17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:41

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier 

 

 

 

 

 

 

 

Fatima Hassouna. L’œil de Gaza

 

 

 

 

Article & peinture par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, portrait pictural de la poétesse, photojournaliste «  Fatima Hassouna », peinture.

 

 

 

Fatima Hassouna, poétesse, photojournaliste, née le 2 mars 2000 à Gaza, fauchée avec dix membres de sa famille, au moment où son film, avec la réalisatrice iranienne Spideh Farsi, Put your Soûl on your Hand and Walk, Pose ton âme sur ta main et marche, est sélectionné au Festival de Cannes. Ses œuvres sont publiées par des journaux prestigieux, exposées dans des galeries renommées. On l'appelle l'Œil de Gaza. Elle écrit : « Le monde est là dans sa vastitude. Gaza est une petite boîte. Nous sommes dedans. Le monde est si lointain. Je ne peux pas le visiter. Je voudrais voyager, explorer les immensités et revenir dans ma petite boîte. J'ai besoin de Gaza. Gaza a besoin de moi. Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une brève dans un flash-info. Je ne veux pas être un chiffre anonyme dans une statistique. Je veux une mort qui retentit dans toute la planète, dans toutes les langues. Je serai une image omniprésente que rien ne peut effacer » (Fatima Hassouna, 2 août 2024). 

La photographe est partie. Elle a dit la vérité. Elle reste sans témoin. Sauf un témoin invisible. Pour attester qu'il n'y a plus de témoin. La photographe est partie après avoir dit la vérité. Elle est drapée des couronnes fleuries de sa robe de mariée. Elle se tait. Elle s'expose en silence au silence. Son nom perdure. Mais, qu'est qu'un nom ? Sa grande œuvre photographique s'exhibe en silence. Elle reste muette. Elle se contente de montrer des scènes de silence. Elle rattrape les images qui se dérobent devant son objectif. Elle met les images à nu. Dans ses récits photographiques, tout s'esquisse, tout s'annonce, tout s'interrompt, la naissance, l'amour, la mort, dans leur ordre cyclique, réversible, anhistorique. Il reste ses traces, inaltérables, impérissables, indissolubles. Cette jeune femme est la légèreté même. Elle est unique. Elle exprime ce que la clarté du jour aura été hier, le jour passé. Elle est la mémoire graphique de la naissance de la lumière à la lumière photographique. Elle capte. Elle inscrit. Elle imprime. Elle voile. Elle dévoile. Elle perce l'énigme de l'ombre. (Jacques Derrida, Aletheia, 1996, éditions William Blake and Co, tiré à part, 2025. Adaptation). 

 

Je glisse une photographie de Fatima Hassouna dans le cahier où je rédige ces lignes. La photographe, keffieh noir et blanc manteau sombre, est saisie dans la pénombre d'un immeuble bombardé, assise sur une chaise en fer rouillé déglinguée. Sa main tient fermement son appareil photo. Les décombres gisent par terre. Je perçois une clarté légère, une signature nébuleuse de l'ombre. Une lueur de chandelle. Elle est seule, indifférente au photographe qui la flashe. Une prégnance terrifiante plane dans l'air. Elle voit. Elle donne à voir l'interdit. Je ferme les yeux pour voir, pour savoir. Je ne discerne que l'esthétique, l'irisation du silence. 

Jacques Derrida relie ce phénomène à la loi de phôs. Photôs, photographie, phosphore proviennent de la même racine. Le sionisme néantise Gaza à coups de bombes au phosphore. L'adjectif phosphoros signifie porteur de lumière. Phosphoros désigne aussi la planète Aphrodite, Vénus, l'étoile du berger. Les photographies de Fatima Hassouna sont infusées de phosphore. Certains instantanés me magnétisent, m'hypnotisent, me paralysent. Archives incomparables, inimitables, indélébiles. Son dernier cliché, un coucher de soleil.  Son absence-présence me lancine comme un hologramme. Je ne vois que son aura. Elle est seule dans son impalpable visibilité. De nouvelles photographies apparaîtront. Le festival de Cannes, la société du spectacle l'intronisent déjà comme une icône. Elle ne sera bientôt qu'une valeur marchande. On parlera un peu d'elle, moins qu'elle ne l'a souhaité. Des documentaires, des livres lui rendront hommage. Puis, elle s'éclipsera. Elle sera toujours seule dans son attente de la lumière.

© Mustapha Saha, Sociologie

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Pour citer ce texte engagé, élégiaque, illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peinture), « Fatima Hassouna. L’œil de Gaza », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ms-fatimahassouna

 

 

 

 

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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 18:23

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages | Revue Poépolitique | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Le livre des transgressions

 

 

 

 

Article & peinture par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, portrait pictural de la poétesse transgressive, dionysiaque « Mririda N’Aït Attik », peinture, dimensions 65x50cm.

 

 

 

Paris. Vendredi, 4 décembre 2025. Rim Battal présente à Montmartre, son roman, Je me regarderai dans les yeux, éditions Bayard. La narratrice, dix-sept ans, dénonce, dès la première phrase, avec des mots crus, le chantage à la virginité. « Cela n’a pas duré plus de cinq minutes, mais, j’eus l’impression de passer une journée entière, les jambes écartées, nues, sur cette table d’examen médical ». Le récit peut être résumé par une paraphrase du fameux incipit de Paul Nizan dans Aden Arabie : « J’avais dix-sept ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». La violence familiale décrite dans son insupportable cruauté physique, psychologique, langagière, dans son exercice sadique. Reproduction atavique des maltraitances. La suspicion guette à la porte. Chaque mot s’interprète comme un aveu de faute. L’opinion publique, juge fantomatique, se sollicite à chaque résistivité. Insolences impuissantes en réponse. Radiographie clinique des manies, des lubies, des marottes adolescentes internétiquement universalisées. Fétichisme des griffes vestimentaires. Anglicismes superfétatoires. Tubes anglo-saxons dans les oreillettes. L’autorité filiale se supporte dans l’instinctive résilience. Insubordination. Désobéissance. Rébellion. Schéma classique, basique, du conflit de générations. Préjugés réciproques. Egotismes inconciliables.

 

 

Mensonge et transgression.

 

Le mot mensonge fuse immédiatement. Il marque la narration de bout en bout. Il devient concept. Autant l’hypocrisie est une simulation des sentiments, autant le mensonge est une dissimulation des pensées, des arrière-pensées, des intentions cachées. Le mensonge est un code de communication. Il est à la fois banal et global. La duplicité est une structure mentale. Voir mon texte Psychopathologie politique d’une société schizophrène, disponible sur le web. Quand le mensonge se généralise, il cesse d’être condamnable. Il entre dans les mœurs. Il se place à l’intersection du vrai et du faux. Le marocain agrée, dédouane, justifie le mensonge comme stratégie de survie. Il l’accommode et s’en accommode. Il l’intériorise. Il le standardise comme norme de comportement. Du coup, le mensonge ne se jauge plus sur des critères éthiques. Mais, sur son excellence ou son imperfection. Il s’inscrit sur le terrain de la performance, de la concurrence, de la compétition. Les roublards se valorisent en s’avouant grands menteurs. Les pauvres eux-mêmes manient la tartufferie bourgeoise. « Mon père, bel homme, drôle et fourbe, est menteur lui aussi, comme ma tante, comme moi, comme tout le monde, mieux que tout le monde. C’est d’ailleurs mon père qui m’a appris l’art du mensonge, qui m’a fourni ses armes, que je retourne contre lui, sans qu’il s’en offusque. Il appelle ça diplomatie ». La transgression ne se fait pas ouvertement. Il transite par le mensonge. Il faut, coûte que coûte, préserver l’essentiel, la respectabilité. Quand le mensonge est flagrant, une seule défense, la dénégation ferme, énergique, inflexible. La mauvaise foi est admise quand elle sauve la face, quand elle évite la mauvaise réputation. Celui qui ment le mieux se fait louanger, admirer, honorer. L’art du louvoiement s’apprend dès l’enfance. Ne survivent au milieu des rapaces que les caméléons. 

Je relis, à cette occasion, la controverse de 1796 sur le droit de mentir entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant. Sommes-nous autorisés à mentir dans des situations ordinaires ou exceptionnelles ? Pouvons-nous, pour nous tirer d’embarras, faire des promesses que nous ne tiendrons pas ? Pour Emmanuel Kant, renoncer au devoir de dire la vérité conduirait à la destruction de la société. La sincérité est aussi un devoir envers soi-même. Il existe deux sortes de mensonges. Le mensonge extérieur où l’on se rend ridicule aux yeux des autres. Le mensonge intérieur où l’on se rend méprisable à ses propres yeux. Emmanuel Kant accepte, tout au plus, le mensonge par bienveillance au titre d’un impératif de prudence. Pour Benjamin Constant, « Tout le monde n’a pas droit à la vérité. L'exagération des principes est le moyen le plus infaillible de les rendre inapplicables. Le principe moral de dire la vérité, s'il était pris d'une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible ». Nul humain n’a droit à la vérité si elle nuit à autrui. La franchise elle-même se relativise en fonction de la situation. En toute circonstance, le mensonge pour sauver une vie vaut mieux que la vérité. Mentir par humanité est un droit et un devoir. C’est la valeur éthique de l’action et de l’intention qui prévaut.

Le terme transgression provient du latin gradior, qui signifie franchir une ligne, et de trans, traverser, passer de l’autre côté. La transgression est donc le rejet des ordres, des obligations, des règles, des lois, des conservatismes, des conformismes, des adaptations factuelles et des accoutumances perpétuelles. C’est une subversivité. La transgression passe par le dévergondage linguistique, lexicographique, symbolique, symptomatologique, sémiologique. L’impertinence, l’arrogance, la brocarde, l’incartade, l’invective sont des signes avant-coureurs de rupture de ban. Les prescriptions sociales, morales, sont circonscrites par des restrictions, des improbations, des interdictions, des proscriptions, des prohibitions. La transgression est une tortille de traverse, audacieuse, aventureuse, génératrice d’opportunités inattendues. Une démarche prométhéenne. Une quête de la semence de feu. Elle a cours dans les marges sociétales, urbaines, les interfaces diversitaires, contestataires, dans les lieux de passage propices aux créativités, aux inventivités, aux innovations. Marge, Margo, veut dire bordure en latin. C’est aussi l’espace blanc autour d’un texte écrit, où se griffonnent les remarques, les observations, les objections. La marge connecte le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, le personnel et l’impersonnel. Hormis les vies parallèles choisies par les artistes, les poètes, les philosophes, les marginalisations, en général, sont des désocialisations, des exclusions, des bannissements. Des flux hétéroclites circulent dans les périphéries, se croisent, se rencontrent. Ces jonctions, ces embranchements, ces hybridations, ces métissages fécondent les nouveautés. La marge est rhizomique. Elle développe en tous sens ses potentialités. Cf. Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, éditions de Minuit, 1980.

La transgression, comme la transnavigation, la transmutation, la transfiguration, est un dérivement, un débordement, un surpassement, une infraction de l’inébranlable, de l’irrévocable, de l’imprescriptible, une mise à mal des sacralités. Le transgresseur cherche surtout à s’émanciper de la tutelle qui le paralyse. « Après avoir rendu stupide leur bétail domestique, après avoir pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors de parc, les tuteurs leur expliquent le danger qu’il y aurait à essayer de marcher tout seul. Or, le danger n’est pas si grand que cela, étant donné que quelques chutes finiraient bien par leur apprendre à marcher. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Pour répandre ces lumières, il n'est besoin de rien d'autre que de la liberté, à savoir l'usage public de sa raison dans tous les domaines » (Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les lumières, 1784).

Les gens fonctionnent avec des habitus censés contenir des solutions toutes faites aux problèmes qui les accrochent. Tout individu est une composition d’habitudes dans un tout cohérent, consistant. Les habitudes se rigidifient. Elles perdent leur souplesse. L’inadaptation est provoquée par les réactions produites mécaniquement. Avant que la nouveauté née dans les marges ne s’ancre dans les réalités sociales, le flux informationnel la jugule, la neutralise, l’annule. C’est la rapidité de l’information qui dissout les fluctuations transformatrices. Les manipulations médiatiques, les falsifications idéologiques opèrent comme des rouleaux compresseurs. C’est ce qui arrive au mouvement GenZ 212. Son succès le freine, l’entrave, l’étouffe. Il ne lui laisse plus, au bout d’un certain temps, l’initiative d’actions originales. Il l’immobilise dans postures défensives. S’ajoutent des carences culturelles. Absence de chercheurs, de penseurs capables de dresser des topographies, des cartographies du champ social. La plupart des intellectuels, des universitaires n’ont d’autres préoccupations que leurs distinctions, leurs décorations, leurs palmes mandarinales. La société inégalitaire perpétue, avec ses logistiques bureaucratiques, ses motrices institutionnelles, ses turbines financières, les privilèges acquis. La nouveauté se refoule, se sanctionne, se liquide. La gouvernance technocratique récupère les nouveautés, les recyclent, les mercatisent, la rentabilisent. La protestation s’effectue sur des trajets balisés, signalisés, fléchés, au lieu s’inventer ses propres itinéraires. Que GenZ 212 ne soit pas reconnue comme interlocuteur valable est suffisamment révélateur du cynisme étatique. La rhétorique sacrale incrimine la transgression comme attitude immorale, irrévérente, honteuse. Au lieu de se frayer des passages désorientants, déconcertants, désarçonnants, la transgression se laisse aiguiller sur les charmilles piquetées par les interdits. 

Au Moyen-Âge, aucun exhibitionnisme n’est considéré comme une atteinte à la pudeur publique. Les lieux saints s’ornent de scènes lubriques. « Dans le livre de prières médiéval, en marge des psaumes, une femme sculptée ouvre son sexe avec ses mains. Dans le chœur de petits monstres de bois, les mamelles pendantes, regardent les moines chanter. Sur le chapeau du pèlerin, à côté des coquilles Saint Jacques, une vulve couronnée est portée en triomphe par des phallus. Ces images sont produites et regardées sans gêne pendant plusieurs siècles » (Gil Bartholeyns, Pierre-Olivier Dittmar, Vincent Jolivet, Image et transgression au Moyen-Age, Presses Universitaires de France, 2008). J’ai visité la chapelle Kermaria an Iskuit à Ploua, dans les côtes d’Armor. Ici la transgression est religieuse. Dans La Danse macabre, qui se déroule le long des murs nord et sud de la nef, ce sont les morts qui sont en mouvement. Les nouveaux arrivés en enfer s’immobilisent dans une posture hiératique. Ces morts ne sont pas des squelettes, mais des cadavres desséchés comme des momies. Certains avec des cheveux et des rires sardoniques. Se dégage étrangement, à cause des déhanchements, une étrange atmosphère érotique. Les fresques remonteraient au quinzième siècle. Elles s’inspirent des peintures du cimentière parisien des Innocents détruit au dix-septième siècle. La mort, au Moyen-Âge est présente dans des œuvres réalistes et des spectacles vivants, dénommés Danses de Macchabées ou Les Passions. L’église veut ramener les vivants à leur condition mortelle, leur rappeler leur destinée finale. Dans la Bretagne prospère, les paysans repus sont mis en garde contre l’inanité des richesses ici-bas. Chaque vivant est escorté par un mort. Une seule femme, vêtue de blanc, figure probablement la vanité de la beauté, à moins qu’elle ne soit la mort elle-même travestie en amante fatale. Les morts et les vivants déclinent des attitudes diversifiées, des gestuelles naturelles, modulées dans les prise de mains et de bras. Le message chorégraphique est clair. Pour bien mourir, il faut danser. Dans la procession, le pape, le roi, le cardinal, le patriarche, le connétable, l’archevêque, le chevalier, l’archevêque, l’abbé, l’astrologue, le médecin, le banquier, le laboureur, le musicien avec sa cornemuse, le moine mendiant, l’indigent. Tous ces puissants et moins puissants paraissent acquiescer à l’ultime échéance. La mort équitable, égalitaire, n’épargne ni petit ni grand. Elle frappe sans distinction d’âge, de genre, de rang. Dans cet-au-delà où le mensonge n’opère plus, il n’y a que l’art et la poésie qui sont des transgressions immanentes de la camarde.

 

Interférences webiques.

 

La révolution numérique bouleverse tous les repères. Il n’y a plus de vérité. Il n’y a plus de mensonge. Il n’y que des données. Toutes les sources s’égalent. Tous les énoncés se valent et s’équivalent. Toutes les formulations s’avalent. Les mégadonnées, big data, utilisent des ordinateurs surpuissants, des technologies sophistiquées, des méthodes analytiques, des traitements parallélisés, au-delà de la cognition anthropienne, au-delà de l’imaginable. L’intelligence artificielle règne. Elle est d’ores et déjà requise pour gérer les relations individuelles et collectives. Le minuscule cerveau humain est de plus en plus mis au rebut. Sur les réseaux sociaux, fake news, diktats alimentaires, charlatanismes en tous genres vident les cervelles de leur esprit critique. Les manières, les comportements, le opinions se télécommandent, se téléguident, se pilotent à distance. Le marocain invente, avant le reste de la planète, la postvérité, machine infernale, virale, de dérégulation, de désinformation, de déculturation. Il ne crédibilise que les rumeurs insensées. L’effet rebond, backfire effect, se dispense de vérifier la fiabilité des sources. C’est le phénomène du buzz internétique. Le bruit parasitaire s’accepte comme musique dès lors qu’il se propage rapidement. Le marocain, est un donneur de leçons sans pareil. Il se complaît dans le syndrome de la surconfiance, dunning-kruger effect. Il surévalue ses compétences propres. Il éprouve le besoin de déverser quotidiennement ses bavardages, ses verbiages, ses commérages. Les cérémonies de thé n’ont d’autre but que le partage des confabulations. Les contrevérités se dégorgent sans scrupule, sans vergogne, sans retenue. Plus c’est gros, plus ça passe. La trivialité fait mouche, s’imite, se propage. Toute la société marocaine vit de faux-semblants.

Avec la révolte de Génération Z 212, rebelle et loyaliste, réfractaire et légaliste, indignée par les inégalités et respectueuse des conventions, la transgression reprend sa dimension publique. Au pays où chaque réalité est un tabou, toute indocilité est une transgression. Ressurgit l’esprit frondeur des territorialités insoumises. La paradoxalité marocaine, entre centralité anxieuse de sa prépotence et tribalité soucieuse de son autarcique existence, se réinvente. Une révolte surgie des jeux vidéo, de la fantasmagorie manga, de l’hyperréalité webique. Derrière l’initiative anonymisée, clandestinisée, énigmatisée, des étudiants, des doctorants prédestinés au chômage. La bouteille à la mer draine des adhésions massives, des sympathies populaires, des manifestations spectaculaires. La génération Z, formatée par le néolibéralisme, le compétitionisme, l’hyperindividualisme, se détourne de la réussite matérielle. Elle prend fait et cause pour les classes indigentes, déclassées, malheureuses. Une génération pragmatique, incrédule à l’égard des grands récits, désabusée des traditionalismes obsolètes, des modernismes malhonnêtes, des politiques sourdes et muettes. Une génération en quête de sens, sans formation philosophique, hélas, pour concevoir des utopies réalisables. Elle ignore que le bien commun et l’intérêt général rousseauistes ne sont pas de mise dans le technocratisme. L’implacable répression étouffe le mouvement dans l’œuf. GenZ 212 n’a plus qu’une revendication prioritaire, l’amnistie des centaines de jeunes et d’adolescents incarcérés, punis de peines de prison ferme de trois à quinze ans. Cette génération souffre d’un déficit de mémoire historique. Elle ne sait rien de l’insurrection du 23 mars 1965, partie du lycée d’excellence Moulay Abdellah de Casablanca, relayée par les bidonvilles, sanctionnée de mille morts. Elle vit en temps réel. Son univers est algorithmique. Sa révolution semble hypothétique. 

Il faut prêter l’oreille à Gilles Deleuze : « Nous vivons dans un monde désagréable où les gens et les pouvoirs établis nous communiquent des affects tristes, qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour nous transformer en esclaves. Les tyrans, les prêtres, les imams, les preneurs d’âmes nous persuadent que la vie est dure, lourde, invivable. Les pouvoirs ont besoin de nous angoisser, comme dit Paul Virilio, d’administrer nos petites terreurs intimes. On a beau dire quel malheur la mort, il aurait fallu vivre véritablement pour avoir quelque chose à perdre. Les malades de l’âme et du corps, les vampires, ne nous lâchent pas. Ils nous transfèrent leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contagion. Ce n’est pas facile d’être un être libre. Pour être libre, il faut fuir la peste, initier des rencontres, augmenter la force d’agir, propulser les jovialités. Le corps ne se réduit pas à l’organisme. La pensée ne se réduit pas à la conscience » (Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, éditions Flammarion, 1977). J’ai parcouru tous les communiqués de GenZ 212. En dehors de trois propositions légitimes, leurs communications tournent en rond. Leurs idées restent bloquées sur les mêmes leitmotivs, les mêmes refrains, les mêmes rengaines. Mon enthousiasme de départ s’émousse au fur et à mesure que se dévoilent les maladresses, les lacunes, les erreurs tactiques. Des changements imperceptibles opèrent souterrainement. Comment les détecter, les visibiliser, les concrétiser ? Les jeunes ne reconnaissent pas la vieille taupe, chère à Karl Marx, qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement. Ils ignorent l’allégorie de la guêpe et de l’orchidée dont l’improbable union produit des effets bénéfiques pour les deux parties. Les animateurs de GenZ 212, issus des classes moyennes, renvoient d’eux-mêmes l’image de protecteurs, de bienfaiteurs, d’anges-gardiens. Ils assènent des préceptes, des formules figées, des sentences définitives. Ils édictent des directives, des consignes, des mots d’ordre. Ils se proclament pacifistes pour ne pas déranger l’ordre établi. Là réside le malentendu avec les classes populaires. La gouvernance en face, une fois l’effet de surprise passé, joue l’atout démobilisateur de la peur.

 

Mririda N’Aït Attik (1900-1946 ?)

 

Nous évoquons Mririda N’Aït Attik, poétesse transgressive, dionysiaque, emblématique de l’époque coloniale, tombée dans l’oubli après sa disparition mystérieuse. Nulle sépulture connue n’abrite son corps. Nul cénotaphe ne rappelle sa mémoire. Seul l’écrivain, l’explorateur René Euloge (1900-1985), son traducteur, son confident, son amant, a sauvegardé son œuvre. Il est temps que Mririda N’Aït Attik acquiert sa pleine aura dans la littérature marocaine. Les jeunes générations ont besoin de son exemple. « On m’appelle Mririda. Mririda, l’agile rainette des prés. Je n’ai pas ses yeux d’or. Je n’ai pas sa gorge opaline. Je n’ai pas sa robe verte pomme. Mais j’ai ses stridulations envoûtantes. Qui volent jusqu’aux oreilles des bergers. Qui émerveillent toutes les gens de la vallée. Dès mes premiers pas dans les champs. J’ai pris délicatement dans mes mains. Les rainettes agiles, craintives, frissonnantes. J’ai embrassé longuement leur bouche. Ainsi m’ont-elles appris leurs vocalises ensorcelantes. Leurs cantabiles cristallines, vibrantes. Dans les nuits d’été baignées de lune. Grâce aux virtuosités transmises par les rainettes. On m’appelle Mririda ». 

L’une de mes tantes habitait à Azilal, en haute montagne. Je séjournais souvent chez elle, dans un paysage paradisiaque de sources, d’étangs, de cascades, de thuyas, de cèdres, de pins. Elle connaissait les chants de Mririda par cœur, en amazigh. Elle me les traduisait en français. J’étais adolescent. Elle me disait malicieusement : « maintenant, tu as l’âge de les comprendre ». Un rite d’initiation en somme. Mririda (1900-1946 ?), poétesse orale, libertine, sensuelle, voluptueuse, lascive. La transgressivité est un franchissement frondeur des lignes, des frontières, des limites, un outrepassement du sentiment de honte, une bravade morale. La poésie de Mririda outrepasse les anathèmes. Elle la chante au marché. Elle embarque qui lui plait. Elle rencontre René Euloge (1900-1985), instituteur colonial, écrivain, artiste peintre, photographe, russophone, arabophone, amazighophone. Le français parcourt les territoires alpestres, partage la vie des bergers, recueilles les contes, les légendes, les chants, les poèmes, les complaintes, les mélopées, les récits qu’il consigne studieusement sur des carnets négligés pendant de nombreuses années. Il est le premier européen à découvrir les cimes inaccessibles et les profondes vallées du haut-Atlas. Il reste dans son pays de prédilection après l’indépendance. Il meurt à Marrakech. Il publie les élégies de Mririda dans les années cinquante, Les Chants de la Tassaout.

On ne sait de la biographie de Mririda que ce que rapporte René Euloge. Il la qualifie d’hétaïre comme les compagnes sexuelles de la Grèce antique. Il définit sa poésie comme un art brut, fruste, rude, ardent, s’apparentant aux ballades, lais et rondeaux du Moyen-Âge européen.  Une poésie qui, dans un naturel désarmant, ne craint ni la gaillardise ni la grivoiserie. La rusticité lyrique rend palpables la quotidienneté pastorale. Superstitions préislamiques, invocations idolâtres, spiritisme, magie, sorcellerie, sur fond de sensualisme, de spontanéisme, de délectation, de dérision. Les adages, les proverbes, les maximes, substantifiques moelles de la sagesse traditionnelle, agissent comme des ponctuations. La candeur épouse la grâce. La fraîcheur laisse trace. Dans la bourgade d’Azilal, flanquée de remparts inescaladables, de tours à meurtrières, Mririda, la trentaine à peine, est tolérée avec quelques filles de petite vertu. Elle n’a pour séduire que ses longs cheveux noirs, aux reflets d’anthracite, et ses yeux immenses. Son teint est précocement fané. Elle chante ses poèmes en prolongeant les syllabes finales. Personne ne se soucie d’elle. Ses mots sont incompréhensibles aux soldats coloniaux, aux supplétifs locaux. Elle ne cherche pas non plus à séduire les chalands. René Euloge fait sa connaissance sur recommandation d’un ami. Elle l’invite à prendre le thé chez elle. Il la retrouve régulièrement, à la tombée de la nuit, vêtue de fines étoffes et de somptueux brocarts, fleurant la rose et le jasmin. Il traduit ses poésies en respectant au mieux la sémantique orale.  Mririda, drapée d’un manteau de laine à bandes amarantes, écarlates et blanches, élève ses bras cerclés d’armilles d’argent comme une danseuse céleste. Elle prend des poses hiératiques sans en soupçonner l’envoûtante impact. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, René Euloge retourne à Azilal et à Magdaz, village natal de sa poétesse. Sa recherche de Mririda, entre présomptions hasardeuses et fausses pistes, reste vaine. Elle a disparu à jamais. Demeure sa poésie sauvée du néant. 

 

 

© Mustapha Saha.

Sociologue.

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Pour citer cet article engagé, illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peinture), « Le livre des transgressions », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 15 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ms-transgressions

 

 

 

 

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9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 18:29

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Fertile

 

 

 

 

 

Poème élégiaque & engagé par

 

 Mariela Cordero

 

Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie & coordinatrice des sections #PoesíaVenezolana & #PoesíaMundial dans la Revue Poesía Poémame.

 

 

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la danseuse Naomi Aleskovsky (1921-2013) dansant sur la plage, capture d’écran d’une image libre de droits du site Commons. 

 

 

Cette terre a su boire

d'humides prières

du sang versé

du massacre en dilution.

Maintenant tu manges de prodigieux

fruits

qui ont mûri

par la grâce

de ceux qui ont souffert

avant toi.


 

© Mariela Cordero, un extrait du recueil de poésie inédit Pacte d'une autre mer.

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Pour citer ce poème lyrique, inédit & illustré

 

Mariela Cordero, « Fertile », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 9 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/mcordero-fertile

 

 

 

 

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3 décembre 2025 3 03 /12 /décembre /2025 17:35

REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

L'éblouissement, Ville & 

 

 

Les variations de mon propre feu 

 

 

 

 

 

Poèmes lyriques par

 

 Mariela Cordero

 

Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie & coordinatrice des sections #PoesíaVenezolana & #PoesíaMundial dans la Revue Poesía Poémame.

 

 

 

Crédit photo : « Sea at sunset », capture d’écran d’une image libre de droits du site Depositphotos.

 

 

L'éblouissement

 

 

 

Je n'aurais jamais pu

te faire

avec des mots

pas même avec ceux

faits d'incendie.

Si ce n'avait été pour les

ombres

l'éblouissement n'aurait

pas existé.





 

Ville

 

 

Avec les braises

d'un mot

j'ai voulu élever

une ville complexe

pour un seul habitant

délimitée dans mon corps

consacrée

à des pouvoirs non visibles.


 

Les variations de mon propre feu

 

 

Quelque chose

semble me prononcer

en haut

le vent fouette

mes cheveux

réinvente

les traits de mon visage

efface

l'allure

de la désolation héritée

éteint

l'ancien incendie

de la lignée

m'accorde l'espace sacré

pour les variations

de mon propre feu.

 

 

© Mariela Cordero, trois extraits du recueil de poésie inédit Pacte d'une autre mer.

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Pour citer ces trois poèmes lyriques, inédits & illustrés

 

Mariela Cordero, « L'éblouissement », « Ville » & « Les variations de mon propre feu », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 3 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/mcordero-feu

 

 

 

 

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27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 17:33

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

À Sète, au festival

 

 

« Voix vives » édition 2025*

 

 

 

 

 

Témoignage & images par

 

Amel Boudali

 

 

 

 

© Crédit photo : Amel Boudali en mode lecture avec Isaac Alonso Araque, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

 

J'ai eu cette année le bonheur d'être conviée au festival de poésie Voix Vives de Méditerranée qui s'est déroulé du 18 au 26 juillet dans la belle ville de Sète. Maïthé Vallès-Bled, directrice de ce festival accompagnée de toute une équipe de poètes et artistes animateurs des rencontres ainsi que de très nombreux bénévoles dévoués à cet événement, orchestre chaque année cette grande fête de la poésie.

 

© Crédit photo : Crac Poétique, poésie et performance avec Capitaine Alexandre. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les rencontres se déroulent au cœur de la ville en plein air : rues, parc, cafés, cours d'immeuble, patios, médiathèques etc. plus de 70000 spectateurs assistent gratuitement à des lectures de poèmes, des rencontres entre poètes et artistes, musiciens et conteurs. 

 

J'ai pu ainsi présenter mon recueil Mers à paraître à la rentrée 2025 aux éditions LansKine. 

 

​​​​​© Crédits photos : Première & quatrième de couverture illustrée de l’œuvre de Amel BOUDALI « Mers » aux éditions LansKine 2025. Images fournies par Hanen Marouani.

 

Chaque jour, j'ai eu la joie de partager mes poèmes avec un public attentif et bienveillant lors de lectures / rencontres avec les poètes et poétesses, ou de moments plus intimistes comme les ateliers d'écriture partagés avec les lecteurs. Lire des poèmes demeure l'une de mes plus grandes réjouissances : depuis l'enfance (ce sont des souvenirs heureux de ma petite enfance où mon père aimait à nous lire les grands poètes Hugo, Rutebeuf, Mahmoud Darwich, Nazim Hikmet etc.), j'aime prendre le temps de faire résonner les textes, de ménager les silences nécessaires à la poésie, de ne pas imposer aux auditeurs mes émotions mais tenter de créer un espace partagé entre le spectateur et moi pour que le texte respire.

 

© Crédit photo : Sous un même ciel avec Sapho. à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Ma lecture en barque sur le canal royal demeure un moment fort : lire des poèmes de mon recueil Mers in situ, si je puis dire, a amplifié les sensations et j'ai mis du temps pour revenir à quai. Et quelle joie de reconnaître au fil de ces rencontres des visages déjà entraperçus ! Une sorte de connivence et de profonde empathie se noue au cours de ces instants. Ces moments sont précieux car ils déjouent le poncif sur le caractère élitiste de la poésie. Les événements poétiques se déroulent au cœur de la ville et le désir de poésie est grand, comme en témoigne la présence constante du public.

 

© Crédit photo : Lecture de Samer Abou Hawwesh, à Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Les échanges avec les lecteurs et lectrices sont riches d'émotions et de surprises et, en tant que poète ou poétesse, on assiste ému-e-s à la réception de ses œuvres, qui ne nous appartiennent déjà plus tout à fait. 

 

Au cours de cette semaine, 70 poètes et poétesses prennent la parole. Leurs voix résonnent aux quatre coins de la ville et il suffit de déambuler dans les rues avec le programme en main pour découvrir Samer Abou Hawwesh, grande voix palestinienne, Maïsse Alrim Kharfoul de Syrie ou encore Nassuf Djailani, de Mayotte, entre autres. C'est une source inépuisable d'inspirations et l'on se nourrit profondément à l'écoute de telles voix. J'ai été particulièrement touchée par la poésie solaire et révoltée d'Alicia Es. Martinez Juan, poétesse espagnole, mais également la délicate poésie de Jean le Boël ou le slam habité du Capitaine Alexandre. 

 

© Crédit photo : Soirée de clôture du festival en compagnie du poète Michel Dunand et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

Cette manifestation ouvre grand sa scène aux poétesses de Méditerranée et d'ailleurs. Que ce soit dans les thématiques ou les sensibilités, une palette riche et nuancée de voix s'exprime dans toute sa diversité. D'autres regards portés sur le monde, la politique ou l'amour émergent de ces voix singulières : Sanja Bakovic, Gonca Ozmen, Claire Lajus, Christine de Calmy ou encore Céline de Saër, Assala Lamaa, Aurélie Allexandre d'Albronn, Isabelle Junca et tant d'autres.

 

© Crédit photo : voix féminines : avec les poétesses Maïté Soler, Gonca Ozmer, Sanja Bakovic et Claire Lajus. À Sète, au festival « Voix vives », été 2025.

 

 

* Ces quelques réflexions autour de l'expérience si enrichissante du festival de Sète de la poétesse franco-algérienne Amel Boudali sont un bref témoignage donné suite à des questions qui lui ont été posées par la rédactrice Hanen Marouani des revues poéféministes Le Pan Poétique Des Muses & Orientales.

 

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Pour citer ce témoignage illustré & inédit

 

Amel Boudali (texte & images), « À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiv/ab-voixvives

 

 

 

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