Hassina Takilt — Je vous remercie chaleureusement pour cette invitation, qui représente pour moi bien plus qu'une simple interview. C'est une opportunité de m’exprimer de façon authentique, d’honorer la résilience, la persévérance, surtout le courage et l'influence des femmes à travers le monde, tout en partageant un fragment de mon parcours qui, je l'espère, trouvera écho auprès de vous.
Hanen Marouani — Qu'est-ce qui vous a motivée à devenir Docteure en pharmacie et à travailler dans le domaine de la santé ?
HT. — Mon choix de devenir Docteure en pharmacie et me spécialiser dans le domaine de la santé était une finalité logique, en fait. J’ai grandi dans un environnement familial ancré dans le domaine de la santé, entourée de frère, sœurs et cousines évoluant dans le secteur sanitaire. On en avait des médecins, sagefemme et infirmières. Cet héritage familial m’a naturellement sensibilisée aux enjeux médicaux et à l’importance du bien-être des patients. Afin de compléter le bouquet et grâce aussi à ma passion pour la botanique et la phytothérapie, j’ai choisi spécialement de devenir Docteure en Pharmacie.
HM. — Pouvez-vous nous parler des principales missions de HORA Magazine et de ce qui le distingue des autres publications ?
HT. — Avant de parler de HORA magazine, j’aimerais souligner l’anecdote qui a fait ma rencontre en fait avec le Président Fondateur et Rédacteur en Chef Mr Fethy MECHETII, un brave monsieur d’une humilité remarquable. C’était en fait, un simple hasard, lors d’un partenariat anodin de promotion de produits pour le bien-être, un contrat de quelques mois mais s’est terminé par une curiosité, de volonté de prendre ce risque inopiné qu’est de plonger dans la communication et le média à l’international. Et c’est là qu’a commencé mon parcours chez HORA magazine, en tant que Correctrice puis Directrice Adjointe du fondateur.
HORA est bien plus qu'une simple publication : c'est une ode à la diversité culturelle et à l'émancipation des femmes dans le monde, la sororité ... qui définissent son identité éditoriale. Notre mission est de créer des ponts entre les cultures au-delà des frontières, de donner une voix aux femmes inspirantes et de valoriser les parcours exceptionnels. Ce qui peut distinguer HORA magazine, je pense c'est sa capacité à transcender les frontières avec une ligne éditoriale forte et engagée.
HM. — Quelles rubriques de HORA Magazine sont les plus populaires auprès de vos lecteurs ?
HT. — HORA magazine qui est un mensuel, comportent des rubriques qui reviennent tous les mois, mais aussi plusieurs autres qui sont personnalisées selon les tendances et actualités ou même parfois des coups de cœurs. Et c’est ce qui fait la particularité de HORA magazine, le lectorat reste émerveillé et attend toujours la surprise. Les rubriques les plus plébiscitées sont celles qui mettent en lumière des portraits de femmes inspirantes, des interviews exclusives avec des leaders, ainsi que les articles axés sur la diversité culturelle et l’art sous toutes ses formes. Les rubriques « Découverte by HORA, Évent, Entrepreneuriat, Échappées... mais bien d’autres suscitent également un vif intérêt. Vraiment c’est très riche et très varié selon la période ou la thématique ciblée.
HM. — Comment choisissez-vous les sujets à aborder dans chaque numéro ?
HT. — Le choix des sujets repose sur un équilibre entre l'actualité mondiale, les tendances socioculturelles, d’une part, nos engagements éditoriaux avec nos partenaires. Nous privilégions les thématiques qui ont un impact social, culturel ou économique, en veillant à ce qu'elles résonnent avec les aspirations de notre public international. Chaque sujet est soigneusement sélectionné pour sa capacité à inspire. Nous en avons des rubriques pour toutes les périodes de l’année : estivale, rentrée sociale, Octobre Rose, ramadanesque… Nous nous efforçons continuellement d'ébahir notre lectorat et surtout rester fidèles à notre identité.
HM. — Quel rôle pensez-vous que les médias jouent dans l'émancipation des femmes à travers le monde ?
HT. — Les médias sont des catalyseurs puissants de changement à double tranchant. Ils ont le pouvoir d'influencer les mentalités dans les deux sens, de promouvoir l'égalité des genres, ou militer pour les bonnes causes. Ils peuvent déconstruire les stéréotypes, offrir une visibilité là où ce n’est pas assez entendu ou trop souvent marginalisées.
Chez HORA Magazine, nous sommes convaincus que l'émancipation des femmes repose sur la représentation, l'éducation et la mise en lumière de parcours inspirants dans tous les domaines. Mais pas que, nous donnons aussi la parole aux hommes engagés en faveur de la cause du leadership féminins.
HM. — Avez-vous des projets ou des initiatives à venir pour HORA Magazine que vous aimeriez partager ?
HT. — En effet, si vous suivez le parcours de HORA magazine, vous verrez que HORA n’a pas arrêté d'innover tout en restant en phase avec le moment présent. Ceci dit que l'envol du numérique aujourd’hui nous pousse à renforcer notre présence et préserver notre position que nous avons durement acquise, tout en étant conscients du chemin qu'il nous reste à parcourir. Nous avons misé sur des collaborations internationales, des partenariats stratégiques notamment en Europe et dans la région du MENA, pour cette année 2025, d’une part.
D’autre part, pour être honnête, le développement de la version papier est un écrin qui se rarifie, du coup ça sera vraiment des impressions ciblées pour un public bien précis, qui, si l’on peut dire comme ça, a toujours le goût et la nostalgie de feuilleter un média.
HM. — Comment HORA Magazine s'adapte-t-il aux tendances actuelles et aux attentes de son public ?
HT. — Notre lectorat est particulièrement adulte et quasi paritaire, et du coup nous diversifions nos contenus de façon continu. Nous arrivons à adapter HORA Magazine en composant avec le moment présent, des hommages et retour dans le passé, pas spécialement des mises en lumières de profils connus de tout le monde. Ce sont ces récits insolites ou même parfois nostalgiques qui captent le plus nos lecteurs et boostent notre audience constamment.
Notre force réside dans notre capacité à conjuguer authenticité et modernité, tout en préservant l'essence de notre identité, et ça nous réussit jusqu’à maintenant.
HM. — Quelles sont les plus grandes satisfactions que vous tirez de votre travail chez HORA Magazine ?
HT. — Ma plus grande satisfaction c’est l’ouverture au-delà des frontières. Contrairement au monde du pharma qui est sur une autre dimension complètement et qui m’est cher tout de même. Avec HORA, d’autres portes me sont ouvertes. Au cours de ces quatre années, j’ai pu faire des rencontres exceptionnelles à l’échelle mondiale, à commencer par l’équipe HORA ainsi que le fondateur, qui prône un management fondé sur l'humilité et l’écoute.
Travailler dans un environnement serein est une source d'épanouissement personnel et professionnel, où la créativité, l'engagement et la valeur humaine se rencontrent.
HM. — Comment voyez-vous l'évolution du magazine dans les prochaines années ?
HT. — Tout simplement, avec la persévérance, je vois HORA Magazine continuer à s'imposer sur la scène digitale comme une référence mondiale. Nous aspirons élargir notre réseau de correspondants internationaux, développer des éditions spéciales, dans d’autres langues, et surtout intensifier notre impact à travers des initiatives sociales et éducatives hors du commun.
HM. — Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite se lancer dans le journalisme ou la publication ?
HT. — Je leur conseillerais d'être curieux, passionné et, avant tout, authentique. Le journalisme ne se limite pas à raconter des faits, c'est un art : celui de raconter des instants de vie, des parcours et des émotions qui touchent et qui interrogent les consciences.
Ce n’est pas juste de poser la meilleure question mais plutôt de créer le moment. Il est essentiel de rester fidèle à ses valeurs, et d'avoir le courage de donner la parole à ceux que l'on entend trop peu aujourd’hui.
Par ailleurs, j'adresse ce message particulier aux lecteurs et lectrices de Pan Poétique des Muses et de la Revue Orientale et de HORA magazine : osez faire ce qui vous anime, tentez de nouvelles expériences et de reconversions inouïes. N'attendez pas le moment parfait, il n'existe pas. La vie est trop courte pour passer à côté de ses rêves, alors vivez pleinement et saisissez chaque opportunité !
Merci infiniment le Pan Poétique des Muses, Grand merci à la Revue Orientale.
Crédit photo : « Volcan de Fuego in Guatemala, Eruption at night », capture d'écran d’une photographie libre de droits trouvée sur le Commons.
L'eau comme le froissement des feuilles de papiers produit sur l'individu un apaisement redoutable, une accalmie dans le bouillonnement de ses pensées, une secousse de bien être, un endormissement des sens... J’aime me trouver dans cet état léthargique, où parfois je me laisse glisser dans cette soumission de l’esprit. Jamais je ne me suis senti autant apaisé qu’à ce moment-là. J’aimerais que cela dure éternellement. Mais qu’est-ce que l’éternité ? Et dans ce même prolongement, qu’est-ce que la mort ? L’âme et l’esprit, voici maintenant que la raison intervient : dans ce fonctionnement devenu inerte, c’est l’existence qui semble en péril. Pourtant, cette plénitude est bénéfique à l’homme et à la femme. La pensée qui était jusqu’alors en sommeil se renfloue, s’élève et une pureté s’installe dans le cerveau, faisant fi de toutes les scories nauséabondes qui pullulent dans le mental de chaque individu. Comme le Phénix, je renais de mes cendres. Petit à petit, une autre réalité prend place, se développe, grossit, se fait envahissante, aiguise le raisonnement, enflamme le jugement, développe les sens, pour nourrir peut-être de futurs propos, au travers de ces dissertations mentales. Je suis tout autre. Le moi inconnu fait subitement son apparition. Alors, comme investi soudain d’une mission, je quitte spontanément ces lieux ombragés près d’un ruisseau où germent les graminées d’une pensée en gestation.
J’emprunte un nouvel itinéraire, gravis les coteaux, dévale une pente avant d'atteindre à l’autre extrémité un sentier à l’orée d’un bois… Mon esprit est envahi de pensées totalement désordonnées que j’essaie de rassembler tant bien que mal au cours de cette excursion où je n’ai de cesse de culpabiliser, de me remettre en question. Pourquoi être parti en fin de compte ? Pourquoi s'obstiner ? Suivre cette direction n’a aucun intérêt et n’offre aucune promesse, aucune perspective. Il est encore temps de rebrousser chemin, de revenir sur ses pas. Que ferais-je de plus dans « cet ailleurs » ? Plus le doute m’assaille, plus forte est ma détermination. Décidément, la terre ferme n’est pas un lieu aussi propice à la réflexion qu’un ruisseau ou un lac. Un océan d’idées ne peut surgir que si le calme revenu, le soleil et l’ombre, indissociables, sont de la partie. Pour autant, des idées neuves gambergent dans ma tête et je poursuis tant bien que mal mon exploration… Alors que je crapahute sur un chemin tortueux, escarpé, parfois embroussaillé, je me bats soudain contre des lianes, les écarte de mes mains, pour découvrir tout à coup l'intérieur d'une grotte suffisamment éclairée. Je m'y introduis précautionneusement. L'antre est profond, humide mais dégage une chaleur permanente, ce qui m'incite à poursuivre ma quête sans danger apparent. Cependant, cette lente progression, bien que mouvante invite à la paresse. Il en résulte une espèce de protection naturelle, un doux cocon dans lequel on élit volontiers domicile.
Cet endroit procure un incontestable bien-être. On se laisse envahir par un sentiment de sérénité et dans lequel on a toujours l'impression de s'élever humainement dans ce lieu au climat tempéré et relativement aphrodisiaque. N'importe quel homme emblématique peut parfaitement s'intégrer au cœur de cette Cythère luxuriante, située au milieu de nulle part. L'eau d'une source intarissable douce et relativement épaisse comme celle d'un bouleau, mais sans âpreté s'écoule dans une tiédeur fort agréable au fond de ma gorge assoiffée. Je me délecte indéniablement de ce nectar.
Dans cette cavité rosée, dont les multiples boudins des parois et du sol sont constamment mouvants, une musique provenant des bas-fonds m'envoûte. Très vite, je sombre dans une somnolence qui précède un repos ténu. Se laisser aller ainsi dans cette situation où se mêlent extase et volupté est un bienfait pour l'humain qui n'aspire désormais qu'à une certaine tranquillité. L'aisance est à ce prix. Tout comme se laisser dorloter au fil des heures est un agrément supplémentaire. Mais de cela, il en sera question plus tard. Pour l'instant la pensée, seule, suit sa trajectoire constante, qui tout en étant évolutive persiste dans un raisonnement pur. Une dialectique naissante de la raison semble en pleine évolution. Quoi qu'il en soit, l'espace cotonneux de cette ellipse est propice pour celui qui l'habite. Certainement, un environnement idéal pour l'homme du futur. Il sait déjà s'adapter à ce mode sociétal, fait de simplicité et de tranquillité. Il sait aussi de ce que son lendemain sera fait : le bonheur en priorité, sans aucune contrainte ni compromission. Rien qui ne soit fondamentalement plus contraire au concept même de l'existence humaine, soit l'amour et la liberté !
En poursuivant ma promenade, je découvre, au sommet de la source, une longue canne toute rose, à peine camouflée par des fougères prenant racine de part et d'autre de la rivière cotonneuse. Je trouve étrange la forme de cette radicelle qui ne ressemble en rien à une souche de vigne. En réalité, cette forme phallique est surmontée de deux pieds de longueurs identiques, eux-mêmes séparés d'une distance équivalente à chaque bord, en sorte que leurs deux socles sont bien ancrés au faîte du cratère. Cet objet insolite d'apparence solide comme un roc dessine un toit au-dessus de la grotte.
Parvenu enfin au sommet, et me rapprochant le plus près possible, je saisis la longue tige qui au lieu d'être verticale demeure inclinée sur la droite. Emerveillé par cet aspect multiforme, je m'approche pour tester de sa rigidité mais constate au contraire quelle est souple. Face à elle, je m’amuse à la faire glisser entre mes doigts. Au fur et à mesure que je la caresse elle durcit rapidement et semble même prendre de l'altitude.
Lorsque je m'amuse à toucher son extrémité où à exercer quelques pressions sur sa longueur, je m'aperçois de sa flexibilité, tandis que de légers tremblements se produisent et se répercutent dans la grotte. Je m'étonne de cette étrangeté. Curieux par nature, ne connaissant point la raison de cet état, ni les conséquences qui pourraient en découler, après un temps d'hésitation, je me résous toutefois à poursuivre mes recherches de naturaliste fraîchement accrédité. Alors que mes doigts accentuent leurs mouvements répétés, il se produit un tel tremblement que tout bascule à droite comme à gauche, suivi d'un grondement de plus en plus sourd, émanant des profondeurs de l'antre.
Je profite d'une accalmie pour descendre d'un étage et rejoindre mon habitat. Instinctivement, je porte mes lèvres pour boire à la source, lorsque je constate que celleci est devenue plus abondante et fluide que les fois précédentes.
Je déguste à satiété cette savoureuse liqueur qui, grâce à la stimulation de ce simple appareil à trois pattes favorise un afflux pluvieux de cet élixir. Décidément, ce griffon a la fonction d'un robinet que l'on ouvre pour faire jaillir l'eau.
J'en prends note et gravis une nouvelle fois le sommet.
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Avec une détermination insoupçonnée, comme si une voix intérieure me dictait ma démarche, je commence à masser l'ossature très lentement sur toute sa longueur. À la suite de ces mouvements sans cesse répétés, de puissants gémissements résonnent dans la grotte. Plus je m'active plus ces voix plaintives et haletantes sont ponctuées par des soubresauts. Aussitôt, je change de position, et tout en m'approchant de la Chose, ma langue happe la tête de la tige qui paraît en ébullition. Celle-ci bien chaude se laisse introduire dans l'orifice gustatif qui la savoure avec délice et volupté. On aurait cru qu'elle s'y laissa volontiers glisser. Mais cette petite chose grossit à vue d'œil au fur et à mesure que je m'emploie à téter avec gourmandise cet organe insolite dont jusqu'à ce jour, je ne soupçonnais même pas son existence ! Que Diable, je devrais mentionner cette date à l'encre rouge dans mon journal !
Ma bouche gobe maintenant la tête de l'objet et tout en la mordillant, la titillant, je forme avec ma langue des rotations circulaires, dans une application effrénée et sans retenue. Cela dure encore quelques minutes, alternant avec mes doigts de pianiste, fins et allongés.
Les jours suivants, je ne manquais pas d'accéder sur les hauteurs pour m'emparer de cette machine étrange. Une fois installé confortablement, et après quelques caresses, faibles pressions des doigts et autres touchés, je mets en bouche son extrémité. Je le gobe, l'aspire, le suce, le lèche aussi délicatement que je le peux, en sorte à pouvoir garder le même rythme, puis je le titille du bout de ma langue, l'enfourne une nouvelle fois, le faisant tourner à droite et à gauche dans ma margoulette pleine. A cet effet, de légères convulsions se font ressentir. Je n'insiste pas et rejoins la grotte. Comme je m'y attendais une abondante sève se met à jaillir de la source. J'avale avec délice ce liquide translucide et tiède. Mais à ce moment-là, il se produit dans l'alcôve, un tremblement sismique où tout s’ébranle. Cela s’apparente aujourd'hui, à un volcan en éveil, annonciateur d'une éminente éruption, amplifié par des gémissements d’une rare tonalité et d’une durée plus importante que les fois précédentes.Brusquement, un cri puissant résonne, accompagné d'un tremblement continu, qui évolue en un tumulte de gémissements et de plaisirs extatiques. À ce moment-là, une pluie légère se métamorphose en un flot torrentiel, inondant la grotte dans son ensemble avant de s'échapper à l'extérieur du cratère. Je me laisse emporter à mon tour dans ce déluge d’extase et d’abandon sans être, fort heureusement, expulsé de l’antre. Peu après tout se calme et retrouve son état habituel, sans qu'aucun dommage ne soit à déplorer.
Cela n'est pas pour me déplaire, car il semblerait que l'homme que je suis, maîtrise de mieux en mieux sa mise en pratique des leçons journalières. Ces dernières acquises instinctivement et de manière plus ou moins conscientes se développent au quotidien avec beaucoup de ferveur et de détermination, faisant preuve d'un acte volontaire et assidu de ma part. Enfin, l'intensité de cette éruption volcanique diminue progressivement et le calme revenu laisse place à une plénitude retrouvée.
Ma fierté naît de la reconnaissance dont je me sens affublé après chaque leçon. Ainsi, mes devoirs une fois accomplis sont récompensés par une chaleur envoûtante qui envahit la grotte, suivi d'un chant mélodieux accompagné par une musique dont les notes finissent par me griser et m'invitent, après une courte somnolence, à un repos bienfaiteur.
L'attention dont je bénéficie dans ce cocon voluptueux est caractérisée par diverses musicalités d'un même tempo. Les sirènes de l'amour alors se manifestent, m'accompagnent et me conduisent vers les graduations mercurielles. Les ardeurs dont je fais preuve sont axées exclusivement sur l'écoute et la respectabilité envers ces personnages d'ordinaires invisibles qui me guident, et à leur tour me prodiguent des plaisirs intenses et passionnés. Au fil des jours, ce scénario se reproduit inlassablement, ne montrant pour autant aucun signe de faiblesse ni de fatigue.
La femme-volcan quant à elle, modula ses préférences, amplifia ses doléances et me guida dans ses multiples aventures érotiques. Comme une véritable reine, elle accepta mes requêtes exauça mes souhaits et autres sollicitations, offrant ainsi une part équitable à nos demandes respectives, tempérant ma fougue impétueuse qui, quelquefois se transformait en brutalité.
Nous formons depuis un couple royal épris d'amour et de liberté sans concession, livrant notre savoir dans toute la contrée, savourant au passage les exploits accomplis et définissant ceux à venir. C'est ainsi que s'achève ce récit, à l'endroit même où précisément ce conte devrait débuter. Que l'on veuille bien me pardonner cet excès de zèle ! Telle est l'histoire singulière de La femme-volcan qui retrace un événement ayant eu lieu le 25 décembre dernier. Ce jour de Noël, précisément, fut pour son protagoniste une véritable renaissance, un saut dans l'inconnu qui se manifesta de façon inattendue.
Son état d'esprit en fut prodigieusement bouleversé.
À compter de cette date annonciatrice et purement divine, il devint cet autre.
L'homme d'aujourd'hui est de plus en plus convaincu qu'il œuvre pour la bonne cause. Que cette cause est dès lors perpétuelle. Ainsi, au sein de ce ventre fécond, il sera le garant de la vertu amoureuse. Il se définira – non comme le maître envoûteur et absolu - mais le serviteur idéal pour ces divinités et autres dryades éprises d'amour et de libertés. Ces libertés qui fécondent l'esprit et nourrissent le raisonnement seront une ligne de conduite inconditionnelle, favorisant une situation fortuite pour progresser dans le domaine existentiel. L'émancipation humaine demeure le fil conducteur de cette association d'une existence nouvelle assurant un avenir prometteur pour l'homme et la femme.
Pour citer ce récit érotique inédit, engagé & féministe
Paul Tojean, « La Femme-volcan », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles », mis en ligne le 13 mai 2025. URL :
S’il ne faut « plus raconter des histoires » et surtout « faire des histoires », écrit Sandrine Weil, elle ajoute qu’« elle ne se taira plus maintenant » car sa grand-mère Odette, fière d’avoir une petite-fille qui intègre une première littéraire, lui avait « commandé » le récit de leur histoire familiale qu’elle reprend par l’écriture « à son compte / conte » en redonnant une voix aux disparus.
Née à Paris en 1972, Sandrine Weil est professeure de lettres modernes et de cinéma à la Flèche et au Mans. Elle écrit depuis l’adolescence, réalise des courts métrages, anime des émissions pour Radio Prévert et témoigne dans ce premier ouvrage de « L’histoire de Jean Weil », son père déporté à Bergen-Belsen à l’âge de 4 ans avec sa mère Odette et sa sœur Josette, âgée d’à peine sept mois.
Ce drame familial, qu’elle met en lumière, s’inscrit dans la grande Histoire et croise d’autres destins comme celui de Rudolf et Marga qui, par leur incroyable mariage à Auschwitz, « transforment la haine en amour pur. »
Cet « amour pur », s’incarne tout au long de ce récit en la figure féminine d’Odette, la grand-mère de Sandrine, mère exemplaire qui, dans les camps, au comble de l’horreur veille sur ses deux enfants, tente de les préserver du mal en veillant sur leurs progrès, en notant leurs bons mots qu’elle transmet à Marcel Weil, son époux, prisonnier de guerre qui, depuis son STALAG réussit à leur faire parvenir des colis qui leur sauveront la vie.
Grâce aux traces écrites de Marcel et au récit oral d’Odette, Sandrine revient sur la tragédie impensable vécue par les siens et qui les ont tous marqués dans leur chair et leur âme. Le fil rouge de ce récit n’est autre que la mort de Josette, empoisonnée « après avoir mangé un vrai repas » alors qu’elle venait de regagner la liberté avec son frère et sa mère. Sandrine comprend la détresse de cette dernière « qui avait tué sa fille en croyant bien la nourrir . » Et d’ajouter plus loin « Sa mort restera une honte pour l’humanité tant qu’elle n’aura pas été racontée. »
Nul doute que Sandrine Weil lui confère avec son livre une tombe nimbée de luminescence où l’image de la petite fille revêtue de la robe en laine rose, confectionnée par sa mère pour son retour, restera ancrée dans la mémoire du lecteur touché en plein coeur.
D’autres images transcendent les mots, celle de Jean, heureux de recevoir le dessin d’un autobus en guise du jouet qu’il avait souhaité se voir offrir par son père. Plus tard, il écrira une nouvelle, bien évidemment symbolique, intitulée Le train où il évoque « le retour dans des wagons à bestiaux. »
Tous les fantômes qui hantent le livre de Sandrine Weil viennent à leur tour interpeller le lecteur qui reste fasciné par la dignité d’Odette, une femme remarquable, admirée de tous dans les camps.
Sandrine Weil déborde le récit de l’histoire de ses proches pour aborder de nombreuses questions restées à ce jour sans réponses tel « l’aveuglement oedipien du grand rabbin » ou encore celui de Gustave Nordan...Preuve s’il en fallait qu’ « il ne faudra plus raconter des histoires » mais bien affronter cette « réalité qui dépasse la fiction » et qui n’a jamais cessé de tarauder Jean Weil, écrivant dans sa nouvelle, Les verres de Cristal, à propos de sa sœur Josette « ...il la cherchait partout. Où était-elle ? », « Les preuves objectives étaient rares : deux photos jaunies, des habits, mais plus que cela, sa présence dans la mémoire des vivants. »
Et c’est bien cette présence parmi les vivants que Sandrine Weil a réactivé avec magnificence car la véritable mort n’est autre que l’oubli.
Françoise Urban-Menninger, « Il ne faudra plus raconter des histoires, récit de Sandrine Weil sous-titré Le livre de Jean, 1942-1945, un enfant dans les camps paru chez L’Harmattan dans la collection Graveurs de Mémoire », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » & Distinctions 2025, mis en ligne le 10 mai 2025. URL :
Crédit photo : Édouard Manet (1832–1883), « Le Déjeuner sur l’herbe » (intitulé précédemment « Le Bain » ensuite « La Partie carrée » 1863), peinture tombée dans le domaine public, Capture d’écran de l’image libre de droits du site Commons.
Quand j'étais adolescente
J’ai mis une copie de Le Déjeuner sur l’herbe de Manet
Nicoletta CHIODIest écrivaine et poète féministe lesbienne américaine. Ses poèmes bilingues traitent des expériences lesbiennes et des femmes. Ses poèmes paraîtront, en anglais, dans les prochaines éditions de Sinister Wisdom et Femme Dyke Zine. Elle habite aux États-Unis, près de Washington, DC, avec son épouse et leur chat.
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Pour citer ce poème féministe, engagé & inédit
Nicoletta Chiodi, « Le Déjeuner sur l’herbe de Manet», Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 5 mai 2025. URL :
Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | Revue culturelle des continents
Paris. Jeudi, 10 avril 2025. Il est utile de rappeler l’histoire des peuples juifs, des humains parmi d’autres humains, génératrice circonstanciellement, depuis l’antiquité, de génies philophiques, littéraires, scientiques, artistiques, de multiples œuvres enrichissant de manière exceptionnelle le patrimone de l’humanité. Le destin des séfarades est pontuée litanies douloureuses de persécutions, de discrimations, de marginalisations, d’exclusions, de proscriptions, de relégations, d’expropriations, de déportations, d’épurations, d’éradications, d’exterminations dans le sociétés occidentales. Le Maroc fait figure d’exception. En dehors de troubles épisosodiques, terribles, en lien avec les guerres tribales, les crises de succesion, les abus de pouvoir, juifs et muslmans vivent en symbiose selon la formule de Haïm Zafrani. Ils cohabitent dans les quartiers populaires. Ils partagent les fêtes familiales, les musiques traditionnelles, les coutumes locales, les solidarités quotidiennes. Les mellahs des grandes villes, espaces autogestionnaires, avec leur ardeur artisanale, leur effervescence commerciale, leurs bijouteries attractives, leurs consultations occultes sont ouverts aux chalands en quête de bonnes affaires.
Les Séfarades.
Originairemet les séfarades sont les juifs expulsés d’Espagne et du Portugal à la fin du XVème siècle après la prise de Grenade par les chrétiens. Le mot séfarade est un hapax qui n’a qu’une occurrence. Il apparaît une seul fois dans la bible dans la phrase « Les déportés de Jérusalem qui sont en Séfarad ». Séfarad désigne ici Sardes, ancienne ville d’Ase mineure, capitale de la Lydie sur la rivière Pactole, ancien royaume de Crésus, des mots entrés dans la langue française avec des expressions familières qui signifient opulence. Dans la langue hébraïque du Moyen Âge, séfarade désigne les juifs de la péninsule ibérique, et par extension, les juifs du Maghreb et du Moyen Orient qui partagent les mêmes rites. L’époque andalouse constitue un âge d’or pour l’épanouissement, dans l’interculturalité, des lettres, des arts et des sciences où les juifs prennent une part active. Ainsi Moïse ibn Ezra (1058-1138), poète, philosophe, rabin, auteur d’une œuvre poétique, profane et religieuse, du Jardin de la métaphore en arabe, un classique de la philosophie médiévale. Ainsi Salomon ibn Gabirol (1021-1058), poète, philosophe, théologien, rabin, adepte du néoplatonisme, influenceur des scolasticiens chrétiens, notamment Albert le Grand et son élève Thoms d’Aquin. Salomon ibn Gabirolsoutient l’incognicibilité de Dieu : « Connaître l’essence première sans les créatures qu’elle a produites relève de l’impossible. Ce qui est possible, c’est de l’appréhender, mais uniquement par les œuvres qu’elle a produites » (Salomon ibn Gabirol, Le Livre de la Source de vie, traduction française éditions Hermann, 1992).
Moïse Maïmonide.
Ainsi Moshe ibn Maïmon, Moïse Maïmonide (1138-1204), philosophe, métaphysicien, astronome, médecin, théologien, rabin, talmoudiste, auteur du Mishné Torah, l’un des plus importants codes de loi juive. Il entreprend, comme son aller ego musulman Ibn Rochd, Averroès (1126-1198), de concilier la révélation des livres sacrés et la vérité scentifique représentée par le système aristotélicien. Thomas d’Acquin surnomme Moïse Maïmonide L’Aigle de la synagogue. Il existe deux lectures de la philosophie maïmonidienne, la première la considère comme une synthèse du judaïsme et de l’aristotélicisme, la seconde voit l’aristotélisme comme vérité et le judaïsme comme allégorie. « Il n’y a aucun moyen de percevoir Dieu autrement que par ses œuvres. Ce sont ses œuvres qui indiquent son existence. Il faut donc nécessairement examiner les êtres dans leur réalité afin que chaque domaine de la science puisse fournir des principes vrais et certains fondateurs des recherches métaphysiques » (Moïse Maïmonie, Le Guide des égarés, traduction française éditions Verdier, 1983). Objet de discorde pendant des siècles, la philosophie de Moïse Maïmonide apparaît aujourd’hui comme une pensée vivante et régénérante.
La vie de Moïse Maïmonide est emblématique des destinées séfarades. Le philosophe vit cinq ans à Fès, de 1160 à 1165, où il ridige ses traités majeurs en arabe. La vieille maison est toujours nichée au cœur de la vieille ville, dédale de venelles plantées d’échoppes pittroresques. La façade présente, sous alignement de petites corniches, l’horloge Bouinaniyya. « C’est la Magana, l’horloge mécanique dont on perçoit encore sur la rue les treize timbres en bronze , pareils à des cuvettes, posés chacun sur un support mécanique, à quelques mètres au-dessous de consoles de bois également sculptées » (Alfred Bel, Inscriptions arabes de Fès, Journal asiatque, Juillet 1918). « Au premier étage de ce cet édifice du XIIème siècle, une rangée de treize consoles fixées dans le mur et qui supportent treize vases en bronze. Il n’y a aucune explication satisfaisante de la signification de ces treize coupes. Une énigme archéologique » (Edouard Montet, La Maison au treize coupes à Fès, Bulletin de la Société de géographie de l’Afrique du Nord, 1923). La fonction principale de cette mécanique est d’indiquer l’heure, égale au douzième de l’intervalle de temps entre le lever et le coucher du soleil quelque soit la saison. Une heure en usage dans le monde gréco-romain, utilisée jusqu’au XIXème siècle dans la sphère atabo-musulmane. Techniquement, une interface sonore et visuelle, actionnée par des cymbales et des volets. À la fin de chaque heure, une boule en bronze tombe dans la symbale correspondante. Le volet qui lui correspond s’ouvre. La première cymbale à droite n’a pas de volet. Elle indique seulement le démarrage de la journée et plus exactement le sobh, l’aube, l’heure zéro. L’énergie est assurée par un moteur hydraulique manié avec des cordes, des poulies et des contrepoids. La régulation est astronomique à tympan. Des techniques transmises par les arabes, crées par l’ingénieur Ctésibios d’Alexandrie du troizjème siècle avant l’ère chrétienne, fondateur de l’école des mécainiciens grecs, inventeur de l’horloge à eau clypsydre, de l’horloge musicale, de l’orgue, du piston, du clavier, de la soupape… La légende raconte que l’horloge de Fès a été mise en mouvement par un magicien surdoué. Un autre magicien juif au pouvoir supérieur, qui ne serait que Moïse lui-même, décide de l’arrêter définitivement quand il est contraint d’abandonner sa retraite marocaine et de s’exiler en Égypte. « Je quitte cet asile où le temps ne court plus » écrit-il.
Il existe une autre version qui fait remonter la construction de l’horloge Bouinaniyya, en concordance avec le nom du créateur, au milieu du quinzième siècle, soit trois siècles après le séjour de Moïse Maïmonide, qui a probablement habité une demeure mitoyenne de la Maison aux horloges.« Abou Inan fait construire une magana avec des coupes et des écuelles de cuivre jaune, en face de sa nouvelle médersa au Souq el Qaçr. Pour marquer chaque heure, un poids tombe dans une coupe, suscitant l’ouverture d’ fenêtre. Ce ouvrage est finalisé en 1357 par l’astronome Abou el Hasan Ali Ben Ahmed el Tlemçani ». (Abou Al Hassan el-Jaznai, Zahrat el-As, La Fleur du myrte, traduction française par Alfred Bel, 1923). La véracité de la légende, quand elle imprime l’histoire, vaut, après tout, l’authenticité sélective des chroniqueurs de l’époque. Lire utilement : Roger Le Tourneau, Fès avant le Protectorat, éditions Publications des Hautes Etudes Marocaines, 1949.
Les juifs fassis étaient 16 000 en 1950. Ils ne sont plus qu’une centaine de retraités. S’accumulent dans la maison attribuée à Moïse Maïmonide des reliques issues de la grande synagogue, des écoles religieuses, des chandeliers, des mezouzahs, des torahs, des pièces de plusiuers siècles ignorées des muséographes. Tout est figé dans le temps. La maison d’Harambam, d’Harabino Moshé ben Maïmon, de Maïmonide, désignée par les locaux par des noms divers, promise au rang de marabout, est vénérée par les juifs et les musulmans. Le musée de la culture juive de Fès, symbole de fraternité, s’installe au cœur de médina.
Les juifs marocains.
Les juifs marocains sont descendants des tobashims, tribus berbères judaïsées aux temps des phéniciens et des romains, et des magorashims, exilés de la péninsule ibérique après la Reconquista. La majorité de ces juifs sont des artisans, des boutiquiers, des agriculteurs dans les montagnes de l’Atlas. Des commerçants, des médecins, des lettrés, des tordjmans, des intrepètes, des traducteurs, des conseillers occupent des postes prestigieux auprès des califes almoravides, almohades, mérinides, des sultants alaouites. Les juifs marocains sont marocains avant d’être juifs. Dans tous les secteurs sociétaux, juifs et musulmans cohabitent, semblables et différents, toujours compélmentaires. La masse juive, réduite à la misère par l’industrialisation, s’occidentalise progressivement par l’intermédiaire de l’Alliance Israélie Universelle, redoutable machine l’intégration coloniale. Les juifs, rescapés de la terreur vichyste grâce à la protection royale, se schizophrénisent entre ancestralité marocaine, attraction française et sirènes sionistes. Des intellectuels juifs, comme Simon Lévy, Albert Fasson, Abraham Sarfaty, Haïm Zafrani, Edmond Amran El Maleh s’ngagent a contrario, au sein du parti de l’Istiqlal, du Parti communiste, dans la lutte contre le colonialisme. Aux lendemains de l’indépendance, les juifs jouent, pendant deux ans, un rôle de premier plan dans la construction du nouveau Maroc avant que l’exode ne les disperse dans le monde. Le médecin Léon Benzaquen est nommé ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones. Serge Berdugo, ancien ministre du Tourisme, est aujourd’hui ambassadeur itinérant du Roi. Les juifs marocains, immigrés à l’étranger, brillants hommes d’affaires et banquiers comme Yariv Elbaz, les frères Michael et Yoel Zaoui, demeurent des intercesseurs discrets et performants du Royaume. Les juifs de double nationalité, essaimant sur tous les rivages, immergés dans les cercles influents, brandissent leur passeport marocain comme une mascotte sacrée. Chaque année, 50 000 juifs reviennent en pèlerinage au Maroc.
« Après l'indépendance du Maroc, nous avons créé un mouvement appelé Al Wifaq, L'Entente, pour retrouver un terrain commun à l'ensemble des populations, juives et musulmanes. C’était une urgence, car le protectorat a tenté de gommer tout ce qui pouvait rassembler les différentes composantes de la nation marocaine.Pour l'historien, la connivence entre juifs et musulmans est un fait notoire. Elle s'est développée dès l'avènement de l'Islam, surtout avec l'Âge d'Or de la civilisation arabe aussi bien en Orient qu’au Maghreb et en Andalousie. Cet Âge d'Or a duré du huitième au quinzième siècle, des Omeyades à l'édit d'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492. L’exemple de pèlerin du monde judéo-arabe est le savant juif cordouan Moïse Maïmonide. Il est l’émanation d'une société, d'une civilisation et d'une culture symbiotiques. Ses maîtres arabes lui apprennent l'histoire naturelle, la médecine et la philosophie. À cette époque, on échange en même temps les marchandises et les idées. Les juifs sont les courtiers de la civilisation arabo-musulmane. Ils ont une connaissance parfaite des langues hébraïque, arabe et romane, de l'espagnol, du provençal et du latin. Ils étaient porteurs des sciences et des cultures médiévales. La coexistence entre juifs et musulmans est pacifique et fructueuse, sauf pendant les périodes de passions et de violences qui marquent les interrègnes, les révolutions de palais, les grands bouleversements dynastiques. Ces crises cycliques sont effectivement jalonnées de massacres, de pillages frappant des populations innocentes, juives et musulmanes. Les juifs paient le tribut le plus lourd. Ils se voient en outre forcés à la conversion ou à l'exil quand les troubles politiques se compliquent de guerre de religion, comme c’est le cas à l’époque almohade. Mais demeure toujours la symbiose réalisée dans la poésie. C’est par la poésie que les juifs restaurent la langue hébraïque. La métrique arabe est adaptée au prix parfois de quelques aménagements. Sur le plan philosophique, les maîtres musulmans enseignent aux disciples juifs et réciproquement. Moïse Maimonide, par exemple, donne des cours d'anatomie à l'université islamique de Fès, la Quaraouiyine. Contrairement au monde chrétien de l’époque, dans la civilisation judéo-arabe, l'artisan et l'homme d'affaires peuvent être des lettrés d'un haut niveau, des philosophes et des sages. Les juifs sont, par ailleurs, les gardiens des traditions musicales, andalouses et maghrébines. Lorsqu'un sultan musulman veut appliquer la loi dans toute sa rigueur, il interdit la musique andalouse. Cette musique se réfugie alors dans les mellahs. La littérature orale permet une communication permanente, un syncrétisme des croyances populaires. L’exode des années cinquante et soixante a été une savante exploitation d’une peur étrange.Mes premières enquêtes ont lieu la veille de l'émigration des communautés juives bimillénaires, des berbérophones et arabophones de l'Atlas et du Sud marocain. J'assiste, à cette occasion, à quelque chose d'ahurissant, le départ, en l'espace d'une nuit, de communautés entières. Ces communautés, du fait de leur foi, de leur atavisme sont préparées psychologiquement et religieusement à l'avènement du Messie. Elles croient probablement que le Messie est arrivé. Elles partent en Terre sainte. Il y a aussi une sorte d'appréhension du lendemain, la peur d'une révolution, comme la révolution irakienne ou nassérienne. Les juifs marocains craignent des événements similaires, une crainte entretenue, instrumentalisée par certains milieux. Mon histoire est différente. J'ai vécu dans le voisinage d'une famille musulmane. Ma mère et ma grand-mère passaient avec leurs amies musulmanes de longues veillées. J'ai eu par ailleurs, des responsabilités dans l'enseignement de l'arabe, dans la Ligue contre l'analphabétisme, au lendemain de l'indépendance. J'ai fait partie de la commission royale de la réforme de l'enseignement. J'ai moi-même participé à la formation d'enseignants. J'ai aussi travaillé à la reconversion de l'enseignement israélite qui était rattaché, jusque-là, à l'enseignement européen où la langue arabe était absente. Tout cela prouve qu'en tant que juif, je me suis toujours senti proche de mes compatriotes musulmans. Les juifs et les musulmans dans certains pèlerinages, dans certains moussems, vénèrent les mêmes marabouts. Ainsi, par exemple, le saint de Tamast, dans la vallée du Souss, est un juif. Les juifs et les musulmans encensent pareillement sa tombe. Dans le cimetière de Talborjt à Agadir, le saint juif Khelifa Ibn Malka est enterré à côté de Lalla Sefia, sainte musulmane. Les deux saints font l’objet de la même adulation » (Haïm Zafrani, Entretien, Le Monde, 31 octobre 1977). Qui, mieux que Haïm Zafrani, peut clarifier aussi limpidement l’histoire des juifs marocains ? Les juifs marocains, berbères judaïsés à l’époque phénicienne, n’ont rien à voir avec le Moyen Orient. Ils se sont, à travers les âges, une judaïté propre, un patrimoine spirituel, philosophique, littéraire, artistique singulier, substantielle, à part entière, de la culture marocaine.
Le Maroc rénove à tour de bras des dizaines de synagogues, de cimentières, de sanctuaires. Le vieux quartier juif de Marrakech, à deux pas du souk aux épices, également restauré, récupère son nom de mellah. Les ruelles retrouvent leurs plaques en hébreu. La synagogue Lazama, faute de fidèles, accueille les touristes. Le lieu de culte remonte à la fin du quinzième siècle. La synagogue des exilés, désertée depuis l’expatriation massive de ses pratiquants, retrouve sa vocation mémorielle. Les petites classes destinées aux élèves juifs descendus des montagnes pour s’initier à la Torah, se transforment en petit musée où des photographies déteintes rappellent l’histoire d’une communauté dispersée aux quatre coins de la planète. Le Maroc compte 300 000 juifs dans les années cinquante. Il est saigné à blanc par l’une des expatriations massives les plus hallucinantes de l’histoire. Beaucoup de juifs marocains, aujourd’hui, indéfectiblement attachés à leur terre ancestrale, revisitent leurs racines.
Dès l’antiquité, le site d’Amagdoul ou Mogador, devenu Essaouira, avec ses gisements de fer et ses ateliers fabriquant la pourpre, attise la convoitise des navigateurs phéniciens, grecs et romains. Des juifs seraient venus avec ces explorateurs dans le village de Diabat, à proximité de la ville actuelle. La communauté juive d’Essaouira, aujourd’hui dispersée, a connu, pendant les deux siècles de son épanouissement, une constante mobilité. Les dix premières familles juives, cœurs battants du commerce, gratifiés de privilèges spéciaux, s’établissent en 1764 à la demande du sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, édificateur de la cité, sur les conseils de Samuel Sumbal, ministre des Affaires étrangères, tombé plus tard en disgrâce, mort empoisonné à Tanger. « La ville d’Essaouira devient rapidement le port maritime le plus actif. Des marchands européens, musulmans, juifs, y construisent des maisons, attirés par les droits avantageux de douane » (Daniel Schroeter, The Sultan’s Jew, Morocco and the Sephardi World, éditions Stanford University Press, 2002).
La correspondance du consul général Louis Chénier, chargé d'affaires de la France au Maroc entre 1767 et 1782, est précieuse pour comprendre la situation marocaine sous le règne de Sidi Mohammed ben Abdellah. Au XVIIIème siècle, le commerce entre la France et les ports marocains se réduit à peu près aux échanges suivants : le Maroc achète aux négociants français des toiles de lin de Bretagne et autres, quelques balles de soie pour les fabriques de Fez, du coton brut, de la mercerie, des draps, des papiers grossiers, un peu de sucre et de café, du soufre enfin, vendu directement au sultan, qui s'en réserve le monopole. Les navires français chargent, en échange, de la laine brute, de l'huile, du crin, de la cire. La masse des importations dépasse sensiblement celle des exportations, de sorte que les commerçants français doivent faire la balance, non pas en monnaie française, mais en piastres d'Espagne, ou encore par le transport des produits étrangers, comme le fer de Biscaye. Chénier estime cependant que le commerce français n'est pas au Maroc un commerce passif, puisqu'on en retire, dit-il, « des matières propres à alimenter nos manufactures, ce qui permet de nouvelles occasions de réexportation et d'échanges ».
Louis Chénier décrit ainsi le sultan Mohammed ben Abdellah dans son mémoire du 15 février 1777 : « L'empereur régnant, âgé d'environ 63 ans, est né avec un jugement solide et avec des dispositions à acquérir des connaissances, s'il en a l'occasion. Son père l'envoie à La Mecque, jeune, pour lui faire mériter la vénération des peuples en conformité avec la tradition du Prophète., Mais, toutes les qualités de ce prince et toutes les perfections qui peuvent concourir à sa gloire et au bonheur de ses sujets, sont obscurcies par une avidité insatiable, qui détruit chez lui les principes de toute justice, rend ses peuples malheureux et trouble son repos. Ce prince ayant, du vivant de son père, le gouvernement de Safi, où se regroupent des négociants de toutes les nations, prend des idées rapides, des connaissances générales et bien imparfaites, des images de l'Europe concernant une sorte d'administration, la discipline militaire, la navigation, le commerce, les impôts, etc., idées que le défaut de principes, le pouvoir des préjugés et une habitude prédominante des usages opposés ne permettent pas de mettre en pratique ni d'en faire une juste application. Ce prince en adapte quelques faibles manières au gouvernement de ses États, autant qu'elles sont conciliables avec les convenances de sa passion dominante, avec cet esprit d'intérêt, qui détermine ses résolutions et fait la base de son système. L'empereur régnant, à la vérité, ne souille pas son trône du sang de ses sujets, comme l'ont fait ses aïeux, du temps où cette cruauté pouvait peut-être devenir nécessaire. Mais, occupé du désir d'amonceler des richesses dans ses trésors, son pouvoir absolu lui en rend tous les moyens praticables légitimes, tantôt par des impositions forcées sur les provinces, sur les productions des terres, sur les douanes, et plus fréquemment encore par des amendes pécuniaires sur les particuliers, sous le moindre prétexte, pour soupçon ou accusation fondée, par le vol même. Par ce renversement de l'ordre des choses, la probité n'a aucun asile assuré. Le crime mis à prix trouve une sorte d'encouragement dans sa peine. Ce qui entraîne la dissolution dans les mœurs de la nation et toutes les misères qui en sont la suite. Ce prince, capable de quelque résolution, manifeste du courage à l'occasion. Mais, on peut être trompé dans les apparences. Il est des gouvernements qui, par leur nature, exigent et inspirent une sorte de vigueur, que l'oppression des sujets fait encore éclater davantage. Ce n'est pourtant point la valeur ni la fermeté. Ce n'est pas cette élévation d'âme qui tient au caractère. C'est une bravoure artificielle, qui disparaît au moindre travers, qui s'anéantit avec l'âge. Les passions qui avilissent l'âme ne sont point celles des héros. Elles sont incompatibles avec la véritable grandeur » (Journal du Consulat général de France au Maroc (1767-1785), texte publié par Charles Penz (Casablanca, 1945). On comprend aisément les arrière-pensées coloniales qui président à l’édition de cet ouvrage. Il n’en reste pas moins un témoignage de première main, contredisant les préjugés d’enfermement et d’isolement accolés à l’Empire Chérifien.
Le patrimoine juif marocain renaît de ses ruines. Essaouira, réconciliée avec son passé, abrite désormais la synagogue Slat Attia, la maison de la mémoire et de l’histoire Bayt Dakira et le Centre international de recherche Haïm et Célia Zafrani. Le Musée du judaïsme marocain de Casablanca, pensé et concrétisé par Simon Lévy (1934-2011), voit le jour dans le quartier de l’Oasis en 1997. L’établissement expose des objets de culte, des habits traditionnels, des bijoux, des broderies, des habits traditionnels, des enregistrements musicaux, des livres, des calligraphies, preuves matérielles d’une vie sociale et culturelle judaïque singulière de deux mille cinq cents ans, attachée au rite séfarade avec ses musiques liturgiques, ses fêtes, des célébrations, son culte des saints, ses légendes, ses superstitions, ses pratiques magiques, ses sorcelleries, ses exorcisations, ses sorcelleries, ses divinations, ses fascinations. En 2019, le chanteur d’opéra David Serero, originaire de Fès, fait don au musée de sa collection d’art Judaica. Il déclare : « C’est au Maroc que cette collection revient naturellement. Mes grands-parents ont quitté le Maroc, mais, le Maroc ne les a jamais quittés. Je suis reconnaissant envers mon père qui nous a toujours élevés dans la culture marocaine. Dédier cette collection à mes grands-parents leur permet de revenir au Maroc par la grande porte ». L’arrière-grand-père de David Serero était le grand rabbin du Maroc Haïm David Serero (1883 – 1967). Le musée hérite également de ses archives. Le nouveau musée de la culture juive de Fès s’installe au cœur de médina.
La synagogue Ettedgui de Casablanca est rénovée. Elle jouxte le musée adjacent d’El Mellah. Le mellah n’est pas le ghetto. Pour mettre fin aux conflits récurrents entre musulmans, juifs et convertis à Fès, ces derniers sont regroupés au XIVème siècle sur un terrain ayant servi auparavant de dépôt de sel. Melh en arabe, melha en marocain dialectal signifient sel. Mellah est une déclinaison de sel. Jusqu’au XVIIIème siècle, mellah désigne tout quartier administrativement autonome, autogéré, juif ou musulman. La capitale économique compte actuellement 3 000 juifs environ, plusieurs restaurants cashers. Le musée de la culture juive de Fès, symbole de fraternité, s’installe au cœur de médina.
L’histoire des juifs berbères s’enracine dans les villages atlastiques et les kasbahs du désert. Akka, petite ville de la province de Tata dans la province de Souss-Massa, en plein Sahara, voit surgir un musée juif à l’initiative d’un gardien de la mémoire musulman, Ibrahim Nouhi, collectionneur de correspondances, de manuscrits, d’archives témoins des relations fraternelles des juifs et des musulmans dans sa ville. Un autre petit musée juif à Goulmima, oasis agricole dans le Tafilalt, réunit des portes anciennes du mellah, des soufllets, des épistolaires, des grimoires. Goulmima, réputée pour ses villages fortifiés, ses géomorphosites, traversée en 1884 par l’explorateur Charles de Foucault et son guide, le rabbin marocain Mardochée Aby Serour, natif d’Akka. Les deux explorateurs, pour passer inaperçus, vivent comme des pauvres, mangent casher dans les familles hospitalières, fréquentent les synagogues, respectent le shabbat. Un jour, les trois cavaliers engagés pour les escorter, les dévalisent sauf de leurs carnets et de leurs instruments de mesure. Les deux voyageurs se réfugient auprès d’une communauté juive qui leur offre le gîte, la nourriture et la protection.
La Constitution du 11 juillet 2011 consacre la diversité culturelle marocaine « forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe, saharo-hassanie, hébraïque, andalouse, nourrie et enrichie de ses affluents africains et méditerranéens. La prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogues pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures du monde » La redécouverte du patrimoine judaïque bimillénaire est une prise de conscience décisive de la pluralité culturelle marocaine.En novembre 2022, sont inaugurées une synagogue et une mosquée attenantes à l’université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir. La synagogue, baptisée Beit Allah, La Maison de dieu, est à la fois un lieu de prières, de conférences et de rassemblements. La réalisation est le fruit d’un partenariat de l’association musulmane Mimouna et la Fédération séfarade américaine. La Mimouna est une fête populaire observée depuis trois siècles par les juifs maghrébins après le dernier jour de Pessa’h, la Pâque juive, à laquelle sont souvent associés les voisins musulmans. La première prière a rassemblé des juifs marrakchis et fassis, et des étudiants musulmans. En dix ans, 167 cimetières et 20 synagogues ont été restaurées au Maroc. Les publications érudites de Haïm Zafrani jouent, sans conteste, un rôle primordial dans cette réappropriation culturelle. L’université Mohammed V de Rabat se prévaut depuis les années quatre-vingt-dix d’un groupe de recherche sur le judaïsme marocain animé, entre autres, par des professeurs musulmans formés par Haïm Zafrani dans le Département de langue hébraïque et de civilisation juive de l’université Paris-VIII qu’il avait créé. D’autres centres culturels, d’autres établissements scolaires sont d’ores et déjà programmés. Il ne s’agit plus seulement de préserver, de pérenniser la culture judéo-marocaine comme patrimoine inaliénable, il s’agit de féconder le futur de ses ressources créatives.
Mustapha Saha, « Des patrimoines séfarades marocains », photographies par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles », mis en ligne le 11 avril 2025. URL :
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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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