12 mars 2026 4 12 /03 /mars /2026 18:00

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Florilège / Le Printemps des Poètes 2026 & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Varia & Actualité

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon poème

 

 

 

 

 

 

Métapoème engagé & pacifique

 

Ahcène Mariche

 


 

 

Crédit photo : Marie Caire Tonoir (1860-1934), portrait ou une « Tête de femme de Biskra », Peinture exposée au Musée Du Quai Branly, série « Peintures des lointains », peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran d'une image libre de droits & issue d’un réseau social.

 

 


 

Quand le devoir allie la passion

C’est un bonheur assuré…

 

Quand le devoir allie la passion,

Ce n’est plus un fardeau, c’est une mission,

Un serment murmurant au cœur des saisons,

Un feu qui ne craint ni vents ni pressions.

 

***

 

Je n’ai pas choisi la route la plus courte,

Mais celle où l’effort éclaire la porte,

Là où l’école devient un jardin,

Où chaque élève façonne son destin.

***

Depuis la craie blanche sur le tableau noir,

J’ai semé des formules, j’ai planté l’espoir,

La physique m’a prêté ses lois rigoureuses,

Pour bâtir des âmes lucides et courageuses.

***

Mais au-delà des chiffres et des équations,

Je cherche l’étincelle, la vibration,

Car enseigner, ce n’est pas remplir un vase,

C’est allumer un feu qui jamais ne s’écrase.

***

Quand la classe se tait et que naît la question,

Je vois l’aube poindre dans chaque réflexion,

Et je sais que l’éducation n’est pas un métier,

Mais un acte d’amour pour l’humanité.

***

Dans mes livres, je tisse la mémoire,

Je recueille les légendes, je grave l’histoire,

Je tends la main aux mots de nos anciens,

Pour qu’ils refleurissent entre les mains des miens.

***

Je parle à la langue de mes montagnes,

À ses silences fiers, à ses campagnes,

Je défends sa musique et sa vérité,

Comme on protège une source menacée.

***

Je crée des jeux pour éveiller les esprits,

Des devinettes pour sourire à la vie,

Car apprendre peut être une fête,

Un chant qui dans les cœurs se répète.

***

Sur scène, ma voix devient rivière,

Elle porte la peine, elle porte la lumière,

Le slam s’élève comme un oiseau libre,

Et dans chaque mot, une conscience vibre.

***

Je ne cherche ni gloire ni couronne,

Mais que chaque enfant se redresse et rayonne,

Que la culture soit un pont et non un mur,

Une racine forte, un avenir sûr.

***

Quand le devoir allie la passion,

L’effort devient douce émotion,

Et le travail, loin d’être une chaîne,

Se change en musique sereine.

***

Je crois en une société éclairée,

Où l’art et le savoir marchent enlacés,

Où l’école nourrit l’esprit critique,

Et la poésie guérit les cœurs tragiques.

***

Si je multiplie les pages et les voix,

C’est pour que demain soit plus vaste que moi,

Pour que nos enfants, fiers de leur héritage,

Écrivent à leur tour d’autres paysages.

***

Car servir sa culture, c’est servir la vie,

C’est offrir à l’ombre une part d’infini,

Et lorsque le devoir épouse la passion,

L’engagement devient bénédiction.

***

Alors je poursuis, sans jamais me lasser,

À enseigner, écrire, semer, créer,

Car mon bonheur, profond et assuré,

C’est de voir ma société s’épanouir et s’élever.

© Ahcène MARICHE 

​​​​​—————​​​​​

Pour citer ce poème romantique, traduit en français, illustré & inédit

 

Ahcène Mariche, « Mon poème », peinture par Marie Caire Tonoir (1860-1934), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 12 mars 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/am-poeme

 

 

 

 

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 17:22

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Critique & réception | Dossiers majeur & mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

BAYT – Habiter le poème

de Nour CADOUR 

 

 

 

 

 

Article & images (fournies) par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du recueil de poèmes BAYT – Habiter le poème de Nour Cadour. Œuvre bilingue français-arabe, traduit par le poète et metteur en scène Moez Awled Ahmed, parue dans la collection « La Lune sur un plateau » des éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2025.

 

 

Une maison de langue à parcourir

 

Avec BAYT – Habiter le poème, Nour Cadour propose bien plus qu’un recueil : une demeure poétique à traverser. L’ouvrage, bilingue français-arabe, associe chaque poème écrit en français par l’autrice à sa traduction arabe réalisée par le poète et metteur en scène Moez Awled Ahmed. Cette disposition invite à une lecture libre : séparée, successive ou parallèle, selon le rythme et la sensibilité du lecteur. Chaque texte devient ainsi un espace intérieur à investir.

 

 

Une poétique annoncée dès la couverture

 

La couverture impose un bleu profond, méditatif, qui apaise autant qu’il interroge. Le titre BAYT, en capitales noires, évoque une architecture stable, presque sacrée, tandis que le sous-titre Habiter le poème agit comme une déclaration d’intention. Le poème n’est pas un objet figé : il est un lieu de vie.

Ce bleu fait écho au précédent recueil de Nour Cadour, Le bleu de la mer s’est enfui, et convoque des images récurrentes de son univers : la mer, la nuit, la lune, les espaces de veille et d’errance intérieure. Il symbolise l’entre-deux : entre mémoire et présent, exil et ancrage, traversée et refuge.

Le recueil comme architecture intérieure

 

La structure du livre épouse explicitement la métaphore de la maison. Le lecteur est guidé à travers différentes « pièces », qui organisent le parcours poétique :

 

  • L’entrée (Matkhal al-Bayt) : le seuil, lieu d’accueil et d’ouverture.
  • Le salon (Saaloun al-Bayt) : espace de circulation, de dialogue et de partage.
  • La cuisine (Al-Matbahu) : lieu de transformation, où la langue et l’expérience se métamorphosent.
  • La salle de bain (Al-Hamam) : espace d’intimité, de purification et de vulnérabilité.
  • La chambre (Al-Ghorfatu) : lieu du repos, de la mémoire et des confidences.
  • La sortie (Khuruj) : passage vers l’extérieur, ouverture et traversée.

 

À cette progression s’ajoutent les présentations de l’autrice, du traducteur et de la collection La Lune sur un plateau (7ᵉ collection des éditions Les Carnets du Dessert de Lune). L’ensemble compose une maison cohérente et hospitalière, où chaque étape a sa fonction symbolique.

 

 

Des poèmes brefs, sans titre, ouverts au lecteur

 

Les poèmes sont courts, souvent contenus sur une page ou une demi-page, et délibérément sans titre. Cette brièveté renforce leur intensité et leur disponibilité. La mise en regard du français et de l’arabe permet une circulation fluide entre les langues : le lecteur n’est jamais enfermé dans une seule voie de lecture.

Chaque poème fonctionne comme une pièce autonome : un lieu intime, mais jamais clos, que chacun peut habiter selon sa propre expérience.

 

© Crédit photo : Sublime portrait artistique & floral de la poétesse Nour Cadour entourée par ses recueils de poésie et des fleurs.

 

 

Une écriture de l’intime à portée universelle

 

La poésie de Nour Cadour s’enracine dans l’intime tout en s’ouvrant à l’universel. Les motifs de la lune, du seuil et de la maison traversent le recueil comme des figures de veille et de protection. La parole poétique devient hospitalière : elle accueille l’autre, le lecteur, et lui permet de reconnaître sa propre maison dans celle du poème.

 

 

Une voix et une traduction en dialogue

 

Nour Cadour, poétesse et romancière franco-syrienne née en 1990, développe une écriture singulière à la croisée de la médecine et de la poésie, attentive au corps autant qu’à la langue. Son parcours, marqué par de nombreuses publications et distinctions, éclaire la profondeur de ce recueil.

La traduction arabe de Moez Awled Ahmed ne se limite pas à un transfert linguistique : elle constitue un véritable geste poétique. Elle réactive la mémoire du texte, l’inscrit dans un dialogue interculturel et élargit l’espace du poème entre France, Syrie et Tunisie.

 

 

Habiter le monde par le poème

 

 

Reçu symboliquement le 18 décembre 2025, journée internationale de la langue arabe et journée internationale des migrants, BAYT – Habiter le poème prend une résonance particulière. Le recueil affirme que la poésie peut être un lieu : un espace de résistance douce, de transmission et de partage. Habiter le poème, ici, revient à habiter le monde autrement, par la langue et par l’écoute…par la poésie.

 

© Hanen Marouani

 

—————

Pour citer cet article illustré, engagé, métapoétique & inédit

 

Hanen Marouani (texte & images fournies) « BAYT – Habiter le poème de Nour CADOUR », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 20 février 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/hm-nc-bayt

 

 

 

 

 

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 18:53

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Philosophies & sagesses en poésie | Spiritualiés, croyances, religions & mysticismes en poésie

 

 

 

 

 

 

 

Attractivité & Papillons intérieurs

 

 

 

 

 

Poèmes romantiques par

 

Léla LASHKHI

 

 

 

Crédit photo : Image d'une nature morte : un papillon violet ou bleu violet sur une branche verdâtre. Capture d'écran de la photographie libre de droits trouvée sur le Web.

Attractivité

 

 

Peu de choses rendent
une femme aussi heureuse
que d’être attirante
pour une autre.

26/03/2024
Paris

 

 

Papillons intérieurs

 

 

Dès la première note,
j’ai perdu l’équilibre
et me suis dispersée en papillons
dans mon propre corps.

J’étais partout.
J’ai tout parcouru.

09/05/24

***

Pour citer ces géopoèmes lyriques, érotiques, illustrés & inédits

 

Léla Lashkhi, « Attractivité » & « Papillons intérieurs », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS  », mis en ligne le 18 février 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/lashkhi-attractivite

 

 

 

 

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17 février 2026 2 17 /02 /février /2026 17:14

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges

 

 

 

 

 

 

 

Haïku du cœur, Trois ans dans le même train, Visages d’enfance & L’amour étouffe

 

 

 

 

 

Poèmes d'amour par

 

Léla LASHKHI

 

 

 

Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), illustration d'une nature morte en un joli brin fruité avec un papillon, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

 

Haïku du cœur

 

Si mes yeux s’éteignent,
ton regard
ne manquera pas à mon cœur.

 

21/03/24 Paris

 

 

Trois ans dans le même train

 

Je devais partir tard du travail aujourd’hui.
Il y avait une fête.
Je n’aime pas le bruit.
Je n’ai pas tenu.

J’ai mis de la musique.
J’ai allumé une cigarette.
La chanson s’appelait Le vent souffle.

Dans la rue, le vent était tel
que j’ai failli me fâcher avec la chanson.

Je ne contourne jamais
le bâtiment aux vitres grises.
J’ai décidé que,
avant d’entrer au travail,
à chaque retour aussi,
je regarderais les vitres
et me dirais :
Bonjour. Ça va ?

Pour la première fois en trois ans,
tu t’es reflété derrière moi
sur le verre gris.
Avant que je ne me retourne,
tu étais déjà
quelques pas devant.

Je n’ai jamais le temps
de compter tes pas.

Ici, à l’angle de Porte de Saint-Ouen,
il y a toujours du vent
et il lutte contre tes cheveux.
Cette guerre ressemble à un tango.

Depuis trois ans,
chaque matin dans le train,
en route vers le travail,
et chaque soir,
en route vers la maison,
je tente de te reconnaître.

Je t’ai rarement vu la tête levée.
C’est un mystère.

Nous approchons de l’allée.
Tu es loin devant.

Je te regarde enlever ton manteau.
Un rayon de soleil tombe de biais
sur tes bras bronzés.
Je n’arrive pas à détourner les yeux.

Tu portes encore
les mêmes baskets qu’il y a trois ans.
Ce jean, je l’ai déjà vu.
Ce sac aussi, bleu pétrole.

Je sais déjà
que tu ne changes jamais de parfum.
Je crois que tu ne fumes plus.

J’ai déjà écrit sur toi.
Je disais : je sais presque tout.

Après tout,
nous prenons le même train
depuis trois ans,
chaque matin,
chaque soir.

Mais comment tu parviens
à disparaître sur le quai,
je n’ai jamais compris.

Tu maîtrises l’art
de ne pas être reconnu.

 

                                      11/06/2024

                                                   

                                           

 

Visages d’enfance

 

Toi et moi, sans doute,
pleurerons encore ensemble.

Jamais aussi nus,
face à face.

La mort
nous a rendu
nos visages d’enfance.

23/10/2024
Saint-Ouen-l’Aumône

 

 

L’amour étouffe Seuil

 

C’est un mensonge
de croire
qu’on sauve l’aimé
par l’amour
au moment de l’abandon.

L’amour, alors,
étouffe.

C’est son oubli
— net, brutal —
qui ouvre la respiration,
qui rend à l’autre
la joie.

17/02/2024
Paris

 

© Léla Lashkhi

***

Pour citer ces poèmes d'amour, illustrés & inédits

 

Léla Lashkhi, « Haïku du cœur », « Trois ans dans le même train », « Visages d’enfance » & « L’amour étouffe », peinture par Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I «  CRÉATRICES DE BOUQUETS  », mis en ligne le 17 février 2026. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2026noi/lashkhi-amour

 

 

 

 

 

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17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 18:41

N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue Matrimoine & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier 

 

 

 

 

 

 

 

Fatima Hassouna. L’œil de Gaza

 

 

 

 

Article & peinture par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, portrait pictural de la poétesse, photojournaliste «  Fatima Hassouna », peinture.

 

 

 

Fatima Hassouna, poétesse, photojournaliste, née le 2 mars 2000 à Gaza, fauchée avec dix membres de sa famille, au moment où son film, avec la réalisatrice iranienne Spideh Farsi, Put your Soûl on your Hand and Walk, Pose ton âme sur ta main et marche, est sélectionné au Festival de Cannes. Ses œuvres sont publiées par des journaux prestigieux, exposées dans des galeries renommées. On l'appelle l'Œil de Gaza. Elle écrit : « Le monde est là dans sa vastitude. Gaza est une petite boîte. Nous sommes dedans. Le monde est si lointain. Je ne peux pas le visiter. Je voudrais voyager, explorer les immensités et revenir dans ma petite boîte. J'ai besoin de Gaza. Gaza a besoin de moi. Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une brève dans un flash-info. Je ne veux pas être un chiffre anonyme dans une statistique. Je veux une mort qui retentit dans toute la planète, dans toutes les langues. Je serai une image omniprésente que rien ne peut effacer » (Fatima Hassouna, 2 août 2024). 

La photographe est partie. Elle a dit la vérité. Elle reste sans témoin. Sauf un témoin invisible. Pour attester qu'il n'y a plus de témoin. La photographe est partie après avoir dit la vérité. Elle est drapée des couronnes fleuries de sa robe de mariée. Elle se tait. Elle s'expose en silence au silence. Son nom perdure. Mais, qu'est qu'un nom ? Sa grande œuvre photographique s'exhibe en silence. Elle reste muette. Elle se contente de montrer des scènes de silence. Elle rattrape les images qui se dérobent devant son objectif. Elle met les images à nu. Dans ses récits photographiques, tout s'esquisse, tout s'annonce, tout s'interrompt, la naissance, l'amour, la mort, dans leur ordre cyclique, réversible, anhistorique. Il reste ses traces, inaltérables, impérissables, indissolubles. Cette jeune femme est la légèreté même. Elle est unique. Elle exprime ce que la clarté du jour aura été hier, le jour passé. Elle est la mémoire graphique de la naissance de la lumière à la lumière photographique. Elle capte. Elle inscrit. Elle imprime. Elle voile. Elle dévoile. Elle perce l'énigme de l'ombre. (Jacques Derrida, Aletheia, 1996, éditions William Blake and Co, tiré à part, 2025. Adaptation). 

 

Je glisse une photographie de Fatima Hassouna dans le cahier où je rédige ces lignes. La photographe, keffieh noir et blanc manteau sombre, est saisie dans la pénombre d'un immeuble bombardé, assise sur une chaise en fer rouillé déglinguée. Sa main tient fermement son appareil photo. Les décombres gisent par terre. Je perçois une clarté légère, une signature nébuleuse de l'ombre. Une lueur de chandelle. Elle est seule, indifférente au photographe qui la flashe. Une prégnance terrifiante plane dans l'air. Elle voit. Elle donne à voir l'interdit. Je ferme les yeux pour voir, pour savoir. Je ne discerne que l'esthétique, l'irisation du silence. 

Jacques Derrida relie ce phénomène à la loi de phôs. Photôs, photographie, phosphore proviennent de la même racine. Le sionisme néantise Gaza à coups de bombes au phosphore. L'adjectif phosphoros signifie porteur de lumière. Phosphoros désigne aussi la planète Aphrodite, Vénus, l'étoile du berger. Les photographies de Fatima Hassouna sont infusées de phosphore. Certains instantanés me magnétisent, m'hypnotisent, me paralysent. Archives incomparables, inimitables, indélébiles. Son dernier cliché, un coucher de soleil.  Son absence-présence me lancine comme un hologramme. Je ne vois que son aura. Elle est seule dans son impalpable visibilité. De nouvelles photographies apparaîtront. Le festival de Cannes, la société du spectacle l'intronisent déjà comme une icône. Elle ne sera bientôt qu'une valeur marchande. On parlera un peu d'elle, moins qu'elle ne l'a souhaité. Des documentaires, des livres lui rendront hommage. Puis, elle s'éclipsera. Elle sera toujours seule dans son attente de la lumière.

© Mustapha Saha, Sociologie

—————

Pour citer ce texte engagé, élégiaque, illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peinture), « Fatima Hassouna. L’œil de Gaza », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER 2026 | NO I « CRÉATRICES DE BOUQUETS » & Revue poéféministe Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 17 décembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2026noi/ms-fatimahassouna

 

 

 

 

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