17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 18:59

N°I | HIVER 2026 | 1ER VOLET « CRÉATRICES DE BOUQUETS  » | Dossier mineur / Muses au masculin | Revue Culturelle des Continents / Invitations / Annonces diverses & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Varia & Actualité

 

 

 

 

 

 

 

 

La Journée Mondiale de la Culture

africaine & afrodescendante

 

 

 

 

Texte & images par

 

Alexandra Cretté

 

 

© Crédit photo : L’affiche officielle de la Journée Mondiale de la Culture africaine &  afrodescendante à la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis, en Région parisienne, janvier 2026, image no 1.

 

 

L’Association Apulivre et l’Association Maison Amazigh de Saint-Denis sont organisatrices ce 24 janvier 2026 de la Journée Mondiale de la Culture africaine et afrodescendante, dans les locaux de la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis, en Région parisienne, de 13h à 19h.

Cet événement sera en hommage au chanteur et poète kabyle Lounès Matoub (né le 24 janvier 1956 et assassiné pour ses idées le 25 juin 1998). 

Nadia Matoub, veuve de Lounès Matoub, sera la marraine de cette journée culturelle et internationale.

 

© Crédit photo : Le programme officiel de la Journée Mondiale de la Culture africaine &  afrodescendante à la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis, en Région parisienne, janvier 2026, image no 2.

 

 

Né le 24 janvier 1956 en Kabylie, Lounès Matoub fut assassiné le 25 juin 1998. Il demeure jusqu'alors une figure artistique contemporaine et africaine majeure de la liberté d’expression, de la poésie et de la lutte pour la dignité. Il mena également des actions en faveur de la laïcité et de sa langue et culture amazighe. C’est à cette date hautement symbolique, celle de sa naissance, qu’est organisée cette année la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante. Un hasard heureux qui nous permet à la fois de créer et de commémorer. Cette rencontre culturelle et citoyenne se veut un espace de réflexion, de transmission et de partage autour de l’héritage artistique et politique de Matoub Lounès, un artiste kabyle, africain et universel, dont la voix continue d’inspirer les combats pour la liberté, la justice et la solidarité.

 

© Crédit photo : L’affiche officielle de la scène ouverte poétique animée par la poète Maggy De Coster durant la Journée Mondiale de la Culture africaine & afrodescendante, à la Bourse du Travail de la ville de Saint-Denis, en Région parisienne, janvier 2026, image no 3.

 

Une programmation riche et variée sera proposée au public : salon du livre, conférences et lectures poétiques. De très nombreux auteurs, intellectuels et personnalités culturelles seront présents, tous en relation avec l’espace africain international, pris dans la complexité de ses diasporas et de ses influences.

Cette journée sera pour nous telle une ode à la liberté et à la résistance. Un lieu de pensée et d’hospitalité, valeurs fondamentalement nécessaires pour l’humanité contemporaine. L'Afrique comme un horizon d'espoir et de mémoire. Un écho pour toutes les voix du monde.

 

© Alexandra Cretté

 

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Pour citer cet avis engagé, illustré & inédit

 

Alexandra Cretté (texte & photographies), « La Journée Mondiale de la Culture africaine et afrodescendante », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS  » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 17 janvier 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ac-jmcaa

 

 

 

 

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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 10:00

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Critique & réception | Revue culturelle des continents

 

 

 

 

 

 

 

 

Passer l’hiver dans le flamboiement des couleurs du peintre André Evard à la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne

 

 

 

 

 

Texte par

Françoise Urban-Menninger

Blog officiel : L'heure du poème

 

Peintures par

 

André Evard

 

Artiste peintre Suisse (1876-1972)

 

Photographies par

 

 

Claude Menninger

 

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, un paysage naturel hivernal no 1 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

 

Artiste renommé en Suisse, il est né en 1876 à Renan dans le Jura bernois, puis il s’installe avec sa mère à La Chaux-de-Fonds. Dès 1908, il réalise ses premiers collages, puis ses créations non-figuratives avant d’aborder ses chefs-d’œuvre surréalistes et, plus tard, de jouer un rôle prépondérant dans l’art abstrait en Suisse.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, fruit no 2 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Une exposition rétrospective dans la galerie Messmer, qui possède un important fonds de ses toiles et aquarelles, permet de s’immerger dans la beauté d’œuvres éminemment poétiques.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, un fruit no 3 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Ses paysages d’hiver confinent vers une épure de lumière où un fin trait noir surligne la blancheur immaculée de la neige.

Peints en 1916, des sapins s’embrasent sous les rayons du soleil, ils s’abstraient d’eux-mêmes dans une clarté qui les transcende. Un arbre, peint dans un champ doré par les blés, semble plongé dans un océan de vagues ocres qui le bercent.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, des roses en bouquet no 4 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Des roses éblouissantes en bouquets, l’une d’entre elles couchée et esseulée dans l’herbe, des œillets blancs sur fond rose disposés dans un vase sur un meuble aux teintes vertes, font chanter les toiles dans une symphonie de couleurs. On peut lire sous les tableaux cette pensée de Max Liebermann « Farben sind das lächeln der Natur », « Les couleurs sont le sourire de la Nature ».

 

Ce sourire de la nature, on le pressent dans la série de fruits qu’André Evard décline à l’infini.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, paysage naturel hivernal no 5 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Des oranges sur fond bleu, des pommes vertes sur fond rose, des pommes dans une prairie, peintes en 1941 se fondent dans un jeté de lumière irradiant. Une énorme poire verte peinte en 1944 paraît s’échapper de son cadre qui n’est autre que l’écrin de ce fruit sensuel et généreux, prêt à être croqué des yeux !

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, un paysage naturel printanier fleuri sur fond bleu no 6 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Pour clore cette fin d’année et pour ouvrir la prochaine, la galerie Messmer nous offre un feu d’artifice de lumière qui dépasse le langage en laissant place aux émotions et à l’indicible. On découvre  sur un mur cette citation de Goethe à laquelle on ne peut qu’adhérer « Blumen sprechen dort, wo worte fehlen », « Les fleurs parlent là où les mots manquent ».

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, des roses en bouquet no 7 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Une série de tableaux, que d’aucuns qualifieraient de « natures mortes », et dont l’expression anglaise « stille life » convient beaucoup mieux, évoque cette « vie tranquille » où des cruches et des pommes nous font entrer par le biais de leur simplicité dans un temps immobile empreint d’humilité et de sérénité. Même les oiseaux semblent nous emporter sur leurs ailes jusque dans les nuages où la neige floconne paisiblement en myriades de fleurs féeriques.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, un paysage de myriades de fleurs féeriques no 8 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

André Evard a poursuivi sa quête de lumière et de beauté jusqu’à son décès en 1972, il nous en lègue la quintessence dans une musique silencieuse qui s’égrène dans les notes luminescentes de chacune de ses œuvres dont ses couchers de soleil qui nous font signe depuis l’autre côté de ses toiles.

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger, photographie de la peinture de nature morte, un paysage urban antique sur un fond en dés no 9 par l'artiste André Evard (1876-1972), prise à l’exposition rétrospective dans la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne, janvier 2026.

 

Exposition à voir jusqu’au 25 janvier 2026.

À noter que l’artiste méconnu, voire inconnu en France aura ses œuvres exposées au musée Powerlong de Shanghai en Chine en 2026 dans le cadre du 150e anniversaire de sa naissance, marquant ainsi sa place incontournable dans l’art mondial.

 

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Pour citer ce bémol artistique illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Passer l’hiver dans le flamboiement des couleurs du peintre André Evard à la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne », peintures par André Evard (1876-1972), photographiées par Claude MenningerLe Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS », mis en ligne le 7 janvier 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/fum-hiveravecandreevard

 

 

 

 

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 19:01

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Essais & manifestes | S'indigner, soutenir, letttres ouvertes & hommages

 

 

 

 

 

 

Manifeste pour les Vivants désarmés…

 

 

 

 

 

 

 

Texte par

 

Jean-Luc Ros

 

 

 

Crédit photo : Simon Vouet (ou Voüet, 1590-1649), « Allégorie de la Paix », peinture tombée dans le domaine public, capture d’écran d’une image libre de droits du site Commons.

 

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Ce magnifique plaidoyer pour la paix est un écrit puissant qui n'est autre qu'une véritable déclaration de paix à partager...

© Françoise Urban-Menninger

 

 

Je déclare à la Porte de l’Elysée et devant les deux chambres de l’hémicycle, là où la République écoute malgré son propre vacarme, que mes mains ne connaîtront jamais d’autre puissance que celle d’une parole indocile, mouvante, surgissant comme une braise ancienne qui refuse de se laisser souffler par les vents dominants. Elles se portent elle-même, se refusent aux alignements, se courbent parfois pour mieux se redresser plus loin, telle une rivière consciente de son lit mais jamais soumise à sa forme.

 

Je ne reconnaîtrai pour République aucune terre qui exige que le sang ouvre la voie à sa respiration. Je n’accorderai fidélité à aucune bannière dont l’éclat s’élève à mesure que les corps s’effacent. Je n’obéirai à aucune cause qui trace sa justification dans l’effacement de l’autre. Mon seul domaine est un fragment d’azur sans couture, un ciel échappé de toute frontière, une étendue qui n’accepte ni clôture ni souverain qui prétendrait en fixer les limites.

 

On me répétera que la guerre serait la sœur native de l’homme, que les siècles l’auraient inscrite dans la chair même des peuples. Je n’entends dans ces récits que les répercussions d’habitudes trop lourdes, transmises comme des lois mais nées de renoncements répétés. À ces discours je préfère l’infime vibration qui traverse deux mains lorsqu’elles se rencontrent au bord du doute. Cette secousse minuscule renverse davantage que les machines de conquête, car elle témoigne d’une vérité plus ancienne que les règnes.

 

Je suis volontaire pour la paix qui persiste sans réclamer de victoire, cette paix qui surgit dans une fissure de pierre et s’y installe avec la patience d’une plante têtue. Elle ne demande ni applaudissement ni emblème. Elle respire simplement dans ceux qui refusent de bâtir un avenir sur des corps brisés ou sur la froide mécanique de la peur. Elle avance dans ceux qui savent encore reconnaître la lumière lorsqu’elle se fraie un chemin dans l’ombre.

 

Ainsi, dans une clarté plus profonde que la colère, j’affirme que je ne tirerai pas. Ni sur le visage qui reflète ma propre énigme, ni pour celui qui imagine pouvoir disposer de mon geste, ni contre la silhouette lointaine que l’on voudrait me désigner comme ennemie avant même qu’elle n’ait eu le temps d’exister.

 

Si combat il doit y avoir, il se déroulera contre la résignation qui chuchote que l’homme serait voué à la prédation. Je crois au contraire qu’il demeure un jardinier du possible, maladroit, souvent dépossédé de la lumière, mais capable d’aubes soudaines dès que se desserre l’étau des certitudes. Je crois qu’une source non révélée coule encore sous la surface des dogmes et qu’il suffit parfois d’un regard obstiné pour en libérer le murmure.

 

Je signe ce manifeste comme un être humain dépouillé de titres, traversé seulement par le souffle nu de la conscience. Ma République est intérieure et refuse tout meurtre. Mon service consiste à tenir l’avenir non dans la violence du bras tendu mais dans la paume ouverte, là où se rassemblent à la fois la fragilité et la promesse. Et si un jour l’on dresse la liste des courageux, je demande que l’on n’oublie pas ceux qui, dans un moment d’évidence fulgurante, auront choisi de prononcer ce refus incandescent, presque transparent, et pourtant plus solide que les armes.

La guerre ne passera pas par moi.

Jean Luc…

 

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Pour citer ce texte illustré  & inédit

 

Jean-Luc Ros, « Manifeste pour les Vivants désarmés… », peinture par Simon Vouet (1590-1649), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 21 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/jlr-manifestepourlapaix

 

 

 

 

Mise en page par David

 

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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 18:23

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages | Revue Poépolitique | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Le livre des transgressions

 

 

 

 

Article & peinture par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, portrait pictural de la poétesse transgressive, dionysiaque « Mririda N’Aït Attik », peinture, dimensions 65x50cm.

 

 

 

Paris. Vendredi, 4 décembre 2025. Rim Battal présente à Montmartre, son roman, Je me regarderai dans les yeux, éditions Bayard. La narratrice, dix-sept ans, dénonce, dès la première phrase, avec des mots crus, le chantage à la virginité. « Cela n’a pas duré plus de cinq minutes, mais, j’eus l’impression de passer une journée entière, les jambes écartées, nues, sur cette table d’examen médical ». Le récit peut être résumé par une paraphrase du fameux incipit de Paul Nizan dans Aden Arabie : « J’avais dix-sept ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». La violence familiale décrite dans son insupportable cruauté physique, psychologique, langagière, dans son exercice sadique. Reproduction atavique des maltraitances. La suspicion guette à la porte. Chaque mot s’interprète comme un aveu de faute. L’opinion publique, juge fantomatique, se sollicite à chaque résistivité. Insolences impuissantes en réponse. Radiographie clinique des manies, des lubies, des marottes adolescentes internétiquement universalisées. Fétichisme des griffes vestimentaires. Anglicismes superfétatoires. Tubes anglo-saxons dans les oreillettes. L’autorité filiale se supporte dans l’instinctive résilience. Insubordination. Désobéissance. Rébellion. Schéma classique, basique, du conflit de générations. Préjugés réciproques. Egotismes inconciliables.

 

 

Mensonge et transgression.

 

Le mot mensonge fuse immédiatement. Il marque la narration de bout en bout. Il devient concept. Autant l’hypocrisie est une simulation des sentiments, autant le mensonge est une dissimulation des pensées, des arrière-pensées, des intentions cachées. Le mensonge est un code de communication. Il est à la fois banal et global. La duplicité est une structure mentale. Voir mon texte Psychopathologie politique d’une société schizophrène, disponible sur le web. Quand le mensonge se généralise, il cesse d’être condamnable. Il entre dans les mœurs. Il se place à l’intersection du vrai et du faux. Le marocain agrée, dédouane, justifie le mensonge comme stratégie de survie. Il l’accommode et s’en accommode. Il l’intériorise. Il le standardise comme norme de comportement. Du coup, le mensonge ne se jauge plus sur des critères éthiques. Mais, sur son excellence ou son imperfection. Il s’inscrit sur le terrain de la performance, de la concurrence, de la compétition. Les roublards se valorisent en s’avouant grands menteurs. Les pauvres eux-mêmes manient la tartufferie bourgeoise. « Mon père, bel homme, drôle et fourbe, est menteur lui aussi, comme ma tante, comme moi, comme tout le monde, mieux que tout le monde. C’est d’ailleurs mon père qui m’a appris l’art du mensonge, qui m’a fourni ses armes, que je retourne contre lui, sans qu’il s’en offusque. Il appelle ça diplomatie ». La transgression ne se fait pas ouvertement. Il transite par le mensonge. Il faut, coûte que coûte, préserver l’essentiel, la respectabilité. Quand le mensonge est flagrant, une seule défense, la dénégation ferme, énergique, inflexible. La mauvaise foi est admise quand elle sauve la face, quand elle évite la mauvaise réputation. Celui qui ment le mieux se fait louanger, admirer, honorer. L’art du louvoiement s’apprend dès l’enfance. Ne survivent au milieu des rapaces que les caméléons. 

Je relis, à cette occasion, la controverse de 1796 sur le droit de mentir entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant. Sommes-nous autorisés à mentir dans des situations ordinaires ou exceptionnelles ? Pouvons-nous, pour nous tirer d’embarras, faire des promesses que nous ne tiendrons pas ? Pour Emmanuel Kant, renoncer au devoir de dire la vérité conduirait à la destruction de la société. La sincérité est aussi un devoir envers soi-même. Il existe deux sortes de mensonges. Le mensonge extérieur où l’on se rend ridicule aux yeux des autres. Le mensonge intérieur où l’on se rend méprisable à ses propres yeux. Emmanuel Kant accepte, tout au plus, le mensonge par bienveillance au titre d’un impératif de prudence. Pour Benjamin Constant, « Tout le monde n’a pas droit à la vérité. L'exagération des principes est le moyen le plus infaillible de les rendre inapplicables. Le principe moral de dire la vérité, s'il était pris d'une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible ». Nul humain n’a droit à la vérité si elle nuit à autrui. La franchise elle-même se relativise en fonction de la situation. En toute circonstance, le mensonge pour sauver une vie vaut mieux que la vérité. Mentir par humanité est un droit et un devoir. C’est la valeur éthique de l’action et de l’intention qui prévaut.

Le terme transgression provient du latin gradior, qui signifie franchir une ligne, et de trans, traverser, passer de l’autre côté. La transgression est donc le rejet des ordres, des obligations, des règles, des lois, des conservatismes, des conformismes, des adaptations factuelles et des accoutumances perpétuelles. C’est une subversivité. La transgression passe par le dévergondage linguistique, lexicographique, symbolique, symptomatologique, sémiologique. L’impertinence, l’arrogance, la brocarde, l’incartade, l’invective sont des signes avant-coureurs de rupture de ban. Les prescriptions sociales, morales, sont circonscrites par des restrictions, des improbations, des interdictions, des proscriptions, des prohibitions. La transgression est une tortille de traverse, audacieuse, aventureuse, génératrice d’opportunités inattendues. Une démarche prométhéenne. Une quête de la semence de feu. Elle a cours dans les marges sociétales, urbaines, les interfaces diversitaires, contestataires, dans les lieux de passage propices aux créativités, aux inventivités, aux innovations. Marge, Margo, veut dire bordure en latin. C’est aussi l’espace blanc autour d’un texte écrit, où se griffonnent les remarques, les observations, les objections. La marge connecte le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, le personnel et l’impersonnel. Hormis les vies parallèles choisies par les artistes, les poètes, les philosophes, les marginalisations, en général, sont des désocialisations, des exclusions, des bannissements. Des flux hétéroclites circulent dans les périphéries, se croisent, se rencontrent. Ces jonctions, ces embranchements, ces hybridations, ces métissages fécondent les nouveautés. La marge est rhizomique. Elle développe en tous sens ses potentialités. Cf. Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, éditions de Minuit, 1980.

La transgression, comme la transnavigation, la transmutation, la transfiguration, est un dérivement, un débordement, un surpassement, une infraction de l’inébranlable, de l’irrévocable, de l’imprescriptible, une mise à mal des sacralités. Le transgresseur cherche surtout à s’émanciper de la tutelle qui le paralyse. « Après avoir rendu stupide leur bétail domestique, après avoir pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors de parc, les tuteurs leur expliquent le danger qu’il y aurait à essayer de marcher tout seul. Or, le danger n’est pas si grand que cela, étant donné que quelques chutes finiraient bien par leur apprendre à marcher. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Pour répandre ces lumières, il n'est besoin de rien d'autre que de la liberté, à savoir l'usage public de sa raison dans tous les domaines » (Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les lumières, 1784).

Les gens fonctionnent avec des habitus censés contenir des solutions toutes faites aux problèmes qui les accrochent. Tout individu est une composition d’habitudes dans un tout cohérent, consistant. Les habitudes se rigidifient. Elles perdent leur souplesse. L’inadaptation est provoquée par les réactions produites mécaniquement. Avant que la nouveauté née dans les marges ne s’ancre dans les réalités sociales, le flux informationnel la jugule, la neutralise, l’annule. C’est la rapidité de l’information qui dissout les fluctuations transformatrices. Les manipulations médiatiques, les falsifications idéologiques opèrent comme des rouleaux compresseurs. C’est ce qui arrive au mouvement GenZ 212. Son succès le freine, l’entrave, l’étouffe. Il ne lui laisse plus, au bout d’un certain temps, l’initiative d’actions originales. Il l’immobilise dans postures défensives. S’ajoutent des carences culturelles. Absence de chercheurs, de penseurs capables de dresser des topographies, des cartographies du champ social. La plupart des intellectuels, des universitaires n’ont d’autres préoccupations que leurs distinctions, leurs décorations, leurs palmes mandarinales. La société inégalitaire perpétue, avec ses logistiques bureaucratiques, ses motrices institutionnelles, ses turbines financières, les privilèges acquis. La nouveauté se refoule, se sanctionne, se liquide. La gouvernance technocratique récupère les nouveautés, les recyclent, les mercatisent, la rentabilisent. La protestation s’effectue sur des trajets balisés, signalisés, fléchés, au lieu s’inventer ses propres itinéraires. Que GenZ 212 ne soit pas reconnue comme interlocuteur valable est suffisamment révélateur du cynisme étatique. La rhétorique sacrale incrimine la transgression comme attitude immorale, irrévérente, honteuse. Au lieu de se frayer des passages désorientants, déconcertants, désarçonnants, la transgression se laisse aiguiller sur les charmilles piquetées par les interdits. 

Au Moyen-Âge, aucun exhibitionnisme n’est considéré comme une atteinte à la pudeur publique. Les lieux saints s’ornent de scènes lubriques. « Dans le livre de prières médiéval, en marge des psaumes, une femme sculptée ouvre son sexe avec ses mains. Dans le chœur de petits monstres de bois, les mamelles pendantes, regardent les moines chanter. Sur le chapeau du pèlerin, à côté des coquilles Saint Jacques, une vulve couronnée est portée en triomphe par des phallus. Ces images sont produites et regardées sans gêne pendant plusieurs siècles » (Gil Bartholeyns, Pierre-Olivier Dittmar, Vincent Jolivet, Image et transgression au Moyen-Age, Presses Universitaires de France, 2008). J’ai visité la chapelle Kermaria an Iskuit à Ploua, dans les côtes d’Armor. Ici la transgression est religieuse. Dans La Danse macabre, qui se déroule le long des murs nord et sud de la nef, ce sont les morts qui sont en mouvement. Les nouveaux arrivés en enfer s’immobilisent dans une posture hiératique. Ces morts ne sont pas des squelettes, mais des cadavres desséchés comme des momies. Certains avec des cheveux et des rires sardoniques. Se dégage étrangement, à cause des déhanchements, une étrange atmosphère érotique. Les fresques remonteraient au quinzième siècle. Elles s’inspirent des peintures du cimentière parisien des Innocents détruit au dix-septième siècle. La mort, au Moyen-Âge est présente dans des œuvres réalistes et des spectacles vivants, dénommés Danses de Macchabées ou Les Passions. L’église veut ramener les vivants à leur condition mortelle, leur rappeler leur destinée finale. Dans la Bretagne prospère, les paysans repus sont mis en garde contre l’inanité des richesses ici-bas. Chaque vivant est escorté par un mort. Une seule femme, vêtue de blanc, figure probablement la vanité de la beauté, à moins qu’elle ne soit la mort elle-même travestie en amante fatale. Les morts et les vivants déclinent des attitudes diversifiées, des gestuelles naturelles, modulées dans les prise de mains et de bras. Le message chorégraphique est clair. Pour bien mourir, il faut danser. Dans la procession, le pape, le roi, le cardinal, le patriarche, le connétable, l’archevêque, le chevalier, l’archevêque, l’abbé, l’astrologue, le médecin, le banquier, le laboureur, le musicien avec sa cornemuse, le moine mendiant, l’indigent. Tous ces puissants et moins puissants paraissent acquiescer à l’ultime échéance. La mort équitable, égalitaire, n’épargne ni petit ni grand. Elle frappe sans distinction d’âge, de genre, de rang. Dans cet-au-delà où le mensonge n’opère plus, il n’y a que l’art et la poésie qui sont des transgressions immanentes de la camarde.

 

Interférences webiques.

 

La révolution numérique bouleverse tous les repères. Il n’y a plus de vérité. Il n’y a plus de mensonge. Il n’y que des données. Toutes les sources s’égalent. Tous les énoncés se valent et s’équivalent. Toutes les formulations s’avalent. Les mégadonnées, big data, utilisent des ordinateurs surpuissants, des technologies sophistiquées, des méthodes analytiques, des traitements parallélisés, au-delà de la cognition anthropienne, au-delà de l’imaginable. L’intelligence artificielle règne. Elle est d’ores et déjà requise pour gérer les relations individuelles et collectives. Le minuscule cerveau humain est de plus en plus mis au rebut. Sur les réseaux sociaux, fake news, diktats alimentaires, charlatanismes en tous genres vident les cervelles de leur esprit critique. Les manières, les comportements, le opinions se télécommandent, se téléguident, se pilotent à distance. Le marocain invente, avant le reste de la planète, la postvérité, machine infernale, virale, de dérégulation, de désinformation, de déculturation. Il ne crédibilise que les rumeurs insensées. L’effet rebond, backfire effect, se dispense de vérifier la fiabilité des sources. C’est le phénomène du buzz internétique. Le bruit parasitaire s’accepte comme musique dès lors qu’il se propage rapidement. Le marocain, est un donneur de leçons sans pareil. Il se complaît dans le syndrome de la surconfiance, dunning-kruger effect. Il surévalue ses compétences propres. Il éprouve le besoin de déverser quotidiennement ses bavardages, ses verbiages, ses commérages. Les cérémonies de thé n’ont d’autre but que le partage des confabulations. Les contrevérités se dégorgent sans scrupule, sans vergogne, sans retenue. Plus c’est gros, plus ça passe. La trivialité fait mouche, s’imite, se propage. Toute la société marocaine vit de faux-semblants.

Avec la révolte de Génération Z 212, rebelle et loyaliste, réfractaire et légaliste, indignée par les inégalités et respectueuse des conventions, la transgression reprend sa dimension publique. Au pays où chaque réalité est un tabou, toute indocilité est une transgression. Ressurgit l’esprit frondeur des territorialités insoumises. La paradoxalité marocaine, entre centralité anxieuse de sa prépotence et tribalité soucieuse de son autarcique existence, se réinvente. Une révolte surgie des jeux vidéo, de la fantasmagorie manga, de l’hyperréalité webique. Derrière l’initiative anonymisée, clandestinisée, énigmatisée, des étudiants, des doctorants prédestinés au chômage. La bouteille à la mer draine des adhésions massives, des sympathies populaires, des manifestations spectaculaires. La génération Z, formatée par le néolibéralisme, le compétitionisme, l’hyperindividualisme, se détourne de la réussite matérielle. Elle prend fait et cause pour les classes indigentes, déclassées, malheureuses. Une génération pragmatique, incrédule à l’égard des grands récits, désabusée des traditionalismes obsolètes, des modernismes malhonnêtes, des politiques sourdes et muettes. Une génération en quête de sens, sans formation philosophique, hélas, pour concevoir des utopies réalisables. Elle ignore que le bien commun et l’intérêt général rousseauistes ne sont pas de mise dans le technocratisme. L’implacable répression étouffe le mouvement dans l’œuf. GenZ 212 n’a plus qu’une revendication prioritaire, l’amnistie des centaines de jeunes et d’adolescents incarcérés, punis de peines de prison ferme de trois à quinze ans. Cette génération souffre d’un déficit de mémoire historique. Elle ne sait rien de l’insurrection du 23 mars 1965, partie du lycée d’excellence Moulay Abdellah de Casablanca, relayée par les bidonvilles, sanctionnée de mille morts. Elle vit en temps réel. Son univers est algorithmique. Sa révolution semble hypothétique. 

Il faut prêter l’oreille à Gilles Deleuze : « Nous vivons dans un monde désagréable où les gens et les pouvoirs établis nous communiquent des affects tristes, qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour nous transformer en esclaves. Les tyrans, les prêtres, les imams, les preneurs d’âmes nous persuadent que la vie est dure, lourde, invivable. Les pouvoirs ont besoin de nous angoisser, comme dit Paul Virilio, d’administrer nos petites terreurs intimes. On a beau dire quel malheur la mort, il aurait fallu vivre véritablement pour avoir quelque chose à perdre. Les malades de l’âme et du corps, les vampires, ne nous lâchent pas. Ils nous transfèrent leur névrose, leur angoisse, leur castration, leur ressentiment, leur immonde contagion. Ce n’est pas facile d’être un être libre. Pour être libre, il faut fuir la peste, initier des rencontres, augmenter la force d’agir, propulser les jovialités. Le corps ne se réduit pas à l’organisme. La pensée ne se réduit pas à la conscience » (Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, éditions Flammarion, 1977). J’ai parcouru tous les communiqués de GenZ 212. En dehors de trois propositions légitimes, leurs communications tournent en rond. Leurs idées restent bloquées sur les mêmes leitmotivs, les mêmes refrains, les mêmes rengaines. Mon enthousiasme de départ s’émousse au fur et à mesure que se dévoilent les maladresses, les lacunes, les erreurs tactiques. Des changements imperceptibles opèrent souterrainement. Comment les détecter, les visibiliser, les concrétiser ? Les jeunes ne reconnaissent pas la vieille taupe, chère à Karl Marx, qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement. Ils ignorent l’allégorie de la guêpe et de l’orchidée dont l’improbable union produit des effets bénéfiques pour les deux parties. Les animateurs de GenZ 212, issus des classes moyennes, renvoient d’eux-mêmes l’image de protecteurs, de bienfaiteurs, d’anges-gardiens. Ils assènent des préceptes, des formules figées, des sentences définitives. Ils édictent des directives, des consignes, des mots d’ordre. Ils se proclament pacifistes pour ne pas déranger l’ordre établi. Là réside le malentendu avec les classes populaires. La gouvernance en face, une fois l’effet de surprise passé, joue l’atout démobilisateur de la peur.

 

Mririda N’Aït Attik (1900-1946 ?)

 

Nous évoquons Mririda N’Aït Attik, poétesse transgressive, dionysiaque, emblématique de l’époque coloniale, tombée dans l’oubli après sa disparition mystérieuse. Nulle sépulture connue n’abrite son corps. Nul cénotaphe ne rappelle sa mémoire. Seul l’écrivain, l’explorateur René Euloge (1900-1985), son traducteur, son confident, son amant, a sauvegardé son œuvre. Il est temps que Mririda N’Aït Attik acquiert sa pleine aura dans la littérature marocaine. Les jeunes générations ont besoin de son exemple. « On m’appelle Mririda. Mririda, l’agile rainette des prés. Je n’ai pas ses yeux d’or. Je n’ai pas sa gorge opaline. Je n’ai pas sa robe verte pomme. Mais j’ai ses stridulations envoûtantes. Qui volent jusqu’aux oreilles des bergers. Qui émerveillent toutes les gens de la vallée. Dès mes premiers pas dans les champs. J’ai pris délicatement dans mes mains. Les rainettes agiles, craintives, frissonnantes. J’ai embrassé longuement leur bouche. Ainsi m’ont-elles appris leurs vocalises ensorcelantes. Leurs cantabiles cristallines, vibrantes. Dans les nuits d’été baignées de lune. Grâce aux virtuosités transmises par les rainettes. On m’appelle Mririda ». 

L’une de mes tantes habitait à Azilal, en haute montagne. Je séjournais souvent chez elle, dans un paysage paradisiaque de sources, d’étangs, de cascades, de thuyas, de cèdres, de pins. Elle connaissait les chants de Mririda par cœur, en amazigh. Elle me les traduisait en français. J’étais adolescent. Elle me disait malicieusement : « maintenant, tu as l’âge de les comprendre ». Un rite d’initiation en somme. Mririda (1900-1946 ?), poétesse orale, libertine, sensuelle, voluptueuse, lascive. La transgressivité est un franchissement frondeur des lignes, des frontières, des limites, un outrepassement du sentiment de honte, une bravade morale. La poésie de Mririda outrepasse les anathèmes. Elle la chante au marché. Elle embarque qui lui plait. Elle rencontre René Euloge (1900-1985), instituteur colonial, écrivain, artiste peintre, photographe, russophone, arabophone, amazighophone. Le français parcourt les territoires alpestres, partage la vie des bergers, recueilles les contes, les légendes, les chants, les poèmes, les complaintes, les mélopées, les récits qu’il consigne studieusement sur des carnets négligés pendant de nombreuses années. Il est le premier européen à découvrir les cimes inaccessibles et les profondes vallées du haut-Atlas. Il reste dans son pays de prédilection après l’indépendance. Il meurt à Marrakech. Il publie les élégies de Mririda dans les années cinquante, Les Chants de la Tassaout.

On ne sait de la biographie de Mririda que ce que rapporte René Euloge. Il la qualifie d’hétaïre comme les compagnes sexuelles de la Grèce antique. Il définit sa poésie comme un art brut, fruste, rude, ardent, s’apparentant aux ballades, lais et rondeaux du Moyen-Âge européen.  Une poésie qui, dans un naturel désarmant, ne craint ni la gaillardise ni la grivoiserie. La rusticité lyrique rend palpables la quotidienneté pastorale. Superstitions préislamiques, invocations idolâtres, spiritisme, magie, sorcellerie, sur fond de sensualisme, de spontanéisme, de délectation, de dérision. Les adages, les proverbes, les maximes, substantifiques moelles de la sagesse traditionnelle, agissent comme des ponctuations. La candeur épouse la grâce. La fraîcheur laisse trace. Dans la bourgade d’Azilal, flanquée de remparts inescaladables, de tours à meurtrières, Mririda, la trentaine à peine, est tolérée avec quelques filles de petite vertu. Elle n’a pour séduire que ses longs cheveux noirs, aux reflets d’anthracite, et ses yeux immenses. Son teint est précocement fané. Elle chante ses poèmes en prolongeant les syllabes finales. Personne ne se soucie d’elle. Ses mots sont incompréhensibles aux soldats coloniaux, aux supplétifs locaux. Elle ne cherche pas non plus à séduire les chalands. René Euloge fait sa connaissance sur recommandation d’un ami. Elle l’invite à prendre le thé chez elle. Il la retrouve régulièrement, à la tombée de la nuit, vêtue de fines étoffes et de somptueux brocarts, fleurant la rose et le jasmin. Il traduit ses poésies en respectant au mieux la sémantique orale.  Mririda, drapée d’un manteau de laine à bandes amarantes, écarlates et blanches, élève ses bras cerclés d’armilles d’argent comme une danseuse céleste. Elle prend des poses hiératiques sans en soupçonner l’envoûtante impact. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, René Euloge retourne à Azilal et à Magdaz, village natal de sa poétesse. Sa recherche de Mririda, entre présomptions hasardeuses et fausses pistes, reste vaine. Elle a disparu à jamais. Demeure sa poésie sauvée du néant. 

 

 

© Mustapha Saha.

Sociologue.

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Pour citer cet article engagé, illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peinture), « Le livre des transgressions », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 15 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ms-transgressions

 

 

 

 

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Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de récits « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion, 2025.  Image fournie par l’auteure.

​​​​​© Crédit photo : Détail de la quatrième de couverture de l’ouvrage cité ci-haut.

 

 

La revue Le Pan Poétique Des Muses a la joie de vous annoncer la parution le nouvel ouvrage intitulé « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger (chez les éditions Astérion) de notre rédactrice Françoise Urban-Menninger. Nous publions ci-dessous et en avant-première la première de couverture et la présentaion de l’œuvre par la maison d’édition.

 

 

Présentation du recueil par les éditions Astérion :

 

 

Françoise Urban-Menninger, lauréate nationale de la nouvelle universitaire en 1993, publie avec L'heure du thé son 4e recueil de récits dans la lignée de Katherine Mansfield, Virginia Woolf, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton ou encore Eleonora Carrington, des autrices qu'elle affectionne particulièrement. On décèle, ici et là, des pointes de surréalisme et l'on songe à Paul Eluard, André Breton, voire Guillaume Apollinaire… Mais la nouvelliste possède un style singulier dont la petite musique n'a pas fini de nous surprendre en égrenant ses notes au charme envoûtant !

 

Poète et nouvelliste, née à Mulhouse en 1953, Françoise Urban-Menninger est l'auteure d'une trentaine d'ouvrages ainsi que chroniqueuse pour les sites Exigence Littérature et Le Pan Poétique des Muses. Présidente de la commission littéraire de l'Académie rhénane, elle organise de nombreux événements littéraires en Alsace, participe à des salons du livre, intervient lors de colloques et collabore à plusieurs revues de littérature en France et à l'étranger.

 

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Pour citer cet avis de parution illustré & inédit

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 novembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/lppdm-heureduthe

 

 

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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