Est une tunisienne résidente entre l’Italie et la France. Elle est docteure en langue et littérature françaises de l’université de Sfax et auteure de quatre recueils de poésie(s) publiés entre Tunis et Paris et traductrice. Elle est diplômée aussi de l’université de Sienne (Toscane) en langue italienne et de l’université de Rouen en didactique et pédagogie du FLE. Elle s’intéresse dans ses recheches à la position de la femme dans la littérature et la société à partir de l’analyse des pratiques discursives et énonciatives et à la problématique de l’immigration et des inégalités de genre. Elle a participé à des colloques, des festivals et des évènements culturels nationaux et internationaux. Ses textes ont été publiés dans des revues et anthologies internationales et traduits en d’autres langues comme l’espagnol, l’anglais et l'italien. Elle a reçu également des prix lors de sa participation à des concours de poésie.
Ses publications disponibles numériquement sur ce site :
Si l’on en croit la psychanalyse, le patronyme serait un signifiant déterminant à partir duquel chacun construirait son identité et tracerait son chemin de vie.
Aussi, aucune surprise de découvrir que la quête artistique de Bénédicte Bach a partie liée avec l’eau puisque « bach » en allemand se traduit par cours d’eau ou ruisseau. Quant à la musicalité indéniable des œuvres de l’artiste, il suffit de songer à la famille de Jean-Sébastien Bach composée de très nombreux musiciens et dont il fut le premier en titre !
Bénédicte Bach poursuit un cheminement poétique et onirique qui l’amène, selon ses dires, « à remonter le cours de l’eau jusqu’à la dernière goutte ».
Dans son exposition présentée à Strasbourg à la galerie « La Pierre large » et qu’elle intitule « Le rêve est l’aquarium de la nuit », ses photographies nous immergent d’emblée dans l’élément premier jusqu’aux profondeurs obscures où sont enfouis nos mythes et nos fantasmes fondateurs.
L’artiste plasticienne est à l’écoute du vagissement de l’eau, elle s’abandonne corps et âme à une rêverie contemplative qui l’entraîne dans des abysses à la fois proches et lointaines où elle n’a de cesse de capter « la complainte des vagues » qui « portent en elles les larmes des sirènes ».
Loin de s’enchaîner comme Ulysse, Bénédicte Bach répond à l’appel plaintif des sirènes et ses images se fondent dans l’éblouissement d’une écriture à la fois liquide et musicale.
Ces larmes qui sont autant de notes de musique, la plasticienne nous les restitue dans une installation où des gouttes de résine bleues et vertes, suspendues à de longs filaments, oscillent au-dessus d’un miroir circulaire qui devient un puits sans fond...Notre conscience s’y perd, s’y noie, prise dans le filet d’un rêve hypnotique. Nous retournons dans l’eau foetale de la mer-mère, bercés par le roulis des images de vagues qui déroulent l’infini où notre origine et notre finitude confinent. « Le linceul des rêves » ainsi nommé par l’artiste est cette blanche écume ourlée de fine dentelle qui nous renvoie inéluctablement à ces limbes de la mémoire qui se défont et se noient dans les abîmes de notre inconscient….
Bénédicte Bach possède l’art d’abolir le temps, elle découpe dans l’instant éphémère, des fragments d’éternité dont la luminescence radieuse et éminemment poétique réenchante le regard.
Sa vidéo sonore en couleur « Waterdrop » évoque « l’évanescence du temps », le temps s’égoutte « écho lointain d’un océan rêvé », l’essence d’un tout dans un tout petit rien », écrit l’artiste.
Nul doute que la quête intemporelle de Bénédicte Bach fait écho à celle d’Arthur Rimbaud qui l’illustre dans « Le bateau ivre » par ces vers magnifiques « Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème / De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, / Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême / Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; »*
Et la plasticienne de nouer et dénouer dans ses œuvres, la trame d’un long poème où l’ombre et la lumière dansent à la crête des vagues depuis la nuit des temps. Dans « Carnage », Audiberti fait fusionner l’eau qui reflète le ciel et qui devient cet « azur liquide » que Bénédicte Bach a su incontestablement capter dans ce temps immobile où l’âme de la rêveuse a jeté l’ancre.
* Voir Rimbaud, Œuvres complètes, Établissement du texte, présentation, notices, notes, chronologie et bibliographie Jean-Luc STEINMETZ, Paris, Éditions GF Flammarion, 2010, pp. 130-133, p. 130, §/quatrain n°24.
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Pour citer cet article inédit
Françoise Urban-Menninger, « La mer & l’éphémère chez Bénédicte Bach », illustrations par Bénédicte Bach, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 19 mars 2022. Url :
Cet extrait poétique provient du recueil de poèmes (appartenant au domaine public) de WEIL, Simone (1909-1943), Poèmes ; suivis de Venise sauvée, Lettre de Paul Valéry, collection Espoir fondée par Albert Camus, Gallimard, 1968 :
Astres en feu peuplant la nuit les cieux lointains,
Astres muets tournant sans voir toujours glacés,
Vous arrachez hors de nos cœurs les jours d'hier,
Vous nous jetez aux lendemains sans notre aveu,
Et nous pleurons et tous cris vers vous sont vains.
Puisqu'il le faut, nous vous suivrons, les bras liés,
Les yeux tournés vers votre éclat pur mais amer.
À votre aspect toute douleur importe peu.
Nous nous taisons, nous chancelons sur nos chemins.
Il est là dans le cœur soudain, leur feu divin1.
1. Note de l'Éditeur [de 1968]. – Ce vers final présente trois autres versions que voici :
Ils sont là dans le cœur soudain, les feux divins.
Vous levez l'âme à vous sans peine, astres divins.
Vous nous levez à vous sans peine, astres divins.
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Pour citer ce poème
Simone Weil, « Les astres », poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni de WEIL, Simone (1909-1943), Poèmes ; suivis de Venise sauvéee (1968), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Numéro Spécial | Printemps 2022« L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 18 mars 2022. Url :
Paris. Samedi, 12 mars 2020. Alain Krivine est mort à l'âge de 80 ans. Il était originaire de l'actuelle Ukraine. Famille de médecins et d'intellectuels juifs expatriés à la fin du dix-neuvième siècle. Nous nous retrouvions périodiquement dans les grandes luttes. Il m’accueillait toujours comme un frère. Il était indéfectiblement révolutionnaire, définitivement communiste. Il connaissait les fissures de la pensée trotskiste, il ne cherchait pas à les colmater. Suprême malice, intituler ses mémoires, Ça te passera avec l’âge, éditions Flammarion, 2006, pour le plaisir de prendre l’intitulé à contre-pied. Il était l’un des principaux acteurs de Mai 68, un tacticien du moment présent. Il avait compris l’efficiente fonction de la spontanéité, la déroutante imprévisibilité, l’impactante flexibilité, la déconcertante inventivité, l’exaltante créativité. Au fil des années, beaucoup de soixante-huitards manquaient à l’appel, morts physiquement ou morts politiquement, débauchés par le néolibéralisme. Je me sentais orphelin. Il se sentait le devoir de passer le flambeau aux générations suivantes.
Ils sont partis, les trois principaux dirigeants de la Jeunesse Communiste révolutionnaire (JCR), de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Ce qui liait ces trois destinées, l’arrachement à la terre des ancêtres, l’exode, l’errance, les tournait inexorablement vers l’avenir. Inutile de s’accrocher désespérément aux racines pulvérisées. La société française n’a pas compris qu’ils étaient porteurs de nouveaux horizons, de nouvelles promesses. J’ai revu régulièrement, ces dernières années, le sénateur Henri Weber, fils d’horlogers juifs polonais exilés pendant le nazisme, intelligence exceptionnelle, surdiplômée, stérilisée par le Parti socialiste, officiellement décédé du covid en 2020, à l’âge de 75 ans.
Le philosophe Daniel Bensaïd, fils d’un juif oranais, animateur du Mouvement du 22 Mars, fauché par un cancer à l’âge de 63 ans après avoir enduré le sida pendant vingt ans. Daniel Bensaïd, dépollueur des théories marxistes de leurs interprétations finalistes. Daniel Bensaïd, fidèle jusqu’au bout au communisme génératif d’une société transversale, restitue les écrits marxistes leur fraîcheur philosophique, leur pérennité pratique. Retour à l’impératif prérequis, le dépérissement des dominations pyramidales, des falsifications bureaucratiques, des manipulations technocratiques, sans subrogations, sans substitutions. La grande hantise de la bourgeoise, de la ploutocratie capitaliste, la subversion des classes, le spectre du communisme. « Un siècle et demi après cette proclamation inaugurale du Manifeste communiste, le spectre paraît s’être évanoui dans les décombres du socialisme réellement inexistant. Fin de l’histoire ? Les fins n’en finissent pas de finir. L’histoire se rebiffe. Son cadavre reprend des couleurs. Les fantômes s’agitent. Les revenants s’obstinent à troubler la quiétude de l’ordre ordinaire» (Daniel Bensaïd, Le Sourire du spectre. Nouvel esprit du communisme, éditions Michalon, 2000).
L’histoire a perdu sa surface narrative, reconstitutive, dramaturgique, déchiffrable, intelligible, romantique, glorification des conquêtes, légendairisation des triomphateurs, mythification des civilisateurs, des destructeurs de diversités, d’altérités, de singularités. L’histoire qui s’accomplissait en tragédie, se reproduit en parodie (Karl Marx), en mascarade, en simulacre. Les golems politiques simulent la gouvernance. Les homoncules révolutionnaires feintent la rébellion. La culture se révoque. Les mots se vident de leur sens et leur sapience dans le manichéisme alphanumérique. La pensée abdique. L’histoire n’a plus de lexique, de sémantique, de sémiotique pour dire ce qu’elle est. Elle n’est plus inscrite dans les déterminations économiques et sociales. Les instances régissant le monde s’entretissent, s’entremêler, s’embrouillent, se contrecarrent, se discréditent, se renient, se résilient, s’engloutissent dans l’insignifiance. La crise covidaire et la guerre d’Ukraine en sont des illustrations cauchemardesques. « L'époque, hors de ses gonds, connaît une transformation des procédures guerrières. Elle voit naître une nouvelle figure de l'étranger. Elle s'égare devant l'énigme géopolitique de l’humanité européenne. Agir au plus près de ce monde nouveau, sans les garanties illusoires de la providence divine, de l'histoire universelle, de l’omnipuissance scientifique, exige un sens profane de la responsabilité éthique. Aux certitudes de la foi et de la raison succèdent les incertitudes du parieur mélancolique, compagnon de jeu de Pascal et de Mallarmé. Car, il est mélancolique et pourtant nécessaire ce pari sur les possibles contre le sens unique du réel et la résignation à ses contraintes » (Daniel Bensaïd, Le Pari mélancolique, éditions Fayard, 1997). Les convulsions des temps présents introduisent des dimensionnalités ignorées, des démonialités inconnues, des virtualités inattendues. L’histoire s’ouvre sur l’imprédictible, l’indescriptible l’insoupçonnable. Elle fluctue. Elle oscille. Elle vacille. Soyons réalistes, demandons l’impossible.
Pour citer ce témoignage philanthropique & politique inédit
Mustapha Saha (texte & photographies), « Alain Krivine (1941-2022) au paradis des Soixante-huitards », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poépolitique « Stopper la guerre en Ukraine : lettre ouverte des personnes révoltées » & Megalesia 2022, mis en ligne le 17 mars 2022. Url :
De Grands Égos se sont réjouis du malheur de l’Amazone déchue, qui était si forte, si célèbre dans sa jeunesse... Son premier recueil de poèmes a connu le succès. Comme un vol de gerfauts a eu le Prix des Lectrices de Elle, ses engagements militants et son rôle chez de grands éditeurs lui ont assuré une immense notoriété. Maintenant que la postérité a tranché en sa faveur, elle est considérée comme la fondatrice de « l’écoféminisme » (Le féminisme ou la mort). Elle a soutenu les plus faibles, tandis que les autres écrivains cherchaient la reconnaissance. Il faut lire dans ses Mémoires irréductibles les pages acerbes qui relatent sa visite chez une autrice à la mode, dans une somptueuse villa, avec le petit chien que la dame présente comme son plus grand amour… Elle y parle des Juifs sous Pétain, des Algériens misérables sous un régime français dont il vaut mieux taire le nom du chef, et des souffrances d’un jeune homosexuel crucifié par son entourage dans la ville de Rimbaud. Porteuse de la parole des « sans voix », elle a été jusqu’au bout pour dénoncer la violence sexiste (SOS Sexisme). Sa verve satirique est d’une noblesse à toute épreuve. N’écrit-elle pas que celui qui est épris de justice s’expose aux humiliations…?
Les chapitres sur les cinq hommes qui ont fait partie de sa vie, qu’elle nomme « Les monstres de l’été », méritent à eux seuls une étude. On ne peut aller plus loin dans la façon de saisir l’entité immatérielle de l’être qui nous est le plus cher, tout en exposant les contraintes du patriarcat (voir Les femmes avant le patriarcat). Ces hommes sans grandeur cherchent à dominer cette femme de génie spirituel, douée d’une dynamique puissance, pour la forcer au mariage, à la procréation et même à servir. Un harcèlement au quotidien et pas un seul honnête homme. Beaucoup de créatrices s’y reconnaîtront. Le mari éditeur de poésie est un escroc, renvoyé du séminaire, et pire encore, bigame. Un veule et sinistre profiteur qu’elle nomme Lakanal emblématise ces intellectuels fats. Elle ne règle pas ses comptes, elle trempe sa plume dans la plaie. Elle nous apprend avec humour le sens profond de « l’Hâmour », le sien, pour des hommes toxiques, chacun à sa façon, de pire en pire, jusqu’au Minautore. Un grand sociologue… Ce n’est pas l’amant le plus diablement caractérisé par cette parole de maîtresse-femme, étant donné qu’il a mis à mort une étudiante qu’elle appelle Ariane. Son ami Bob lui écrit qu’elle doit attendre « quinze ans » : « parce que je crois que tu ne seras un grand écrivain qu’à cette époque. Auparavant, l’amour t’en empêchera » (p. 432). Ce qui complète l’assertion militante nihiliste de Françoise d’Eaubonne: « […]je maintiendrai que la Famille est le plus puissant instrument d’oppression et de surveillance tant pour la femme que pour l’homme » (p. 678).
Le seul homme aimé qui aurait pu « être (s)on maître », estime-t-elle, Gérard Hof, se livre lui aussi à des constats extrêmes : « Le minimum que puisse faire un psychiatre est de libérer le délire sous-jacent qui l’a attiré vers cette profession morbide de voyeur » (Je ne serai plus psychiatre). Délicat, brillant mais sans grande valeur humaine, défroqué, médiatisé, interné, etc., il synthétise le thème de la souffrance et du messie.
Françoise d’Eaubonne n’a pas choisi une retraite paisible. À plus de soixante-dix ans, elle s’est attaquée à la secte Longo Maï, à Forcalquier1, suivant ces procédures alambiquées qui stérilisent la création, se rendant au Palais de Justice de Paris, et subissant des harcèlements jusqu’aux portes de sa « piaule » du 8 boulevard Bonne-Nouvelle, protégée par des voisins tels que le photographe Serge Tamagnot et le cinéaste Vincent Dieutre, avec qui elle s’entendait bien. Des casseurs s’étaient présentés, et bien sûr, elle en avait ri. Elle était incapable de cette gaité obligée qui masque la grande douleur comme un rideau en mauvais velours violet masque un cercueil, ou comme le regard mort d’Isabelle Adjani qui, à 66 ans, exhibe un visage de 20 ans pour être mitraillée par des paparazzis, un regard plein des offenses, des tortures, des douleurs de l’égo – le plus affreux est qu’il s’agit d’une femme de haute intelligence, véritablement douée pour le théâtre. C’est la démarche inverse de celle de Françoise d’Eaubonne.
La Verte Amazone d’Armorique a séduit par sa grandeur. Le vert étant la couleur de l’espoir, mais aussi celle de la folie, dans le fabuleux Moyen Âge, il vaut mieux dire « L’Amazone bretonne et libertaire ». Une thèse ne suffirait pas à présenter les origines de ses secrets, et ses nombreux mystères… La culture bretonne, telle qu’elle est transmise par Annick de Souzenelle, joue un rôle déterminant dans sa philosophie et sa profonde sagesse, la Bretagne étant sans conteste la « province de l'âme » (Julien Gracq)2.
Néanmoins, notre Amazone libertaire a choisi pour inaugurer son grand livre de mémoires, qui est son chef d’œuvre, de renouer sa filiation avec Saint François de Paule, l’ermite calabrais venu fonder l’ordre des Minimes à Amboise. C’est un guérisseur, c’est le thaumaturge de la Maison des Pages d’Amboise, venu en France avant les guerres d’Italie, car le roi Louis XI à Plessis-les-Tours sollicitait ses miracles. L’Amazone bretonne écrivit cette première page de ses mémoires à la Maison des Pages. Comme tous ses habitants animés d’un esprit de poésie et de recherche, le seul espoir du genre humain (et non de « l’humain »…), elle y faisait des rêves bizarres, sortes de « visitations » dont elle a parlé dans une des lettres de notre longue correspondance. Quels dieux honorait-elle de ses prières, de ses sacrifices ? Quoiqu’il en soit, cette magnifique intercession d’un être humain relié aux forces surprahumaines a eu lieu, fécondant ces mémoires qui sont aussi un magnifique traité de philosophie féminine. Telle était la descendante d’un ermite doué d’une puissance de guérison, telle était la véritable amazone qui rêvait de lui dans la Maison des Pages, pour constituer un être véritablement nouveau. En 2022, il reste encore l’humble mobilier de sa « piaule » du 8 boulevard Bonne Nouvelle, dont j’étais devenue la propriétaire pour qu’elle ne soit pas expulsée par sa « probloc » qui la terrifiait, bien qu’elle fût d’une banalité à fendre l’âme, et qu’elle terrifiait.
Les récits et autres romans de Françoise d’Eaubonne entrent dans les normes drastiques des grandes maisons d’édition. Contrairement aux mémoires, où le flux de l’écriture garde sa véhémence, ils me sont toujours tombés des mains, bien qu’elle m’y mette en scène, à la façon de J.-B. Pontalis à propos d’Alexandrie. Elle est la première à s’en moquer en citant sa mère : « on dirait un roman de Françoise », s’agissant d’un roman flasque. Ces mémoires vraiment irréductibles manifestent toute la palette des couleurs d’une âme féminine. L’amazone véritable, et non un fantoche de salon, s’y rencontre, s’y retrouve « telle qu’en elle-même », pour l’éternité parce qu’elle a posé les bonnes questions, entre autres « pour piquer dans l’affolant besoin féminin de-ne-pas-être-seule ! » (p. 458). Par ricochets, voire feux follets, elle fait comprendre pourquoi la poétesse Simone Chevalier incarne la droiture et la constance du « génie féminin ». Sa biographie n’est pas ce qu’une certaine critique impuissante à agir et vivre refuse en la considérant comme une chose molle autour de l’œuvre. C’est l’inverse ! C’est du Stefan Zweig, aussi grand, sans systématisme et sans la fadeur du politiquement correct. Avec sa fermeté d’amazone, non dénuée de tendresse, elle nous montre qu’en ayant un honneur et une dignité immarcescibles, une femme nous aide à découvrir la source de la vie.
Notes
1. Des femmes s’étaient suicidées, victimes d’un délire utopique d’extrême-gauche où les « génitrices » étaient partagées par les hommes, et mises en communauté.
2. Voir aussi Ernest Renan, L'Âme bretonne (1854), et surtout Le Génie poétique de la race celtique, L’Archange Minotaure (10 avril 2003)
Extrait
Début des Mémoires irréductibles
Louis XI allait mourir ; il était furieux. […] il fit venir à son chevet le fondateur des Minimes. Ce qui devait fournir à Casimir Delavigne, quelques siècles plus tard, le prétexte de son plus grand navet coulé en bronze.
Le moine calabrais avait fait vœu de pauvreté ; mais pas pour sa petite famiglia. Quand Louis XI voulut récompenser ses mérites de confesseur, François de Paule fit venir fratellini et sorellinas (à Amboise ndlr). Je les imagine sans effort : nourris de châtaignes, chaussés de poussière, d’une dévotion machinale et terrifiée ; par surcroît, abrutis de leur soudaine fortune. Voici le monarque de France qui les dote, les marie. D’un de ces mariages, qui reçut en sa corbeille de noce le fief de Montmorency, devait sortir la lignée de Montmorency d’Eaubonne.
Le nom de François, comme celui de Paul, y demeurera traditionnel.
Étude dans Correspondanceentre Françoise d’Eaubonne et Camille Aubaude : l’une de ses lettres humoristiques m’encourageant à l’humour pour chasser les fantômes de la Maison des Pages. Kimé (et non « Timée ») est le premier éditeur de mon Mythe d’Isis (Paris, 1997, 2 vol.) Étrange, « L’or pur s’est-il changé »…
Camille Aubaude (photographies & texte), « Françoise d’Eaubonne, Mémoires irréductibles. De l’entre-deux-guerres à l’an 2000, (Paris, éd. Dagorno, 2001) » avec des photographies par Éric Morin, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Numéro Spécial | Printemps 2022« L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 17 mars 2022. Url :
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LPPDM, SEPTEMBRE 2026
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