23 juillet 2025 3 23 /07 /juillet /2025 16:14

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & témoignages | Biopoépolitique | Voix / Voies de la sororité

 

 

 

 

 

Parcours d'une autrice d'exception

 

 

 

 

 

Biographie d’une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Portrait de l’autrice Ludmilla Podkosova. Image libre de droits, aimablement fournie par l’autrice.

 

 

Ludmilla Podkosova écrit comme on veille une flamme, avec cette fidélité discrète et constante qui fait des mots un abri contre l’oubli. Professeure de Lettres modernes et poétesse sous pseudonyme, elle trace depuis les années 1990 un chemin singulier entre poésie, prose, récit historique et littérature jeunesse.

 

Son premier poème paraît en 1990 dans la revue Vagabondages, inaugurant une œuvre profondément habitée par la mémoire, les silences, les blessures de l’Histoire et les tremblements de l’intime. Plus d’une vingtaine de recueils ont suivi, publiés chez des éditeurs exigeants tels que Editinter, Encres Vives, Sac-à-mots, Stellamaris ou L’Harmattan.

 

En 2006 paraît « Fragile horizon », anthologie de ses poèmes préfacée par Marcel Migozzi, avec qui elle coécrit en 2008 « Nouvelle histoire de la rosée ». L’écriture de Ludmilla Podkosova, à la fois dépouillée et habitée, a reçu plusieurs reconnaissances : « Diane Enchanteresse »  est sélectionné pour le prix Amélie Murat (2022), tandis que « En chemin » est remarqué pour le prix de prose poétique Louis Guillaume (2021). Sa prose comme ses vers résonnent dans les interstices de l’Histoire et de l’âme, entre engagement et quête de beauté.

 

Parallèlement, elle prête sa voix aux récits de l’enfance et de la jeunesse : « Il fallait survivre », roman évoquant la Grande Guerre à hauteur d’adolescents, est sélectionné pour le prix du meilleur roman historique jeunesse à Blois. Elle publie également « Maha et l’ordinateur », album bilingue en français et arabe, prolongement naturel de son ouverture au dialogue des cultures.

 

Critique littéraire attentive, elle collabore de longue date à la revue « Poésie/première », dont elle a dirigé plusieurs dossiers. Elle y célèbre des voix rares ou essentielles : Venaille, Mandelstam, Tsvetaïéva, Strickler… autant de présences amies dans le paysage poétique qu’elle arpente avec exigence et générosité.

 

Ludmilla Podkosova anime des ateliers d’écriture au sein de la Fédération « Vivre et l’Écrire », et appartient à l’Association des écrivains de Haute-Marne. Elle continue d’explorer les territoires de la langue avec passion et retenue.

 

Son dernier livre, « Suzanne, une femme engagée » (2024), rassemble les lettres d’une ambulancière de la 1ère armée de Libération à ses parents : un texte bouleversant, où le souffle de l’Histoire rejoint la grâce d’une voix restée vivante.

 

 

© Crédit photo : « Hommage à une femme de courage : Suzanne, une femme engagée" L'Harmattan, Paris, 2024. Une séance de dédicace en mémoire d’une résistante de l’ombre.

 

Cette librairie française a eu le plaisir d’accueillir Ludmilla Fauquès-Fermé sous pseudonyme  Ludmilla Podkosova à l’occasion de la parution de son ouvrage « Suzanne, une femme engagée », publié aux éditions L’Harmattan. L’autrice y retrace avec émotion et rigueur le destin extraordinaire de sa grand-mère, Suzanne Bardin, figure méconnue de la Résistance française et femme au parcours remarquable.

 

De la Seconde Guerre mondiale aux années d’après-guerre, Suzanne Bardin s’est illustrée par son engagement indéfectible pour la liberté et la justice. Ambulancière dans la première armée de la Libération, elle a consacré sa vie aux autres, entre bravoure, humanité et silence. À travers ce témoignage intime et documenté, Ludmilla Podkosova rend un vibrant hommage à celle qui fut, bien au-delà du lien familial, un modèle de courage et de ténacité.

 

Le public a été invité à venir découvrir cette figure féminine inspirante, à échanger avec l’autrice et à se procurer un exemplaire du livre, déjà salué pour la richesse de sa narration et la force de son message.

 

 

© Hanen Marouani​​​​​​, juillet 2025

 

 

Un destin, une voix, un engagement.

« Suzanne, une femme engagée » raconte l’histoire d’une femme libre, déterminée à faire bouger les lignes. Un livre à découvrir sans tarder.

À lire via ce lien :

https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/suzanne-une-femme-engagee/74441

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Ludmilla Podkosova : parcours d'une autrice d'exception » avec un portrait photographique fourni par l’autrice, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 23 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/hm-parcoursdune autricedexception

 

 

 

 

 

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15 juillet 2025 2 15 /07 /juillet /2025 15:40

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante

 

 

 

 

 

Lecture poétique & photographie par

 

Lectrice

 

Nom de plume d’une collaboratrice de la revue Le Pan Poétique Des Muses

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée & mise en rayon du recueil de poésie « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » de du poète Salah Oudahar aux éditions d’en bas.

 

En ce 5 juillet 2025, jour de la fête de l’indépendance algérienne, les mots de Salah Oudahar prennent une résonance particulière. À travers Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli, son nouveau recueil, l’Algérie se fait présence, tension, souffle. Elle n’est pas seulement évoquée : elle est invoquée. Une terre toujours vive, même à travers l’exil.

Chez Salah Oudahar, comme chez les grands poètes de la mémoire, le passé ne s’efface pas : il se transforme en murmure persistant. Les frontières entre le souvenir et le présent se troublent. Dans ce recueil, l’Algérie n’est pas un lointain décor : elle est intime, douloureuse, insoumise. Elle n’a jamais cessé d’habiter la voix du poète.

 

Il ne parle pas de son pays, il lui parle. Il le tutoie, l’interpelle, avec tendresse, parfois avec colère, mais toujours avec une fidélité bouleversante. À travers les images fortes de ses poèmes, il fait surgir un territoire à la fois concret et symbolique, une terre blessée par le silence et l’abandon :

 

Ses galets nus noircis par l’attente 

Brûlant au soleil des berges mortes

Des serments promesses non tenus

Comme muets

Étrangers

Ni de juillet ni de décembre

Comme venus d’ailleurs

 

Ces vers témoignent d’un rapport intime à la mémoire collective, où les paysages désertés deviennent les porteurs d’un passé trahi. Le poète, en refusant l’oubli, transforme chaque image en une empreinte de vérité. Loin de l’évocation nostalgique, il inscrit la mémoire dans le corps même du langage, interrogeant l’appartenance, le déracinement et la fidélité.

 

 

Mais au-delà du dialogue avec la terre natale, un motif revient avec une force particulière : le mois de juillet. Il traverse tout le recueil comme une saison brûlante, historique et charnelle. Juillet, c’est le mois de l’indépendance – le 5 juillet 1962 –, ancrée dans la mémoire nationale. Mais chez Oudahar, juillet devient aussi le théâtre d’une mémoire sensible, d’une chaleur humaine, d’une lumière fragile sur fond d’étouffement. Ce poème en témoigne :

 

« Brise de juillet 

Dans les feux du soir

Fugace
À peine effleurée
Vent brûlant
Nos brasiers
Nos baisers volés
Dans la torpeur d’un pays étouffé
Espoir aride vite déserté
Mon corps remuait s’agitait
À ton réveil
Fraîcheur ô fraicheur
Portes fenêtres restées ouvertes toute la nuit
Le parfum de ta bouche
Ton souffle
Ton café
Ses arômes retrouvés
Tes mots
Tes langues
Tes musiques
Tes chants
Tes récits du passé
Tes récits du futur

Comme si rien n'était encore perdu

Comme si tout était encore possible »

 

Ce juillet poétique mêle le collectif et l’intime. Il incarne à la fois la chaleur politique de l’Histoire et la chaleur d’un corps aimé, réveillé par le souffle de l’aube. Le poète entrelace le souvenir des révoltes avec celui des étreintes. Il fait dialoguer la mémoire nationale avec celle, charnelle, du quotidien. Ici, la mémoire n’est pas un musée : elle est une sensation, une odeur, une voix. Elle traverse les langues, les musiques, les récits. Et surtout, elle résiste à l’oubli.

« Tu fus jasmin laurier-rose / Arbre en proie aux tempêtes aux vents / Langue océane / Mer de multitudes » écrit le poète.


Ces vers, à la fois tendres et incandescents, nous enjoignent à rouvrir le jour, à redire au monde sa beauté essentielle, malgré les blessures, les silences, les arrachements. Car l’oubli menace toujours, mais la poésie veille : elle ravive les braises, elle s’oppose à l’effacement, elle refuse l’enfouissement. Par ses mots, elle insuffle la vie, elle réanime ce qui semblait perdu.

La photographie en noir et blanc de la couverture, réalisée par l’auteur lui-même comme l’ensemble des photographies du recueil s’insère dans une mise en page conçue par Artagraphisme..., prolonge cette sensatio : une braise en sommeil, un souvenir prêt à reprendre feu. Ce livre est ce souffle. Un chant pour l’Algérie. Un chant debout...


 

Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli n’est pas un simple recueil, c’est un acte de présence, un refus de se taire, une fidélité indélébile à une terre aimée, blessée, espérée. Ce 5 juillet, il sonne comme un rappel vibrant : « la liberté, la dignité, la mémoire sont aussi affaires de poésie. »

 

 

© Lectrice, juillet 2025.

 

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Lectrice (collaboratrice de la revue LPpdm, texte & photographie)« Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 15 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/memoirevivante

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

La dernière rectification mineure du texte faite à la demande de la critique date du 17 juillet 2025.

 

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7 juillet 2025 1 07 /07 /juillet /2025 16:51

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

« Nos coutures apparentes » : Imèn MOUSSA signe un recueil qui démêle l’âme

 

 

 

 

 

 

Critique & photographies (fournies) par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédits photos : Paysage champêtre de nature morte avec la première de couverture illustrée par l’artiste plasticienne Najet Dhahbi du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » suivi du portrait photographique récent de son autrice la poétesse Imèn Moussa.

 

 

La poétesse et chercheuse Imèn Moussa signe un retour sensible et percutant avec son nouveau recueil de poésie, intitulé « Nos coutures apparentes », publié chez Les Constellations. Préfacé par la poétesse et romancière Cécile Oumheni, cet ouvrage confirme une année poétiquement riche pour cette voix singulière de la poésie tunisienne francophone.

 

© Crédit photo : Image du Rayon Poésie d’une Bibliothèque à Tunis qui contient le recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une lectrice à Tunis en Tunisie.

 

 

Dans ce nouveau recueil, le titre à lui seul suffit à poser le ton : "Nos coutures apparentes". Il évoque à la fois la vulnérabilité, la force exposée, et les blessures recousues par la résilience. En choisissant de rendre visibles ses coutures, Imèn Moussa fait un geste poétique fort : celui de revendiquer l’imperfection, la réparation et la rébellion créatrice. En effet, les soubassements politiques actuels, les turbulences des relations humaines, le pouvoir de l’amour, la beauté des apprentissages, les traumatismes collectifs sont autant de thématiques qui préoccupent la poétesse et agitent son imaginaire comme des fils tendus entre l’intime et le collectif.

 

 

« Nous avons tous traversé un incendie. 

Nous nous sommes tous un jour ou l’autre pris les pieds dans la toile d’araignée de l’anxiété. 

À un moment où un autre, nous nous sommes tous brisés comme une poupée de porcelaine ». 

 

Édité chez la maison d’édition Constellations, dont le nom évoque déjà un certain imaginaire poétique, le recueil s’inscrit dans un univers entièrement engagé, où chaque poème est une tentative de dire ce qui ne se dit pas, de montrer ce qui est souvent caché. Les constellations, au-delà de l'éditeur, deviennent aussi une métaphore du tissu poétique qu’Imèn Moussa tisse entre les voix, les langues, et les histoires qui l'habitent. À l’instar d’une conteuse, elle nous emmène avec ce recueil dans les tréfonds de l’âme et dans les chemins sinueux de l’indicible.

 

« Elle me raconte le village des sources, 

Le village où l’on a creusé autour de la fontaine pour faire pousser le nombril d’une Femme à Paroles. 

À son pied ils ont inscrit quelques symboles étranges et des mots qui ne vous diront rien : 

Porte tes yeux au soleil
à l’heure qu’il est la gravité a perdu son sens
à l’heure qu’il est ne laisse pas ta peau sur les murs ne sois plus en colère
le silence, ça s’entend ! »  

 

La préface de Cécile Oumheni, autrice franco-tunisienne reconnue pour son écriture à la croisée des cultures, vient introduire cette œuvre comme un dialogue littéraire entre deux femmes poètes issues d'horizons francophones pluriels enrichit. La couverture du livre signée par l’artiste plasticienne de renom Najet Dhahbi nous offre aussi un aperçu sensible sur ce que recèlent les pages du recueil. Tout comme sa couverture, Imèn Moussa nous met face à une écriture qui, à la fois, perturbe et rassure.

 

© Crédit photo : Image du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une autre lectrice à Sousse en Tunisie.

 

Imèn Moussa, qualifiée dans les cercles littéraires de poétesse aux multiples talents et une artiste aux flamboyantes couleurs, continue d’explorer avec passion des formes d’expression hybrides, sincères, et profondément humaines. À travers sa poésie, sa photographie, ses voix off et ses performances scéniques, elle donne voix aux silences, aux marges, au vivant, aux fragments d’identité, sans jamais avoir froid aux yeux. 

 

« En fait, je ne conteste pas, mais j’ai tant de fausses certitudes à congédier loin de mes doigts.
Nous autres, nous n’avons qu’à s’épiler les ailes
pour accueillir nos troubles 

Nous autres, nous n’avons qu’à remonter
l’armature d’un soutien-gorge pour nous confondre avec une femme en liberté
puis, de toi à moi, qui pourrait m’empêcher d’arracher mes fils et mes clous ?
Si je te dérange, ferme les yeux ! »

 

Ce recueil s’inscrit incontestablement dans une dynamique contemporaine de la poésie francophone, qui se réinvente et surprend. Ses vers deviennent le lieu du soin, de la rencontre, de la résistance et de la reconstruction.

 

Tu sais ? J’ai entendu une voix qui m’appelait. Quand je me suis retournée, j’ai cru te voir, toi, terre enracinée dans chaque cœur.
J’ai souri. 

« Un grand sourire comme tu les aimes.
Parce que, tu sais ? Au bout du compte je me suis rappelée que ceux qui naissent sous les oliviers,
cultivent à jamais une tenace liberté
et se tournent toujours vers l’espoir ». 

 

« Nos coutures apparentes » est plus qu’un livre : c’est le geste premier de la littérature : un miroir tendu vers notre humanité commune.

 

© Hanen Marouani, juillet 2025.

 

© Crédit photo : Image du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une troisième lectrice en Bretagne en France.

 

 

À consulter également

 

— La page officielle de présentation du recueil chez la maison d’édition Constellations, URL.https://editionsconstellations.fr/nos-coutures-apparentes/

— L’annonce de parution de cette œuvre par Le Pan Poétique Des Muses « Vient de paraître le recueil de poèmes Nos coutures apparentes par Imèn MOUSSA », URL. https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/noiv/noscouturesapparentes

 

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Pour citer cet article illustré & inédit

 

Hanen Marouani (texte & photographies fournies)« Nos coutures apparentes : Imèn MOUSSA signe un recueil qui démêle l’âme », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 7 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/hm-imenmoussanoscoutures

 

 

 

 

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2 juillet 2025 3 02 /07 /juillet /2025 16:42

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Essais ou manifestes | Leçons, méthodes & méthodologies en poésie | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

 

 

Des mots pour vaincre & convaincre


 

 

 

 

 

Article inédit par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo : « Lyre » dessin non signé appartenant au domaine public. Image photographiée par LPpdm & trouvée dans un recueil de poésie du XIXsiècle.

 

 

 

Les mots sont une arme à double tranchant. Ils peuvent blesser comme ils peuvent panser. De ce fait, ils ont le pouvoir de créer, d’éclairer, de dissuader, de persuader et en résumé, de changer le cours des choses en induisant des prises de conscience. 

Ils doivent être bien pensés avant d’être utilisés pour produire l’effet escompté donc pour ne pas trahir l’intention de base.

On peut utiliser les mots pour fustiger toute atteinte à la liberté individuelle. Et Paul Éluard dans son poème intitulé «  Liberté » a donné la preuve que la poésie est un moyen d’expression pour lutter contre la privation de ce droit inaliénable qui est garantie par l’article 66 de la Constitution.

Quant à la liberté d'expression, elle est elle-même inscrite à l'article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Elle participe des droits fondamentaux. La liberté d'expression conditionne l'exercice d'autres libertés comme la liberté d'opinion, par exemple.

Les mots changent de sens pour s’adapter aux contextes socioculturels et pour répondre à des besoins créés par la société de consommation. Ils reflètent également l’influence culturelle et économique des communautés immigrantes avec leurs propres revendications.

 

Qu’en est-il du langage ?

 

Le langage s’enrichit également de l’apport des nouvelles technologiques 

On peut sans conteste dire que la technologie est le fer de lance de l’évolution du langage dans la société 

Malgré la complexité du langage, les êtres humains arrivent toujours à se communiquer même par des gestes simples. Les mots n’ont pas toujours l’exclusivité dans les relations humaines car la communication non verbale y a aussi sa place. Le langage peut revêtir plusieurs formes :

La gestuelle, les expressions corporelles ou faciales ou encore les manifestations physiologiques sans abstraire, bien évidemment le langage des signes. À cela s’ajoutent les émojis, le bruitage, les idéogrammes etc.

Si les mots ont un réel pouvoir de création il n’en demeure pas moins qu’ils ont également le pouvoir d’orienter les comportements et la pensée afin endormir les consciences. Ainsi le réel se trouve maquillé et enjolivé à des fins de manipulation ou de propagande politique. 

 

Qu’en est-il de la littérature ?

 

La littérature est une voie d’éveil intellectuel. Pour étayer notre propos on peut citer Victor Hugo dans  Les derniers jours d’un condamné  où la peine de mort est dénoncée comme étant une barbarie. Cette bataille au long cours a conduit à l’abolition de la peine de Mort en France via la loi du 9 octobre 1981 par l’entremise du Ministre de la Justice Robert Badinter. 

En tant que témoin de son temps, dans Les Misérables, Victor Hugo dénonce les injustices sociales et décrit la misère de l’époque.

La littérature ou la poésie est une force qui attire les autres vers. L’une et l’autre permettent de dire le monde et d’être en résonance avec les êtres vivants qui le constituent et c’est aussi un refuge dans les moments trouble et de vertige. Quant à la poésie tout court, par la brièveté de sa forme, elle se prête mieux à l’apprentissage de la lecture et reste en mémoire plus longtemps. Elle a une fonction cathartique également. 

 

Conclusion

 

Du Moyen Âge à nos jours que d’évolutions les mots n’ont-ils pas connu ? En faisant l’inventaire des pièces de théâtre on peut voir comment le langage a évolué, nombre de mots ont changé de sens. Par exemple Le Cid est non seulement une réussite dramatique mais possède un champ lexical très riche. Le langage théâtral d’alors est sans doute inadapté à notre époque. Le théâtre d’aujourd’hui utilise le langage commun pour ne pas créer de la distance.

Le langage et la pensée sont naturellement en interrelation et la littérature vise à communiquer des pensées, à influencer pour le mieux et voire à captiver. 

 

© Maggy De Coster

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Maggy De Coster, « Des mots pour vaincre et convaincre », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 2 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/mdc-desmots

 

 

 

 

 

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24 mars 2025 1 24 /03 /mars /2025 16:52

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Critique & réception / Chroniques cinématographiques de Camillæ | Dossier majeur | Articles & témoignages 

 

 

 

 

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Silence ! elles filment

 

 

 

 

 

Chronique & images par

 

Camillæ/Camille Aubaude

 

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

 

Blogue officiel :

https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

Silence ! elles filment

 


Alice Guy disait : « Le cinématographe était mon prince charmant ». 

Ses contemporains l’aimaient bien. Elle a dirigé « le premier film de fiction » l’histoire du cinéma, « le premier péplum », et pouvait faire dessiner plus de vingt décors pour un seul film.


Nicole Lise-Bernheim, dans sa « Préface », à Alice Guy-Blaché Alice, Autobiographie d’une pionnière du cinéma (1873-1968), paru en 1976, annonce cinq cents films réalisés par Alice Guy, dont Un hanneton dans le pantalon (pp. 7-8). L’écrivaine souligne l’inaptitude de notre société à concevoir le génie féminin. Dans l’histoire future de la pensée féminine à travers les âges qui sera un jour écrite, au chapitre du XXè siècle, il y aura en lettres de feu le nom d’Alice Guy. 

En 2021, une bande dessinée Alice Guy (scénario : José-Louis Bocquet, dessin : Catel Muller) participe à la réhabilitation de cette femme exceptionnelle, décédée en 1969 alors qu’elle est totalement oubliée et décorée de la Légion d’honneur. Comme beaucoup de films du cinéma muet, la plupart de ses films ont disparus et elle ne les a jamais revus.


Les réalisatrices du cinéma muet sont des anti stars oubliées derrière leurs caméras. Elles ont vraiment existé ! Elles devraient faire honneur au cinéma mondial. Ce n’est que depuis la prise de conscience en 2014 des violences faites aux femmes (voir La Malcontente) que les ouvrages sur Alice Guy sont inscrits dans les programmes scolaires. J’ai affronté cette « ignorance » pédagogique en 1993 en publiant Lire les femmes de lettres, longtemps absentes des manuels d’apprentissage littéraire.

Les noms de Dorothy Arzner, Germaine Dulac, Alice Guy nous reviennent parfois en mémoire, tels ceux des poétesses de la Belle Époque, effacés par Jean Cocteau et les Surréalistes. Mais sous les formules conventionnelles, l’influence, la puissance de l’art des pionnières du cinéma n’ont plus de puissance évocatrice. À l’inverse, les comédiennes telles Marie Pickford (aussi productrice), Gloria Swanson, Greta Garbo, Theda Bara, dite « la première vamp à l’écran », emblématisent la présence des femmes durant les trente ans du cinéma muet. Les stars féminines, dépersonnalisées, sont des marionnettes mises en vedette par des hommes : David W. Griffith, Mack Sennett (producteur célèbre), Léon Gaumont (« inventeur »), le Viennois Georg Wilhem Pabst, avec sa célèbre Loulou (le créateur et sa muse…) sont honorés, et ne le seraient pas s’ils étaient des femmes. Les visages maquillés, déifiés des actrices rappellent toujours la légende des origines, mais ce sont les hommes qui incarnent le cinéma muet, ce ne sont que des hommes auteurs de chefs d’œuvre. 

L’étude d’Anne Bléger, Le Cinéma muet, une industrie qui fabrique des inégalités hommes-femmes, un art capable de renverser les hiérarchies de genres (https://hal.science/hal-03450292/document) stipule que « le cinéma, industrie patriarcale par excellence » (p. 52) laisse aux femmes des fonctions subalternes, comme pour les autres métiers de prestige. La présence de l’actrice Marie Pickford est l’exception qui confirme la règle, comme le sera plus tard celle d’Ida Lupino. En effet, Marie Pickford a fondé en 1919 les United Artists aux côtés de D. Fairbanks, Charlie Chaplin et D. W. Griffith.
Le cinéma parlant d’abord, l’industrie de Hollywood ensuite ont évincé les œuvres des réalisatrices du cinéma muet car cette industrie naissante n’était pas prometteuse de gains fabuleux. C’est un cas archétypal de la discrimination dans la création artistique. Les femmes marquèrent de leur empreinte le domaine de la  réalisation cinématographique, pour disparaître presqu’entièrement à l’arrivée du cinéma parlant. De leur carrière passionnante, de leur responsabilité dans l’industrie du film muet, il ne reste de ces « pionnières » que de rares témoignages, tous élogieux. Hormis les articles laudatifs de l’époque, et quelques interviews, un ouvrage leur a été consacré : Early  Women Directors. Their role in the development of the Silent Cinema, par Anthony Slide (1977). Il rassemble et analyse les fabuleuses expériences de femmes exceptionnelles tombées sous de puissants couperets.
Quelle est l’importance des images de la femme exacerbée par le star système face à l’intégrité et à la persévérance des réalisatrices du muet ? Le patriarcat de l’époque assignait les femmes avant tout au rôle obscur de ménagères, de mère procréatrices, de cuisinière à la chaîne, et en faisait de façon plus exceptionnelle des figures éclatantes, sortes de « déesses » alimentant les fantasmes des spectateurs masculins. L’irréparable duel de la maman et la putain, dont La rue dans joie de Pabst avec Greta Garbo est le soleil noir.
Des femmes furent d’abord employées comme scénaristes : on en dénombre quarante-quatre en 1918. Puis elles s’octroient très rapidement des places importantes dans la presse : Adela Roger Saint Johns, Ruth Waterbury, Gladys Hall. La production et la vente des films sont aussi des secteurs qui ne sont pas verrouillés pour les femmes, où il fallait faire avec elles. Ainsi, Margaret Booth dirigea longtemps le département d’édition de la MGM. 

En 1920, un ouvrage sur les « carrières féminines » alors possibles consacrait un chapitre au métier de réalisatrice ! Les débuts du cinéma ont ouvert un champ d’expression pour les femmes en dehors de l’industrie, un peu à la façon dont l’activité de « poétesse » fut un vrai métier de femme (voir mon article de 2011, souvent cité). L’industrie cinématographique américaine comptait alors plus d’une trentaine de femmes. Le cadre de cette chronique ne permet pas de présenter Lois Weber (1879-1939), « la réalisatrice sacrifiée par Hollywood », la scénariste Marion Fairfax (1875-1970) et tant d’autres. En plus, il y a wikipédia, la vitrine d’aujourd’hui, à la censure typiquement insidieuse. D’Alice Guy, l’incontestable pionnière, à Dorothy Arzner, elles réussirent à divulguer leurs idées sinon à les imposer, à remplir leurs tâche professionnelle et à faire respecter leur savoir-faire.

Agitons quelques noms ! Germaine Dulac (née à Amiens en 1882) est l’aînée. C’est une projection confidentielle dans une petite salle de la bibliothèque de cinéma du Forum des Halles (voir affiches) qui m’a fait reprendre ce dossier de jeunesse sur les « muettes » à l’image. Il ne reste que dix films sur les trente qu’elle a réalisés. Revoir un demi-siècle après La Souriante Madame Beudet (1923, 54 min.) et La Coquille et le Clergyman (1928, 44min.) qui m’avait éblouie quand j’étais étudiante de cinéma à Paris III, revient à en approfondir la connaissance.

 

 

© Crédit photo : Image no 1, affiche du film « La Cigarette » de la créatrice Germaine Dulac, fournie par la chroniqueuse Camillæ.

 

 © Crédit photo : Image no 2, coupure de presse du 22 février sur deux films de la « Pionnière du cinéma expérimental, Germaine Dulac » , fournie par la chroniqueuse Camillæ.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​


 

Germaine Dulac n’a pas du tout la personnalité d’Alice Guy. Leurs œuvres sont complémentaires, et rendues possibles par la situation artisanale du début du cinéma. Germaine Dulac a écrit sur sa conception du cinéma, et a voulu faire un cinéma pur, en travaillant sur les moyens techniques. 

Après avoir écrit des pièces de théâtre (voir wikipédia), Dulac exprime une création visuelle et des émotions au moment où la France est détruite par la Première Guerre Mondiale. Son style est expressionniste et ses thèmes sont très humains (cf. Âmes de fous, 1918). Ses films ont une musique visuelle, tel un leitmotiv qui porte les spectateurs. La Coquille et le Clergyman dont le scénario serait « d’après Antonin Artaud », n’est pas du tout dans la logique habituelle des récits du muet. Les Sœurs ennemies (1915) est un film aux thèmes féministes à la façon du « Message de Françoise Rosay aux femmes allemandes » (en majuscules), radiodiffusé le 29 novembre 1939 :

« Oui, ce soir, ma voix interdite ira jusqu’à vous, légère, immatérielle ; elle passera par-dessus la ligne Maginot, la ligne Siegfried, pour vous apporter un peu de vérité. Un peu de cette vérité qu’il vous est interdit d’entendre et que vous souhaitez tant apprendre ».

L’exposition que la Mairie du 9è arrondissement de Paris vient de consacrer à Françoise Rosay crée une relation forte entre les réalisatrices et muet et l’extraordinaire courage de « Die Rosay » d’annoncer aux « Femmes allemandes » : 

« vous n’avez vécu que pour Hitler, vous souffrez par Hitler, le sort de vos enfants est entre les mains de Hitler, et 

HITLER EST UN FOU ! »   (voir encart)

 

Quelques vingt ans après Âmes de fous, écrit, produit et réalisé par une femme, Germaine Dulac, avec Ève Francis (1886-1980), la grande interprète du théâtre de Paul Claudel. Ce titre elliptique est totalement d’actualité pour une humanité menée par des fous, et aliénée par les écrans.

Quand c’est fini, ça recommence. 

Backlash.

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© Crédit photo : Image no 3,  journal message coupure de presse fournie par la chroniqueuse Camillæ.​​​​​​​


 

Aux États-Unis d’Amérique, Anita Loos (née en Californie, en 1895), est scénariste pour l’illustre Griffith dès l’âge de quinze ans. Elle est aussi romancière. Elle écrivit aussi des scénarios pour Douglas Fairbank, dont Son portrait dans les journaux, titre qui nous paraît doucement ironique, sur son mari John Emerson. Ses nombreux scénarios mériteraient une présentation analytique singulière. Elle compose aussi des comédies satiriques, telles Oh, you Women, Red Hot Romance, et écrit le célèbre roman traduit sous le titre Les Hommes préfèrent les blondes. Ses pièces et ses romans connurent de nombreuses adaptations cinématographiques. Certes, les États-Unis d’Amérique ne sont pas la France des Patriarches, où l’on verrait Anita Loos comme un Billy Wilder féminin. Elle peut se contenter du titre de « première scénariste des studios d’Hollywood qui a révolutionné le cinéma» (Elle, 13 avril 2024). Les formules conventionnelles expriment rarement la pensée d’une créatrice.

Dorothy Arzner (née à San Francisco, en 1897) a débuté comme simple sténographe chez Cecil B. de Mille, puis est devenue monteuse, scénariste et réalisatrice à partir de 1928. Elle est présentée aussi comme « productrice et pédagogue américaine », et « la première femme réalisatrice américaine ». Le titre « une pionnière à Hollywood » atteste de la récupération exagérée de ces créatrices qui sont toujours des cas particuliers, avec pour point commun le refus d’être assignée aux rôles de mères ou bien de vamps. Les films de Dorothy Arzner sont aussi très nombreux et contestent l’idéologie masculine dominante. Elle est passée au parlant, participant en tant que réalisatrice au célèbre Paramount en parade (1930), réunissant les vedettes de la maison Paramount, tel l’inoxydable et fabuleux Ernst Lubitsch, par un scénario de Joseph L. Mankiewicz. Il n’est pas aisé de traduire les titres de ses films en français. Ainsi, Fashions for Women est devenu La Chanson du bonheur (1927, avec la sublime Esther Ralston). Wild Party (1929) ne se traduit pas.

Alice Guy, née en 1873 à Saint-Mandé, près de Paris, fut tout d’abord la secrétaire de Léon Gaumont. Le cinéma débutait. Elle débuta avec lui. En 1896, l’intérêt de produire des films de Une amie d’Alice Guy, alors âgée de vingt-et-un ans, l’aida à écrire une nouvelle intitulée La Fée au chou (The Cabbage  Fairy) qui plut à Léon Gaumont alors occupé à faire breveter ses inventions techniques.

Ce film projeté en 1896 est resté complètement absent des histoires du cinéma, qui célèbrent Louis Lumière et Méliès. En février 1904, La Fée au chou est cité comme ayant été réalisé par Henri Gallet, ancien directeur de cinéma chez Dufayd. Dans sa Filmographie universelle éditée en 35 volumes par l’IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques) à partir de 1963, le célèbre historien Jean Mitry impose un curieux titre : « Alice Guy et l’École Gaumont : Henri Gallet (en majuscules…). Il ne peut s’agir d’une imprécision pour un ouvrage aussi longuement composé. Relevez dans son Tome XVII – États-Unis 1920-1945 l’intitulé LES MAÎTRES (Ford, Wyler, Cukor, Hitchcock, Capra…). Hitchcock récemment confondu en tant que violeur, criminel sexuel. L’imposante bible de Mitry pâtit de l’absence de quotas, qui ont encore du mal à être appliqués en 2025. Dans des bibliothèques, le fichier « femmes » pour la création cinématographique renvoie à « veuve ». Pourtant, la différence de considération entre les femmes et les hommes ne devrait pas exister. 

Alice Guy, dans son autobiographie, reprend les clichés communs à la profession. Voici comment elle dresse le constat de son rôle « inférieur » de secrétaire d’un grand homme :

« Fille d’un éditeur, j’avais beaucoup lu, pas mal retenu [...]. M’armant de courage, je proposais timidement à Gaumont d’écrire une ou deux saynètes et de les faire jouer par des amis.

Si on avait prévu le développement que prendrait l’affaire, je n’aurais jamais obtenu ce consentement. Ma jeunesse, mon inexpérience, mon sexe, tout conspirait contre moi.

Je l’obtins cependant, à la condition expresse que cela n’empièterait pas sur mes fonctions de secrétaire ».

« Les pantomimes lumineuses », les « phonoscènes » font florès quand Alice Guy est la première metteuse en scène du Comptoir de photographie Léon Gaumont. Ses muettes saynètes sont projetées au Cinéma Lumière sur les Grands Boulevards, à la Porte Saint Denis, probablement le plus ancien cinéma au monde. De 1895 à 97, Lumière, Pathé, Gaumont ont fait enregistrer par des subalternes d’innombrables petites scènes « de plein air » — qui évoquent l’infinie quantité de films youtube. En 1899, la clientèle de Gaumont réclama des « sketches comiques », et chargea de ce travail sa secrétaire Alice Guy, qui tourna « en amateur » dans les jardins de la propriété de Gaumont rue de la Villette. En octobre 1906, avec son mari Herbert Blaché, elle dirigea la succursale Gaumont. Germaine Dulac elle-même finit directrice adjointe des Actualités de la Gaumont, qui disposait jusqu’en 1914 d’un grand plateau (45m X 30m) à la Villette, considéré comme « le premier grand studio français muni d’un appareillage électronique » et « le plus grand studio européen » d’avant-guerre.

 

 

© Crédit photo : Image no 4 1« Early Women directors [...] », capture d’écran réalisée & fournie par la chroniqueuse Camillæ.

 

 

« Secrétaire, Agressée, Pute » sont les fonctions féminines que les femmes sont amenées à expérimenter (voir les travaux de l’artiste Alberto Sorbelli, notamment dans Tant de Philomèles en ce monde, LPpdm hors-série n° 4, sous ma direction). Tout est déployé, jusqu’au crime, pour éteindre la divine étincelle de l’expérience spirituelle féminine. 

Qui n’a jamais su au XXè siècle que la première mise en scène au cinéma est l’œuvre d’Alice Guy ? Elle même l’ignorait, convaincue que le regard des créatrices fait tâche d’ombre. Une conquête féminine, aussi brillante soit-elle, dans les domaines de l’art et de l’esprit n’est jamais acquise une fois pour toutes. Alice Guy parle de « repos bien mérité ». Elle est taxée de « suractivité », voire de « dispersion » alors qu’elle a fait, dans ses films, d’un véritable génie féminin. Émigrée aux États-Unis où elle réussit à faire construire un admirable studio de cinéma, s’est éteint dans l’État du New Jersey en 1968. Elle qui n’avait pas de devancier n’a pas plus que Germaine Dulac les indispensables successeurs pour porter ses idées et l’origine d’une pensée véritablement féminine. 

 

Le système ne laisse jamais place au doute. Il efface et marginalise des expériences rendues possibles par l’indépendance financière. Ainsi niée, régulièrement cassée, la connaissance féminine doit se consacrer à une recherche continuelle (cf. la quête d’Isis, déesse myrionyme).​​​​​​​

Joseph Kessel était payé pour ses articles, alors que je suis obligée de quémander des places gratuites dans les cinémas en montrant les miens, ou ma carte d’handicapé, unique compensation d’un crime sexuel pratiqué par les policiers de Paris. Après mon bac, alors que j’allais chaque jour à la cinémathèque de Chaillot, j’ai constaté que je ne pouvais pas participer aux débats entre critiques parce que j’étais une femme. Je n’ai pu réaliser qu’un court métrage interactif, Rêve nu. La discrimination intellectuelle n’est pas près de changer, tandis que la censure misogyne se fait de plus en plus sournoise (« soft ») autant dans les malencontreux cénacles universitaires que dans les constellations des nouvelles technologies.

 

© Camille Aubaude

 

Reprise d’une étude plus développée et référencée commandée par la revue Filmographe, en 1977. Le recueil Cinévita atteste d’une connaissance sérieuse du cinéma des femmes (https://www.pandesmuses.fr/2017/cinevita.html, http://www.pandesmuses.fr/tag/camille%20aubaude/ et https://www.pandesmuses.fr/2016/03/philomele.html)

***

Pour citer ce texte illustré & inédit sur des créatrices du cinéma devenues nos inspiratrices

 

 

Camillæ ou Camille Aubaude, « Silence ! elles filment », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 19 mars 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/noi2025/ca-ellesfilment

 

 

 

Mise en page par David

Dernière modification demandée par la rédactrice : 10 avril 2025.

 

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Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

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