Crédit photo : Allégorie anonyme de la nuit avec une colombe, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.
Mon écriture explore l’amour sous ses visages tragiques et mythologiques, entre lyrisme intime et symboles universels. Mes poèmes explorent la passion, la perte et la solitude avec une voix intime et dramatique.
Narcisse es-tu là ?
Reprendre souffle.
La course est terminée,
le sort rompu,
le miroir brisé.
Narcisse a cessé de se mirer,
résigné de cette lutte impossible,
de cette quête d’un amour hors de portée.
Alors moi aussi,
j’arrête de courir.
Mon amour pour toi
tire sa révérence.
La nuée perdue
Un sentiment étrange,
quand l’alouette s’arrache à la nuée.
Seule, elle découvre d’autres cieux,
et devient cette alouette allochtone,
égarée dans un monde qui la rejette.
Elle voudrait rejoindre la nuée,
retrouver l’élan premier,
mais la nuée a mué,
sans elle.
Alors l’alouette erre,
éternelle étrangère,
ni des siens,
ni des vôtres.
Orphée
On dit que l’espoir est le plus cruel des poisons,
plus âpre que la ciguë.
Il consume à petit feu
et pourtant on en redemande.
J’ai attendu ton retour,
qu’en amant tu descendes,
que tu m’arraches aux Enfers,
et que tu convainques
Hadès et Perséphone.
Mais hélas,
dans cette version du mythe,
Orphée n’a pas bravé l’ombre.
Il a trouvé une autre Eurydice.
Et moi je me demande :
ai-je vraiment fléchi pour toi ?
Les âmes sœurs aveugles
Je cherche ton reflet
dans les yeux de chaque passant,
dans le rire qui éclate
à la table d’à côté.
Me cherches-tu aussi,
toi, mon âme sœur égarée ?
Encore un soir de solitude
où ton absence se fait chair.
Cupidon n’était pas ivre,
il nous a visés droit au cœur.
Mais sa flèche, cruelle ironie,
nous a transpercé les yeux.
Comment te reconnaître,
toi qui es mien,
si l’amour même nous aveugle ?
Folle de toi
Hier encore,
je t’aurais cru éternel,
le seul visage inscrit
au fronton de ma vie.
Et moi,
satellite de ma propre solitude,
je t’observe disparaître.
Sont fous
ceux qui veulent retenir
les étoiles filantes.
Pires encore
ceux qui aiment
quand l’amour a quitté le navire.
Folle, oui.
Mais cruellement folle,
de toi.
Amour destructeur
J’irais confier mon cœur à Hadès,
qu’il l’enfouisse au plus profond du Tartare,
loin des cieux, loin des flèches d’or.
Car c’est le seul moyen que j’ai trouvé
pour échapper à Cupidon,
et préserver ce cœur fragile
d’un amour trop ardent,
d’un amour destructeur,
de notre amour.
—————
Pour citer ces poèmes d'amour inédits
NYX,« Narcisse es-tu là ? et autres poèmes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 13 septembre 2025. URL :
Écrivaine, traductrice, éditrice grecque, poétesse formée en langue & littérature grecques & en études théâtrales de la Fondation Culturelle de la Banque Nationale de Grèce (MIET)
Crédit photo : Dessin anonyme d’une déesse-mère de l’antiquité greco-romaine avec une lyre, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Commons.
Ce poème s’inscrit dans une démarche où la mémoire, le corps et le mythe se croisent pour donner voix à une généalogie féminine de créatrices trop souvent effacée.
CICATRICES
Dieu a toujours été femme, mais on nous craignait, car d’un souffle nous pouvions dessécher la terre, soulever les mers en tempête, faire éclore des fleurs du sang de nos doigts, durcir les racines des arbres dans les entrailles de la terre avec le lait de nos seins.
Mais la mémoire est immortalité et ne sert pas les desseins de la Mort. Alors les hommes nous ont oubliées, ils ont bâti sur notre passé et ont décidé de mener les femmes vers des tombeaux fermés.
Et nous voilà ici, roses ressuscitées, revenant ranimer cafés et échoppes de barbiers, tavernes, moulins à huile, chantiers navals et vieilles barques, éponges suspendues aux murs des maisons, bois, fers, pierres, champs, arbres et rochers millénaires — tout s’anime là où passe notre pas.
Et avec nous nous portons la peine, la joie, la tristesse et l’amour, la terre.
On nous offrit jadis un œillet, un basilic, on chanta pour nous sous les fenêtres, nous déroulions des thrènes et des malédictions. Leurs regards jadis brûlaient de ce qui demeurait incompréhensible. Et les signes se multipliaient — dans notre nature de femmes sont les entailles, et l’exil, malédiction.
Mais nous voilà maintenant, prêtes à porter nos marques en pleine lumière, le chemin choisi n’a pas de retour. Des violons résonnent. À côté de nos saints, guette Dionysos.
Ishtar – Inanna, prostituée des cieux, Sedna aux yeux fendus, Anat, Durga, Shakti, Sarasvati et Cybèle — nous fûmes créatrices et législatrices, prophétesses, tisseuses du destin, inventrices, guérisseuses, archères et cheffes de guerre.
Pour Sedna seule nous pleurons encore : immense, aux yeux de verre, à la langue de cerise, elle fut dot de son père à un magicien qui la maltraita cent six ans durant.
Sedna revint, ne voulant plus d’homme. Elle s’accrocha à la barque de son père, et son père lui trancha la main. Puis son père lui trancha l’autre main, et Sedna s’enfonça dans la mer, et Sedna devint baleine — elle ne mourut pas.
Elle devint déesse, et quand les vagues emmêlent ses cheveux, des tempêtes éclatent.
Et Ishtar, Inanna, prostituée des cieux, à la crinière de lionne et aux pieds d’oiseau, souveraine de la nuit et du monde souterrain — le seul qu’elle ne put ressusciter fut son amant, et la nature mourut, et la nature mourut et son amant aussi, et Ishtar offrit son corps chaque nuit à tous les saints, et Ishtar vécut, et nous vécûmes avec elle.
Durga, notre mère, déesse sanguinaire, toi qui chevauches les tigres avec tes multiples bras, tu tuas le démon qu’une femme seule pouvait abattre.
Dieu était femme les deux cent mille premières années de la vie humaine sur la terre.
Pour citer ce poème inédit, féministe féminine & engagé pour l'égalité des sexes
Viki Katsarou, « Cicatrices », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 8 septembre. URL :
Crédit photo : Louis Janmot, (de son vrai nom Anne-François-Louis Janmot, 1814-1892, artiste peintre & poète lyonnais), Série d’œuvres : « Poème de l'âme 16 : Le Vol de l’âme », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.
En voulant rendre « le verbe poétique accessible un jour ou l’autre, à tous les sens », Arthur Rimbaud attribue une couleur à chaque voyelle. Vassily Kandinsky peint la couleur indépendamment de la forme, elle est pour lui l’expression de l’âme humaine, il associe les couleurs aux sonorités de notre intériorité en harmonie avec la musique du monde, il écrit « La couleur est une énergie qui influence directement l’âme ».
Mais quelle est donc pour l’artiste, poète, peintre, danseur ou musicien la couleur de l’âme ? Comment l’appréhende-t-on ? C’est dans le poème en train de s’écrire et dans ce qu’il a toujours d’inachevé que l’on tentera de saisir cette couleur de l’âme par définition insaisissable car elle se révèle dans « un vacillement », nous dit le philosophe Gaston Bachelard « où je ne suis pas encore ce qui s’anéantit ».
Pour certains auteurs comme Guy de Maupassant « L’âme a la couleur du regard. L’âme bleue seule porte en elle du rêve, elle a pris son azur aux flots et à l’espace ». Il rejoint Georges Rodenbach pour qui « Les yeux sont les fenêtres de l’âme ». Cette couleur de l’âme s’il en est une se transmute dans l’écriture poétique, c’est le poème sans nul doute qui donne sa couleur à l’âme !
* Poème extrait du recueil de poésies intitulé Renaître dans le poème paru aux éditions Astérion.
***
Pour citer ce témoignage inédit & illustré
Françoise Urban-Menninger, «La couleur de l’âme en poésie » avec une peinture du poète & artiste lyonnais Louis Janmot (1814-1892), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 27 août 2025. URL :
Paris. Vendredi, 4 octobre 2024. Les éditions de Minuit republient Liberté de Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel (1895-1952), également connu sous les pseudonymes Didier Desroches, Jean du Haut, Maurice Hervent. Il fallait bien brouiller les pistes pendant la résistance.
Été 1941. Paris sous occupation allemande. La destinataire initiale du poème est Nusch Éluard (1906-1946), de son nom de naissance Maria Benz, alsacienne, muse incomparable des surréalistes. Paul Eluard lui dédie, après sa mort, ces vers terribles, gravés sur la stèle de sa tombe au cimetière du Père Lachaise : « Vingt-huit novembre mille neuf cent quarante six. Nous ne vieillirons pas ensemble. Voici le jour en trop. Le temps déborde. Mon amour si léger prend le poids d’un supplice ». L’auteur explique la genèse de Liberté : « En composant les premières strophes, je pense révéler, pour conclure, la femme que j’aime. Mais, je m’aperçois rapidement que le seul mot qui se présente à mon esprit est liberté. Ainsi la femme que j’aime incarne un désir plus grand qu’elle ». Le poème, entamé en 1941, est achevé en mai 1942. Le manuscrit est confié à Max-Pol Fouchet, directeur de la revue littéraire et poétique Fontaine à Alger, foyer de l résistance intellectuelle. Le poème est publié, pour la première fois, en juin 1942 sous le titre Une seule pensée pour éviter l’interdiction. Max-Pol Foucher reçoit néanmoins un avertissement des autorités pétainistes : « La Censure centrale remarque depuis longtemps que votre revue, de caractère strictement littéraire, publie des poèmes, des contes, des analyses critiques où l’on trouve des allusions transparentes aux événements politiques, allusions nettement hostiles ».
Liberté est également publiée à Paris, en septembre 1942, par le groupe La Main à plume, dans une plaquette de vingt-huit pages, tirée en cinq mille exemplaires, clandestinement distribuée dans les universités, les lycées, les usines. Le poète, menacé d’arrestation, quitte son domicile. De novembre 1943 à mars 1944, Nusch et Paul Eluard se réfugient dans l’hôpital psychiatrique de Saint Alban en Lozère. Ils rentrent à Paris au printemps 1944. Paul Eluard fonde, avec Louis Parrot, L’Eternelle Revue avec l’exergue : « Une fois de plus, la poésie mise au défi se regroupe, crie, accuse, espère ». De santé fragile, le poète est foudroyé par une crise cardiaque à l’âge de cinquante-six ans. Le gouvernement français, engoncé dans les guerres coloniales, refuse de lui accorder des funérailles nationales.
Dès décembre 1942, Liberté est reproduit, en France et à l’étranger, dans de nombreuses publication, dans la revue France Libre à Londres notamment. Le poème est souvent repris sans nom d’auteur. Il gagne d’emblée le domaine public. Il est illustré par des artistes de renom, mis en musique par Francis Poulenc. Pendant l’été 1943, le compositeur crée Figure humaine, cantate pour double chœur mixte a capella. Jean Lurçat réalise une tapisserie aujourd’hui conservé au Centre Beaubourg Paris. Le service britannique Political Warfare Executive publie Liberté dans la Revue du Monde Libre et le largue par avion sur la France dans le cadre des opérations Nickel Raid. Deux aviateurs y laissent la vie.
Cinq dessins Liberté, j’écris ton nom, encre, gouache et graphite sur papier, commandés en 1953 par l’éditeur Pierre Seghers à Fernand Léger (1881-1955), un an après le décès du poète, donation de Louise et Michel Leiris en 1984, sont visibles au Centre Beaubourg Paris. Paul Eluard est représenté pensif, coloré de vert, de bleu, de jaune et de rouge. Fernand Léger réalise un livre accordéon, imprimé au pochoir, en tirage limité de 212 exemplaires. En novembre 2016, l’ouvrage reparaît à l‘identique. Au cinquième étage du siège du Parti communiste français, construit par Oscar Niemeyer place du colonel Fabien à Paris, trône le poème Liberté illustré par Fernand Léger, une tapisserie tissée en avril 1963 dans les Atelier Tabard Frères à Aubusson.
Paul Eluard s’engage tout au long de sa vie contre le colonialisme. Il soutient les marocains pendant la guerre du Rif (1921-1927). Il s’oppose, à l’exposition coloniale de 1931, dirigée par le maréchal Hubert Lyautey, honorée de la présence du sultan du Maroc, Mohammed Ben Youssef. Le pavillon marocain est un palais avec une porte monumentale, entouré de patios. L’orientalisme dans son expression la plus caricaturale. J’ai visité récemment le château d’Hubert Lyautey dans le petit village lorrain de Thorey, à une trentaine de kilomètres de Nancy, grande demeure surchargée de tableaux pittoresques, d’objets artisanaux, de photographies avec les deux sultans de l’entre-deux-guerres. Au dernier étage, une peinture géante représentant Moulay Youssef, un salon marocain archaïque, désuet. Des personnages pathétiques veillent sur l’héritage.
Tract Ne visitez pas L’Exposition Coloniale. « Brigandage colonial. On a envoyé en Afrique, en Asie, des navires, des pelles, des pioches pour créer du travail contre un salaire misérable, comme un don fait aux indigènes. Il est donc naturel, prétend-on, que le labeur de ces millions d’esclaves nous rapporte des montagnes d’or. Nous tenons les zélateurs de cette entreprise pour des rapaces. Les Hubert Lyautey, les Jacques-Louis Dumesnil, les Paul Doumer, qui tiennent le haut du pavé dans la France du Moulin Rouge, ne sont que des figurants du carnaval des squelettes. Les promesses de l’affiche de recrutement des troupes coloniales sont éloquentes : une vie facile, des négresses alléchantes, des pousse-pousse tirés par les indigènes. Rien n’est épargné pour la promotion. Un sultan chérifien en personne bat la grosse caisse à la porte de son palais en carton-pâte. Les conquérants des paradis coloniaux s’enorgueillissent du Luna-park de Vincennes. Contre les discours patriotiques, les exécutions capitales, exigez l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux, des fonctionnaires responsables des massacres du Maroc, d’Annam, du Liban » (André Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret, Georges Sadoul, Pierre Unik, André Thirion, René Crevel, Louis Aragon, René Char, Maxime Alexandre, Yves Tanguy, Georges Malkine).
Une contre-exposition s’intitule La Vérité sur les colonies. L’artiste allemand John Heartfield, de son nom d’état civil Helmut Herzfeld (1891-1968), ami de Louis Aragon, réalise un photomontage de deux poings levés, noir et blanc, couverture de la revue Social Kunst, n° 8, 1932, préfiguration des luttes pour l’indépendance. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. Une photographie de Man Ray est publiée dans le magazine Vogue de mai 1926 sous le titre Visage de nacre, Masque d’ébène. L’égérie Kiki de Montparnasse pose avec un masque africain. Le négatif décline des spectres. Aux lendemains de l’exposition coloniale, des œuvres déshabillent l’imaginaire occidental. Se tournent en dérision les fantasmes esclavagistes. Le magazine Vu publie, en 1934, un hors série sur la colonisation. Sur une d’Alexandre Liberman. un colosse noir porte la civilisation occidentale sur la tête. Projection délirante. Force physique, mollesse cérébrale. Victor Hugo lui –même, concepteur de la colonisation africaine, anti-esclavagiste convaincu, raciste avéré, n’appelle-t-il pas les noirs les pieds plats. Années trente, les génies du jazz se révèlent. Se célèbrent les métissages, au nez et à la barbe du suprématisme. En 1934, Nancy Cunard publie à Londres Negro Anthology, avec 250 textes d’auteurs de 155 autrices et auteurs africains, caraïbéens, américains. L’ouvrage de neuf cents pages n’est traduit en français aux éditions du Sandre qu’en 2023.
Je reçois, aujourd’hui même, un opus d’une vingtaine de pages signé Raoul Vaneigem, titré Abolir la prédation, redevenir humain, Appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique, éditions Grevis. L’incipit, d’une formule percutante dont le philosophe a le secret, résume l’enfer actuel. « Nous avons fait de l’homme la honte de l’humanité. Du plus lointain des temps à nos jours, aucune société n’atteint le degré d’indignité et d’abjection attesté par une société agro-marchande qui passe, depuis dix-mille ans, pour la civilisation par excellence. Ce qui s’impose ainsi, en fait, c’est la dénaturation de l’être humain. On chercherait en vain parmi les carnassiers les plus impitoyables, une cruauté aussi délibérée, une férocité aussi inventive. L’opinion publique préformée prend parti pour l’un ou l’autre belligérant, comme s’il s’agissait d’un match de football. Les paris sont ouverts. Les hourras des spectateurs couvrent les hurlements des foules massacrées. Les rapacités financières orchestrent la dénaturation humaine, rythment les apathies, ponctuent les frustrations, déchaînent la haine meurtrière ».
Manque, pour comprendre cette traversée des ténèbres, la pensée percutante, turbulente, du philosophe Gilles Deleuze. « Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. Les affects tristes diminuent notre capacité d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Les tyrans, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, d’administrer nos petites terreurs intimes, de neutraliser les surgissements de la vie. Leur arme de dissuasion est la mort. Les vampires ne nous lâcheront pas tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contamination » (Gilles Deleuze).
Les humains perdent leur créativité. Ils ne pilotent plus leur destinée. Les ethnocides, les liberticides engouffrent l’insoutenable, l’invivable dans des régions entières. Le génocide le plus atroce, le plus brutal, le plus sanglant se justifie par des raisons sécuritaires. Qui vole aujourd’hui au secours des palestiniens en dehors des indignations de la rue ? Des voix juives intelligentes, courageuses, s’élèvent, au sein de l’impérialisme américain, contre l’ignominie sioniste. Légitime défense du pot de fer contre le pot de terre. Les discours fascistes, les actes monstrueux, les arguments fallacieux trouvent échos favorables dans les grands médias. Les consciences dévoyées s’abreuvent au spectacle des civils abattus à bout portant, des villes rasées par les bombes au phosphore blanc. Le profit prospère dans la destruction. La vie est un crime aux yeux des exterminateurs, des sociopathes détenteurs de pouvoir étatique. Contrairement aux psychopathes qui se défoulent sur des souffre-douleurs particuliers, les sociopathes ciblent des collectivités entières. Le massacre se digitalise. La boucherie se rentabilise. Les gouvernances décrédibilisées, noyées dans leur emphatique ignorantisme, aspirées par le vide, se militarisent faute d’autres moyens de s’imposer. Le pire se professe comme une fatalité. C’est la mort qui se démocratise. Je me dis : l’humanité touche le fond, elle ne peut que remonter. Je constate que le fond se creuse encore plus. Les incultes deviennent les maîtres, les charlatans les gourous, les intellectuels médiatiques les marionnettes. Les jeunes sous tutelle. Les vieux sous curatelle. La peur, une drogue populaire. Que revoit-on aujourd’hui dans plusieurs capitales européennes ? Des défilés de chemises noires, des revenants phalangistes, des spectres fascistes.
Dans ce monde à la dérive, déshumanisé, technocratisé, déconscientisé, robotisé, le salut ne peut venir que de l’art et de la poésie. Comme en Mai 68. Nous avons chanté, le temps d’une fête révolutionnaire, pacifique, le désir de liberté et la liberté des désirs. Les graines semées tardent à refleurir. Les monstruosités déculpabilisées, des dévastations décriminalisées sont de retour. Le poème est plus vital, plus salutaire que jamais. Réciter Liberté de Paul Eluard. Regarder Guernica de Pablo Picasso. Combiner leurs variations allégoriques. Leurs correspondances métaphoriques. Et l’âme étincelle de mille espérances.
Mustapha Saha, « Un poème peut transformer le monde », photographie par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 26 août 2025. URL :
Crédit photo : Berthe Morisot (1841-1895), « Garden in Bougival » / « Le jardin Bougival », 1884. illustration d'une nature morte fleurie, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.
toute la nuit la pluie
a tambouriné sur le toit
et sur mes volets clos
toute la nuit le jardin
s’est baigné en flottant
sous des trombes d’eau
ce matin j’ai ouvert
les volets sur un lac
où les fleurs voguaient
déracinées mais libres
de dériver et de se perdre
sans leur tige pour les amarrer
Genèse du poème
Sylvia Plath rapportait dans son journal que les jours de pluie, les revues de poésie étaient submergées peu après par un déluge de poèmes sur le thème de la pluie ! Je ne déroge pas à cette règle en ajoutant subrepticement cette petite larme pluvieuse qui rencontrera peut-être en chemin ses compagnes de vers ruisselantes en partance pour la mer...
Pour citer ce poème éthique, élégique, humaniste, engagé & inédit
Françoise Urban-Menninger, «Les fleurs sous la pluie » avec une peinture par Berthe Morisot (1841-1895), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 25 août 2025. URL :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
Le 3e Marché de la Poésie de Lille - organisé par le Centre littéraire Escales des lettres et l'association c/i/r/c/é ( Marché de la Poésie de Paris) - vous donne rendez-vous les 12, 13 et 1...
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