7 juillet 2025 1 07 /07 /juillet /2025 16:51

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

« Nos coutures apparentes » : Imèn MOUSSA signe un recueil qui démêle l’âme

 

 

 

 

 

 

Critique & photographies (fournies) par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédits photos : Paysage champêtre de nature morte avec la première de couverture illustrée par l’artiste plasticienne Najet Dhahbi du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » suivi du portrait photographique récent de son autrice la poétesse Imèn Moussa.

 

 

La poétesse et chercheuse Imèn Moussa signe un retour sensible et percutant avec son nouveau recueil de poésie, intitulé « Nos coutures apparentes », publié chez Les Constellations. Préfacé par la poétesse et romancière Cécile Oumheni, cet ouvrage confirme une année poétiquement riche pour cette voix singulière de la poésie tunisienne francophone.

 

© Crédit photo : Image du Rayon Poésie d’une Bibliothèque à Tunis qui contient le recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une lectrice à Tunis en Tunisie.

 

 

Dans ce nouveau recueil, le titre à lui seul suffit à poser le ton : "Nos coutures apparentes". Il évoque à la fois la vulnérabilité, la force exposée, et les blessures recousues par la résilience. En choisissant de rendre visibles ses coutures, Imèn Moussa fait un geste poétique fort : celui de revendiquer l’imperfection, la réparation et la rébellion créatrice. En effet, les soubassements politiques actuels, les turbulences des relations humaines, le pouvoir de l’amour, la beauté des apprentissages, les traumatismes collectifs sont autant de thématiques qui préoccupent la poétesse et agitent son imaginaire comme des fils tendus entre l’intime et le collectif.

 

 

« Nous avons tous traversé un incendie. 

Nous nous sommes tous un jour ou l’autre pris les pieds dans la toile d’araignée de l’anxiété. 

À un moment où un autre, nous nous sommes tous brisés comme une poupée de porcelaine ». 

 

Édité chez la maison d’édition Constellations, dont le nom évoque déjà un certain imaginaire poétique, le recueil s’inscrit dans un univers entièrement engagé, où chaque poème est une tentative de dire ce qui ne se dit pas, de montrer ce qui est souvent caché. Les constellations, au-delà de l'éditeur, deviennent aussi une métaphore du tissu poétique qu’Imèn Moussa tisse entre les voix, les langues, et les histoires qui l'habitent. À l’instar d’une conteuse, elle nous emmène avec ce recueil dans les tréfonds de l’âme et dans les chemins sinueux de l’indicible.

 

« Elle me raconte le village des sources, 

Le village où l’on a creusé autour de la fontaine pour faire pousser le nombril d’une Femme à Paroles. 

À son pied ils ont inscrit quelques symboles étranges et des mots qui ne vous diront rien : 

Porte tes yeux au soleil
à l’heure qu’il est la gravité a perdu son sens
à l’heure qu’il est ne laisse pas ta peau sur les murs ne sois plus en colère
le silence, ça s’entend ! »  

 

La préface de Cécile Oumheni, autrice franco-tunisienne reconnue pour son écriture à la croisée des cultures, vient introduire cette œuvre comme un dialogue littéraire entre deux femmes poètes issues d'horizons francophones pluriels enrichit. La couverture du livre signée par l’artiste plasticienne de renom Najet Dhahbi nous offre aussi un aperçu sensible sur ce que recèlent les pages du recueil. Tout comme sa couverture, Imèn Moussa nous met face à une écriture qui, à la fois, perturbe et rassure.

 

© Crédit photo : Image du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une autre lectrice à Sousse en Tunisie.

 

Imèn Moussa, qualifiée dans les cercles littéraires de poétesse aux multiples talents et une artiste aux flamboyantes couleurs, continue d’explorer avec passion des formes d’expression hybrides, sincères, et profondément humaines. À travers sa poésie, sa photographie, ses voix off et ses performances scéniques, elle donne voix aux silences, aux marges, au vivant, aux fragments d’identité, sans jamais avoir froid aux yeux. 

 

« En fait, je ne conteste pas, mais j’ai tant de fausses certitudes à congédier loin de mes doigts.
Nous autres, nous n’avons qu’à s’épiler les ailes
pour accueillir nos troubles 

Nous autres, nous n’avons qu’à remonter
l’armature d’un soutien-gorge pour nous confondre avec une femme en liberté
puis, de toi à moi, qui pourrait m’empêcher d’arracher mes fils et mes clous ?
Si je te dérange, ferme les yeux ! »

 

Ce recueil s’inscrit incontestablement dans une dynamique contemporaine de la poésie francophone, qui se réinvente et surprend. Ses vers deviennent le lieu du soin, de la rencontre, de la résistance et de la reconstruction.

 

Tu sais ? J’ai entendu une voix qui m’appelait. Quand je me suis retournée, j’ai cru te voir, toi, terre enracinée dans chaque cœur.
J’ai souri. 

« Un grand sourire comme tu les aimes.
Parce que, tu sais ? Au bout du compte je me suis rappelée que ceux qui naissent sous les oliviers,
cultivent à jamais une tenace liberté
et se tournent toujours vers l’espoir ». 

 

« Nos coutures apparentes » est plus qu’un livre : c’est le geste premier de la littérature : un miroir tendu vers notre humanité commune.

 

© Hanen Marouani, juillet 2025.

 

© Crédit photo : Image du recueil de poèmes « Nos coutures apparentes » de la poétesse Imèn Moussa. Photographie prise par une troisième lectrice en Bretagne en France.

 

 

À consulter également

 

— La page officielle de présentation du recueil chez la maison d’édition Constellations, URL.https://editionsconstellations.fr/nos-coutures-apparentes/

— L’annonce de parution de cette œuvre par Le Pan Poétique Des Muses « Vient de paraître le recueil de poèmes Nos coutures apparentes par Imèn MOUSSA », URL. https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/noiv/noscouturesapparentes

 

***

Pour citer cet article illustré & inédit

 

Hanen Marouani (texte & photographies fournies)« Nos coutures apparentes : Imèn MOUSSA signe un recueil qui démêle l’âme », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 7 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/hm-imenmoussanoscoutures

 

 

 

 

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2 juillet 2025 3 02 /07 /juillet /2025 16:42

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Essais ou manifestes | Leçons, méthodes & méthodologies en poésie | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

 

 

Des mots pour vaincre & convaincre


 

 

 

 

 

Article inédit par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo : « Lyre » dessin non signé appartenant au domaine public. Image photographiée par LPpdm & trouvée dans un recueil de poésie du XIXsiècle.

 

 

 

Les mots sont une arme à double tranchant. Ils peuvent blesser comme ils peuvent panser. De ce fait, ils ont le pouvoir de créer, d’éclairer, de dissuader, de persuader et en résumé, de changer le cours des choses en induisant des prises de conscience. 

Ils doivent être bien pensés avant d’être utilisés pour produire l’effet escompté donc pour ne pas trahir l’intention de base.

On peut utiliser les mots pour fustiger toute atteinte à la liberté individuelle. Et Paul Éluard dans son poème intitulé «  Liberté » a donné la preuve que la poésie est un moyen d’expression pour lutter contre la privation de ce droit inaliénable qui est garantie par l’article 66 de la Constitution.

Quant à la liberté d'expression, elle est elle-même inscrite à l'article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Elle participe des droits fondamentaux. La liberté d'expression conditionne l'exercice d'autres libertés comme la liberté d'opinion, par exemple.

Les mots changent de sens pour s’adapter aux contextes socioculturels et pour répondre à des besoins créés par la société de consommation. Ils reflètent également l’influence culturelle et économique des communautés immigrantes avec leurs propres revendications.

 

Qu’en est-il du langage ?

 

Le langage s’enrichit également de l’apport des nouvelles technologiques 

On peut sans conteste dire que la technologie est le fer de lance de l’évolution du langage dans la société 

Malgré la complexité du langage, les êtres humains arrivent toujours à se communiquer même par des gestes simples. Les mots n’ont pas toujours l’exclusivité dans les relations humaines car la communication non verbale y a aussi sa place. Le langage peut revêtir plusieurs formes :

La gestuelle, les expressions corporelles ou faciales ou encore les manifestations physiologiques sans abstraire, bien évidemment le langage des signes. À cela s’ajoutent les émojis, le bruitage, les idéogrammes etc.

Si les mots ont un réel pouvoir de création il n’en demeure pas moins qu’ils ont également le pouvoir d’orienter les comportements et la pensée afin endormir les consciences. Ainsi le réel se trouve maquillé et enjolivé à des fins de manipulation ou de propagande politique. 

 

Qu’en est-il de la littérature ?

 

La littérature est une voie d’éveil intellectuel. Pour étayer notre propos on peut citer Victor Hugo dans  Les derniers jours d’un condamné  où la peine de mort est dénoncée comme étant une barbarie. Cette bataille au long cours a conduit à l’abolition de la peine de Mort en France via la loi du 9 octobre 1981 par l’entremise du Ministre de la Justice Robert Badinter. 

En tant que témoin de son temps, dans Les Misérables, Victor Hugo dénonce les injustices sociales et décrit la misère de l’époque.

La littérature ou la poésie est une force qui attire les autres vers. L’une et l’autre permettent de dire le monde et d’être en résonance avec les êtres vivants qui le constituent et c’est aussi un refuge dans les moments trouble et de vertige. Quant à la poésie tout court, par la brièveté de sa forme, elle se prête mieux à l’apprentissage de la lecture et reste en mémoire plus longtemps. Elle a une fonction cathartique également. 

 

Conclusion

 

Du Moyen Âge à nos jours que d’évolutions les mots n’ont-ils pas connu ? En faisant l’inventaire des pièces de théâtre on peut voir comment le langage a évolué, nombre de mots ont changé de sens. Par exemple Le Cid est non seulement une réussite dramatique mais possède un champ lexical très riche. Le langage théâtral d’alors est sans doute inadapté à notre époque. Le théâtre d’aujourd’hui utilise le langage commun pour ne pas créer de la distance.

Le langage et la pensée sont naturellement en interrelation et la littérature vise à communiquer des pensées, à influencer pour le mieux et voire à captiver. 

 

© Maggy De Coster

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Maggy De Coster, « Des mots pour vaincre et convaincre », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 2 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/mdc-desmots

 

 

 

 

 

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26 juin 2025 4 26 /06 /juin /2025 15:07

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Biopoépolitique | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

Journal, récit d’Éric Dubois paru dans la 

collection La Bleu-Turquin dirigée par Jacques Cauda aux Éditions Douro

 

 

 

 

 

 

Critique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée du « Journal » par Éric Dubois, œuvre parue aux Éditions Douro.


 

Pierre Kobel, le préfacier du Journal d’Éric Dubois reprend une citation de Philippe Lejeune qui affirme que « le journal n’est pas seulement un texte... » et de relever encore cette déclaration éclairante de Michelet qui disait de son journal qu’il était son « âme de papier ».

Nul doute que derrière les mots, voire les maux, Éric Dubois ne cesse de chercher à se connaître dans une quête qui transcende sa « Maladie » qui a partie liée avec la folie et dont il nous précise « N’attendez pas de moi que j’en donne une définition » car « elle ne nous est pas donnée comme intelligible ».

 

Éric Dubois nous confie que sa première hospitalisation « marque un tournant dans sa vie » et d’ajouter que « Par la Maladie, par ma Maladie, je devins créateur de ma vie, ayant volé le feu dans le lieu de l’inexprimable, Prométhée mal dégrossi, pour apporter la lumière aux cloisons sombres du Monde. » Dès lors, dessins, poèmes raturés ou surlignés de rouge, irruptions de personnages issus des tréfonds de son être, signes non identifiés, caractères en Hébreu viennent recouvrir les pages de son cahier de brouillon. Une semaine d’indécision « pourtant arbitrée par le Très-Haut » semble le guider, il évoque Dubuffet, Char, Picasso... Le jour de sa sortie, il écrit en avouant pratiquer ce qu’il appelle le « Mentir-vrai » si cher à Aragon.

Éric Dubois renaît dans la peau d’un écrivain alors qu’il pensait être « un inadapté social » ! Sous sa plume, on lit « Je suis du bois dont on fait du papier et des livres, mon âme est une page blanche à réécrire sans cesse, mes pensées de feuillets au vent et ma vie une librairie à ciel ouvert. »

 

© Crédit photo : Portrait photographique en noir & blanc du poète-diariste Éric Dubois.

 

C’est dans l’écriture qu’il se trouve une identité, son blog Le Capital des Mots fait de lui « un passeur » où des centaines d’auteurs lui doivent d’avoir été publiés.

Au pays de la Schizophrénie, qui l’accompagne depuis un quart de siècle, il finit pas associer l’écriture et sa Maladie jusqu’à déclarer « l’écriture est schizophrénie » !

Retenons ces magnifiques assertions dans lesquelles Éric Dubois se livre, l’âme nue, « Écrire me résume, résume ma personnalité et ma vie. Écrire me fait exister... »

Émaillé  de croquis et de citations, son Journal nous ramène vers la lumière car son écriture est lumière. Dans une phrase luminescente, il explore ce paradoxe : « L’ombre est une part de la lumière. L’ombre nous accompagne quoi que  l’on fasse de bien ou de mal. L’essentiel est de retrouver la lumière. »

 

Éric Dubois qui voulait « montrer la part de poésie qu’il y a dans toute maladie psychique » nous invite dans le même temps à appréhender « cet obscur qui travaille en nous » évoqué par Henri Meschonnic. En lisant son Journal, nous empruntons ce chemin de la connaissance de soi qui passe par celui de l’autre où poésie et folie font danser l’âme sur le fil ténu où celui qui s’adonne à l’écriture n’est autre qu’un funambule en quête de sa lumière intérieure.

 

© Françoise Urban-Menninger, juin 2025.

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Journal, récit d’Éric Dubois paru dans la collection La Bleu-Turquin dirigée par Jacques Cauda aux Éditions Douro », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 26 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-journalericdubois

 

 

 

 

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20 juin 2025 5 20 /06 /juin /2025 16:14

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages

 

 

 

 

 

 

 

François Hollande, l’indéfinissable. Journal d’une campagne présidentielle (Extrait)


 

 

 

 

Extrait & photographies par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Élisabeth Bouillot-Saha, « Mustapha Saha visitant l'exposition "Trésors sauvés de Gaza" à l’Institut du Monde Arabe à Paris le samedi 20 mai 2025.

 

 

​​​​​© Crédit photo : « Mustapha Saha. La plume de l'Ombre ».

 

 

François Hollande le confie lui-même. Il vit la politique comme une vocation, un sacerdoce, une consécration. Une prêtrise sans soutane. Humanisme bourgeois et charité chrétienne. Imprégnation  durable  des années d’études chez les Frères des Écoles chrétiennes à Rouen. La politique, un chemin tracé dès l’enfance. Il se rêve Président de la République dans le berceau.  Il s’y consacre corps et âme. Il se faufile dans les coursives. Il brouille les pistes. La consensualité et la  ténacité se conjuguent  singulièrement dans la démarche pragmatique. Et de fait, il existe chez cet homme paradoxal, une clairvoyance empirique, une perspicacité tacticienne, une subtilité florentine qui n’appartiennent qu’aux jésuites. Il fréquente le Lycée Pasteur à Neuilly, sanctifié par ses mythiques professeurs, Jean-Paul Sartre, Fernand Braudel… La philosophie lui tourne le dos.  L’histoire lui ouvre un passage. Il prend le raccourci des Grandes Écoles. Il développe son humour comme une carapace. Il exerce ses talents, en dilettante, dans la troupe du Splendid, aux côtés de  ses condisciples Christian Clavier et Thierry Lhermitte. La sirène politique sera toujours plus forte. Les crocodiles hantent le marécage. La bourbe l’angoisse. Jamais aux bords des sables mouvants il ne s’aventure. Il longe patiemment la digue jusqu’à bon port. Garder le cap quoi qu’il advienne. Gagner dans l’humilité. Perdre dans la dignité. En 1974, à vingt ans, il préside un comité estudiantin de soutien à François Mitterrand. Il trouve son père spirituel, son guide charismatique, son mentor inespéré. Il surmonte, comme il peut, son complexe d’Œdipe. 

 

Quand il accède à la direction du Parti socialiste, en 1997, il s’installe dans la durée. Il ne cède son fauteuil de Premier secrétaire qu’en 2008 pour prendre sa revanche sur les grand économiste,  tombé de son piédestal et les traîtresse intime. L’homme des conciliations et des réconciliations improbables peut se prévaloir d’un bilan balsamique. Il s’entoure d’une poignée de fidèles. Il gère tous les autres comme des intérimaires. Il fait mine de ne rien voir, rien ne lui échappe. Il ménage les susceptibilités Il bricole les procédures. Il déménage les concurrents sans vacarme. Il se place délibérément en dehors de la mêlée. Il sauvegarde l’unité du parti, sinon dans l’armature, du moins dans les apparences. Il masque les divisions internes, les querelles intestines, les intrigues chroniques. Il affronte les intempéries. Il fait le dos rond sous l’orage. Il se donne des airs de sage. Le parti socialiste, sans chef populaire, sans tribun spectaculaire, sans leader solaire, traverse les tempêtes sans aller nulle part. François Hollande désamorce les défaites aux présidentielles. Il se présente et se représente aux congrès du parti comme seul dominateur commun,  un moindre mal, un recours moral. Il remporte régulièrement les élections intermédiaires. Il arrache à la droite, un par un, ses fiefs historiques. Il prépare méthodiquement la conquête du Sénat par la gauche.  Il gagne l’amitié de plusieurs barons de province. Il creuse laborieusement son obscure tanière. Il surgit sous lumière où personne ne l’attend.

 

En novembre 2008, au Congrès de Reims, après avoir annoncé, longtemps à l’avance, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat de Premier secrétaire, François Hollande se met volontairement en retrait. Il renonce symboliquement au discours de clôture. Il aplanit les conflits latents en coulisses. Il veille au bon déroulement des choses avant de passer la main. Sa bonhomie dissimile un doigté de magicien. Il joue le spectateur.  La fausse modestie absorbe les contradictions. Qu’importe si, plus tard, l’anaphore « Moi, Président » dépromet  le slogan « Président normal ». Une sainte alliance se forme hors scène contre Martine Aubry, donnée prématurément favorite. Sous grand chapiteau blanc, Bertrand Delanoë jette l’éponge. La confusion atteint son comble. Le parti est au bord de l’implosion. Les courants s’affrontent. Les impétrants et les courtisans se déchirent. Nul ne sort indemne de l’arène. La marcescence fatale du parti se profile. Les vétilleux voient dans la posture effacée de François Hollande un signe  de lassitude, de résignation, de renoncement. Les faux-frères décèlent une opportunité à saisir. Ils abattent prématurément leurs cartes. Les impétueux  enterrent  le  sortant dans la petite histoire. Il n’en est rien. François Hollande entre, pour de bon, dans la bataille présidentielle. Sa décision est prise, sa réflexion mûrie depuis longtemps. Seul un noyau de proches connaît le secret.

 

La longue marche commence dès l’hiver 2008. L’association Répondre à gauche  est créée dans une petite salle de la  Fédération Internationale de l’Art photographique (FIAP) Jean Monnet, dans la discrète rue Cabanis du quatorzième arrondissement de Paris.  Une vingtaine de personnes. Le bureau, sous la présidence de Stéphane Le Foll, se compose de compagnons indéfectibles, Michel Sapin, Bruno Leroux, Dominique Villemot, Philippe Bonnefoy, Bernard Rullier... D'autres fidèles sont présents, Frédéric Scanvic, Claude Pigement, Yannick Trigance, Jean-Pierre Bequet, Didier Arnal, Jacques Blandin, Jacques Dementhon..., définitivement exclus après la victoire aux présidentielles. Valérie Trieweiler et Valérie Scharre, compagne de Michel Sapin, participent discrétement à l'acte fondateur. D'autres affidés suivent l'vénement de leur fief, François Rebsamen, Kader Arif, Jean-Yves Le Drian, Bernard Poignant. Isabelle Sima et Vanessa Parodi montent la garde. Aucun journaliste n'est présent. Le club de réflexion, ou plus exactement le cabinet noir, exhume les idéaux socialiste, toujours proclamés comme alléchantes perspectives, vite oubliés aux lendemains des élections. Une rengaine rabâché depuis deux siècles. Le slogan Le Changement, c'est maintenant sonne faux sur tous les registres. La belle envolée du Bourget sur la finance, en janvier 2012, est une supercherie payante, une tartufferie rentable. « Mon véritable adversaire n'a pas de nom. Il n'a pas de visage. Il ne présente jamais sa candidature. Il n'est pas élu. Et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde des finances. Il administre l'économie. Il contrôle la société. Il supervise nos vies. Il soumet les gouvernements à ses volontés ». Annonce anticipatrice, involontairement lucide, de promesses jamais tenues. Les banlieues s'en souviennent avec rancoeur. Sous le drapeau rose, les banques mènent la danse. François Hollande dévoile les grands axes de son programme. Les trois pactes, éducatif, productif, redistributif. Les trois principes, la cohérence, le réalisme, la crédibilité. Les rois approches, l'efficacité, la vigilance, le verrouillage tous azimuts. Triptyque argumentaire éculé de l'École Nationale d'Administration. La poésie, la littérature, la philosophie, la culture en général, sont reléguées aux pavillonneries superfétatoires. La rhétorique se simplifie, se banalise. Une marchine au service d'un seul homme, chargé de perpétuer l'ordre établi. 

 

Pendant dix ans, j'assure des reportages photographiques, des travaux d'écriture en tous genres. Je rédige deux livres, titrés Le Manifeste égalitaire et La société diversitaire, jamais publiés. Je ne suis pas dupe. Je suis sociologue. J'analyse la mécanique de l'intérieur. Je produis cinq cents notes au président. Je pars avec mes archives. Je fais l'expérience de l'ingratitude politique. 

 

© Mustapha Saha.

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

Reportage photographique :

 

​​​​​© Crédit photo : « Campagne présidentielle de François Hollande ». Photographies inédites. Copyright © Mustapha Saha.

 



 

​​​​​© Crédit photo : « François Hollande, préparant dans sa loge, le discours du Bourget du 22 janvier 2012 ». Photographie exclusive © Mustapha Saha. 

 


 

​​​​​© Crédit photo : « François Hollande, le 5 avril 2012,  avant son entrée dans l’émission La Matinale sur Canal + ». Photographie exclusive © Mustapha Saha.

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : « François Hollande. Université d’été du Parti socialiste. La Rochelle du 25 – 28 août 2011 ». Photographie exclusive © Mustapha Saha.

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : « Siège du Parti sociale, 10, rue de Solferino, Paris VIIème. Mustapha Saha, artiste-écrivain de l’ombre,  devant le poster géant illuminé de François Hollande le soir de la victoire présidentielle ». Photographie exclusive © Mustapha Saha.

 


 

© Crédit photo : « Mustapha Saha, sociologue-conseiller. Palais de l’Elysée ».Photographie © Mustapha Saha.

 

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Pour citer ce texte illustré & inédit en avant-première

 

Mustapha Saha (texte & photographies), «  François Hollande, l’indéfinissable. Journal d’une campagne présidentielle (Extrait) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 20 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/ms-journalextrait

 

 

 

 

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11 juin 2025 3 11 /06 /juin /2025 16:29

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception / Chroniques de Camillæ | Dossier

 

 

 

 

 

 

Vertille

 

 

 

 

 

 

Chronique féministe & photographies par

 

Camillæ/Camille Aubaude

 

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

 

Blogue officiel :

https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, « Vertille, hauts et courts », photographie de l'annonce du spectacle prise lors de la représentation à Amboise, le 8 juin 2025, image no 1. 

© Crédit photo : Camille Aubaude, « Vertille, hauts et courts par Elsa Champigny », photographie prise lors de la représentation à Amboise, le 8 juin 2025, image no 2.

 

Au Festival de théâtre à Amboise (théâtre Beaumarchais, les 7 et 8 juin 2025)

 

Mise en scène : Bruno Dufour

Interprète : Elsa Champigny

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, « Vertille, hauts et courts par Elsa Champigny », photographie prise lors de la représentation à Amboise, le 8 juin 2025, image no 3.

 

 

Une femme clown était impensable il y a cinquante ans. Seule en scène pendant une heure, à capter un auditoire en rehaussant le rire par des émotions tristes. 

Vertille ne nie pas sa féminité, au contraire. La mise en scène en reprend les truismes sociaux, les évidences, comme montrer ses jambes, comme se déshabiller en public, avoir un fils, l’abandonner, mais pas tout à fait... Bien qu’ultra réaliste, la mise en scène est fabuleuse : elle détourne avec humour et intelligence ces attendus de la féminité. Le public s’interroge. 

L’être femme ne peut se révéler davantage dans son aspect concret que dans ces pantomimes, ces mots à peine articulés et intenses qui, une fois lancés sont des appels à échanger avec le public.

Alors naît une osmose entre l’étrange femme qui tire la langue sur scène et nous. 

Le faciès du clown blanc est aussi un truisme d’émotions. Le clown ne cache pas ses émotions, il les joue, et c’est la vérité. Quand Vertille exprime la douleur, c’est un tour de force pour faire ressentir une vérité. La célèbre parréshie de la démocratie à Athènes, « dire sa vérité » est à l’œuvre dans cette succession de scènes qui questionnent le public, et réussissent à le divertir.  

La vie qu’elle exhibe, Vertille, n’est pas seulement codée par la société masculine, mais aussi à la merci des téléphones portables, et c’est une fabrique à déchets. Vertille convie son public à prendre conscience des codes sociaux qui l’aliènent. Son rire et sa liberté font éclater les carcans, nous lui en sommes reconnaissants. Allez la voir !


 

Prochaines représentations :


— Vendredi 20 juin à 20h au bar le Parceque à Ciran (37)

— Samedi 6 juillet à 17h au festival La Mariennee, La Goespierre, Vald’Yerre (28)

 

— Dimanche 30 août à 17h au festival intergalaktik des clowns, à Jupilles (72)

 

 

© Crédit photo : Camille Aubaude, l’affiche officielle de « Vertille, hauts et courts », photographies prises lors de la représentation à Amboise, le 8 juin 2025, image no 4. 

 

© Camille AUBAUDE, juin 2025.
La Maison des Pages, Musée d'écrivain, website :
https://camilleaubaude.wordpress.com

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Camillæ ou Camille Aubaude (texte & photographies), « Vertille », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 11 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/ca-vertille

 

 

 

 

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APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.

L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

SIÉFÉGP, 27 novembre 2025

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