31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 20:42

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Florilège | Essais & manifestes

 

 

 

 

 

 

 

Notre ancien monde

 

 

 

Poème en prose par

 

Berthilia Swann

 

Poétesse & autrice engagée

 

 

 

 

Crédit photo : Delphin Enjolras (1865-1945), « Le bouquet », peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits du Web.

 

 

 

Il se peut qu’une révolte grandissante au fil du temps et des années avançants s’installe au sein des rapports des êtres humains. De mots non-dits, des maux étouffés, d’instants non partagés ou l’homme de nos jours préfère privilégier ses moments, à ego prononcé ; omettant l'authenticité d’une simple attention du donner sans compter.  

 

il se peut que depuis de nombreuses vies, les échanges entre eux s'amoindrissent, s’effondrent au détriment lentement d’une mise à l'oubli, au profit de masques portées, d’heureuses communications avortées ; abandonnant de leurs pas empressés une partie de leur intégrité. 

 

Il se peut qu'à bien des égards, le monde change ; étalant ses contrefaçons, ses faux semblants ; nous enlissant dans de vastes illusions, d’un temps limité d’une joie émerveillée ; nous menant à un état de perdition sans foi, ni raison. 

 

ll se peut qu’un fléau flâne au-dessus de nos vies ; naissant des nouvelles technologies ; menant au plus bas, nos plus vieilles croyances ; isolant les plus jeunes, les fragilisés et démunis.

 

Il se peut que l’ère de notre temps d’aujourd’hui, proclame à haute voix sa futilité, son mauvais sarcasme, sa vile ironie ; nous bridant de fausses promesses, d'idées inappropriées afin de nous déstabiliser ; feignant une note de LA pour un Do mineur vulgairement proscrit et exposé ; nous tirant vers le bas, à échec d’une note au plus bas ; effaçant des leçons du savoir pour des vies d'inconsciences, reçues et non acquises. 

 

Il se peut que des ébauches de moindre qualité et non restaurées, nous soient implantés par notre société ; projetant des décombres sur une partie de nos mémoires, en proie au trouble et à toutes facilités.  

 

Il se peut que des comportements et des actes trop longtemps malmenés, chancellent en nous, en tout temps, dans nos âges tous confondus et mélangés.

 

Il se peut qu’autrefois, nos états d’esprits étaient plus ancrés ; dévoilant de douces harmonies et de bonnes nostalgie, dans une plus grande humanité ; nous donnant à présent des regrets d’anciens temps du passé. 

 

Il se peut que de véritables connexions à travers de nouvelles décennies, donnent à l’homme l’envie maximale de créer pour réapprendre en toute simplicité à aimer.  

 

Il se peut que demain, les valeurs fondamentales de l'être humain soient portées haut la main vers de meilleur lendemain de partages, en communications en diapason faites à l’unisson. 


 

© Berthilia Swann, décembre 2025.


 

***

Pour citer ce poème en prose gnomique, illustré & inédit

 

Berthilia Swann, « Notre ancien monde », peinture par Delphin Enjolras (1865-1945), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 31 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/swann-notreancienmonde

 

 

 

 

Mise en page par David

 

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23 décembre 2025 2 23 /12 /décembre /2025 17:25

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Critique & réception | Métiers du livre

 

 

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu de la soirée poétique du 18

 

décembre 2025 dans l'espace culturel de

 

la Société des Poètes Français (SPF)

 

 

 

 

Texte par

Arwa Ben Dhia

Poète polyglotte, auteure, ingénieure, docteure en électronique & Ambassadrice de la Paix (CUAP) 

​​​​​Page Linkedin :

https://www.linkedin.com/in/arwa-ben-dhia-phd-0538b011/

Michel Bénard

Poète artiste-peintre, vice-président de la Société des Poètes Français (SPF), Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres & Poeta Honoris Causa du Cénacle européen des Arts et des Lettres

Photographies par

Hong XU

 

 

 

© Crédit photo : Hong XU, de Gauche à droite : « Maggy De Coster lors de sa lecture poétique,  le vice-président de la SPF Michel Bénard & Arwa Ben Dhia dans la soirée du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 1.

​​​​​

 

 

Le jeudi 18 décembre 2025 s’est tenue, dans le temple emblématique de la poésie qu’est le siège de la Société des Poètes Français (SPF), une rencontre littéraire fort conviviale autour de l’anthologie « Nos muses les murs » récemment publiée aux éditions Mindset, dirigée par Arwa Ben Dhia et préfacée par Alexandra Cretté. Le vice-président de la SPF, Michel Bénard, hôte de cette rencontre, était présent aux côtés de l’animatrice de la soirée, Arwa Ben Dhia et a prononcé un mot d’introduction que nous publions ici. Puis, cette dernière a présenté l’anthologie qu’elle a coordonnée pour l’association Apulivre en collaboration avec l’association Oyapock en Guyane et a rendu hommage à la poésie. Des extraits de l’anthologie ont été lus, non seulement par des autrices y ayant contribué (Maggy De Coster, Diane Lotus, Fatima Chbibane, Manon Godet et Emmanuelle Vanwinsberghe), mais aussi par des amis amoureux des mots. Après la dédicace, tout le monde s’est réuni autour d’un pot de l’amitié en se souhaitant de joyeuses fêtes de fin d’année.

© Arwa Ben Dhia

 

​​

© Crédit photo : Hong XU, de Gauche à droite : « Michel Bénard & Arwa Ben Dhia pendant la séance de dédicace de l’anthologie collective « Nos muses les murs » (dirigée par elle-même et préfacée par Alexandra Cretté) dans la soirée poétique du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 2.

 

 

 

Mot d’introduction du vice-président de la Société des Poètes Français

 

 

 

 

La Société des Poètes Français, honorable dame toujours rayonnante de 124 ans, fondée en 1902 entre autres, par les poètes et non les moindres, Sully Prudhomme, José Marie de Heredia, Léon Dierx, pour le centenaire de la naissance de Victor Hugo est heureuse d’accueillir en son siège un collectif de poètes regroupés autour d’Arwa Ben Dhia pour la présentation d’une anthologie originale gravitant autour du thème millénaire du langage des murs. Véritables palimpsestes et incunables à ciel ouvert – Les murs. – Ces murs qui se font muses et vecteurs incontournables de la poésie, de l’image sociétale. 

Les murs sont les journaux, les chroniques, les rumeurs de la rue, qui révèlent l’histoire de nos sociétés. Les murs de la honte, de la révolte, de la beauté, de l’amour, les murs sont de véritables puzzles communautaires.

Les murs se font porteurs des cris de la poésie ou des murmures. Cette anthologie – Nos muses les murs – a vu le jour sous l’initiative de notre amie et sociétaire, Arwa Ben Dhia qui a su s’entourer de plumes diverses. Telle celle, réactive de la préfacière Alexandra Cretté, l’active rédactrice du magazine numérique international – Souffle inédit – Monia Boulila, sans oublier une figure discrète mais incontournable de la poésie francophone contemporaine, servant de passerelle entre l’Amérique latine et la France, Maggy De Coster, que je considère sans intention péjorative, comme une ancienne complice. Que les autres intervenants à majorité féminine me pardonnent, car je ne peux pas mentionner tout le monde, mais le déroulement de cette soirée va y pourvoir.

 

​​​

© Crédit photo : Hong XU, de Gauche à droite : « Jean-Claude Clot lors de sa lecture poétique & Michel Bénard dans la soirée du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 3.

 

​​​​​

Revenons à – Nos muses les murs – qui est la pierre angulaire de notre regroupement autour de la poésie. Il est bon de savoir qu’il faut beaucoup de distance, beaucoup de recul, pour composer sur les murs du silence de la poésie, qui devient vite une déchirure humaine.

Être poète c’est déjà revendiquer son besoin d’amour au sens universel du terme, ce dont nous manquons aujourd’hui désespérément. C’est respecter la vie et oser encore croire en l’homme, c’est tendre tout entier vers son devenir, loin des rumeurs, des aveuglements de l’extrême, des régressions fanatiques, des radicalisations et de l’ignorance obscurantiste mère de l’intolérance.

Dans les turbulences et la mouvance de cette anthologie, nous naviguons sur le mystère de la vie, nous calligraphions les plus beaux de nos rêves et poèmes sur les lèpres murales qui deviendront de précieuses enluminures. Il faut savoir se surprendre à écrire avec la lumière de l’instant cueillie sur les murs afin que les mots habitent l’espace de leur présence et retombent sur les hommes en pluie d’espérance. 

C’est par la poésie que nous sortirons du désespoir pour aller vers l’amour.

 

© Crédit photo : Hong XU, « Diane Lotus durant sa lecture poétique dans la soirée du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 4.

​​​​

 

Dans son introduction, Arwa Ben Dhia, souligne que cette anthologie – Nos murs les muses – est pareille à la construction d’un pont de fraternité entre les peuples et à l’opportunité aux poètes de mettre en exergue leurs talents. Quant à notre délicate préfacière Alexandra Cretté elle attire notre attention vers la prudence en nous disant - Méfions-nous des murs que nous érigeons en chantant, ils peuvent devenir facilement ceux de la honte ou notre propre prison. –

 

Arwa Ben Dhia, elle aussi nous invite à ne pas faire de confusions :

 

« Chaque inspiration, une quête vers l’inconnu.

Chaque expiration, un retour vers le vécu.

Les cycles se suivent, les saisons se fondent

Dans cette danse infinie où tout se confond. »

 

Monia Boulila quant à elle, est hypnotisée devant le mur de verdure de son jardin.

 

« Je révèle ce lien insensé,

Entre ce mur et moi,

Ecran de rêves et de souvenirs…/… » 

 

 

Quant à Maggy de Coster elle retrouve les traces de mémoire de Gisèle Halimi, sur le mobilier urbain, œuvre il me semble du graphiste bien connu C215, elle y voit par la poésie un combat titanesque.

« Vous menez une lutte acharnée

Pour faire renverser les barrières traditionnelles. » 

 

Vous conviendrez qu’il ne m’est pas possible ici de mentionner tous les participants, les participantes plus précisément, car il y a ici une forte domination féminine, en fait rien de très surprenant car parfois nous pouvons nous demander où sont les hommes ? Peut-être en train de s’époumoner sur un terrain de football, une bière à la main !

 

 

© Crédit photo : Hong XU, « Manon Godet durant sa lecture poétique dans la soirée du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 5.

​​​​​

 

Sous forme de conclusion et avant d’ouvrir cette soirée poétique, je reviendrai à l’objet de nos présences en ces lieux où en définitif mieux vaut après avoir écrit des poèmes sur les murs, construire un pont vers après vers. !

Alors, avec les poètes rêvons, car à l’instant où l’homme renonce à ses rêves d’enfance est une capitulation de la vie.

La poésie c’est oser tenter de saisir l’invisible, de capter l’indicible et de pérenniser l’émotion !

Osons le croire très fort, la poésie sauvera l’amour en nous extirpant de la haine et de l’ignorance.

Poétesses, poètes, vous avez la parole !

 

© Michel Bénard

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

Poeta Honoris Causa du Cénacle européen des Arts et des Lettres

© Crédit photo : Hong XU, « Autour du pot de l’amitié de la soirée poétique du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) ». Image no 6.

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Arwa Ben Dhia & Michel Bénard, « Compte-rendu de la soirée poétique du 18 décembre 2025 dans l'espace culturel de la Société des Poètes Français (SPF) », photographies par Hong XU, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/abd-mb-soireepoetiquedu18

 

 

 

 

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 19:10

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Florilège & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques

 

 

 

 

 

 

 

Deux poèmes du recueil Suaire de l’Aimé (Éditions de l'Aire)

 

 

 

 

 

Poèmes par

 

Jihen Souki

 

Poétesse & auteure

 

 ​​​© Crédit photo : Première de Couverture de l’œuvre de Jihen Souki Suaire de l'Aimé aux Éditions de l'Aire, 2019.

 


 

*

 

Si blanche est la nuit

 

que le ciel prit feu

dans tes cils

 

Tais-toi

et pose tes mains de grège

que la lumière

sache à nouveau prendre

 

dans le blanc de nos yeux


 

*

 

 

Pour dire le grain de sable enjôlé par les salines il faut avoir cédé de toute sa hauteur sous son aire de berceuse interrompue tandis que l’eau riveraine en apparence éloignée rabotait la pente,

et l’avoir oublié.

 

 

Tu te souviendras, à flanc de montagne, de la motte de terre – était-ce un jaspe à visage de roc, une brisée à visage de bois ? –

qui te faillit.

 

 

Tu te souviendras plus avant de la main

qui te saisit au vol

 

 

Elle n’avait pas visage d’homme.

 

 

 

© Jihen Souki, deux poèmes extraits du recueil de poésie Suaire de l’Aimé (publié aux éditions de L’Aire en 2019).

 

Une brève notice biographique de la poétesse tunisienne Jihen Souki :

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poétesse tunisienne Jihen Souki à la Fondation Maeght (Saint-Paul-de-Vence).

 

 

A grandi en la presqu’île de Monastir, au bord de la Méditerranée africaine. Elle est l’auteure de Suaire de l’Aimé (éd. L’Aire, 2019), ainsi que de nombreux textes parus dans des revues, en Suisse, en France et au Québec. Chercheure, ayant aussi vécu à Tunis et à Paris, tout en explorant d’autres lieux du monde (la Syrie et la Suisse, notamment), son écriture est nourrie de ces rencontres et des questionnements qu’en elle elles suscitent…

URL DE RÉFÉRENCE DE SON RECUEIL :

 

—————

Pour citer ces poèmes

 

Jihen Souki, « Deux poèmes du recueil Suaire de l’Aimé (Éditions de l'Aire) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/js-suaire

 

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

Page rectifiée à la demande de l’auteure le 6 janvier 2026.

 

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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 18:16

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Critique & réception | Philosophies & sagesses en poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère

 

du temps », traduit du polonais par Monika

 

Debicki, illustré par Marc Bergère,

 

Éditions du Cygne, 2024, 47 p., 12€

 

 

 

 

Recension par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de la poète Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère du temps », traduit du polonais par Monika Debicki, illustré par Marc Bergère, Éditions du Cygne, 2024.

​​​​​

 

 

Une partition où se lisent des notes d’horreur et nul ne sait combien de corps « les vagues turquoises des chants marins » ont emportés à l’instar de Tristan et Isolde.

 

Comment déblayer le terrain miné dans lequel le monde avance à grands pas et sortir du flou de la ligne d’horizon, où même les philosophes qui pourraient être un dernier recours, semblent être aux abois ?

 

«  le philosophe Socrate

s’est perdu dans l’angoisse

c’est à cause

de la philosophie froide d’aujourd’hui 

c’est parce 

que la terre brûle d’une guerre chaude »


 

Mais qui de Nietzsche, de Socrate ou de Bergson l’aidera à trouver « le sens de l’existence de l’infinité » ?

Pour sortir de la brume de la quotidienneté, elle semble vouloir privilégier les choses simples de la vie :

 

«  de nos jours

il faut savoir apprécier une personne

comme un café instantané »

 

La nature est omniprésente dans ce recueil de poèmes où la poète Anna Maria Mickiewicz se pose en fine observatrice des choses vues, dans ses pérégrinations qui l’ont conduite du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par la France.

 


 

© Maggy De Coster

URL de référence : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-sur-le-mystere-du-temps.html

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Maggy de Coster, « Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère du temps », traduit du polonais par Monika Debicki, illustré par Marc Bergère, Éditions du Cygne, 2024, 47 p., 12€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 19 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/mdc-amm-mystèredutemps

 

 

 

Mise en page par David

 

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17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:42

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Poésie & littérature pour la jeunesse

 

 

 

 

 

 

 

 

La clé de l’énigme

 

 

 

 

 

Texte & photographie (fournie) par

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

Crédit photo : Une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875) en 1845, « peuple du monde, chine », illustration tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits du Web & fournie par Françoise Urban-Menninger.

 

                                        



 

Dans une maison à colombages, à l’orée d’une forêt empreinte de mystérieuses légendes, vivait une femme sans âge qui écrivait des contes de fées pour les enfants mais aussi pour les plus grands.

 

Avant de se jeter à plume perdue dans une nouvelle histoire, la conteuse avait toujours soin de se désaltérer en savourant quelques gorgées de thé au jasmin dans la plus belle de ses tasses en porcelaine ramenée par une lointaine ancêtre lors d’un voyage au cœur de la Chine impériale.

 

Au moment où elle s’apprêtait à déguster son breuvage selon son rituel habituel, elle s’aperçut, en versant le thé infusé dans la tasse ronde et accueillante, telle la corolle d’une rose vermillonne aux pétales liserés d’or, que celle-ci était fêlée autour de son anse.

 

La vieille dame en fut sur-le-champ fort chagrine et toute retournée. Il lui sembla que son âme, elle-même venait de se lézarder... Alors que de grosses larmes tièdes roulaient sur ses joues parcheminées pour venir se diluer dans le thé parfumé qui exhalait son arôme délicat, elle découvrit avec étonnement que de minuscules personnages sortaient les uns après les autres de la fente qui béait comme une bouche. De tout petits chinois nattés, vêtus de kimonos en cachemire brodés et chamarrés lui faisaient signe dans des jonques fleuries où abondaient des jarres de riz, des corbeilles chargées de papayes, de physalis, de litchis ou de fruits du dragon, des cages d’oiseaux en bambou emplies de rossignols et de perruches à colliers, des coffres en bois de santal débordants de pierreries, de châles en soie brodés, de vases Ming d’une valeur inestimable…

 

Le temps de chausser ses lunettes sur son nez qu’elle avait en forme de trompette, la saynète miniaturisée s’était déjà évanouie, voire volatilisée.

 

Sans doute, ai-je eu la berlue, se disait la vieille dame. Je vieillis, il faudrait que je me repose davantage. Et sur ce, elle s’endormit derechef dans sa chaise longue préférée en jonc tressé.

 

Elle dormit le temps que prit une araignée grise pour tisser au-dessus de sa tête, une toile aux fils d’argent qui retint ses cheveux blancs dans une assez jolie résille de fine dentelle où l’arachnide  se fixa en son centre telle une épingle à chapeau.

 

La vieille dame finit par émerger de son somme, habitée par une sourde inquiétude, la tête vidée de ses rêves et de toute fantaisie. Elle avait l’impression que toute son imagination l’avait quittée, abandonnée et qu’il ne lui restait plus qu’une araignée logeant dans les méandres de son cerveau.

 

La fêlure de sa tasse n’était-elle point pour quelque chose dans cet état d’esprit pour le moins délabré? N’était-elle pas elle-même fêlée à l’instar de sa fragile porcelaine de Chine ?

 

Elle quitta sa chaise trop longue pour son corps tassé et rabougri afin de se mirer dans l’ovale d’une antique psyché aux moulures dorées et plusieurs fois mordorées qui lui venait d’une trisaïeule qui avait parcouru les Indes à dos d’éléphant.

La glace du miroir était fendue de part en part sur toute sa surface.

À cette vue, la très vieille dame se sentit défaillir et son cœur se brisa, laissant s’échapper une myriade d’étoiles filantes.



 

Alors qu’elle se croyait morte, une main, aux longs doigts effilés et aux ongles nacrés, sortit de la fente du miroir et lui tendit une petite clé en forme de E majuscule finement ciselée. La conteuse s’en saisit en tremblant et aussitôt la main, qui avait un court instant frôlé la sienne, dans un imperceptible glissement du temps sur lui-même, disparut comme elle était apparue.

 

La très vieille dame serra la minuscule clé dans l’un de ses poings fermés et se rappela soudain qu’elle avait autrefois écrit un conte qui ressemblait beaucoup à cette étrange histoire à dormir debout qu’elle était en train de vivre à présent.

 

Elle se pinça  le nez...mais bien sûr, elle ne rêvait pas, puisque sa tête était vide de toute rêverie.

 

Était-elle en train d’écrire ?

 

Non, bien évidemment, car sa plume était posée à côté de l’encrier vide, lui aussi. Et les petits Chinois qu’elle avait vu de ses yeux sortir de la tasse à thé, n’étaient-ils pas les personnages de ses premiers contes?

 

Que se passait-il, se demandait encore une fois, la très très vieille dame dans son salon, au milieu des mille et un livres qu’elle avait écrits au cours de sa très longue vie.

 

Elle venait à peine de se poser cette question que de toutes les fissures des murs de sa maison, des meubles centenaires et des objets hétéroclites, une foultitude de reines, de princesses, de rois, de pages, de lutins, de dragons et toutes sortes d’animaux fabuleux émergèrent en un cortège interminable qui se mit à débouler et à parader dans la pièce sans fanfare ni tambour !

 

Les pages de ses livres se détachèrent les unes après les autres et vinrent virevolter autour d’elle dans une folie joyeuse et contagieuse. La vieille dame fut entraînée malgré elle dans cette farandole ensorcelée et en quelques mots, moins qu’il n’en faut pour l’écrire, elle entra dans son dernier livre avec à la main la clé de l’énigme.

 

Elle n’en sortit jamais et sans doute est-elle toujours enfermée dans l’épilogue de son ultime légende, dans l’un ou l’autre de ces beaux livres reliés et richement illustrés qui remplissent les rayons des  bibliothèques et réjouissent le cœur des enfants.

 

Son âme, ses rêves, bien sûr, l’avaient précédée depuis longtemps dans cet exode, cette fuite hors du temps et de l’espace, à la croisée de la vie et de la mort que sont les contes éternels et intangibles.

 

Cette histoire que vous lisez, nul ne sait qui l’a écrite et vous la relatera. Nul ne le sait, si ce ne sont les petits génies qui dorment dans l’encre des mots et remontent comme des bulles transparentes quand ils en ressentent le désir, sur les fils d’argent de l’échelle du temps pour ouvrir, dans notre quotidien terne et trop prévisible, quelques brèches de lumière où la poésie assure l’équilibre du monde.

 

 

 

© Francoise Urban-Menninger, conte inédit ayant trait au mystère de la création littéraire, décembre 2025.

***

Pour citer ce conte inédit & illustré

 

Francoise Urban-Menninger, « La clé de l’énigme » avec une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fum-lacledelenigme

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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