faite par LPpdm de la photographie libre de droits du site Commons.

 

Genèse du poème

 

C’est un poème de veille.
Écrit dans une nuit d’insomnie face à la guerre, il ne cherche pas à dénoncer, mais à veiller.
Il parle du décalage entre ceux qui meurent et ceux qui vivent, de la honte de regarder sans pouvoir agir, et de l’amour silencieux qu’on porte à distance.
Ce n’est ni une prière, ni un manifeste. C’est une veille obstinée, une tentative de tenir la mémoire quand tout s’effondre.

 

 

Je ne vous sauve pas

 

 

Je ne dors plus.
Je ne peux pas.

 


Pas pendant qu'on ramasse
des lambeaux d'enfants
dans la poussière d'une route éventrée.

 


Pas pendant qu'on filme.
Leurs pleurs,
leurs plaies,
leurs os secs et brisés,

 


Qu’on regarde,
s’insurge, zappe,
et oublie.

 


Moi je suis là.
Avec indécence, je vis.
Dans une maison intacte
entourée d’enfants vivants.

 


Et pourtant,
un feu intérieur me brûle.
Parce que les vôtres
vous ne les reverrez plus.

 


Parce que nous les tuons,
à ciel ouvert,
à sol fermé,
Avec nos armes,
Nos lunettes noires
nos ventres pleins.

 


Oh non, je ne débats pas.
Je me bats.
Avec les mots que j’ai
et le courage que je n’ai pas.

 


Je pleure avec les mères,
vidées de leurs larmes,
dépossédées de leurs voix,
mortes de tirs
ou de chagrin.

 


Des mères qui enterrent
une semelle brûlée,
un membre identifié,
ou juste un nom.
Hurlé.
sur la terre imbibée de sang.

 


Ils auront vécu
cinq minutes,
cinq semaines,
ou cinq ans.
Ont levé les yeux vers le ciel,
Ont vu les étoiles s’écraser.

 


Et puis, la lumière s’est éteinte.
Pas doucement, non.
Dans le bruit,
la fureur
et la rage.

 


Je vous écris
parce que mon humanité crie
et que le monde
m’empêche d’hurler.

 


Je vous écris des mots
que vous ne lirez jamais
Vous suppliez des noms
Que notre silence tait.
Et moi, je ne vous sauve pas

 

© Kristen Fra Skoven

 

Biographie  
 

Kristen FRA SKOVEN est le nom d’écriture d’une autrice franco-lusophone.
Née ailleurs, élevée ici, elle traverse les langues comme on traverse une perte.
Son écriture parle de soin, d’effondrement, de mémoire, de maternité, et de justice.
Elle publie à sa manière, hors des grands circuits, mais au plus près des plaies du monde.
Elle écrit sans étiquette, sans carte d’entrée, mais avec une boussole intérieure.

***

Pour citer ce poème engagé & pacifique

 

Kristen Fra Skoven, « Je ne vous sauve pas », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 11 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/kfs-jenevoussauvepas

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III▼ Lien à venir

4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 16:09

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & Réception | Astres & animaux / Nature en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Critiques poétiques & artistiques  

 

 

 

 

 

 

 


« Soleil basalte » : la poésie vive de Nora Atalla

 

 

 

 

 

Texte & images par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée par l’artiste Pierre Zanzucchi du recueil de poèmes intitulé « Soleil basalte » de Nora AtallaCapture d’écran de l’image de la page Facebook de la poète, 2025.

 

 

La poète québécoise d’origine gréco-libanaise Nora Atalla revient avec « Soleil basalte », un recueil intense et profondément humain, publié aux Éditions Unicité.

 

 

Dans une langue sobre et tranchante, elle y interroge les déracinements, la violence du monde, mais aussi les lueurs de résistance. Chaque poème s’inscrit comme une matière vivante, entre terre, feu et mémoire, et fait entendre la voix de celles et ceux que l’histoire efface trop souvent.

 

 

Les œuvres de l’artiste Pierre Zanzucchi accompagnent les textes, prolongeant ce dialogue entre la parole poétique et les formes de l’indicible.

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poète québécoise d’origine gréco-libanaise Nora Atalla. Capture d’écran de l’image de la page Facebook de l'auteure.

 

Avec « Soleil basalte », Nora Atalla poursuit son œuvre de veilleuse : une poésie lucide, habitée, minérale, qui creuse la nuit sans jamais renoncer à la lumière.

 

© Hanen Marouani

 

Soleil basalte, Éditions Unicité, 2025, ISBN : 978-2-38638-208-6

 

 

Lien vers la page officielle dédiée au recueil de Nora Atalla :

ÉDITIONS UNICITE | Nora Atalla | Soleil Basalte

—————

Pour citer ce texte illustré, engagé & inédit

 

Hanen Marouani, « « Soleil basalte » : la poésie vive de Nora Atalla », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 4 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-soleil

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros ▼ Liens à venir

29 juillet 2025 2 29 /07 /juillet /2025 15:50

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception  | Revue culturelle des continents

 

 

 

 

 

 

 

 

Les journées trinationales de

 

littérature à Allschwil en Suisse

 

 

 

 

 

 

Chronique de

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Photographies par

 

Claude Menninger

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger, « Françoise Urban-Menninger récitant ses poèmes »  dans le festival « Les journées trinationales de littérature » au Museum d’Allschwil en Suisse, juin 2025.

 

 

C’est un véritable festival de littérature des trois pays (France, Suisse, Allemagne), où les langues du Dreyeckland ont été mises à l’honneur et fêtées durant deux journées les 28 et 29 juin, qui s’est déroulé au Museum d’Allschwill, une maison à colombages jouxtant un magnifique espace vert baignant dans l’ombre d’un immense noyer, un lieu idyllique dédié à la culture et au patrimoine et dont l’âme a imprégné les lectures des écrivain(e)s invité(es).

 

Soutenues par l’association Fachwerk d’Allschwil et sa logistique ainsi que par divers organismes comme les Fonds-Basel-Stadt, ces rencontres littéraires étaient organisées pour la deuxième année consécutive, après l’Allemagne à Weil am Rhein en 2024, c’est la Suisse qui les a accueillies sur deux jours et, bien évidemment, la France prendra le relais l’an prochain, très certainement dans la ville de Saint-Louis.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, « Une intervention de Victor Saudan » dans le festival « Les journées trinationales de littérature » au Museum d’Allschwil en Suisse, juin 2025.

 

 

Victor Saudan, enseignant et écrivain suisse vivant en Alsace, initiateur de la topopoésie, en est le fondateur et le co-organisateur, il a présenté l’esprit dans lequel ces rencontres étaient conçues, celui de rapprocher autour de l’amour des langues et de l’écriture, les auteur(e)s d’une même région. Cet esprit, c’est celui que l’on retrouve, sans nul doute, dans la Revue Alsacienne de Littérature, cofondée par Auguste Wackenheim, Jean-Claude Walter, Adrien Finck, le concepteur de la triphonie où le français, l’allemand, l’alsacien se côtoient et instaurent des ponts entre les langues et les pays à l’instar du pictogramme dessiné par Camille Claus et repris sur les couvertures qui changent de couleur à chaque publication comme l’a rappelé l’une des autrices de cette revue, membre du comité de rédaction, Maria-Eva Berg qui en a évoqué les grandes lignes et rappelé les projets en cours. Pour la première soirée, Pierre Kretz et Françoise Urban-Menninger représentaient la France, Emilia Lang et Kathrin Ruesch étaient les voix de l’Allemagne tandis que celles de Daniela Dill et de Friederike Kretzen étaient celles de la Suisse. Un auditoire attentif a apprécié ce bouquet linguistique haut en couleur avant d’échanger autour d’un verre dans le jardin où se sont prolongées près de la fontaine ces rencontres enrichissantes.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, « Une lecture de Gerold Ehrsam dans le jardin » au festival « Les journées trinationales de littérature » au Museum d’Allschwil en Suisse, juin 2025.

 

 

Le lendemain matin, après une séance d’atelier d’écriture proposée en allemand et en français par Sandra Engelbrecht, c’est dans le jardin que les lectures de Laurence Muller Brand et Gerold Ehrsam ont rassemblé un public toujours autant charmé et qui a été totalement surpris et ravi dans la salle du musée par les écrits de Monika Schumacher sur le thème du tango, illustrés par les prestations époustouflantes de deux tangueros ! Après la lecture d’Irène Steiner et la pause méridienne, deux performances étaient programmées. L’une avec Martin O.Koch, Johanna Gerber, Clara A’Campo, l’autre avec Daniela Engist, Till Berger et Tabea König.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, « Monika Schumacher avec le couple de tangueros sur la scène » du festival « Les journées trinationales de littérature » au Museum d’Allschwil en Suisse, juin 2025

 

Quant au final, ce fut une envolée de textes lus et accompagnés par la talentueuse Barbara Gasser au violoncelle. On a pu écouter ainsi Victor Saudan, Maria-Eva Berg, Marie-Yvonne Munch, Peter Woodtli, Wernfried Hübschmann, Liesa Trefzer, Daniel Zahno, Malte Fues, Maria Marggraf....

 

© Crédit photo : Claude Menninger, « Kathrin Ruesch & Pierre Kretz au jardin » dans le festival « Les journées trinationales de littérature » au Museum d’Allschwil en Suisse, juin 2025.

 

 

N’oublions pas que dans le cadre de ce festival, toute la journée du dimanche un « English Stage » était également annoncé dans le jardin de Susi Lyon à Allschwill avec la participation de Tak Erzinger, Jeanne Darling, Rylla Resler, Sabine Adler, Semi Citcle 2025 et le duo Welsh Kates.

 

 

Ce festival littéraire exceptionnel destiné à tisser des liens forts entre les auteur(e)s du Dreyeckland entre Jura, Vosges et Forêt Noire est incontestablement l’événement trinational (TRINA) le plus important de la région européenne du Rhin supérieur dont on attend déjà avec impatience la prochaine édition et la nouvelle programmation de 2026 ! Gardons pour l’heure et en mémoire cette merveilleuse assertion de Victor Saudan « La poésie crée un lien fort entre les humains et leur permet de dépasser leur isolement existentiel ».

 

© Françoise Urban-Menninger

 

***

Pour citer ce texte inédit & illustré

 

Françoise Urban-Menninger, « Les journées trinationales de littérature à Allschwil en Suisse » avec des photographies par Claude Menninger, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-journeestrinationalessuisse

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

29 juillet 2025 2 29 /07 /juillet /2025 15:16

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

 

 

 

 

 

Petit Loic, prince de ta vie

 

 

 

 

 

 

Poème & photographie par

 

Berthilia Swann

Poétesse & autrice engagée

 

 

 

 

© Crédit photo : Berthilia Swann, image du visuel officiel des « Ateliers d'arts plastiques de l'association Tous tes rêves ».

 

 

Petit Loïc deviendra grand

Au cœur de beaux sentiments

D’amour de joie, de paix donnée

Riche en créativité. 


 

Petit Loïc

À l'âme douce d’enfant

animée de jeux et d’histoires récitées

De regards purs, aux intentions partagées

D’un soi sincère, d’une immense sensibilité.

 

 

Petit Loïc

Prince de ta vie

Marche, avance, de tes idées nous éblouis

Tel que tu me l’as dit et bien promis.*

 

© Berthilia Swann, été 2025.

 

 

* Ce poème est un hommage à l'un des élèves avec lequel j'ai eu l'immense bonheur de travailler ces dernières semaines en atelier d'arts plastiques par le biais de l'association « Tous tes rêves ».

Un petit garçon doux et sensible, rempli d'inspirations et de belles créativités. Nos "au revoir !" ont été fort en émotion tant le contact humain était pur et authentique. C’est un petit ange parmi tant d'autres pour qui tendre une main vous donne l'envie de créer un tout nouveau monde de partage et de paix.

 

© Berthilia Swann

***

Pour citer ce poème illustré, engagé & inédit

 

Berthilia Swann (poème & photographie), « Petit Loic, prince de ta vie », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/swann-princedetavie

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 17:24

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Entretiens poétiques, artistiques  & féministes | Dossier | Articles & témoignages | Poésie & littérature pour la jeunesse & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Entretiens

 

 

 

 

 

 

 

 

Aïda Hamza :  « La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle. »

 

 

 

 

 

 

Entretien avec une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poétesse Aïda Hamza : lors d’une séance de dédicace.

 

 

Contexte

 

C’est dans le cadre d’un atelier d’écriture animé par Alain Mabanckou, à Tunis, qu’Aïda Hamza s’est révélée au public présent par la force singulière de ses poèmes. Des échanges spontanés, menés à la fois sur place et à distance, ont progressivement permis d’approfondir les lignes de force de son univers poétique. L’entretien qui suit est le fruit de ce dialogue continu, mené jusqu’en février 2025.

 

 

Entrevue

 

Hanen MAROUANI. Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que poétesse et écrivaine ? Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire ?

 

Aida HAMZA. En fait mon histoire est assez particulière, comme peuvent l’être toutes les histoires. J’ai toujours eu un goût pour les lettres françaises, j’ai fait des études commerciales à l’IHEC Carthage à Tunis et j’ai intégré le secteur bancaire. Je n’ai pas vraiment réussi à m’intégrer dans ce nouvel univers, même si mes études supérieures me destinaient à cela. J’ai ressenti alors fortement le besoin de respirer, de me trouver un autre poumon, et je l’ai trouvé dans l’écriture. Chaque jour, entre ces murs trop blancs, et ces bureaux bien alignés, dans cet univers froid, je prenais une feuille blanche et j’écrivais des pensées, des réflexions. Ces quelques lignes me suffisaient pour exister.

Au bout d’un moment, les feuilles s’entassaient et je ne savais pas que cela serait le début de mon parcours de poète, d’auteur. Un jour, j’ai vu un appel dans le journal pour faire partie de l’anthologie des femmes poètes francophones. Il fallait envoyer 45 poèmes. À cette époque, je n’avais à mon actif que deux ou trois poèmes, un peu comme tous les amateurs de poésie, il me semblait. Je me suis attelée à la tâche, sans réfléchir, et pendant trois jours, j’ai écrit 45 poèmes à la file, sans reprendre ma respiration. En fait, tout était déjà mûr en moi. Il n’y avait pas de ciel bleu, ni d’oiseaux, ni de paysage romantique autour de moi pour écrire. Tout le bleu du ciel était en moi : « je n’aime pas fermer les fenêtres, le bleu du ciel est dans mon être ». 

 

J’ai été acceptée et j’ai fait partie de l’anthologie des femmes poètes francophones tunisiennes, et cela a été le début de ma carrière littéraire et de mon parcours de poète. J’avais besoin d’exister quelque part, de prendre pied dans un univers où j’avais de la difficulté à trouver ma place, et la poésie a été mon tapis magique, « mes ailes de géant ». Depuis, je n’ai pas arrêté d’essayer de nouveaux genres d’écriture : poésie, slam, conte pour enfants, roman, nouvelles, et même scénarios de bandes dessinées.


 

H.M. Quelles thématiques ou sujets vous inspirent le plus dans votre écriture ?

 

A.H.  Ce qui m’inspire le plus, c’est notre lien avec la nature, le cosmos, l’amour. Les mots me fascinent et font partie de mes sujets de prédilection. Transformer une histoire vraie, des émotions, une joie profonde ou une douleur, en roman ou en poésie. Je n’ai pas de sujets particuliers. J’écris quand je suis touchée, quand j’ai besoin d’avancer dans la vie. L’écriture nous permet de mieux nous comprendre aussi et d’avancer vers l’autre.Certaines personnes ont du mal à croire dans le pouvoir des mots, et pourtant les mots nous donnent un pouvoir. C’est la magie de l’écriture.

 

H.M. Comment décririez-vous votre style littéraire et quelles influences ont façonné votre voix en tant qu'écrivaine ?

 

A.H. Je fais de la prose, des vers libres. J’aime me sentir libre dans mon écriture et pousser les mots à enfanter des images. J'ai beaucoup lu depuis que je suis toute petite. J’étais souvent plongée dans les livres, à tel point que mon père ne croyait pas que je lisais tout cela. Il me disait : « Mais tu les avales les livres, ce n’est pas possible ! ». Je lisais les livres qu’achetaient mes amies, avant même qu’elles ne les ouvrent. Je lisais en français, tout y est passé : bibliothèque rose, bibliothèque verte, livres de poche, Pearl Buck, les sagas, Marcel Pagnol, les bandes dessinées : Bleck le roc, Zembla, les romans photos… Tout était bon à lire et à m’emporter dans d’autres univers.


 

H.M. Avez-vous des collaborations avec d'autres artistes ou écrivains ? Si oui, pouvez-vous nous en parler ? 

 

A.H. Oui, j’ai vécu des collaborations avec des artistes. Par exemple, j’ai eu une expérience avec une dessinatrice pour illustrer un de mes contes pour enfants. C’était très enrichissant parce que je voulais contribuer à donner vie, par le dessin, au personnage que j’avais créé. Nous avons discuté ensemble, sans entraver sa liberté de création, et elle a respecté mes idées. C’était une fille intelligente qui a pris avec moi le risque de réaliser cette œuvre, alors que nous n’avions encore ni éditeur, ni argent.

 

Ce conte, "Mahbouba la coccinelle gourmande", parle de la vie des insectes dans la forêt. Il a eu un grand succès auprès des écoles, car la protection de l’environnement faisait partie de leur programme. Les instituteurs et institutrices en ont fait une pièce de théâtre avec leurs élèves et l’ont présentée à des concours. C’était extraordinaire et valorisant de voir ce que les enfants ont fait de mon histoire et de voir mon conte vivre de cette manière. J’ai vécu une autre expérience quand j’ai écrit des scénarios de bande dessinée, en collaboration avec des dessinateurs. C’était aussi formidable de voir mon personnage prendre forme, avoir un visage, un caractère. J’ai essayé récemment d’écrire un livre à quatre mains, avec un ami qui n’est pas écrivain, mais il était très intéressé par l’aventure. Je voulais vivre une nouvelle expérience d’écriture et c’était enrichissant, car l’écrit dévoile ce que ne peut dire la parole parfois. Pour le moment, nous ne dépassons pas les quinze pages, ce qui me fait un peu douter de son engagement et me conforte dans l’idée que l’engagement est le principal moteur de toute œuvre.


 

H.M. Quels sont les projets littéraires sur lesquels vous travaillez actuellement ou que vous avez récemment achevés ?

 

A.H. J’ai publié récemment un récit qui relate le parcours de ma mère de 1930 à 2020, traversant les époques de la colonisation française, l’indépendance de la Tunisie avec notre premier président, puis la dictature et la révolution. J’achève actuellement un recueil de poésies, car cela faisait longtemps que cette œuvre n’arrivait pas à voir le jour, du moment que les poésies sont volatiles et qu’elles se fixent difficilement quelque part. J’ai aussi l’intention de faire paraître un recueil de nouvelles que j’ai écrit avec ma mère, de son vivant. J’aimerais bien mettre mes poésies en musique aussi.

 

 

© Crédit photo : Distinctions & œuvres de l’autrice Aïda Hamza (conteuse, écrivaine, poétesse...), image no 1.

 

 

H.M. Avez-vous reçu des prix ou des distinctions pour votre travail ? Comment cela a-t-il influencé votre carrière ?

 

A.H. Oui, j’ai reçu quelques distinctions pour mon travail :

— Conte : « Mahbouba la coccinelle gourmande », publié chez MC Édition.

— Premier prix de Slam Tunis scène libre, avec l’association Accro, avec « Slamer c’est aimer ». —

Mention spéciale du jury pour le concours de films « Écrire pour l’écran ».

Les prix valorisent notre travail et nous apportent de la satisfaction. C’est une forme de reconnaissance que j’ai souvent cherchée, mais ils ne nous encouragent pas spécialement à travailler plus.


 

H.M. Quelles sont les œuvres littéraires qui vous ont le plus marquée et qui ont influencé votre écriture ?

 

A.H. Tout ce que j’ai lu ou dévoré depuis mon jeune âge a contribué à faire la personne que je suis aujourd’hui. On a toujours besoin d’une part de rêve. Parmi les livres qui m’ont marquée, depuis les livres pour enfants : « La petite fille aux oiseaux », et des romans comme « La mère » de Pearl Buck, « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, et plus récemment « Tant que le café est encore chaud » d’un auteur japonais. J’apprécie les écrivains qui ont de la rigueur dans l’écriture, la beauté des images, et une immense sensibilité. J’apprécie les poètes comme Nizar Kabbani, Mahmoud Darwich, Paul Eluard, Louis Aragon, Victor Hugo, Charles Baudelaire. Puis plus actuel, j’apprécie les slameurs comme Grand Corps Malade et Anis Chouchène, slameur au verbe fort en arabe littéraire.

 

H.M. Comment percevez-vous la scène littéraire tunisienne et francophone actuelle ? Y a-t-il des écrivains ou poètes que vous admirez particulièrement ?

 

A.H. La scène littéraire tunisienne francophone évolue et de plus en plus de livres en langue française sont publiés, ainsi que des prix pour récompenser les œuvres, ce qui est encourageant. Beaucoup d’auteurs se sont affirmés dans ce domaine. Toutefois, publier en Tunisie n’est pas une œuvre facile, même pour des auteurs confirmés. Il faut vraiment croire en soi et être persévérant pour se frayer un chemin. À mon avis, les organismes qui sont censés représenter la francophonie en Tunisie ne font pas grand-chose dans ce sens (ex : organisation de concours littéraires ou organisation d’événements).  Au niveau de la distribution et médiatisation des livres, il y a une faiblesse et les auteurs ne sont pas assez reconnus et encouragés. Il y a des événements littéraires qui sont presque des cercles fermés, je n’ai vu personne faire des appels à candidature pour la poésie par exemple. Mais souvent, comme dans presque tous les domaines, il y a une liste d’auteurs connus, souvent étrangers, qui sont invités, pour ne prendre aucun risque.

 

Quant à moi, j’aime les spectacles de rue et j’aime aussi que l’art soit à la portée de tous. À part l’histoire, j’aime trouver un style d’écriture et de l’humilité. Je viens de découvrir Wafa Ghorbel et je suis en train de lire son livre "Fleurir". J’apprécie son niveau d’expression. J’ai une estime particulière pour les écrivains qui ouvrent la porte et créent un espace pour des auteurs, par exemple Ridha Bourkhis, universitaire, écrivain, qui fait beaucoup pour la littérature féminine francophone tunisienne, pour la mettre en valeur et la faire connaître. Des pages sur les réseaux sociaux, des revues comme la vôtre aussi, valorisent les écrits et je les en remercie. La scène littéraire francophone tunisienne évoluera quand une réflexion et un effort communs seront initiés dans ce sens. L’union fait la force et la volonté aussi.


 

H.M. Quelles sont vos aspirations pour l'avenir en tant qu'écrivaine ? Y a-t-il des thèmes ou des genres que vous aimeriez explorer davantage ?

 

A.H. Mes aspirations : continuer à écrire, mais aussi participer à des événements littéraires, profiter de plus d’échanges. Peut-être composer un CD paroles et musique pour que la poésie soit revalorisée, rencontrer des auteurs et partager nos expériences. J’ai essayé presque tous les domaines, je pense : poésie, slam, roman, contes pour enfants, roman pour enfants, nouvelles, récemment les scénarios, et je reste ouverte à toutes nouvelles expériences d’écriture.


 

H.M. Quel message ou quelle émotion espérez-vous transmettre à travers vos écrits à vos lecteurs ?

 

A.H. J’espère transmettre ma fascination pour les mots et leur beauté, faire voyager mes lecteurs à travers ma poésie, leur transmettre le désir de vaincre, la volonté de cheminer et de trouver leur voie. Oui, à travers la beauté des mots et les histoires. La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle.

 

 

© Crédit photo : Œuvres de l’autrice Aïda Hamza (conteuse, écrivaine, poétesse...), image no 2.

 

Conclusion

 

Heureux qui possède l’écriture dans son sac de voyage, pour mieux ressentir les émotions, les comprendre et les partager. 

L’écrivaine tunisienne Aïda Hamza lors d’une séance de dédicace à Tunis, aux côtés de Mounira, la puissance d’une mère (éditions Arabesques, biographie) – hommage à la mère de l’auteur, publiée en 2022.

L’ensemble de l’œuvre d’Aïda Hamza, riche et variée à travers différents genres littéraires, a été salué par plusieurs distinctions et prix. Cette liste regroupe les œuvres principales connues à ce jour, couvrant poésie, nouvelles, récits pour enfants et biographie.

 

—————

Pour citer cet entretien illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Aïda Hamza :  « La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle. » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 24 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-aidahamza

 

 

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros ▼ Liens à venir

Bienvenue !

 

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une