N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Florilège | Revue Poépolitique | S’indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages
Je ne vous sauve pas
Poème engagé par
/image%2F1507988%2F20241002%2Fob_5bda10_image1.jpg)
Crédit photo : Artiste anonyme, allégorie de la « Paix », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran faite par LPpdm de la photographie libre de droits du site Commons.
Genèse du poème
C’est un poème de veille.
Écrit dans une nuit d’insomnie face à la guerre, il ne cherche pas à dénoncer, mais à veiller.
Il parle du décalage entre ceux qui meurent et ceux qui vivent, de la honte de regarder sans pouvoir agir, et de l’amour silencieux qu’on porte à distance.
Ce n’est ni une prière, ni un manifeste. C’est une veille obstinée, une tentative de tenir la mémoire quand tout s’effondre.
Je ne vous sauve pas
Je ne dors plus.
Je ne peux pas.
Pas pendant qu'on ramasse
des lambeaux d'enfants
dans la poussière d'une route éventrée.
Pas pendant qu'on filme.
Leurs pleurs,
leurs plaies,
leurs os secs et brisés,
Qu’on regarde,
s’insurge, zappe,
et oublie.
Moi je suis là.
Avec indécence, je vis.
Dans une maison intacte
entourée d’enfants vivants.
Et pourtant,
un feu intérieur me brûle.
Parce que les vôtres
vous ne les reverrez plus.
Parce que nous les tuons,
à ciel ouvert,
à sol fermé,
Avec nos armes,
Nos lunettes noires
nos ventres pleins.
Oh non, je ne débats pas.
Je me bats.
Avec les mots que j’ai
et le courage que je n’ai pas.
Je pleure avec les mères,
vidées de leurs larmes,
dépossédées de leurs voix,
mortes de tirs
ou de chagrin.
Des mères qui enterrent
une semelle brûlée,
un membre identifié,
ou juste un nom.
Hurlé.
sur la terre imbibée de sang.
Ils auront vécu
cinq minutes,
cinq semaines,
ou cinq ans.
Ont levé les yeux vers le ciel,
Ont vu les étoiles s’écraser.
Et puis, la lumière s’est éteinte.
Pas doucement, non.
Dans le bruit,
la fureur
et la rage.
Je vous écris
parce que mon humanité crie
et que le monde
m’empêche d’hurler.
Je vous écris des mots
que vous ne lirez jamais
Vous suppliez des noms
Que notre silence tait.
Et moi, je ne vous sauve pas
© Kristen Fra Skoven
Biographie
Kristen FRA SKOVEN est le nom d’écriture d’une autrice franco-lusophone.
Née ailleurs, élevée ici, elle traverse les langues comme on traverse une perte.
Son écriture parle de soin, d’effondrement, de mémoire, de maternité, et de justice.
Elle publie à sa manière, hors des grands circuits, mais au plus près des plaies du monde.
Elle écrit sans étiquette, sans carte d’entrée, mais avec une boussole intérieure.
***
Pour citer ce poème engagé & pacifique
Kristen Fra Skoven, « Je ne vous sauve pas », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 11 août 2025. URL :
https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/kfs-jenevoussauvepas
Mise en page par Aude
© Tous droits réservés
Retour au Sommaire du numéro III▼ Lien à venir
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_e0cbbd_s21.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250710%2Fob_8c9be6_r.jpg)
/image%2F1507988%2F20250710%2Fob_6a0f57_z.jpg)
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_211a4f_im8.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_95126c_i20.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_32fc41_i1.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_69a5ad_i3.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250707%2Fob_3d2746_i24.jpeg)
/https%3A%2F%2Feditionsconstellations.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2024%2F11%2Fcouv-Nos-coutures-apparantes-700x490.jpg)
/image%2F1507988%2F20241115%2Fob_1e5f99_cou90.jpg)
/image%2F1507988%2F20250703%2Fob_ce0ba2_at.jpeg)
/image%2F1507988%2F20250703%2Fob_447084_sentier.jpeg)
