Crédit photo : Berthe Morisot (1841-1895), « Garden in Bougival » / « Le jardin Bougival », 1884. illustration d'une nature morte fleurie, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.
toute la nuit la pluie
a tambouriné sur le toit
et sur mes volets clos
toute la nuit le jardin
s’est baigné en flottant
sous des trombes d’eau
ce matin j’ai ouvert
les volets sur un lac
où les fleurs voguaient
déracinées mais libres
de dériver et de se perdre
sans leur tige pour les amarrer
Genèse du poème
Sylvia Plath rapportait dans son journal que les jours de pluie, les revues de poésie étaient submergées peu après par un déluge de poèmes sur le thème de la pluie ! Je ne déroge pas à cette règle en ajoutant subrepticement cette petite larme pluvieuse qui rencontrera peut-être en chemin ses compagnes de vers ruisselantes en partance pour la mer...
Pour citer ce poème éthique, élégique, humaniste, engagé & inédit
Françoise Urban-Menninger, «Les fleurs sous la pluie » avec une peinture par Berthe Morisot (1841-1895), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 25 août 2025. URL :
Écrivaine, poétesse, docteure en littérature française & rédactrice régulière des périodiques de la SIÉFÉGP
Crédit photo : Portrait photographique de la pionnière Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits, via Facebook.
21 août 2011 : Décès de Zoubeida B'chirزبيدة بشير
Zoubeida B'chir زبيدة بشير, née le 8 février 1938 à Sakiet Sidi Youssef et morte le 21 août 2011 à Tunis, est une poétesse et productrice de radio tunisienne qui est considérée comme une pionnière dans son domaine.
Originaire du village algérien d'Oued Souf, elle voit le jour dans le village frontalier de Sakiet Sidi Youssef (gouvernorat du Kef) où son père est venu s'installer à la recherche de travail, avant d'émigrer à Tunis.
Sa famille ne l'envoie pas à l'école mais lui donne une instruction traditionaliste à domicile. Autodidacte, elle passe son temps entre les livres et la radio, où elle s'intéresse aux émissions culturelles. Puis, elle se met à composer des poèmes et des nouvelles. C'est sa vraie vocation puisqu'elle remporte d'abord un prix de création littéraire de Radio-Paris (en langue arabe), pour une nouvelle intitulée « Annagham al-hazin » en 1958, puis se rend en France où elle est honorée, avant de récidiver l'année suivante avec un prix pour le poème Al-hobb adhaeâ.
Ne fréquentant pas d'école, elle parfait sa propre formation et réussit à affiner son talent poétique. Ses poèmes sont également primés par Radio Tunis.
Le président Habib Bourguiba, qui écoute attentivement la radio tunisienne, apprécie son talent et recommande de l'y intégrer. Il lui aurait même demandé un jour en plaisantant : « L'histoire retiendra-t-elle que Bourguiba a vécu la période de Zoubeida B'chir ou que celle-ci a vécu la sienne ? ».
Elle y débute en 1959, pour y passer 22 années comme présentatrice, lectrice des bulletins d'information et productrice d'émissions.
Elle produit notamment les émissions Mouradafet, Likaa al-ahebba et une émission hebdomadaire pour la « Voix de l'Amérique ». Elle participe aussi longtemps à l'émission « Les Amateurs de la littérature » présentée par Mustapha Khraïef puis par Ahmed Laghmani.
C'est Khraief qui rédige l'introduction de son premier recueil. Dès la publication de ses premiers poèmes, elle suscite des réactions controversées.
Choisissant une forme libre mais rythmée, elle ose s'aventurer dans le domaine sentimental voire charnel. Pour les uns, c'est un acte de courage et d'innovation, pour d'autres, c'est l'expression d'une débauche. Dans son poème « Hanin » (Nostalgie), elle dit notamment : « Nuits de chaleur entre ses bras / L'amour reviendra-t-il au cœur qui vit sur ses douleurs / Et sur les souvenirs qui ravivent les tourments de sa frustration ? ».
En 1967, elle est la première poétesse tunisienne à publier un recueil qui porte le titre de ce poème, « Hanin » (Nostalgie). Elle rencontre différents obstacles et reconnaît que seul Henri Smadja (patron de La Presse de Tunisie), qui a apprécié ses poèmes, l'a alors aidée et encouragée. Le recueil obtient un grand succès.
En 1968, elle fait un pèlerinage dans son village natal, à l'occasion des cérémonies en mémoire du bombardement de Sakiet Sidi Youssef qui coïncident avec son anniversaire, mais elle en revient pleine d'amertume, à la vue du désastre et de la destruction de ses souvenirs. Quelque temps après, elle quitte la scène culturelle, se contentant d'abord de la présentation de l'émission Chansons des auditeurs et ce jusqu'en 1981, avant de se retirer définitivement. Pendant près de vingt ans, on n'entend plus parler d'elle et on l'oublie. Elle publie par ailleurs son second recueil « Alaa » (Grâces) mais elle garde toujours ses distances vis-à-vis de la scène culturelle.
Elle accepte de participer à une œuvre collective sur la révolution tunisienne en 2011 mais meurt la même année.
Crédit photo : Première de couverture illustrée des œuvres complètes de l’autrice Zoubeida B'chir en arabe. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook. L’illustration est un portrait photographique de la créatrice Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook.
En hommage à son parcours et à sa contribution pionnière à la littérature tunisienne, la Tunisie a institué depuis 1995 le Prix national Zoubeida Bchir, organisé par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF) en partenariat avec le Club Tahar Haddad, sous la tutelle du Ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées. Ce concours littéraire et scientifique, décerné chaque année à l’occasion de la Journée internationale de la femme, vise à encourager et valoriser la créativité féminine tunisienne dans les domaines littéraire, scientifique et intellectuel. Devenu au fil des années un acquis national, il porte haut le nom de Zoubeida B'chir et perpétue son héritage en mettant en lumière la richesse et la diversité des voix féminines du pays.*
* C’est un article inspiré légèrement enrichi à la fin d'un post publié et lu sur Facebook.
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Pour citer ce texte illustré & inédit
Hanen Marouani,« Zoubeida B'chir : mémoire et hommage », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 21 août 2025. URL :
Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), illustration des roses écloses & en boutons avec leurs feuilles & un papillon, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran faite par LPpdm de la photographie libre de droits du site Commons.
Parsemer l’univers de l’amour qui nous lie, c’est cela être en vie.
Je parsème l’univers de tes mots d’amour qui se cachent dans l’au-delà. Je m’habille de tout ce que tes mains tissent et, je m’embellis par les rayons du soleil que provoquent tes rires. Dans l’ombre de ce je naît la femme à laquelle je m’identifie.
Les lettres se croisent, voyagent dans l’espace-temps des souvenirs et relatent des instants fragiles remplis de nos souhaits.
Est-il encore possible, est-il encore plausible de nous concevoir ainsi ?
Je voyage dans tes nuits et m’étale sur ton lit, pourtant tu ne me vois pas.
Suis-je cette pensée qui te traverse comme des troupeaux sauvages d’animaux inconnus.
Parle-moi d’amour, de tout ce qui nous lie et nous différencie. Parle-moi de tes secrets, de ces mots qui restent endormis sur tes lèvres et qui taraudent ton esprit.
Parle-moi de ces chagrins qui t’éloignent de mon être et te prononcent autre.
Les vents s’approchent de nos cœurs et enfantent des visages qui ne nous appartiennent pas.
Des larmes colorées parfument les lieux de nos enfances, elles parviennent à achever nos portraits quand le silence s’empare de ce nous.
Fautif, imitatif, réservé, le nous qui étrangle les récits.
*Le poème-lettre « De ce nous » est un extrait poétique de Lettres à Océan de savoir (recueil de poèmes paru pour la première fois en 2009-2010) & reproduit ici avec l'aimable autorisation de l’autrice & de la maison d'édition.
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Pour citer ce poème d’amour illustré & inédit
Dina Sahyouni, « De ce nous », peinture par Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 17 juillet 2025. URL :
un temps fait de silences étendus — tout comme les branches des arbres et le toit brisé, maintenant effacé.
Des formes érodées, portant le poids de nos paroles ;
des marais salés au loin,
se rapprochant de la mer que nous savions être une sortie possible.
Une vieille maison, avec des fenêtres et des portes barricadées,
et des plinthes qui craquent ;
des galets d’oursin nichés entre des gonds et des serrures rouillées.
Mais il n'y avait pas de mer immédiate —
bien sûr.
Tête de pont
La lune derrière ton ombre :
un moulin à vent de nuages, fragmentés.
On dirait que je suis revenue à terre
après une longue absence,
marchant à travers des algues vertes et des capsules de fleurs inversées.
Tu es là :
— j’ai atteint la tête de pont de ta présence.
* Deux poèmes extraits de Quantum, par Irina Moga (éd. DarkWinter Press, Ontario, Canada, Juillet 2025) publiés ici avec l'aimable accord de l’auteure et de sa maison d'édition. Ces poèmes ont été traduits de l'anglais canadien en français par Irina Moga.
En cours de programmation pour paraître cette semaine :
l'annonce de parution de Quantum par Irina Moga, paru en anglais chez DarkWinter Press, Ontario, Canada en juillet 2025.
***
Pour citer ces poèmes inédits traduits en français & illustrés
Irina Moga (poèmes & photographie), «Vieille maison » & « Tête de pont », illustration par Ayna Paisley,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 15 juillet 2025. URL :
Auteur de treize recueils de poésie et de fiction en kurde et en persan. Poète traduit dans plusieurs langues.
Crédit photo : Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), « Scheherazade and Shahryar » (One thousand and One Nights), peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran de l’image libres de droits du site Commons.
1
T’aimer,
c’est comme la caresse
d’une brise fraîche d’été.
2
Toi et moi,
parmi les grains dorés du blé,
invités à la fête du soleil.
3
Je voudrais
être un arbre solitaire,
sur une colline près du lagon.
4
Quand tu n’es pas là,
mes mains disparaissent,
mes pas se retirent.
5
Quand tu n’es pas là,
la maison se fige,
et le jardin dépérit.
6
Viens chez moi
au cœur de la nuit,
tandis que les étoiles s’envolent.
7
Reste auprès de moi,
ta voix est une flamme,
dans mes récits nocturnes.
8
Une cuisine déserte,
des vases vides,
un four froid et clos.
9
Le journal de guerre murmure,
des balles roulent dans la rue,
les sans-abri demeurent immobiles.
10
Armes noires,
chars bruns,
soldats visant la blancheur.
11
Je souhaiterais
être au cœur d’une prairie luxuriante
un enfant de la famille des blés
12
La pluie sanglote
et sans toi
je suis rejeté au loin
comme un parapluie brisé
13
Le jardin exhale une odeur de sang
Des tulipes demeurent figées, saisies de révérence, dans les montagnes
Arsalan Chalabi est né en 1986 à Boukan, au Kurdistan iranien. Il a publié treize recueils de poésie et de fiction en kurde et en persan. En 2015, il a été arrêté par les forces de renseignement iraniennes, accusé d’avoir organisé et participé à des manifestations en soutien à Kobané et au peuple kurde. Après une libération provisoire, il s’est enfui en Irak. En 2016, il a demandé l’asile politique au Danemark, où il réside actuellement. Ses œuvres en anglais, danois, français, espagnol et persan ont été publiées dans Flemmes Vives Anthology Vol. 1 (2017), Recours au Poème n° 159, The Curlew, HVEDEKORNE Vol. 3 (2019), Det Poetiske Bureau, Udkant Magazine, Plenum Vol. 4, Parnassus Magazine, Nusyar, Dastan, Ny Kurdisk Antologi et le journal Politiken.
***
Pour citer ces poèmes traduits en français, illustrés & inédits
Arsalan Chalabi, « Seize poèmes traduits du kurde sorani », peinture par Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 1er juillet 2025. URL :
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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