10 octobre 2025 5 10 /10 /octobre /2025 17:36

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Entretiens poétiques, artistiques & féministes | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Entretiens

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre entre 

 

Hanen MAROUANI & Valérie ANTOINE

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

© Crédit photo : La poétesse Valérie Antoine lisant son poème pour la paix.

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Valérie ANTOINE : « La poésie est un moyen de transmission universel pour partager les messages de paix. »

 

 

Entrevue

 

Hanen MAROUANI — Comment définissez-vous votre cheminement d’autrice/poétesse : qu’est-ce qui vous a menée à la poésie et qu’est-ce qui vous y retient encore aujourd’hui ?

 

Valérie ANTOINE — Mon premier contact avec la poésie c’est le cours de français au collège. On nous a donné le goût des beaux textes. Aujourd’hui c’est un moyen d’exprimer mes sentiments ou ma vision / opinion de notre monde.

 

 

(H.M) — Y a-t-il des rencontres, littéraires ou humaines, qui ont marqué votre parcours d’écriture ?

(V.A) — Oui, lorsque j’ai rencontré mon compagnon lors d’une soirée. Il était l’un des poètes invités. C’est ma première rencontre avec la musicalité de la poésie arabe. C’est lui qui m’a poussée à écrire.


 

(H.M) — Quels auteurs, courants ou expériences de vie nourrissent le plus votre imaginaire poétique ?

 

(V.A) — Actuellement, ce sont plutôt des expériences dans mon parcours personnel mais aussi des faits d’actualité. Mais ce qui me donne le plus envie d’écrire ce sont les moments partagés avec la nature.


 

(H.M) — Dans votre nouveau recueil, qu’est-ce qui vous tenait le plus à cœur de transmettre, et en quoi cette œuvre représente-t-elle une étape particulière de votre chemin d’écriture ?

 

(V.A) — J’ai eu envie de transmettre mon regard poétique sur le monde. Lorsque je me promène dans la nature ou dans la ville, il y a toujours quelque chose, un bruit, un animal, un objet particulier, une ambiance que je trouve beaux, agréables et que j’ai envie de partager. J’ai beaucoup vécu de situations de stress et c’est encore souvent le cas maintenant, mais je veux continuer à voir le beau et le partager. La poésie est pour moi la plus belle manière de le faire.


 

(H.M) — Quelles ont été vos principales sources d’inspiration pour ce recueil et en quoi se distingue-t-il de vos précédents ouvrages/textes ?

 

(V.A) — C'est mon premier recueil personnel. J’ai participé à plusieurs ouvrages collectifs sur différents thèmes.

Cet ouvrage rassemble quelques textes repris dans ces ouvrages collectifs et d’autres inédits.

Ce que je voudrais transmettre à travers ma poésie, c’est mon regard sur le monde et ce qui nous rassemble.


 

(H.M) — Comment souhaitez-vous que vos lecteurs reçoivent ce recueil : comme une confidence personnelle, un manifeste poétique, ou une ouverture vers l’autre ?

 

(V.A) — Un peu des trois… certains textes sont des confidences, d’autres des textes poétiques plus engagés, mais il y a toujours une ouverture à l’autre.


 

(H.M) — Quels ont été les principaux obstacles rencontrés lors de la publication de ce recueil, et comment les avez-vous surmontés ?

 

(V.A) — L’argent. Sans hésitation. J’ai dû attendre avant de pouvoir financer ce recueil.


 

(H.M) — Pensez-vous que les défis liés à la publication de la poésie renforcent, d’une certaine manière, la conviction de l’auteur dans sa démarche ?

 

(V.A) — Je ne sais pas, je crois que c’est plutôt décourageant. Mais ce qui me pousse, c’est vraiment cette envie de partager.

 

© Crédit photo : Des exemplaires du recueil intitulé « Du bout de ma plume » de la poétesse Valérie Antoine.

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(H.M) — Dans quelle mesure l’édition indépendante ou alternative peut-elle représenter une solution pour les poètes d’aujourd’hui ?

 

(V.A) — Je pense que dans le monde littéraire il y a d’un côté trop d’offre de textes et un public qui se tourne de plus en plus vers le support dématérialisé, ce qui rend les éditeurs encore plus sélectifs qu’auparavant. Et il y a donc beaucoup d’auteurs qui ne sont pas édités. L’autoédition permet des petits volumes, plus accessibles, faciles à gérer par l’auteur lui-même. Le désavantage, c’est qu’on ne profite pas d’un réseau très étendu.


 

(H.M) — Quel rôle accordez-vous à la promotion et à la médiation culturelle (lectures publiques, réseaux sociaux, résidences) dans la diffusion de votre œuvre ?

 

(V.A) — Pour moi, les lectures publiques, festivals sont ma première source de transmission de mes poèmes. Je suis moins présente sur les réseaux sociaux mais je vais m’y remettre. Je n’ai pas encore fait de résidence.


 

(H.M) — Pouvez-vous nous dire comment est née l’idée de préparer des anthologies sur la paix et quelle en est la vision directrice ?

 

(V.A) — L’idée de cette anthologie est venue lors d’un voyage. Je participais avec mon collègue Valéry à un festival de poésie. Valéry est russo-ukrainien. La guerre venait de commencer et pour beaucoup c’était une déchirure, pris entre leurs deux pays. Nous est alors venue l’idée de proposer à nos amis poètes de partager un texte sur la Paix. Ils ont été près de 150 à répondre à notre appel. C’était vertigineux. Rien que de l’évoquer j’en suis émue. Notre idée était de publier les textes dans la langue d’origine et leur traduction en français, anglais ou néerlandais.

Nous avons dû y renoncer car nous avions trop de textes.


 

(H.M) — Quels critères guideront vos choix de textes et d’auteurs afin de donner une voix plurielle à cette thématique universelle ?

 

(V.A) — Le seul critère, c’est le respect de l’autre. Nous refuserons uniquement les textes trop agressifs ou discriminatoires. Nous tenons à garder une certaine nuance dans le propos.


 

(H.M) — Souhaitez-vous ouvrir ce projet à une dimension internationale, en intégrant des voix issues de différentes cultures et langues ?

 

(V.A) — C’était le cas pour la première anthologie et c’est encore le cas pour celle-ci. Les poètes viennent de différentes cultures.


 

(H.M) — Selon vous, quel rôle concret la poésie peut-elle jouer dans la construction ou la préservation de la paix, à une époque marquée par tant de fractures ?

 

(V.A) — La poésie est un moyen de transmission universel pour partager les messages de paix. Il faut la partager, la laisser circuler au maximum pour qu’elle ait un impact sur les gens. Favoriser la culture, lui donner tout l’espace dont elle a besoin, est certainement le meilleur moyen de préserver une paix durable. Le problème est que l’on néglige bien souvent la culture, particulièrement en politique.

 

(H.M) — Comment concilier la diversité des esthétiques poétiques avec une unité thématique aussi essentielle que celle de la paix ?

 

(V.A) — Je pense que la paix est certainement la thématique qui permet de concilier la diversité des esthétiques poétiques, particulièrement lorsque l’on s’inscrit dans une démarche de diversités culturelles et linguistiques.

La poésie est difficile à traduire et ne peut donc s’adapter aux exigences des poésies trop classiques. Ce qui rime en français ne rime pas forcément en anglais ou en chinois... Il faut donc être ouvert à une poésie plus libre.

 

(H.M) — Voyez-vous la poésie comme un espace de résistance, d’espérance, ou comme une manière de relier les êtres au-delà des frontières ?

 

(V.A) — La poésie est tout cela en même temps. Elle peut être révolte, espoir ou désespoir, bonheur ou colère ; et elle est universelle. On la retrouve dans toutes les cultures.


 

(H.M) — Enfin, comment aimeriez-vous que vos lecteurs — à travers vos recueils ou ces anthologies — prolongent votre démarche et participent eux-mêmes à ce dialogue de paix ?

 

(V.A) — Je pense que le meilleur moyen de prolonger notre démarche, c’est de la partager. Utiliser nos recueils et partager nos poèmes dans les activités culturelles, les écoles, partout où ils peuvent faire écho.

Bruxelles le 04.10.2025

Valérie ANTOINE | Bela

 

 

© Hanen Marouani, octobre 2025.

 

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Pour citer cet entretien illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Rencontre entre Hanen MAROUANI et Valérie ANTOINE », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 10 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/hm-valerieantoine

 

 

 

 

 

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 18:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Articles & témoignages | Matrimoine poétique / Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Gaza. La mémoire poétique est indestructible

 

 

 

 

 

Témoignage par

Mustapha Saha

Sociologue, poète, écrivain, artiste peintre & photographe

 

 

 

 

Crédit photo : George Barbier (1882-1932), « Shéhérazade », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

 

 

Saintes-Maries-de-la-Mer.Bouches du Rhône. Dimanche, 17 août 2025. Longue méditation sur un banc de l’église baroque. Ambiance médiévale embaumée de fragrances et d'encens. Les estivants, de tous âges, de toutes provenances, saturent l'espace. Le surtourisme vide le sanctuaire de sa quintessence spirituelle. Je pense à la Palestine, aux poétesses gazaouies pourchassées, traquées, liquidées en pleine jeunesse. Me reviennent les discussions avec Maya Abou al-Hayyat, Hend Jouda, Jouana Mustafa, Nida Younis, Asmaa Azayzeh au marché parisien de la poésie en juin 2025. J'imagine les trois Maries de la mer Gazaouies. La foule se précipite dans la crypte, illuminée de centaines de bougies rouges. Ils jettent un coup d'œil à la statue de Sarah, la vierge noire, surchargée d'étoffes et rebroussent  chemin.

 

Les gitans font de Sarah leur sainte patronne depuis 1946. Sarah, où Sara pour les gens de voyage, empanachée de fantasmagories extraordinaires, païenne convertie au christianisme, servante des trois Maries, Marie Salomé, Marie Jacobé, Marie Madeleine, compagnes de Jésus. Certains disent Sarah égyptienne. D'autres la voient esclave. Elle incarne l'africaine dans toute sa beauté, dans toute sa majesté. Les quatre saintes dérivent en Méditerranée sur une embarcation de fortune jusqu'en Provence, au lieu-dit Oppidum-Râ, un temple gallo-romain à l'origine, rebaptisé Notre-Dame-de-Ratis, puis Notre-Dame-la-Barque, puis Saintes-Maries-de-la-Mer en 1838. Le pélerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer est fondé par le marquis Foloco de Baroncelli en 1935. Les tziganes accourent de tous les pays à la fin du mois de Mai. L'effigie de Sarah est immergée à mi-corps dans la mer. Qui la touche à ce moment précis reçoit santé  et prospérité. Les offrandes affluent en gages de fidélité. Une phrase de la palestinienne Shourouq Aila hante mon esprit : « La mer est notre seul refuge ». 

 

L'allégorie des trois dividinités remonte à la nuit des temps. L'adoration des trois Maries s'est probablement substituée au culte celtique de la martre, romanisé sous le nom de Junon, reine des dieux et déesse de la fécondité.  La martre, vivant dans les forêts denses, profondément connectée à la nature, nous guide dans les mondes invisibles. La martre préside l'intuition, l'alchimie, la magie. Elle représente la patience, la persistance, la persévérance. Elle survit dans les environnements hostiles. Dans les traditions druidiques, la martre est une entité thaumaturgique, une messagère des esprits. Devant le bénitier de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, je bénis les poéteses palestiniennes du signe de  la martre. En arpentant le centre historique de la cité, nous voyons surgir, au détour d'une rue, des drapeaux palestiniens dans une manifestation de quelques dizaines de personnes. La cause palestinienne résonne jusque dans ce bourg de deux mille habitants. 

 

Quand le roi René d'Anjou, écrivain et mécène, demande, en 1447, de sacraliser les ossements retrouvés des trois Maries, leurs reliques sont placées dans un châssis précieux. Les restes de Sarah sont enfermés dans une caisse grossière, reléguée dans une chapelle souterraine.  Cf. Jean de la Brune (1653-1736)  Entretiens historiques et critiques de Theotyme et  d'Aristarque sur diverses matières de littérature sacrée, Amsterdam, 1733. Les disriminations divines existent aussi.

 

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les marocains sont partout, propriétaires de motels, de restaurants, de commerces. L'hôtel Bleu Marine, où nous résidons, appartient à une marocaine. Les sarrasins ont occupé la région à l'époque médiévale, jusqu'au dixième siècle. Une vendeuse dans un magasin de souvenirs me confie : "Je suis étudiante à la Sorbonne. Je travaille ici pendant les vacances d'été. Je suis palestinienne, née en exil au Maroc. Je ne sais que je ne verrai jamais ma Palestine".

 

 

Heba Zagout

 

Est artiste peintre, née en 1984, dans le camp  de réfugiés de Boureij à Gaza, tuée le 13 octobre 2023, avec deux de ses quatre enfants. Ses toiles colorées, stylisées, pleines d'allégresse, représentent El Qods, avec ses minarets et ses clochers mitoyens, ses oliviers, ses figuiers,  ses orangers. Elle peint également des palestiennes vêtues de keffiehs et de robes traditionnelles, portant des clefs ou une colombe à la main.

 

 

Hiba Abou Nada

 

Elle s'appelle Hiba Abou Nada. Elle est née le 24 juin 1991 à la Mecque. Elle est poétesse, romancière, nutritionniste.  Elle est  assassinée le 20 octobre 2023. Son récit Oxygen isn't for the Dead, L'Oxigène n'est pas pour les morts. a pour toile de fond les primtemps arabes. Révolutions trahies.

 

 

Extraits du Journal des derniers jours par Hiba Abou Nada

 

« 7 octobre 2023. Nous pensons à nos petites affaires quotidiennes. Soudain, l'alarme nous arrache à nos réflexions banales. Les cours sont suspendus dans les écoles, les lycées, les universités. Les examens sont annulés. Le bruit des mitraillettes nous assourdit l'atmosphère. La chaîne El Jazeera affiche un bandeau rouge. La vie à Gaza se chambarde en un instant. »

 

« 8 octobre 2023. Nos comptes sur les réseaux sociaux sont des registres de décès, des demeures en deuil, des tentes de condoléances. Les cortèges funéraires se ramifient, se mêlent, s'étalent sur des kilomètres. Les américains menacent d'envoyer un porte-avion pour aider les sionistes. Nous en ferons un restaurant fottant. »

 

« 9 octobre 2023. Dans les guerres précédentes, nous anticipions les cibles sionistes. Cette fois-ci, il n'y a pas de schéma spécifique. Tout se bombarde sous feu nourri, du nord au sud. Des frappes aléatoires, meurtrières, dévastatrices. Un massacre collectif. Une boucherie totale. Nous nous attendons à une phase d''isolement absolu. Nous ne pourrons plus entrer en contact avec l'intérieur,  encore moins avec l'extérieur. L'infernal pilonnage ne fera aucune pause. Nous tenons bon. Nous restons libres dans nos têtes. »

 

« 10 octobre 2023. Nous sommes encore en vie. Nous comptons les morts et les rescapés. J'enveloppe la fleur d'oranger dans la prière pour les préserver du phosphore. Les morts, unis dans un amour intense, dissiperont les poussières. »

 

« 11 octobre 2023. Quand les mensonges seront démasqués, Gaza sera toujours vivante. Elle sera toujours la cité des savants, des poètes, des prophètes, des prodiges, des miracles. Nous résistons. Nous persévérons pour tous les opprimés de la terre. »

 

« 12 octobre 2023. Ce sont des arbres généalogiques entiers qui s'écroulent. Aucune branche n'est épargnée. Gaza, un cimetière à ciel ouvert. Nous regardons nos futurs en silence. »

 

« 15 octobre 2023. Là-haut, nous bâtissons une nouvelle cité avec des médecins sans patients, des professeurs sans étudiants, des familles sans chagrin. Une nouvelle Gaza sans guerres. »

 

« 18 octobre 2023. Des linceuls alignés par dizaines, voilà nos photos de famille. Ils ont vécu ensemble. Il s'en vont ensemble. »

 

« 19 octobre 2023. Ma liste d'amis se rétrécit. Elle n'est plus qu'un inventaire de sépultures. Mes amis s'envolent avec les éclats de roquettes. Je ne peux pas les retenir. Je ne peux pas les ramener sur terre. Je ne peux pas les consoler. Je ne peux pas les pleurer. Je ne sais pas quoi faire. Que faire devant cet abominable festin de la mort ? »

 

« 20 octobre 2023. Nous attendons. la promesse de vérité » (Hiba Abou Nada, Journal des derniers jours). 

 

20 octobre 2023, en pleine nuit, Hiba Abou Nada est tuée avec toute sa famille par une frappe aérienne dans leur maison à Khan Younis.

 

 

Fatima Hassouna

 

Est poétese, photojournaliste, née le 2 mars 2000 à Gaza, fauchée avec dix membres de sa famille, au moment où son film, avec la réalisatrice iranienne Spideh Farsi, Put your Soûl on your Hand and Walk, Pose ton âme sur ta main et marche, est sélectionné au Festival de Cannes. Ses œuvres sont publiées par des journaux prestigieux, exposées dans des galeries renommées. On l'appelle l'Oeil de Gaza. Elle écrit : « Le monde est là dans sa vastitude. Gaza est une petite boîte. Nous sommes dedans. Le monde est si lointain. Je ne peux pas le visiter. Je voudrais voyager, explorer les immensité et revenir dans ma petite boîte. J'ai besoin de Gaza. Gaza à besoin de moi. Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une brève dans un flash-info. Je ne veux pas être un chiffre anonyme dans une statistique. Je veux une mort qui retentit dans toute la planète, dans toutes les langues. Je serai une image omniprésente que rien ne peut effacer » (Fatima Hassouna, 2 août 2024). 

 

« La photographe est partie. Elle a dit la vérité. Elle reste sans témoin. Sauf un témoin invisible. Pour attester qu'il n'y a plus de témoin. La photographe est partie après avoir dit la vérité. Elle est drapée des couronnes fleuries de sa robe de mariée. Elle se tait. Elle s'expose en silence au silence. Son nom perdure. Mais, qu'est qu'un nom ? Sa grande œuvre photographique s'exhibe en silence. Elle reste muette. Elle se contente de montrer des scènes de silence. Elle rattrape les images qui se dérobent devant son objectif. Elle met les images à nu. Dans ses récits photographiques, tout s'esquisse, tout s'annonce, tout s'interrompt, la naissance, l'amour, la mort, dans leur ordre cyclique, réversible, anhistorique. Il reste ses traces, inaltérables, impérissables, indissolubles.  Cette jeune femme est la légèreté même. Elle est unique. Elle exprime ce que la clarté du jour aura été hier, le jour passé. Elle est la mémoire graphique de la naissance de la lumière à la lumière photographique. Elle capte. Elle inscrit. Elle imprime. Elle voile. Elle dévoile. Elle perce l'énigme de l'ombre. » (Jacques Derrida, Aletheia, 1996, éditions William Blake and Co, tiré à part, 2025. Adaptation). 

 

Je glisse une photographie de Fatima Hassouna dans le cahier où je rédige ces lignes. La photographe, kefieh noir et blanc manteau sombre, est saisie dans la pénombre d'un immeuble bombardé, assise sur une chaise en fer rouillé déglinguée. Sa main tient fermement son appareil photo. Les décombres gisent par terre. Je perçois une clarté légère, une signature nébuleuse de l'ombre. Une lueur de chandelle. Elle est seule, indifférente au photographe qui la flashe. Une prégnante terrifiance plane dans l'air. Elle voit. Elle donne à voir l'interdit. Je ferme les yeux pour voir, pour savoir. Je ne discerne que l'esthétique, l'irisation du silence. 

 

Jacques Derrida relie ce phénomène à la  loi de phôs. Photôs, photographie, phosphore proviennent de la même racine. Le sionisme néantise Gaza à coups de bombes au phosphore. L'adjectif phosphoros signifie porteur de lumière. Phosphoros désigne aussi la planète Aphrodite, Vénus, l'étoile du berger. Les photographies de Fatima Hassouna sont infusées de phosphore. Certains instantanés me magnétisent, m'hypnotisent, me paralysent. Archives incomparables, inimitables, indélébiles. Son dernier cliché, un coucher de soleil.  Son absence-présence me lancine comme un hologramme. Je ne vois que son aura. Elle est seule dans son impalpable visibilité. De nouvelles photographies apparaîtront. Le festival de Cannes, la société du spectacle l'intrônisent déjà comme une icône. Elle ne sera bientôt qu'une valeur marchande. On parlera un peu d'elle, moins qu'elle ne l'a souhaité. Des documentaires, des livres lui rendront hommage. Puis, elle s'éclipsera. Elle sera toujours seule dans son attente de la lumière.

 

 

Amina al-Salmi

 

 

30 juin 2025. Amina al-Salimi, surnommée Frans, est tuée dans le banbardement du Café Al-Baqa à Gaza. Un énorme cratère engouffre les cadavres de plusieurs dizaines d'écrivains, d'artistes, de journalistes, d'étudiants, d'ingénieurs, de médecins. Les deniers tableaux d'Amina al-Salmi sont des visages maculés de sang, des portraits noirs au fusain, des martyrs en agonie.

 

 

Dima Diab

 

A vingt-six ans, écrivaine, conteuse, est assassinée, le 28 juillet 2025.  Et beaucoup d'autres plumes, connues et méconnues. Leurs œuvres transmissibles sans limites, reproductibles à l'infini, sont indestructibles. Ces créatrices, la tête recouverte du même châle de la dignité, sont l'âme éternelle de la Palestine.

 

© Mustapha Saha

 

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Pour citer ce texte, illustré & inédit

 

Mustapha Saha, « Gaza. La mémoire poétique est indestructible », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 14 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/ms-gazamemoirepoetique

 

 

 

 

 

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11 août 2025 1 11 /08 /août /2025 17:25

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Florilège | Revue Poépolitique | S’indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages 

 

 

 

 

 

 

 


Je ne vous sauve pas

 

 

 

 

 

Poème engagé par

 

 Kristen Fra Skoven

 

 

 

 

 

Crédit photo : Artiste anonyme, allégorie de la « Paix », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran faite par LPpdm de la photographie libre de droits du site Commons.

 

Genèse du poème

 

C’est un poème de veille.
Écrit dans une nuit d’insomnie face à la guerre, il ne cherche pas à dénoncer, mais à veiller.
Il parle du décalage entre ceux qui meurent et ceux qui vivent, de la honte de regarder sans pouvoir agir, et de l’amour silencieux qu’on porte à distance.
Ce n’est ni une prière, ni un manifeste. C’est une veille obstinée, une tentative de tenir la mémoire quand tout s’effondre.

 

 

Je ne vous sauve pas

 

 

Je ne dors plus.
Je ne peux pas.

 


Pas pendant qu'on ramasse
des lambeaux d'enfants
dans la poussière d'une route éventrée.

 


Pas pendant qu'on filme.
Leurs pleurs,
leurs plaies,
leurs os secs et brisés,

 


Qu’on regarde,
s’insurge, zappe,
et oublie.

 


Moi je suis là.
Avec indécence, je vis.
Dans une maison intacte
entourée d’enfants vivants.

 


Et pourtant,
un feu intérieur me brûle.
Parce que les vôtres
vous ne les reverrez plus.

 


Parce que nous les tuons,
à ciel ouvert,
à sol fermé,
Avec nos armes,
Nos lunettes noires
nos ventres pleins.

 


Oh non, je ne débats pas.
Je me bats.
Avec les mots que j’ai
et le courage que je n’ai pas.

 


Je pleure avec les mères,
vidées de leurs larmes,
dépossédées de leurs voix,
mortes de tirs
ou de chagrin.

 


Des mères qui enterrent
une semelle brûlée,
un membre identifié,
ou juste un nom.
Hurlé.
sur la terre imbibée de sang.

 


Ils auront vécu
cinq minutes,
cinq semaines,
ou cinq ans.
Ont levé les yeux vers le ciel,
Ont vu les étoiles s’écraser.

 


Et puis, la lumière s’est éteinte.
Pas doucement, non.
Dans le bruit,
la fureur
et la rage.

 


Je vous écris
parce que mon humanité crie
et que le monde
m’empêche d’hurler.

 


Je vous écris des mots
que vous ne lirez jamais
Vous suppliez des noms
Que notre silence tait.
Et moi, je ne vous sauve pas

 

© Kristen Fra Skoven

 

Biographie  
 

Kristen FRA SKOVEN est le nom d’écriture d’une autrice franco-lusophone.
Née ailleurs, élevée ici, elle traverse les langues comme on traverse une perte.
Son écriture parle de soin, d’effondrement, de mémoire, de maternité, et de justice.
Elle publie à sa manière, hors des grands circuits, mais au plus près des plaies du monde.
Elle écrit sans étiquette, sans carte d’entrée, mais avec une boussole intérieure.

***

Pour citer ce poème engagé & pacifique

 

Kristen Fra Skoven, « Je ne vous sauve pas », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 11 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/kfs-jenevoussauvepas

 

 

 

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29 juillet 2025 2 29 /07 /juillet /2025 15:16

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

 

 

 

 

 

Petit Loic, prince de ta vie

 

 

 

 

 

 

Poème & photographie par

 

Berthilia Swann

Poétesse & autrice engagée

 

 

 

 

© Crédit photo : Berthilia Swann, image du visuel officiel des « Ateliers d'arts plastiques de l'association Tous tes rêves ».

 

 

Petit Loïc deviendra grand

Au cœur de beaux sentiments

D’amour de joie, de paix donnée

Riche en créativité. 


 

Petit Loïc

À l'âme douce d’enfant

animée de jeux et d’histoires récitées

De regards purs, aux intentions partagées

D’un soi sincère, d’une immense sensibilité.

 

 

Petit Loïc

Prince de ta vie

Marche, avance, de tes idées nous éblouis

Tel que tu me l’as dit et bien promis.*

 

© Berthilia Swann, été 2025.

 

 

* Ce poème est un hommage à l'un des élèves avec lequel j'ai eu l'immense bonheur de travailler ces dernières semaines en atelier d'arts plastiques par le biais de l'association « Tous tes rêves ».

Un petit garçon doux et sensible, rempli d'inspirations et de belles créativités. Nos "au revoir !" ont été fort en émotion tant le contact humain était pur et authentique. C’est un petit ange parmi tant d'autres pour qui tendre une main vous donne l'envie de créer un tout nouveau monde de partage et de paix.

 

© Berthilia Swann

***

Pour citer ce poème illustré, engagé & inédit

 

Berthilia Swann (poème & photographie), « Petit Loic, prince de ta vie », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/swann-princedetavie

 

 

 

 

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24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 18:13

Événements poéféministes & poépolitiques | Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable | Expression poétique contemporaine & Revue Orientales | O | N°3 | Créations poétiques

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​​​S'en va vers l'infini

 

 

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Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Pietro Liberi, « Allegory of peace and justice ​​​​​​», peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran du site Commons.

 

 

À toutes les filles et les femmes privées de leurs droits & libertés

À toutes celles qui ont été violentées & poussées au suicide dans les pays dits orientaux

 

 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et le pont fait de ses bric-à-brac

s'écroule au milieu du chemin

elle n'ira pas plus loin.


 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et Nout s'arque au loin

les étoiles la couvrent d'or

le rouge feu du ciel caresse ses cheveux.

 

©DS, 2 mars 2023

 

_______

 

Pour citer ce conte versifié, féministe & inédit 

 

Dina Sahyouni, « S'en va vers l'infini », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Événements poéféministes & poépolitiques 2023 | « Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 24 novembre 2023. URL.

http://www.pandesmuses.fr/lettredoctobre2023/orientalesno3/ds-senva

 

 

 

 

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