31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 20:42

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Florilège | Essais & manifestes

 

 

 

 

 

 

 

Notre ancien monde

 

 

 

Poème en prose par

 

Berthilia Swann

 

Poétesse & autrice engagée

 

 

 

 

Crédit photo : Delphin Enjolras (1865-1945), « Le bouquet », peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits du Web.

 

 

 

Il se peut qu’une révolte grandissante au fil du temps et des années avançants s’installe au sein des rapports des êtres humains. De mots non-dits, des maux étouffés, d’instants non partagés ou l’homme de nos jours préfère privilégier ses moments, à ego prononcé ; omettant l'authenticité d’une simple attention du donner sans compter.  

 

il se peut que depuis de nombreuses vies, les échanges entre eux s'amoindrissent, s’effondrent au détriment lentement d’une mise à l'oubli, au profit de masques portées, d’heureuses communications avortées ; abandonnant de leurs pas empressés une partie de leur intégrité. 

 

Il se peut qu'à bien des égards, le monde change ; étalant ses contrefaçons, ses faux semblants ; nous enlissant dans de vastes illusions, d’un temps limité d’une joie émerveillée ; nous menant à un état de perdition sans foi, ni raison. 

 

ll se peut qu’un fléau flâne au-dessus de nos vies ; naissant des nouvelles technologies ; menant au plus bas, nos plus vieilles croyances ; isolant les plus jeunes, les fragilisés et démunis.

 

Il se peut que l’ère de notre temps d’aujourd’hui, proclame à haute voix sa futilité, son mauvais sarcasme, sa vile ironie ; nous bridant de fausses promesses, d'idées inappropriées afin de nous déstabiliser ; feignant une note de LA pour un Do mineur vulgairement proscrit et exposé ; nous tirant vers le bas, à échec d’une note au plus bas ; effaçant des leçons du savoir pour des vies d'inconsciences, reçues et non acquises. 

 

Il se peut que des ébauches de moindre qualité et non restaurées, nous soient implantés par notre société ; projetant des décombres sur une partie de nos mémoires, en proie au trouble et à toutes facilités.  

 

Il se peut que des comportements et des actes trop longtemps malmenés, chancellent en nous, en tout temps, dans nos âges tous confondus et mélangés.

 

Il se peut qu’autrefois, nos états d’esprits étaient plus ancrés ; dévoilant de douces harmonies et de bonnes nostalgie, dans une plus grande humanité ; nous donnant à présent des regrets d’anciens temps du passé. 

 

Il se peut que de véritables connexions à travers de nouvelles décennies, donnent à l’homme l’envie maximale de créer pour réapprendre en toute simplicité à aimer.  

 

Il se peut que demain, les valeurs fondamentales de l'être humain soient portées haut la main vers de meilleur lendemain de partages, en communications en diapason faites à l’unisson. 


 

© Berthilia Swann, décembre 2025.


 

***

Pour citer ce poème en prose gnomique, illustré & inédit

 

Berthilia Swann, « Notre ancien monde », peinture par Delphin Enjolras (1865-1945), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 31 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/swann-notreancienmonde

 

 

 

 

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 19:01

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Essais & manifestes | S'indigner, soutenir, letttres ouvertes & hommages

 

 

 

 

 

 

Manifeste pour les Vivants désarmés…

 

 

 

 

 

 

 

Texte par

 

Jean-Luc Ros

 

 

 

Crédit photo : Simon Vouet (ou Voüet, 1590-1649), « Allégorie de la Paix », peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits du site Commons.

 

​​​​​

Ce magnifique plaidoyer pour la paix est un écrit puissant qui n'est autre qu'une véritable déclaration de paix à partager...

© Françoise Urban-Menninger

 

 

Je déclare à la Porte de l’Elysée et devant les deux chambres de l’hémicycle, là où la République écoute malgré son propre vacarme, que mes mains ne connaîtront jamais d’autre puissance que celle d’une parole indocile, mouvante, surgissant comme une braise ancienne qui refuse de se laisser souffler par les vents dominants. Elles se portent elle-même, se refusent aux alignements, se courbent parfois pour mieux se redresser plus loin, telle une rivière consciente de son lit mais jamais soumise à sa forme.

 

Je ne reconnaîtrai pour République aucune terre qui exige que le sang ouvre la voie à sa respiration. Je n’accorderai fidélité à aucune bannière dont l’éclat s’élève à mesure que les corps s’effacent. Je n’obéirai à aucune cause qui trace sa justification dans l’effacement de l’autre. Mon seul domaine est un fragment d’azur sans couture, un ciel échappé de toute frontière, une étendue qui n’accepte ni clôture ni souverain qui prétendrait en fixer les limites.

 

On me répétera que la guerre serait la sœur native de l’homme, que les siècles l’auraient inscrite dans la chair même des peuples. Je n’entends dans ces récits que les répercussions d’habitudes trop lourdes, transmises comme des lois mais nées de renoncements répétés. À ces discours je préfère l’infime vibration qui traverse deux mains lorsqu’elles se rencontrent au bord du doute. Cette secousse minuscule renverse davantage que les machines de conquête, car elle témoigne d’une vérité plus ancienne que les règnes.

 

Je suis volontaire pour la paix qui persiste sans réclamer de victoire, cette paix qui surgit dans une fissure de pierre et s’y installe avec la patience d’une plante têtue. Elle ne demande ni applaudissement ni emblème. Elle respire simplement dans ceux qui refusent de bâtir un avenir sur des corps brisés ou sur la froide mécanique de la peur. Elle avance dans ceux qui savent encore reconnaître la lumière lorsqu’elle se fraie un chemin dans l’ombre.

 

Ainsi, dans une clarté plus profonde que la colère, j’affirme que je ne tirerai pas. Ni sur le visage qui reflète ma propre énigme, ni pour celui qui imagine pouvoir disposer de mon geste, ni contre la silhouette lointaine que l’on voudrait me désigner comme ennemie avant même qu’elle n’ait eu le temps d’exister.

 

Si combat il doit y avoir, il se déroulera contre la résignation qui chuchote que l’homme serait voué à la prédation. Je crois au contraire qu’il demeure un jardinier du possible, maladroit, souvent dépossédé de la lumière, mais capable d’aubes soudaines dès que se desserre l’étau des certitudes. Je crois qu’une source non révélée coule encore sous la surface des dogmes et qu’il suffit parfois d’un regard obstiné pour en libérer le murmure.

 

Je signe ce manifeste comme un être humain dépouillé de titres, traversé seulement par le souffle nu de la conscience. Ma République est intérieure et refuse tout meurtre. Mon service consiste à tenir l’avenir non dans la violence du bras tendu mais dans la paume ouverte, là où se rassemblent à la fois la fragilité et la promesse. Et si un jour l’on dresse la liste des courageux, je demande que l’on n’oublie pas ceux qui, dans un moment d’évidence fulgurante, auront choisi de prononcer ce refus incandescent, presque transparent, et pourtant plus solide que les armes.

La guerre ne passera pas par moi.

Jean Luc…

 

***

Pour citer ce texte illustré  & inédit

 

Jean-Luc Ros, « Manifeste pour les Vivants désarmés… », peinture par Simon Vouet (1590-1649), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 21 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/jlr-manifestepourlapaix

 

 

 

 

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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 18:16

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Critique & réception | Philosophies & sagesses en poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère

 

du temps », traduit du polonais par Monika

 

Debicki, illustré par Marc Bergère,

 

Éditions du Cygne, 2024, 47 p., 12€

 

 

 

 

Recension par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de la poète Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère du temps », traduit du polonais par Monika Debicki, illustré par Marc Bergère, Éditions du Cygne, 2024.

​​​​​

 

 

Une partition où se lisent des notes d’horreur et nul ne sait combien de corps « les vagues turquoises des chants marins » ont emportés à l’instar de Tristan et Isolde.

 

Comment déblayer le terrain miné dans lequel le monde avance à grands pas et sortir du flou de la ligne d’horizon, où même les philosophes qui pourraient être un dernier recours, semblent être aux abois ?

 

«  le philosophe Socrate

s’est perdu dans l’angoisse

c’est à cause

de la philosophie froide d’aujourd’hui 

c’est parce 

que la terre brûle d’une guerre chaude »


 

Mais qui de Nietzsche, de Socrate ou de Bergson l’aidera à trouver « le sens de l’existence de l’infinité » ?

Pour sortir de la brume de la quotidienneté, elle semble vouloir privilégier les choses simples de la vie :

 

«  de nos jours

il faut savoir apprécier une personne

comme un café instantané »

 

La nature est omniprésente dans ce recueil de poèmes où la poète Anna Maria Mickiewicz se pose en fine observatrice des choses vues, dans ses pérégrinations qui l’ont conduite du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par la France.

 


 

© Maggy De Coster

URL de référence : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-sur-le-mystere-du-temps.html

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Maggy de Coster, « Anna Maria Mickiewicz, « Sur le Mystère du temps », traduit du polonais par Monika Debicki, illustré par Marc Bergère, Éditions du Cygne, 2024, 47 p., 12€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 19 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/mdc-amm-mystèredutemps

 

 

 

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17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:43

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages | S'indigner, soutenir, letttres ouvertes & hommages

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la mer devient la voie du suicide !

 

une chanson pour la poète argentine

 

Alfonsina Storni !

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage & Chanson (traduite de l’espagnol) par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la créatrice « Alfonsina Storni » capture d’écran d’une image libre de droits trouvée sur le site Commons.

​​​​​

 

 

La mer et la mort occupent une place importante dans la poésie d’Alfonsina Storni. 

Atteinte d’un cancer du sein, la journaliste et poète postmoderniste Alfonsina Storni se suicide par la noyade en 1938, à l’âge de 46 ans à Mar de la Plata (Argentine). 

 

Composée par l’auteur-compositeur argentin Ariel Ramírez, avec l’intellectuel et parolier argentin Felix Luna, la chanson ci-dessous a été interprétée par la chanteuse argentine Mercedes Sosa en 1969 et plus tard par la chanteuse chilienne Violeta Parra avant d’être reprise par bien d’autres interprètes de renom.

 


 

Alfonsina y El Mar

 

 

Por la blanda arena

Que lame el mar

Su pequeña huella

No vuelve más

Un sendero solo 

De pena y silencio llegó

Hasta el agua profunda

Un sendero solo 

De penas mudas llegó

Hasta la espuma

 

Sabe Dios qué angustia 

Te acompañó

Qué dolores viejos 

Calló tu voz

Para recostarte 

Arrullada en el canto

De las caracolas marinas

La canción que canta 

en el fondo oscuro del mar

 

La caracola

 

Te vas Alfonsina 

Con tu soledad

¿Qué poemas nuevos 

Fuiste a buscar?

Una voz antigua

De viento y de sal

Te requiebra el alma

Y la está llevando

Y te vas hacia allá

Como en sueños

 

Dormida, Alfonsina,

Vestida de mar

 

Cinco sirenitas

Te llevarán

Por caminos de algas

Y de coral

Y fosforescentes 

Caballos marinos harán

Una ronda a tu lado 

 

Y los habitantes 

Del agua van a jugar

Pronto a tu lado

 

Bájame la lámpara

Un poco más

Déjame que duerma

Nodriza, en paz

Y si llama él

No le digas que estoy, dile que

Alfonsina no vuelve

Y si llama él

No le digas nunca que estoy

Di que me he ido

 

(Chanson d’Ariel Ramírez et Felix Luna, en hommage à Alsonsina Storni)

 

**

 

Alfonsina et la mer

 

 

 

Dans le sable doux

Léché par la mer,

Ses fines traces 

Se sont à jamais évanouies

Un sentier solitaire 

Fait de peine et de silence

Arriva

Jusque dans les profondeurs de l'eau.

Un sentier solitaire

Fait de peines jugulées

Parvint

Jusqu'à l'écume des vagues

 

Dieu seul sait quelle angoisse

T'accompagna,

Quelles douleurs invétérées 

Ta voix a-t-elle tues

Pour que tu reposes, 

Bercée par le chant 

Des conques marines 

Le chant que chantent 

Les conques marines

 

Dans les profondeurs obscures de la mer

 

Tu pars Alfonsina 

Avec ta solitude

Quels nouveaux poèmes

Es-tu allée chercher ?

Une voix immémoriale 

De vent et de sel

Te brise l'âme et l'emporte

Et tu pars là-bas

Comme dans les rêves

Alfonsina, endormie,

Vêtue de mer

 

Cinq petites sirènes

T'emporteront

Vers des chemins d'algues

Et de corail

Et de phosphorescents

Hippocampes 

Se rangeront en cercle autour de toi 

Et les habitants de l'eau viendront 

Bientôt jouer à tes côtés

 

Et les habitants 

De la mer vont bientôt

Jouer avec toi

 

Baisse la lampe

Encore un peu

Laisse-moi dormir

En paix, Nounou

Et si quelqu’un appelle,

Ne lui dis pas que je suis là, dis-lui qu'

Alfonsina ne reviendra pas

Ne lui dis jamais que je suis là

Dis-lui que je suis parti

(©Texte traduit de l’espagnol argentin par Maggy De Coster reproduit avec l'aimble autorisation des auteurs et leur maison d'édition)

 

***

Pour citer ce témoignage illustré

 

Maggy de Coster, « Quand la mer devient la voie du suicide ! une chanson pour la poète argentine Alfonsina Storni ! », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/mdc-suicidealfonsinastorni

 

 

 

 

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17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:42

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Poésie & littérature pour la jeunesse

 

 

 

 

 

 

 

 

La clé de l’énigme

 

 

 

 

 

Texte & photographie (fournie) par

 

Françoise Urban-Menninger

 

 

Crédit photo : Une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875) en 1845, « peuple du monde, chine », illustration tombée dans le domaine public. Capture d’écran d’une image libre de droits du Web & fournie par Françoise Urban-Menninger.

 

                                        



 

Dans une maison à colombages, à l’orée d’une forêt empreinte de mystérieuses légendes, vivait une femme sans âge qui écrivait des contes de fées pour les enfants mais aussi pour les plus grands.

 

Avant de se jeter à plume perdue dans une nouvelle histoire, la conteuse avait toujours soin de se désaltérer en savourant quelques gorgées de thé au jasmin dans la plus belle de ses tasses en porcelaine ramenée par une lointaine ancêtre lors d’un voyage au cœur de la Chine impériale.

 

Au moment où elle s’apprêtait à déguster son breuvage selon son rituel habituel, elle s’aperçut, en versant le thé infusé dans la tasse ronde et accueillante, telle la corolle d’une rose vermillonne aux pétales liserés d’or, que celle-ci était fêlée autour de son anse.

 

La vieille dame en fut sur-le-champ fort chagrine et toute retournée. Il lui sembla que son âme, elle-même venait de se lézarder... Alors que de grosses larmes tièdes roulaient sur ses joues parcheminées pour venir se diluer dans le thé parfumé qui exhalait son arôme délicat, elle découvrit avec étonnement que de minuscules personnages sortaient les uns après les autres de la fente qui béait comme une bouche. De tout petits chinois nattés, vêtus de kimonos en cachemire brodés et chamarrés lui faisaient signe dans des jonques fleuries où abondaient des jarres de riz, des corbeilles chargées de papayes, de physalis, de litchis ou de fruits du dragon, des cages d’oiseaux en bambou emplies de rossignols et de perruches à colliers, des coffres en bois de santal débordants de pierreries, de châles en soie brodés, de vases Ming d’une valeur inestimable…

 

Le temps de chausser ses lunettes sur son nez qu’elle avait en forme de trompette, la saynète miniaturisée s’était déjà évanouie, voire volatilisée.

 

Sans doute, ai-je eu la berlue, se disait la vieille dame. Je vieillis, il faudrait que je me repose davantage. Et sur ce, elle s’endormit derechef dans sa chaise longue préférée en jonc tressé.

 

Elle dormit le temps que prit une araignée grise pour tisser au-dessus de sa tête, une toile aux fils d’argent qui retint ses cheveux blancs dans une assez jolie résille de fine dentelle où l’arachnide  se fixa en son centre telle une épingle à chapeau.

 

La vieille dame finit par émerger de son somme, habitée par une sourde inquiétude, la tête vidée de ses rêves et de toute fantaisie. Elle avait l’impression que toute son imagination l’avait quittée, abandonnée et qu’il ne lui restait plus qu’une araignée logeant dans les méandres de son cerveau.

 

La fêlure de sa tasse n’était-elle point pour quelque chose dans cet état d’esprit pour le moins délabré? N’était-elle pas elle-même fêlée à l’instar de sa fragile porcelaine de Chine ?

 

Elle quitta sa chaise trop longue pour son corps tassé et rabougri afin de se mirer dans l’ovale d’une antique psyché aux moulures dorées et plusieurs fois mordorées qui lui venait d’une trisaïeule qui avait parcouru les Indes à dos d’éléphant.

La glace du miroir était fendue de part en part sur toute sa surface.

À cette vue, la très vieille dame se sentit défaillir et son cœur se brisa, laissant s’échapper une myriade d’étoiles filantes.



 

Alors qu’elle se croyait morte, une main, aux longs doigts effilés et aux ongles nacrés, sortit de la fente du miroir et lui tendit une petite clé en forme de E majuscule finement ciselée. La conteuse s’en saisit en tremblant et aussitôt la main, qui avait un court instant frôlé la sienne, dans un imperceptible glissement du temps sur lui-même, disparut comme elle était apparue.

 

La très vieille dame serra la minuscule clé dans l’un de ses poings fermés et se rappela soudain qu’elle avait autrefois écrit un conte qui ressemblait beaucoup à cette étrange histoire à dormir debout qu’elle était en train de vivre à présent.

 

Elle se pinça  le nez...mais bien sûr, elle ne rêvait pas, puisque sa tête était vide de toute rêverie.

 

Était-elle en train d’écrire ?

 

Non, bien évidemment, car sa plume était posée à côté de l’encrier vide, lui aussi. Et les petits Chinois qu’elle avait vu de ses yeux sortir de la tasse à thé, n’étaient-ils pas les personnages de ses premiers contes?

 

Que se passait-il, se demandait encore une fois, la très très vieille dame dans son salon, au milieu des mille et un livres qu’elle avait écrits au cours de sa très longue vie.

 

Elle venait à peine de se poser cette question que de toutes les fissures des murs de sa maison, des meubles centenaires et des objets hétéroclites, une foultitude de reines, de princesses, de rois, de pages, de lutins, de dragons et toutes sortes d’animaux fabuleux émergèrent en un cortège interminable qui se mit à débouler et à parader dans la pièce sans fanfare ni tambour !

 

Les pages de ses livres se détachèrent les unes après les autres et vinrent virevolter autour d’elle dans une folie joyeuse et contagieuse. La vieille dame fut entraînée malgré elle dans cette farandole ensorcelée et en quelques mots, moins qu’il n’en faut pour l’écrire, elle entra dans son dernier livre avec à la main la clé de l’énigme.

 

Elle n’en sortit jamais et sans doute est-elle toujours enfermée dans l’épilogue de son ultime légende, dans l’un ou l’autre de ces beaux livres reliés et richement illustrés qui remplissent les rayons des  bibliothèques et réjouissent le cœur des enfants.

 

Son âme, ses rêves, bien sûr, l’avaient précédée depuis longtemps dans cet exode, cette fuite hors du temps et de l’espace, à la croisée de la vie et de la mort que sont les contes éternels et intangibles.

 

Cette histoire que vous lisez, nul ne sait qui l’a écrite et vous la relatera. Nul ne le sait, si ce ne sont les petits génies qui dorment dans l’encre des mots et remontent comme des bulles transparentes quand ils en ressentent le désir, sur les fils d’argent de l’échelle du temps pour ouvrir, dans notre quotidien terne et trop prévisible, quelques brèches de lumière où la poésie assure l’équilibre du monde.

 

 

 

© Francoise Urban-Menninger, conte inédit ayant trait au mystère de la création littéraire, décembre 2025.

***

Pour citer ce conte inédit & illustré

 

Francoise Urban-Menninger, « La clé de l’énigme » avec une jonque dessinée par Auguste Wahlen (1801-1875), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/fum-lacledelenigme

 

 

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APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.

L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

SIÉFÉGP, 27 novembre 2025

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