15 juillet 2025 2 15 /07 /juillet /2025 15:40

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante

 

 

 

 

 

Lecture poétique & photographie par

 

Lectrice

 

Nom de plume d’une collaboratrice de la revue Le Pan Poétique Des Muses

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée & mise en rayon du recueil de poésie « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » de du poète Salah Oudahar aux éditions d’en bas.

 

En ce 5 juillet 2025, jour de la fête de l’indépendance algérienne, les mots de Salah Oudahar prennent une résonance particulière. À travers Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli, son nouveau recueil, l’Algérie se fait présence, tension, souffle. Elle n’est pas seulement évoquée : elle est invoquée. Une terre toujours vive, même à travers l’exil.

Chez Salah Oudahar, comme chez les grands poètes de la mémoire, le passé ne s’efface pas : il se transforme en murmure persistant. Les frontières entre le souvenir et le présent se troublent. Dans ce recueil, l’Algérie n’est pas un lointain décor : elle est intime, douloureuse, insoumise. Elle n’a jamais cessé d’habiter la voix du poète.

 

Il ne parle pas de son pays, il lui parle. Il le tutoie, l’interpelle, avec tendresse, parfois avec colère, mais toujours avec une fidélité bouleversante. À travers les images fortes de ses poèmes, il fait surgir un territoire à la fois concret et symbolique, une terre blessée par le silence et l’abandon :

 

Ses galets nus noircis par l’attente 

Brûlant au soleil des berges mortes

Des serments promesses non tenus

Comme muets

Étrangers

Ni de juillet ni de décembre

Comme venus d’ailleurs

 

Ces vers témoignent d’un rapport intime à la mémoire collective, où les paysages désertés deviennent les porteurs d’un passé trahi. Le poète, en refusant l’oubli, transforme chaque image en une empreinte de vérité. Loin de l’évocation nostalgique, il inscrit la mémoire dans le corps même du langage, interrogeant l’appartenance, le déracinement et la fidélité.

 

 

Mais au-delà du dialogue avec la terre natale, un motif revient avec une force particulière : le mois de juillet. Il traverse tout le recueil comme une saison brûlante, historique et charnelle. Juillet, c’est le mois de l’indépendance – le 5 juillet 1962 –, ancrée dans la mémoire nationale. Mais chez Oudahar, juillet devient aussi le théâtre d’une mémoire sensible, d’une chaleur humaine, d’une lumière fragile sur fond d’étouffement. Ce poème en témoigne :

 

« Brise de juillet 

Dans les feux du soir

Fugace
À peine effleurée
Vent brûlant
Nos brasiers
Nos baisers volés
Dans la torpeur d’un pays étouffé
Espoir aride vite déserté
Mon corps remuait s’agitait
À ton réveil
Fraîcheur ô fraicheur
Portes fenêtres restées ouvertes toute la nuit
Le parfum de ta bouche
Ton souffle
Ton café
Ses arômes retrouvés
Tes mots
Tes langues
Tes musiques
Tes chants
Tes récits du passé
Tes récits du futur

Comme si rien n'était encore perdu

Comme si tout était encore possible »

 

Ce juillet poétique mêle le collectif et l’intime. Il incarne à la fois la chaleur politique de l’Histoire et la chaleur d’un corps aimé, réveillé par le souffle de l’aube. Le poète entrelace le souvenir des révoltes avec celui des étreintes. Il fait dialoguer la mémoire nationale avec celle, charnelle, du quotidien. Ici, la mémoire n’est pas un musée : elle est une sensation, une odeur, une voix. Elle traverse les langues, les musiques, les récits. Et surtout, elle résiste à l’oubli.

« Tu fus jasmin laurier-rose / Arbre en proie aux tempêtes aux vents / Langue océane / Mer de multitudes » écrit le poète.


Ces vers, à la fois tendres et incandescents, nous enjoignent à rouvrir le jour, à redire au monde sa beauté essentielle, malgré les blessures, les silences, les arrachements. Car l’oubli menace toujours, mais la poésie veille : elle ravive les braises, elle s’oppose à l’effacement, elle refuse l’enfouissement. Par ses mots, elle insuffle la vie, elle réanime ce qui semblait perdu.

La photographie en noir et blanc de la couverture, réalisée par l’auteur lui-même comme l’ensemble des photographies du recueil s’insère dans une mise en page conçue par Artagraphisme..., prolonge cette sensatio : une braise en sommeil, un souvenir prêt à reprendre feu. Ce livre est ce souffle. Un chant pour l’Algérie. Un chant debout...


 

Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli n’est pas un simple recueil, c’est un acte de présence, un refus de se taire, une fidélité indélébile à une terre aimée, blessée, espérée. Ce 5 juillet, il sonne comme un rappel vibrant : « la liberté, la dignité, la mémoire sont aussi affaires de poésie. »

 

 

© Lectrice, juillet 2025.

 

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Lectrice (collaboratrice de la revue LPpdm, texte & photographie)« Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 15 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/memoirevivante

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

La dernière rectification mineure du texte faite à la demande de la critique date du 17 juillet 2025.

 

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Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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