24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 15:16

N° III | ÉTÉ 2024 | Florapoétique / 1er Volet |  Réflexions féministes sur l'actualité | Actions pour l'égalité des sexes 

 

 

 

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Québec, juin 2024

 

 

 

 

 

 

Irina Moga

 

Site Web :

http://www.irinamoga.com/

 

 

 

© Crédit photo : Irina Moga, le visuel officiel de l'événement organisé par le Conseil du statut de la femme (CSF), image no 1 du lancement du bilan intitulé « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec », 12 juin 2024.

 

 

Le 12 juin 2024 : la ville de Québec est resplendissante sous la lumière de l’été.

 

© Crédit photo : Irina Moga, le Musée de la civilisation, image no 2 du lancement du bilan intitulé « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec », le 12 juin 2024.

 

J’ai eu l’honneur de représenter la Société Internationale d'Études des Femmes et d'Études de Genre en Poésie (SIEFEGP) et la revue féministe de poésie « Le Pan Poétique des Muses » au lancement du bilan intitulé « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec ». 

 

L’événement a été organisé par le Conseil du statut de la femme (CSF), un organisme gouvernemental d’étude et de consultation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, dont la mission est de « conseiller le gouvernement du Québec sur tout sujet lié à l’égalité, dans un objectif de justice sociale ».

 

© Crédit photo : Irina Moga, à l'intérieur du Musée de la civilisation, image no 3 d du lancement du bilan de « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec », le 12 juin 2024.

 

Je suis arrivée au Musée de la civilisation, 85 rue Dalhousie, quarante minutes avant le commencement de la session. Déjà, il y avait des groupes qui se formaient : une atmosphère de retrouvailles, de joie et d’amitié dans laquelle il était facile de s’intégrer. 

 

Dans le foyer du musée, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec quelques participantes, en parlant de nos expériences et de nos espoirs vis-à-vis de l’égalité entre les femmes et les hommes. 

 

Ensuite, nous avons assisté à la présentation du livre, qui est le bilan de 50 ans de « l’évolution sociale au regard des droits des femmes » mais qui cherche aussi de « mettre en lumière les enjeux qui persistent ». 

 

© Crédit photo : Irina Moga, image no 4 du lancement du bilan intitulé « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec » au Musée de la Civilisation le 12 juin 2024.

 

Le bilan thématique prend pour point de départ l’avis « Pour les Québécoises : égalité et indépendance », œuvre séminale parue en 1978, cinq années après la création du CSF et rend visible le progrès enregistré jusqu’à nos jours, ainsi que des moments charnière. Un de ces moments fut le 50e anniversaire de création du Conseil du statut de la femme et son inscription au Registre du patrimoine du Québec le 23 mai 2023.  

 

Les allocutions ont célébré le travail des membres du CSF et ancré le résultat de ce travail dans une perspective historique.  

On avait aussi souligné l’importance des politiques publiques qui font de l’égalité une « valeur d’appartenance » et le rôle du CSF comme « voix institutionnelle de la condition de la femme, et qui nourrit la conscience collective avec rigueur ».

Le travail du CSF s’appuie sur une très solide base de recherche qui vise à refléter la pluralité de la réalité des femmes au Québec, et avancer la cause de l’égalité.

 

Donc, c'est fut une soirée des idées passionnantes, avec la vision de l’égalité entre les femmes et les hommes, « une quête à poursuivre ».

© Irina Moga

 

© Crédit photo : Irina Moga, le Musée de la civilisation, image no 5 du lancement du bilan intitulé « L’égalité entre les femmes et les hommes : Regard sur 50 ans d’évolution au Québec », le 12 juin 2024.

 

 

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Pour citer ce billet illustré & inédit pour l'égalité 

 

Irina Moga (texte & photographies, « Québec, juin 2024 », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, mis en ligne le 24 juin 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noiii/irinamoga-quebecjuin2024

 

 

 

 

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29 février 2024 4 29 /02 /février /2024 18:52

N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Annonces diverses | Actions en faveur des femmes & LGBT+ 

 

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Résidence d’écriture en 2025

 

 

à la Villa Marguerite Yourcenar

 

 

 

 

 

 

 

Villa Marguerite Yourcenar

 

Site officiel : https://villamargueriteyourcenar.fr

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© Crédit photo : Capture d'écran du dossier pour candidater à la Résidence d’écriture de 2025, offre proposée par la Villa Marguerite Yourcenar.

 

 

[...]

Nous avons le plaisir de vous adresser le dossier de candidature pour une résidence d’écriture en 2025 à la Villa Marguerite Yourcenar, résidence d’écrivains du Département du Nord. À noter que la date limite de réception des dossiers est fixée au 2 mai 2024.

N’hésitez pas à le partager à vos auteurs/trices !

[....]

Clémence VERYEPE

CHARGÉE D'APPUI
DIRECTION DES SPORTS ET DE LA CULTURE

 

Présentation de la Villa Marguerite Yourcenar

 

« La Villa Marguerite Yourcenar est une résidence d’écritures située sur la terre d’enfance de Marguerite Yourcenar, le Mont Noir, au cœur de la Flandre, entre Lille et Dunkerque.  

Créée en 1997 par le Département du Nord dont elle est l’un des équipements culturels, elle accueille des auteurs français ou étrangers, émergents ou confirmés.  

L’esprit du lieu est évidemment habité par la figure de Marguerite Yourcenar, autrice illustre, tant pour son œuvre que ses engagements. Mais la Villa, ouverte à toutes les inspirations et expressions littéraires, est avant tout un lieu de liberté créatrice et de partage.  »

 

Adresse postale

2266, route du Parc
59270 Saint-Jans-Cappel France

Courriels

villayourcenar@lenord.fr clemence.veryepe@lenord.fr

Durée de la résidence 

Un mois entier ou fractionné selon la situation de l’auteur·trice.

Genres littéraires acceptés : 

Tout genre d’écriture

Nationalité exigée

Résidence ouverte à toutes les nationalités.

Sessions annuelles 

Date limite de réception des dossiers est fixée au 2 mai 2024.

Nombre annuel de bénéficiaires

Vingt-sept auteurs-autrices français.es ou étranger.e.s, émergent.e.s ou confirmé.e.s (trois auteurs-autrices peuvent être accueilli.e.s simultanément).

Coût de la candidature

Dépôt gratuit de la candidature.

Conditions d'accès 

Peuvent candidater les auteur·trices français·es, de langue française ou étranger·e·s et/ou traducteur·trice, ayant à leur actif au moins un livre publié à titre individuel et à compte d’éditeur (l’autoédition et l’édition à compte d’auteur ne sont pas éligibles) et ayant un projet d’écriture littéraire à développer en résidence dans les domaines du roman, de la nouvelle, du récit littéraire, de la poésie, du théâtre, de la traduction...
Le dossier de candidature comprendra le formulaire complété, daté et signé, un curriculum vitae, une bibliographie complète, une présentation du parcours personnel, littéraire et/ou artistique, une lettre de motivation précisant vos attentes, les raisons de votre demande et l’intérêt de le développer à la Villa Marguerite Yourcenar, une note exposant le projet de résidence, trois exemplaires du dernier livre publié et trois exemplaires d’un autre ouvrage représentatif de votre démarche artistique et une revue de presse, éventuellement. Pour les ouvrages n’ayant pas encore fait l’objet d’une édition en français, l’auteur.trice devra fournir un extrait significatif traduit en français en mentionnant le traducteur (40 pages minimum) et un exemplaire de l’ouvrage. Les pièces du dossier (excepté les livres) sont à envoyer au format PDF à l’adresse mail : villayourcenar@lenord.fr avec pour objet « Candidature résidence 2025 » comprenant notamment le formulaire à compléter.

Allocation Pour la durée de sa résidence, l’auteur·trice reçoit une bourse d’écriture de 70 euros par jour, versée par virement bancaire à l’issue de son séjour. Cette bourse sera augmentée d’un forfait de déplacement de 300 euros pour effectuer un trajet aller-retour entre le domicile de l’auteur·trice et la Villa.

Participation financière Les déplacements personnels de l’auteur·trice sont à sa charge. Le petit déjeuner et un repas par jour préparé sur place sont pris en charge par la Villa, hors week-end et jours fériés. Les autres repas de la semaine et du week-end sont à la charge des résident·e·s.

Rencontres / Production La Villa offre à ses résident·e·s la possibilité de consacrer 70% de leur temps à leur travail de création littéraire. Les résident·e·s seront éventuellement sollicité·e·s pour des rencontres professionnelles et/ou publiques en librairie, bibliothèque, festival, établissements scolaires ou universitaires, ou encore avec un public en situation de précarité dans une limite de 30% de leur temps de présence. Chaque mois, une rencontre est organisée avec le public à la Villa.

 

Télécharger ici le dossier de candidature pour 2025

 

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Pour citer cet avis d'ouverture de candidatures..

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Villa Marguerite Yourcenar, « Résidence d’écriture en 2025 à la Villa Marguerite Yourcenar », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, n°3, volume 1, mis en ligne le 29 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noi/villamargueriteyourcenar-residence2025

 

 

 

 

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N° I | 2024

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24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 18:13

Événements poéféministes & poépolitiques | Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable | Expression poétique contemporaine & Revue Orientales | O | N°3 | Créations poétiques

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​​​S'en va vers l'infini

 

 

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Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Pietro Liberi, « Allegory of peace and justice ​​​​​​», peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran du site Commons.

 

 

À toutes les filles et les femmes privées de leurs droits & libertés

À toutes celles qui ont été violentées & poussées au suicide dans les pays dits orientaux

 

 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et le pont fait de ses bric-à-brac

s'écroule au milieu du chemin

elle n'ira pas plus loin.


 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et Nout s'arque au loin

les étoiles la couvrent d'or

le rouge feu du ciel caresse ses cheveux.

 

©DS, 2 mars 2023

 

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Pour citer ce conte versifié, féministe & inédit 

 

Dina Sahyouni, « S'en va vers l'infini », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Événements poéféministes & poépolitiques 2023 | « Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 24 novembre 2023. URL.

http://www.pandesmuses.fr/lettredoctobre2023/orientalesno3/ds-senva

 

 

 

 

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 16:55

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | S'indigner, soutenir, Lettres ouvertes & hommages ​​​​​​​​​​​

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​​​​​​​​​​​« Des couteaux dans le corps »

 

Les Groenlandaises parlent enfin

 

& écrivent

 

 

 

 

 

 

 

Marc Chaudeur

 

Auteur ayant une formation de philosophe,

de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves

 

 

© Crédit photo : Portrait d'une "Groenlandaise" avec son enfant sur les épaules et la pêche de la journée, in "Costumes de différents pays", France, circa, 1797 par Jacques Grasset de Saint-Sauveur (1757-1810) & Labrousse, image prise par LPpdm de l'œuvre qui appartient au domaine public.

 

 


 

Tandis que l’échafaudage titanesque de la domination blanche-masculine-occidentale continue à s’effondrer plus ou moins rapidement, les langues se délient. Au Groenland, des femmes écrivains commencent à évoquer crûment les graves problèmes que connaît la société inuk ; d’autres mettent à découvert des pratiques coloniales toutes récentes encore qui relèvent du racisme et de l’eugénisme les plus hypocrites – et les plus purs. Les premières victimes de la « modernisation » technocratique à l’occidentale sont encore, cela n’étonnera personne, les femmes.

En consultant régulièrement les médias groenlandais, on peut s’apercevoir de la montée de la parole féminine dans ces régions, les plus septentrionales du monde. Depuis un an, en particulier, des femmes de plus en plus nombreuses racontent une expérience vécue d’une incroyable brutalité, qui les a profondément meurtries : les autorités danoises (qui exercent leur tutelle coloniale sur le Groenland depuis le 18ème siècle) ont effectué de force la pose de stérilets, parfois dès l’âge d’à peine 14 ans ! Ces pratiques ont sévi le plus durement dans les années 1966-1975 et jusqu’à 1978.

 

 

En Colombie britannique (Canada), le « Sterilisation Sexual Act » (sic) autorisait la stérilisation forcée des femmes Inuit sans leur consentement… jusqu’en 1973, année où le Gouvernement l’a abrogé. Jusque-là, tout comme au Groenland, les lourdes suggestions à la fois perfides et péremptoires de beaucoup de médecins ont fait merveille : bien souvent, les femmes, souvent très jeunes, ignoraient de quoi elles allaient être au juste les victimes, ou n’étaient pas mises en situation de le comprendre ; et les autres, on les forçait à croire que l’absence de progéniture serait pour elles la meilleure chose qui soit, sans nullement tenir compte de leurs aspirations personnelles.


 

Des couteaux dans mon corps


 

Le Groenland sous tutelle danoise, au contraire du Canada, n’a jamais clairement énoncé sa politique d’eugénisme raciste. Et pourtant : le contexte politique et social de des années 1960-1970 est singulier. Une jeune anthropologue, Anne Kirstine Hermann, en 2021, a effectué une investigation exemplaire sur des menées qu’on a longtemps passées sous silence ou… oubliées1. Après la Seconde Guerre mondiale, une délégation de Groenlandais s’affaire auprès de l’ONU pour y faire reconnaître, sinon l’indépendance, du moins une autonomie effective de la Grand Île. Mais le Danemark, soutenu discrètement par les services secrets américains, manœuvre avec adresse pour faire capoter ces efforts. Deux partis indépendantistes naissent dans ces années là. La puissance tutélaire sent doucement le Groenland lui échapper. Et puis… Sur place, la population Inuk est plus prolifique que les colons danois.

 

Les autorités danoises craignent donc une malencontreuse (à leurs yeux) évolution démographique. Elles mettent alors en place une vigoureuse opération eugéniste, qu’elles enrobent du miel d’une propagande progressiste furieusement hypocrite. Cette opération, les autorités tutélaires l’effectuent sur plus de 4500 femmes. La moitié des jeunes femmes (et jeunes filles) Inuit en âge de procréer ont donc droit au plus intime de leur corps à un cadeau forcé de l’État colonial : un stérilet, de type boucle de Lippes. Ces pratiques, appliquées parfois sur des filles de 14 ou 15 ans, entraînent souvent de graves conséquences psychologiques et sanitaires.

 

Pourquoi cette opération ? Les autorités danoises parlaient alors de « modernisation du Groenland » et d’autonomisation des femmes Inuit, dans un pays où la sexualité hors mariage et les grossesses qu’on peut qualifier de précoces étaient plutôt nombreuses. J’ai trouvé trace de cette opération dans la presse groenlandaise de l’époque, en 1966 : l’un des principaux médecins qui ont posé des stérilets par centaines, le Dr. Erik Rosen, met en avant une pratique de type Planning familial. Moins d’enfants, plus de prospérité, ça coûte moins cher à tout le monde, en somme, et accessoirement, ça libère les femmes, y entend-on. Mais d’autres documents beaucoup plus confidentiels font entendre un autre son de tambour.

 

Hypocrisie de la puissance coloniale ! Les déclarations d’intentions masquent des intentions non déclarées publiquement. À partir de 1970, une loi autorise la promotion de la contraception auprès des mineures sans l’autorisation des parents – et les médecins en profitent pour suggérer aux jeunes filles la pose de stérilets, en l’occurrence de boucles de Lippes… Pour la suggérer en termes très évasifs, très métaphoriques. Libération des femmes, ou bien contrôle étatique d’une population autochtone dont on se méfie toujours davantage ? Des journalistes enquêteurs de la Danske Radio, auteur de podcasts d’une durée totale de deux heures et demi, ont retrouvé des documents confidentiels qui exposent discrètement les intentions réelles des autorités. Et il s’agit bien d’eugénisme raciste. Très analogue à celui que les Suédois avaient mis en place à une époque un peu plus reculée en Laponie, craignant que les Sames ne deviennent trop nombreux et, dans l’inconscient suédois, qu’ils finissent par supplanter les « vrais » Suédois, dont le nombre d’enfants « par femme », il est vrai, est très bas.

 

Et puis d’autres faits scandaleux, emboîtés comme des matriochkas et révélés tout récemment, expriment les intentions de la tutelle danoise, après la Seconde Guerre. Il y a surtout celui, retentissant, lié lui aussi à la rupture toute récente du silence traditionnel des Inuit. Inhibitions et autocensure, ici encore. En 1951, on a privé un certain nombre d’enfants Inuit de leurs parents pour les placer d’autorité dans des familles d’accueil danoises, où on les acculturait et où, de fait, on leur faisait tout oublier de leur culture autochtone – avant de les renvoyer au Groenland pour leur faire porter la bonne parole du « progrès » et du « modernisme » technocratique ! Ici, l’ac – et la déculturation accompagnent le projet eugéniste. L’analogie avec les ethnocides canadien et australien est frappante ; peut-être ont-ils servi de modèle aux Danois…

 

Mais aujourd’hui, au Groenland, inhibitions et autocensure disparaissent lentement, mais sûrement, et les femmes meurtries évoquent de plus en plus ouvertement ce qu’elles ont subi. Et elles renouvellent en conséquence leur solidarité avec les femmes Inuit du Canada et de l’Alaska.

 

La première femme à avoir parlé, après s’être tue pendant 45 ans, c’est Naja Lyberth. Née en 1962, originaire de Maniitsoq, au sud ouest de la Grande Île, elle avait treize ans et demi à ce moment là. On l’a convoquée dans un dispensaire médical. Et suggéré avec ces périphrases dans lesquelles beaucoup de médecins excellent qu’il fallait accomplir une toute petite opération. Elle n’avait jamais eu de rapports sexuels. Mais on lui a posé un stérilet. Et elle a ignoré, et refusé de comprendre très longtemps ce qu’on lui avait fait. Tout comme des milliers de ses compatriotes. Elisibanguak Jeremiassen, par exemple, lorsqu’elle avait vingt ans, a voulu poser un stérilet : le médecin s’est alors aperçu qu’elle en portait déjà un… Nombreuses sont les femmes qui ont souffert de complications, surtout parmi les plus jeunes ; les stérilets de cette époque étaient de taille plus importante qu’aujourd’hui, et un médecin danois œuvrant dans un village Inuit a fini par reconnaître qu’ils n’étaient pas appropriés pour les jeunes filles vierges et nullipares, et qu’ils pouvaient s’avérer dangereux dans ce cas.

 

Naja Lyberth a beaucoup souffert, dans son corps et dans son esprit, dit-elle : « Comme si on avait introduit des couteaux à l’intérieur de mon corps ». Et ces douleurs revenaient régulièrement. On ne leur demandait pas leur avis, à ces filles et à ces femmes. Pas moyen de refuser ; et elles ignoraient pour la plupart ce qui se passait au juste avec ces médecins qui souvent, ne parlaient pas l’inuktitut. Naja, comme les autres, n’en a parlé à personne ; ni à ses parents, ni à ses camarades de classe. Mais Naja est devenue psychologue, spécialiste des traumas. Elle compare le sien, le leur, à un traumatisme de guerre.

Et puis tout lui est revenu au moment de la ménopause, dans les années 2010. Sa souffrance mentale et physique lui a permis alors de mettre des mots clairs sur ce qui lui est arrivé :

« L’État a disposé de mon corps. Maintenant, je vais décoloniser mon corps, et aussi mon esprit » 


 

Le murmure des autrices Inuit devient cri.


 

Dans les conditions de vie et de survie qu’ont connu les Inuit au fil des millénaires, où la chasse, le froid, la faim fauchaient sans pitié les habitants du Groenland, la voix des femmes n’était guère entendue – et guère émise, même. Les violences conjugales, les échanges d’épouses, la violence brutale en général étaient chose courante. Et comme en d’autres sociétés traditionnelles, si l’économie du groupe reposait très largement et très lourdement sur les épaules des femmes, ces dernières ne disposaient d’à peu près aucune autonomie. L’introduction du christianisme par les Frères moraves, au 18ème siècle, si elle a nivelé la perception des différences entre les genres, ne l’a pas égalisé, loin s’en faut. Elle a simplement réduit la part de la violence et augmenté quelque peu la considération pour les femmes, tout en les maintenant dans une obéissance presque absolue à leurs pères et à leurs maris. Le luthéranisme d’État, on s’en doute, a aussi facilité la domination des colons danois sur les autochtones, et ses tenants exprimaient un indiscutable mépris des populations ; très souvent, les pasteurs envoyés au Groenland par Copenhague étaient d’ailleurs les pires, ceux dont il était bon que le petit Danemark lointain se débarrasse : alcooliques, pervers, exaltés religieux qui avaient vu La Lumière, ou déviants souffrant de troubles mentaux divers. Les femmes Inuit en faisaient bien évidemment les frais.

 

Alors, des autrices, dans ce contexte de survie précaire, de domination totale de la puissance tutélaire danoise et de soumission psychologique ? Pour voir apparaître des autrices, il a fallu attendre la fin du 20ème siècle. Et la première œuvre romanesque qu’a composé une femme Inuk groenlandaise porte précisément sur le problème colonial. Ce roman autobiographique narre les mésaventures tragiques d’une Inuk qui a fait la connaissance d’un travailleur danois et va le rejoindre dans son pays d’origine, à Copenhague. Et connaît une fin tragique. L’autrice s’appelle Maaliraaq Vebaek ; née en 1917 et morte au Danemark en 2012, fille de et de…, elle a composé ce Busiime Naarineq (Rencontre dans le bus) en 1981, après des œuvres racontant surtout des événements liés à la chasse et à la pêche. L’œuvre a été traduite en danois par l’autrice elle-même sous le titre : Historien om Katrine (L’Histoire de Katrine), chez Høst og Søn. Un fort beau texte, bien développé et mélancolique, qui ne tait pas grand-chose de la domination coloniale, de genre et de classe que subissent les Inuit – et les frictions du passage de la soumission explicite au Grønland à la soumission hypocrite par le mépris au Danemark sont brillamment décrites2.

 

Jusqu’aux années 2000, pas grand chose. On reste dans les récits de chasse et l’exploitation du patrimoine traditionnel, ce qui a au moins l’avantage de se vendre auprès des touristes et ne mange pas de pain. Comme c’était dur, à l’époque , avant les années 1970 ! Oui, mais... Est-ce plus facile aujourd’hui et depuis un demi-siècle, dans cette époque où le mode de vie traditionnel a considérablement reculé et où le pouvoir a formé le projet d’aplatir le Groenland aux normes occidentales-européennes ?

 

En 2013 paraît le roman de Niviaq Korneliussen. Une jeune femme âgée de 23 ans, née à Nanortalik, sur la pointe Sud de l’Île. Le roman , intitulé HOMO sapienne, fait sensation. On l’a même traduit en français, c’est vous dire !3. Chez un éditeur québecois, certes. L’autrice lesbienne y décrit avec crudité et sans nulle complaisance la vie à Nuuk, la petite capitale. La langue elle-même est passionnante, très actuelle : Niviaq s’exprime en kalaalissut (la langue des Inuit groenlandais), oui, mais surtout, dans un idiome mêlé de danois et d’anglais cool, branché... Et puis on l’a traduit en danois.

 

On y suit l’itinéraire compulsif et titubant de cinq personnages (dont un homme gay) qui impressionnent paradoxalement par leur puissance, eux que les problèmes gigantesques de la vie post-moderne groenlandaise menacent sans cesse de submerger. L’un d’entre eux se nomme Inuk, c’est-à-dire Homme ; une autre s’appelle Arnaq, ce qui signifie Femme… Chassé-croisé, vie nocturne dans Nuuk – avec ce qu’elle implique d’alcool, de drogues, de pratiques sexuelles diverses et assez imaginatives. Et aussi, plus sourdement, les violences conjugales, les violences à l’égard des enfants, les incestes. Et la présence angoissante, obsédante, du suicide. Le Groenland connaît l’un des taux mondiaux de suicides les plus élevés ; il a fini par ne plus être tabou.

 

La voix des femmes, nous commençons à l’entendre. Et nous l’entendrons de plus en plus haut et clair dans les années qui viennent. Elle accompagnera et même peut-être, initiera un changement de paradigme dans le vieil Occident patriarcal épuisé. C’est elle, sans doute, qui décolonisera corps et esprits.

 

© Marc Chaudeur

 

 

NOTES

 

1 Voir l’ouvrage Imperiets Børn, Anne Kirstine Hermann, éd. Lindhardt og Ringhof, 2021.

2 L’anthologie Grønlandsk Litteratur, de C. Berthelsen et Per Langgård, paru en 1983 à Copenhague, reproduit tout le 4ème chapitre de la version danoise du roman. La traduction du kalaalissut au danois est de l’autrice elle-même ; le titre en est : Historien om Katrin (L’Histoire de Catherine), chez Høst og Søn.

3 Homo sapienne, Niviaq Korneliussen, traduction d’Inès Jorgensen, Editions de La Peuplade (Québec), 2017.


 



 

 

Biographie

 

 

Marc CHAUDEUR, né pendant l’époque hambourgeoise des Beatles, il a une formation de philosophe, de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves. Il est l’auteur d’un roman, de deux essais traitant d’histoire culturelle et littéraire et de deux traductions du danois : d’une œuvre du philosophe Løgstrup, et du meilleur livre de Knud Rasmussen, le fameux explorateur et ethnographe du Groenland. Il habite à Strasbourg.

 


 

 

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Pour citer ce texte engagé & féministe inédit

 

Marc Chaudeur, ​​​​​« « Des couteaux dans le corps ». Les Groenlandaises parlent enfin et écrivent »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 27 mai 2023. URL :

 

http://www.pandesmuses.fr/no13/mchaudeur-groenlandaises


 

 

 

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 10:17

 

Événements poétiques | Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021 & N°10 | Célébrations | Dossier majeur | Florilège

 

 

 

 

 

 

La femme

 

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

Crédit photo : "Women selling the Women's Journal, c. 1915-1919", Commons, domaine public​​​​​. 

 

 

La beauté,

Le maquillage,

La puberté,

Les seins,

Le sang dans la culotte,

Les morceaux d’ouate dans le vagin,

Les talons hauts,

La maternité,

Le ventre arrondi, le corps déformé,

Le nourrisson tire le lait maternel,

Les enfants,

Les devoirs et leçons,

Les soins,

Les activités extra-scolaires,

Le travail,

La vaisselle,

Les courses,

La bouffe,

Le mari,

Le ménage,

Les loisirs,

Le droit de vote,

Le chef de famille,

Le compte en banque,

Les clefs de la voiture,

 

 

Crédit photo : "Ghanaian Women weaving", Commons, domaine public​​​​​. 

 

 

Le pantalon,

La liberté d’expression,

L’indépendance,

Les filles-mères,

Le chèque, le salaire,

Le divorce,

L’avortement,

L’égalité des sexes,

L’égalité de traitement,

La solidarité,

La sororité,

L’amant,

La pilule,

La contraception,

La ménopause,

Les bouffées de chaleur nocturnes,

Les sautes d’humeur, les hormones,

La retraite,

La présidence de la République ?

 

© C. Delarmor

 

 

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Pour citer ce poème féministe inédit 

 

Corinne Delarmor« La femme », texte poéféminologique inédit & féministe, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques Évènement poéféministe | « Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021 », N° 10 | Automne 2021 « Célébrations »mis en ligne le 27 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/11octobre21/no10/cd-lafemme

 

 

 

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SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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